1. Résumé
L’Échelle de victimisation du cyberharcèlement (en anglais, Cyberbullying Victimization Scale [CVS]), conçue par JongSerl Chun, Jinyung Kim et Serim Lee en 2023, constitue un instrument psychométrique auto-rapporté novateur et rigoureux, initialement élaboré pour capturer les manifestations contemporaines et multidimensionnelles de la victimisation numérique chez les adolescents. Face à la mutation rapide des technologies de l’information et de la communication (smartphones, réseaux sociaux immersifs, messageries instantanées et plateformes de jeux en ligne), les formes d’agression virtuelle ont dépassé les simples insultes textuelles pour englober des dynamiques complexes d’usurpation d’identité, de harcèlement visuel, d’ostracisme numérique et d’extorsion économique d’actifs dématérialisés. L’instrument a émergé d’un vivier initial de 26 énoncés formulés à partir d’une revue systématique de la littérature et d’une cartographie conceptuelle, soumis par la suite à un processus de rétro-traduction rigoureux entre le coréen et l’anglais, puis affiné par une méthode Delphi et une évaluation du ratio de validité de contenu (CVR de Lawshe).
La structure factorielle finale comprend 14 items répartis au sein de trois dimensions distinctes mais complémentaires : la violence verbale/visuelle et l’usurpation d’identité (ou attaques verbales et sexuelles), l’exclusion relationnelle et la cyber-traque (intrusivité), ainsi que la coercition, la menace et l’extorsion numérique. Les répondants évaluent la fréquence ou l’intensité de leurs expériences vécues sur une échelle de Likert. L’évaluation psychométrique menée auprès d’une cohorte d’adolescents scolarisés à Séoul a mis en évidence une consistance interne globale satisfaisante (α = 0,80), des saturations factorielles solides (expliquant 52,96 % de la variance totale) et une adéquation structurelle robuste confirmée par modélisation d’équations structurelles (χ²/df = 2,40 ; CFI = 0,90 ; RMSEA = 0,07). L’échelle présente également une validité critériée remarquable, démontrée par des corrélations hautement significatives avec la cyberdépendance aux jeux, l’usage problématique du smartphone, la dépression, le stress perçu, ainsi qu’une corrélation négative avec l’estime de soi et l’auto-efficacité.
2. Mots-clés
Cyberharcèlement, victimisation par les pairs, psychométrie, adolescence, agression numérique, validité factorielle, exclusion sociale virtuelle, extorsion en ligne, cyber-traque, détresse psychologique, santé mentale des jeunes, modélisation par équations structurelles.
3. Auteurs
L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs spécialisés dans la protection de l’enfance, le travail social et la santé comportementale au sein de l’Université pour femmes Ewha (Ewha Womans University) à Séoul, République de Corée :
- JongSerl Chun, Ph.D. : Professeure titulaire au Département de protection sociale (Department of Social Welfare), Université pour femmes Ewha. Chercheuse principale dans l’étude des dépendances comportementales chez les adolescents, de la violence entre pairs et du bien-être psychosocial juvénile. Identifiant ORCID : 0000-0001-8288-7140. Courriel institutionnel de correspondance : [email protected]. Adresse postale : 52, Ewhayeodae-gil, Seodaemun-gu, Séoul 03760, République de Corée.
- Jinyung Kim, Ph.D. : Chercheuse et docteure au Département de protection sociale, Université pour femmes Ewha. Ses travaux portent sur les interactions médiées par le numérique, les inégalités relationnelles en ligne et la santé mentale des jeunes. Identifiant ORCID : 0000-0003-1992-0424.
- Serim Lee, M.S.W. / Ph.D. Candidate : Chercheuse associée au Département de protection sociale, Université pour femmes Ewha, spécialisée dans la victimologie numérique, la cyberintimidation scolaire et l’évaluation quantitative des programmes d’intervention sociale. Identifiant ORCID : 0000-0003-3051-6625.
