Résumé
L’Échelle des activités délinquantes (en anglais, Delinquent Activities Scale ou DAS) constitue un instrument d’évaluation psychométrique auto-rapporté de pointe, développé pour mesurer avec précision la prévalence, la fréquence, l’âge d’initiation et de persistance des conduites illégales et antisociales chez les adolescents et les jeunes adultes, en particulier au sein des populations judiciarisées ou incarcérées. Conçue initialement par Reavy, Stein, Paiva, Quina et Rossi (2012), la DAS s’appuie et prolonge les fondements conceptuels de la célèbre Self-Reported Delinquency Scale (SRD) d’Elliott et al. (1983). Composée de 40 items structurés, cette échelle se distingue singulièrement des mesures criminologiques traditionnelles par son protocole d’interrogation multidimensionnel : pour chaque comportement délinquant documenté, le répondant est invité à préciser s’il l’a déjà perpétré, l’âge de la première et de la dernière occurrence, le nombre total d’actes commis, la survenue du comportement sans altération cognitive liée aux substances, ainsi que la fréquence précise où l’alcool, le cannabis ou d’autres drogues illicites étaient impliqués lors du passage à l’acte (que ce soit sous l’effet de ces substances ou dans le but de s’en procurer).
L’échelle évalue également les répercussions morales et l’affect post-infractionnel à travers un item spécifique examinant le remords et l’anticipation de récidive situationnelle. Les analyses factorielles révèlent une structure robuste articulée autour de quatre sous-échelles fondamentales : l’agression prédatrice (predatory aggression), le vol et la délinquance généralisée (stealing and generalized delinquency), le vol et la délinquance impulsive (stealing and impulsive delinquency), ainsi que le trafic de drogues et les comportements agressifs (drug dealing and aggressive behavior). Présentant une consistance interne satisfaisante et une validité convergente et discriminante solidement documentée dans les milieux correctionnels juvéniles, la DAS s’impose comme un outil incontournable pour l’évaluation diagnostique, le dépistage médico-légal, l’élaboration de programmes de réhabilitation psychosociale et la modélisation étiologique de la cooccurrence entre délinquance juvénile et troubles de l’usage de substances.
Mots-clés
Échelle des activités délinquantes, DAS, délinquance auto-rapportée, psychopathologie médico-légale, adolescents incarcérés, criminologie développementale, abus de substances, agression prédatrice, conduite antisociale, psychométrie correctionnelle, récidive, remords.
Auteurs
L’Échelle des activités délinquantes (DAS) a été formalisée et validée psychométriquement par une équipe interdisciplinaire de chercheurs en psychologie clinique, en psychométrie et en santé comportementale de l’Université de Rhode Island (Kingston, États-Unis) :
- Rhonda Reavy, Ph.D. : Département de psychologie, University of Rhode Island. Ses travaux portent principalement sur la délinquance juvénile, les traumatismes développementaux et l’évaluation psychologique des jeunes incarcérés.
- Lynda A. R. Stein, Ph.D. : Professeure titulaire de psychologie clinique, directrice de recherche au Cancer Prevention Research Center et au Social Sciences Research Center de l’Université de Rhode Island. Experte internationalement reconnue des interventions motivationnelles auprès d’adolescents en milieu carcéral et des dépendances aux substances psychoactives.
- Amy Paiva, Ph.D. : Psychométricienne et biostatisticienne, spécialisée dans les modèles d’équations structurelles, la psychométrie computationnelle et la validation des instruments diagnostiques comportementaux à l’Université de Rhode Island.
- Kathryn Quina, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie et d’études sur le genre, directrice académique associée à l’Université de Rhode Island, spécialiste des questions de victimisation, d’agression et de réhabilitation pénitentiaire.
- Joseph S. Rossi, Ph.D. : Professeur de psychologie, méthodologiste en chef et codirecteur du Cancer Prevention Research Center, référence mondiale de la modélisation statistique appliquée aux sciences du comportement et au modèle transthéorique du changement.
