1. Résumé / Abstract
L’Échelle des buts compassionnels et d’image de soi (en anglais, Compassionate and Self-Image Goals Scale), conçue initialement par Jennifer Crocker et Amy Canevello en 2008, constitue un outil d’évaluation psychométrique majeur dans le champ de la psychologie sociale, de la personnalité et de la dynamique interpersonnelle. Cet instrument vise à opérationnaliser la distinction théorique fondamentale entre deux systèmes motivationnels régissant les interactions humaines : le système centré sur l’égo (egosystem), caractérisé par des buts d’image de soi (self-image goals), et le système centré sur l’écosystème social (ecosystem), soutenu par des buts compassionnels (compassionate goals). Contrairement aux approches axées uniquement sur le contenu des objectifs de vie, cette échelle saisit le processus sous-jacent et les intentions directrices régissant la manière dont les individus interagissent avec autrui lorsqu’ils poursuivent des objectifs quotidiens.
L’instrument se décline principalement en deux versions contextualisées validées dans la publication princeps : l’échelle appliquée aux relations amicales générales (Friendship Scale), comportant 13 items répartis en 7 items pour la sous-échelle compassionnelle et 6 items pour la sous-échelle d’image de soi ; et l’échelle appliquée aux relations de colocation ou de proximité quotidienne étroite (Roommate Scale), comprenant 16 items découpés en 9 items compassionnels et 7 items d’image de soi. Les participants répondent au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout ») à 5 (« Extrêmement »), permettant des passations transversales, hebdomadaires ou sous forme de journal de bord quotidien (daily diary study).
Sur le plan métrologique, l’échelle démontre d’excellentes propriétés psychométriques. Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) oscillent régulièrement entre .75 et .92 à travers diverses vagues de mesure longitudinales. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires soutiennent rigoureusement une structure bidimensionnelle orthogonale ou faiblement corrélée, confirmant que les buts compassionnels et les buts d’image de soi ne constituent pas les extrémités opposées d’un continuum bipolaire, mais bien deux construits indépendants pouvant coexister. La validité convergente et la validité prédictive ont été solidement établies par rapport au soutien social perçu et apporté, au bien-être psychologique, aux croyances de sollicitude mutuelle, à la solitude et à l’attachement interpersonnel.
2. Mots-clés / Keywords
Buts compassionnels, buts d’image de soi, motivation interpersonnelle, modèle égosystème-écosystème, soutien social, régulation de soi, psychométrie, relations de colocation, Jennifer Crocker, Amy Canevello, bien-être relationnel, conflit interpersonnel, comparaison sociale, bienveillance, orientation motivationnelle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée conjointement par deux chercheuses émérites en psychologie sociale et de la personnalité :
- Jennifer Crocker, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie et titulaire de la chaire Ohio Eminent Scholar in Social Psychology au Department of Psychology de l’Ohio State University (Columbus, OH, États-Unis). Pionnière mondialement reconnue des recherches sur l’estime de soi contingente, la stigmatisation, ainsi que les dynamiques d’égosystème et d’écosystème motivationnels. Courriel de contact académique :
[email protected]. - Amy Canevello, Ph.D. : Professeure agrégée de psychologie au Department of Psychological Science de l’University of North Carolina at Charlotte (Charlotte, NC, États-Unis). Ses recherches portent sur les processus de soutien social, les relations intimes, la réactivité interpersonnelle et les mécanismes motivationnels favorisant la confiance et la croissance mutuelle. Courriel de contact académique :
[email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle des buts compassionnels et d’image de soi est d’évaluer quantitativement les intentions, orientations et motivations psychologiques qui sous-tendent les interactions sociales d’un individu. Dans les paradigmes classiques de recherche sur la motivation, les scientifiques se sont historiquement concentrés sur le contenu des objectifs (par exemple, obtenir une bonne note académique, décrocher une promotion professionnelle ou trouver un partenaire amoureux). Crocker et Canevello ont postulé que deux individus poursuivant rigoureusement le même objectif explicite peuvent l’aborder à travers des dynamiques motivationnelles radicalement divergentes, fondées sur la nature de leur posture envers autrui.
