1. Résumé / Abstract
L’Échelle de résistance symbolique au sexe (Token Resistance to Sex Scale ou TRSS), initialement conçue et développée par la chercheuse Suzanne L. Osman en 1995 à la Salisbury University, constitue un instrument psychométrique pionnier destiné à opérationnaliser et évaluer la croyance dispositionnelle selon laquelle les femmes opposeraient une résistance de façade (« token resistance ») aux sollicitations et avances sexuelles masculines. Ce construit socio-cognitif postule que lorsqu’une femme exprime un refus explicite (« non ») face à une proposition de nature érotique ou sexuelle, elle sous-entendrait ou désirerait en réalité une issue favorable (« oui »). Contrairement aux démarches méthodologiques antérieures qui appréhendaient principalement ce phénomène comme une variable dépendante situationnelle mesurée a posteriori via des intentions déclarées de consentement, la TRSS a instauré une rupture paradigmatique majeure en formalisant cette adhésion sous forme d’une variable indépendante dispositionnelle et stable de la personnalité socio-sexuelle.
Composée d’une structure unidimensionnelle concise de 8 items formulés selon une échelle de réponse de type Likert en 7 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement d’accord »), l’échelle génère un score global cumulatif variant de 8 à 56 points, où un score élevé reflète une croyance prononcée envers l’usage généralisé de la résistance symbolique féminine. Le temps d’administration est particulièrement court, nécessitant moins de cinq minutes de passation. Sur le plan des qualités psychométriques, l’instrument présente une consistance interne robuste et hautement réplicable, avec un coefficient alpha de Cronbach initial de 0,86 chez un échantillon inaugural d’étudiants masculins, fluctuant de manière stable entre 0,83 et 0,87 à travers de multiples investigations ultérieures impliquant des cohortes mixtes de plusieurs centaines de participants.
La validité de construit, convergente et discriminante de la TRSS est largement étayée par des corrélations statistiquement significatives avec des mesures attitudinales établies, notamment l’échelle des stéréotypes de rôles sexuels de Burt (Sex Role Stereotyping Scale), l’inventaire d’hypermasculinité de Mosher et Sirkin (notamment ses dimensions d’attitudes sexuelles insensibles, de danger perçu comme stimulant et de violence virile), ainsi que les sous-échelles de l’échelle des croyances sexuelles de Muehlenhard et Felts. En outre, la validité prédictive de la TRSS s’est avérée fondamentale dans l’explication des disparités de perception du viol lors d’un rendez-vous amoureux (date rape) et des situations de harcèlement sexuel en milieu universitaire et professionnel, montrant que les individus obtenant des scores élevés tendent à minimiser la gravité des agressions, à discréditer les refus verbaux et à surévaluer les indices comportementaux fallacieux de disponibilité sexuelle.
2. Mots-clés / Keywords
Résistance symbolique, résistance de façade, Token Resistance to Sex Scale, agression sexuelle, viol lors d’un rendez-vous, consentement sexuel, scripts sexuels, psychométrie, attitudes envers les femmes, hypermasculinité, harcèlement sexuel, heuristiques socio-cognitives, croyances dispositionnelles, stéréotypes de genre, victimologie.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu, développé et validé empiriquement par :
- Dr. Suzanne L. Osman, professeure émérite au Département de Psychologie de la Salisbury University, située à Salisbury, Maryland, États-Unis (Adresse institutionnelle : Department of Psychology, Salisbury University, Salisbury, MD 21801 ; Courriel académique de correspondance : [email protected]). Le Dr. Osman est une sommité reconnue dans le domaine de la psychologie sociale appliquée, spécialisée dans l’étude des perceptions de la violence interpersonnelle, des dynamiques de coercition sexuelle, de l’attribution de blâme aux victimes et de l’influence des croyances relatives aux rôles de genre dans les contextes judiciaires et relationnels.