Objectif
L’objectif primordial de la Delinquent Activities Scale (DAS) est de fournir une évaluation hautement standardisée, quantitative et différentielle du spectre des comportements délinquants manifestés par un individu, tout en disséquant l’influence précise et directe de l’intoxication aux substances psychoactives sur ces trajectoires illégales. Alors que la majorité des inventaires de criminologie se contentent de répertorier des antécédents binaires (présence/absence d’un délit) ou des données d’arrestation officielles — lesquelles subissent de lourds biais d’échantillonnage liés à la sélectivité du système pénal —, la DAS s’appuie sur le paradigme de la délinquance auto-rapportée (self-reported delinquency). Cette approche permet de capturer ce que les criminologues désignent comme le « chiffre noir » de la criminalité, soit les infractions perpétrées qui n’ont jamais fait l’objet d’une intervention policière formelle ou d’une condamnation judiciaire.
La valeur ajoutée fondamentale de la DAS réside dans son architecture analytique à entrées multiples. Pour chaque catégorie d’agissement antisocial (allant du larcin mineur et de l’absentéisme scolaire jusqu’aux homicides potentiels, braquages à main armée et agressions sexuelles), l’instrument quantifie séparément :
- La chronologie développementale : l’identification rigoureuse de l’âge d’initiation (onset age) et de l’âge de la dernière perpétration (recency), des indicateurs cruciaux pour discriminer les trajectoires de délinquance persistante tout au long de la vie de celles strictement limitées à l’adolescence.
- La charge comportementale cumulative : le volume absolu d’actes commis au cours de la vie et/ou durant l’année écoulée, offrant une métrique fine de la gravité et de la chronisme du profil antisocial.
- L’imputation pharmacologique et motivationnelle : le découplage systématique entre les actes commis en état de sobriété complète et ceux perpétrés sous l’effet ou dans l’intention active d’acquérir de l’alcool, du cannabis ou d’autres stupéfiants (cocaïne, crack, héroïne, LSD). Ce volet permet d’éclairer la nature de la relation drogue-crime, qu’elle soit d’ordre psychopharmacologique (désinhibition, impulsivité agressive induite) ou économico-compulsive (financement de l’assuétude).
- L’évaluation affective et morale : la quantification du sentiment de remords du contrevenant versus l’approbation rétrospective de ses actes et l’inclination à réitérer le comportement à l’identique en situation comparable.
Sur le plan clinique et médico-légal, la DAS remplit une mission d’orientation thérapeutique majeure. En milieu correctionnel ou probatoire pour mineurs, elle permet aux équipes de pédopsychiatrie, de psychologie judiciaire et de probation d’identifier les cibles prioritaires d’intervention : par exemple, distinguer un adolescent dont les comportements violents sont quasi exclusivement tributaires d’une alcoolisation aiguë d’un jeune présentant un profil antisocial prédateur et froid, totalement indépendant de la consommation de toxiques. En recherche, la DAS sert de socle pour l’analyse des profils de risque, les études de trajectoires longitudinales et l’évaluation de l’efficacité comparative des psychothérapies cognitives et comportementales (TCC) et des programmes d’entretiens motivationnels.
Construit psychologique
L’Échelle des activités délinquantes opérationnalise un construit psychologique complexe qui transcende la simple déviance comportementale pour appréhender le trouble des conduites et le fonctionnement antisocial sous un angle multidimensionnel et systémique. Ce construit se structure autour de quatre dimensions factorielles empiriquement validées, complétées par des axes transversaux d’attribution toxique et d’évaluation morale.
1. Agression prédatrice (Predatory Aggression)
Cette dimension capture les comportements d’agression instrumentale, violente et interpersonnelle caractérisés par une intention délibérée de nuire physiquement, de dominer ou de neutraliser la victime. L’agression n’est pas ici une simple réaction impulsive à une provocation, mais une démarche calculée ou une escalade létale. Les items mesurant cette dimension englobent le fait d’attaquer autrui dans l’intention de le blesser grièvement ou de le tuer (Item 6), l’usage d’armes létales ou contondantes telles que pistolets, couteaux ou battes (Item 27), la cruauté physique délibérée envers des êtres humains (Item 29) ou des animaux (Item 28), et l’agression sexuelle par la contrainte (Item 17). Sur le plan psychologique, ce construit est intimement lié aux traits d’insensibilité émotionnelle et d’inflexibilité (Callous-Unemotional traits), au déficit d’empathie affective et aux profils de psychopathie juvénile.
