Échelle d’envie bénigne et malveillante

L’Échelle d’envie bénigne et malveillante (BeMaS), créée par Jens Lange et Jan Crusius en 2015, est un instrument psychométrique mesurant en 10 items les deux dimensions motivationnelles de l’envie : l’élévation constructive de soi et le nivellement hostile d’autrui.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’envie bénigne et malveillante (communément désignée sous l’acronyme anglophone BeMaS pour Benign and Malicious Envy Scale), développée initialement par les psychologues sociaux allemands Jens Lange et Jan Crusius en 2015 à l’Université de Cologne, constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer la disposition stable des individus à ressentir deux formes fonctionnellement distinctes d’envie : l’envie bénigne (benign envy) et l’envie malveillante (malicious envy). L’envie est traditionnellement conceptualisée en psychologie sociale et affective comme une émotion négative et douloureuse découlant d’une comparaison sociale ascendante défavorable, survenant lorsqu’un individu constate qu’autrui jouit d’une compétence, d’un succès ou d’une possession qu’il désire mais ne possède pas. Alors que les échelles antérieures traitaient généralement l’envie comme un construit unitaire teinté principalement d’hostilité et de ressentiment, la BeMaS opérationnalise la distinction fondamentale mise en lumière par les théories motivationnelles contemporaines.

L’instrument se compose de 10 items répartis symétriquement en deux sous-échelles de 5 items chacune : l’une évaluant la composante bénigne axée sur l’auto-amélioration et l’aspiration à atteindre le niveau d’autrui, et l’autre mesurant la composante malveillante caractérisée par le ressentiment, le dénigrement et le souhait de voir chuter la cible de comparaison. Les participants répondent à l’aide d’une échelle de Likert à 6 points, s’étendant de 1 (strongly disagree / pas du tout d’accord) à 6 (strongly agree / tout à fait d’accord). Sur le plan psychométrique, la BeMaS démontre une consistance interne robuste (les coefficients alpha de Cronbach oscillant typiquement entre 0,79 et 0,89 pour les deux sous-échelles à travers divers échantillons internationaux), une excellente fidélité test-retest sur plusieurs mois, ainsi qu’une validité factorielle confirmatoire confirmant sans ambiguïté une structure bidimensionnelle supérieure aux solutions unidimensionnelles. La validité convergente et discriminante est corroborée par des corrélations différentielles avec des construits tels que l’estime de soi, les traits de personnalité du modèle des Big Five, la triade sombre, le narcissisme et les performances motrices ou cognitives. Cet outil s’est imposé comme le standard empirique international pour l’étude différentielle de l’envie en psychologie clinique, organisationnelle, éducative et du sport.

2. Mots-clés / Keywords

Envie dispositionnelle, envie bénigne, envie malveillante, comparaison sociale ascendante, psychométrie, motivation d’accomplissement, hostilité, schadenfreude, BeMaS, évaluation de la personnalité, psychologie sociale, validité factorielle.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue, formalisée et validée scientifiquement par :

  • Jens Lange, Ph.D. — Docteur en psychologie sociale. Au moment de la création et de la publication de l’instrument en 2015, il effectuait ses travaux au sein du Department of Psychology de l’Université de Cologne (Köln, Allemagne). Il a par la suite poursuivi ses recherches postdoctorales et académiques en psychologie des émotions sociales, notamment à l’Université de Hambourg (Universität Hamburg) et à l’Université d’Amsterdam (Universiteit van Amsterdam). Adresse de correspondance académique principale : Département de psychologie, Université de Cologne, Richard-Strauss-Str. 2, 50931 Köln, Allemagne. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Jan Crusius, Ph.D. — Professeur et chercheur en psychologie sociale et de la personnalité au Social Cognition Center Cologne (SCCC), Department of Psychology, Université de Cologne (Köln, Allemagne). Ses travaux portent sur les mécanismes cognitifs automatiques, l’attention visuelle sélective dans les comparaisons sociales, le statut social et l’autorégulation émotionnelle. Courriel institutionnel : [email protected].

