1. Résumé / Abstract
L’Échelle de timidité (connue dans la littérature scientifique anglophone sous le nom de Shyness Scale ou McCroskey Shyness Scale, abrégée SS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation développé par les chercheurs en sciences de la communication James C. McCroskey et Virginia P. Richmond en 1982. Conçue initialement pour répondre à des confusions théoriques et méthodologiques majeures au sein de la recherche en communication et de la psychologie sociale, l’échelle se donne pour objectif central de mesurer la timidité comprise au sens strictement comportemental, à savoir la réduction ou l’inhibition effective de la production verbale (reduced talking behavior). Contrairement à de multiples inventaires contemporains — tels que l’échelle de timidité de Cheek et Buss — qui agrègent indistinctement l’anxiété sociale, l’affect d’appréhension et le comportement moteur, la SS isole délibérément le comportement manifeste de prise de parole.
L’instrument est composé de 14 items formulés sous forme d’énoncés affirmatifs concis, évaluant la propension de l’individu à parler fréquemment, à rester silencieux ou à être perçu comme taciturne ou timide par autrui dans divers contextes d’interaction (en classe, en petits groupes ou de manière générale). Les réponses sont recueillies sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree). Le protocole de cotation intègre sept items formulés positivement dans le sens de la timidité/du mutisme et sept items inversés traduisant la loquacité, combinés au sein d’une formule linéaire générant un score global compris entre 14 et 70 points.
Sur le plan métrologique, l’Échelle de timidité démontre d’excellentes qualités psychométriques. Sa consistance interne s’avère exceptionnellement élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach systématiquement supérieurs à 0,90 (généralement compris entre 0,91 et 0,94) dans des populations estudiantines et adultes diversifiées. La structure factorielle univariée démontre une robustesse remarquable à travers les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires. Par ailleurs, les études de validité discriminante confirment avec force l’indépendance de ce construit vis-à-vis de l’appréhension de la communication (Communication Apprehension, mesurée par la PRCA-24) et de la disposition à communiquer (Willingness to Communicate, WTC), consolidant son statut d’outil de référence en psychométrie comportementale.
2. Mots-clés / Keywords
Timidité, Shyness Scale, McCroskey, comportement verbal, appréhension de la communication, évaluation psychométrique, retrait communicatif, psychologie de la communication, fidélité de test, validité discriminante, inhibition sociale, mesure de soi.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de timidité a été conceptualisée, validée et publiée conjointement par deux éminents spécialistes de la communication interpersonnelle et pédagogique :
- James C. McCroskey, Ed.D. (1934–2012) : Professeur émérite au département d’études de la communication de la West Virginia University (Morgantown, Virginie-Occidentale, États-Unis), ancien titulaire de chaires universitaires à la University of Alabama et à la Michigan State University. Pionnier international de la recherche sur l’appréhension de la communication, auteur de plus de 200 articles scientifiques fondamentaux et de multiples instruments psychométriques universellement reconnus (dont la PRCA, la WTC et la SS).
- Virginia P. Richmond, Ph.D. : Professeure émérite de communication à la West Virginia University et directrice de recherche associée à la University of Alabama at Birmingham. Figure centrale des études sur l’interaction pédagogique, la communication non-verbale et l’assertivité communicative, co-auteure avec James McCroskey de nombreux traités de référence sur les dynamiques émotionnelles et comportementales dans l’enseignement et le milieu professionnel.
Correspondance académique historique : Department of Communication Studies, West Virginia University, Morgantown, WV 26506, États-Unis. Les travaux et outils dérivés sont documentés via les archives institutionnelles de l’International Communication Association (ICA) et de la National Communication Association (NCA).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental poursuivi par James C. McCroskey et Virginia P. Richmond lors de l’élaboration de la Shyness Scale était de résoudre une impasse conceptuelle majeure qui paralysait l’étude de l’inhibition sociale au tournant des années 1970 et 1980. À cette époque, la littérature psychologique assimilait indistinctement la « timidité » à l’anxiété sociale, à la peur d’autrui ou à la phobie de prise de parole en public. Cette confusion terminologique et opératoire conduisait à la création d’échelles de mesure composites et hybrides où des items d’anxiété physiologique (« Mon cœur bat fort lorsque je parle »), des items cognitifs (« J’ai peur d’être jugé négativement ») et des items comportementaux (« Je parle peu ») étaient additionnés pour produire un score composite non interprétable.
