1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’empathie envers les enfants (Empathy for Children Scale, ECS), développée initialement par Gerard A. Schaefer et Steven Feelgood (2005, 2006), constitue un instrument psychométrique de pointe conçu pour évaluer les composantes cognitives et affectives de l’empathie envers des enfants placés dans des contextes de vulnérabilité ou de victimisation. Dérivée du Child Molester Empathy Measure (CMEM ; Fernandez et al., 1999 ; Fernandez & Marshall, 2003), l’ECS a été spécialement calibrée et restructurée pour surmonter les contraintes méthodologiques inhérentes aux populations judiciarisées et non judiciarisées, notamment les auteurs d’abus sexuels sur mineurs et les personnes présentant une attirance sexuelle pour les enfants au sein de programmes préventifs en milieu communautaire (tels que le Berlin Prevention Project Dunkelfeld, PPD).
Le questionnaire est structuré autour de trois scénarios distincts présentant une situation critique impliquant un enfant : un scénario contrôle neutre/non sexuel (enfant victime d’un grave accident de la route avec séquelles permanentes), un scénario d’abus sexuel commis par un tiers inconnu (victime non familière), et un scénario d’abus sexuel impliquant la propre victime de l’évalué ou, pour les sujets non judiciarisés, une victime issue de leurs fantasmes sexuels habituels. Chacun de ces scénarios est composé de 25 items évalués sur une échelle de Likert en 5 points (allant de 0 = « Pas du tout » à 4 = « Tout à fait »), totalisant ainsi 75 items. Ces items se subdivisent rigoureusement en deux sous-échelles opérationnelles : l’empathie cognitive (15 items évaluant l’inférence des états mentaux, de la détresse et des symptômes de l’enfant) et l’empathie émotionnelle ou affective (10 items mesurant la résonance émotionnelle, le bouleversement ou la congruence affective ressentie par le participant face à la situation décrite).
Sur le plan métrologique, l’ECS présente une consistance interne globale exceptionnelle, attestée par un coefficient alpha de Cronbach s’élevant à .96. La validité convergente et la validité de construit ont été rigoureusement démontrées par des corrélations négatives significatives modérées à fortes (entre -.42 et -.50) avec l’échelle de distorsions cognitives du Bumby MOLEST Scale (BMS), confirmant que les déficits empathiques sont étroitement liés aux justifications et dénis cognitifs du passage à l’acte. De plus, la validité discriminante est corroborée par l’absence d’interférence majeure de la désirabilité sociale mesurée par le BIDR-20 (Paulhus, 1991), une corrélation mineure de -.19 n’étant observée que pour le scénario de l’accident. L’outil démontre une sensibilité différentielle remarquable, mettant en lumière le déficit empathique sélectif et circonscrit que présentent les auteurs d’infractions sexuelles sur enfants à l’égard de leur propre victime comparativement à d’autres victimes, offrant ainsi une valeur clinique fondamentale pour le diagnostic fonctionnel, la planification thérapeutique et l’évaluation longitudinale des interventions.
2. Mots-clés / Keywords
Empathie cognitive, empathie affective, Échelle d’empathie envers les enfants, psychométrie forensique, abus sexuel sur mineur, distorsions cognitives, évaluation clinique, scénarios victimologiques, pédophilie, prévention de la récidive.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’empathie envers les enfants (ECS) a été conceptualisée, opérationnalisée et validée scientifiquement par :
- Dr. Gerard A. Schaefer : Institut de sexologie et de médecine sexuelle (Institute of Sexology and Sexual Medicine), Charité – Universitätsmedizin Berlin, Freie Universität Berlin et Humboldt-Universität zu Berlin, Allemagne. Coordonnées professionnelles : Campus Mitte, Luisenstraße 57, D-10117 Berlin-Mitte, Allemagne. Courriel : [email protected]. Le Dr Schaefer est une autorité académique reconnue dans le diagnostic et l’investigation clinique des paraphilies et des processus cognitivo-émotionnels chez les délinquants sexuels.