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Dispositional Benign and Malicious Envy Scale (BeMaS) est de proposer une mesure psychométrique standardisée, brève et rigoureuse permettant de quantifier les différences individuelles dispositionnelles dans la propension à vivre les deux dynamiques affectives et motivationnelles distinctes de l’envie. Historiquement, l’envie a longtemps été analysée sous un prisme moralisateur et pathologique, étant considérée comme une émotion purement hostile, destructrice et socialement condamnable (le « péché capital » de la théologie chrétienne ou l’équivalent de la malveillance jalouse). Par conséquent, les outils psychométriques antérieurs — tels que la Dispositional Envy Scale (DES) développée par Richard Smith et ses collaborateurs en 1999 — capturaient principalement l’envie malveillante, amalgamée avec des sentiments de rancœur, d’injustice perçue, d’infériorité globale et de dépressivité. Ces anciennes conceptualisations masquaient une réalité empirique majeure : confrontés au succès supérieur d’autrui, de nombreux individus ne réagissent pas par le désir d’annihiler l’avantage de l’autre, mais plutôt par une impulsion émulative visant l’auto-perfectionnement et la poursuite d’objectifs élevés.

En comblant ce vide méthodologique, la BeMaS vise à répondre à plusieurs finalités scientifiques et pratiques cruciales :

  • Désenchevêtrer les conséquences comportementales divergentes de l’envie : Alors que l’envie malveillante prédit des comportements antisociaux, le commérage diffamatoire, le sabotage en milieu de travail et la joie maligne face aux échecs d’autrui (schadenfreude), l’envie bénigne est un puissant catalyseur d’effort d’accomplissement, d’inspiration, de persévérance face aux défis et d’optimisation des performances académiques et sportives.
  • Applications en recherche fondamentale et sociale : La BeMaS permet de tester avec précision les modèles cognitifs de l’évaluation sociale (théorie de la comparaison sociale de Festinger). Elle éclaire les déterminants de l’envie, tels que le contrôle perçu sur la situation, la légitimité ou l’équité perçue du succès d’autrui, et la distance psychologique par rapport au standard de comparaison.
  • Applications organisationnelles et managériales : Dans les contextes de gestion des ressources humaines, l’échelle aide à comprendre comment les systèmes de rémunération variable, de promotion interne ou de classement de performance influencent le climat de travail. Les organisations peuvent identifier si les structures compétitives favorisent une saine émulation (envie bénigne) ou au contraire un climat toxique de rivalité délétère, de rétention d’information et d’agressivité passive (envie malveillante).
  • Applications cliniques et psychopathologiques : L’envie malveillante chronique constitue un facteur de risque avéré de détresse psychologique, de dépression, d’anxiété sociale, de faible bien-être subjectif et de conflits interpersonnels chroniques. Elle est souvent intriquée avec le narcissisme vulnérable ou les traits de la personnalité antisociale et paranoïaque. À l’inverse, l’envie bénigne reflète une régulation plus adaptative du soi et des compétences émotionnelles tournées vers la croissance personnelle.
  • Applications dans les technologies numériques et réseaux sociaux : Avec l’omniprésence des plateformes telles qu’Instagram ou LinkedIn, qui exposent continuellement les utilisateurs aux succès scénarisés d’autrui, la BeMaS est devenue l’instrument de référence pour modéliser le lien entre l’exposition aux réseaux sociaux, les affects négatifs, la baisse d’estime de soi ou, au contraire, la motivation d’auto-développement.

5. Construit psychologique / Construct

L’envie est définie sur le plan de la psychologie différentielle comme une émotion épisodique ou une tendance dispositionnelle déclenchée par la prise de conscience douloureuse qu’une autre personne possède un attribut supérieur (compétence, réussite matérielle, statut, reconnaissance, apparence physique ou qualité relationnelle) dans un domaine pertinent pour l’identité de l’évaluateur. La BeMaS opérationnalise l’envie dispositionnelle comme un construit bidimensionnel structuré autour de deux composantes distinctes ayant chacune une orientation téléologique, motivationnelle et affective propre.

