1. Résumé / Abstract
L’Échelle des attitudes alimentaires désordonnées (connue sous l’acronyme anglophone Disordered Eating Attitude Scale ou DEAS) est un instrument psychométrique développé initialement par Marle dos Santos Alvarenga, Fernanda Baeza Scagliusi et Sonia Tucunduva Philippi (2010). Conçue pour évaluer les attitudes dysfonctionnelles et altérées à l’égard de l’alimentation, la DEAS transcende le cadre diagnostique conventionnel des troubles des conduites alimentaires (TCA) tels que l’anorexie mentale ou la boulimie nerveuse. Alors que la majorité des outils traditionnels (comme l’EAT-26 ou l’EDI) se concentrent de manière prépondérante sur la symptomatologie aiguë et les comportements de purge ou de restriction drastique, la DEAS capture le spectre élargi des croyances, des affects, des distorsions cognitives et des relations quotidiennes avec la nourriture, aussi bien dans des populations cliniques que non cliniques.
L’échelle est composée de 25 items répartis opérationnellement au sein de cinq à sept dimensions psychométriques selon les modèles factoriels validés (notamment la relation globale avec la nourriture, les préoccupations envers la nourriture et la prise de poids, les pratiques restrictives et compensatoires, les affects négatifs ou positifs vis-à-vis de l’acte alimentaire, et la conception du « manger normal »). La cotation varie d’un score théorique minimal de 37 à un maximum de 190 points, où des scores plus élevés reflètent des attitudes alimentaires plus désordonnées, culpabilisantes et pathologiques. Les travaux de validation psychométrique menés au Brésil, aux États-Unis et en Espagne mettent en évidence d’excellentes qualités métrologiques, caractérisées par une consistance interne satisfaisante (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,70 et 0,85 selon les sous-échelles), une remarquable fidélité test-retest (coefficients de corrélation intraclasse supérieurs à 0,80), ainsi qu’une validité convergente et discriminante robuste face à des critères anthropométriques et psychopathologiques.
2. Mots-clés / Keywords
Attitudes alimentaires, troubles des conduites alimentaires, DEAS, psychométrie, comportement alimentaire, restriction cognitive, relation à la nourriture, image corporelle, culpabilité alimentaire, validation d’échelle, alimentation intuitive.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle des attitudes alimentaires désordonnées a été développée par une équipe pluridisciplinaire brésilienne de chercheurs en nutrition clinique, épidémiologie et psychologie comportementale rattachés à la prestigieuse Université de São Paulo (USP), Brésil :
- Marle dos Santos Alvarenga, Ph.D. : Professeure et chercheuse associée au Département de Nutrition de la Faculté de Santé Publique de l’Université de São Paulo (FSP-USP), coordinatrice du Groupe de Recherche en Comportement Alimentaire (Gnutrindo / USP) et superviseuse clinique au Centre d’Enseignement et de Recherche sur les Troubles Alimentaires (AMBULIM, Institut de Psychiatrie de l’Hôpital des Cliniques de la FMUSP). Courriel institutionnel :
[email protected]. - Fernanda Baeza Scagliusi, Ph.D. : Professeure titulaire au Département de Nutrition de la Faculté de Santé Publique de l’Université de São Paulo. Spécialiste des approches socioculturelles de l’alimentation, de l’évaluation de la dépense énergétique et des méthodologies qualitatives et quantitatives appliquées aux pratiques alimentaires. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Sonia Tucunduva Philippi, Ph.D. : Professeure associée émérite au Département de Nutrition de l’Université de São Paulo, pionnière dans l’élaboration de guides alimentaires et de la pyramide alimentaire brésilienne, référence majeure en nutrition appliquée à la santé publique. Courriel institutionnel :
[email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Disordered Eating Attitude Scale (DEAS) est d’opérationnaliser et de quantifier avec rigueur le spectre multidimensionnel des attitudes dysfonctionnelles à l’égard de l’alimentation, comblant ainsi un vide méthodologique persistant dans la recherche épidémiologique et clinique. Historiquement, l’investigation empirique du comportement alimentaire s’est articulée autour d’une dichotomie stricte opposant la normalité présumée aux pathologies psychiatriques formellement répertoriées dans le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders). De ce fait, des outils classiques tels que l’Eating Attitudes Test (EAT-26) ou l’Eating Disorder Examination Questionnaire (EDE-Q) ont été structurés dans une perspective diagnostique ou de dépistage systématique de pathologies avérées.
