1. Résumé / Abstract
L’Échelle de dépression révisée du Centre d’études épidémiologiques (Center for Epidemiologic Studies Depression Scale – Revised, CESD-R) constitue un instrument psychométrique auto-rapporté de référence conçu pour mesurer la présence, la fréquence et l’intensité de la symptomatologie dépressive au sein de la population générale et en contexte clinique. Faisant suite à la version originale pionnière développée par Lenore Sawyer Radloff (1977), la CESD-R a été profondément restructurée par William W. Eaton et ses collaborateurs (2004) afin d’aligner directement ses indicateurs opérationnels sur les critères diagnostiques du trouble dépressif majeur (TDM) établis par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV et DSM-5) de l’American Psychiatric Association.
Composée de 20 items évalués sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points (de 0 = « Pas du tout ou moins d’un jour » à 4 = « Presque tous les jours pendant 2 semaines »), l’échelle échantillonne neuf grappes symptomatiques distinctes : l’humeur dépressive/dysphorie, l’anhédonie, l’altération de l’appétit, les perturbations du sommeil, le ralentissement ou l’agitation psychomotrice, la fatigue/perte d’énergie, les sentiments de dévalorisation ou de culpabilité excessive, les difficultés de concentration/indécision, et les idéations suicidaires. Les propriétés psychométriques établies dans de vastes échantillons épidémiologiques et communautaires — notamment les travaux de validation de Van Dam et Earleywine (2011) portant sur plus de 7 300 participants — mettent en évidence une consistance interne exceptionnelle (α de Cronbach ≥ 0,92), une fidélité composite élevée et une excellente validité convergente avec d’autres échelles d’évaluation dépressive telles que le BDI-II et le PHQ-9. La structure factorielle univariée dominante coexiste avec une capacité d’analyse multidimensionnelle permettant aux cliniciens et chercheurs de modéliser un score dimensionnel global tout en cartographiant fidèlement les algorithmes catégoriels du DSM.
2. Mots-clés / Keywords
CESD-R, dépression, psychométrie, évaluation épidémiologique, trouble dépressif majeur, DSM-5, validité de construit, consistance interne, anhédonie, idéation suicidaire, auto-évaluation, fidélité test-retest
3. Auteurs / Authors
L’échelle CESD originale a été conçue par :
- Lenore Sawyer Radloff, M.S. — Chercheuse en épidémiologie psychiatrique au Center for Epidemiologic Studies, National Institute of Mental Health (NIMH), Bethesda, Maryland, États-Unis.
La révision contemporaine (CESD-R) a été développée et formalisée par :
- William W. Eaton, Ph.D. — Département de santé mentale, Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, Baltimore, MD, États-Unis. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Carles Muntaner, M.D., Ph.D. — Dalla Lana School of Public Health & Lawrence S. Bloomberg Faculty of Nursing, Université de Toronto, Toronto, Canada.
- Anthony Tien, M.D., M.H.S. — Johns Hopkins University School of Medicine et Medical Data Analytics, Baltimore, MD, États-Unis.
- Cassie Smith, M.P.H. — Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, Baltimore, MD, États-Unis.
- Michele L. Ybarra, M.P.H., Ph.D. — Center for Innovative Public Health Research, San Clemente, CA, États-Unis.
La validation psychométrique contemporaine à grande échelle en population générale a été menée par :
- Nicholas T. Van Dam, Ph.D. — Melbourne School of Psychological Sciences, University of Melbourne, Parkville, Australie.
- Mitch Earleywine, Ph.D. — Department of Psychology, University at Albany, State University of New York, Albany, NY, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Center for Epidemiologic Studies Depression Scale – Revised (CESD-R) est d’offrir une quantification standardisée, précise et opérationnelle de la sévérité des manifestations dépressives chez l’adulte et le jeune adulte, tout en comblant le fossé sémiologique historique existant entre les outils épidémiologiques classiques et les taxonomies nosologiques officielles du DSM. Alors que la version originale de Radloff (1977) se focalisait principalement sur la composante affective de l’humeur dépressive en population générale sans chercher à poser un diagnostic formel, les évolutions psychiatriques contemporaines exigeaient un instrument capable de refléter avec rigueur l’ensemble du spectre clinique de l’épisode dépressif caractérisé.
