1. Résumé / Abstract
L’Échelle des attentes relatives au dévoilement (Disclosure Expectancy Scale [DExS]), également désignée sous le nom de Disclosure Expectancy Scale – Civilian Version, est un instrument psychométrique auto-rapporté de 33 items conçu pour évaluer de manière exhaustive les attentes des personnes exposées à des traumatismes psychologiques quant aux conséquences potentielles du dévoilement de leurs vécus. Développé par Clapp, Gray, Litz, Lang et Sowers (2023), cet inventaire comble un vide méthodologique important dans l’évaluation des processus cognitifs interpersonnels post-traumatiques. L’instrument s’appuie sur la modélisation des processus de traitement social du trauma, intégrant notamment les travaux pionniers de Sarah Ullman sur les réactions sociales consécutives au dévoilement, ainsi que l’expertise clinique approfondie des auteurs auprès de populations civiles et vétérans.
Le questionnaire est structuré en deux grandes dimensions factorielles corrélées : les attentes négatives (Negative Expectations ou Disclosure-Related Apprehensions, 18 items) et les attentes positives (Positive Expectations, 15 items). Deux items préliminaires descriptifs permettent d’évaluer la fréquence antérieure du dévoilement (sur une échelle ordinale de 1 à 5) et l’utilité perçue de ces expériences passées (sur une échelle ordinale de 1 à 5). Les 33 items d’attentes sont quant à eux évalués au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Extrêmement improbable ») à 5 (« Extrêmement probable »). Le calcul du score repose sur la moyenne des items de chaque sous-échelle multipliée par un coefficient de 10, générant des scores étalonnés de 10 à 50 afin de faciliter l’interprétation en milieu clinique.
Les propriétés psychométriques de la DExS, établies auprès d’un échantillon d’étudiants universitaires exposés à des événements traumatiques aux États-Unis, démontrent une qualité métrologique remarquable. L’analyse factorielle confirmatoire (AFC) corrobore l’adéquation d’une structure bifactorielle corrélée, affichant des indices d’ajustement rigoureux (χ²(494) = 1 257,9, p < 0,001 ; CFI = 0,954 ; TLI = 0,951 ; SRMR = 0,065). La consistance interne s’avère excellente tant pour la sous-échelle des attentes positives (ω de McDonald = 0,94) que pour celle des attentes négatives (ω = 0,93). La validité convergente est étayée par des corrélations modérées à fortes entre les attentes négatives et les cognitions post-traumatiques dysfonctionnelles, le faible soutien social perçu ainsi que la réticence à mobiliser l’entourage. Parallèlement, la validité discriminante est attestée par de faibles associations avec l’expressivité émotionnelle générale, l’anxiété sociale et la gestion des impressions.
2. Mots-clés / Keywords
Dévoilement de soi, Traumatisme psychologique, Attentes cognitives, Réticence au dévoilement, Soutien social, Évaluation psychométrique, Cognitions post-traumatiques, Psychopathologie interpersonnelle, Validation d’échelle, Facteurs pronostiques.
3. Auteurs / Authors
- Joshua D. Clapp, Ph.D. : Département de psychologie, University of Wyoming, Laramie, Wyoming, États-Unis. (ORCID : 0000-0003-2897-5363 ; Courriel : [email protected]).
- Matt J. Gray, Ph.D. : Département de psychologie, University of Wyoming, Laramie, Wyoming, États-Unis.
- Brett T. Litz, Ph.D. : VA Boston Healthcare System et Boston University, Boston, Massachusetts, États-Unis. (ORCID : 0000-0002-0479-8887).
- Ariel J. Lang, Ph.D., MPH : VA San Diego Center of Excellence for Stress and Mental Health (CESAMH) et University of California San Diego, La Jolla, Californie, États-Unis.