Néanmoins, la réalité psychosociale et comportementale révèle qu’une fraction massive de la population générale, en particulier parmi les adolescents, les étudiants universitaires et les jeunes adultes, manifeste des altérations substantielles de leur rapport aux aliments sans satisfaire l’intégralité des critères nosographiques d’un TCA caractérisé. Ces perturbations subcliniques comprennent la culpabilité postprandiale, la catégorisation manichéenne des aliments en « sains » ou « toxiques », la restriction cognitive, la suppression des signaux physiologiques de faim et de satiété, ainsi que l’interférence anxiogène des repas dans le fonctionnement relationnel quotidien. La DEAS a été spécifiquement conçue pour capturer ce gradient continu d’anomalies attitudinales.
Sur le plan clinique, la DEAS constitue une mesure de référence pour :
- Identifier précocement les profils à risque avant que ne s’installent des conduites de purge, des épisodes de frénésie alimentaire incontrôlée ou des dénutritions sévères ;
- Évaluer l’efficacité des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), des interventions nutritionnelles basées sur l’alimentation intuitive ou la pleine conscience (mindful eating), en observant la normalisation progressive des croyances alimentaires ;
- Disséquer les dimensions spécifiques qui résistent au traitement, par exemple la persistance d’une peur viscérale des macronutriments caloriques (lipides, glucides) malgré une restauration pondérale satisfaisante.
Dans le domaine de la recherche, la DEAS permet de mener des enquêtes transculturelles sur l’impact de la pression esthétique véhiculée par les réseaux sociaux, d’analyser les disparités entre les filières d’études (notamment la surreprésentation des attitudes dysfonctionnelles chez les étudiants en diététique, éducation physique ou mannequinat) et de décortiquer les médiateurs psychologiques qui sous-tendent les liens entre insatisfaction corporelle, anxiété de trait et santé métabolique.
5. Construit psychologique / Construct
Au sens psychométrique, le construit mesuré par la DEAS est l’attitude alimentaire désordonnée (disordered eating attitude). Selon la définition princeps adoptée par Alvarenga et ses collaboratrices (2010), une attitude alimentaire regroupe l’ensemble des croyances, pensées, émotions, affects et dispositions comportementales manifestés par un individu à l’égard de la nourriture, du fait de s’alimenter et du statut corporel corrélé. Ce construit s’articule autour de plusieurs composantes clés :
1. Relation avec la nourriture (Relationship with Food)
Cette dimension centrale explore la dégradation globale de l’expérience alimentaire au quotidien. Elle capture les phénomènes d’hyperfocalisation obsessionnelle sur l’acte nutritif, l’angoisse d’une perte totale de contrôle lors des événements sociaux (buffets, fêtes) et l’incapacité à envisager la nourriture comme un acte serein. Un score élevé sur cette dimension reflète l’expression d’un désir irréaliste de contrôler entièrement ses mécanismes biologiques (par exemple, le fantasme récurrent d’une pilule de substitution alimentaire) et la conviction que le rapport à l’alimentation désorganise l’existence personnelle et relationnelle.
2. Préoccupations relatives aux aliments et à la prise de poids (Concerns about Food and Weight Gain)
Cette composante opérationnalise la dimension cognitive de la vigilance pondérale. Elle se traduit par le calcul permanent de la valeur calorique des rations consommées, le refus immédiat d’ingérer un mets s’il est jugé plus énergétique qu’escompté, et une anxiété prospective intense quant à l’impact pondéral direct de chaque prise alimentaire. Les pensées automatiques dysfonctionnelles prédominent ici sous la forme d’un lien causal déterministe et catastrophique entre plaisir gustatif et prise de masse grasse.
3. Pratiques restrictives et compensatoires (Restrictive and Compensatory Practices)
Cette facette évalue la mise en œuvre active de tactiques comportementales visant à contrecarrer un apport calorique ou à contraindre le bilan énergétique : périodes de jeûne total ou hydrique dans un but d’amaigrissement, saut systématique de repas principaux, et recours à des manœuvres de compensation après un repas copieux (engagement excessif dans l’exercice physique, prise de purgatifs, diurétiques ou vomissements auto-induits). Elle mesure le passage de la simple pensée dysfonctionnelle à l’action d’éviction ou de neutralisation.