En pratique clinique, la CESD-R remplit une triple mission. Premièrement, elle sert d’outil de dépistage rapide (screening) en soins primaires et en consultation psychiatrique ambulatoire, permettant d’identifier les individus présentant un risque élevé d’épisode dépressif caractérisé. Deuxièmement, grâce à son ancrage temporel précis (évaluation des symptômes ressentis au cours de la semaine écoulée et extension temporelle sur deux semaines pour le niveau maximal d’endossement), la CESD-R permet une surveillance longitudinale continue (measurement-based care). Les cliniciens peuvent mesurer objectivement les trajectoires thérapeutiques, surveiller la décroissance symptomatique sous antidépresseurs ou psychothérapie cognitivo-comportementale, et identifier précocement les risques de rechute. Troisièmement, bien qu’un questionnaire auto-rapporté ne puisse se substituer à un entretien clinique structuré de type SCID ou MINI, la CESD-R intègre un algorithme diagnostique basé sur les critères A du DSM-5, facilitant l’aide à la décision clinique.
Dans le domaine de la recherche translationnelle, épidémiologique et fondamentale, la CESD-R offre un niveau de sensibilité granulaire indispensable pour modéliser les relations complexes entre la dépression et des biomarqueurs neuroendocriniens, immunitaires ou épigénétiques. Elle est largement mobilisée pour étudier les disparités sociodémographiques en santé mentale, examiner l’impact des stresseurs environnementaux ou chroniques, et évaluer l’efficacité différentielle d’interventions préventives ou curatives. La présence d’items spécifiques aux manifestations neurovégétatives (sommeil, appétit, motricité) et cognitives (culpabilité, concentration) autorise des analyses de réseaux symptomatiques (network analysis), dépassant la vision réductionniste d’un score composite unique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique appréhendé par la CESD-R est le syndrome dépressif unipolaire dans toute son hétérogénéité phénoménologique. Contrairement aux approches unidimensionnelles simplifiées qui réduisent la dépression à une humeur triste persistante, la CESD-R opérationnalise le trouble dépressif majeur comme un syndrome multidimensionnel composé de manifestations affectives, cognitives, motrices et neurovégétatives. Ces manifestations sont structurées autour de neuf domaines symptomatiques cardinaux :
1. Humeur dépressive / Dysphorie (Dysphoria)
Ce pôle constitue le cœur affectif du syndrome. Il se traduit par un sentiment profond de détresse morale, de tristesse irrépressible, de désespoir et d’impuissance. Les individus éprouvent une incapacité à chasser ce cafard ou cette noirceur émotionnelle permanente (exprimée par les items 2, 4 et 6 : « Je ne parvenais pas à chasser mon cafard », « Je me sentais déprimé(e) », « Je me sentais triste »).
2. Anhédonie / Perte d’intérêt (Anhedonia)
Critère central équivalent à l’humeur dépressive dans la taxonomie du DSM, l’anhédonie reflète un déficit majeur du système de récompense cérébral. Elle implique une perte totale de réactivité aux stimuli agréables, une extinction de l’élan vital et un désintérêt marqué envers les activités professionnelles, récréatives ou interpersonnelles auparavant investies (items 8 et 10 : « Rien ne me rendait heureux/se », « J’ai perdu l’intérêt pour mes activités habituelles »).
3. Altérations de l’appétit et modifications pondérales (Appetite)
Ces manifestations somatiques traduisent une dérégulation des centres hypothalamiques de la satiété. La CESD-R capture la diminution de l’appétit ainsi que la perte de poids involontaire, marqueurs classiques de la dépression mélancolique (items 1 et 18 : « J’avais peu d’appétit », « J’ai perdu beaucoup de poids sans le vouloir »).
4. Perturbations du sommeil (Sleep)
Le sommeil est exploré sous ses différentes formes de désorganisation architecturale, englobant aussi bien l’insomnie d’endormissement, l’insomnie de maintien marquée par un sommeil haché et agité, que l’hypersomnie diurne ou nocturne atypique (items 5, 11 et 19 : « Mon sommeil était agité », « J’ai dormi beaucoup plus que d’habitude », « J’avais beaucoup de mal à m’endormir »).