- Dr. Steven Feelgood : Département de psychologie clinique et de psychothérapie (Clinical Psychology and Psychotherapy), Technische Universität Dresden, Dresde, Allemagne ; également affilié à l’Unité de thérapie sociale de l’établissement pénitentiaire de Brandebourg-sur-la-Havel (Social Therapy Unit, Brandenburg an der Havel Prison), Brandebourg, Allemagne. Ses recherches portent principalement sur la réhabilitation forensique, l’évaluation des risques et les interventions cognitivo-comportementales en milieu carcéral.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’empathie envers les enfants (ECS) réside dans la quantification empirique, standardisée et multidimensionnelle des capacités empathiques déployées par un individu face à un enfant subissant un événement traumatique grave. Si les outils psychométriques traditionnels tels que l’Interpersonal Reactivity Index (IRI ; Davis, 1983) ou l’échelle de Hogan (1969) capturent des dispositions empathiques générales et globales, la recherche clinique en psychologie légale et sexologique a largement démontré l’insuffisance de ces mesures globales pour caractériser les mécanismes spécifiques aux agresseurs sexuels d’enfants. En effet, de nombreux auteurs de violences sexuelles présentent des scores tout à fait normatifs sur des échelles d’empathie généralistes, mais manifestent un effondrement ciblé et circonscrit de l’empathie dès lors qu’il s’agit de la victime de leurs propres transgressions (Marshall et al., 2001).
L’ECS a ainsi été spécifiquement élaborée pour répondre à une double finalité théorique et pragmatique :
- Différencier l’empathie globale de l’empathie victimologique spécifique : En confrontant le participant à trois vignettes cliniques standardisées (un enfant polytraumatisé de la route, un enfant abusé par un inconnu, et l’enfant impliqué dans l’agression réelle ou dans les fantasmes sexuels du participant), l’ECS permet d’isoler si le déficit empathique relève d’une anesthésie affective globale (comme dans la psychopathie clinique) ou d’un processus de distorsion cognitive sélectif focalisé sur l’objet d’attirance sexuelle.
- Permettre l’évaluation en milieu non judiciaire et préventif : Le précurseur direct de l’ECS, le Child Molester Empathy Measure (CMEM ; Fernandez et al., 1999), exigeait explicitement que le répondant ait agressé un enfant pour renseigner le scénario relatif à « sa propre victime ». Cette formulation excluait de facto les personnes pédophiles n’ayant jamais commis d’actes judiciarisés ou consultant volontairement dans le cadre de dispositifs de prévention primaire, à l’image du réseau allemand « Kein Täter werden » (Projet Dunkelfeld de Berlin). L’ECS introduit une adaptation méthodologique majeure en invitant le sujet sans antécédents de passage à l’acte à imaginer un enfant issu de ses fantasmes sexuels récurrents.
- Optimisation de l’économie psychométrique : Alors que le CMEM comprenait 150 items cotés sur des échelles en 11 points, induisant une fatigue cognitive substantielle et des biais d’ancrage, l’ECS réduit le fardeau du participant à 75 items notés sur une échelle de Likert ordinale claire en 5 points (0 à 4), tout en conservant une comparabilité stricte entre les stimuli narratifs.
- Applications cliniques et thérapeutiques : Dans le cadre de thérapies cognitivo-comportementales spécialisées pour auteurs d’infractions sexuelles, l’ECS offre une mesure d’évaluation initiale (baseline) permettant d’identifier la perméabilité émotionnelle du patient, de cibler les déficits de prise de perspective (décentration cognitive), de déconstruire les distorsions de type victim-blaming, et de quantifier l’efficacité des protocoles thérapeutiques axés sur la sensibilisation aux dommages subis par la victime.
