1. Résumé / Abstract
L’Échelle de régulation sexuelle dyadique (en anglais, Dyadic Sexual Regulation Scale ou DSR), développée par le psychologue et chercheur en santé publique Joseph A. Catania à l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), est un instrument psychométrique conçu pour mesurer le lieu de contrôle (locus of control) spécifique aux interactions sexuelles de couple. Fondée sur la transposition des théories de l’apprentissage social au domaine de l’intimité relationnelle, la DSR évalue dans quelle mesure un individu perçoit les événements, le plaisir, l’initiation et la résolution des difficultés sexuelles comme dépendant de ses propres actions et initiatives (contrôle interne) ou de facteurs échappant à son pouvoir, tels que la volonté exclusive du partenaire, la chance ou le destin (contrôle externe).
La version originale de l’instrument comprend 11 items auto-administrés ou administrés par un enquêteur, évalués selon une échelle de type Likert en 7 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement d’accord »). L’échelle intègre cinq items inversés afin de contrôler les biais d’acquiescement. Le score total varie de 11 à 77 points, les scores les plus élevés traduisant une forte internalité sexuelle dyadique couplée à une flexibilité du contrôle (la capacité d’alterner entre des rôles actifs et passifs selon les situations relationnelles). Une version abrégée en 5 items a également été développée et validée dans le cadre de grandes enquêtes épidémiologiques nationales sur les comportements sexuels et le risque de transmission du VIH (notamment le National AIDS Behavior Survey [NABS] et l’étude AIDS in Multi-Ethnic Neighborhoods [AMEN]).
Les études psychométriques initiales (Catania, McDermott, & Wood, 1984 ; Catania et al., 1992) démontrent une consistance interne satisfaisante (coefficients alpha de Cronbach compris entre 0,74 et 0,83 pour la version complète à 11 items, et de 0,62 pour la version abrégée en population générale hétérogène et multiethnique) ainsi qu’une excellente fidélité test-retest à deux semaines (r = 0,77). L’analyse factorielle révèle une structure unidimensionnelle dominante expliquant l’essentiel de la variance. L’échelle démontre une validité convergente significative avec les mesures générales de lieu de contrôle (notamment l’échelle de Nowicki-Strickland) tout en manifestant une validité discriminante remarquable : l’internalité mesurée par la DSR est corrélée de manière robuste aux activités sexuelles dyadiques (fréquence des rapports, satisfaction sexuelle, réciprocité des orgasmes, réduction de l’anxiété de performance), mais ne présente aucune corrélation avec les activités sexuelles solitaires/monadiques (masturbation), confirmant ainsi sa spécificité contextuelle relationnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Lieu de contrôle sexuel, régulation dyadique, comportement sexuel, satisfaction sexuelle, psychométrie, autonomie relationnelle, santé sexuelle, VIH/SIDA, dynamique de couple, assertivité sexuelle, Joseph Catania, échelle de Likert, psychologie sociale de la santé.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de régulation sexuelle dyadique a été conçue et formalisée par :
- Joseph A. Catania, Ph.D. : Professeur émérite et chercheur au Département de médecine et au Center for AIDS Prevention Studies (CAPS) de l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), puis professeur à l’Université d’État de l’Oregon (Oregon State University, College of Public Health and Human Sciences). Pionnier des recherches comportementales appliquées à l’épidémiologie du VIH, aux dynamiques du consentement et aux processus de communication intime au sein des couples.
- Collaborateurs initiaux (travaux de validation 1984) : Steven T. McDermott et Jesse M. Wood, chercheurs associés au Département de psychologie et aux programmes d’études sur la sexualité humaine à l’Université de Californie.
- Collaborateurs épidémiologiques (cohortes NABS et AMEN 1992) : Thomas J. Coates, Susan M. Kegeles, Mindy Thompson-Fullilove, John L. Peterson, Barbara VanOss Marin et Ron Stall, chercheurs affiliés aux programmes de prévention du VIH/SIDA de l’UCSF et de l’Université Columbia.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Dyadic Sexual Regulation Scale est de quantifier la perception qu’a un individu de sa capacité à exercer un contrôle effectif, direct et partagé sur les interactions érotiques et affectives vécues avec un ou une partenaire régulier(ère). Alors que la recherche psychologique traditionnelle s’est longtemps appuyée sur des mesures généralistes du lieu de contrôle pour prédire l’adaptation psychologique globale, Catania et ses collègues ont postulé dès le début des années 1980 que ces instruments généraux manquaient cruellement de sensibilité et de validité prédictive lorsqu’ils étaient appliqués aux contextes hautement intimes, émotionnels et relationnels de la sexualité humaine.
