Échelle de tension de rôle travail-famille

L’Échelle de tension de rôle travail-famille (Job-Family Role Strain Scale), conçue par Bohen et Viveros-Long (1981), évalue le stress lié à la conciliation emploi-famille.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 16, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 16, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de tension de rôle travail-famille (initialement intitulée Job-Family Role Strain Scale) est un instrument psychométrique développé par Halcyone H. Bohen et Anamaria Viveros-Long en 1981, dans le cadre de leurs travaux fondateurs consacrés aux dynamiques de conciliation entre vie professionnelle et responsabilités domestiques. Cet instrument d’évaluation quantitative a été conçu pour mesurer la fréquence à laquelle les individus, plus particulièrement les parents actifs, ressentent du stress psychologique, de la surcharge et des tensions issues de l’articulation de leurs obligations d’emploi et de leurs rôles parentaux et familiaux. Composée à l’origine de 19 items, l’échelle examine de multiples facettes de la tension de rôle, incluant l’ambiguïté des normes, la surcharge de rôle (role overload), le manque de congruence entre la personnalité et les attentes sociales, l’insuffisance des ressources temporelles et matérielles pour répondre aux exigences des rôles, la faiblesse des gratifications associées à la conformité aux rôles, ainsi que les conflits normatifs inter-rôles.

Les participants répondent à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Always » / Toujours) à 5 (« Never » / Jamais), permettant d’apprécier la récurrence des états de détresse, d’épuisement émotionnel et de déséquilibre temporel. Sur le plan psychométrique, l’instrument présente des qualités exceptionnelles et robustes, validées par de multiples investigations empiriques d’envergure menées notamment par Linda Duxbury, Christopher Higgins et leurs collaborateurs. La cohérence interne est systématiquement élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre .88 et .91 selon les échantillons de travailleurs (Duxbury & Higgins, 1991 ; Higgins, Duxbury, & Irving, 1992 ; Thomas & Ganster, 1995). La validité discriminante a démontré que la tension de rôle travail-famille se distingue empiriquement du conflit de travail, du conflit familial et des niveaux d’implication dans chacun de ces domaines. L’échelle est corrélée positivement avec les symptômes dépressifs, la charge mentale et les attentes professionnelles, et négativement avec la satisfaction au travail, la satisfaction de vie globale et la qualité perçue de la vie familiale.

2. Mots-clés / Keywords

Tension de rôle, conflit travail-famille, surcharge de rôle, psychométrie, stress au travail, conciliation travail-famille, épuisement professionnel, rôles sociaux, santé au travail, psychologie organisationnelle, équilibre vie professionnelle-vie privée, parentalié et emploi.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et formalisée par :

  • Halcyone H. Bohen, Ph.D. : Chercheuse en politiques sociales, sociologie de la famille et études de genre. Ses travaux ont porté sur l’impact des politiques d’entreprise, notamment les horaires flexibles, sur la dynamique des foyers modernes et le bien-être parental. Ses recherches ont été hébergées et subventionnées par des organismes dédiés à l’analyse des politiques publiques et de l’équité familiale aux États-Unis.
  • Anamaria Viveros-Long, Ph.D. : Sociologue et analyste des politiques institutionnelles, spécialisée dans les interactions entre structures d’emploi, développement communautaire et bien-être des femmes en milieu professionnel. Ses contributions empiriques ont été déterminantes pour établir des métriques d’évaluation dans les agences fédérales et les contextes organisationnels américains.

Le travail séminal des auteures a été publié en 1981 sous l’égide de la Temple University Press au sein de l’ouvrage académique de référence Balancing Jobs and Family Life: Do Flexible Work Schedules Help?.

4. Objectif / Purpose

L’objectif central de l’Échelle de tension de rôle travail-famille est de quantifier de manière standardisée, fiable et reproductible l’intensité subjective du fardeau ressenti par les individus confrontés à des exigences simultanées et potentiellement contradictoires émanant de la sphère professionnelle et de la sphère familiale. Au moment de sa création au début des années 1980, le marché de l’emploi connaissait une transformation structurelle majeure caractérisée par l’entrée massive des femmes mariées et des mères de famille dans la population active, l’émergence des ménages à double revenu et l’augmentation des familles monoparentales. Les modèles traditionnels de division sexuée du travail étaient dès lors remis en question, générant des tensions psychologiques inédites.

Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée en psychologie du travail et des organisations, l’instrument répond au besoin de dépasser les simples constats descriptifs sur le temps de travail pour pénétrer l’expérience vécue de la friction inter-rôles. L’échelle mesure explicitement pourquoi et comment les contraintes professionnelles empiètent sur le bien-être familial, et comment le sentiment d’insuffisance ou d’incapacité à satisfaire à la fois les normes d’un « bon travailleur » et celles d’un « bon parent » engendre un épuisement psychologique chronique.

Sur le plan clinique, diagnostique et organisationnel, l’outil sert plusieurs visées fondamentales :

  • Évaluation de l’efficacité des interventions institutionnelles : L’instrument a été spécifiquement développé pour évaluer si des aménagements tels que les horaires variables (flextime), la réduction du temps de travail ou les services de garde d’enfants atténuent réellement la détresse perçue par les employés.
  • Dépistage des risques psychosociaux : En contexte de médecine du travail et de consultation en santé mentale, l’échelle permet d’identifier les salariés à risque d’épuisement professionnel (burnout), de troubles anxieux et de dépression liés à l’incompatibilité de leurs engagements vitaux.
  • Diagnostic organisationnel et climat social : Les gestionnaires des ressources humaines et les psychologues organisationnels utilisent cette mesure pour auditer la culture d’entreprise, identifier les poches de surmenage et évaluer l’alignement entre les politiques de soutien à la famille proclamées et la réalité vécue par le personnel.

5. Construit psychologique / Construct

Le concept central mesuré par l’échelle est la tension de rôle (role strain), défini comme le ressenti d’inconfort, de malaise, de pression ou d’épuisement psychologique et physiologique éprouvé par un acteur social lorsqu’il tente de se conformer aux attentes associées à un ou plusieurs rôles. Bohen et Viveros-Long (1981) se sont appuyées sur une décomposition multidimensionnelle de ce construit, intégrant six composantes interconnectées :

1. La surcharge de rôle (Role Overload)

La surcharge de rôle survient lorsque le total des exigences légitimes associées à l’ensemble des statuts occupés par un individu excède ses capacités physiques, temporelles, cognitives ou émotionnelles. Les items reflètent l’impression constante d’urgence quotidienne, le sentiment d’avoir trop de tâches à accomplir par rapport à ce qui est humainement gérable, et l’absence chronique de temps disponible pour le ressourcement personnel (par exemple, le sentiment de devoir se dépêcher en permanence chaque jour ou d’être à court de temps pour soi-même).

2. Le conflit normatif et l’incompatibilité inter-rôles

Ce volet aborde les frictions découlant des contradictions inhérentes aux devoirs professionnels et aux responsabilités de soins. L’individu subit des pressions croisées : répondre aux exigences d’engagement professionnel de son employeur tout en étant présent, disponible et attentif auprès de ses enfants et de son conjoint. Cette incompatibilité génère un sentiment de culpabilité permanent, le sujet ayant l’impression de trahir l’une de ses sphères d’engagement au profit de l’autre (par exemple, le sentiment que le travail éloigne excessivement de la famille ou le doute persistant quant à la nécessité de travailler moins pour passer plus de temps auprès des enfants).

3. L’insuffisance des ressources pour l’accomplissement des rôles

L’individu éprouve une pénurie de ressources structurelles, telles que le manque de services de garde d’enfants fiables, abordables et flexibles, ou l’absence de flexibilité dans les horaires de travail. Lorsque l’organisation de la garde des enfants demande des efforts démesurés ou est source d’insécurité permanente, la tension augmente de manière exponentielle.

4. L’épuisement physique et émotionnel (Spillover d’énergie)

Ce construit intègre la transmission ou le déversement négatif (negative spillover) des états de fatigue accumulés sur le lieu de travail vers le foyer. Lorsque le travailleur rentre chez lui drainé de toute énergie physique et émotionnelle, ses capacités d’interaction positive, de soutien affectif et de patience envers ses proches se trouvent gravement compromises.