4. Objectif
Le développement de la Cyberbullying Victimization Scale répond à un impératif urgent issu de la transformation des écosystèmes relationnels contemporains. Bien que de nombreuses échelles historiques de cyber-intimidation aient été conçues au cours des décennies 2000 et 2010 (notamment inspirées des travaux pionniers de Dan Olweus sur le harcèlement scolaire traditionnel), la plupart de ces outils se focalisaient exclusivement sur des canaux aujourd’hui secondaires, tels que les courriers électroniques, les forums de discussion asynchrones ou les SMS textuels de première génération. Les adolescents d’aujourd’hui évoluent dans un environnement hyper-connecté caractérisé par la primauté des réseaux sociaux visuels éphémères (Instagram, TikTok, Snapchat), des salons de discussion de groupe fermés (KakaoTalk, WhatsApp, Discord) et des métavers ou jeux multijoueurs en ligne (Roblox, League of Legends). La CVS a été spécifiquement conceptualisée pour opérationnaliser la victimisation à l’aune de ces réalités technologiques émergentes.
L’objectif fondamental de cet outil est double : fournir un cadre de dépistage empiriquement validé pour la recherche épidémiologique et comportementale, et doter les professionnels de terrain (psychologues scolaires, travailleurs sociaux, pédopsychiatres, éducateurs spécialisés) d’une mesure standardisée permettant de quantifier avec précision l’amplitude et la nature exacte des atteintes numériques subies par un jeune. Dans le domaine clinique et socio-éducatif, un instrument unidimensionnel ne permet pas d’adapter la prise en charge thérapeutique. Par exemple, la détresse causée par l’ostracisme silencieux d’un groupe de pairs (exclusion d’un groupe de discussion) ne mobilise pas les mêmes mécanismes de défense ni les mêmes interventions psycho-sociales qu’une extorsion financière continue de devises virtuelles ou la diffusion malveillante de photographies modifiées à caractère dégradant.
Sur le plan théorique, la CVS permet d’élucider les trajectoires développementales reliant l’intensité de la victimisation virtuelle à des pathologies internalisées ou externalisées majeures. Les études démontrent que la victimisation par cyberharcèlement s’articule de manière étroite avec des comorbidités graves : dépression clinique, anxiété sociale sévère, idéations suicidaires, baisse drastique de l’auto-efficacité académique et sentiment d’impuissance acquise. En quantifiant séparément la violence verbale et visuelle, l’isolement relationnel actif et les extorsions matérielles ou numériques, la CVS offre aux chercheurs la capacité d’isoler les prédicteurs spécifiques de la rupture du fonctionnement adaptatif chez l’adolescent.
5. Construit psychologique
La victimisation par cyberharcèlement est définie sur le plan psychologique comme une expérience subjective et récurrente au cours de laquelle un individu est exposé, sans son consentement et dans une dynamique d’asymétrie de pouvoir perçue, à des comportements agressifs, intimidants, intrusifs ou humiliants perpétrés au moyen de supports électroniques et de réseaux de télécommunication. Contrairement au harcèlement physique classique délimité par l’espace géographique de l’école et le temps scolaire, la victimisation numérique est omniprésente, continue et potentiellement permanente, ce qui amplifie sa charge traumatique. La CVS opérationnalise ce construit à travers trois dimensions factorielles majeures :
1. Violence verbale/visuelle et usurpation d’identité (Verbal and Sexual Attack / Verbal-Visual Violence & Identity Theft)
Cette dimension (couvrant les items 1 à 6) mesure les agressions directes et ostensibles dirigées contre l’intégrité morale, la réputation et l’image de la victime. Elle regroupe :
- L’usage d’un langage vulgaire, injurieux ou violent par messagerie instantanée ou commentaires publics.
- La propagation de ragots diffamatoires, de calomnies ou de fausses informations ciblant délibérément la victime afin de nuire à son statut social au sein du groupe de pairs.
- La manipulation malveillante d’artefacts visuels : retouche dégradante, création de montages photographiques ou vidéographiques humiliants (parodie sexuelle ou sexiste) et leur diffusion sur les réseaux sociaux.
- L’usurpation d’identité numérique (identity theft et impersonation) : création de faux profils portant le nom de la victime ou piratage de ses comptes existants pour publier des propos choquants, obscènes ou haineux en son nom, causant une stigmatisation sociale massive et immédiate.
2. Exclusion relationnelle et cyber-traque (Intrusiveness / Exclusion & Stalking)
Cette sous-échelle (items 7 à 10) appréhende la forme indirecte et insidieuse de l’agression relationnelle en ligne. Elle intègre les mécanismes d’agression sociale conceptualisés par Crick et Grotpeter, transposés aux environnements numériques :
- L’ostracisme numérique actif : exclusion délibérée d’une salle de discussion de groupe (group chat room), blocage concerté par les pairs, ou création de groupes parallèles secrets spécifiquement organisés pour isoler et médire de la victime.