Justification conceptuelle et théorique
La sexualité humaine au sein d’un couple ne relève pas d’une simple performance individuelle ; elle constitue une transaction interpersonnelle continue. La DSR a été développée pour opérationnaliser trois composantes dynamiques du contrôle dyadique :
- L’acquisition et l’initiation des récompenses sexuelles : la capacité perçue d’exprimer ses désirs, de proposer des activités érotiques et d’obtenir des stimulations satisfaisantes.
- La régulation des événements intermédiaires et de la trajectoire du rapport : la négociation active des pratiques au cours de la relation, la capacité à guider le ou la partenaire vers ce qui procure du plaisir, et l’ajustement du rythme de la rencontre sexuelle.
- La prévention et l’évitement des situations aversives : la capacité d’interrompre une interaction déplaisante, de refuser des avances sexuelles non désirées sans crainte excessive de rupture, et de se prémunir contre la coercition ou l’insatisfaction chronique.
Un aspect central et novateur de la DSR réside dans la modélisation de la flexibilité du contrôle (control flexibility). Contrairement à une vision rigide où l’internalité équivaudrait à une domination unilatérale permanente sur le partenaire, Catania définit une régulation saine comme l’aptitude d’un individu soit à assumer le contrôle (rôle actif/directif), soit à l’abandonner volontairement et avec plaisir (rôle réceptif/passif), selon les moments et la nature mouvante des échanges intimes.
Applications cliniques et de recherche
Dans le domaine de la recherche épidémiologique et préventive, la DSR a joué un rôle déterminant dès le déclenchement de l’épidémie de VIH/SIDA aux États-Unis. Elle a permis d’étudier comment l’asymétrie de pouvoir perçue au sein du couple entrave la négociation de l’usage du préservatif et l’adoption de comportements sexuels à moindre risque (safer sex). Les individus présentant une faible internalité sexuelle (locus externe) se perçoivent souvent comme incapables d’influencer les décisions de leur partenaire, ce qui accroît considérablement leur vulnérabilité face aux infections sexuellement transmissibles (IST).
Sur le plan clinique et sexothérapeutique, l’échelle constitue un outil diagnostique précieux pour identifier les dysfonctions relationnelles. Une faible régulation interne est fréquemment associée à l’anxiété de performance érotique, à la baisse du désir, à l’anorgasmie secondaire et aux sentiments de résignation acquise face à une vie intime insatisfaisante. L’évaluation via la DSR permet aux thérapeutes de couple de cibler les déficits d’assertivité, les croyances dysfonctionnelles d’impuissance et les rigidités de rôle au cours de l’acte sexuel.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’Échelle de régulation sexuelle dyadique est le lieu de contrôle sexuel dyadique (dyadic sexual locus of control). Ce construit se situe à l’intersection de la psychologie de la personnalité, de la théorie cognitive et de la sexologie relationnelle. Il ne s’agit ni d’un trait de personnalité immuable, ni d’une compétence purement motrice, mais d’une attente généralisée d’efficacité et d’autonomie circonscrite au système relationnel du couple.
L’échelle opérationnalise ce construit à travers plusieurs dimensions interconnectées :
1. L’initiative et l’agentivité érotique (Items 1 et 4)
L’agentivité renvoie à la perception que le sujet est le moteur légitime et efficace de sa propre vie érotique. L’individu à locus interne initie régulièrement les ébats sexuels (Item 1) et planifie des moments propices à l’intimité, avec la conviction que cette préparation contribue directement à la qualité de l’expérience partagée (Item 4). À l’inverse, l’individu à locus externe attend passivement que le partenaire déclenche l’interaction, attribuant la réussite ou l’échec de la rencontre au hasard, à l’humeur du moment ou aux dispositions exclusives de l’autre.