Pour McCroskey et Richmond, cette hybridité représentait un écueil psychométrique fatal. Deux individus obtenant un score identique sur une échelle composite de timidité pouvaient présenter des profils psychologiques diamétralement opposés : l’un pouvait éprouver une anxiété débilitante tout en continuant à parler par obligation professionnelle ou sociale, tandis que l’autre pouvait être parfaitement calme et serein sur le plan émotionnel mais choisir délibérément de s’exprimer avec parcimonie en raison d’une orientation introvertie ou d’un style interactif réservé. La Shyness Scale a donc été conçue dans un but de clarification opérationnelle stricte : isoler et mesurer le comportement réel ou perçu de réticence verbale (actual communication behavior of reduced talking).
Applications en contexte de recherche et en psychologie clinique
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée en sciences sociales, la SS remplit plusieurs fonctions critiques :
- Dissociation empirique des construits : Elle permet aux chercheurs de vérifier empiriquement les interactions dynamiques entre l’état affectif interne (la peur d’échanger, mesurée par l’appréhension de la communication), la volition psychologique (l’intention de converser, captée par la Willingness to Communicate) et l’action comportementale finale (la quantité d’émissions verbales).
- Recherche pédagogique et sciences de l’éducation : L’instrument est fréquemment déployé pour examiner l’impact du mutisme et du faible engagement discursif de l’apprenant sur l’acquisition des compétences, les perceptions d’incompétence attribuées par les enseignants et l’isolement au sein des travaux de sous-groupes académiques.
- Psychologie organisationnelle et communication en entreprise : Dans les équipes de travail, l’échelle permet d’analyser la contribution effective aux séances de remue-méninges (brainstorming), la prise de parole critique face à la hiérarchie et les styles de leadership émergents. Les scores permettent d’identifier les collaborateurs réticents verbalement sans supposer à tort qu’ils souffrent d’une pathologie anxieuse.
- Évaluation clinique et psycho-éducative : Bien que non destinée au diagnostic nosographique du trouble d’anxiété sociale tel que décrit dans le DSM-5, la SS constitue un outil d’anamnèse précieux pour calibrer les interventions thérapeutiques cognitives et comportementales. Elle permet de savoir si l’intervention doit se concentrer sur la désensibilisation à l’anxiété ou sur l’entraînement aux habiletés de communication et l’entraînement comportemental à l’affirmation verbale.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la Shyness Scale est spécifiquement défini par McCroskey et Richmond comme la tendance individuelle générale à manifester un comportement caractérisé par un faible niveau de verbalisation, de la retenue dans le discours et une propension à demeurer silencieux dans les situations sociales ordinaires. Il s’agit d’un construit unidimensionnel axé sur la composante comportementale observable (ou auto-rapportée) de l’acte communicatif.
Pour appréhender adéquatement ce construit, il convient de le situer au sein de la triade conceptuelle formulée par les auteurs :
- L’appréhension de la communication (CA – Communication Apprehension) : Définit une réponse affective cognitivement médiée, caractérisée par la peur, l’angoisse ou l’activation neuro-végétative associée à une interaction communicationnelle réelle ou anticipée. Il s’agit d’un état ou trait affectif.
- La disposition à communiquer (WTC – Willingness to Communicate) : Réfère à l’orientation cognitive et motivationnelle d’un sujet le poussant à initier une communication verbale lorsqu’il dispose du libre choix de le faire. Il s’agit d’une dimension volitionnelle.
- La timidité comportementale (SS – Shyness) : Représente l’aboutissement effectif au niveau du comportement moteur vocal, à savoir le parler peu (quietness) opposé à la loquacité (talkativeness). Il s’agit d’un construit comportemental.