L’instrument vise à expliciter :
- Dans quelle mesure une personne aborde ses relations sociales avec le désir de construire, protéger, valider ou défendre une image spécifique de soi (valeur personnelle, compétence, intelligence, moralité, attrait) afin d’obtenir des bénéfices sociaux, de l’admiration ou d’éviter le rejet (buts d’image de soi).
- Dans quelle mesure elle aborde ces relations en tant que force constructive, soucieuse de ne pas nuire, guidée par la considération active des besoins, des sentiments et du bien-être d’autrui ainsi que du lien relationnel partagé (buts compassionnels).
Sur le plan de la recherche fondamentale, cet outil offre aux chercheurs un moyen empirique rigoureux de traquer les fluctuations intra-individuelles (au niveau hebdomadaire ou quotidien) et les différences inter-individuelles stables. Il a permis de mettre en lumière des processus critiques tels que la spirale d’érosion ou d’amplification du soutien social : les personnes poursuivant des buts d’image de soi ont tendance à percevoir le monde social comme un jeu à somme nulle compétitif, ce qui engendre de l’anxiété, de la réactivité défensive, des conflits interpersonnels accrus et, paradoxalement, une diminution du soutien réel perçu et reçu de la part de leurs pairs.
Sur le versant appliqué et clinique, l’échelle trouve une pertinence considérable en psychothérapie interpersonnelle, en conseil conjugal et familial, ainsi que dans l’accompagnement des transitions de vie (comme l’entrée à l’université ou l’intégration dans une nouvelle équipe de travail). En thérapie cognitive et comportementale (TCC) et en thérapie fondée sur la compassion (CFT de Paul Gilbert), l’identification d’une prépondérance chronique de buts d’image de soi permet de déconstruire les mécanismes de vulnérabilité narcissique, d’anxiété de performance sociale et de rumination défensive, en guidant le patient vers l’adoption de buts compassionnels réparateurs axés sur la connexion humaine authentique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique appréhendé par cet instrument s’articule autour de deux dimensions distinctes mais complémentaires : les buts compassionnels et les buts d’image de soi. Il est crucial de souligner que ces deux dimensions ne sont pas mutuellement exclusives. Elles ne forment pas un continuum bipolaire où l’augmentation de l’une impliquerait mécaniquement la diminution de l’autre. Un individu peut, au cours d’un même échange ou au cours d’une même semaine, manifester conjointement des niveaux élevés de buts compassionnels et de buts d’image de soi, ou présenter des scores faibles sur les deux dimensions.
5.1. Les buts compassionnels (Compassionate Goals)
Les buts compassionnels découlent d’une perspective écosystémique dans laquelle l’individu se perçoit comme interconnecté à autrui au sein d’un ensemble relationnel interdépendant. Dans cette optique, les besoins, le bien-être et la dignité d’autrui sont considérés comme intrinsèquement valables et importants, au même titre que les siens. L’intention première n’est pas sacrificielle ni masochiste ; elle vise à être une présence constructive, bienveillante et solidaire.
Cette dimension englobe plusieurs facettes opérationnelles :
- La non-nuisance active : La vigilance à ne pas poser d’actes préjudiciables, blessants ou délétères pour autrui (ex. : item « éviter de faire quoi que ce soit qui pourrait nuire à autrui »).
- Le soutien et la contribution positive : L’aspiration délibérée à apporter une contribution constructive, à soutenir son entourage et à faire une différence bénéfique dans la vie des autres (ex. : item « faire une différence positive dans la vie de quelqu’un d’autre »).
- L’empathie et la tolérance : La capacité à faire preuve d’indulgence et de compassion face aux erreurs, fragilités et imperfections d’autrui (ex. : item « faire preuve de compassion envers les erreurs et les faiblesses d’autrui »).
- La conscience d’impact : La sensibilité constante à la résonance émotionnelle de ses propres comportements sur les états affectifs d’autrui (ex. : item « être conscient de l’impact que mon comportement peut avoir sur les sentiments de mon colocataire »).
5.2. Les buts d’image de soi (Self-Image Goals)
Les buts d’image de soi s’enracinent dans une perspective égosystémique dans laquelle le soi est perçu comme une entité isolée, vulnérable, devant constamment prouver sa valeur, sa compétence ou son statut face à un environnement social potentiellement juge ou rival. L’individu cherche à obtenir l’approbation, la reconnaissance et les ressources sociales en projetant et en défendant des images publiques et privées idéalisées du soi.