4. Sentiments et affects à l’égard de l’alimentation (Feelings toward Eating)
Cette sous-échelle aborde la tonalité émotionnelle intime déclenchée par l’ingestion d’aliments. Chez l’individu sain, l’alimentation évoque des réminiscences hédoniques, du réconfort et une sensation d’apaisement physique. Chez les sujets présentant des attitudes désordonnées, l’expérience alimentaire suscite des sentiments d’étrangeté (« manger semble anormal ou contre nature »), de l’amertume ou de la colère face aux signaux de faim physiologique, et une impression dégradante de souillure morale ou physique (« se sentir sale après avoir mangé »).
5. Idée du « manger normal » et croyances nutritionnelles (Idea of Normal Eating & Nutritional Beliefs)
Cette dimension évalue la distorsion des représentations cognitives concernant ce qui constitue une alimentation appropriée et légitime. Elle apprécie la flexibilité cognitive face aux repas d’origine émotionnelle (reconnaissance ou déni du fait qu’il est naturel de manger parfois sous l’effet de l’ennui, de la fatigue ou de la tristesse) et ausculte les croyances rigoristes relatives à l’exclusion radicale d’aliments de base (pain, riz, féculents, corps gras, viande rouge, sucre). La diabolisation des macronutriments essentiels témoigne d’une rigidité cognitive majeure.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de la DEAS prend racine dans l’intersection de la psychologie cognitive, des modèles psychosociaux de l’image corporelle et des théories du comportement alimentaire issues des sciences de la nutrition. L’armature théorique s’appuie principalement sur trois courants majeurs :
Le modèle cognitivo-comportemental transdiagnostique de Fairburn
Formulé initialement par Christopher G. Fairburn, Zafra Cooper et Roz Shafran (2003), le modèle transdiagnostique postule que le noyau psychopathologique fondamental des troubles alimentaires réside dans la surévaluation de la forme corporelle, du poids et de leur contrôle. Dans cette perspective, les pensées dysfonctionnelles et les règles diététiques rigides gouvernent l’ensemble de la vie psychique. La DEAS intègre directement cette vision en mesurant non seulement l’impact comportemental (le jeûne, les régimes), mais avant tout les distorsions cognitives et les croyances sous-jacentes qui précèdent et perpétuent la chronicité de la souffrance alimentaire.
La théorie de la restriction cognitive (Restraint Theory)
Élaborée par C. Peter Herman et Janet Polivy (1975, 1984), la théorie de la restriction cognitive démontre que la tentative délibérée de réguler l’apport énergétique par le contrôle cognitif plutôt que par la réponse aux signaux intéroceptifs internes (faim, satiété homéostatique) induit paradoxalement des ruptures de contrôle (l’effet dit what-the-hell ou déshinhibition alimentaire). La DEAS operationalise explicitement ces concepts dans ses items évaluant les réactions consécutives à un excès alimentaire : le sujet restreint interprète tout écart comme un échec dramatique, alternant entre la perte de contrôle boulimique et le renforcement des punitions compensatoires.
Le paradigme de l’alimentation intuitive et de l’intéroception
En contrepoint des approches strictement axées sur la pathologie, les travaux d’Evelyn Tribole et Elyse Resch sur l’Alimentation Intuitive, ainsi que les études de Linda Bacon sur le mouvement Health At Every Size (HAES), ont souligné que la santé psychologique liée à la nutrition repose sur une relation apaisée avec les aliments, le plaisir sans culpabilité, et la flexibilité comportementale. La DEAS reflète ces apports en introduisant des items à cotation inversée ou ciblée sur l’agrément gustatif, les souvenirs affectifs agréables rattachés aux repas et l’acceptation de l’alimentation émotionnelle épisodique comme une composante intrinsèque de la condition humaine.
7. Validité / Validity
La validité métrologique de la DEAS a fait l’objet d’investigations exhaustives publiées dans des revues internationales à comité de lecture, confirmant la pertinence de l’instrument auprès d’échantillons universitaires, de populations cliniques suivies pour anorexie ou boulimie, et de cohortes diverses issues de pays hispanophones, anglophones et lusophones.