5.1. L’envie bénigne (Benign Envy)

L’envie bénigne est une émotion désagréable mais constructive. Bien qu’elle s’accompagne d’un sentiment initial de frustration face à sa propre infériorité relative, elle se caractérise par une focalisation attentionnelle positive dirigée vers la valeur intrinsèque de l’attribut envié et vers la trajectoire ayant permis au modèle d’atteindre ce statut. Sur le plan motivationnel, l’envie bénigne déclenche une tendance à l’élévation du soi (upward-leveling motivation). L’individu cherche à combler le fossé qui le sépare du standard supérieur en déployant des efforts accrus, en perfectionnant ses compétences et en persévérant vers ses objectifs personnels.

Exemples de manifestations empiriques : un chercheur qui envie un collègue venant d’obtenir une publication prestigieuse et qui s’investit avec une rigueur redoublée dans ses propres projets d’écriture ; un athlète qui, impressionné par la vitesse d’un adversaire, analyse les techniques d’entraînement de ce dernier pour améliorer ses propres chronos. Les items de la BeMaS mesurant l’envie bénigne (items 1, 3, 5, 7, 9) capturent explicitement cette dynamique : la concentration sur la réussite future, le désir d’apprendre des succès d’autrui et la transformation de la comparaison sociale ascendante en moteur d’accomplissement.

5.2. L’envie malveillante (Malicious Envy)

L’envie malveillante, à l’opposé, incarne la facette destructrice et hostile de l’émotion. Elle survient typiquement lorsque l’individu perçoit l’avantage d’autrui comme injuste, immérité, ou lorsqu’il évalue ses propres chances de combler l’écart comme étant nulles (faible sentiment de contrôle ou d’auto-efficacité). L’affect dominant n’est plus l’émulation mais l’hostilité, l’animosité, l’amertume et le ressentiment interpersonnel. La motivation sous-jacente est une tendance à l’abaissement d’autrui (downward-leveling motivation) : le but poursuivi n’est pas de s’élever, mais de ramener l’autre personne à un niveau d’infériorité ou d’annihiler son avantage.

Exemples de manifestations empiriques : un employé qui souhaite secrètement l’échec cuisant du projet mené par un rival, qui colporte des ragots pour ternir sa réputation ou qui éprouve un plaisir indicible (schadenfreude) lorsqu’une erreur professionnelle frappe la personne enviée. Les items évaluant l’envie malveillante (items 2, 4, 6, 8, 10) mesurent l’aversion ressentie envers les personnes performantes, le désir qu’elles perdent leur avantage, le sentiment de joie malicieuse lors de leurs échecs et l’impulsion hostile dirigée contre elles.

Caractéristique Envie bénigne Envie malveillante
Direction motivationnelle Élévation du soi (Upward leveling) Abaissement d’autrui (Downward leveling)
Focus attentionnel L’objet / la compétence supérieure d’autrui La personne détenant l’avantage (hostilité ciblée)
Évaluation cognitive sous-jacente Contrôle perçu élevé, succès mérité Contrôle perçu faible, sentiment d’injustice
Corrélats émotionnels Inspiration, détermination, admiration Colère, ressentiment, dégoût, schadenfreude
Retombées comportementales Effort d’apprentissage, performance accrue Dénigrement, sabotage social, ostracisme

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le fondement théorique de la BeMaS s’inscrit au carrefour de plusieurs grands modèles de la psychologie sociale cognitive, des théories de l’évaluation cognitive des émotions (appraisal theories) et des sciences de la motivation.

