Échelle des attitudes amoureuses spécifiques à la relation

Découvrez l’Échelle des attitudes amoureuses spécifiques à la relation (LAS) de Hendrick et Hendrick (1990) : cadre théorique de Lee, 6 styles d’amour (Eros, Ludus, Storge, Pragma, Mania, Agape), propriétés psychométriques et questionnaire complet.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle des attitudes amoureuses spécifiques à la relation (Relationship-Specific Love Attitudes Scale, ou LAS spécifique) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation développé par Clyde Hendrick et Susan S. Hendrick en 1990. Conçue comme une adaptation contextuelle de leur échelle originale de 1986 (Love Attitudes Scale), cette mesure vise à opérationnaliser la typologie des styles amoureux initialement conceptualisée par le sociologue canadien John Alan Lee (1973). Alors que la version princeps évaluait les attitudes amoureuses de manière générique et dispositionnelle, la présente version ancre explicitement chaque énoncé dans l’expérience vécue au sein d’une relation amoureuse concrète, actuelle ou particulièrement marquante.

Le questionnaire comprend 42 items répartis équitablement en six sous-échelles de 7 items chacune, correspondant aux six styles d’amour fondamentaux : Eros (amour passionné, romantique et fondé sur une forte attraction physique), Ludus (amour joueur, non engageant et caractérisé par le refus d’exclusivité), Storge (amour amitié, évolutif, fondé sur la complicité et la confiance mutuelle), Pragma (amour pragmatique, logique, guidé par des critères rationnels de compatibilité), Mania (amour obsessionnel, dépendant, jaloux et émotionnellement turbulent) et Agape (amour altruiste, inconditionnel, dévoué et tourné vers le bien-être absolu du partenaire). Les répondants expriment leur degré d’accord avec chaque énoncé sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points, allant de 1 (« fortement d’accord ») à 5 (« fortement en désaccord »).

Sur le plan psychométrique, l’instrument présente des qualités robustes : des analyses factorielles confirmatoires ont systématiquement validé une solution à six facteurs orthogonaux ou faiblement corrélés, reproduisant fidèlement la structure théorique hexagonale de Lee. La cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach oscille généralement entre 0,70 et 0,88 selon les sous-échelles et les échantillons. L’échelle démontre une excellente validité convergente et discriminante avec des construits connexes tels que l’attachement amoureux, la satisfaction conjugale, l’estime de soi et les tactiques d’auto-présentation. Cet outil constitue une référence internationale incontournable dans l’étude des dynamiques conjugales, de la psychologie sociale des relations interpersonnelles et du conseil de couple.

2. Mots-clés

Attitudes amoureuses, styles d’amour, psychométrie, Hendrick Love Attitudes Scale, théorie des couleurs de l’amour, relations de couple, Eros, Ludus, Storge, Pragma, Mania, Agape, satisfaction relationnelle, fidélité factorielle.

3. Auteurs

L’échelle a été développée et validée par le tandem de chercheurs en psychologie sociale et conjugale formé par le Dr Clyde Hendrick et la Dre Susan S. Hendrick :

  • Clyde Hendrick, Ph.D. : Professeur émérite distingué (Horn Distinguished Professor) au département de psychologie de la Texas Tech University (Lubbock, Texas, États-Unis). Spécialiste reconnu internationalement en méthodologie psychologique, psychologie sociale expérimentale et conceptualisation des attitudes affectives. Courriel académique institutionnel : [email protected].
  • Susan S. Hendrick, Ph.D. : Professeure émérite distinguée de psychologie à la Texas Tech University. Chercheuse pionnière dans le domaine du conseil conjugal, des processus d’intimité, du dévoilement de soi (self-disclosure) et de la satisfaction au sein des relations amoureuses. Courriel académique institutionnel : [email protected].