5. Construit psychologique / Construct
L’ECS opérationnalise l’empathie comme un phénomène psychologique bidimensionnel et interactionnel, en accord avec le modèle à quatre étapes théorisé par Marshall, Hudson, Jones et Fernandez (1995). Ce modèle postule que l’empathie mature requiert successivement : la reconnaissance des émotions, la prise de perspective cognitive, l’élicitation d’une réponse affective congruente, et la production d’une action inhibitrice ou prosociale appropriée. L’instrument appréhende cette dynamique à travers deux sous-échelles complémentaires, mesurées de façon répétée à travers trois contextes situationnels distincts.
1. L’Empathie Cognitive (Prise de perspective et attribution d’états mentaux)
Cette dimension (15 items par scénario) mesure la capacité de l’observateur à inférer avec exactitude l’expérience phénoménologique, les pensées, la souffrance interne et les conséquences psychologiques vécues par l’enfant. Il s’agit d’une composante relevant de la théorie de l’esprit affective et cognitive. L’individu est invité à quantifier le degré auquel il imagine que l’enfant :
- Ressent des affects pénibles directs : tristesse, colère, honte, culpabilité infondée, tension interne ou détresse (ex. item 1 « feels guilty », item 2 « feels sad », item 15 « feels ashamed »).
- Développe des troubles symptomatiques et fonctionnels graves à la suite du traumatisme : cauchemars récurrents, troubles sévères du sommeil, idéations suicidaires, retrait social massif, sentiment d’impuissance et détresse psychologique générale (ex. item 5 « has nightmares », item 6 « has suicidal thoughts », item 8 « has sleep disturbances », item 10 « is withdrawn from others », item 12 « feels helpless »).
- Maintient ou non des ressources d’adaptation positives : les items inversés (item 4 « is self-confident » et item 7 « is successful in school ») permettent d’évaluer si le répondant perçoit l’oblitération des compétences développementales de l’enfant consécutive au traumatisme ou s’il minimise l’impact des abus en prêtant à l’enfant une invulnérabilité factice.
Un score élevé en empathie cognitive témoigne d’une reconnaissance lucide du préjudice, de la détresse émotionnelle et des séquelles psychiques induites par l’événement traumatique.
2. L’Empathie Émotionnelle (Résonance affective et détresse personnelle)
Cette dimension (10 items par scénario) capture la réponse affective vicariante déclenchée chez l’adulte lorsqu’il contemple ou se représente mentalement la situation vécue par l’enfant. L’empathie émotionnelle ne se limite pas à la simple compréhension intellectuelle ; elle implique une résonance affective congruente et une aversion viscérale face à la souffrance de l’autre.
- Résonance aversive congruente : le sujet rapporte éprouver des sentiments d’indignation, de fureur morale, de perturbation profonde, de dévastation ou de choc (ex. item 2 « furious », item 3 « disturbed », item 4 « distraught », item 5 « devastated », item 10 « shocked »).
- Absence d’incongruence affective ou d’exaltation déplacée : les items 1 (« cheerful »), 8 (« good ») et 9 (« stimulated ») sont des items inversés critiques. Dans les populations d’agresseurs ou d’individus présentant une attirance pédophilique non traitée, l’évocation d’un contact sexuel avec un enfant peut induire des états de gratification sexuelle, d’excitation ou d’euphorie, entrant en conflit direct avec une réponse empathique appropriée. Le renversement de ces scores pénalise l’affect positif non congru et récompense la neutralisation ou le rejet émotionnel de telles sensations.
3. L’Effet de Scénario et la Modulation Contextuelle
Le construit psychologique de l’ECS repose fondamentalement sur la comparaison intrapersonnelle des scores obtenus entre les trois scénarios :
- Scénario 1 (Accident de la circulation) : Sert d’étalon de référence pour la capacité empathique non sexuelle générale face à un enfant victime du sort.
- Scénario 2 (Victime inconnue d’abus sexuel par un adulte) : Évalue la capacité à reconnaître le préjudice causé par l’agression sexuelle lorsqu’elle est perpétrée par un tiers masculin.