6.1. La théorie de la comparaison sociale et ses développements

La prémisse centrale découle de la théorie de la comparaison sociale formulée par Leon Festinger en 1954, postulant que les individus possèdent une tendance innée à évaluer leurs capacités et opinions en se comparant à autrui. Lorsque la comparaison s’oriente vers un individu plus performant (comparaison ascendante), elle engendre une menace immédiate pour l’auto-évaluation et l’estime de soi. Abraham Tesser, à travers son modèle du maintien de l’auto-évaluation (Self-Evaluation Maintenance Model, SEM), a démontré que la proximité psychologique avec la cible et la pertinence du domaine pour l’individu conditionnent l’intensité de la détresse ressentie. Lange et Crusius intègrent ce cadre mais dépassent la vision passive de la menace de soi pour modéliser les stratégies régulatrices actives déployées par les individus.

6.2. La théorie de l’évaluation cognitive (Appraisal Theory) et les travaux pionniers de van de Ven

Le développement de la BeMaS s’appuie directement sur les travaux empiriques de Niels van de Ven, Marcel Zeelenberg et Rik Pieters (2009, 2011, 2012) à l’Université de Tilbourg. Ces chercheurs ont apporté des preuves linguistiques et expérimentales montrant que de nombreuses langues distinguent sémantiquement les deux facettes de l’envie : par exemple, le néerlandais distingue benijden (envie bénigne) de afgunst (envie malveillante), tandis que l’allemand différencie bencheiden/bewundernd beneiden de missgünstig beneiden. En français et en anglais, bien qu’un seul mot (« envie » / « envy ») soit couramment employé pour recouvrir les deux états, l’analyse expérientielle met en évidence des profils d’évaluation cognitive rigoureusement distincts :

  • Contrôle perçu (Perceived Control) : L’envie bénigne se déclenche lorsqu’un individu estime qu’il a le pouvoir, les ressources et l’efficacité personnelle nécessaires pour combler l’écart de compétence (sentiment d’auto-efficacité au sens d’Albert Bandura). Si l’individu juge la situation contrôlable, l’énergie émotionnelle est orientée vers l’effort. À l’inverse, si le sentiment de contrôle est bas, l’impuissance favorise l’envie malveillante.
  • Perception de justice et de mérite (Deservingness) : L’envie bénigne prédomine lorsque le succès d’autrui est perçu comme légitime et mérité par ses efforts. L’envie malveillante éclate lorsque l’avantage d’autrui est jugé immérité, injuste ou issu de privilèges arbitraires.

6.3. Le modèle intégrateur de la dynamique motivationnelle de Lange et Crusius (2015)

Dans leur article séminal publié dans le Personality and Social Psychology Bulletin, Jens Lange et Jan Crusius ont théorisé l’envie non pas comme un état affectif uniforme passager, mais comme une disposition de personnalité façonnant des schémas d’interprétation chroniques de l’environnement social. Selon leur modèle intégrateur, la tendance dispositionnelle à l’envie bénigne ou malveillante agit comme un filtre cognitif : confronté à un avantage d’autrui, le sujet à forte envie bénigne dispositionnelle active automatiquement des représentations mentales liées à l’acquisition de compétences et porte son attention sur les moyens opératoires mis en œuvre par le modèle. À l’opposé, le sujet à forte envie malveillante dispositionnelle active des biais cognitifs hostiles, focalise son attention sur les failles ou la vulnérabilité de la cible et anticipe la satisfaction de sa chute potentielle.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle d’envie bénigne et malveillante a fait l’objet d’un examen empirique approfondi dans les études fondatrices de Lange et Crusius (2015), ainsi que dans de multiples études de réplication et d’adaptation transcuturelle à travers le monde (notamment aux États-Unis, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Chine, au Japon, en Turquie, en Pologne, en Russie et en France).