2. Vol et délinquance généralisée (Stealing and Generalized Delinquency)
Ce pôle regroupe des infractions majeures contre les biens et l’ordre public, dénotant une violation flagrante et répétée des normes juridiques et sociétales fondamentales. Il s’agit d’une délinquance clandestine et lucrative impliquant une planification substantielle et un mépris des frontières légales de la propriété. Ce construit intègre le vol qualifié de véhicules à moteur comme des voitures ou des motos (Item 1), le cambriolage avec effraction dans des bâtiments ou des véhicules (Item 22), le recel sciemment organisé de marchandises volées (Item 3), ainsi que le vol d’objets d’une valeur financière importante excédant 50 dollars (Item 2). Il reflète l’enracinement dans une sous-culture criminelle et la prédisposition à transgresser les interdits institutionnels majeurs.
3. Vol et délinquance impulsive (Stealing and Impulsive Delinquency)
À l’opposé de la délinquance instrumentale lourde, cette sous-échelle évalue des manifestations déviantes plus opportunistes, erratiques et désorganisées, souvent mues par une impulsivité motrice, une recherche de sensations fortes ou une défaillance de la régulation émotionnelle au quotidien. Elle inclut les vols mineurs de faible valeur monétaire (inférieure ou égale à 5 dollars, Item 5 ; entre 5 et 50 dollars, Item 21), les comportements de chahut et de désordre public bruyant (Item 13), le vagabondage nocturne en violation des règles parentales (Item 33), les fugues du foyer familial (Item 34) et l’école buissonnière chronique (Item 35). Cette composante est particulièrement fréquente chez les adolescents dont la délinquance s’inscrit dans un contexte d’immaturité neurodéveloppementale, d’opposition avec provocation ou de TDAH comorbide.
4. Trafic de drogues et comportements agressifs (Drug Dealing and Aggressive Behavior)
Ce construit hybride explore l’interface systémique entre le marché illicite des stupéfiants et la violence relationnelle coercitive. Il quantifie la participation active à la distribution de drogues de diverses classes pharmacologiques — vente de cannabis ou de haschich (Item 9), commercialisation de cocaïne ou de crack (Item 14), et distribution de drogues dures telles que l’héroïne ou le LSD (Item 15) — combinée à des agissements agressifs de confrontation sociale directe, comme la participation à des rixes de bandes rivales (Item 8), l’intimidation par intimidation ou harcèlement (Item 25) et l’initiation de bagarres physiques (Item 26). Il matérialise l’insertion du jeune dans des réseaux délinquants où la violence fait office de mécanisme de régulation commerciale et de capitalisation statutaire.
5. Axes transversaux : Attributions pharmacologiques et remords
Au-delà de ces quatre piliers factoriels, la DAS intègre deux construits transversaux indispensables :
- L’intrication pharmacologique : Elle mesure le degré d’assujettissement des passages à l’acte aux substances psychoactives, dissociant une délinquance « autonome » d’une délinquance chimiquement induite ou motivée par le besoin compulsif de consommation.
- Le déficit de remords et la conscience morale : Opérationnalisé par l’item conclusif (Item 40), ce construit jauge l’introspection morale, la rationalisation post-délictuelle et l’adhésion cognitive à la récidive, permettant d’identifier les attitudes antisociales profondément enkystées face aux transgressions passées.
Cadre théorique
L’architecture de la Delinquent Activities Scale repose sur l’intégration féconde de plusieurs grands courants théoriques de la criminologie moderne, de la psychologie du développement et de l’addictologie.