La distinction psychologique est illustrée par les patterns différentiels suivants : une personne peut présenter une forte appréhension mais une faible timidité comportementale si des impératifs professionnels l’obligent à parler continuellement malgré son angoisse intense (cas classique de certains acteurs ou politiciens). À l’inverse, un individu peut afficher un niveau élevé de timidité selon la SS — restant silencieux en groupe ou en classe — tout en ne ressentant aucune peur physiologique ni gêne psychologique, trouvant simplement un confort personnel dans l’écoute réflexive et le silence.
Facettes opérationnelles captées par les 14 items
Bien que l’échelle demeure structurellement univariée, les items échantillonnent de manière équilibrée trois sous-composantes empiriques de l’expérience comportementale du sujet :
- L’auto-perception de la volubilité versus du silence personnel : Exploration de la manière dont l’individu évalue son débit discursif global et son profil d’expression spontanée (ex. item 3 : « I am a very talkative person » vs item 9 : « I am a quiet person »). L’individu évalue si la retenue constitue son mode opératoire par défaut.
- La perception sociale spéculaire (le regard d’autrui) : Évaluation de l’image de communicateur renvoyée par l’environnement social immédiat (ex. item 2 : « Other people think I talk a lot » vs item 12 : « Other people think I am very quiet »). Cette facette intègre la métaperception sociale comme miroir de la timidité comportementale.
- La contextualisation écologique (classes et petits groupes) : Évaluation de la parole en situation formelle ou collective spécifique (ex. item 6 : « I tend to be very quiet in class » et item 10 : « I talk more in a small group (3-6) than others do »). Ces contextes sont critiques car ils confrontent directement la tendance individuelle aux normes de participation sociale.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique soutenant la Shyness Scale puise ses racines dans le paradigme cognitivo-comportemental et les théories contemporaines de la communication humaine développées au cours du XXe siècle. Il s’articule autour de trois piliers conceptuels fondamentaux : la distinction entre cognition, affect et comportement, le modèle de l’inhibition communicative et la théorie des traits interactifs.
La tripartition classique : Affect, Cognition, Comportement
Historiquement influencés par les travaux de la psychologie sociale d’inspiration allportienne et les modèles tripartites des attitudes (Rosenberg & Hovland, 1960), McCroskey et Richmond soutiennent qu’une mesure psychologique n’a de sens que si elle distingue avec précision :
- Ce que le sujet ressent (la dimension affective, incarnée par la peur d’autrui).
- Ce que le sujet pense ou décide (la dimension cognitive/volitionnelle).
- Ce que le sujet fait concrètement (la dimension comportementale manifeste).
En analysant les instruments historiques de la timidité, tels que l’inventaire de Cheek et Buss (1981) ou les premiers questionnaires de Philip Zimbardo issus du Stanford Shyness Project, McCroskey et Richmond ont souligné une contamination sévère des échelles par des énoncés de détresse physiologique (tremblements, palpitations) et de dévalorisation de soi. Pour les auteurs, nommer « timidité » une mesure qui capte principalement l’inconfort somatique fausse la compréhension théorique des interactions humaines. En isolant le comportement de parole réduite, la SS s’ancre dans une théorie de la performance verbale observable.
La perspective dispositionnelle versus situationnelle
La SS s’inscrit également dans le modèle des traits de personnalité formulé en psychologie différentielle (se rapprochant des travaux de Hans Eysenck sur l’introversion-extraversion). Dans ce cadre, la loquacité n’est pas simplement un produit circonstanciel éphémère ; elle reflète une propension durable ancrée dans le tempérament biologique et les apprentissages sociaux précoces. McCroskey postulait que le niveau d’expression verbale d’un individu constitue un trait stable qui traverse les environnements sociaux, même si certains contextes spécifiques (tels que la taille du groupe ou l’évaluation formelle de la classe) peuvent en moduler l’intensité.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité de l’Échelle de timidité ont fait l’objet d’investigations poussées, confirmant l’exactitude de son calibrage et son adéquation théorique.
Validité de contenu et validité apparente (Face Validity)
La validité apparente de la SS est qualifiée d’exceptionnelle par la littérature spécialisée. Les items possèdent une clarté sémantique immédiate, exempte de jargon clinique ou d’ambiguïté linguistique. Chaque énoncé se concentre directement sur le fait de parler beaucoup, de parler peu, de se considérer comme timide ou d’être perçu comme silencieux. Aucun item n’interroge les symptômes somatiques de l’angoisse (sueurs, tachycardie, tremblements) ni les ruminations cognitives dépréciatives, garantissant que le contenu opérationnel correspond sans équivoque au construit ciblé.