7.1. Validité de construit et validité factorielle

Dans l’ensemble des études de développement initiales (portant sur des échantillons cumulés de plus de 1 000 participants incluant des cohortes étudiantes et des panels représentatifs d’adultes), l’analyse factorielle confirmatoire a systématiquement établi la supériorité d’un modèle à deux facteurs orthogonaux ou faiblement corrélés par rapport à un modèle unidimensionnel. La corrélation inter-facteurs entre la sous-échelle d’envie bénigne et celle d’envie malveillante est typiquement non significative ou très faible (les valeurs de r oscillent généralement entre -0,05 et 0,20 selon les échantillons), démontrant formellement que ces deux dimensions représentent des construits psychologiques indépendants et non les deux extrémités d’un continuum bipolaire.

7.2. Validité convergente et discriminante

Les études ont mis en évidence un patron de corrélations remarquablement divergent avec les autres traits de personnalité et émotions sociales :

  • Traits de personnalité (Big Five) : L’envie malveillante présente une corrélation positive substantielle avec le névrosisme (r ≈ 0,35 à 0,45) et une corrélation négative marquée avec l’agréabilité (r ≈ -0,30 à -0,48). En revanche, l’envie bénigne présente une corrélation positive significative avec l’agréabilité, l’extraversion et le caractère consciencieux (r ≈ 0,20 à 0,30), tout en étant faiblement ou non corrélée au névrosisme.
  • Triade sombre et narcissisme : L’envie malveillante est fortement corrélée aux trois composantes de la triade sombre (machiavélisme, psychopathie subclinique et narcissisme), tout particulièrement avec le narcissisme vulnérable (caractérisé par l’hypersensibilité à la critique, le ressentiment et l’anxiété défensive). L’envie bénigne, quant à elle, s’associe positivement au narcissisme grandiose centré sur l’auto-promotion et la recherche de succès, sans lien avec les dimensions machiavéliques ou psychopathiques.
  • Émotions et attitudes sociales : L’envie malveillante prédit fortement la disposition à la schadenfreude (la réjouissance face au malheur d’autrui, r > 0,50), l’hostilité générale, la rancœur et les croyances en un monde injuste. L’envie bénigne est quant à elle positivement corrélée à l’espoir de réussite, à l’admiration et à l’optimisme dispositionnel.
  • Comparaison avec les anciennes échelles (ex: DES) : La Dispositional Envy Scale de Smith et al. (1999) présente une très forte corrélation avec la sous-échelle d’envie malveillante de la BeMaS (r ≈ 0,65 à 0,75), mais une corrélation faible, voire nulle, avec la sous-échelle d’envie bénigne (r ≈ 0,05 à 0,15). Cela valide l’hypothèse de Lange et Crusius selon laquelle les instruments historiques omettaient la dimension émulative de l’envie.

7.3. Validité prédictive et comportementale

La validité prédictive de la BeMaS a été établie par de multiples paradigmes expérimentaux et longitudinaux :

  • Performance athlétique et motrice : Dans une étude menée auprès de coureurs de marathon, Lange et Crusius (2015) ont démontré que les scores élevés à la sous-échelle d’envie bénigne prédisaient l’adoption d’objectifs de temps plus ambitieux et des performances chronométriques réelles significativement meilleures quelques mois plus tard, au-delà de l’effet de l’entraînement et des temps de référence antérieurs. L’envie malveillante ne prédisait aucune amélioration de performance.
  • Attention visuelle sélective : Des études d’oculométrie (eye-tracking) menées par Crusius et Lange ont révélé que les participants à haut score d’envie bénigne fixent plus longtemps et plus spontanément les zones illustrant les moyens et outils utilisés par le modèle performant, tandis que les participants à fort score d’envie malveillante fixent préférentiellement les visages de manière hostile ou détournent leur attention de la cible pour éviter la menace à l’ego.
  • Comportements antisociaux et prise de décision : Dans des jeux économiques de laboratoire (comme le jeu de l’ultimatum ou des dilemmes sociaux avec option de sanction coûteuse), les participants ayant un score élevé d’envie malveillante sont prêts à sacrifier leurs propres gains financiers personnels dans le seul but de détruire les gains d’un partenaire plus prospère.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés métrologiques de fidélité de l’Échelle d’envie bénigne et malveillante ont été évaluées de manière répétée à travers des démarches statistiques rigoureuses de consistance interne et de stabilité temporelle.

