1. Résumé
L’Échelle de satisfaction à l’égard de la flexibilité des horaires de travail (communément désignée en anglais sous le nom de Satisfaction With Work Schedule Flexibility Scale – SWSFS) est un instrument psychométrique unidimensionnel développé par Teresa J. Rothausen en 1994. Conçue initialement pour explorer les déterminants de la satisfaction au travail chez les travailleurs ayant des charges parentales et familiales, cette échelle évalue dans quelle mesure les salariés perçoivent un ajustement positif entre les exigences de leur emploi du temps professionnel et leurs obligations personnelles et domestiques. L’instrument est composé de cinq items formulés de manière concise et directe, mesurant la satisfaction relative à l’autonomie temporelle, aux congés urgents, aux modalités de temps partiel ou d’horaires variables (flextime), et à l’absence de sanctions organisationnelles implicites ou explicites liées à l’utilisation de ces aménagements.
Les réponses sont recueillies au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points, s’étendant de 1 (« très insatisfait ») à 5 (« très satisfait »). Les propriétés psychométriques de l’échelle ont été confirmées dans plusieurs recherches marquantes en psychologie organisationnelle, notamment par Aryee, Luk et Stone (1998), qui ont rapporté une cohérence interne satisfaisante avec un coefficient alpha de Cronbach de 0,79. L’échelle démontre une excellente validité de construit, s’inscrivant de façon cohérente dans les modèles d’enrichissement et d’interférence entre la vie professionnelle et la vie privée, ainsi qu’une validité prédictive robuste à l’égard de l’engagement organisationnel affectif, du soutien perçu de la part de la hiérarchie et de la réduction des intentions de départ volontaire. La SWSFS demeure un outil d’évaluation concis, parcimonieux et pertinent pour la recherche sur le bien-être au travail, les politiques de conciliation travail-famille et le comportement organisationnel.
2. Mots-clés
Satisfaction au travail, flexibilité des horaires, aménagement du temps de travail, conciliation travail-famille, psychologie organisationnelle, conflit travail-famille, soutien managérial, engagement organisationnel, intention de rotation, évaluation psychométrique.
3. Auteurs
L’échelle a été développée par :
- Teresa Joyce Rothausen, Ph.D. : Professeure de gestion et de psychologie organisationnelle au sein du Opus College of Business de l’Université de Saint-Thomas (Saint Paul/Minneapolis, Minnesota, États-Unis). Ses recherches pionnières se concentrent sur la satisfaction multidimensionnelle au travail, la dynamique des travailleurs parents, l’intégration travail-famille et le développement du leadership éthique.
Des travaux d’extension empirique notables ont été menés par :
- Samuel Aryee, Vivienne W. M. Luk, et Raymond Stone (1998) : Chercheurs en gestion des ressources humaines et comportement organisationnel, affiliés respectivement à l’Université baptiste de Hong Kong et à l’Université polytechnique de Hong Kong. Leurs travaux ont validé la structure psychométrique de la SWSFS dans un contexte interculturel et articulé son impact sur l’engagement organisationnel.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Échelle de satisfaction à l’égard de la flexibilité des horaires de travail est de quantifier l’évaluation cognitive et affective qu’un employé fait des opportunités d’adaptation temporelle offertes par son employeur. Contrairement aux mesures purement descriptives qui recensent la présence ou l’absence de politiques formelles de flexibilité (telles que le télétravail ou le compte épargne-temps), la SWSFS capture l’expérience subjective de l’employé quant à l’accessibilité réelle, à l’équité perçue et à l’absence de pénalisation dans la mise en œuvre de ces politiques.
Dans le domaine de la recherche académique en psychologie du travail et des organisations, cet outil est particulièrement employé pour analyser les mécanismes médiateurs et modérateurs reliant les pratiques de gestion des ressources humaines (GRH) au stress professionnel, à l’épuisement émotionnel (burnout) et à la performance au travail. En effet, la simple existence de programmes d’horaires flexibles ne garantit pas que les employés se sentent légitimes à les utiliser ; la culture d’entreprise peut engendrer des craintes de représailles sur les promotions ou sur la réputation professionnelle. La SWSFS permet ainsi de mesurer la satisfaction vis-à-vis de la flexibilité telle qu’elle est vécue, incluant le climat normatif véhiculé par le management.