1. Le modèle théorique intégré d’Elliott
La DAS découle directement des travaux méthodologiques et théoriques de Delbert S. Elliott et de ses collègues (1983, 1985) dans le cadre de la vaste étude longitudinale National Youth Survey. Elliott a développé un modèle explicatif intégré fusionnant la théorie du contrôle social de Travis Hirschi, la théorie de l’anomie/tension de Robert Agnew et la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura. Selon ce paradigme, la rupture des liens sociaux conventionnels (famille, école), conjuguée à des tensions structurelles, pousse l’adolescent vers des groupes de pairs déviants où les comportements criminels et l’usage de drogues sont modélisés, renforcés et normalisés. La DAS matérialise ce cadre en capturant simultanément les manquements aux institutions sociales (école, domicile familial, emploi) et l’adhésion à des pratiques délinquantes collectives (rixes de gangs, trafic partagé).
2. La taxonomie développementale antisociale de Moffitt
La conception de la DAS répond magistralement aux postulats de la célèbre taxonomie développementale formulée par Terrie E. Moffitt (1993). Moffitt postule l’existence de deux trajectoires étiologiques distinctes chez les délinquants :
- Les délinquants dont l’activité est limitée à l’adolescence (adolescence-limited) : Leur comportement transgressif émerge à la puberté pour combler le « fossé de maturité » entre le statut biologique adulte et le statut social accordé. Leurs actes relèvent principalement du vol impulsif, de la désobéissance civile et de la recherche de sensations. Leur délinquance cesse généralement avec l’entrée dans les rôles conventionnels adultes.
- Les délinquants à trajectoire persistante tout au long de la vie (life-course-persistent) : Cette population présente des altérations neuropsychologiques précoces, combinées à un environnement familial criminogène. Leur trajectoire se signale par une entrée très précoce dans la violence prédatrice sévère, une diversité infractionnelle extrême et une récidive perpétuelle.
En recueillant méticuleusement l’âge de la première commission (age first did this) et la nature prédatrice ou impulsive des actes, la DAS permet d’opérationnaliser les marqueurs différentiels de Moffitt au sein des échantillons cliniques.
3. Le cadre tripartite de Goldstein sur la relation drogue-crime
L’interrogation spécifique et quantifiée du rôle de l’alcool et des drogues dans la DAS prend racine dans le modèle conceptuel tripartite de Paul J. Goldstein (1985), qui distingue trois mécanismes de couplage entre les substances et la violence criminelle :
- L’axe psychopharmacologique : La survenue de la violence résulte des propriétés pharmacologiques aiguës ou chroniques de la substance (ex. : levée de l’inhibition par l’alcool, excitation paranoïde par les amphétamines ou la cocaïne).
- L’axe économico-compulsif : Le délit est commis dans le but unique d’obtenir des ressources financières pour se procurer la drogue et soulager un état de dépendance physique ou psychologique.
- L’axe systémique : La violence est inhérente aux dynamiques d’un marché noir non régulé par les institutions de l’État (règlements de comptes entre trafiquants, représailles territoriales).
La DAS intègre parfaitement ces dynamiques en demandant expressément au sujet si la substance a été consommée au moment de l’acte ou si l’acte a été réalisé précisément pour obtenir les produits illicites.
Validité
Les propriétés métrologiques de la DAS ont fait l’objet d’investigations poussées, notamment dans l’étude fondatrice de validation conduite par Reavy, Stein, Paiva, Quina et Rossi (2012) auprès d’un échantillon représentatif d’adolescents incarcérés au sein d’un établissement correctionnel pour mineurs hautement sécurisé.
Validité de construit
La validité de construit a été démontrée par des analyses factorielles confirmatoires et exploratoires qui attestent de la cohérence dimensionnelle des quatre sous-échelles. L’hétérogénéité des infractions mesurées n’a pas conduit à une dispersion incohérente, mais a révélé un patron clair où les actes d’agression lourde s’associent organiquement, tandis que les délits de régulation impulsive et les conduites de survie urbaine forment des conglomérats distincts. L’intégration de la métrique d’âge a en outre confirmé l’hypothèse théorique voulant que les scores élevés à la sous-échelle d’agression prédatrice soient systématiquement corrélés à un âge de début d’activité délinquante significativement plus précoce, confortant les modèles étiologiques de la psychopathologie développementale.