- Scénario 3 (Victime propre, réelle ou fantasmée) : Évalue l’empathie ciblée dans le contexte le plus menaçant pour l’estime de soi ou le désir sexuel du sujet, révélant la présence de mécanismes de défense spécifiques (déni, minimisation, rationalisation).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique de l’ECS s’ancre au confluent des théories psychosociales de l’empathie, du cognitivisme développemental et des modèles intégrateurs de l’agression sexuelle développés en criminologie clinique.
Le Modèle Cognitivo-Développemental de Davis
L’approche sous-jacente s’inspire du modèle multidimensionnel de Mark H. Davis (1983), qui postule que l’empathie ne peut être réduite à un processus unitaire. Davis soutient que les dispositions empathiques articulent des capacités cognitives avancées (prise de perspective intellectuelle, attribution causale) et des réactivités affectives différenciées, partagées entre préoccupation empathique (empathic concern) et détresse personnelle (personal distress). L’ECS transpose cette distinction structurale dans le champ spécifique de la victimologie de l’enfant.
Le Modèle Intégrateur de l’Empathie de Marshall et Collaborateurs
L’architecture paradigmatique principale de l’instrument découle directement des travaux fondamentaux de W. L. Marshall et de ses collègues (Marshall et al., 1995 ; Marshall, 1997 ; Marshall, Hamilton, & Fernandez, 2001). Selon ce cadre théorique, l’inhibition du comportement agressif envers un pair ou un enfant dépend d’une chaîne séquentielle en quatre maillons :
- Perception et reconnaissance : Identifier précisément les signaux non verbaux, verbaux et comportementaux exprimant la peur, la douleur ou le dégoût chez l’enfant.
- Perspective-taking : Décoder la situation du point de vue développemental propre à l’enfant, sans projeter sur lui des désirs ou des compétences d’adulte.
- Congruence émotionnelle : Éprouver un écho affectif aversif ou compatissant en syntonie avec la détresse perçue, ce qui neutralise l’excitation sexuelle déviante.
- Décision comportementale inhibitrice : Traduire cette tension affective interne en interruption immédiate de l’acte préjudiciable ou en comportement d’aide et de protection.
Dans ce modèle, les délinquants sexuels ne souffrent pas nécessairement d’une inaptitude globale à ressentir de l’empathie, mais activent des défenses cognitives spécifiques lorsqu’ils sont confrontés à leurs propres actes. Pour neutraliser l’angoisse et la culpabilité consécutives à la transgression de tabous sociaux fondamentaux, ils développent des distorsions cognitives majeures (p. ex., « l’enfant était consentant », « le contact sexuel constitue une forme d’affection éducative non dommageable » ; Bumby, 1996). Ces distorsions agissent comme des filtres cognitifs désactivant l’empathie émotionnelle sélectivement envers la victime de l’agresseur.
Modélisation des Typologies d’Auteurs
Les recherches ultérieures ayant soutenu la conception de l’ECS (Bates & Metcalf, 2007 ; Elliott et al., 2009) s’appuient sur l’observation clinique selon laquelle les agresseurs de contact présentent des déficits empathiques victimologiques significativement plus massifs que les consommateurs exclusifs de pornographie mettant en scène des enfants sur Internet. L’ECS s’inscrit donc dans une théorie dimensionnelle où la sévérité du déficit empathique corrèle directement avec la proximité physique et le passage à l’acte direct sur l’enfant.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle d’empathie envers les enfants a été rigoureusement analysée au sein d’échantillons cliniques hautement représentatifs, notamment dans les études pionnières de validation conduites par Schaefer et Feelgood (2006) et Schaefer, Neutze, Mundt et Beier (2008).
Validité de Construit et Structure Différentielle
La validité de construit est étayée par l’observation des variations de scores attendues théoriquement entre les trois scénarios. Dans l’échantillon de validation initial composé de 150 hommes volontaires du Berlin Prevention Project Dunkelfeld (PPD) — dont 83 déclaraient des antécédents d’infractions ou de contacts sexuels avec des enfants et 67 se définissaient comme des auteurs potentiels n’étant jamais passés à l’acte —, le pattern d’empathie attendu s’est vérifié empiriquement :
- Les participants manifestent le niveau d’empathie (cognitive et émotionnelle) le plus élevé face au scénario de l’accident de la route (Scénario 1).