5. L’ambiguïté des normes et le regard social

Cette dimension capture l’anxiété liée à l’évaluation par autrui. Elle se manifeste par la crainte que les collègues ou la hiérarchie perçoivent les obligations familiales comme une entrave à la performance professionnelle, ou à l’inverse, par l’angoisse que le réseau social ou familial juge sévèrement le temps consacré à la carrière au détriment des responsabilités parentales.

6. Le manque de congruence identitaire et de gratifications associées

Le modèle postule également l’existence d’une tension lorsque les rôles imposent des comportements en contradiction avec la personnalité profonde de l’individu, ou lorsque les sacrifices consentis pour se conformer aux exigences combinées du travail et de la famille ne sont récompensés ni par un surcroît de reconnaissance sociale, ni par un sentiment d’accomplissement personnel valorisant.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Échelle de tension de rôle travail-famille s’inscrit au carrefour de plusieurs cadres sociologiques et psychologiques majeurs du XXe siècle :

La théorie de la tension de rôle de William J. Goode (1960)

Le fondement sociologique premier de l’échelle repose sur la célèbre théorie de la tension de rôle formulée par William J. Goode (1960). Goode postulait que les structures sociales sont composées d’un réseau complexe d’obligations de rôles. Étant donné que les individus disposent d’une quantité limitée de temps, d’énergie et de ressources psychologiques, l’accumulation de rôles multiples (salarié, parent, conjoint, citoyen) engendre inévitablement des tiraillements, des difficultés de mise en conformité et une friction permanente dénommée « role strain ». Goode envisageait la personnalité humaine comme un gestionnaire de budget énergétique qui tente continuellement d’allouer des ressources restreintes entre des demandes concurrentes afin de réduire la tension globale.

Le modèle du stress de rôle de Kahn, Wolfe, Quinn, Snoek et Rosenthal (1964)

Sur le plan organisationnel, Bohen et Viveros-Long intègrent la modélisation classique des tensions de rôle développée par Robert L. Kahn et ses collègues de l’Université du Michigan (1964). Kahn et al. ont établi les distinctions fondamentales entre le conflit de rôle (présence simultanée d’au moins deux ensembles de pressions tels que la conformité à l’un rend la conformité à l’autre plus difficile), l’ambiguïté de rôle (manque de clarté quant aux attentes et aux critères d’évaluation) et la surcharge de rôle quantitative et qualitative. L’échelle de Bohen et Viveros-Long adapte directement ces notions aux frontières perméables entre l’entreprise et la famille.

La théorie de la conservation des ressources (COR) de Stevan E. Hobfoll (1989)

Bien que formalisée peu après la publication initiale de l’échelle, la théorie de la conservation des ressources (Conservation of Resources – COR) développée par Stevan Hobfoll fournit un éclairage contemporain indispensable pour comprendre les mécanismes capturés par l’instrument. Selon la théorie COR, le stress survient lorsque les ressources précieuses des individus (le temps, l’énergie physique, le capital attentionnel, le sentiment de contrôle) sont menacées de perte, effectivement perdues, ou lorsque les individus échouent à reconstituer leurs réserves après avoir consenti un investissement majeur. La tension travail-famille reflète précisément cette hémorragie de ressources : l’individu consacre l’essentiel de son capital énergétique au travail salarié et se retrouve démuni face aux exigences de la sphère domestique, provoquant une spirale d’épuisement.

Le modèle des conflits travail-famille de Greenhaus et Beutell (1985)

L’instrument de Bohen et Viveros-Long préfigure également la taxonomie canonique de Jeffrey H. Greenhaus et Nicholas J. Beutell (1985), qui ont identifié trois formes majeures de conflit travail-famille : le conflit fondé sur le temps (time-based conflict), le conflit fondé sur la tension (strain-based conflict) et le conflit fondé sur le comportement (behavior-based conflict). Les 19 items de l’échelle opérationnalisent principalement les conflits basés sur le temps et la tension, tout en accordant une attention singulière aux logiques de charge mentale parentale.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle de tension de rôle travail-famille a été corroborée par plusieurs programmes de recherche empirique majeurs portant sur des populations diversifiées de cadres, d’employés de bureau et de professionnels des secteurs public et privé.