Validité convergente et discriminante
La pierre angulaire de la validation de la SS réside dans sa validité discriminante par rapport aux échelles concurrentes et complémentaires de l’appréhension et de la disposition à communiquer :
- Corrélation avec l’appréhension de la communication (PRCA-24) : Les études menées par McCroskey et Richmond (1982) sur de larges cohortes universitaires révèlent des corrélations modérées, généralement comprises entre r = 0,35 et r = 0,45. Ces corrélations indiquent que si les deux phénomènes peuvent parfois coexister, ils ne partagent que 12 % à 20 % de variance commune. La timidité comportementale n’est donc en aucun cas un simple synonyme de l’anxiété de parole.
- Corrélation avec l’échelle de Cheek et Buss : Lorsque la SS est corrélée avec des instruments mesurant la timidité sous un angle émotionnel/anxieux, les corrélations oscillent entre 0,40 et 0,55, démontrant à nouveau que la composante comportementale se sépare nettement de l’inhibition affective.
- Corrélation avec la disposition à communiquer (WTC) : Les corrélations entre la SS et la WTC sont négatives et substantielles (souvent comprises entre r = -0,40 et r = -0,60), confirmant qu’une orientation favorable à initier des échanges est inversement associée au comportement de mutisme et de timidité.
Validité prédictive et critérielle
Dans des contextes expérimentaux d’observation comportementale, la SS démontre une excellente validité prédictive. Dans des études où le temps de parole effectif des participants est chronométré lors de discussions de groupe non structurées, le score à la Shyness Scale prédit de manière significative :
- Le nombre total de mots émis et la durée cumulée de parole (corrélations négatives de l’ordre de r = -0,50 à -0,62).
- La fréquence des interruptions et des prises de tour de parole spontanées.
- Les évaluations sociométriques d’influence et de leadership informel attribuées par les pairs à l’issue de la tâche collective.
8. Fidélité / Reliability
L’Échelle de timidité de McCroskey présente des indices de fidélité métrologique parmi les plus élevés de la discipline des sciences de la communication, surpassant régulièrement les critères d’excellence établis par les standards psychométriques de l’American Psychological Association (APA).
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude princeps de McCroskey et Richmond (1982), l’estimation de la consistance interne via le coefficient alpha de Cronbach a systématiquement excédé le seuil critique de α = 0,90. Des réplications indépendantes conduites tout au long des décennies 1980, 1990 et 2000 sur des échantillons variant de 200 à plus de 2 500 répondants ont rapporté des valeurs alpha stables :
- Échantillons universitaires nord-américains généraux : α compris entre 0,91 et 0,94.
- Échantillons d’adultes en milieu organisationnel : α = 0,92.
- Évaluations interculturelles (versions adaptées) : α oscillant généralement entre 0,88 et 0,93.
Ces coefficients remarquables attestent d’une très forte homogénéité des 14 items, démontrant que l’ensemble des énoncés converge de façon synchrone vers l’évaluation de la retenue verbale.
Fidélité temporelle (Test-Retest)
Les investigations portant sur la stabilité temporelle de la mesure ont confirmé la nature de trait attribuée au construit comportemental mesuré par la SS :
- Sur un intervalle temporel de deux à trois semaines, les coefficients de corrélation test-retest se situent entre r = 0,85 et r = 0,89.
- Sur des périodes prolongées de trois à six mois en milieu académique sans intervention pédagogique particulière, la fidélité test-retest demeure robuste avec des indices compris entre r = 0,78 et r = 0,84.
Ces données confirment que la perception de son propre volume discursif et de sa timidité comportementale reste stable dans le temps chez l’adulte en l’absence de thérapie ciblée ou de modifications contextuelles majeures.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la Shyness Scale a fait l’objet de rigoureuses analyses statistiques, tant au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) que d’analyses factorielles confirmatoires (AFC).
Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Lors des travaux initiaux d’extraction factorielle (utilisant la méthode des composantes principales avec rotation varimax et oblimin), les données démontrent de manière systématique l’émergence d’un seul facteur dominant expliquant entre 50 % et 62 % de la variance totale des réponses selon les échantillons. Ce facteur unique unifie les énoncés traduisant la loquacité et ceux traduisant le silence :
- Saturations des items directs de réserve/timidité (items 1, 4, 6, 7, 9, 11, 12) : Saturations factorielles positives fortes, comprises entre 0,65 et 0,84. L’item 7 (« I don’t talk much ») et l’item 9 (« I am a quiet person ») présentent généralement les poids factoriels les plus élevés (> 0,80).
- Saturations des items inversés de loquacité (items 2, 3, 5, 8, 10, 13, 14) : Saturations factorielles négatives élevées (ou positives après recodage), variant entre -0,62 et -0,81. L’item 3 (« I am a very talkative person ») et l’item 5 (« I talk a lot ») s’avèrent d’excellents indicateurs discriminants du pôle opposé.
Bien que certains modèles à deux composantes fassent parfois émerger un facteur d’« orientation générale au silence » et un facteur de « volubilité sociale perçue », la corrélation très élevée entre ces deux facteurs hypothétiques (r > 0,70) justifie pleinement le maintien d’une structure strictement unidimensionnelle, privilégiant la parcimonie et la robustesse statistique.
Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Les modélisations contemporaines par équations structurelles (SEM) ont testé l’adéquation du modèle unifactoriel sur des cohortes élargies. Les indices d’ajustement couramment rapportés corroborent la validité du modèle univarié :
- Indice de comparaison de Bentler (CFI – Comparative Fit Index) : > 0,93.
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : > 0,92.
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA – Root Mean Square Error of Approximation) : généralement comprise entre 0,052 et 0,068 (avec intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,08).
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : < 0,050.
Ces données démontrent que le modèle à un seul facteur théorique reflétant la timidité comportementale rend compte de façon satisfaisante des corrélations empiriques observées entre l’ensemble des 14 items.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle de timidité (SS) de McCroskey est un inventaire auto-rapporté en passation papier-crayon ou numérique. Ses spécifications techniques sont détaillées ci-dessous :
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation comportementale (Self-report measure).
- Durée approximative de passation : 3 à 5 minutes.
- Format des items : 14 affirmations courtes formulées à la première personne ou portant sur l’attribution faite par autrui.
- Format d’échelle de réponse : Échelle de Likert en 5 points avec ancrage catégoriel complet :
- 1 = Pas du tout d’accord (Strongly Disagree)
- 2 = En désaccord (Disagree)
- 3 = Neutre (Neutral)
- 4 = D’accord (Agree)
- 5 = Tout à fait d’accord (Strongly Agree)
- Architecture des items :
- Items directs mesurant la timidité / le silence : Items 1, 4, 6, 7, 9, 11 et 12 (7 items).
- Items inversés mesurant la volubilité / l’aisance : Items 2, 3, 5, 8, 10, 13 et 14 (7 items).
- Algorithme et formule de cotation :
Le calcul du score global de timidité s’opère rigoureusement en trois étapes arithmétiques :
- Étape 1 : Sommer les scores bruts attribués aux items directs (1, 4, 6, 7, 9, 11 et 12). Soit : Total_1 = Score(1) + Score(4) + Score(6) + Score(7) + Score(9) + Score(11) + Score(12).
- Étape 2 : Sommer les scores bruts attribués aux items inversés (2, 3, 5, 8, 10, 13 et 14). Soit : Total_2 = Score(2) + Score(3) + Score(5) + Score(8) + Score(10) + Score(13) + Score(14).
- Étape 3 : Appliquer la formule de balance linéaire conçue par les auteurs :
Score global de timidité = 42 + Total_1 − Total_2
- Étendue théorique et seuils d’interprétation :
- Étendue des scores possibles : Le score global théorique varie de 14 à 70 (le score minimal théorique survient lorsque Total_1 = 7 et Total_2 = 35 : 42 + 7 – 35 = 14 ; le score maximal lorsque Total_1 = 35 et Total_2 = 7 : 42 + 35 – 7 = 70).