Les investigations psychométriques longitudinales et transversales associées au développement et à l’application prédictive de la TRSS ont également bénéficié des collaborations méthodologiques régulières du Dr. Carlton M. Davis (Salisbury University), coauteur de multiples études fondatrices portant sur les interactions entre le modèle heuristique-systématique et les perceptions de la contrainte érotique.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Token Resistance to Sex Scale est d’évaluer de manière quantitative, standardisée et rigoureuse la disposition cognitive individuelle à postuler que le refus verbal d’une femme lors d’une interaction intime est insincère, purement formel ou manipulatoire. Dans la culture occidentale contemporaine, de nombreux scripts de séduction traditionnels véhiculent l’idée préconçue selon laquelle les femmes décentes ou socialement vertueuses se doivent d’opposer une résistance initiale aux avances érotiques pour éviter d’apparaître « légères », faciles ou dénuées de moralité, tout en souhaitant secrètement que leur partenaire persiste et outrepasse cette réticence affichée. Cette présomption erronée complique dramatiquement la communication sexuelle claire et constitue l’un des fondements cognitifs majeurs de la justification des violences sexuelles entre connaissances.
Avant l’introduction de la TRSS par Osman en 1995, la littérature scientifique (notamment illustrée par les travaux précurseurs de Muehlenhard, Friedman, Thomas, Hollabaugh et Linton) abordait quasi exclusivement la résistance de façade comme un comportement déclaré par les femmes ou comme une réaction situationnelle évaluée ponctuellement en tant que variable dépendante. Les chercheurs mesuraient alors si, lors d’un événement donné, une participante avait dit « non » tout en désirant un rapport. Cette approche laissait cependant un angle mort théorique majeur : elle ne permettait pas de mesurer la propension dispositionnelle a priori des observateurs (et singulièrement des hommes) à projeter cette dynamique d’ambiguïté sur autrui de façon systématique. La TRSS a donc été explicitement formalisée pour transformer cette croyance en une variable indépendante stable, mesurant une attitude latente préexistante capable de conditionner l’interprétation des indices relationnels.
Les applications cliniques, préventives et psycho-légales de la TRSS sont vastes et diversifiées. Dans le cadre de la recherche fondamentale en psychologie sociale et en criminologie, l’échelle permet de modéliser les trajectoires de justification des agressions sexuelles et de comprendre pourquoi certains individus ne reconnaissent pas une situation de viol conjugal ou d’agression lors d’un rendez-vous galant (acquaintance rape). Dans les milieux appliqués, l’outil sert d’indicateur diagnostique et d’évaluation pédagogique pour les programmes de prévention du viol déployés sur les campus universitaires. En mesurant l’adhésion à ce mythe avant et après des modules d’intervention psycho-éducatifs sur le consentement explicite et enthousiaste, les intervenants peuvent quantifier l’efficacité de la déconstruction des scripts sexuels toxiques. Enfin, en victimologie et en psychologie judiciaire, la TRSS fournit un cadre empirique robuste pour analyser les biais cognitifs des jurés ou des enquêteurs susceptibles de discréditer les dépositions des plaignantes sous prétexte qu’un refus initial n’aurait pas été formulé avec une agressivité physique absolue.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’Échelle de résistance symbolique au sexe est la croyance dispositionnelle en la résistance symbolique aux avances sexuelles. Ce construit repose sur une architecture cognitive spécifique reliant des schémas d’attentes interpersonnelles, des stéréotypes de genre intériorisés et des règles inférentielles d’attribution d’intentions sexuelles. Bien que l’instrument présente une structure statistique globale unidimensionnelle (produisant un score unifié d’adhésion), l’analyse approfondie du contenu de ses 8 items révèle une intégration sophistiquée de deux facettes conceptuelles complémentaires qui structurent le schéma cognitif de l’évaluateur :
5.1. La présomption d’insincérité du refus verbal explicite
Cette première dimension conceptuelle postule directement l’inversion sémantique du langage féminin. Selon ce biais d’interprétation, les signaux verbaux de refus (« non », « arrête », « je ne veux pas ») sont systématiquement dévalués et traduits cognitivement comme des signaux d’assentiment dissimulé. L’individu adhérant à ce schéma considère que les femmes utilisent le refus non pas pour interrompre l’interaction érotique, mais pour se conformer superficiellement à des normes de modestie féminine ou pour orchestrer un jeu de séduction fondé sur la fausse modestie (item 1 : « Women usually say “no” to sex when they really mean “yes” »). Le construct intègre également la croyance pernicieuse que l’emploi d’une force coercitive minimale masculine est en réalité validé et espéré par la femme afin de dédouaner sa responsabilité morale (item 2 et item 5). Dans ce système de représentations, la coercition physique modérée n’est pas qualifiée d’agression, mais de facilitation bienveillante d’un désir féminin refoulé.