2. Le sentiment d’efficacité dans l’obtention du plaisir (Items 2, 5 et 10)
Cette dimension évalue la croyance du sujet en son pouvoir d’action lorsque la situation sexuelle s’avère insatisfaisante ou incomplète. Les individus à orientation externe éprouvent un sentiment d’impuissance appris : ils estiment qu’il n’y a « presque rien qu’ils puissent faire » pour améliorer un rapport médiocre (Item 2) et trouvent extrêmement difficile d’amener leur partenaire à exécuter les gestes qui leur procurent du plaisir (Item 5). De surcroît, l’item 10 évalue l’inhibition de l’auto-stimulation compensatoire : l’incapacité psychologique de recourir à l’auto-toucher pour atteindre l’orgasme en cas de stimulation inadéquate du partenaire traduit une dépendance totale à l’action d’autrui pour réguler son propre corps.
3. L’assertivité sexuelle et la capacité de refus (Item 7)
Le contrôle dyadique ne se limite pas à l’obtention de gratifications ; il implique impérativement le pouvoir de refuser. L’item 7 mesure la liberté perçue de décliner les avances sexuelles du partenaire en l’absence de désir personnel, sans craindre de rétorsion, de conflit destructeur ou de culpabilité excessive. Cette composante est un indicateur capital de l’intégrité du consentement et de l’équilibre des forces au sein de la dyade.
4. La concordance temporelle et la synchronie des désirs (Items 3 et 6)
La régulation se manifeste également dans la synchronisation perçue des fréquences et des durées des interactions. Les sujets à locus interne ont le sentiment d’avoir des relations aussi souvent qu’ils le désirent (Item 3) et ne se sentent pas dépossédés de la durée du rapport. Au contraire, le sentiment récurrent que les rapports prennent fin prématurément sous l’impulsion exclusive du partenaire (Item 6) caractérise une extériorité subie, où le terme de l’interaction échappe entièrement au contrôle du sujet.
5. La flexibilité du contrôle et la fluidité des rôles (Items 8, 9 et 11)
Cette composante fondamentale distingue la théorie de Catania d’un modèle unilatéral de domination. L’item 8 identifie le renoncement total et rigide au contrôle (vouloir que le partenaire dirige l’ensemble des rencontres, coté à l’envers). Parallèlement, les items 9 et 11 mesurent la flexibilité érotique : le sujet capable d’une régulation optimale apprécie d’être tour à tour l’élément actif guidant la relation pendant que le partenaire est passif (Item 9), et de se laisser aller à une passivité réceptive et voluptueuse pendant que le partenaire prend les rênes (Item 11). La santé psychosexuelle dyadique repose précisément sur cette liberté de naviguer avec aisance entre contrôle et lâcher-prise consenti.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Échelle de régulation sexuelle dyadique prend racine dans la théorie de l’apprentissage social formulée initialement par Julian B. Rotter (1954, 1966). Selon ce paradigme cognitivo-comportemental, le potentiel d’apparition d’un comportement spécifique dans une situation donnée dépend conjointement de l’attente (l’estimation probabiliste que le comportement mènera à un renforçateur déterminé) et de la valeur du renforçateur pour l’individu.
Rotter a formalisé le concept de locus of control comme une variable de personnalité bipolaire représentant une « attente généralisée » :
- Locus interne : La conviction que les événements de vie sont contingents à son propre comportement, à ses compétences, à ses efforts et à ses choix stratégiques.
- Locus externe : La perception que les résultats positifs ou négatifs sont déterminés par des forces extérieures incontrôlables, telles que le destin, la chance, le hasard, ou l’emprise d’autrui (« autrui tout-puissant » ou powerful others).
La transition des expectatives globales aux construits situationnels spécifiques
Dès les années 1970 et 1980, les psychométriciens ont constaté les limites substantielles des échelles de locus généralistes (comme l’échelle I-E de Rotter ou l’échelle de Nowicki-Strickland) lorsqu’il s’agissait de prédire des comportements complexes dans des domaines de vie très spécialisés. Des théoriciens tels que Kenneth Wallston (avec l’échelle Multidimensional Health Locus of Control) ont prouvé que les expectatives spécifiques à un domaine offraient des coefficients de corrélation et des capacités prédictives infiniment supérieures aux mesures globales.