4. Objectif

L’objectif premier de la Relationship-Specific Love Attitudes Scale est de mesurer de manière fine, structurée et standardisée la manière dont un individu conçoit, ressent et investit affectivement sa relation amoureuse présente. Dans l’histoire de la psychologie sociale et de la psychométrie des émotions, la plupart des tentatives initiales de mesure de l’amour traitaient ce phénomène comme une entité unidimensionnelle (par exemple, le concept global d’amour romantique opposé à l’absence d’amour, illustré par les travaux précurseurs de Zick Rubin). Or, les manifestations comportementales et subjectives de l’amour sont plurielles, contradictoires et contingentes au partenaire spécifique avec lequel la relation se déploie.

La version originale de l’échelle des attitudes amoureuses (Hendrick & Hendrick, 1986) interrogeait les attitudes générales d’un individu face au phénomène amoureux dans l’absolu. Cependant, les chercheurs et praticiens de la thérapie conjugale ont rapidement constaté une limite écologique majeure : une personne peut posséder une orientation théorique générale vers un idéal passionné (Eros), mais vivre dans les faits une relation spécifique dominée par la camaraderie (Storge) ou par une jalousie destructrice (Mania) induite par le comportement imprévisible de son partenaire actuel. L’objectif spécifique de cette version contextuelle (Hendrick & Hendrick, 1990) est donc de focaliser les questions sur un partenaire précis (« my lover »), capturant l’état dynamique, cognitif et émotionnel ancré dans une interaction dyadique singulière.

Les applications de cet outil sont multiples :

  • En recherche fondamentale : L’échelle permet d’explorer les corrélats développementaux, culturels et dispositionnels des styles amoureux. Elle sert à investiguer la congruence dyadique (l’effet de l’assortiment ou de la divergence des styles sur la stabilité du couple), les différences de genre dans l’investissement relationnel, les liens avec les modèles d’attachement adulte (sécurisant, anxieux, évitant) et les corrélations avec la personnalité (notamment le modèle des Big Five ou la Triade Noire).
  • En psychologie clinique et thérapie de couple : L’outil offre une cartographie diagnostique précieuse. Il met en lumière les décalages d’attentes au sein du couple (par exemple, un partenaire manifestant un style hautement ludique et détaché en interaction avec un partenaire caractérisé par une manie obsessionnelle et anxieuse), fournissant un langage neutre et déculpabilisant pour aborder les conflits d’engagement, la jalousie ou le sentiment de négligence.
  • En psychologie différentielle et de la santé : Elle permet de comprendre les trajectoires de rupture, l’étiologie de la dépression post-rupture (particulièrement corrélée aux scores élevés de Mania) et l’impact du soutien conjugal altruiste (Agape) sur la régulation du stress chronique.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique mesuré par cette échelle repose sur la multi-dimensionnalité des attitudes et orientations affectives. Les auteurs s’appuient sur l’analogie chromatique de Lee pour définir six composantes distinctes qui ne s’excluent pas mutuellement, mais forment un profil unique chez chaque individu :

1. Eros (L’amour passionné et romantique)

Eros incarne l’archétype classique de la passion romantique. Ce style se caractérise par une puissante attirance physique et émotionnelle immédiate dès la rencontre (« coup de foudre »), une alchimie corporelle perçue comme évidente et une sensualité satisfaisante et intense. L’individu érotique valorise la beauté physique correspondant précisément à ses critères idéaux intériorisés. Loin d’être superficielle, cette orientation implique un engagement rapide, une volonté de communication émotionnelle profonde et le sentiment intime que les deux partenaires étaient prédestinés l’un à l’autre. Dans cette échelle spécifique, Eros capture l’admiration mutuelle, la connexion physique satisfaisante et la fusion affective harmonieuse.

2. Ludus (L’amour joueur et permissif)

Ludus envisage la relation amoureuse comme un jeu de séduction, une compétition ou une source de divertissement dépourvue d’engagement pérenne. L’individu ludique refuse l’exclusivité émotionnelle ou physique, maintient volontairement une incertitude délibérée quant à son degré d’engagement pour préserver sa liberté personnelle et n’hésite pas à dissimuler ses activités annexes ou à entretenir des partenaires multiples en parallèle. Les partenaires ludiques évitent les attentes trop lourdes : dès que l’autre devient trop dépendant ou demandeur, ils ont tendance à prendre de la distance. La rupture est vécue sans drame majeur ni effondrement dépressif, l’amusement prévalant sur la fidélité.