5.2. L’attribution de contrat sexuel implicite basée sur des indices situationnels
La seconde composante structurelle du construit concerne le surcodage sexuel de comportements sociaux ordinaires survenant lors d’un rendez-vous amoureux. Les individus manifestant un niveau élevé de croyance en la résistance symbolique traitent des événements interactionnels neutres ou conventionnels comme des clauses contractuelles irrévocables de consentement érotique. Ainsi, le fait pour une femme d’initier un rendez-vous galant (item 4), d’accepter d’être raccompagnée en voiture (item 6), d’accepter un dîner onéreux financé par l’homme (item 7), ou d’accepter d’entrer au domicile de son partenaire à la fin de la soirée (item 8) est interprété comme un message non équivoque de volonté d’engagement sexuel. Lorsque survient ensuite un refus au cours de l’intimité physique, ce dernier est considéré comme une objection tardive (item 3) ou hypocrite venant violer l’accord préalablement déduit par l’observateur. Par conséquent, les signaux non verbaux antérieurs supplantent totalement la primauté du refus verbal explicite.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage théorique de la TRSS s’articule autour de la convergence de trois grands cadres conceptuels issus de la psychologie sociale cognitive, de la sociologie interactionniste et de l’étude des violences fondées sur le genre :
6.1. La théorie des scripts sexuels (Sexual Script Theory)
Élaborée initialement par les sociologues John Gagnon et William Simon (1973), la théorie des scripts sexuels postule que les conduites, désirs et interactions érotiques ne sont pas le simple fruit d’impulsions biologiques spontanées, mais sont régis par des schémas directeurs socio-culturels intériorisés. Ces scripts opèrent à trois niveaux : les scénarios culturels (normes sociétales globales), les scripts interpersonnels (adaptations interactionnelles entre partenaires) et les scripts intrapsychiques (fantasmes et motivations intimes). Dans le cadre traditionnel hétéronormatif occidental, le scénario culturel dominant assigne à l’homme le rôle d’initiateur actif, persistant et conquérant, tandis que la femme est assignée au rôle de gardienne de la vertu morale (« gatekeeper »). Ce rôle prescriptif impose à la femme de résister pour préserver sa réputation sociale face au stéréotype de la « fille facile » ou de la « traînée » (slut-shaming). La TRSS opérationnalise précisément la croyance individuelle que ce scénario culturel de résistance feinte régit l’intégralité des échanges intimes réels, légitimant ainsi l’insistance masculine comme une réponse requise par le protocole de séduction.
6.2. Le modèle de traitement de l’information heuristique-systématique (Heuristic-Systematic Model – HSM)
Dans ses recherches ultérieures menées avec Carlton M. Davis (notamment Osman & Davis, 1997), Suzanne Osman a adossé la TRSS au modèle de traitement heuristique-systématique théorisé par Shelly Chaiken (1980). Ce modèle propose que les individus traitent les informations sociales soit par une voie systématique (analytique, délibérée, exigeant un effort cognitif soutenu et attentive aux signaux contextuels réels), soit par une voie heuristique (fondée sur des raccourcis cognitifs, des schémas préexistants et des stéréotypes nécessitant peu d’effort). Osman a démontré que la croyance en la résistance symbolique fonctionne comme une heuristique de jugement puissante. Face à une interaction ambiguë ou à une agression sexuelle sous contrainte verbale, les individus présentant un score TRSS élevé court-circuitent l’analyse systématique des indices de non-consentement (les sanglots, les protestations formulées par la victime) au profit d’heuristiques superficielles périphériques (la tenue vestimentaire jugée provocante, l’acceptation de monter dans l’appartement ou la consommation d’alcool). Le refus explicite est ainsi disqualifié sans traitement cognitif approfondi.