Validité discriminante

Dans une recherche déterminante menée auprès d’un large échantillon de travailleurs canadiens, Linda Duxbury et Christopher Higgins (1991) ont testé la séparabilité empirique de la tension de rôle travail-famille par rapport à d’autres construits adjacents. À l’aide d’analyses corrélationnelles et factorielles confirmatoires, ils ont prouvé que la tension mesurée par l’instrument de Bohen et Viveros-Long ne se confond ni avec le conflit centré sur le travail (work conflict), ni avec le conflit centré sur la famille (family conflict). De plus, l’instrument s’est révélé distinct de l’implication dans le travail (work involvement), de l’implication familiale (family involvement) ainsi que des attentes normatives propres à chaque domaine (work expectations et family expectations). Ces résultats démontrent que la tension de rôle constitue un construit affectif et psychologique propre, qui ne se résume pas à l’intensité de l’engagement temporel ou aux exigences objectives des rôles.

Validité convergente et concourante

La validité convergente de l’échelle a été amplement démontrée par des associations théoriquement cohérentes et statistiquement significatives avec une série d’indicateurs psychologiques et comportementaux :

  • Santé mentale et détresse psychologique : La tension de rôle travail-famille est corrélée positivement et significativement avec la dépression mesurée par des échelles standardisées de détresse (Duxbury & Higgins, 1991 ; Thomas & Ganster, 1995).
  • Exigences professionnelles et familiales : L’échelle montre des corrélations positives avec un niveau élevé d’implication au travail, des attentes professionnelles rigides, des attentes familiales lourdes, ainsi qu’avec le besoin perçu de contrôle sur le lieu de travail (Duxbury & Higgins, 1991).
  • Sensibilité aux politiques organisationnelles : Les scores de tension sont corrélés avec les perceptions des politiques de soutien à la famille au travail, indiquant que les salariés ressentant une forte tension sont particulièrement vigilants face aux mesures (ou à l’absence de mesures) déployées par leur employeur pour faciliter leur équilibre (Duxbury & Higgins, 1991).

Validité prédictive et de critère

L’instrument prédit de manière robuste plusieurs critères fondamentaux de santé et de fonctionnement individuel. Dans les travaux de Higgins, Duxbury et Irving (1992) ainsi que de Thomas et Ganster (1995), des corrélations négatives substantielles ont été documentées entre le niveau de tension de rôle mesuré par l’échelle et :

  • La qualité de vie au travail (quality of work life) ;
  • La qualité de la vie de famille (quality of family life) ;
  • La satisfaction au travail (job satisfaction) ;
  • La satisfaction de vie globale (life satisfaction).

Ces données confirment la validité écologique et prédictive de l’échelle : un score élevé de tension de rôle prédit une détérioration globale du bien-être subjectif, un désengagement organisationnel progressif et des répercussions négatives sur l’homéostasie familiale.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation des propriétés de fidélité de l’Échelle de tension de rôle travail-famille met en évidence une régularité et une précision de mesure remarquables à travers différentes décennies et contextes organisationnels.

Cohérence interne

L’indice d’homogénéité interne le plus couramment documenté est le coefficient alpha de Cronbach. Dans les études de validation et d’application indépendantes, les résultats rapportés se situent constamment dans des intervalles d’excellence psychométrique :

  • Duxbury et Higgins (1991) : Dans leur vaste étude sur les employés du secteur public et privé, les auteurs ont obtenu un coefficient alpha de .88, attestant d’une excellente cohésion entre les énoncés de l’échelle.
  • Higgins, Duxbury et Irving (1992) : En examinant les trajectoires de carrière et la dynamique familiale au sein de couples biactifs, les chercheurs ont rapporté un coefficient alpha de .89.
  • Thomas et Ganster (1995) : Dans leur étude publiée dans le Journal of Applied Psychology examinant les pratiques organisationnelles favorables à la famille et le bien-être des professionnels de santé, le coefficient alpha a atteint .91.