- Un niveau intermédiaire d’empathie est observé face au scénario de l’enfant agressé sexuellement par un tiers inconnu (Scénario 2).
- Le niveau d’empathie s’effondre systématiquement pour atteindre son nadir lors de la confrontation au scénario impliquant leur propre victime réelle ou fantasmée (Scénario 3).
Cette divergence intra-individuelle hautement significative confirme que l’instrument capture avec exactitude le phénomène de résistance et de rationalisation sélective décrit par Marshall et collaborateurs (2001).
Validité Convergente
La validité convergente de l’ECS a été démontrée par sa confrontation avec l’échelle Bumby MOLEST Scale (BMS ; Bumby, 1996), outil de référence mesurant les distorsions cognitives et les croyances justificatrices relatives aux abus sexuels sur mineurs. Les analyses corrélationnelles révèlent des corrélations négatives robustes et statistiquement significatives, comprises entre r = -.42 et r = -.50. Ces résultats indiquent qu’une adhésion élevée aux distorsions cognitives associées aux agressions sexuelles d’enfants est directement liée à des scores affaiblis d’empathie cognitive et affective mesurés par l’ECS.
Validité Discriminante et Divergente
Pour s’assurer que les réponses obtenues à l’ECS ne reflètent pas simplement un biais de complaisance ou de conformisme social, la désirabilité sociale a été mesurée à l’aide de la version allemande du Balanced Inventory of Desirable Responding (BIDR-20 ; Paulhus, 1991 ; Musch et al., 2002). Les analyses n’ont révélé qu’une corrélation mineure et négligeable avec l’autoprésentation favorable uniquement pour le scénario de l’accident de la route (r = -.19), et aucune corrélation significative pour les scénarios d’abus sexuels. Ce profil garantit une validité divergente remarquable, démontrant que l’échelle est remarquablement robuste face aux biais de gestion de l’impression chez des individus pourtant soumis à des pressions psychosociales considérables.
Par ailleurs, la comparaison d’auteurs judiciarisés (détectés) et d’auteurs non judiciarisés (non détectés consultant au PPD) a révélé des similitudes de profil frappantes concernant l’empathie affective envers la propre victime (Schaefer et al., 2008), tout en discriminant nettement les sous-groupes cliniques en fonction de l’intensité du passage à l’acte, appuyant pleinement la validité discriminante de l’outil.
8. Fidélité / Reliability
La métrologie de la fidélité de l’Échelle d’empathie envers les enfants repose sur l’évaluation de sa cohérence interne au sein de cohortes cliniques homogènes et rigoureusement caractérisées.
Cohérence Interne
Dans la cohorte initiale de 150 hommes recrutés par l’Institut de sexologie et de médecine sexuelle de la Charité de Berlin (Schaefer & Feelgood, 2006), l’instrument a fait preuve d’une homogénéité d’échantillonnage de premier ordre :
- Indice global : L’alpha de Cronbach calculé pour l’ensemble des 75 items de l’échelle atteint un niveau exceptionnel de α = .96, attestant d’une interdépendance théorique et statistique très forte entre les différents indicateurs.
- Sous-échelles par scénario : Les sous-échelles d’empathie cognitive (15 items) et d’empathie émotionnelle (10 items) réparties sur les trois histoires démontrent chacune des indices de fidélité compris de manière constante entre .84 et .93, illustrant une fiabilité métrologique stable que l’enfant soit représenté comme victime d’un accident physique ou d’un acte sexuel.
L’exclusion systématique des items inversés n’entraîne aucune altération majeure du coefficient alpha, ce qui démontre la qualité de formulation des énoncés inversés et leur capacité à capter les polarités contraires sans introduire de bruit de mesure artificiel.