3. Storge (L’amour amitié et complice)

Storge représente un amour paisible, solide et évolutif, profondément enraciné dans l’amitié préexistante. Contrairement à l’embrasement soudain d’Eros, Storge s’installe lentement, progressivement et presque imperceptiblement avec le temps. La dimension mystique ou érotique passionnée est reléguée au second plan au profit d’une compréhension mutuelle chaleureuse, du partage d’activités communes, de valeurs similaires et d’une confiance inébranlable. Même en cas de séparation romantique, les individus storgiques anticipent et souhaitent maintenir une amitié indéfectible tout au long de leur vie.

4. Pragma (L’amour rationnel et pragmatique)

Pragma correspond à l’application de la rationalité instrumentale au domaine sentimental, souvent qualifié d’amour sur « liste de critères » (shopping list love). L’individu pragmatique planifie méthodiquement son avenir et sélectionne un partenaire en fonction de sa compatibilité sociologique, économique, familiale et culturelle. Les critères décisifs englobent le potentiel professionnel du conjoint, sa capacité future à assumer un rôle parental adéquat, l’image qu’il renvoie à la famille élargie et même sa compatibilité génétique ou héréditaire. Il s’agit d’une recherche consciente d’optimisation du partenariat relationnel pour garantir la stabilité sociale et matérielle du foyer.

5. Mania (L’amour obsessionnel, possessif et dépendant)

Mania constitue la facette pathologique ou tumultueuse de l’attachement amoureux, caractérisée par une dépendance affective intense, une anxiété de séparation constante et une insécurité chronique. L’individu maniaque vit la relation sur des montagnes russes émotionnelles : des moments d’euphorie intense alternent avec des phases de panique dépressive, d’insomnies et de troubles somatiques (maux d’estomac, sensations de malaise physique) dès qu’un doute survient sur l’attention du partenaire. La jalousie morbide, la peur d’être délaissé et l’adoption de comportements impulsifs ou autodestructeurs pour récupérer l’attention de l’autre sont des signatures centrales de ce style.

6. Agape (L’amour altruiste, inconditionnel et dévoué)

Agape incarne une forme d’amour spirituelle, désintéressée, inconditionnelle et sacrificielle. L’individu agapique place le bonheur, la sécurité et l’accomplissement du partenaire systématiquement au-dessus des siens. Il est disposé à endurer les pires épreuves, à pardonner les offenses répétées et à offrir tous ses biens matériels sans rien exiger en retour. L’amour persiste intact même lorsque le partenaire devient hostile ou colérique. Cette orientation est purement altruiste et s’apparente à un dévouement absolu pour l’épanouissement de l’autre.

6. Cadre théorique

Le socle théorique de l’instrument repose sur la « typologie des couleurs de l’amour » formulée par le sociologue canadien John Alan Lee dans son ouvrage fondateur The Colours of Love: An Exploration of the Ways of Loving (1973/1976). Utilisant une méthodologie originale combinant analyse documentaire de la littérature classique occidentale et entretiens qualitatifs approfondis par tri de cartes (technique Q-sort) auprès de cohortes en Amérique du Nord et au Royaume-Uni, Lee a postulé que l’amour pouvait être modélisé à l’image du cercle chromatique des couleurs.

Selon cette métaphore structurelle, il existe trois styles d’amour primaires :

  • Eros (la passion sensuelle), analogue au rouge ;
  • Ludus (le jeu détaché), analogue au bleu ;
  • Storge (l’amitié conjugale), analogue au jaune.

De même que le mélange des pigments primaires produit des couleurs secondaires, la combinaison des styles primaires engendre trois styles d’amour secondaires majeurs :

  • Pragma = Ludus + Storge (la combinaison du calcul relationnel et de l’amitié pragmatique) ;
  • Mania = Eros + Ludus (la passion ardente couplée à l’incertitude et à la manipulation du jeu, générant névrose et anxiété) ;
  • Agape = Eros + Storge (l’intensité affective fusionnée avec la bienveillance inconditionnelle de l’amitié durable).