- Alexandria F. Sowers, M.S. : Département de psychologie, University of Wyoming, Laramie, Wyoming, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Disclosure Expectancy Scale (DExS) est de quantifier de façon précise et opérationnelle les différences individuelles sous-tendant la motivation ou, à l’inverse, l’inhibition des survivants de traumatismes à verbaliser leurs souvenirs et émotions pénibles auprès de tiers. Dans le domaine de la psychotraumatologie, le partage social des émotions constitue un mécanisme pivot facilitant la réorganisation cognitive de l’événement traumatique, l’extinction de la réactivité émotionnelle conditionnée et l’intégration du récit au sein de la mémoire autobiographique. Néanmoins, de nombreux survivants choisissent le silence, s’enferment dans l’isolement social ou manifestent une réticence marquée à solliciter leur entourage naturel ou des intervenants professionnels.
Sur le plan théorique et clinique, la DExS ne se contente pas de mesurer si une personne parle ou ne parle pas de son trauma ; elle explore le calcul anticipatoire — conscient ou semi-conscient — que pose l’individu avant de s’engager dans l’acte de parole. Les attentes relatives au dévoilement agissent comme de puissants médiateurs et régulateurs de l’action. Lorsqu’un survivant anticipe que le dévoilement entraînera du blâme, du rejet, une perte de contrôle émotionnel dévastatrice ou une invalidation sociale, ces attentes négatives constituent une barrière cognitive majeure au partage. À l’inverse, l’anticipation d’un soulagement cathartique, d’une meilleure compréhension de soi ou d’une validation empathique incite activement à la mobilisation des réseaux de soutien.
Les applications cliniques de cet instrument sont variées et stratégiques. En psychothérapie individuelle — notamment au sein des approches d’exposition prolongée (PE) ou de thérapie de traitement cognitif (CPT) pour le trouble de stress post-traumatique (TSPT) —, la DExS permet d’identifier d’emblée les croyances dysfonctionnelles susceptibles de saboter l’alliance thérapeutique, d’induire des comportements d’évitement ou de conduire à un abandon prématuré du traitement. Si un patient obtient un score alarmant d’attentes négatives portant sur la crainte de « devenir fou » ou d’être perçu comme « faible », le praticien peut orienter ses interventions initiales vers la psychoéducation, la déstigmatisation et la restructuration cognitive ciblée de ces appréhensions.
En recherche fondamentale et translationnelle, la DExS offre une mesure standardisée indispensable pour modéliser les trajectoires de rétablissement post-traumatique. L’échelle permet d’élucider pourquoi certaines personnes disposant d’un réseau social apparemment robuste échouent à en tirer profit : la présence physique d’un réseau d’aide demeure inopérante si le survivant anticipe systématiquement des retombées catastrophiques en cas de confidence. La DExS constitue ainsi un outil d’investigation clé pour étudier les interactions complexes entre facteurs cognitifs individuels, réactions de l’environnement social et maintien à long terme de la détresse psychologique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par la DExS s’enracine dans la notion d’attentes de résultats (outcome expectancies), initialement formulée au sein des théories de l’apprentissage social et cognitif. Appliquées au dévoilement d’un événement traumatisant, ces attentes représentent la probabilité subjectivement perçue par l’individu que des conséquences favorables ou défavorables surviennent à la suite de la communication verbale de son vécu. Ce construit n’est pas unidimensionnel : il se compose de deux constellations distinctes et non mutuellement exclusives d’attentes cognitives.
1. Attentes négatives et appréhensions liées au dévoilement (18 items)
Cette première dimension reflète les coûts subjectifs anticipés, la stigmatisation redoutée et les craintes d’invalidation associées au fait de partager un événement perturbateur. L’analyse détaillée de ses composantes révèle plusieurs sous-thématiques phénoménologiques :
- La peur du jugement d’autrui et la stigmatisation : Le sujet anticipe que son entourage le jugera irrémédiablement diminué ou déviant. Les items capturent la crainte d’être qualifié de faible (« Others will think I’m weak »), de fou ou de cas psychiatrique (« I will be labeled « a nut » or « psych case » »), voire d’être perçu comme une mauvaise personne (« Others will think that I am a bad person »).