- Niveau faible de timidité (haute volubilité) : Score inférieur à 32. Les individus dans cette catégorie communiquent abondamment, sont très participatifs et sont perçus comme très loquaces.
- Niveau modéré de timidité (volubilité moyenne) : Score compris entre 32 et 52. Représente le profil normatif médian au sein duquel la parole s’adapte aux contraintes sociales ordinaires.
- Niveau élevé de timidité (mutisme / forte inhibition verbale) : Score supérieur à 52. Indique une réticence verbale marquée, un comportement de silence persistant et une forte identification subjective au statut de personne timide.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Échelle de timidité a été officiellement publiée en 1982 par James C. McCroskey et Virginia P. Richmond dans leur article fondateur intitulé « Communication apprehension and shyness: Conceptual and operational distinctions », paru dans le Central States Speech Journal.
Statut des droits d’auteur, coûts et conditions d’utilisation
- Tarif d’utilisation : Gratuit (aucun droit financier ou redevance commerciale requis pour un usage académique).
- Politique de licence et de diffusion : James C. McCroskey et ses collaborateurs ont consacré leur carrière à la promotion de l’accès libre aux instruments de recherche en communication. L’Échelle de timidité fait partie des instruments placés dans le domaine public à des fins d’enseignement, d’études cliniques et de recherche scientifique non commerciale.
- Conditions préalables : Les chercheurs et praticiens sont autorisés à reproduire, traduire et administrer l’instrument sans demande d’autorisation formelle écrite préalable, à la condition expresse de citer de manière complète et appropriée la publication originale de McCroskey et Richmond (1982) dans tous les rapports, thèses et publications scientifiques qui en découlent.
- Utilisation commerciale : Toute intégration de l’échelle au sein d’une plateforme d’évaluation commerciale propriétaire, d’un progiciel payant de recrutement ou d’une offre commerciale de coaching professionnel nécessite la vérification des droits résiduels auprès des ayants droit ou des éditeurs de la publication d’origine.
12. Références / References
Les publications fondamentales et contemporaines suivantes soutiennent l’appareillage théorique et les métriques de la Shyness Scale :
- Cheek, J. M., & Buss, A. H. (1981). Shyness and sociability. Journal of Personality and Social Psychology, 41(2), 330–339. https://doi.org/10.1037/0022-3514.41.2.330
- McCroskey, J. C. (1977). Oral communication apprehension: A summary of recent theory and research. Human Communication Research, 4(1), 78–96. https://doi.org/10.1111/j.1468-2958.1977.tb00599.x
- McCroskey, J. C., & Richmond, V. P. (1982). Communication apprehension and shyness: Conceptual and operational distinctions. Central States Speech Journal, 33(3), 458–468. https://doi.org/10.1080/10510978209388452
- McCroskey, J. C., & Richmond, V. P. (1990). Willingness to communicate: Differing cultural perspectives. Southern Communication Journal, 56(1), 72–77. https://doi.org/10.1080/10417949009372817
- Richmond, V. P., & McCroskey, J. C. (1998). Communication: Apprehension, avoidance, and effectiveness (5th ed.). Allyn & Bacon.
- Rosenberg, M. J., & Hovland, C. I. (1960). Cognitive, affective, and behavioral components of attitudes. In C. I. Hovland & M. J. Rosenberg (Eds.), Attitude organization and change: An analysis of consistency among attitude components (pp. 1–14). Yale University Press.
- Zimbardo, P. G. (1977). Shyness: What it is, what to do about it. Addison-Wesley.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Directions: Below are fourteen statements that people sometimes make about themselves. Please indicate whether or not you believe each statement applies to you by marking whether you:
- I am a shy person.
- Other people think I talk a lot.
- I am a very talkative person.
- Other people think I am shy.
- I talk a lot.
- I tend to be very quiet in class.
- I don’t talk much.
- I talk more than most people.
- I am a quiet person.
- I talk more in a small group (3-6) than others do.
- Most people talk more than I do.
- Other people think I am very quiet.
- I talk more in class than most people do.
- Most people are more shy than I am.