Ces valeurs, largement supérieures au seuil conventionnel de .70 (et même au seuil strict de .80 recommandé pour les décisions diagnostiques appliquées), démontrent que les items captent avec une faible variance d’erreur aléatoire le même domaine de signification psychologique.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

Les investigations portant sur des sous-échantillons longitudinaux révèlent des corrélations test-retest modérées à élevées sur des intervalles de plusieurs mois, ce qui témoigne à la fois de la stabilité relative de la tension de rôle lorsque les conditions d’emploi demeurent inchangées, et de sa sensibilité dynamique aux transitions professionnelles ou familiales majeures (comme un changement de poste, une modification des horaires ou la scolarisation d’un enfant).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle de l’instrument a fait l’objet de plusieurs investigations approfondies au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).

Structure originale et dimensionnalité

Lors de la conception initiale par Bohen et Viveros-Long (1981), les 19 items ont été regroupés autour d’une dimension générale de tension de rôle, tout en distinguant conceptuellement le fardeau lié à la gestion du temps (surcharge) et l’anxiété liée à la responsabilité parentale (culpabilité et logiques de garde). Les saturations factorielles obtenues en extraction par composantes principales avec rotation varimax indiquaient que la majorité des items présentaient des saturations supérieures à .45 sur le facteur dominant de tension générale.

Modèles factoriels vérifiés en recherche contemporaine

Les travaux ultérieurs de Duxbury, Higgins et leurs collègues ont examiné si l’instrument devait être traité comme une échelle unidimensionnelle globale ou comme une structure hiérarchique à plusieurs composantes. Les résultats des analyses factorielles confirmatoires ont mis en lumière :

  • Le Facteur 1 : Surcharge de temps et épuisement (Time Strain & Energy Drain) : Ce facteur regroupe les items portant sur le sentiment de précipitation quotidienne, la fatigue physique et émotionnelle au retour du travail, le déficit de temps pour soi et l’incompatibilité des horaires (items 2, 5, 6, 7, 8, 9). Les saturations sur ce facteur sont particulièrement robustes, oscillant généralement entre .55 et .82.
  • Le Facteur 2 : Culpabilité parentale et anxiété de rôle (Parental Role Stress) : Ce sous-ensemble regroupe les items ciblant spécifiquement la préoccupation pour le bien-être des enfants pendant les heures de bureau, l’effort requis pour organiser leur prise en charge, la patience parentale et le sentiment d’insuffisance dans les soins dispensés (items 4, 12, 15, 16, 17, 18, 19).
  • Le Facteur 3 : Valorisation du rôle professionnel vs interférence sociale (Work Identity & Social Approval) : Moins saillant mais distinct, ce facteur inclut les items mesurant l’effet compensatoire de l’emploi (item 11 : sentiment d’être plus respecté en ayant un emploi) et la peur du jugement des pairs au travail (item 10).

La plupart des utilisateurs académiques (Duxbury & Higgins, 1991 ; Thomas & Ganster, 1995) préconisent toutefois l’agrégation de l’ensemble des items au sein d’un score composite global de tension de rôle travail-famille, l’indice d’adéquation générale d’un modèle factoriel de second ordre justifiant pleinement l’interprétation d’un méta-construit unifié.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Job-Family Role Strain Scale (Échelle de tension de rôle travail-famille)
  • Auteures : Halcyone H. Bohen et Anamaria Viveros-Long (1981)
  • Nature de l’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique et sociologique (auto-rapporté)
  • Population cible : Travailleurs adultes, parents actifs exerçant une activité professionnelle et ayant à charge des enfants
  • Nombre total d’items : 19 énoncés
  • Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points avec les ancrages suivants :
    • 1 = Always (Toujours)
    • 2 = Most of the time (La plupart du temps)
    • 3 = Some of the time (Une partie du temps / Parfois)
    • 4 = Rarely (Rarement)
    • 5 = Never (Jamais)
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Items inversés : Les items formulés de manière positive ou reflétant une absence de tension doivent être inversés avant le calcul du score total afin qu’un score plus élevé reflète une tension plus importante. Sont notamment concernés les items 3 (« I have a good balance… »), 11 (« I feel more respected… »), 13 (« I am a better parent… »), 14 (« I find enough time… »), 16 (« I have as much patience… ») et 17 (« I am comfortable with the arrangements… »).
    • Score total : Le score global s’obtient par la moyenne ou la somme des 19 items (après recodage adéquat des items inversés). Un score élevé indique un niveau aigu de détresse, d’épuisement et de conflit de rôle travail-famille.
  • Temps d’administration : Environ 5 à 10 minutes