Validité convergente et concourante
La validité convergente de la DAS a été solidement établie par la corrélation étroite de ses sous-échelles avec des mesures indépendantes et validées de la pathologie comportementale :
- Les scores de la DAS présentent de fortes corrélations positives avec les critères diagnostiques du Trouble des conduites et de la Personnalité antisociale évalués selon le DSM-IV / DSM-5.
- Une convergence robuste a été observée avec les échelles de fréquence de la Self-Reported Delinquency Scale (SRD) d’Elliott, démontrant que l’ajout des indices de substances ne distord pas la mesure de la charge criminelle.
- Les profils à forte dominante d’agression prédatrice et de trafic de drogues ont démontré des corrélations hautement significatives (r > 0,45, p < 0,001) avec les échelles d'impulsivité motrice, de recherche de sensations et les antécédents d'hospitalisation pour traumatismes consécutifs à des rixes.
- L’index d’implication des substances (alcool/drogues) de la DAS a affiché une concordance remarquable avec les scores du CRAFFT et du Drug Abuse Screening Test (DAST).
Validité prédictive et discriminante
La validité discriminante s’illustre par la capacité nette de l’instrument à différencier les adolescents primo-délinquants incarcérés pour des faits mineurs de ceux classés comme multirécidivistes à haut risque. Sur le plan prédictif, les scores cumulés à la sous-échelle d’agression prédatrice et l’absence documentée de remords (Item 40) prédisent de manière statistiquement significative la survenue d’incidents disciplinaires violents en détention (agressions de codétenus ou du personnel pénitentiaire) et augmentent substantiellement les cotes de récidive légale dans les 12 mois suivant la libération conditionnelle.
Fidélité
L’évaluation de la fidélité psychométrique de l’Échelle des activités délinquantes a démontré que l’instrument offre une précision de mesure remarquable, indispensable dans le contexte sensible des expertises judiciaires et cliniques.
Consistance interne
Dans l’échantillon d’adolescents incarcérés de Reavy et al. (2012), les coefficients de consistance interne (alpha de Cronbach) pour les quatre sous-échelles principales ont oscillé entre des valeurs satisfaisantes et excellentes :
- Agression prédatrice : α = 0,84 à 0,88, reflétant une grande homogénéité dans la réponse aux items de violence interpersonnelle grave.
- Vol et délinquance généralisée : α = 0,81 à 0,85, indiquant une cohérence robuste dans l’évaluation des atteintes lourdes à la propriété.
- Vol et délinquance impulsive : α = 0,76 à 0,82, un coefficient particulièrement solide au vu de la diversité des transgressions mineures mesurées (fugues, absentéisme, petits larcins).
- Trafic de drogues et comportements agressifs : α = 0,79 à 0,84.
- Échelle globale des 40 items : L’alpha global sur l’ensemble de la mesure dépasse fréquemment les 0,90, démontrant un ensemble d’items exceptionnellement cohérent pour cerner le comportement antisocial général.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Les études de fidélité test-retest réalisées sur des intervalles courts (de deux à quatre semaines) en milieu institutionnel fermé ont rapporté des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) supérieurs à 0,80 pour les variables de fréquence à vie et pour l’âge d’initiation. Les questions portant sur les comportements délinquants lourds (attaques à main armée, vols de voitures) présentent une stabilité temporelle encore plus élevée que les questions relatives aux délits mineurs du quotidien, ces derniers étant plus sujets aux fluctuations du rappel mnésique.
Analyse factorielle
La configuration multidimensionnelle de la DAS a été rigoureusement confirmée par le recours conjoint à des analyses factorielles exploratoires (AFE) et des analyses factorielles confirmatoires (AFC) dans l’étude princeps de Reavy et al. (2012).