5. Fonctions cognitives et concentration (Thinking / Concentration)
Ce domaine couvre le ralentissement intellectuel (bradypsychie), la distractibilité accrue, les déficits de la mémoire de travail et l’indécision pathologique. Les patients rapportent une incapacité chronique à orienter et maintenir leur attention sélective sur les tâches professionnelles ou quotidiennes (items 3 et 20 : « J’avais du mal à me concentrer sur ce que je faisais », « Je ne pouvais pas me concentrer sur les choses importantes »).
6. Culpabilité excessive et sentiment d’indignité (Guilt / Worthlessness)
Ce domaine reflète les distorsions cognitives négatives orientées vers le soi. Il se caractérise par une baisse drastique de l’estime de soi, un dégoût de sa propre personne et des sentiments disproportionnés ou délirants d’échec moral ou d’indignité (items 9 et 17 : « J’avais l’impression d’être une mauvaise personne », « Je ne m’aimais pas »).
7. Fatigue et anergie (Fatigue)
Manifestation neurobiologique fondamentale, l’anergie correspond à une sensation d’épuisement physique et mental continu, survenant sans effort préalable et ne cédant pas au repos. Elle s’accompagne d’une perte d’initiation motrice (« aboulie ») (items 7 et 16 : « Je n’arrivais pas à démarrer », « J’étais fatigué(e) tout le temps »).
8. Altérations psychomotrices (Movement / Agitation / Retardation)
Cette dimension évalue les répercussions physiques observables du trouble, variant entre l’extrême ralentissement des mouvements moteurs et de l’élocution, et à l’opposé, une agitation motrice fébrile et improductive liée à une anxiété sous-jacente (items 12 et 13 : « J’avais l’impression de bouger trop lentement », « Je me sentais fébrile/agité(e) »).
9. Idéations suicidaires et désir de mort (Suicidal Ideation)
Composante pronostique cruciale, cette sous-échelle examine les pensées passives de mort, le souhait de non-existence ainsi que les pulsions d’auto-agression délibérée (items 14 et 15 : « J’aurais aimé être mort(e) », « J’avais envie de me faire du mal »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle de la CESD-R repose sur l’intégration féconde de deux paradigmes majeurs de la psychopathologie : le courant épidémiologique descriptif issu des travaux du NIMH et le modèle cognitivo-nosologique fondé sur les critères opérationnels du DSM.
À l’origine, Lenore Radloff s’est appuyée sur les théories affectives et cognitives de la dépression, notamment la théorie cognitive d’Aaron T. Beck, qui postule que la dépression résulte de schémas cognitifs latents négatifs portant sur le soi, le monde et l’avenir (la triade cognitive de Beck). Parallèlement, les théories du désespoir acquis (learned helplessness) de Martin Seligman ont éclairé les dimensions de résignation et de perte d’agentivité (« Je ne parvenais pas à démarrer »). Toutefois, l’échelle originale de 1977 comportait des limites conceptuelles : quatre items formulés positivement nécessitaient un recodage inversé (par exemple « Je me sentais plein d’espoir pour l’avenir »), ce qui créait des artefacts méthodologiques bien connus en psychométrie (biais de formulation créant des facteurs artificiels d’« affects positifs » sans pertinence psychopathologique réelle).
Lors de la révision théorique menée par William W. Eaton et al. (2004), le cadre a été aligné rigoureusement sur le modèle médical néo-kraepelinien qui régit le DSM-IV et le DSM-5. Selon ce modèle nosographique, le trouble dépressif majeur n’est pas simplement un état d’âme flou, mais un syndrome clinique défini par un ensemble précis de symptômes concomitants qui persistent pendant une durée minimale de deux semaines et engendrent une altération cliniquement significative du fonctionnement socioprofessionnel.