Cette dimension regroupe des composantes d’approche (promotion de soi) et d’évitement (protection de soi) :
- La recherche de validation et d’admiration : La quête active d’attestation externe de ses qualités positives, de son intelligence ou de ses réussites (ex. : item « amener les autres à reconnaître ou valoriser mes qualités positives », « démontrer mon intelligence »).
- La défensivité et l’évitement de l’erreur : Le besoin impérieux de ne jamais paraître incompétent, faible, blâmable ou fautif (ex. : item « éviter la possibilité d’avoir tort », « éviter de montrer mes faiblesses », « éviter d’avoir l’air inintelligent ou incompétent »).
- Le contrôle interpersonnel et la domination épistémique : La tendance à vouloir imposer ses vues et contraindre l’autre à valider sa perspective (ex. : item « convaincre les autres que j’ai raison », « amener mon colocataire à faire les choses à ma façon »).
- L’hypervigilance face au rejet : L’anticipation anxieuse du jugement défavorable et la mise en place de barrières relationnelles préventives (ex. : item « éviter d’être rejeté par les autres », « éviter d’être blâmé ou critiqué »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre conceptuel qui sous-tend cette échelle repose sur la théorie de la motivation interpersonnelle développée par Jennifer Crocker et ses collaborateurs, connue sous le nom de modèle de l’Égosystème et de l’Écosystème (Egosystem and Ecosystem Framework; Crocker et al., 2008, 2017). Cette modélisation s’inscrit au carrefour de la théorie de l’attachement de John Bowlby, de la psychologie humaniste de Carl Rogers, et des modèles contemporains de la régulation de soi et du déterminisme motivationnel de Deci et Ryan.
6.1. La dynamique de l’Égosystème
Dans la perspective égosystémique, le soi est conceptualisé comme une entité distincte et fermée dont la valeur fondamentale est incertaine, conditionnelle et en jeu permanent. L’individu opère sous le postulat implicite que les relations sociales sont gouvernées par des dynamiques transactionnelles de marché et de compétition : autrui possède des jugements et des ressources matérielles ou affectives que le sujet doit s’approprier par la séduction, la conformité ou l’affirmation de sa supériorité. Lorsque les individus sont motivés par des buts d’image de soi, ils perçoivent l’interaction humaine à travers le prisme du gain et de la perte. Toute critique, désaccord ou faiblesse d’autrui devient une menace potentielle pour l’intégrité de l’estime de soi.
Ce système déclenche des réponses neurophysiologiques et psychologiques de stress associées à l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (axe HPA), favorisant des états de vigilance anxieuse, de défensivité, d’irritabilité et d’isolement psychologique. Bien que les buts d’image de soi soient souvent adoptés dans l’intention initiale d’obtenir de l’amour ou du respect, ils génèrent paradoxalement des comportements de retrait, d’agressivité ou d’égocentrisme qui détériorent la qualité relationnelle.
6.2. La dynamique de l’Écosystème
À l’opposé, la perspective écosystémique appréhende l’individu comme un participant intrinsèque d’un réseau vivant plus vaste où le bien-être individuel et le bien-être collectif sont indissociables. Inspirée des concepts d’interdépendance positive, cette approche postule que prendre soin des autres revient à préserver l’équilibre même du système dont on dépend. Les buts compassionnels ne découlent pas d’une tentative compensatoire d’acheter l’affection d’autrui ou de se conformer à un impératif moral rigide (ce qui relèverait encore d’un but d’image de soi), mais d’une sollicitude authentique et non contingente.
Sur le plan psychologique, les buts compassionnels activent les systèmes d’attachement sécure, d’affiliation et d’ocytocine, réduisant la réactivité amygdalienne au stress social. Crocker et Canevello (2008) ont démontré que cette orientation motivationnelle favorise une boucle de rétroaction positive : en étant attentif aux besoins d’autrui sans chercher à manipuler son image, l’individu crée un climat de sécurité psychologique. En retour, les partenaires d’interaction perçoivent cette sincérité, développent de la confiance, expriment de la gratitude et manifestent spontanément du soutien, renforçant la mutualité relationnelle.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle des buts compassionnels et d’image de soi a fait l’objet d’investigations exhaustives dans l’étude longitudinale princeps de Crocker et Canevello (2008), ainsi que dans de multiples études de réplication ultérieures.