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1981
  • Ouvrage source : Bohen, H., & Viveros-Long, A. (1981). Balancing jobs and family life: Do flexible work schedules help?. Philadelphia: Temple University Press (Annexe H, pp. 274, 278).
  • Droits d’auteur et permissions : Les droits initiaux sont détenus par la Temple University Press. L’instrument a été publié à l’origine avec l’accord de l’éditeur pour une réutilisation à des fins de recherche académique et scientifique.
  • Conditions d’utilisation et tarification : L’utilisation de l’échelle à des fins de recherche non commerciale, d’enseignement ou d’évaluation clinique est généralement libre de redevance, à condition de citer fidèlement la source princeps de Bohen et Viveros-Long (1981). Pour tout déploiement commercial, intégration logicielle propriétaire ou inclusion dans un produit éditorial payant, une demande d’autorisation formelle doit être adressée au détenteur des droits ou aux ayants droit.

12. Références / References

  • Bohen, H., & Viveros-Long, A. (1981). Balancing jobs and family life: Do flexible work schedules help?. Temple University Press. https://www.jstor.org/stable/j.ctv6zdbb0
  • Duxbury, L. E., & Higgins, C. A. (1991). Gender differences in work-family conflict. Journal of Applied Psychology, 76(1), 60–74. https://doi.org/10.1037/0021-9010.76.1.60
  • Goode, W. J. (1960). A theory of role strain. American Sociological Review, 25(4), 483–496. https://doi.org/10.2307/2092933
  • Greenhaus, J. H., & Beutell, N. J. (1985). Sources of conflict between work and family roles. Academy of Management Review, 10(1), 76–88. https://doi.org/10.5465/amr.1985.4277352
  • Higgins, C. A., Duxbury, L. E., & Irving, R. H. (1992). Work-family conflict in the dual-career family. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 51(1), 51–75. https://doi.org/10.1016/0749-5978(92)90004-Q
  • Hobfoll, S. E. (1989). Conservation of resources: A new attempt at conceptualizing stress. American Psychologist, 44(3), 513–524. https://doi.org/10.1037/0003-066X.44.3.513
  • Kahn, R. L., Wolfe, D. M., Quinn, R. P., Snoek, J. D., & Rosenthal, R. A. (1964). Organizational stress: Studies in role conflict and role ambiguity. John Wiley.
  • Thomas, L. T., & Ganster, D. C. (1995). Impact of family-supportive work variables on work-family conflict and strain: A control perspective. Journal of Applied Psychology, 80(1), 6–15. https://doi.org/10.1037/0021-9010.80.1.6

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

My job keeps me away from my family too much
2

I feel I have more to do than I can handle comfortably
3

I have a good balance between my job and my family time
4

I wish I had more time to do things for my family
5

I feel physically drained when I get home from work
6

I feel emotionally drained when I get home from work
7

I feel I have to rush to get everything done each day
8

My time off from work does not match other family members' schedules well
9

I feel I don't have enough time for myself
10

I worry that other people at work think my family interferes with my job
11

I feel more respected than I would if I didn't have a job
12

I worry whether I should work less and spend more time with my children
13

I am a better parent because I am not with my children all day
14

I find enough time for the children
15

I worry about how my kids are when I am working
16

I have as much patience with my children as I would like
17

I am comfortable with the arrangements for my children while I am working
18

Making arrangements for my children while I work involves a lot of effort
19

I worry that other people feel I should spend more time with my
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 16). Échelle de tension de rôle travail-famille. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-tension-de-role-travail-famille
Looti, Mohammed. “Échelle de tension de rôle travail-famille.” Base de données de psychologie en français, 16 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-tension-de-role-travail-famille.
Looti, Mohammed. “Échelle de tension de rôle travail-famille.” Base de données de psychologie en français. octobre 16, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-tension-de-role-travail-famille.