Stabilité Temporelle
Bien que les données longitudinales publiées de type test-retest soient complexes à standardiser chez les populations médico-légales recevant des prises en charge psychothérapeutiques intensives (le traitement visant explicitement la modification du construit mesuré), les évaluations intermédiaires menées sur des périodes courtes préalables à l’intervention démontrent une stabilité satisfaisante des patrons de réponse, condition sine qua non pour utiliser l’ECS comme indicateur sensible au changement thérapeutique.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle de l’ECS découle de l’opérationnalisation conjointe de la structure à deux dimensions (cognitive vs affective) théorisée par Marshall et al. (1995) et de la structure à trois facteurs situationnels héritée du CMEM de Fernandez et Marshall (2003).
Structure Factorielle Attendue et Confirmée
Les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) menées sur les données de l’instrument corroborent une modélisation hiérarchique multidimensionnelle :
- Niveau 1 : Les deux dimensions fonctionnelles de base. Pour chacun des trois scénarios, l’analyse en composantes principales (avec rotation oblique de type Oblimin, les composantes cognitive et affective étant théoriquement corrélées) extrait distinctement deux facteurs principaux : un facteur d’inférence cognitive du traumatisme (regroupant les symptômes internalisés, les troubles du comportement, les idéations négatives de l’enfant) et un facteur d’impact émotionnel personnel (regroupant l’angoisse vicariante, la colère morale et le désarroi de l’adulte). Les items inversés de plaisir et d’excitation saturent négativement et fortement sur ce second facteur affectif.
- Niveau 2 : L’effet de contextualisation (Scénarios). Les items ne se regroupent pas uniquement par nature de tâche psychologique (cognition vs émotion), mais s’agrègent de manière prépondérante autour de l’objet de la représentation. L’analyse confirme ainsi une matrice composée de six facettes de premier ordre interdépendantes : cognitive-accident, émotionnelle-accident, cognitive-inconnu, émotionnelle-inconnu, cognitive-propre victime/fantasme, et émotionnelle-propre victime/fantasme.
Saturations Factorielles et Poids des Items
Dans l’évaluation du Scénario 3 (propre victime ou victime fantasmée), les saturations factorielles des items d’empathie cognitive oscillent majoritairement entre .52 et .81 pour des indicateurs cardinaux de détresse infantile tels que la souffrance ressentie (« is suffering »), le sentiment d’impuissance (« feels helpless ») et la présence d’idéations suicidaires (« has suicidal thoughts »). Sur le volet émotionnel, les saturations des items traduisant le bouleversement (« distraught », « devastated », « shocked ») dépassent régulièrement .65, confirmant que ces énoncés constituent les marqueurs les plus fidèles de l’activation empathique affective face au passage à l’acte.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle d’empathie envers les enfants se présente sous la forme d’un questionnaire auto-administré ou complété sous supervision clinique, caractérisé par les spécifications techniques suivantes :
- Type d’évaluation : Mesure standardisée de l’empathie cognitive et émotionnelle par méthode de scénarios (vignettes narratives standardisées).
- Structure générale : Le test comprend 3 histoires cliniques (Scénario 1 : Enfant accidenté de la route avec handicap permanent ; Scénario 2 : Enfant ayant eu un rapport sexuel avec un homme adulte tiers ; Scénario 3 : Enfant avec lequel le répondant a eu un contact sexuel ou qu’il imagine dans ses fantasmes habituels).
- Nombre d’items : 75 items au total, soit 25 items par histoire (15 items pour l’empathie cognitive et 10 items pour l’empathie émotionnelle).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 points ordonnée de 0 à 4 :
- 0 = Pas du tout (Not at all)
- 1 = Un peu (A little)
- 2 = Moyennement (Moderately)
- 3 = Beaucoup (Much)
- 4 = Tout à fait / Énormément (Very Much)
- Variables contextuelles complémentaires : À l’issue de chaque histoire, le répondant renseigne l’âge approximatif (en années) et le genre (féminin / masculin) de l’enfant qu’il a visualisé mentalement, fournissant des données précieuses sur l’âge préférentiel et la concordance avec le profil d’intérêt érotique.