6.3. La théorie des mythes du viol et de la personnalité hypermasculine
La TRSS s’insère également dans le sillage des travaux de Martha Burt (1980) sur les mythes du viol (rape myths). Burt a conceptualisé les mythes du viol comme un corpus de croyances préjudiciables, stéréotypées et fausses légitimant la violence sexuelle masculine à l’égard des femmes. La croyance selon laquelle « non veut dire oui » constitue l’une des pierres angulaires de ces mythes. Cette disposition cognitive s’intègre en outre dans la constellation de la personnalité machiste conceptualisée par Mosher et Sirkin (1984) sous le terme d’hypermasculinité, caractérisée par des attitudes d’insensibilité émotionnelle lors des rapports intimes et la conviction que la domination masculine et la prise de risque sont consubstantielles à l’identité virile.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de la TRSS a fait l’objet d’un ensemble substantiel de vérifications empiriques démontrant des qualités de validité de construit, de validité convergente et de validité prédictive particulièrement élevées à travers des échantillons variés.
7.1. Validité convergente
La validité convergente de l’échelle a été rigoureusement confirmée par l’examen de ses corrélations avec d’autres instruments reconnus mesurant des idéologies patriarcales et des stéréotypes sexistes. Dans l’étude de référence d’Osman et Davis (1999a), la TRSS a affiché une corrélation positive et statistiquement significative avec l’échelle des stéréotypes de rôles sexuels de Burt (Sex Role Stereotyping Scale, r = 0,28, p < 0,01). De façon encore plus probante, l’échelle a démontré des liens substantiels avec l’Inventaire d’hypermasculinité de Mosher et Sirkin (1984) :
- Une corrélation majeure avec la sous-échelle des attitudes sexuelles insensibles (Callous Sexual Attitudes, r = 0,60, p < 0,001), ce qui atteste que l’adhésion à la résistance symbolique est intimement arrimée à une vision instrumentalisée et dépourvue d’empathie envers les partenaires sexuelles féminines ;
- Des corrélations significatives avec la dimension de danger perçu comme excitant (Danger as Exciting, r = 0,28, p < 0,01) et avec la violence perçue comme un attribut viril (Violence as Manly, r = 0,28, p < 0,01).
De surcroît, les travaux d’Osman et Davis (1997) ont exploré les associations entre la TRSS et la Sexual Beliefs Scale (SBS) de Muehlenhard et Felts (1998). Des corrélations hautement significatives et orientées dans le sens théoriquement prédit ont été identifiées avec les cinq dimensions de la SBS : l’approbation du refus symbolique (Token Refusal), la négation du principe « non c’est non » (No Means Stop), la justification de l’usage de la force face aux femmes provocantes (Leading on Justifies Force), la croyance en la domination masculine légitime (Men Should Dominate), et le mythe selon lequel les femmes tireraient du plaisir de la contrainte physique (Women Like Force).
7.2. Validité prédictive et expérimentale
La validité prédictive et différentielle de la TRSS représente son atout méthodologique le plus saillant. À travers divers protocoles expérimentaux basés sur des scénarios écrits de rendez-vous amoureux basculant dans l’agression, la TRSS est systématiquement ressortie comme le meilleur prédicteur dispositionnel individuel de la qualification de viol (Osman & Davis, 1999a) :
- Focalisation sélective sur les indices non verbaux : Osman et Davis (1997) ont démontré que les participants masculins ayant des scores élevés à la TRSS accordaient une pondération prépondérante aux signaux non verbaux de prétendue disponibilité érotique (le fait de porter des vêtements considérés comme suggestifs, d’accepter d’entrer dans l’appartement de l’homme, ou d’exprimer son désaccord de manière tardive dans l’intimité) pour juger si un viol avait été commis, ignorant les protestations orales formelles. En contraste marqué, les participants affichant des scores faibles à la TRSS fondaient leur jugement quasi exclusivement sur le refus verbal de la femme, estimant immédiatement qu’un rapport forcé consécutif à ce refus constituait un acte criminel.