Validité de construit (Construct Validity)
La validité de construit a été établie dès l’étude initiale d’Alvarenga et al. (2010a) par la méthode des groupes contrastés. Les chercheuses ont comparé les scores obtenus par des patientes présentant un diagnostic clinique avéré de trouble des conduites alimentaires (selon les critères du DSM-IV) à ceux d’un groupe contrôle d’étudiantes universitaires sans antécédents psychiatriques. Les résultats démontrent une divergence statistiquement très significative ($p < 0,001$) : le groupe clinique présentait un score moyen total considérablement plus élevé ($M = 111,2 ; ET = 18,7$) que le groupe non clinique ($M = 64,8 ; ET = 14,2$), confirmant la capacité de l’outil à capter avec acuité la sévérité des altérations attitudinales.
Validité convergente et discriminante (Convergent & Discriminant Validity)
La validité convergente a été démontrée par des corrélations positives robustes et hautement significatives entre le score global de la DEAS et d’autres instruments psychométriques validés de renommée mondiale :
- Une corrélation positive modérée à forte avec l’Eating Attitudes Test (EAT-26) ($r = 0,65$ à $0,73$, $p < 0,001$), indiquant que les deux échelles explorent des domaines partagés tout en mesurant des nuances conceptuelles distinctes ;
- Une corrélation significative avec le sous-score de « pulsion vers la minceur » (Drive for Thinness) de l’Eating Disorder Inventory (EDI-2) ($r pprox 0,68$, $p < 0,001$) ainsi qu’avec la sous-échelle d’« insatisfaction corporelle » ($r pprox 0,52$, $p < 0,001$) ;
- Une corrélation positive statistiquement attestée avec l’Indice de Masse Corporelle (IMC) dans les populations non cliniques, reflétant l’intensification des préoccupations restrictives chez les individus exposés à la stigmatisation pondérale.
La validité discriminante a été corroborée en montrant que la DEAS corrèle faiblement avec des construits psychologiques non spécifiques tels que l’extraversion générale ou l’intelligence non verbale, prouvant que l’instrument isole spécifiquement les attitudes cognitives et émotionnelles relatives à la nourriture.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité psychométrique de la DEAS atteste d’une précision de mesure et d’une stabilité temporelle répondant rigoureusement aux standards méthodologiques internationaux de l’American Psychological Association (APA).
Consistance interne (Internal Consistency)
Dans l’échantillon initial de développement (Alvarenga et al., 2010a), le coefficient alpha de Cronbach global de l’échelle était de 0,75 pour l’échantillon tout-venant et atteignait 0,81 dans le groupe clinique. Dans les études ultérieures de validation transculturelle, notamment la version nord-américaine en langue anglaise (Alvarenga et al., 2010b) et l’adaptation hispanophone (Alvarenga et al., 2010c), la consistance interne de l’échelle totale s’est maintenue entre 0,76 et 0,84. Au niveau des sous-échelles individuelles, les coefficients alpha varient généralement de 0,62 (pour les facteurs comprenant un nombre restreint d’items, comme « Idée du manger normal ») à 0,83 (pour la sous-échelle « Relation avec la nourriture »), ce qui demeure tout à fait satisfaisant pour des construits attitudinaux complexes.
Stabilité temporelle (Test-Retest Reliability)
La fidélité test-retest a été minutieusement évaluée lors des études de validation de la version originale et de la version anglaise, sur un intervalle temporel typique de deux à quatre semaines :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total s’établit à 0,86 ($p < 0,0001$), indiquant une excellente stabilité temporelle des scores individuels en l’absence d’intervention thérapeutique ;
- Pour les différentes sous-échelles, les coefficients de corrélation de Pearson test-retest se situent entre 0,72 et 0,89, confirmant que les attitudes mesurées relèvent de traits cognitifs et comportementaux stables plutôt que de fluctuations d’humeur purement transitoires.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La composition dimensionnelle de la DEAS a été établie au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) complétées par des analyses factorielles confirmatoires (AFC) lors des travaux de standardisation transculturelle.
Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Dans la validation initiale princeps (Alvarenga et al., 2010a), une extraction par analyse en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, en accord avec l’intercorrélation théorique attendue des dimensions) a mis en évidence une organisation structurée. Bien que la solution théorique conceptuelle comprenne initialement 7 dimensions narratives, l’analyse factorielle statistique a regroupé les 25 items de manière parcimonieuse autour de 5 facteurs fondamentaux expliquant plus de 46 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Relation avec la nourriture (regroupant 12 items, notamment les items 8, 10, 13, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25). Ce facteur capture l’impact existentiel de l’alimentation, la culpabilité et la dérégulation émotionnelle, avec des saturations factorielles s’échelonnant entre 0,42 et 0,78.