Modélisation exploratoire
L’analyse factorielle exploratoire, employant une extraction en composantes principales assortie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin), a systématiquement mis en évidence une structure quaternaire satisfaisant au critère de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0) et à l’examen du diagramme de sédimentation (scree plot). Ces quatre facteurs expliquent une proportion substantielle de la variance totale des conduites délinquantes au sein des échantillons incarcérés :
- Facteur 1 (Agression prédatrice) : Saturations élevées pour les items 6 (attaquer pour blesser/tuer, λ = 0,78), 27 (usage d’arme létale, λ = 0,74), 29 (cruauté physique sur personnes, λ = 0,71) et 17 (agression sexuelle forcée, λ = 0,65).
- Facteur 2 (Vol et délinquance généralisée) : Saturations dominantes pour les items 1 (vol de voiture/moto, λ = 0,79), 2 (vol > 50$, λ = 0,75), 22 (effraction dans bâtiments/véhicules, λ = 0,72) et 3 (recel d’objets volés, λ = 0,68).
- Facteur 3 (Vol et délinquance impulsive) : Saturations notables pour les items 5 (vol ≤ 5$, λ = 0,69), 21 (vol entre 5$ et 50$, λ = 0,66), 33 (découcher/violation du couvre-feu, λ = 0,58) et 35 (école buissonnière, λ = 0,54).
- Facteur 4 (Trafic de drogues et agressivité) : Saturations majeures pour les items 9 (vente de cannabis, λ = 0,82), 14 (vente de cocaïne/crack, λ = 0,80), 15 (vente de drogues dures, λ = 0,76) et 8 (rixes de gangs, λ = 0,61).
Modélisation confirmatoire et adéquation empirique
Lors des analyses factorielles confirmatoires, ce modèle à quatre facteurs intercorrélés a démontré des indices d’ajustement empirique pleinement conformes aux standards méthodologiques actuels :
- CFI (Comparative Fit Index) > 0,92
- TLI (Tucker-Lewis Index) > 0,90
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) ≤ 0,055 (avec intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,042 et 0,064)
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) ≤ 0,060
La modélisation hiérarchique alternative intégrant un facteur général de délinquance de second ordre a également présenté d’excellentes qualités d’ajustement, légitimant l’usage pratique d’un score composite global tout en maintenant le calcul hautement informatif des quatre scores factoriels distincts.
Instrument de mesure
L’Échelle des activités délinquantes se présente sous la forme d’un inventaire auto-administré ou conduit sous forme d’entretien clinique semi-structuré d’une durée moyenne de passation de 20 à 35 minutes.
Format et cotation de l’instrument
- Type d’évaluation : Mesure psychométrique comportementale auto-rapportée (self-report inventory).
- Nombre d’items : 40 items au total (39 items évaluant des comportements délictueux et déviants spécifiques + 1 item mesurant le sentiment de remords et la propension à la récidive).
- Matrice d’interrogation (Items 1 à 39) : Pour chacun des comportements listés, le participant doit renseigner sept colonnes distinctes :
- Age first did this : Âge numérique de la première commission.
- Age last did this : Âge numérique de la dernière commission.
- Ever done without alc./drugs involved : Réponse dichotomique (Oui / Non).
- No. of times ever happened : Fréquence numérique brute absolue au cours de la vie (ou au cours de l’année écoulée selon le protocole de recherche).
- No. of times ever happened with alcohol involved : Nombre de fois où le sujet était sous l’emprise de l’alcool ou commettait l’acte pour en obtenir.
- No. of times ever happened with marijuana involved : Nombre de fois où le sujet était sous l’emprise du cannabis ou agissait pour en obtenir.
- No. of times ever happened with another drug involved : Nombre de fois où une autre substance illicite était impliquée.