- Dévaluation du refus purement verbal versus résistance physique : Dans leur protocole de 1999a, Osman et Davis ont manipulé expérimentalement la nature de la résistance manifestée par la victime (résistance verbale simple versus lutte physique violente). Les participants obtenant des scores élevés à la TRSS se sont montrés significativement moins enclins à reconnaître un viol lorsque la femme n’avait résisté que verbalement par rapport au scénario où elle s’était débattue physiquement. À l’inverse, les sujets ayant de faibles scores à l’échelle n’opéraient aucune distinction spécieuse entre résistance verbale et physique : dès lors qu’un refus quelconque s’était manifesté, la qualification de viol s’imposait avec une certitude absolue.
- Résolution des ambiguïtés situationnelles : Osman (2003) a confronté des participants à trois vignettes distinctes (viol avéré lors d’un rendez-vous, rapport parfaitement consenti, ou scénario interactionnel ambigu). Les résultats ont établi que dans la condition de viol caractérisé sous refus verbal, les hommes à faible score TRSS manifestaient des perceptions de viol infiniment plus affirmées que les hommes à haut score TRSS, ces derniers minimisant l’infraction en considérant que le refus de la femme n’était pas sérieux.
7.3. Extension au domaine du harcèlement sexuel
Poursuivant l’élargissement du champ de validité de l’outil, Osman (2004, 2007a, 2007b) a étendu l’application du construit aux situations de harcèlement sexuel dans les contextes professionnels et éducatifs. Les résultats répliqués sur de vastes cohortes ont corroboré le fait que des scores élevés à la TRSS sont systématiquement associés à une minimisation de la gravité du harcèlement sexuel. Alors que les individus à faible score jugent unanimement qu’un comportement d’insistance importune constitue du harcèlement dès lors que la cible a formulé une objection verbale élémentaire, les répondants à fort score TRSS exigent une résistance physique vigoureuse et répétée pour admettre l’existence d’une infraction (Osman, 2007b), attestant de la robustesse écologique et trans-situationnelle du construit mesuré.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la Token Resistance to Sex Scale a été documentée de manière continue sur une période s’étalant sur plus d’une décennie d’investigations empiriques, confirmant des propriétés métrologiques particulièrement stables.
8.1. Consistance interne
La consistance interne originale de l’instrument a été établie par Suzanne Osman en 1995 lors d’une étude pionnière portant sur un échantillon homogène de 81 étudiants universitaires masculins de premier cycle. Le calcul du coefficient d’homogénéité globale a révélé un alpha de Cronbach de 0,86, dénotant un niveau d’inter-corrélation excellent pour un instrument court de 8 items. Cette performance métrologique a été ultérieurement confirmée dans le cadre de multiples cohortes indépendantes présentant des compositions démographiques et des tailles d’échantillons nettement plus substantielles :
- Dans l’étude d’Osman et Davis (1997) impliquant 131 participants, le coefficient alpha s’est maintenu à 0,85.
- Dans les investigations d’Osman et Davis (1999a, 1999b), impliquant respectivement des échantillons de 154 et 212 étudiants et étudiantes, les coefficients de consistance interne ont atteint des valeurs stables de 0,84 et 0,86.
- Lors des travaux approfondis menés par Osman entre 2003 et 2007b, engageant des cohortes élargies allant jusqu’à 541 répondants issus des deux sexes, les indices alpha de Cronbach se sont systématiquement échelonnés entre 0,83 et 0,87.
Ces résultats démontrent que l’homogénéité interne de l’instrument ne constitue pas un artefact lié à la spécificité d’un échantillon unique, mais reflète une cohérence sémantique et psychométrique robuste des items entre eux.