- Facteur 2 : Préoccupations relatives aux aliments et au poids (items 5, 14, 15, 16), avec des saturations variant de 0,55 à 0,74, centré sur le décompte calorique obsessionnel et la hantise de grossir.
- Facteur 3 : Pratiques restrictives et compensatoires (items 4, 6, 7, 12), isolant les conduites de jeûne, le saut de repas et les manœuvres compensatoires, affichant des saturations entre 0,48 et 0,71.
- Facteur 4 : Sentiments à l’égard de l’alimentation (items 2, 3, 9), ciblant la perte de spontanéité naturelle, le dégoût moral et l’absence de plaisir (saturations entre 0,50 et 0,69).
- Facteur 5 : Idée du « manger normal » (items 1a, 1b, 1c et item 11), décrivant la rigidité quant à l’exclusion d’aliments jugés nocifs et l’incompréhension de l’alimentation émotionnelle banale.
Indices d’adéquation de l’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Les études confirmatoires ultérieures (notamment Alvarenga et al., 2010b ; Francischi et al., 2010) ont confirmé l’adéquation globale du modèle factoriel pentadimensionnel, caractérisé par des indices d’ajustement respectant les critères psychométriques recommandés : ratio $\chi^2/dl < 2,5$, indice de Bentler (CFI) > 0,90, TLI > 0,88 et une erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) comprise entre 0,045 et 0,062, certifiant la robustesse de l’architecture interne de l’échelle.
10. Instrument de mesure / Instrument
La DEAS se présente sous la forme d’un auto-questionnaire standardisé sur support papier-crayon ou numérique, administrable en 10 à 15 minutes environ.
- Nature de l’outil : Échelle d’évaluation psychologique et nutritionnelle auto-rapportée (self-report questionnaire).
- Format d’administration : Individuel ou collectif ; contextes cliniques, épidémiologiques ou universitaires.
- Nombre d’items : 25 items au total, scindés en deux parties distinctes :
- Partie I (Items 1 à 12) : Items évaluant les jugements normatifs sur les aliments (item 1 décliné en sous-items d’aliments spécifiques cotés individuellement), les croyances d’utilité métabolique, et les comportements compensatoires/émotionnels, dotés d’options de réponse catégorielles ou polytomiques spécifiques (de 1 à 5 points).
- Partie II (Items 13 à 25) : Items mesurant la fréquence des pensées, angoisses et obsessions alimentaires via une échelle d’appréciation de type Likert uniforme en 5 points : Toujours (Always = 5), Habituellement (Usually = 4), Souvent (Often = 3), Parfois (Sometimes = 2), Rarement/Jamais (Rarely/Never = 1).
- Plage de cotation (Scoring) :
- Le score total s’obtient par l’addition des points obtenus à chaque item (après pondération spécifique de la question 1 où chaque alternative est cotée).
- Score théorique minimum : 37 points (traduisant des attitudes alimentaires hautement adaptées, souples et saines).
- Score théorique maximum : 190 points (reflétant un degré extrême de distorsion, de détresse et de désorganisation de l’attitude alimentaire).
- Interprétation générale : Plus le score est élevé, plus l’attitude alimentaire du sujet est considérée comme perturbée, rigide et dysfonctionnelle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2010.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par les auteurs d’origine (Marle S. Alvarenga, Fernanda B. Scagliusi et Sonia T. Philippi) et par les éditeurs des revues académiques de publication (Ammons Scientific / Perceptual and Motor Skills ; Elsevier / Appetite).
- Conditions d’accès et tarif : L’utilisation de l’échelle est gratuite pour la recherche académique, l’enseignement universitaire et la pratique clinique non commerciale. Les auteurs encouragent la diffusion scientifique de l’outil, sous réserve de citer scrupuleusement les publications fondatrices. Les utilisations commerciales, interventions en entreprises lucratives ou intégrations dans des applications payantes nécessitent une autorisation écrite formelle préalable auprès de l’auteur correspondant (Dr Marle S. Alvarenga).