- Temps de passation moyen : 20 à 30 minutes suffisent pour compléter l’ensemble du protocole.
- Règles de cotation et de calcul des scores :
- Inversion des items : Avant sommation, les items positifs doivent faire l’objet d’une inversion de score selon la formule :
Nouveau score = 4 - Score brut.- Pour l’empathie cognitive (par histoire) : inverser les Items 4 (« is self-confident ») et 7 (« is successful in school »).
- Pour l’empathie émotionnelle (par histoire) : inverser les Items 1 (« cheerful »), 8 (« good ») et 9 (« stimulated »).
- Calcul des scores de sous-échelles : Additionner les scores (après inversion) de chaque domaine pour un scénario donné. Le score d’empathie cognitive s’étend de 0 à 60 ; le score d’empathie émotionnelle s’étend de 0 à 40.
- Score global par scénario : Additionner les scores cognitif et émotionnel du scénario considéré (total de 0 à 100).
- Interprétation : Un score plus élevé reflète un degré supérieur d’empathie. Une chute prononcée du score global ou émotionnel entre le Scénario 1/2 et le Scénario 3 révèle un déficit empathique victimologique focalisé.
- Inversion des items : Avant sommation, les items positifs doivent faire l’objet d’une inversion de score selon la formule :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Échelle d’empathie envers les enfants a été formellement finalisée et présentée pour publication en 2005-2006 par les Drs Gerard A. Schaefer et Steven Feelgood. Concernant son administration, ses droits d’utilisation et ses modalités d’accès :
- Statut juridique et licence : L’ECS est un instrument psychométrique scientifique protégé par le droit d’auteur, mais mis gracieusement à la disposition de la communauté académique, des chercheurs et des cliniciens hospitaliers ou pénitentiaires à des fins non commerciales.
- Tarifs : Aucun coût de licence n’est exigé pour son administration clinique ou de recherche. L’utilisation du matériel est entièrement libre de droits commerciaux, sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources et de respecter l’intégrité rédactionnelle des scénarios et des items.
- Versions linguistiques officielles : L’instrument a été élaboré et standardisé en trois versions linguistiques complètes : anglais, français et allemand (Feelgood & Schaefer, 2005).
- Demande d’exemplaires et matériel de cotation : Les praticiens et chercheurs souhaitant obtenir les protocoles complets d’administration, les feuilles de saisie ou les adaptations linguistiques sont invités à adresser une requête directe par courriel à l’auteur principal : Dr Gerard A. Schaefer ([email protected]), Institute of Sexology and Sexual Medicine, Charité – Universitätsmedizin Berlin.
- Règle spécifique d’adaptation pour population judiciarisée : Lors de la passation de l’instrument auprès d’une cohorte d’auteurs judiciairement condamnés (délinquants connus avec victimes avérées), les consignes méthodologiques stipulent de supprimer les passages rédigés en majuscules italiques relatifs aux fantasmes, afin de focaliser strictement le questionnaire sur les faits réels ayant conduit à la condamnation.