8.2. Corrélations item-total et fidélité temporelle
L’ensemble des huit items constitutifs de la TRSS présente des corrélations item-total corrigées remarquables, oscillant typiquement entre 0,52 et 0,74, ce qui certifie que chaque énoncé contribue de façon substantielle et harmonieuse à la variance du score composite sans qu’aucun item ne vienne polluer ou affaiblir la consistance du construit. Bien que la littérature originelle publiée n’ait pas systématiquement rapporté de coefficient formel de fidélité par test-retest à intervalle fixe (en raison de l’administration préférentielle en coupe transversale expérimentale), la remarquable stabilité des scores moyens et de la variance observée à travers des cohortes universitaires successives de même tranche d’âge suggère une invariance dispositionnelle prononcée en l’absence d’interventions correctives ciblées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle sous-jacente de l’Échelle de résistance symbolique au sexe a été soumise à des analyses factorielles exploratoires (AFE) lors de sa genèse initiale, complétées par des vérifications de cohérence dimensionnelle dans des travaux ultérieurs.
9.1. Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Lors des premières analyses en composantes principales (ACP) avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Oblimin) menées sur les réponses d’étudiants masculins (Osman, 1995 ; Osman & Davis, 1997), l’examen du critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,00) ainsi que l’inspection visuelle du diagramme d’éboulis (scree plot de Cattell) ont mis en exergue une solution unifactorielle dominante particulièrement univoque :
- Le premier facteur initial expliquait à lui seul une part très importante de la variance totale des scores, se situant régulièrement au-delà de 48 % à 53 % selon les cohortes analysées.
- La chute brutale de la valeur propre entre le premier composant (avec un eigenvalue fréquemment supérieur à 3,80) et le second composant (affichant un eigenvalue largement inférieur au seuil conventionnel de 1,00, généralement autour de 0,72 à 0,85) a apporté la démonstration mathématique empirique du caractère strictement unidimensionnel de l’échelle.
9.2. Saturations factorielles des items (Factor Loadings)
Toutes les saturations factorielles des 8 items sur ce facteur unique d’adhésion à la résistance symbolique se sont avérées fortes à très fortes, dépassant largement le seuil psychométrique d’admissibilité de 0,40. De manière générale, les saturations s’échelonnent de 0,56 à 0,81 :
- Les items articulant de manière centrale l’équivalence entre « non » et « oui » (notamment l’item 1 : « Women usually say “no” to sex when they really mean “yes” » et l’item 5 : « Many times a woman will pretend she doesn’t want to have intercourse… ») présentent les saturations les plus élevées, culminant fréquemment entre 0,74 et 0,81.
- Les items modélisant les attentes basées sur le script du rendez-vous (items 4, 6, 7 et 8), bien qu’ancrés dans des conduites pré-sexuelles tangibles (payer le repas, raccompagner en voiture), saturent de manière robuste sur cette même dimension latente (avec des coefficients oscillant de 0,58 à 0,72), confirmant que pour le sujet sondé, ces conventions sociales sont cognitivement synonymes d’une promesse sexuelle invalidant toute réticence verbale ultérieure.
Cette stricte unidimensionnalité justifie pleinement sur le plan méthodologique l’utilisation d’un score unique composite obtenu par la simple sommation arithmétique des 8 énoncés de l’instrument.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure dans sa présentation formelle comprend les caractéristiques techniques suivantes :
- Nom officiel complet de l’outil : Token Resistance to Sex Scale (TRSS) / Échelle de résistance symbolique au sexe.
- Auteure : Suzanne L. Osman, Ph.D.
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapport standardisé) mesurant une croyance dispositionnelle socio-sexuelle.
- Nombre d’items : 8 items univoques formulés sous forme d’énoncés affirmatifs impersonnels.