7.1. Validité de construit et structurelle
La structure bidimensionnelle a été établie en démontrant que les sous-échelles compassionnelle et d’image de soi ne présentent qu’une corrélation faible à modérée (généralement comprise entre r = -.05 et r = .25 selon les échantillons et les contextes relationnels). Cette quasi-orthogonalité confirme empiriquement que la compassion et la focalisation sur l’image de soi constituent des construits distincts et non un axe bipolaire unique.
7.2. Validité convergente
La validité convergente des deux sous-échelles a été corroborée par des corrélations hautement cohérentes avec des variables de personnalité et d’attitude relationnelle :
- Les buts compassionnels sont positivement et significativement corrélés avec le trait d’agréabilité des Big Five (r ≈ .35 à .48), l’empathie dispositionnelle mesurée par l’Interpersonal Reactivity Index (IRI), l’orientation vers la sollicitude mutuelle (communal orientation), l’estime de soi sécure, et la perception de soutien social reçu et fourni.
- Les buts d’image de soi sont positivement associés au névrosisme, à l’anxiété sociale, à l’évitement et à l’anxiété dans l’attachement adulte (mesurés par l’ECR), à l’estime de soi contingente (Contingencies of Self-Worth), ainsi qu’aux croyances individualistes de compétition relationnelle.
7.3. Validité discriminante
La validité discriminante est appuyée par l’absence d’association théoriquement injustifiée avec des facteurs étrangers, ainsi que par la dissociation nette des profils de corrélations partielles. Lorsque l’on contrôle la désirabilité sociale, les associations des buts compassionnels avec les comportements d’entraide réels et le bien-être restent significatives, démontrant que l’échelle ne se réduit pas à une simple façade de conformisme social.
7.4. Validité prédictive et longitudinale
L’étude longitudinale menée sur des cohortes d’étudiants de première année universitaire partageant une chambre en colocation a révélé une valeur prédictive majeure :
- Les scores moyens de buts d’image de soi prédisent de manière prospective une augmentation des conflits relationnels, une hausse de la solitude ressentie, ainsi qu’une élévation des sentiments de confusion, de peur et de vulnérabilité au fil des semaines d’évaluation.
- Les buts compassionnels moyens prédisent une trajectoire inverse : ils atténuent significativement les effets négatifs des conflits, prédisent des niveaux accrus de proximité affective, une baisse de la détresse psychologique et le renforcement des croyances en un soutien mutuel inconditionnel.
- Les variations hebdomadaires intra-individuelles (within-person changes) révèlent qu’une augmentation des buts compassionnels au cours d’une semaine donnée prédit des gains immédiats en réactivité perçue et en satisfaction relationnelle durant cette même semaine.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’échelle ont été démontrées à travers des approches transversales et longitudinales rigoureuses (analyses multiniveaux) :
8.1. Cohérence interne (Internal Consistency)
Dans l’ensemble des études menées par Crocker, Canevello et d’autres équipes indépendantes, les indices de cohérence interne mesurés par le coefficient alpha de Cronbach présentent une excellente homogénéité :
- Échelle des buts compassionnels (Friendship & Roommate) : Les coefficients alpha de Cronbach se situent systématiquement entre .78 et .90. Dans l’étude princeps de 2008, les alphas calculés chaque semaine sur une période de 10 à 12 semaines sont demeurés stables, avec des valeurs médianes oscillant autour de .84.
- Échelle des buts d’image de soi (Friendship & Roommate) : Les coefficients alpha de Cronbach s’établissent de façon similaire entre .75 et .88 selon les vagues d’administration hebdomadaires (médiane de .82).
8.2. Fidélité temporelle et stabilité test-retest
L’instrument ayant été explicitement formulé pour être sensible tant aux orientations dispositionnelles de base (traits) qu’aux fluctuations situationnelles (états dynamiques), les coefficients de corrélation test-retest varient selon l’intervalle d’évaluation et la consigne temporelle donnée (« Au cours de la semaine passée » versus « AUJOURD’HUI ») :
- À un intervalle d’une semaine, les corrélations test-retest se situent entre .60 et .72, illustrant à la fois une consistance substantielle de la posture motivationnelle dominante et une sensibilité adéquate aux variations environnementales et événementielles.