8.1. Consistance interne

Les indices de cohérence interne pour les deux sous-échelles de 5 items se sont révélés remarquablement stables et robustes à travers les différentes études de validation :

  • Sous-échelle Envie Bénigne (Benign Envy) : Dans les échantillons initiaux de Lange et Crusius (2015, Études 1 à 4), le coefficient alpha de Cronbach (α) oscillait entre 0,81 et 0,86. L’indice oméga de McDonald (ω), indicateur plus précis de consistance en cas d’hétérogénéité des charges factorielles, est systématiquement supérieur à 0,82. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,55 et 0,74, attestant d’une homogénéité exemplaire sans redondance sémantique abusive.
  • Sous-échelle Envie Malveillante (Malicious Envy) : L’alpha de Cronbach rapporté dans les cohortes princeps varie entre 0,83 et 0,89 (ω de McDonald > 0,85). Les corrélations item-total corrigées sont comprises entre 0,58 et 0,78. Aucun item ne diminue la fiabilité globale de la sous-échelle en cas de suppression.
  • Adaptations internationales : Les validations transculturelles en langue espagnole, turque, chinoise, polonaise et française confirment ces propriétés métriques, avec des coefficients α oscillant presque toujours entre 0,78 et 0,88 pour les deux dimensions.

8.2. Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

L’envie dispositionnelle étant postulée comme un trait de personnalité stable au cours du temps, la fidélité test-retest a été mesurée sur plusieurs intervalles :

  • Sur un intervalle temporel de quatre semaines, les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) ou de corrélation de Pearson se sont établis à r = 0,81 pour l’envie bénigne et r = 0,84 pour l’envie malveillante, indiquant une excellente stabilité temporelle à court terme.
  • Sur un suivi longitudinal de six mois, les coefficients se maintiennent à des niveaux élevés (r = 0,71 pour l’envie bénigne et r = 0,74 pour l’envie malveillante), démontrant que la BeMaS capture des orientations dispositionnelles pérennes plutôt que de simples fluctuations d’humeur passagères ou des réactions émotionnelles circonstancielles.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La confirmation de l’architecture factorielle de la BeMaS a constitué une étape fondamentale dans la démonstration de la nature bidimensionnelle de l’envie.

9.1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)

Lors de la phase de réduction des items initiaux (composée à l’origine d’un réservoir d’items plus vaste généré à partir de la littérature théorique), des analyses en composantes principales et des analyses factorielles en facteurs communs avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, autorisant une corrélation résiduelle entre facteurs) ont invariablement fait émerger deux facteurs distincts possédant des valeurs propres (eigenvalues) nettement supérieures à 1 (critère de Kaiser) :

  • Le premier facteur regroupe exclusivement les items capturant l’émulation, la motivation à réussir et l’aspiration à progresser (saturation factorielle sur le facteur Envie Bénigne comprise entre 0,62 et 0,82, avec des saturations croisées sur le facteur hostile inférieures à 0,15).
  • Le second facteur rassemble les items exprimant l’animosité, le souhait de privation de l’avantage d’autrui et la joie maligne face à son échec (saturations factorielles sur le facteur Envie Malveillante comprises entre 0,64 et 0,85, avec des saturations croisées sur le facteur bénin inférieures à 0,10).
  • Ces deux facteurs expliquent conjointement plus de 58 % à 64 % de la variance totale des scores selon les échantillons examinés.