- Le blâme et l’invalidation sociale : Les croyances selon lesquelles l’entourage minimisera la tragédie ou rejettera la responsabilité sur la victime (« I will be blamed for things that went wrong » ; « I will be told that it’s not such a big deal » ; « I will be told that I should keep this stuff to myself »).
- La perte de contrôle affectif et cognitif : L’anticipation d’une débâcle psychologique interne lors de la verbalisation, marquée par l’incapacité à maîtriser ses émotions (« I will not be able to control my emotions ») ou la sensation d’effondrement psychotique ou de dépersonnalisation aiguë (« I will « go crazy » or come unglued »).
- Les retombées interpersonnelles et concrètes : La crainte de ruptures relationnelles directes (« It will damage my relationships » ; « People will avoid me or treat me differently »), d’une rupture de confidentialité (« The stuff I talk about will not be kept confidential ») ou de répercussions néfastes sur la carrière professionnelle ou le parcours académique (« It will hurt my educational or professional development »).
- L’inadéquation communicative : L’appréhension de ne pas réussir à verbaliser fidèlement l’horreur vécue ou de trahir sa propre pensée (« I will have trouble putting my experiences into words — or what I say will come out wrong »).
2. Attentes positives liées au dévoilement (15 items)
Cette seconde dimension englobe les bénéfices perçus, tant intrapersonnels qu’interpersonnels, susceptibles de découler de la mise en mots de l’expérience traumatique. Elle se décline selon plusieurs axes fonctionnels :
- La catharsis et le soulagement psychologique : L’allègement de la charge mentale et la décompression d’un affect trop longtemps réprimé (« It will take a load off my mind to talk to others » ; « I will feel less « bottled-up » » ; « It will help me get it out of my system »).
- La normalisation et la validation vicariante : La possibilité de réaliser que d’autres individus éprouvent des réactions similaires face à des événements comparables (« It will be helpful to know that others are having the same reactions » ; « I’ll find out it isn’t as bad as I think »).
- L’amélioration et l’approfondissement relationnels : L’espoir d’être enfin compris dans son authenticité et de renforcer le tissu interpersonnel (« My relationships will improve » ; « I will be better understood » ; « People will better understand me »).
- L’altruisme et la transmission sociale : La volonté de conférer un sens pro-social à l’épreuve traversée en aidant d’autres personnes vulnérables ou en favorisant la parole d’autrui (« It may help other people going through similar experiences » ; « It might help someone else open up » ; « I’ll be helping people understand what these experiences are really like »).
- Le pronostic favorable à long terme : La croyance que la verbalisation constitue un vecteur de santé mentale durable et prévient l’aggravation de la symptomatologie (« It will be good for my mental health in the long run » ; « It will keep things from getting worse » ; « It will be more helpful than trying not to think/talk about it »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de la DExS s’inscrit au carrefour de plusieurs modèles majeurs de la psychologie clinique, de la cognition sociale et de la psychotraumatologie contemporaine. Deux courants paradigmatiques constituent son soubassement fondamental : le modèle du traitement cognitivo-social (Social-Cognitive Processing Model) et la théorie de l’inhibition et de l’expression émotionnelle.
Le modèle du traitement cognitivo-social de Lepore et al.
Formulé principalement par Stephen J. Lepore et ses collègues, ce modèle postule que la résolution d’un événement traumatisant exige une intégration cognitive continue au sein des schémas mentaux existants. Cette intégration s’opère de manière privilégiée au travers de discussions interpersonnelles répétées, au cours desquelles la personne confronte ses cognitions, reçoit des rétroactions correctrices et réévalue la menace. Cependant, ce modèle insiste sur le fait que l’environnement social n’est pas un récepteur passif et bienveillant universel. Lorsque les personnes traumatisées rencontrent des réactions négatives — telles que la minimisation, le rejet, l’irritation ou le blâme —, elles développent des appréhensions massives à l’égard de futurs échanges.