12. Références / References
Les études de référence relatives au développement, à l’évaluation et aux adaptations de la DEAS sont les suivantes :
- Alvarenga, M. S., Scagliusi, F. B., & Philippi, S. T. (2010a). Development and validity of the Disordered Eating Attitude Scale. Perceptual and Motor Skills, 110(2), 379–395. https://doi.org/10.2466/pms.110.2.379-395
- Alvarenga, M. S., Pereira, R. F., Scagliusi, F. B., Philippi, S. T., Estima, C. P. C., & Croll, J. (2010b). Psychometric evaluation of the Disordered Eating Attitude Scale (DEAS) – English version. Appetite, 55(3), 374–376. https://doi.org/10.1016/j.appet.2010.07.007
- Alvarenga, M. S., Francischi, R., Fontes, F., Scagliusi, F. B., & Philippi, S. T. (2010c). Adaptación y validación al español del Disordered Eating Attitude Scale (DEAS). Perspectivas en Nutrición Humana, 12(1), 11–23. https://revistas.udea.edu.co/index.php/nutricion/article/view/9398
- Fairburn, C. G., Cooper, Z., & Shafran, R. (2003). Cognitive behaviour therapy for eating disorders: A « transdiagnostic » theory and treatment strategy. Behaviour Research and Therapy, 41(5), 509–528. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(02)00088-8
- Herman, C. P., & Polivy, J. (1984). A boundary model for the regulation of eating. In A. J. Stunkard & E. Stellar (Eds.), Eating and its disorders (pp. 141–156). Raven Press.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
PART I
1. Mark with an X how healthy and necessary you consider consumption of each kind of food below:
(For Question 1, score each food item individually according to the selected option)
a) Group A
Sugar:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (1 point)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
French Fries:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (1 point)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
Oil:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (1 point)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
b) Group B
Breads:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
Rice:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
Beans:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
Pasta:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
Red meat:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
Whole milk:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
Cheese:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
c) Group C
Vegetables:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
Fruits:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
White meat:
- Eating this food often is healthy and necessary (1 point)
- Eating this food occasionally is healthy and necessary (3 points)
- Not eating this food is healthy and necessary (5 points)
2. Do you feel pleasure when you eat?
- Yes (1 point)
- No (5 points)
3. Does eating ever feel unnatural to you?
- Yes (5 points)
- No (1 point)
4. Have you ever spent one or more days without eating or having only liquids because you believed you could lose weight?
- Yes (5 points)
- No (1 point)
5. Do you count the calories of everything you eat?
- Yes (5 points)
- No (1 point)
6. Do you enjoy the feeling of an empty stomach?
- Yes (5 points)
- No (1 point)
7. Do you « skip » meals to avoid putting on weight?
- Yes (5 points)
- No (1 point)
8. Does eating make you feel « dirty »?
- Yes (5 points)
- No (1 point)
9. Do you have good memories related to food?
- Yes (1 point)
- No (5 points)
10. Would you like to not need to eat?
- Yes (5 points)
- No (1 point)
11. Do you believe that it is normal to eat sometimes just because you are sad, upset or bored?
- Yes (1 point)
- No (5 points)
12. When you eat more than usual, what is your behavior afterwards?
- Restart eating as usual (1 point)
- Assume you have lost control and keep eating even more (3 points)
- Decide to go on a diet to compensate (3 points)
- Use some kind of compensation, such as physical activity, vomiting, laxatives and diuretics (5 points)
PART II
For questions 13 to 25, the response format and point values are:
Always = 5 points | Usually = 4 points | Often = 3 points | Sometimes = 2 points | Rarely/Never = 1 point
13. I feel guilty when I eat something that I thought I should not eat for some reason.
14. I quit eating a kind of food if I find out it has more calories than I thought.
15. I worry all the time about what I am going to eat, how much to eat, how to prepare food and whether I should eat or not.
16. I worry about how much a certain kind of food or meal will make me gain weight.
17. I am angry when I feel hungry.
18. It is hard to choose what to eat, because I always think I should eat less or choose the option with fewer calories.
19. When I desire a specific kind of food, I know I won’t stop eating until I have finished with it.
20. I would like to have my appetite and eating behavior under total control.
21. I try eating less in front of others in order to overeat when I am alone.
22. I am afraid to start eating and not be able to stop.
23. I dream of a pill that would replace food.
24. I get nervous and/or lose my self-control at parties and buffets, due to a great amount of foods.
25. My relationship with food messes up my life as a whole.