Eaton et ses collègues ont éliminé les items d’affects positifs inversés, qui saturaient souvent sur un facteur d’artéfact de méthode plutôt que sur un construit clinique, et ont introduit des formulations reflétant directement les neuf critères diagnostiques du TDM. En outre, le cadre théorique de la CESD-R incorpore une modélisation novatrice de la temporalité : la fréquence hebdomadaire standard (0 à 7 jours) est complétée par un cinquième point d’ancrage représentant la chronicité pathologique conforme au seuil diagnostique de base (« Presque tous les jours pendant 2 semaines »). Cette approche permet de réconcilier la perspective dimensionnelle continue, privilégiée par les psychométriciens et épidémiologistes pour évaluer la sévérité globale, et la perspective catégorielle binaire (présence/absence du trouble), indispensable à la prise de décision thérapeutique et psychiatrique.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la CESD-R a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques rigoureuses, confirmant l’excellence de ses qualités métrologiques tant en population générale qu’auprès de cohortes cliniques.
Validité de contenu et validité d’apparence
La validité de contenu de la CESD-R est supérieure à celle de l’instrument d’origine de Radloff, car chaque item a été rigoureusement apparié aux critères sémiologiques officiels du DSM-IV/5. Des comités d’experts psychiatres et psychomètres ont attesté que les 20 items couvrent de manière exhaustive l’hétérogénéité des symptômes dépressifs sans redondance superflue ni omission des domaines critiques (notamment l’agitation psychomotrice et le suicide, qui étaient absents ou sous-représentés dans l’ancienne version).
Validité convergente et discriminante
Dans l’étude princeps de validation psychométrique conduite par Van Dam et Earleywine (2011) sur un vaste échantillon communautaire (N = 7 389, âge moyen = 30,2 ans, ÉT = 12,1), la CESD-R a montré des corrélations convergentes très élevées avec d’autres échelles validées de dépression. Des coefficients de corrélation de Pearson oscillant entre r = 0,80 et r = 0,89 ont été observés avec l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI-II) et le Patient Health Questionnaire (PHQ-9). La validité convergente s’étend également aux mesures de l’affect négatif (PANAS-NA, r ≈ 0,68) et aux indices d’anxiété généralisée (GAD-7, r ≈ 0,65), illustrant le chevauchement affectif bien documenté entre anxiété et dépression.
À l’inverse, la validité discriminante a été corroborée par des corrélations négatives robustes avec les mesures d’affect positif (PANAS-PA, r = -0,48 à -0,56) et l’estime de soi évaluée par l’échelle de Rosenberg (r = -0,62). De plus, l’échelle discrimine nettement les individus sains des patients présentant un épisode dépressif caractérisé avéré.
Validité prédictive et sensibilité au changement
L’utilisation de la CESD-R dans des protocoles longitudinaux a démontré sa sensibilité fine aux modifications de l’état clinique au cours des traitements antidépresseurs ou psychothérapeutiques. Les scores diminuent de manière significative chez les répondeurs cliniques comparativement aux non-répondeurs, avec une taille d’effet élevée (d de Cohen supérieur à 1,10). Des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) ont révélé des aires sous la courbe (AUC) oscillant entre 0,88 et 0,93 pour la détection du TDM comparativement aux entretiens diagnostiques structurés, confirmant une excellente précision diagnostique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la CESD-R a été évaluée à travers la consistance interne, la fidélité composite et la stabilité temporelle.
Consistance interne
Dans l’échantillon de Van Dam et Earleywine (2011), le coefficient alpha de Cronbach (α) de l’échelle totale a atteint 0,92 à 0,93, témoignant d’une très forte cohérence entre les 20 items. Des coefficients oméga de McDonald (ωtotal) ont confirmé cette homogénéité avec des valeurs identiques ou supérieures à 0,93. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,45 et 0,76, aucun item ne dégradant la consistance interne globale en cas de suppression.