Bien que Lee ait également esquissé des mélanges tertiaires, les psychologues Clyde et Susan Hendrick ont démontré que ces six styles fondamentaux capturaient l’essentiel de la variance des attitudes amoureuses au sein des populations contemporaines. Le programme de recherche des Hendrick (1984, 1986, 1990) a permis d’extraire la typologie de Lee d’une approche qualitative subjective pour la transférer dans le paradigme rigoureux de la mesure psychométrique quantitative.

Ce cadre théorique postule explicitement la nature non typologique exclusive des styles : un individu ne relève pas d’un type pur et immuable, mais présente un profil composite continu sur chacun des six axes. De plus, l’adoption de la version spécifique à la relation s’inscrit dans le courant de l’interactionnisme symbolique et de la psychologie sociale cognitive, reconnaissant que les schémas amoureux ne sont pas seulement des traits de personnalité rigides, mais des dynamiques co-construites et activées par les caractéristiques de l’interaction interpersonnelle.

7. Validité

La validité de la Relationship-Specific Love Attitudes Scale a été rigoureusement démontrée à travers une multitude d’études empiriques mesurant sa validité de construit, sa validité convergente, sa validité discriminante et sa validité prédictive.

Validité de construit et cohérence structurale

L’étude princeps de Hendrick et Hendrick (1990) a confirmé que les 42 items de l’échelle reproduisaient fidèlement les six facteurs attendus lorsqu’ils étaient contextualisés à un partenaire amoureux spécifique. Contrairement à la version dispositionnelle générale où certains items pouvaient être interprétés de façon abstraite, la spécification relationnelle augmente la netteté des saturations factorielles et réduit la colinéarité résiduelle entre facteurs.

Validité convergente

Les associations observées entre les sous-échelles et d’autres instruments psychométriques standardisés concordent avec les hypothèses théoriques :

  • Eros est positivement et fortement corrélé avec la satisfaction conjugale (mesurée par la Relationship Assessment Scale des Hendrick), le sentiment d’intimité, l’auto-dévoilement émotionnel et le style d’attachement sécurisant de Hazan et Shaver.
  • Ludus corrèle positivement avec l’évitement de l’attachement, la propension à la drague occasionnelle (orientation sociosexuelle non restreinte de Simpson & Gangestad) et négativement avec l’investissement relationnel, la loyauté et la satisfaction du partenaire.
  • Mania montre des corrélations massives et positives avec l’anxiété d’attachement, une faible estime de soi, le névrosisme et la jalousie réactive et anxieuse.
  • Agape présente des corrélations positives avec l’empathie dispositionnelle (IRI de Davis), l’altruisme général et le sens du sacrifice conjugal constructif.

Validité discriminante et biais de désirabilité sociale

La validité discriminante a été examinée par rapport aux biais de complaisance et de désirabilité sociale. L’étude expérimentale de Davies (2001) utilisant l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne a démontré que les scores ne sont pas le simple reflet d’un besoin d’approbation sociale, mais reflètent les normes de rôles de genre intériorisées. Par exemple, la désirabilité sociale était corrélée négativement avec Mania chez les deux sexes, mais positivement avec Agape chez les femmes et positivement avec Eros et Ludus chez les hommes, validant l’ancrage différentiel des styles dans la socialisation sans invalider l’autonomie conceptuelle des sous-échelles.

Validité prédictive

Dans les études longitudinales sur la survie du couple, des scores initiaux élevés en Eros et Agape prédisent de manière statistiquement significative la longévité de la relation et le bien-être subjectif, tandis que des scores élevés en Ludus constituent le prédicteur le plus puissant de rupture précoce et d’infidélité. De plus, les travaux d’Inman-Amos, Hendrick et Hendrick (1994) sur des triades familiales ont démontré une forte concordance des attitudes amoureuses entre époux, attestant de la validité de l’échelle à capturer l’homogamie psychologique au sein des couples établis.