Les travaux empiriques de Sarah E. Ullman (notamment son ouvrage de référence de 2011 sur les réactions sociales aux agressions sexuelles) ont abondamment démontré que les réactions négatives ont un impact psychologique nocif disproportionné comparé aux bénéfices des réactions positives. La DExS operacionalise précisément la façon dont ces expériences passées, ou les normes socioculturelles intériorisées, se cristallisent en schémas d’attentes prospectives. L’individu n’agit pas seulement en réaction à ce qui s’est produit, mais en fonction des conséquences anticipées selon ses représentations internes.
La théorie de l’inhibition comportementale de Pennebaker
Dans la perspective de James W. Pennebaker, l’inhibition active de souvenirs et d’affects douloureux impose un travail physiologique et cognitif constant qui épuise l’organisme et favorise l’émergence de somatisations et de troubles psychiques. Le dévoilement (par l’écriture ou la parole) lève cette inhibition et permet la reconstruction narrative du souvenir. Néanmoins, l’inhibition n’est pas un simple déficit de compétences : c’est une stratégie protectrice motivée. Le modèle cognitif sous-jacent à la DExS souligne que si l’individu estime que le coût social ou émotionnel du dévoilement dépasse le coût biologique de l’inhibition, il choisira rationnellement — de son point de vue — le silence.
La théorie des attentes et de la valeur (Expectancy-Value Theory)
Sur le plan décisionnel, la DExS emprunte directement à la théorie de l’espérance de Victor Vroom et aux modèles cognitifs de l’évaluation de Richard Lazarus et Susan Folkman. L’engagement dans un comportement d’auto-dévoilement intime (self-disclosure) dépend conjointement de l’espérance (la certitude subjective que le geste sera suivi de tel résultat) et de la valence accordée à ce résultat. En évaluant séparément les attentes négatives et positives, la DExS permet de cartographier la balance motivationnelle du patient face au risque interpersonnel du dévoilement.
7. Validité / Validity
Les investigations psychométriques initiales conduites par Clapp et al. (2023) fournissent des preuves empiriques rigoureuses quant à la validité de construit, la validité convergente et la validité discriminante de la DExS.
Validité convergente
La validité convergente de l’instrument a été examinée en corrélant ses sous-échelles avec des mesures validées évaluant les cognitions post-traumatiques, le réseau social perçu et les antécédents de divulgation :
- Attentes négatives : Les scores d’attentes négatives ont démontré des corrélations positives de magnitude modérée à forte avec les distorsions cognitives post-traumatiques mesurées par le Posttraumatic Cognitions Inventory (PTCI ; Foa et al., 1999). Les individus qui anticipent des réactions néfastes lors du dévoilement adhèrent significativement plus à des cognitions d’incompétence personnelle, de culpabilité et à une vision du monde comme intrinsèquement dangereux. De plus, les attentes négatives sont corrélées négativement avec le soutien social perçu (mesuré par le MSPSS) et corrélées positivement avec la réticence globale à solliciter de l’aide auprès de ses proches.
- Attentes positives : En revanche, les attentes positives ont montré une relation très significative avec la fréquence des dévoilements antérieurs rapportée lors de l’item initial de la DExS (comparaison statistique formelle : z = 4,21, p < 0,001). Les individus nourrissant l’espoir d’une issue constructive s’engagent plus volontiers dans le partage social de leurs expériences vécues.
Validité discriminante
Pour s’assurer que la DExS ne mesure pas de simples traits de personnalité généraux ou des biais d’auto-présentation, les auteurs l’ont confrontée à plusieurs construits théoriquement distincts :
- Expressivité émotionnelle de trait : Les attentes négatives ont manifesté des corrélations faibles avec les mesures de style expressif général, démontrant que la DExS évalue des attentes spécifiques au contexte traumatique et non une simple timidité verbale globale.