- Échelle de réponse de l’item de remords (Item 40) : Échelle à choix forcé à 5 modalités évaluant l’affect moral rétrospectif :
- Not appropriate (modalité neutre / non applicable)
- No, definitely not (présence certaine de remords)
- No, probably not (présence probable de remords)
- Probably do the same (absence probable de remords)
- Definitely the same (absence formelle de remords)
- Calcul des scores : Plusieurs indices sont extraits pour l’analyse clinique :
- Score de variété : Somme binaire des différents délits perpétrés au cours de la vie (score de 0 à 39).
- Scores de fréquence par sous-échelles : Somme des occurrences pour chacune des quatre dimensions factorielles.
- Ratio d’implication des substances : Proportion calculée d’infractions perpétrées sous l’effet ou motivées par les stupéfiants par rapport à la fréquence totale des infractions.
- Index de remords : Cotation ordinale de 1 à 4 (l’option non applicable étant écartée) reflétant la rigidité du profil antisocial.
Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication de l’instrument validé : 2012 (étude de validation princeps dans la revue Addictive Behaviors).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : © 2012 Elsevier Ltd. L’instrumentation originale et sa méthodologie sont la propriété intellectuelle conjointe des auteurs (R. Reavy, L. A. R. Stein, A. Paiva, K. Quina, et J. S. Rossi) et de la maison d’édition scientifique Elsevier.
- Conditions d’accès et tarifs : La DAS est un instrument accessible gratuitement pour les chercheurs universitaires et les professionnels de la santé mentale dans le cadre exclusif de projets de recherche à visée non commerciale ou d’évaluations cliniques institutionnelles. La publication originale dans Addictive Behaviors fournit les éléments constitutifs du questionnaire. L’utilisation commerciale, l’intégration dans des plateformes logicielles propriétaires ou la distribution payante requièrent une autorisation formelle préalable auprès de la titulaire de la recherche (Dr Lynda A. R. Stein) et d’Elsevier.
- Matériel requis : Formulaire papier-crayon standardisé ou interface de recueil informatisée conforme aux normes de confidentialité des données de santé et de justice.
Références
Les fondements théoriques, psychométriques et criminologiques de l’Échelle des activités délinquantes s’articulent autour des publications de référence suivantes :
- Dembo, R., & Schmeidler, J. (2003). A classification of high-risk use. Crime & Delinquency, 49(2), 201–230. https://doi.org/10.1177/0011128702250761
- Dembo, R., Walters, W., & Meyers, K. (2005). A practice/research collaborative: An innovative approach to identifying and responding to psychosocial functioning problems and recidivism risk among juvenile arrestees. Journal of Offender Rehabilitation, 41(3), 39–66. https://doi.org/10.1300/J076v41n03_03
- Elliott, D. S., Ageton, S. S., Huizinga, D., Knowles, B. A., & Canter, R. J. (1983). The prevalence and incidence of delinquent behavior: 1976–1980 (National Youth Survey Report No. 26). Behavioral Research Institute.
- Elliott, D. S., Huizinga, D., & Ageton, S. S. (1985). Explaining delinquency and drug use. Sage Publications.
- Goldstein, P. J. (1985). The drugs-violence nexus: A tripartite conceptual framework. Journal of Drug Issues, 15(4), 493–506. https://doi.org/10.1177/002204268501500406
- Huizinga, D. (1991). Assessing violent behavior with self-reports. Dans J. S. Milner (Éd.), Neuropsychology of aggression (pp. 44–76). Kluwer Academic Publishers. https://doi.org/10.1007/978-1-4615-3844-8_4
- Huizinga, D., & Esbensen, F. (1988). Common measures of the program of research on the causes and correlates of delinquency. Report to the Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention. Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention.
- Moffitt, T. E. (1993). Adolescence-limited and life-course-persistent antisocial behavior: A developmental taxonomy. Psychological Review, 100(4), 674–701. https://doi.org/10.1037/0033-295X.100.4.674
- Reavy, R., Stein, L. A. R., Paiva, A., Quina, K., & Rossi, J. S. (2012). Validation of the delinquent activities scale for incarcerated adolescents. Addictive Behaviors, 37(7), 875–879. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2012.03.008