Dans la pratique managériale et le conseil en entreprise, cette échelle sert d’instrument diagnostique dans le cadre d’audits de qualité de vie au travail (QVT). Elle permet aux directeurs des ressources humaines d’évaluer l’efficacité des dispositifs d’équilibre vie professionnelle-vie privée, d’identifier d’éventuels écarts de satisfaction entre les départements ou entre les genres, et de mettre en place des interventions ciblées visant à retenir les talents et à atténuer les conflits de rôles.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par la SWSFS est la satisfaction à l’égard de la flexibilité du calendrier professionnel. Au sein du modèle plus large de la satisfaction facettique développé par Rothausen (1994), ce concept ne se réduit pas à une simple modalité logistique de présence physique ; il représente une facette psychologique distincte de la récompense organisationnelle intrinsèque et extrinsèque. Ce construit repose sur trois dimensions interconnectées qui forment une structure globale unifiée :
L’autonomie temporelle et le contrôle sur les horaires
Ce volet concerne la capacité perçue de l’employé à moduler l’heure de début et de fin de sa journée de travail (flexibilité quotidienne) ainsi que l’agencement global de ses journées travaillées (semaine comprimée, travail partagé). Le contrôle sur le temps est un déterminant central de l’agentivité humaine : un employé disposant d’une grande latitude perçoit moins d’imprévisibilité et éprouve un sentiment d’auto-détermination accru.
La réactivité organisationnelle face aux contingences familiales
Cette dimension évalue la fluidité avec laquelle un individu peut s’absenter ponctuellement ou réorganiser sa journée pour répondre à des urgences familiales inattendues (ex. garde d’enfant malade, rendez-vous médical d’un parent dépendant). La satisfaction découle ici de la certitude que l’organisation ne crée pas de frictions procédurales excessives et reconnaît la légitimité des obligations domestiques.
L’immunité contre les pénalités de carrière et le soutien normatif
L’un des éléments les plus critiques du construit, mis en lumière par Rothausen, est l’absence perçue de conséquences négatives associées au recours à la flexibilité. Même lorsque des politiques d’horaires flexibles sont officiellement affichées, les employés peuvent éprouver une profonde insatisfaction s’ils perçoivent que choisir le travail à temps partiel ou le décalage horaire nuit à leur réputation, signale un faible engagement aux yeux de l’encadrement, ou bloque leurs perspectives de promotion. La satisfaction à l’égard de la flexibilité implique donc un climat d’approbation et de sécurité psychologique.
6. Cadre théorique
L’élaboration de la SWSFS repose sur plusieurs théories majeures de la psychologie et du management :
La théorie de la conservation des ressources (COR) de Hobfoll
Selon la théorie de la conservation des ressources (Hobfoll, 1989), les individus s’efforcent d’acquérir, de conserver et de protéger des ressources précieuses, parmi lesquelles le temps, l’énergie et la santé mentale figurent au premier rang. Le conflit de rôles entre le travail et la famille entraîne une érosion rapide de ces ressources. La flexibilité des horaires agit comme une ressource structurelle clé permettant d’atténuer la perte de temps et d’optimiser le déploiement de l’énergie entre les sphères de vie. Une satisfaction élevée envers cette flexibilité indique que l’organisation protège le réservoir de ressources de l’employé.
La théorie de l’échange social et la norme de réciprocité
Inspirée des travaux de Blau (1964) et de la théorie du soutien organisationnel perçu (Eisenberger et al., 1986), cette approche suggère que lorsque l’employeur adapte volontairement ses exigences temporelles pour accommoder les impératifs personnels du travailleur sans le pénaliser, ce dernier interprète ce comportement comme un témoignage de considération et de bienveillance. En retour, par le jeu de la norme de réciprocité, le salarié manifeste une satisfaction accrue, une loyauté renforcée et un engagement affectif consolidé.
La théorie des frontières et du rôle (Role Boundary Theory)
La théorie des frontières (Ashforth et al., 2000 ; Clark, 2000) stipule que les individus créent, maintiennent et traversent des frontières entre les sphères du travail et du hors-travail. La flexibilité des horaires augmente la perméabilité et l’élasticité de ces frontières. Lorsque les transitions entre rôles (parent, conjoint, professionnel) se font sans heurts ni sanctions, la satisfaction globale augmente car le salarié atteint une harmonie de rôle sans subir l’ambiguïté ou la surcharge de rôle théorisées par Kahn et al. (1964).