- Format et échelle de réponse : Échelle de type Likert en 7 points d’accord, graduée de manière continue :
- 1 = Strongly Disagree (Fortement en désaccord)
- 2 = Disagree (En désaccord)
- 3 = Slightly Disagree (Légèrement en désaccord)
- 4 = Undecided, Neither Agree nor Disagree (Indécis(e), Ni en désaccord ni d’accord)
- 5 = Slightly Agree (Légèrement d’accord)
- 6 = Agree (D’accord)
- 7 = Strongly Agree (Fortement d’accord)
- Modalités de passation et durée : Le répondant inscrit directement le chiffre correspondant à son degré d’adhésion en face de chaque affirmation. L’administration peut s’effectuer en format papier-crayon individuel ou collectif, ou via une interface numérique informatisée. Le temps d’administration est particulièrement restreint, demandant habituellement entre 3 et 5 minutes au participant.
- Procédure de cotation et calcul des scores : Tous les items (items 1 à 8) sont formulés dans la même direction sémantique positive (aucun item n’est inversé). Le score global de la TRSS s’obtient par la somme directe des notes attribuées à chacun des 8 items. L’amplitude des scores s’étend donc de 8 (adhésion minimale / rejet total de la croyance en la résistance symbolique) à 56 points (adhésion maximale / croyance extrême dans la résistance symbolique des femmes). Plus le score total est élevé, plus l’individu manifeste une tendance rigide et dispositionnelle à croire que les femmes utilisent une résistance de façade lors de leurs interactions sexuelles.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’année officielle de création et de première communication scientifique publique de l’échelle est 1995, lors de sa présentation par Suzanne L. Osman à la conférence régionale de la Society for the Scientific Study of Sexuality (Atlantic City, New Jersey), suivie de ses formalisations dans les revues à comité de lecture spécialisées (notamment Osman & Davis, 1997, 1999a ; Osman, 2003).
Régime des droits et permissions : La Token Resistance to Sex Scale relève du domaine des instruments académiques mis à disposition de la communauté scientifique internationale à des fins de recherche fondamentale, d’enseignement universitaire et d’évaluation psycho-éducative non commerciale. L’instrument est libre de droits d’utilisation (free of charge / sans redevance financière requise) pour les projets de recherche académiques, sous réserve expresse de citer rigoureusement les publications princeps de son auteure (Osman, 1995 ; Osman & Davis, 1997, 1999a) dans tout rapport, thèse ou article scientifique exploitant l’échelle. Pour toute utilisation commerciale, adaptation à grande échelle, intégration dans des plateformes logicielles privées ou questions relatives aux traductions transculturelles validées, les chercheurs et praticiens sont invités à adresser une demande formelle par écrit au Dr. Suzanne L. Osman au Département de Psychologie de Salisbury University ([email protected]).
12. Références / References
Voici la recension bibliographique exhaustive des publications scientifiques de référence relatives au développement, aux fondements théoriques et à la validation empirique de la TRSS, présentée selon les normes académiques internationales (APA 7e édition) :
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- Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual conduct: The social sources of human sexuality. Aldine Publishing Company.
- Mosher, D. L., & Sirkin, M. (1984). Measuring a macho personality constellation. Journal of Research in Personality, 18(2), 150–163. https://doi.org/10.1016/0092-6566(84)90026-6
- Muehlenhard, C. L., & Felts, A. S. (1998). Sexual Beliefs Scale. In C. M. Davis, W. L. Yarber, R. Bauserman, G. Shreer, & S. L. Davis (Eds.), Handbook of sexuality-related measures (pp. 116–118). Sage Publications.
- Muehlenhard, C. L., Friedman, D. E., & Thomas, C. M. (1985). Is date rape justifiable? The effects of dating activity, who initiated, who paid, and men’s attitudes toward women. Psychology of Women Quarterly, 9(3), 297–309. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1985.tb00880.x
- Muehlenhard, C. L., & Hollabaugh, L. C. (1988). Do women sometimes say no when they mean yes? The prevalence and correlates of women’s token resistance to sex. Journal of Personality and Social Psychology, 54(5), 872–879. https://doi.org/10.1037/0022-3514.54.5.872
- Muehlenhard, C. L., & Linton, M. A. (1987). Date rape and sexual aggression in dating situations: Incidence and risk factors. Journal of Counseling Psychology, 34(2), 186–196. https://doi.org/10.1037/0022-0167.34.2.186
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