- Sur une période étendue de plusieurs mois sans intervention spécifique, les indices de stabilité de rang (stabilité relative) demeurent modérés à élevés (r ≈ .50 à .65), confirmant le caractère d’orientation motivationnelle partiellement stabilisée au fil du temps.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La confirmation de l’architecture factorielle des deux versions de l’instrument a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales par factorisation en axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Oblimin), suivies d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) pour modéliser la structure de mesure.
9.1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Lors du développement des items rapporté par Crocker et Canevello (2008), les analyses exploratoires ont clairement extrait deux facteurs majeurs expliquant la majeure partie de la variance commune :
- Facteur 1 (Buts compassionnels) : Caractérisé par de fortes saturations factorielles (couramment supérieures à .50, variant de .52 à .81) pour tous les items ciblant la bienveillance, la non-nuisance, la sollicitude et le soutien proactif. Les saturations croisées sur le second facteur se sont avérées négligeables (inférieures à |.20|).
- Facteur 2 (Buts d’image de soi) : Regroupant l’ensemble des items reflétant la peur du jugement négatif, la volonté d’imposer son point de vue, le besoin de reconnaissance de ses qualités et la protection de son statut intellectuel ou social. Les saturations factorielles principales oscillent entre .48 et .79, avec des saturations secondaires minimales sur le facteur compassionnel.
9.2. Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et ajustement des modèles
Les modélisations en équations structurelles menées sur des échantillons universitaires et communautaires ont comparé le modèle théorique à deux facteurs orthogonaux ou corrélés à des modèles unifactoriels rivaux :
- Le modèle unifactoriel (postulant un axe unique opposant compassion et image de soi) présente un ajustement inacceptable des données (ex. : RMSEA > .12 ; CFI < .65).
- Le modèle bifactoriel corrélé présente d’excellents indices d’adéquation aux données empiriques : Chi-deux normalisé (χ²/ddl) généralement < 2.5, CFI (Comparative Fit Index) > .92, TLI > .90, et RMSEA ≤ .055 (avec intervalle de confiance à 90 % compris entre .040 et .070).
- L’invariance de mesure à travers le temps (invariance temporelle configurationnelle, métrique et scalaire) a été confirmée dans les designs longitudinaux, autorisant formellement la modélisation des trajectoires intra-individuelles au moyen de modèles de courbes de croissance latente et de régressions multiniveaux (HLM).
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrumentation de la mesure repose sur les spécifications techniques et opérationnelles suivantes :
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (papier-crayon ou informatisé).
- Formats disponibles :
- Version Amitié (Friendship Scale) : 13 items évaluant les buts motivationnels au sein du réseau amical élargi, généralement évalués sur un intervalle temporel rétrospectif (« Au cours de la semaine passée »).
- Version Colocation / Relation proche (Roommate Scale) : 16 items évaluant les buts motivationnels appliqués à un colocataire ou à un partenaire spécifique avec lequel l’individu partage un espace de vie, évalués sur une base rétrospective hebdomadaire ou sous forme de journal journalier (« AUJOURD’HUI dans ma relation… »).
- Format des réponses : Échelle de Likert à 5 points ordonnée de la manière suivante :
- 1 = Pas du tout (Not at all)
- 2 = Un peu (A little)
- 3 = Moyennement (Somewhat)
- 4 = Beaucoup (A lot)
- 5 = Extrêmement (Extremely)
- Calcul des scores (Cotation) :
- Aucun item n’est inversé (reverse-scored) ; chaque énoncé est formulé dans le sens direct de sa dimension.
- Score de buts compassionnels : Calculer la moyenne arithmétique simple des items composant la sous-échelle compassionnelle (score variant de 1.00 à 5.00). Un score plus élevé indique une orientation compassionnelle plus marquée.
- Score de buts d’image de soi : Calculer la moyenne arithmétique simple des items composant la sous-échelle d’image de soi (score variant de 1.00 à 5.00). Un score plus élevé reflète une focalisation accrue sur la défense et la promotion de son image.
- Composition des sous-échelles :
- Échelle Amitié (13 items) :
- Buts compassionnels (7 items) : 1, 4, 5, 8, 10, 11, 12
- Buts d’image de soi (6 items) : 2, 3, 6, 7, 9, 13
- Échelle Colocation (16 items) :
- Buts compassionnels (9 items) : 1, 2, 4, 5, 6, 7, 9, 10, 13
- Buts d’image de soi (7 items) : 3, 8, 11, 12, 14, 15, 16
- Échelle Amitié (13 items) :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2008.