7. Validité
La validité psychométrique de la SWSFS a fait l’objet de plusieurs investigations empiriques rigoureuses :
Validité de construit et validité convergente
Dans l’étude séminale de Rothausen (1994), les analyses corrélationnelles ont montré que la satisfaction à l’égard de la flexibilité était positivement associée à la satisfaction globale au travail mesurée par le Minnesota Satisfaction Questionnaire (MSQ), tout en s’en distinguant clairement comme une facette autonome, particulièrement déterminante pour les travailleurs ayant des enfants à charge. Aryee, Luk et Stone (1998) ont rapporté des corrélations positives statistiquement significatives entre la SWSFS et le soutien de la hiérarchie pour l’équilibre travail-famille (supervisor work-family support, $r = 0{,}38$, $p < 0{,}001$), ainsi qu’a\vec le soutien organisationnel perçu ($r = 0{,}41$,$p < 0{,}001$).
Validité prédictive et critériée
L’échelle a démontré un pouvoir prédictif élevé à l’égard de comportements organisationnels critiques :
- Engagement organisationnel affectif : Une relation positive robuste a été constatée ($r = 0{,}34$ à $0{,}42$, $p < 0{,}001$), indiquant que les employés satisfaits de la flexibilité horaire s'identifient plus fortement aux valeurs et aux buts de l'organisation.
- Intention de quitter l’entreprise (Turnover intentions) : Les recherches d’Aryee et al. (1998) démontrent une corrélation négative marquée ($r = -0{,}31$, $p < 0{,}01$). Des modèles d'équations structurelles confirment que la flexibilité perçue réduit directement et indirectement les intentions de démission en diminuant le conflit travail-famille.
Validité discriminante
Les analyses factorielles confirmatoires conduites dans la littérature montrent que les items de la SWSFS ne se confondent pas avec d’autres dimensions de récompense au travail, comme la satisfaction à l’égard de la rémunération, la satisfaction à l’égard des promotions ou la sécurité de l’emploi, garantissant l’indépendance de ce construit.
8. Fidélité
La fidélité de la SWSFS a été corroborée par des indices de cohérence interne solides à travers diverses populations professionnelles :
- Cohérence interne : Lors de la validation menée par Aryee, Luk et Stone (1998) sur un échantillon de 293 professionnels mariés et employés à temps plein, le coefficient alpha de Cronbach calculé pour l’échelle globale de 5 items s’élevait à 0,79. Dans les travaux originaux de Rothausen (1994), l’alpha oscillait entre 0,78 et 0,83 selon les sous-groupes de parents travailleurs et de travailleurs sans enfants.
- Corrélations inter-items : Les corrélations moyennes inter-items se situent dans la fourchette recommandée de 0,40 à 0,55, ce qui démontre une excellente homogénéité du construit sans redondance sémantique excessive. Les corrélations item-total corrigées dépassent toutes le seuil conventionnel de 0,45.
- Stabilité temporelle : Bien que les indices de test-retest dépendent de la stabilité des conditions organisationnelles de travail, des réévaluations à court terme (intervalle de 4 semaines) menées dans des contextes organisationnels stables ont révélé des coefficients de fidélité test-retest supérieurs à 0,75, confirmant la stabilité de la mesure en l’absence de restructuration managériale.
9. Analyse factorielle
L’analyse psychométrique de l’échelle met en évidence une structure unifactorielle claire :
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Dans l’étude inaugurale de Rothausen (1994), l’extraction factorielle par la méthode des composantes principales suivie d’une rotation oblique a révélé un seul facteur dominant possédant une valeur propre (eigenvalue) nettement supérieure au critère de Kaiser (> 1,0), expliquant à elle seule plus de 55 % de la variance totale des scores. L’examen du diagramme d’éboulis (scree plot) a confirmé la rupture d’inflexion après le premier facteur.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les travaux ultérieurs intégrant des AFC ont validé l’adéquation d’un modèle unidimensionnel à 5 items. Les saturations factorielles standardisées ($lambda$) sont toutes robustes et significatives ($p < 0{,}001$), variant typiquement entre 0,62 et 0,81 :
- Item 1 (hébergement des besoins familiaux par le management) : $\lambda pprox 0{,}76$
- Item 2 (équilibre performance au travail / devoirs domestiques) : $\lambda pprox 0{,}72$
- Item 3 (facilité d’obtenir des congés pour motifs familiaux) : $\lambda pprox 0{,}79$
- Item 4 (accès au temps partiel ou flextime sans pénalité) : $\lambda pprox 0{,}68$
- Item 5 (volume global de flexibilité dans la planification) : $\lambda pprox 0{,}74$
Les indices d’ajustement couramment rapportés pour le modèle à un facteur attestent d’une bonne congruence empirique : $chi^2/dl < 2{,}5$, CFI (Comparative Fit Index) $> 0{,}96$, TLI (Tucker-Lewis Index) $> 0{,}94$, et RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) $le 0{,}06$.