Fidélité test-retest
La fidélité test-retest de la CESD-R est conditionnée par la nature dynamique et fluctuante de la symptomatologie dépressive. Sur un intervalle court de 24 à 48 heures, les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) se maintiennent entre 0,85 et 0,91, indiquant une stabilité instrumentale remarquable exempte de variance d’erreur de mesure substantielle. Sur des périodes de deux à quatre semaines en l’absence d’intervention thérapeutique, le coefficient test-retest se situe autour de r = 0,60 à 0,70. Cette baisse relative de corrélation à moyen terme reflète fidèlement les fluctuations écologiques des états thymiques plutôt qu’un défaut de fidélité de l’outil psychométrique.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la CESD-R a constitué un champ d’investigation psychométrique central, particulièrement pour déterminer si l’échelle mesure un construit purement univarié ou un ensemble de dimensions symptomatiques interconnectées.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
L’AFE conduite sur de vastes échantillons communautaires (notamment Van Dam & Earleywine, 2011) a extrait de manière prépondérante un facteur général massif expliquant plus de 45 % à 52 % de la variance totale des scores. Le tracé d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) met en évidence une cassure nette après la première valeur propre (λ1 > 9,0), la seconde valeur propre chutant généralement en deçà de 1,5. Les saturations factorielles de l’ensemble des 20 items sur ce facteur général sont robustes, s’étendant pour la majorité entre 0,55 et 0,82.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Les modélisations par équations structurelles en AFC ont comparé plusieurs topologies factorielles concurrentes :
- Modèle unidimensionnel strict : Tous les items saturent sur un unique facteur de dépression. Bien qu’acceptable, ce modèle présente des indices d’ajustement modérés en raison de la covariance résiduelle entre items d’un même domaine sémiologique (ex. items de sommeil ou d’idéation suicidaire).
- Modèle à neuf facteurs corrélés : Structuré selon les neuf critères du DSM-5 (dysphorie, anhédonie, appétit, sommeil, concentration, culpabilité, fatigue, motricité, suicide). Ce modèle montre un ajustement statistique supérieur, mais les corrélations inter-facteurs très élevées (souvent r > 0,75) suggèrent une forte multicolinéarité.
- Modèle bi-factoriel (Bifactor Model) : Ce modèle théorique intègre un facteur général de dépression (expliquant la majeure partie de la variance commune, Explained Common Variance [ECV] > 0,70) tout en autorisant des facteurs spécifiques orthogonaux pour les sous-domaines (somatique, cognitif, affectif). L’AFC confirme d’excellents indices d’adéquation pour ce modèle bi-factoriel : χ²/df < 3,0 ; CFI (Comparative Fit Index) ≥ 0,96 ; TLI (Tucker-Lewis Index) ≥ 0,95 ; et RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) ≤ 0,045 (IC 90 % [0,041 ; 0,049]).
Ces données factorielles soutiennent formellement l’utilisation du score total sommé de la CESD-R comme un indicateur univarié valide de la sévérité dépressive, tout en autorisant l’exploration secondaire des profils symptomatiques spécifiques.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type de mesure : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report questionnaire).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatique / numérique en ligne.
- Nombre d’items : 20 items rédigés à la première personne du singulier.
- Période de référence temporelle : Les sentiments éprouvés au cours de la semaine passée (« in the past week or so »), avec extension à deux semaines pour la sévérité maximale.
- Format des réponses : Échelle ordinale de Likert à 5 modalités cotées de 0 à 4 :
- 0 = Pas du tout ou moins d’un jour (Not at all / Less than 1 day)
- 1 = 1 à 2 jours (1 – 2 days)
- 2 = 3 à 4 jours (3 – 4 days)
- 3 = 5 à 7 jours (5 – 7 days)
- 4 = Presque tous les jours pendant 2 semaines (Nearly every day for 2 weeks)
- Cotation et score total :
- Le score total brut s’obtient en additionnant les réponses aux 20 items.
- L’étendue théorique des scores varie de 0 à 80 (dans l’étude de Van Dam & Earleywine, l’étendue observée allait de 0 à 77).
- Aucun item inversé : la totalité des items est orientée dans le sens de la pathologie.
- Seuils indicatifs et interprétation dimensionnelle :
- Score < 16 : Absence de symptomatologie dépressive significative ou état normal.
- Score 16 – 25 : Symptomatologie dépressive légère à modérée.
- Score ≥ 26 : Dépression modérée à sévère nécessitant une investigation clinique approfondie.