- La cyber-traque et la surveillance intrusive : visites répétées, compulsives et hostiles des profils personnels de la victime par des agresseurs laissant des commentaires déplacés ou exerçant une surveillance constante (online stalking).
- La communication harcelante et persistante : envoi massif et ininterrompu de messages non sollicités, malgré les refus explicites formulés par la cible, rompant le sentiment de sanctuaire personnel du domicile.
3. Coercition, menace et extorsion numérique (Threat and Extortion / Coercion & Harassment)
Cette troisième composante (items 11 à 14) reflète l’instrumentalisation du pouvoir technologique à des fins d’exploitation matérielle, comportementale ou physique. Elle capture des transgressions d’une gravité accrue qui confinent souvent à des infractions pénales :
- L’extorsion d’actifs numériques : obligation sous la contrainte de céder des objets de jeux vidéo rares, de l’argent virtuel (cyber-currency), des cartes-cadeaux numériques ou des forfaits de données mobiles (tethering forcé de smartphone).
- La servitude ou contrainte comportementale : utilisation de canaux numériques pour forcer la victime à effectuer des corvées, des courses ou des devoirs scolaires sous la menace de représailles.
- Le chantage explicite et les menaces graves : intimidations visant la sécurité physique personnelle, l’intégrité de la famille ou la divulgation de secrets intimes sous réserve de contreparties financières ou comportementales.
6. Cadre théorique
La conception psychométrique de la CVS s’appuie sur une synthèse articulée de plusieurs théories fondamentales en psychologie du développement, en criminologie sociologique et en théorie de la communication médiée par ordinateur.
Théorie générale de la tension (General Strain Theory) de Robert Agnew
Selon la théorie générale de la tension d’Agnew (1992), les conduites inadaptées et les souffrances émotionnelles majeures chez les adolescents résultent de trois catégories de facteurs de stress (ou tensions) : l’incapacité d’atteindre des objectifs valorisés, le retrait de stimuli positifs et la présentation de stimuli nocifs ou aversifs. Dans le cadre de la victimisation numérique, la CVS mesure précisément l’irruption de stimuli hautement aversifs continus (insultes, menaces) et le retrait coercitif de ressources sociales valorisées (l’appartenance au groupe de pairs par l’ostracisme numérique). L’impossibilité d’échapper à ces tensions en raison de l’omniprésence du smartphone génère un état de détresse psychologique chronique qui alimente l’anxiété, la symptomatologie dépressive et, chez certains adolescents, des comportements compensatoires addictifs comme le jeu excessif ou la dépendance au smartphone.
Théorie des activités de routine (Routine Activity Theory)
Développée originellement par Cohen et Felson (1979) et adaptée à la cybercriminologie par des chercheurs contemporains, cette approche postule que la victimisation survient lors de la convergence spatio-temporelle de trois éléments : une cible vulnérable ou attractive, un délinquant motivé, et l’absence d’un gardien vigilant (capable guardian). Dans le cyberespace juvénile, l’absence quasi-totale de supervision adulte dans les serveurs privés de jeux ou les groupes de discussion chiffrés crée un contexte permissif. La CVS capture précisément comment la routine numérique des adolescents (partage de contenus, fréquentation d’espaces de clavardage, transactions d’items de jeux) expose structurellement leurs profils à des prédateurs ou à des pairs harceleurs motivés par la prédation sociale ou économique.
Théorie de l’agression relationnelle de Crick et Grotpeter
Les modèles traditionnels d’agression se sont longtemps focalisés sur la violence physique et verbale directe, sous-estimant la violence indirecte et manipulatrice. Les travaux de Crick et Grotpeter (1995) sur l’agression relationnelle ont démontré que la détérioration délibérée des liens sociaux d’un individu (rumeurs, isolement, exclusion) constitue une forme de violence particulièrement destructrice, notamment à l’adolescence où le groupe de pairs constitue le socle de l’identité psychosociale (Erikson). La CVS intègre pleinement ce paradigme en érigeant l’exclusion de salons de discussion et l’ostracisme en une dimension factorielle à part entière, reflétant la transposition numérique des dynamiques d’exclusion scolaire.
7. Validité
Le protocole de validation de la CVS a été rigoureusement conduit selon les normes psychométriques internationales recommandées par l’American Psychological Association (APA).