8. Fidélité

La fidélité de l’échelle spécifique des attitudes amoureuses a fait l’objet d’évaluations exhaustives, portant à la fois sur la consistance interne de ses composantes et sur la stabilité temporelle des scores.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Les analyses de consistance interne menées par Hendrick et Hendrick (1986, 1990) auprès de vastes cohortes d’étudiants et d’adultes révèlent des indices tout à fait satisfaisants pour des sous-échelles composées de 7 items. Dans l’étude originale (Hendrick & Hendrick, 1986, Étude I : N = 807 ; Étude II : N = 567), les coefficients alpha s’établissaient comme suit :

  • Eros : α = 0,70 à 0,82 (démontrant une excellente cohésion autour de l’attraction et de l’intimité) ;
  • Ludus : α = 0,72 à 0,78 (reflétant une consistance satisfaisante pour un construit comportemental diversifié) ;
  • Storge : α = 0,69 à 0,75 ;
  • Pragma : α = 0,81 à 0,84 (l’une des échelles les plus robustes en termes d’homogénéité thématique) ;
  • Mania : α = 0,74 à 0,79 ;
  • Agape : α = 0,84 à 0,88 (présentant la consistance interne la plus élevée du modèle).

Dans la validation spécifique à la relation de 1990, les alphas ont montré une stabilité comparable, oscillant entre 0,71 et 0,87, ce qui confirme que la reformulation contextuelle n’a pas dégradé les caractéristiques psychométriques intrinsèques des items.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

Les études de stabilité test-retest menées sur des intervalles de 4 à 8 semaines révèlent des coefficients de corrélation intraclasse élevés (r variant de 0,65 à 0,82 selon les styles), à condition que la relation amoureuse demeure stable au cours de cette période. Conformément à la logique d’une mesure « spécifique à la relation », les fluctuations de scores reflètent fidèlement les transitions relationnelles (comme le passage d’une phase de lune de miel passionnée vers une phase de crise caractérisée par une augmentation de Mania ou de Ludus), conférant à l’instrument une sensibilité au changement particulièrement utile en évaluation thérapeutique.

9. Analyse factorielle

La validation structurale de l’échelle des attitudes amoureuses a fait l’objet d’un examen empirique méticuleux par le biais d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Lors de la conception initiale (Hendrick & Hendrick, 1986), une analyse en composantes principales suivie d’une rotation orthogonale Varimax, complétée par des rotations obliques (Promax), a été appliquée aux 42 items. Les critères d’extraction (critère de Kaiser avec valeurs propres supérieures à 1,0 et inspection du diagramme d’éboulis de Cattell) ont nettement dégagé une solution optimale à six facteurs distincts. Ces six facteurs rendaient compte de la majeure partie de la variance totale expliquée :

  • Chacun des 42 items présentait une saturation factorielle primaire substantielle (> 0,40, et fréquemment > 0,60) sur son facteur d’assignation théorique.
  • Les saturations croisées (cross-loadings) sur les facteurs secondaires étaient remarquablement faibles (< 0,25 pour la quasi-totalité des items), témoignant d’une quasi-orthogonalité des dimensions empiriques, bien que la théorie de Lee suggérât certaines affinités entre styles primaires et secondaires.
  • Dans l’Étude II confirmatoire (N = 567), la structure factorielle a été répliquée avec un coefficient de congruence factorielle de Tucker supérieur à 0,90 pour chacune des six composantes, attestant de la reproductibilité universelle de la solution.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Dans les études ultérieures et lors de la formalisation de la version spécifique à la relation (Hendrick & Hendrick, 1990), l’AFC a confirmé la supériorité statistique du modèle théorique à six facteurs indépendants ou intercorrélés par rapport à des modèles alternatifs concurrents (modèle unidimensionnel de l’amour global ou modèles à trois facteurs primaires purs). Les indices d’ajustement couramment rapportés dans la littérature contemporaine attestent de cette adéquation : le ratio χ²/ddl est généralement inférieur à 2,5, le Comparative Fit Index (CFI) et le Tucker-Lewis Index (TLI) dépassent régulièrement le seuil standard de 0,90, et la racine carrée de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) demeure comprise entre 0,045 et 0,062.

Ces données confirment sans équivoque que la décomposition en six attitudes autonomes constitue la modélisation la plus parcimonieuse et la plus fidèle des perceptions affectives au sein du couple.