9.2. Analyses factorielles confirmatoires (AFC)

Dans les modèles d’équations structurelles confirmatoires (estimés par la méthode du maximum de vraisemblance avec correction robuste de Satorra-Bentler), plusieurs modèles concurrents ont été formellement comparés :

  1. Modèle unidimensionnel à 1 facteur : L’ensemble des 10 items saturent sur un facteur d’envie globale. Ce modèle présente un ajustement inacceptable aux données empiriques : Chi² relatif (χ²/ddl) > 8,0, Comparative Fit Index (CFI) < 0,70, Tucker-Lewis Index (TLI) < 0,65, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) > 0,14.
  2. Modèle bidimensionnel à 2 facteurs indépendants (ou corrélés) : Les 5 items bénins et les 5 items malveillants saturent sur leurs facteurs respectifs. Ce modèle démontre d’excellents indices d’adéquation statistiques : χ²/ddl < 2,5, CFI > 0,96, TLI > 0,95, RMSEA < 0,055 (intervalle de confiance à 90 % [0,038 ; 0,071]) et Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) < 0,045.

Ces résultats rejettent de manière définitive l’hypothèse d’une envie unitaire et valident le statut de la BeMaS comme un instrument bidimensionnel pur.

9.3. Invariance de mesure (Measurement Invariance)

Des analyses d’invariance de mesure multi-groupes ont été conduites pour vérifier que l’échelle opère de manière équivalente selon les groupes démographiques :

  • Invariance selon le genre : L’invariance configurationnelle, métrique (invariance des charges factorielles) et scalaire (invariance des seuils/intercepts des items) est pleinement vérifiée entre hommes et femmes (ΔCFI < 0,01, ΔRMSEA < 0,015). Cela démontre que les différences éventuelles de moyennes observées entre les sexes traduisent de véritables variations psychologiques et non des biais de mesure du questionnaire.
  • Invariance transculturelle : Les travaux comparant des populations occidentales (individualistes) et asiatiques (collectivistes) montrent une invariance métrique rigoureuse, validant la pertinence universelle de la distinction entre envie bénigne et malveillante, bien que les scores moyens de base puissent varier selon les normes culturelles régissant l’expression de l’hostilité et de l’émulation.

10. Instrument de mesure / Instrument

La Dispositional Benign and Malicious Envy Scale (BeMaS) se caractérise par les modalités techniques, opérationnelles et de cotation suivantes :

  • Type de passation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report inventory). Il peut être administré sous format papier-crayon individuel ou collectif, ou sous forme informatisée en ligne via des logiciels d’expérimentation psychologique (ex. Qualtrics, Gorilla, PsychoPy).
  • Population cible : Adolescents (à partir de 14-15 ans) et adultes de la population générale, étudiants universitaires, sportifs, salariés et patients en contextes de conseil ou d’accompagnement clinique.
  • Durée de passation : Très brève, estimée entre 2 et 4 minutes, ce qui en fait un instrument idéal pour être intégré dans des protocoles de recherche volumineux ou des études longitudinales par sondage d’expérience (Experience Sampling Method / ESM).
  • Nombre total d’items : 10 items formulés de manière concise et directe.
  • Structure des sous-échelles :
    • Sous-échelle Envie Bénigne (Benign Envy) : 5 items (items 1, 3, 5, 7, 9).
    • Sous-échelle Envie Malveillante (Malicious Envy) : 5 items (items 2, 4, 6, 8, 10).
  • Format et ancrage de l’échelle de réponse : Échelle de Likert à 6 points ordonnée de façon progressive, sans point neutre médian, afin d’inciter les participants à prendre position :
    • 1 = strongly disagree (fortement en désaccord)
    • 2 = moderately disagree (modérément en désaccord)
    • 3 = slightly disagree (légèrement en désaccord)
    • 4 = slightly agree (légèrement d’accord)
    • 5 = moderately agree (modérément d’accord)
    • 6 = strongly agree (fortement d’accord)
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Items inversés : Aucun item n’est inversé (aucun recodage requis avant le calcul).
    • Score d’Envie Bénigne : Calculé en effectuant la moyenne arithmétique (ou la somme, allant de 5 à 30) des items 1, 3, 5, 7 et 9. La moyenne offre l’avantage de ramener le score sur l’échelle originale de 1 à 6. Formule : (Item 1 + Item 3 + Item 5 + Item 7 + Item 9) / 5.
    • Score d’Envie Malveillante : Calculé en effectuant la moyenne arithmétique (ou la somme, allant de 5 à 30) des items 2, 4, 6, 8 et 10. Formule : (Item 2 + Item 4 + Item 6 + Item 8 + Item 10) / 5.
    • Score global : Il est strictement déconseillé de calculer un score global total d’envie en agrégeant l’ensemble des 10 items. Les deux dimensions étant théoriquement et empiriquement divergentes, l’agrégation masquerait la spécificité des profils individuels et annulerait la validité prédictive de l’instrument.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