Validité de contenu (Content Validity)
La validité de contenu a fait l’objet d’un processus en plusieurs étapes. À partir d’un groupe initial de 26 items issus d’une revue exhaustive de la littérature scientifique et d’ateliers de cartographie conceptuelle, un comité d’experts en protection de l’enfance et en travail social a évalué la pertinence, la clarté et l’adéquation transculturelle de chaque énoncé. Deux cycles de consultation selon la méthode Delphi ont été menés. Les auteurs ont calculé le ratio de validité de contenu (Content Validity Ratio [CVR]) standardisé de Lawshe (1975). Compte tenu du nombre de panélistes engagés, les seuils critiques minimaux de CVR fixés à 0,49 lors du premier tour et à 0,56 lors du second tour ont conduit à la révision sémantique ou à l’élimination des items ambigus ou redondants, réduisant l’inventaire préliminaire à 17 items avant les analyses statistiques de terrain.
Validité de construit (Construct Validity)
La validité de construit a été documentée au moyen d’analyses factorielles confirmatoires (AFC). La structure tridimensionnelle à 14 items a démontré un ajustement satisfaisant aux données empiriques : le ratio du chi-carré sur les degrés de liberté (χ²/df = 2,40) s’est avéré largement inférieur au seuil critique de 3,00 préconisé par Kline (2010). L’indice de comparabilité (CFI = 0,90) et l’indice de Tucker-Lewis (TLI = 0,87) approchent les seuils standards, tandis que l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA = 0,07) se situe confortablement dans l’intervalle d’acceptabilité (valeurs inférieures à 0,08 selon MacCallum et al., 1996).
Validité critériée et corrélations externes (Criterion-Based & Convergent Validity)
La validité critériée a été solidement confirmée par l’observation de corrélations bivariées significatives (p < 0,01) entre le score total de la CVS et de multiples critères comportementaux et psychopathologiques externes :
- Addiction aux jeux en ligne et aux smartphones : Corrélations positives significatives, corroborant l’hypothèse selon laquelle une immersion compulsive dans les médias numériques accroît la vulnérabilité à la victimisation (théorie des activités de routine) ou constitue un mécanisme d’échappement mal-adaptatif suite à l’agression.
- Détresse psychologique (Dépression et Stress perçu) : Corrélations positives substantielles, démontrant la charge morbide directe que le cyberharcèlement inflige aux adolescents ciblés.
- Estime de soi et sentiment d’auto-efficacité : Corrélations négatives significatives, confirmant l’impact corrosif de la victimisation sur le sentiment de compétence personnelle et la valeur de soi globale.
8. Fidélité
L’évaluation de la fidélité de la CVS s’est articulée autour de l’analyse de sa cohérence interne à travers les coefficients de l’alpha de Cronbach (α).
Pour l’ensemble de l’échelle composée des 14 items, le coefficient global s’élève à α = 0,80, ce qui atteste d’une consistance interne élevée pour un instrument de dépistage comportemental destiné à des populations adolescentes. Lorsque l’on analyse les trois sous-dimensions isolément, les indices statistiques confirment une homogénéité satisfaisante de chacun des construits spécifiques :
- Sous-échelle 1 : Violence verbale/visuelle et usurpation d’identité (items 1 à 6) : α = 0,79. Cette dimension affiche la cohérence la plus robuste, reflétant l’interdépendance étroite entre les atteintes calomnieuses, les insultes directes et le piratage d’image.
- Sous-échelle 2 : Exclusion relationnelle et cyber-traque (items 7 à 10) : α = 0,68. Bien que modeste, cette valeur demeure acceptable dans la recherche en sciences sociales pour une sous-échelle brève de 4 items, particulièrement pour appréhender des phénomènes relationnels hétérogènes (surveillance en ligne vs exclusion de groupe de clavardage).
- Sous-échelle 3 : Coercition, menace et extorsion numérique (items 11 à 14) : α = 0,65. Ce coefficient, acceptable pour un format court, traduit le caractère moins fréquemment distribué dans la population générale de ces comportements extrêmes (menaces de mort, extorsion financière d’items), entraînant une asymétrie de distribution (effet plancher) typique des conduites de victimisation criminelle ou sévère.
Bien que les contraintes d’échantillonnage n’aient pas permis de conduire un test-retest longitudinal standardisé à l’époque de la publication princeps, les indices d’inter-corrélation item-total confirment que chaque item contribue significativement à la variance de son domaine théorique respectif sans redondance excessive.