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les autrices Jennifer Crocker et Amy Canevello ont accordé une permission ouverte et explicite à la communauté scientifique et universitaire mondiale pour l’utilisation de ces instruments dans le cadre de projets de recherche non commerciaux.
- Tarification : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont entièrement gratuits pour la recherche académique, pédagogique et institutionnelle sans but lucratif.
- Modalités de contact et d’utilisation : Aucune demande formelle d’autorisation préalable n’est exigée pour les études de recherche fondamentale à condition de citer fidèlement l’article princeps de 2008. Les chercheuses peuvent néanmoins être jointes par courriel (Jennifer Crocker à
[email protected]ou Amy Canevello à[email protected]) pour obtenir des conseils méthodologiques sur l’adaptation ou l’analyse des données de l’échelle.
12. Références / References
Les publications fondatrices et travaux connexes soutenant la validité théorique et empirique de cet instrument sont répertoriés ci-dessous :
- Canevello, A., & Crocker, J. (2010). Creating good relationships: Responsiveness, relationship quality, and interpersonal goals. Journal of Personality and Social Psychology, 99(1), 78–106. https://doi.org/10.1037/a0018186
- Crocker, J., & Canevello, A. (2008). Creating and undermining social support in communal relationships: The role of compassionate and self-image goals. Journal of Personality and Social Psychology, 95(3), 555–575. https://doi.org/10.1037/0022-3514.95.3.555
- Crocker, J., Canevello, A., & Brown, K. W. (2017). Social motivation: Costs and benefits of selfishness and otherishness. Annual Review of Psychology, 68, 299–325. https://doi.org/10.1146/annurev-psych-010416-044145
- Crocker, J., & Wolfe, C. T. (2001). Contingencies of self-worth. Psychological Review, 108(3), 593–623. https://doi.org/10.1037/0033-295X.108.3.593
- Eldred-Streicker, C., Canevello, A., & Crocker, J. (2020). Compassionate and self-image goals in close relationships. Dans The Oxford Handbook of Compassion Science (pp. 317–328). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/oxfordhb/9780190464684.013.23
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les versions intégrales des deux sous-échelles contextualisées développées par Jennifer Crocker et Amy Canevello (2008) sont reproduites ci-dessous dans leur libellé source original anglophone :
FRIENDSHIP COMPASSIONATE AND SELF-IMAGE GOALS SCALE
Instructions: In the past week, in the area of friendships, how much did you want or try to:
Response scale: 1 = Not at all, 2 = A little, 3 = Somewhat, 4 = A lot, 5 = Extremely
- avoid doing things that aren’t helpful to me or others
- avoid the possibility of being wrong
- get others to recognize or acknowledge your positive qualities
- avoid being selfish or self-centered
- have compassion for others’ mistakes and weaknesses
- avoid being rejected by others
- avoid taking risks or making mistakes
- be constructive in your comments to others
- avoid showing your weaknesses
- avoid doing anything that would be harmful to others
- be supportive of others
- make a positive difference in someone else’s life
- convince others that you are right
ROOMMATE COMPASSIONATE AND SELF-IMAGE GOALS SCALE
Instructions: TODAY in my relationship with my roommate, I wanted / tried to . . .
Response scale: 1 = Not at all, 2 = A little, 3 = Somewhat, 4 = A lot, 5 = Extremely
- Have compassion for my roommate’s mistakes and weaknesses.
- Make a positive difference in my roommate’s life.
- Avoid the possibility of being wrong.
- Be supportive of my roommate.
- Avoid neglecting my relationship with my roommate.
- Avoid being selfish or self-centered.
- Avoid doing things that aren’t helpful to me or my roommate.
- Avoid showing my weaknesses.
- Be constructive in my comments to my roommate.
- Avoid doing anything that would be harmful to my roommate.
- Get my roommate to do things my way.
- Avoid being blamed or criticized.
- Be aware of the impact my behavior might have on my roommate’s feelings.
- Demonstrate my intelligence.
- Convince my roommate that I am right.
- Avoid coming across as unintelligent or incompetent.