12. Références / References
Les sources bibliographiques suivantes constituent le fondement méthodologique et théorique du développement de l’ECS :
- Bates, A., & Metcalf, C. (2007). A psychometric comparison of Internet and non-Internet sex offenders from a community treatment sample. Journal of Sexual Aggression, 13(1), 11–20. https://doi.org/10.1080/13552600701358941
- Beier, K. M., Ahlers, C. J., Goecker, D., Neutze, J., Mundt, I. A., Hupp, E., & Schaefer, G. A. (2009). Can pedophiles be reached for primary prevention of child sexual abuse? First results of the Berlin Prevention Project Dunkelfeld (PPD). Journal of Forensic Psychiatry & Psychology, 20(6), 851–867. https://doi.org/10.1080/14789940903174154
- Beier, K. M., Neutze, J., Mundt, I. A., Ahlers, C. J., Goecker, D., Konrad, A., & Schaefer, G. A. (2009). Encouraging self-identified pedophiles and hebephiles to seek professional help: First results of the Berlin Prevention Project Dunkelfeld (PPD). Child Abuse & Neglect, 33(8), 545–549. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2009.02.003
- Bumby, K. M. (1996). Assessing the cognitive distortions of child molesters and rapists: Development and validation of the MOLEST and RAPE scales. Sexual Abuse: A Journal of Research and Treatment, 8(1), 37–54. https://doi.org/10.1177/107906329600800105
- Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113–126. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.113
- Elliott, I. A., Beech, A. R., Mandeville-Norden, R., & Hayes, E. (2009). Psychological profiles of Internet sexual offenders: Comparisons with contact sexual offenders. Sexual Abuse: A Journal of Research and Treatment, 21(1), 76–92. https://doi.org/10.1177/1079063208328005
- Feelgood, S., & Schaefer, G. A. (2005). German version of the Empathy for Children Scale (ECS). Unpublished manuscript, Charité – Universitätsmedizin Berlin & Technische Universität Dresden.
- Fernandez, Y. M., & Marshall, W. L. (2003). Victim empathy, social self-esteem and psychopathy in rapists. Sexual Abuse: A Journal of Research and Treatment, 15(1), 11–26. https://doi.org/10.1177/107906320301500102
- Fernandez, Y. M., Marshall, W. L., Lightbody, S., & O’Sullivan, C. (1999). The Child Molester Empathy Measure. Sexual Abuse: A Journal of Research and Treatment, 11(1), 17–31. https://doi.org/10.1177/107906329901100103
- Hogan, R. (1969). Development of an empathy scale. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 33(3), 307–316. https://doi.org/10.1037/h0027580
- Marshall, W. L. (1997). The relationship between self-esteem and deviant sexual arousal in non-familial child molesters. Behavior Modification, 21(1), 86–96. https://doi.org/10.1177/01454455970211005
- Marshall, W. L., Hamilton, K., & Fernandez, Y. (2001). Empathy deficits and cognitive distortions in child molesters. Sexual Abuse: A Journal of Research and Treatment, 13(2), 123–130. https://doi.org/10.1177/107906320101300206
- Marshall, W. L., Hudson, S. M., Jones, R., & Fernandez, Y. M. (1995). Empathy in sex offenders. Clinical Psychology Review, 15(2), 99–113. https://doi.org/10.1016/0272-7358(95)00002-8
- Mehrabian, A., & Epstein, N. (1972). A measure of emotional empathy. Journal of Personality, 40(4), 525–543. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.1972.tb00078.x
- Musch, J., Brockhaus, R., & Bröder, A. (2002). Ein Inventar zur Erfassung von zwei Faktoren sozialer Erwünschtheit [An inventory for the assessment of two factors of social desirability]. Diagnostica, 48(3), 121–129. https://doi.org/10.1026//0012-1924.48.3.121
- Paulhus, D. L. (1991). Measurement and control of response bias. In J. P. Robinson, P. R. Shaver, & L. S. Wrightsman (Eds.), Measures of personality and social psychological attitudes (pp. 17–41). San Diego, CA: Academic Press. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-590241-0.50006-X
- Schaefer, G. A., & Feelgood, S. (2006, September). Validation of a new scale for measuring victim empathy in pedophiles: The Empathy for Children Scale (ECS). Paper presented at the 9th International Conference of the International Association for the Treatment of Sexual Offenders (IATSO), Hamburg, Germany.
- Schaefer, G. A., Neutze, J., Mundt, I. A., & Beier, K. M. (2008, October). Pedophiles and hebephiles in the community: Findings from the Berlin Prevention Project Dunkelfeld (PPD). Paper presented at the 27th Annual Meeting of the Association for the Treatment of Sexual Abusers (ATSA), Atlanta, GA.
13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)