L’Échelle d’envie bénigne et malveillante se distingue par sa grande accessibilité pour l’ensemble de la communauté scientifique internationale :

  • Année de première publication : 2015, au sein de l’article princeps de Jens Lange et Jan Crusius intitulé « Dispositional envy revisited: Unraveling the motivational dynamics of benign and malicious envy » dans la revue à comité de lecture Personality and Social Psychology Bulletin (vol. 41, n° 2, pp. 284–294).
  • Droits d’auteur et licence d’utilisation : L’échelle et l’ensemble de ses items ont été mis à disposition sous la licence internationale Creative Commons Attribution 4.0 (CC-BY 4.0) par les auteurs.
  • Tarification et redevances : L’instrument est entièrement gratuit (libre de droits d’accès). Aucun coût de licence, abonnement commercial ou redevance financière n’est exigé pour son utilisation dans le cadre de recherches académiques, de thèses doctorales, de travaux universitaires ou d’évaluations cliniques non commerciales.
  • Conditions d’autorisation : Aucune demande d’autorisation formelle écrite préalable n’est nécessaire auprès des auteurs originaux ou de l’éditeur pour utiliser, adapter ou traduire l’échelle, sous la seule obligation déontologique et légale de citer explicitement l’article de référence de Lange et Crusius (2015) dans toute publication ou rapport scientifique exploitant les données issues de la BeMaS.

12. Références / References

Les publications fondatrices, théoriques et psychométriques suivantes constituent le socle de validation de l’échelle :

  • Crusius, J., & Lange, J. (2014). What catches the envious eye? Attentional biases within malicious and benign envy. Journal of Experimental Social Psychology, 55, 1–11. https://doi.org/10.1016/j.jesp.2014.05.007
  • Crusius, J., & Mussweiler, T. (2012). When people want what others have: The impulsive side of envious desire. Emotion, 12(1), 142–153. https://doi.org/10.1037/a0023523
  • Festinger, L. (1954). A theory of social comparison processes. Human Relations, 7(2), 117–140. https://doi.org/10.1177/001872675400700202
  • Lange, J., & Crusius, J. (2015). Dispositional envy revisited: Unraveling the motivational dynamics of benign and malicious envy. Personality and Social Psychology Bulletin, 41(2), 284–294. https://doi.org/10.1177/0146167214564959
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13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response scale: 6-point Likert scale: 1 = strongly disagree, 2 = moderately disagree, 3 = slightly disagree, 4 = slightly agree, 5 = moderately agree, 6 = strongly agree

  1. When I envy others, I focus on how I can become equally successful in the future.
  2. I feel frustration when others have things which I lack.
  3. If other people have something that I want myself, I try to achieve it.
  4. I wish that superior people would lose their advantage.
  5. Envy motivates me to improve myself.
  6. I secretly smile when an envied person fails.
  7. When I envy other people, I try to improve myself.
  8. I feel malicious joy if other people fail.
  9. When I am envious of others, I wonder how they achieved what they have.
  10. Envy makes me want to hurt the person who has what I do not have.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle d’envie bénigne et malveillante. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-denvie-benigne-et-malveillante
Looti, Mohammed. “Échelle d’envie bénigne et malveillante.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-denvie-benigne-et-malveillante.
Looti, Mohammed. “Échelle d’envie bénigne et malveillante.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-denvie-benigne-et-malveillante.