- Trouble d’anxiété sociale : Bien qu’une légère association existe en raison de la nature interpersonnelle des deux construits, la magnitude des corrélations demeure faible, ce qui confirme que la peur du dévoilement traumatique n’est pas réductible à une anxiété sociale généralisée.
- Gestion des impressions (désirabilité sociale) : Aucune corrélation significative n’a été mise en évidence avec les échelles de gestion des impressions, attestant de l’imperméabilité relative de l’instrument au biais de complaisance envers l’évaluateur.
- Affectivité positive état : Pour la sous-échelle des attentes positives, l’association la plus prononcée avec les mesures de divergence n’a pas dépassé une magnitude modeste (r = 0,30, intervalle de confiance à 95 % [0,18, 0,42]), confirmant que la mesure ne se superpose pas à un simple état d’humeur euphorique momentané.
8. Fidélité / Reliability
La consistance interne de la Disclosure Expectancy Scale a été vérifiée à l’aide de coefficients psychométriques modernes, surpassant le traditionnel alpha de Cronbach souvent critiqué pour ses postulats d’équivalence tau peu réalistes. Les auteurs ont employé le coefficient oméga de McDonald (ω), reconnu pour sa précision supérieure en présence de structures multifactorielles.
Les résultats statistiques attestent d’une fidélité interne remarquable :
- Sous-échelle des attentes positives : ω = 0,94.
- Sous-échelle des attentes négatives / appréhensions : ω = 0,93.
Ces coefficients très élevés (> 0,90) traduisent une excellente homogénéité du contenu au sein de chacune des deux dimensions factorielles. Ils garantissent que chaque groupe d’items mesure de manière cohérente le construit visé, tout en minimisant l’erreur de mesure aléatoire (erreur standard de mesure [SEM] très restreinte). Une telle précision rend l’instrument pleinement recommandable tant pour la recherche fondamentale que pour le bilan clinique individuel, où un niveau élevé de fiabilité est indispensable pour guider les décisions thérapeutiques.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture interne de la DExS a fait l’objet d’une modélisation rigoureuse par analyse factorielle confirmatoire (AFC) réalisée sur un échantillon d’adultes ayant survécu à divers traumatismes.
Modèle théorique testé et adéquation empirique
Les auteurs ont soumis aux données un modèle factoriel bifactoriel corrélé opposant les 18 items d’attentes négatives aux 15 items d’attentes positives. L’évaluation de l’adéquation du modèle aux données empiriques a fourni des indices hautement satisfaisants, surpassant les seuils conventionnels les plus rigoureux de l’analyse factorielle (Hu & Bentler, 1999) :
- Statistique du khi-deux : χ²(494) = 1 257,9, p < 0,001. Bien que statistiquement significatif en raison de la sensibilité notoire du test du khi-deux aux grands échantillons, le ratio χ²/dl demeure très favorable.
- CFI (Comparative Fit Index) : 0,954 (seuil recommandé ≥ 0,95 pour un ajustement excellent).
- TLI (Tucker-Lewis Index) : 0,951 (seuil recommandé ≥ 0,95 pour un ajustement excellent).
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : 0,065 (seuil préconisé ≤ 0,08 pour un bon ajustement).
Interprétation de la structure dimensionnelle
Ces résultats confirment que les attentes relatives au dévoilement ne se disposent pas sur un continuum bipolaire unique (allant du négatif au positif). Au contraire, les attentes négatives et positives représentent deux axes indépendants mais corrélés. Un survivant de trauma peut simultanément nourrir de fortes craintes de jugement social (score élevé d’attentes négatives) tout en étant intimement convaincu que parler lui ferait le plus grand bien sur le plan cathartique (score élevé d’attentes positives). Cette dualité dimensionnelle éclaire magistralement l’ambivalence clinique fréquemment observée chez les patients traumatisés lors de l’amorce de la thérapie.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Dénomination officielle : Disclosure Expectancy Scale (DExS) — Civilian Version.
- Type de passation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (papier-crayon ou passation informatisée/en ligne).