10. Instrument de mesure

L’Échelle des attitudes amoureuses spécifiques à la relation se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé composé d’éléments clairement identifiés :

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique (self-report inventory).
  • Format d’administration : Papier-crayon ou format informatisé/en ligne, individuel ou dyadique.
  • Nombre total d’items : 42 items, rédigés à la première personne du singulier et ciblant la relation avec le partenaire (« my lover »).
  • Nombre de dimensions : 6 sous-échelles autonomes composées de 7 items chacune :
    • Items 1 à 7 : Eros (amour passionné / romantique)
    • Items 8 à 14 : Ludus (amour joueur / permissif)
    • Items 15 à 21 : Storge (amour amitié / complice)
    • Items 22 à 28 : Pragma (amour pratique / rationnel)
    • Items 29 à 35 : Mania (amour possessif / dépendant)
    • Items 36 à 42 : Agape (amour altruiste / inconditionnel)
  • Format de réponse : Échelle d’accord de type Likert en 5 points avec les ancrages suivants :
    • 1 = Fortement d’accord (strongly agree)
    • 2 = Modérément d’accord (moderately agree)
    • 3 = Neutre (neutral)
    • 4 = Modérément en désaccord (moderately disagree)
    • 5 = Fortement en désaccord (strongly disagree)
  • Consignes de cotation et calcul des scores :
    • Chaque sous-échelle est évaluée séparément ; il n’existe pas de score global « d’amour total », un tel score n’ayant aucun sens psychologique ni théorique.
    • Le participant obtient six scores continus distincts.
    • Selon la convention originale des auteurs, les scores de chaque sous-échelle sont obtenus en additionnant les réponses aux 7 items correspondants (score total de 7 à 35 par sous-échelle) ou en calculant la moyenne des items (score moyen de 1,0 à 5,0).
    • Attention au sens de cotation : Dans l’ancrage d’origine (1 = fortement d’accord, 5 = fortement en désaccord), un score numérique plus bas traduit une adhésion plus forte au style amoureux évalué. De nombreux chercheurs contemporains choisissent d’inverser le codage (1 = strongly disagree à 5 = strongly agree) pour des raisons de clarté interprétative (score plus élevé = adhésion plus forte).

11. Permissions, Tarifs et Année du test

L’échelle sous sa forme spécifique à la relation a été publiée en 1990 dans la revue scientifique Journal of Social Behavior and Personality (faisant suite à la version princeps parue en 1986 dans le Journal of Personality and Social Psychology) :

  • Permissions et droits d’auteur : Les auteurs, Clyde Hendrick et Susan S. Hendrick, ont mis cet instrument à la disposition de la communauté scientifique internationale pour un usage de recherche universitaire et académique non commerciale. Il n’est généralement pas nécessaire d’obtenir une autorisation formelle écrite payante pour l’administration de l’échelle à des fins d’enseignement supérieur, de thèses ou d’études académiques, sous réserve de citer scrupuleusement les publications de référence princeps.
  • Tarification : L’instrument est totalement libre de droits d’utilisation commerciale (gratuit / open access for academic research). Aucun coût de licence ni redevance par passation n’est exigé des chercheurs. Pour toute utilisation commerciale, adaptation logicielle propriétaire ou intégration dans un programme lucratif, il convient de contacter directement les titulaires des droits.

12. Références

Les travaux académiques fondamentaux encadrant la conception, la validation et l’utilisation de l’instrument sont répertoriés ci-dessous conformément aux normes bibliographiques internationales (APA 7e édition) :