9. Analyse factorielle
La validation empirique de l’architecture structurelle de l’instrument s’est articulée en deux phases analytiques distinctes : une analyse factorielle exploratoire (AFE) suivie d’une analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
L’AFE a été appliquée à la batterie initiale de 17 items conservés après l’analyse Delphi. En utilisant une méthode d’extraction en composantes principales avec rotation oblique (Promax), trois items présentant des saturations factorielles insuffisantes (inférieures au critère de rétention strict de 0,30) ou des saturations croisées indésirables ont été éliminés ou recombinés. Cette épuration a conduit à l’émergence d’une structure claire à trois facteurs articulée autour de 14 items :
- Facteur 1 (Attaques verbales et sexuelles / Violence verbale-visuelle) : Valeur propre (λ) = 2,80. Ce facteur principal rend compte de la part prépondérante de la variance explicative liée aux agressions explicites et dégradantes.
- Facteur 2 (Intrusivité / Exclusion et traque) : Valeur propre (λ) = 2,43. Ce facteur structure les comportements de marginalisation et d’intrusion dans la sphère privée.
- Facteur 3 (Menace et extorsion / Coercition) : Valeur propre (λ) = 2,19. Il isole distinctement les actes de chantage et d’extorsion matérielle ou virtuelle.
Au total, ces trois facteurs expliquent cumulativement 52,96 % de la variance totale du modèle, ce qui dépasse le seuil habituel de 50 % exigé en psychométrie pour valider la représentativité structurelle d’une échelle multidimensionnelle.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’AFC a été mise en œuvre pour tester l’adéquation formelle de ce modèle tri-factoriel aux données empiriques. Le modèle ajusté a produit les indices d’ajustement suivants :
- Chi-carré du modèle : χ² = 175,07 avec 73 degrés de liberté (df).
- Ratio de parcimonie : χ²/df = 2,40 (inférieur au seuil recommandé de 3,00, indiquant une bonne parcimonie).
- Indice d’ajustement normé (NFI) : 0,84.
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : 0,87.
- Indice de comparaison d’adéquation (CFI) : 0,90 (atteignant le seuil standard de bon ajustement selon Kline, 2010).
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : 0,07 (avec un intervalle de confiance démontrant un ajustement acceptable selon MacCallum et al., 1996).
Les auteurs ont néanmoins souligné une réserve méthodologique : en raison des restrictions sanitaires sévères liées à la pandémie de COVID-19 lors du recueil de données, l’AFE et l’AFC ont été conduites sur un même échantillon combiné. Conformément aux recommandations méthodologiques contemporaines (ex. Lorenzo-Seva, 2021), la communauté scientifique est invitée à répliquer ces analyses sur des échantillons indépendants et transnationaux pour asseoir la robustesse invariante de l’outil.
10. Instrument de mesure
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (auto-rapporté).
- Nombre d’items : 14 items psychométriques validés.
- Population cible : Adolescents âgés de 13 à 17 ans (filles et garçons, scolarisés en collège ou lycée).
- Langues disponibles : Version originale en coréen ; version de référence internationale en anglais.
- Format de réponse : Échelle de Likert en 5 points :
1 = Strongly disagree(Pas du tout d’accord / Jamais),
2 = Disagree(Pas d’accord / Rarement),
3 = Neutral(Neutre / Parfois),
4 = Agree(D’accord / Souvent),
5 = Strongly agree(Tout à fait d’accord / Toujours au cours des 6 derniers mois).
(Alternativement codée en 4 points dans certaines applications d’évaluation de la fréquence : 1 = Never, 2 = Sometimes, 3 = Often, 4 = Everyday). - Sous-échelles et répartition des items :
- Violence verbale/visuelle et usurpation d’identité (Items 1 à 6) : Mesure les attaques textuelles insultantes, les rumeurs en ligne, la retouche malveillante de photos/vidéos et l’usurpation de compte ou d’identité.
- Exclusion et cyber-traque (Items 7 à 10) : Mesure l’ostracisme au sein des groupes de discussion, le blocage relationnel volontaire, la surveillance intrusive et les sollicitations harcelantes répétées.
- Coercition et harcèlement (Items 11 à 14) : Mesure l’extorsion de biens ou devises de jeu, le partage forcé de données mobiles, la contrainte à exécuter des corvées et les chantages ou menaces explicites.
- Modalités de cotation et de calcul des scores :
- Aucun item inversé (pas de cotation inversée) ; tous les items sont orientés positivement dans le sens de la victimation.