- Population cible : Adultes (18 ans et plus) ayant été exposés à un événement de vie hautement stressant ou traumatisant (critère A ou assimilé).
- Nombre total d’items : 35 items au total, répartis comme suit :
- 1 item descriptif évaluant la fréquence passée du dévoilement (coté de 1 à 5).
- 1 item conditionnel évaluant l’utilité perçue des dévoilements antérieurs (coté de 1 à 5 ; réservé aux répondants ayant sélectionné de 2 à 5 à l’item 1).
- 33 items substantiels d’évaluation des attentes prospectives (18 items négatifs et 15 items positifs).
- Format des échelles de réponse :
- Item préliminaire 1 (Fréquence) : Échelle ordinale en 5 points (1 = Jamais / Never, 2 = Rarement / Rarely, 3 = Parfois / Sometimes, 4 = Souvent / Often, 5 = Très souvent / Very Often).
- Item préliminaire 2 (Utilité perçue) : Échelle ordinale en 5 points (1 = Pas du tout utile / Not at all helpful, 2 = Légèrement utile / Slightly helpful, 3 = Modérément utile / Moderately helpful, 4 = Très utile / Very helpful, 5 = Extrêmement utile / Extremely helpful).
- Items d’attentes 1 à 33 : Échelle de probabilité subjective en 5 points de type Likert (1 = Extrêmement improbable / Extremely unlikely, 2 = Très improbable / Very unlikely, 3 = Modérément probable / Moderately likely, 4 = Très probable / Very likely, 5 = Extrêmement probable / Extremely likely).
- Modalités de calcul des scores (Cotation) :
Pour chacune des deux sous-échelles d’attentes (Négatives et Positives) :
- Calculer la moyenne arithmétique des items validés de la sous-échelle considérée (somme des items divisée par le nombre d’items complétés, respectivement 18 et 15).
- Multiplier cette moyenne par un facteur fixe de 10 :
$$\text{Score} = \left( \frac{\sum \text{Items}}{N_{\text{items}}} \right) \times 10$$ - L’amplitude totale des scores pour chaque dimension s’étend ainsi de 10 à 50. Cette transformation multiplicatrice a été instaurée par les auteurs pour étendre l’amplitude absolue des scores bruts et accroître la sensibilité des comparaisons interindividuelles et intra-individuelles en contexte clinique.
- Versions alternatives : Il existe une version militaire adaptée (Disclosure Expectancy Scale – Military Version), qui prend en compte les spécificités institutionnelles, culturelles et hiérarchiques des forces armées.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’édition originale : 2023.
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les auteurs autorisent l’utilisation de la DExS à des fins de recherche scientifique non commerciale et d’enseignement (May use for Research/Teaching) sans obligation de versement de redevance.
- Tarifs / Coûts : Gratuit (aucun frais d’acquisition ou de licence pour les universitaires et cliniciens dans le cadre d’un usage académique).
- Conditions d’utilisation : Toute citation ou utilisation du test doit faire mention explicite de la référence originale princeps publiée dans la revue Assessment (Clapp et al., 2023). Pour tout projet d’adaptation commerciale ou de traduction formelle soumise à publication, il convient de contacter l’auteur correspondant : Dr Joshua D. Clapp ([email protected]).