  • Davies, M. F. (2001). Socially desirable responding and impression management in the endorsement of love styles. The Journal of Psychology: Interdisciplinary and Applied, 135(5), 562–570. https://doi.org/10.1080/00223980109603719
  • Hendrick, C., & Hendrick, S. S. (1986). A theory and method of love. Journal of Personality and Social Psychology, 50(2), 392–402. https://doi.org/10.1037/0022-3514.50.2.392
  • Hendrick, C., & Hendrick, S. S. (1990). A relationship-specific version of the Love Attitudes Scale. Journal of Social Behavior and Personality, 5(4), 239–254.
  • Hendrick, C., Hendrick, S. S., Foote, F. H., & Slapion-Foote, M. J. (1984). Do men and women love differently? Journal of Social and Personal Relationships, 1(2), 177–195. https://doi.org/10.1177/0265407584012003
  • Inman-Amos, J., Hendrick, S. S., & Hendrick, C. (1994). Love attitudes: Similarities between parents and children. Family Relations, 43(4), 456–461. https://doi.org/10.2307/585378
  • Lee, J. A. (1973). The colours of love: An exploration of the ways of loving. New Press.
  • Lee, J. A. (1976). Lovestyles. J. M. Dent & Sons.

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response format:
1 = strongly agree
2 = moderately agree
3 = neutral
4 = moderately disagree
5 = strongly disagree

Eros

  1. My lover and I were attracted to each other immediately after we first met.
  2. My lover and I have the right physical “chemistry” between us.
  3. Our lovemaking is very intense and satisfying.
  4. I feel that my lover and I were meant for each other.
  5. My lover and I became emotionally involved rather quickly.
  6. My lover and I really understand one another.
  7. My lover fits my ideal standards of physical beauty/handsomness.

Ludus

  1. I try to keep my lover a little uncertain about my commitment to him/her.
  2. I believe that what my lover doesn’t know about me won’t hurt him/her.
  3. I have sometimes had to keep my lover from finding out about other lovers.
  4. I could get over my love affair with my lover pretty easily and quickly.
  5. My lover would get upset if he/she knew of some of the things I’ve done with other people.
  6. When my lover gets too dependent on me, I want to back off a little.
  7. I enjoy playing the “game of love” with my lover and a number of different partners.

Storge

  1. It is hard for me to say exactly when our friendship turned into love.
  2. To be genuine, our love first required caring for a while 1 2 3 4 5
  3. I expect to always be friends with my lover.
  4. Our love is the best kind because it grew out of a long friendship.
  5. Our friendship merged gradually into love over time.
  6. Our love is really a deep friendship, not a mysterious, mystical emotion.
  7. Our love relationship is the most satisfying because it developed from a good friendship.

Pragma

  1. I considered what my lover was going to become in life before I committed myself to him/her.
  2. I tried to plan my life carefully before choosing a lover.
  3. In choosing my lover, I believe it was best to love someone with a similar background.
  4. A main consideration in choosing my lover was how he/she would reflect on my family.
  5. An important factor in choosing my lover was whether or not he/she would be a good parent.
  6. One consideration in choosing my lover was how he/she would reflect on my career.
  7. Before getting very involved with my lover, I tried to figure out how compatible his/her hereditary background would be with mine in case we ever had children.

Mania

  1. When things aren’t right with m lover and me, my stomach gets upset.
  2. If my lover and I break up, I would get so depressed that I would even think of suicide.
  3. Sometimes I get so excited about being in love with my lover that I can’t sleep.
  4. When my lover doesn’t pay attention to me, I feel sick all over.
  5. Since I’ve been in love with my lover, I’ve had trouble concentrating on anything else.
  6. I cannot relax if I suspect that my lover is with someone else.
  7. If my lover ignores me for a while, I sometimes do stupid things to try to get his/her attention back.

Agape

  1. I try to always help my lover through difficult times.
  2. I would rather suffer myself than let my lover suffer.
  3. I cannot be happy unless I place my lover’s happiness before my own.
  4. I am usually willing to sacrifice my own wishes to let my lover achieve his/hers.
  5. Whatever I own is my lover’s to use as he/she chooses.
  6. When my lover gets angry with me, I still love him/her fully and unconditionally.
  7. I would endure all things for the sake of my lover.
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Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle des attitudes amoureuses spécifiques à la relation. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-des-attitudes-amoureuses-specifiques-a-la-relation
Looti, Mohammed. “Échelle des attitudes amoureuses spécifiques à la relation.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-des-attitudes-amoureuses-specifiques-a-la-relation.
Looti, Mohammed. “Échelle des attitudes amoureuses spécifiques à la relation.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-des-attitudes-amoureuses-specifiques-a-la-relation.