- Algorithme diagnostique catégoriel DSM-5 :
- Pour satisfaire au critère diagnostique d’un TDM probable, le répondant doit endosser au moins 5 des 9 grappes symptomatiques à un niveau de sévérité significatif (présence ≥ 5 jours par semaine ou presque tous les jours pendant 2 semaines, soit une cote de 3 ou 4 sur au moins un item de la grappe).
- Au moins un des symptômes endossés doit obligatoirement provenir soit de la grappe 1 (Dysphorie / Humeur triste), soit de la grappe 2 (Anhédonie / Perte d’intérêt).
- Correspondance des grappes symptomatiques :
- 1. Dysphorie (Humeur triste) : Items 2, 4, 6
- 2. Anhédonie (Perte d’intérêt) : Items 8, 10
- 3. Appétit (Anorexie / Perte de poids) : Items 1, 18
- 4. Sommeil (Troubles du sommeil) : Items 5, 11, 19
- 5. Pensée / Concentration : Items 3, 20
- 6. Culpabilité / Dévalorisation : Items 9, 17
- 7. Fatigue / Anergie : Items 7, 16
- 8. Motricité (Agitation / Ralentissement) : Items 12, 13
- 9. Idéation suicidaire : Items 14, 15
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement : 2004 (révision formelle par Eaton et al.) ; validation à large échelle en 2011 (Van Dam & Earleywine).
- Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : L’échelle originale CES-D a été développée sous les auspices du gouvernement fédéral américain (National Institutes of Health / NIMH) et appartient au domaine public. La révision CESD-R est largement considérée comme libre de droits pour la recherche scientifique et la pratique clinique non commerciale.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit (open access). Aucun honoraire de licence ou droit d’auteur n’est requis pour la reproduction textuelle dans les travaux universitaires ou l’évaluation clinique standard.
- Modalités d’accès : Les items complets sont publiés dans la littérature académique (Eaton et al., 2004 ; Van Dam & Earleywine, 2011) et peuvent être transcrits librement dans des formulaires de recherche ou des plateformes numériques sécurisées respectant la confidentialité des participants.
12. Références / References
- American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). Washington, DC: Author.
- Beck, A. T., Steer, R. A., & Brown, G. K. (1996). Manual for the Beck Depression Inventory-II. San Antonio, TX: Psychological Corporation.
- Eaton, W. W., Muntaner, C., Smith, C., Tien, A., & Ybarra, M. (2004). Center for Epidemiologic Studies Depression Scale: Review and revision (CESD and CESD-R). In M. E. Maruish (Ed.), The use of psychological testing for treatment planning and outcomes assessment (3rd ed., pp. 363–377). Mahwah, NJ: Lawrence Erlbaum Associates Publishers.
- Kroenke, K., Spitzer, R. L., & Williams, J. B. (2001). The PHQ-9: Validity of a brief depression severity measure. Journal of General Internal Medicine, 16(9), 606–613.
- Radloff, L. S. (1977). The CES-D scale: A self-report depression scale for research in the general population. Applied Psychological Measurement, 1(3), 385–401.
- Van Dam, N. T., & Earleywine, M. (2011). Validation of the Center for Epidemiologic Studies Depression Scale—Revised (CESD-R): Pragmatic depression assessment in the general population. Psychiatry Research, 186(1), 128–132.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: For each statement, please indicate how often you have felt this way in the past week or so by selecting the option you most agree with.
Response Scale:
- 0 = Not at all / Less than 1 day
- 1 = 1 – 2 days
- 2 = 3 – 4 days
- 3 = 5 – 7 days
- 4 = Nearly every day for 2 weeks
- My appetite was poor.
- I could not shake off the blues.
- I had trouble keeping my mind on what I was doing.
- I felt depressed.
- My sleep was restless.
- I felt sad.
- I could not get going.
- Nothing made me happy.
- I felt like a bad person.
- I lost interest in my usual activities.
- I slept much more than usual.
- I felt like I was moving too slowly.
- I felt fidgety.
- I wished I were dead.
- I wanted to hurt myself.
- I was tired all the time.
- I did not like myself.
- I lost a lot of weight without trying to.
- I had a lot of trouble getting to sleep.
- I could not focus on the important things.