12. Références / References
- Clapp, J. D., Gray, M. J., Litz, B. T., Lang, A. J., & Sowers, A. F. (2023). Development and validation of the Disclosure Expectancy Scale. Assessment, 30(6), 1969–1984. https://doi.org/10.1177/10731911221128947
- Foa, E. B., Ehlers, A., Clark, D. M., Tolin, D. F., & Orsillo, S. M. (1999). The Posttraumatic Cognitions Inventory (PTCI): Development and validation. Psychological Assessment, 11(3), 303–314. https://doi.org/10.1037/1040-3590.11.3.303
- Hu, L. t., & Bentler, P. M. (1999). Cutoff criteria for fit indexes in covariance structure analysis: Conventional criteria versus new alternatives. Structural Equation Modeling: A Multidisciplinary Journal, 6(1), 1–55. https://doi.org/10.1080/10705519909540118
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Lepore, S. J., Silver, R. C., Wortman, C. B., & Wayment, H. A. (1996). Social constraints, intrusive thoughts, and depressive symptoms among bereaved mothers. Journal of Personality and Social Psychology, 70(2), 271–282. https://doi.org/10.1037/0022-3514.70.2.271
- Pennebaker, J. W. (1989). Confession, inhibition, and disease. Advances in Experimental Social Psychology, 22, 211–244. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(08)60309-3
- Ullman, S. E. (2011). Talking about sexual assault: Society’s response to survivors. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/12313-000
- Vroom, V. H. (1964). Work and motivation. John Wiley & Sons.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les consignes, échelles d’évaluation et items ci-dessous sont reproduits fidèlement dans leur libellé original en langue anglaise conformément à la publication source (Clapp et al., 2023) :
General Instructions:
This questionnaire is designed to assess the extent to which individuals talk about or disclose memories of stressful life events and their attitudes about talking. One of the things people often struggle with is whether it is OK to talk about memories of really bad things that happened, especially with those who weren’t there. You may have someone or several people that you trust and are comfortable talking to. You may choose not to talk with anyone at this time. You may think that you will never talk about some parts of your experiences. Regardless, you still have opinions about telling others about what happened and we would like to get you to think about these opinions.
Preliminary Questions
Item A (Disclosure Frequency):
First, we want to get a snapshot of your experiences talking about stressful or traumatic life events and your subsequent reactions. Circle the number of the item below that best represents the number of times you have talked about very bothersome or disturbing memories since the event.
- 1 — Never
- 2 — Rarely
- 3 — Sometimes
- 4 — Often
- 5 — Very Often
Item B (Perceived Helpfulness):
If you circled 2-5, in general, how useful or helpful was talking about your experiences? By useful or helpful, we mean that it was a positive experience. You may have felt relieved, you may have felt supported and understood, and you may have gained some insight, and so on.
- 1 — Not at all helpful
- 2 — Slightly helpful
- 3 — Moderately helpful
- 4 — Very helpful
- 5 — Extremely helpful
Instructions for Expectancy Items:
Next, regardless of the extent of your current conversations about your experiences, we want to get your opinion about how likely it is that the following might happen if you talked about anything that is bothersome about your experience, using the scale below.
Rating Scale:
1 = Extremely unlikely | 2 = Very unlikely | 3 = Moderately likely | 4 = Very likely | 5 = Extremely likely
Disclosure-Related Apprehensions / Negative Expectations
- Others will think I’m weak.
- I will be blamed for things that went wrong.
- I will not be able to control my emotions.
- It will become apparent that others who have had similar experiences aren’t bothered to the same degree.
- It will be embarrassing.
- The stuff I talk about will not be kept confidential.
- I will be made fun of.
- I will « go crazy » or come unglued.
- I will talk about too much information or more than I intended.
- I will not be understood.
- It will hurt my educational or professional development.
- I will be labeled « a nut » or « psych case. »
- It will damage my relationships.
- Others will think that I am a bad person.
- I will have trouble putting my experiences into words — or what I say will come out wrong.
- People will avoid me or treat me differently.
- I will be told that I should keep this stuff to myself.
- I will be told that it’s not such a big deal or I’m making too much out of it.
Disclosure-Related Positive Expectations
- It will take a load off my mind to talk to others.
- It will be helpful to know that others are having the same reactions.
- My relationships will improve.
- I will feel less « bottled-up ».
- It will be good for my mental health in the long run.
- I will be better understood.
- It will ultimately help my educational or professional development.
- It will keep things from getting worse.
- It will be more helpful than trying not to think/talk about it.
- It may help other people going through similar experiences.
- People will better understand me.
- It will help me get it out of my system.
- I’ll find out it isn’t as bad as I think.
- It might help someone else open up.
- I’ll be helping people understand what these experiences are really like.