- Les scores peuvent être calculés par addition brute des points (somme globale variant de 14 à 70 sur l’échelle en 5 points) ou par calcul de la moyenne générale (de 1,00 à 5,00) et des moyennes spécifiques pour chacune des trois sous-échelles.
- Un score élevé traduit une sévérité et une fréquence accrues des préjudices subis dans le cadre du cyberharcèlement.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication princeps : 2023 (accepté en 2022 et publié dans le volume 144 de Children and Youth Services Review).
- Droits d’utilisation et permissions : L’échelle est disponible gratuitement à des fins de recherche scientifique non commerciale, de pratique clinique et d’évaluation pédagogique, sous réserve de citer formellement la publication princeps des auteurs (Chun et al., 2023).
- Exploitation commerciale : Toute intégration au sein d’une plateforme logicielle commerciale, d’un outil de dépistage payant ou d’une application lucrative nécessite une convention de licence expresse auprès des auteurs titulaires des droits patrimoniaux et de l’éditeur Elsevier.
- Coût d’utilisation : Gratuit (Free of charge) pour l’enseignement et la recherche académique.
12. Références
Les publications scientifiques fondamentales fondant le développement, la validation et le cadre théorique de la CVS comprennent :
- Agnew, R. (1992). Foundation for a general strain theory of crime and delinquency. Criminology, 30(1), 47–87. https://doi.org/10.1111/j.1745-9125.1992.tb01093.x
- Chun, J., Kim, J., & Lee, S. (2023). Development of a cyberbullying victimization scale for adolescents in South Korea. Children and Youth Services Review, 144, 1–10. Article 106744. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2022.106744
- Cohen, L. E., & Felson, M. (1979). Social change and crime rate trends: A routine activity approach. American Sociological Review, 44(4), 588–608. https://doi.org/10.2307/2094589
- Crick, N. R., & Grotpeter, J. K. (1995). Relational aggression, gender, and social-psychological adjustment. Child Development, 66(3), 710–722. https://doi.org/10.2307/1131945
- Kim, E. S. (2017). Structural equation modeling with Mplus: Basic to advanced techniques. Seoul: Hannarae Publishing.
- Kline, R. B. (2010). Principles and practice of structural equation modeling (3rd ed.). Guilford Press.
- Lawshe, C. H. (1975). A quantitative approach to content validity. Personnel Psychology, 28(4), 563–575. https://doi.org/10.1111/j.1744-6570.1975.tb01393.x
- Lorenzo-Seva, U. (2021). The cross-validation of factor structures: A note on when it is safe to split a single sample into two parts. Psicothema, 33(3), 488–493. https://doi.org/10.7334/psicothema2020.485
- MacCallum, R. C., Browne, M. W., & Sugawara, H. M. (1996). Power analysis and determination of sample size for covariance structure modeling. Psychological Methods, 1(2), 130–149. https://doi.org/10.1037/1082-989X.1.2.130
- Olweus, D. (1993). Bullying at school: What we know and what we can do. Blackwell Publishing.
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale:
5-point Likert scale: 1 = Strongly disagree, 2 = Disagree, 3 = Neutral, 4 = Agree, 5 = Strongly agree (or 1 = Never, 2 = Rarely, 3 = Sometimes, 4 = Often, 5 = Always in the past 6 months)
Subdimension 1: Verbal/visual violence and identity theft
- Someone used vulgar language, cursed, or used abusive language toward me on the internet or via text message.
- Someone posted humiliating or mocking comments, photos, or videos of me on the internet.
- Someone posted rumors or false information about me on the internet or via text message.
- Someone altered or maliciously edited my photos or videos and distributed them online.
- Someone impersonated me by creating an account in my name or using my profile on the internet.
- Someone stole my personal information or account to post things pretending to be me.
Subdimension 2: Exclusion and stalking
- Someone intentionally kicked me out of an online group chat room or unfriended/blocked me to isolate me.
- Someone created an online group chat room with others and deliberately left me out to ostracize me.
- Someone visited my social media accounts repeatedly to leave harassing comments or monitor me.
- Someone sent me unwanted messages or contacted me repeatedly even after I asked them to stop.
Subdimension 3: Coercion and harassment
- Someone forced me to send them online game items, cyber money, or digital gift cards.
- Someone forced me to share my data, tethering, or smartphone privileges against my will.
- Someone forced me to do chores or run errands through online messaging or text messages.
- Someone threatened or blackmailed me through the internet or text messages to do something against my will.