10. Instrument de mesure
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique / Instrument d’auto-évaluation.
- Format d’administration : Papier-crayon ou formulaire électronique (en ligne).
- Nombre d’items : 5 items formulés de manière positive.
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Very dissatisfied » / Très insatisfait) à 5 (« Very satisfied » / Très satisfait).
- Modalités de cotation :
- 1 = Very dissatisfied (Très insatisfait)
- 2 = Dissatisfied (Insatisfait)
- 3 = Neither satisfied nor dissatisfied / Neutral (Ni satisfait ni insatisfait)
- 4 = Satisfied (Satisfait)
- 5 = Very satisfied (Très satisfait)
- Calcul des scores : Aucun item inversé. Le score global s’obtient soit en calculant la somme des 5 items (score total allant de 5 à 25), soit en effectuant la moyenne arithmétique (score moyen allant de 1 à 5). Des scores élevés traduisent une grande satisfaction à l’égard de la politique de flexibilité horaire de l’organisation.
- Temps de passation : Environ 1 à 2 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication : 1994 (Article source de Teresa J. Rothausen publié dans le Journal of Vocational Behavior).
- Droits d’auteur : © 1994 Academic Press / Elsevier Inc. Les items originaux ont été publiés dans le corps du texte académique (p. 326).
- Permissions et accès : L’utilisation de cette échelle à des fins de recherche académique, scientifique ou d’enseignement non commercial est généralement autorisée dans le cadre de l’usage loyal (fair use), sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale de Rothausen (1994). Pour des applications commerciales, des adaptations au sein de logiciels propriétaires ou des audits de conseil à grande échelle, une autorisation préalable doit être sollicitée auprès de l’éditeur ayant droit (Elsevier / RightsLink).
- Tarif : Gratuit pour les chercheurs académiques et les étudiants universitaires dans le respect des règles de citation scientifique.
12. Références
Les publications suivantes constituent le socle théorique et empirique de l’instrument :
- Aryee, S., Luk, V., & Stone, R. (1998). Family-responsive HR policies and work-family conflict: A study of married professional employees in Hong Kong. Journal of Organization Behavior, 19(S1), 765–783. https://doi.org/10.5465/amr.2000.3363315
- Blau, P. M. (1964). Exchange and power in social life. John Wiley & Sons.
- Clark, S. C. (2000). Work/family border theory: A new theory of work/family balance. Human Relations, 53(6), 747–770. https://doi.org/10.1177/0018726700536001
- Eisenberger, R., Huntington, R., Hutchison, S., & Sowa, D. (1986). Perceived organizational support. Journal of Applied Psychology, 71(3), 500–507. https://doi.org/10.1037/0021-9010.71.3.500
- Hobfoll, S. E. (1989). Conservation of resources: A new attempt at conceptualizing stress. American Psychologist, 44(3), 513–524. https://doi.org/10.1037/0003-066X.44.3.513
- Kahn, R. L., Wolfe, D. M., Quinn, R. P., Snoek, J. D., & Rosenthal, R. A. (1964). Organizational stress: Studies in role conflict and ambiguity. John Wiley & Sons.
- Rothausen, T. J. (1994). Job satisfaction and the parent worker: The role of flexibility and rewards. Journal of Vocational Behavior, 44(3), 317–336. https://doi.org/10.1006/jvbe.1994.1021
13. Questions et items du questionnaire
Responses are obtained on a 5-point Likert-type scale where 1 = very dissatisfied and 5 = very satisfied.
- The extent to which management accommodates family responsibility needs without any negative consequences
- The opportunity to perform your job well and yet be able to perform home-related duties adequately
- The ease of getting time off for family as needed
- The opportunity to do part-time or flextime work without being penalized
- The amount of flexibility in work scheduling