Joseph A. Catania a appliqué cette avancée conceptuelle au comportement sexuel en développant le modèle de la régulation dyadique. En s’appuyant sur les travaux de Albert Bandura sur l’auto-efficacité (self-efficacy) et sur les théories de l’échange social (Thibaut & Kelley, 1959), Catania a souligné que l’environnement sexuel présente des contingences uniques : les renforçateurs ne sont pas distribués de façon mécanique par l’environnement physique, mais sont négociés au sein d’un système bidirectionnel entre deux partenaires interdépendants.
Dans ce cadre conceptuel, le sentiment de contrôle sexuel n’est pas réductible à une maîtrise technique du corps : il dépend de la croyance que la communication verbale et non verbale, l’affirmation de soi et la flexibilité comportementale permettent d’atteindre des états relationnels mutuellement gratifiants et d’échapper aux dynamiques relationnelles destructrices ou coercitives.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de validité de l’Échelle de régulation sexuelle dyadique ont été examinées au travers de multiples investigations empiriques menées auprès d’échantillons universitaires, de populations cliniques et de cohortes probabilistes nationales représentatives.
Validité de contenu
La validité de contenu de la DSR a été assurée dès sa phase de conception par une méthodologie qualitative rigoureuse. Les items n’ont pas été rédigés de manière purement théorique par les auteurs en chambre, mais ont été extraits et adaptés à partir d’entretiens ouverts approfondis portant sur les attitudes, les difficultés et les interactions sexuelles de couples hétérosexuels et homosexuels. Cette démarche empirique a garanti que le vocabulaire employé et les situations décrites reflètent précisément le répertoire des expériences vécues par les individus au sein de leur intimité.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée en comparant la DSR à l’échelle de contrôle interne-externe pour adultes de Nowicki-Strickland (Nowicki-Strickland Adult Internal-External Control Scale – NSLC ; Nowicki & Duke, 1974). Dans l’étude initiale de Catania, McDermott et Wood (1984) menée auprès d’étudiants ayant un partenaire sexuel régulier (Échantillon 1, n = 151), la DSR a présenté une corrélation statistiquement significative avec l’échelle NSLC (r = 0,19, p < 0,05, ddl = 149). Cette corrélation modérée est exactement conforme aux prédictions théoriques : elle confirme que la DSR mesure bien un construit apparenté au lieu de contrôle général, tout en démontrant que le locus sexuel dyadique capture une variance hautement spécifique non prise en compte par les échelles généralistes.
Validité concourante et de critère
Les données rapportées par Catania et al. (1984) ont mis en lumière des corrélations robustes et théoriquement cohérentes entre le score global à la DSR et un large éventail d’indicateurs de fonctionnement sexuel dyadique. Une internalité élevée sur la DSR est significativement corrélée avec :
- Une fréquence accrue des rapports sexuels pénétratifs (coït) ;
- Une fréquence plus élevée de sexe oral reçu du partenaire ;
- Un taux significativement plus élevé d’orgasmes atteints en présence du partenaire ;
- Une plus grande fréquence globale des relations intimes et des manifestations d’affection physique mutuelle ;
- Un niveau supérieur de satisfaction sexuelle globale ;
- Une diminution marquée de l’anxiété dans les situations sexuelles.
Par contraste, l’échelle généraliste NSLC ne présentait que des associations très faibles ou non significatives avec ces mêmes critères, démontrant la supériorité incontestable de la DSR pour prédire les issues relationnelles et sexuelles.
Validité discriminante
L’élément le plus probant de la validité discriminante de l’instrument réside dans l’absence totale de corrélation entre les scores à la DSR et les activités sexuelles monadiques (solitaires), telles que la fréquence de la masturbation. Si l’instrument mesurait une pulsion sexuelle globale (libido) ou un besoin diffus de décharge orgasmique indépendamment du lien, il corrélerait avec toutes les formes de pratique érotique. Le fait que la DSR ne soit liée qu’aux comportements nécessitant une négociation interpersonnelle prouve de façon décisive qu’elle évalue spécifiquement la régulation dyadique et non l’appétit sexuel individuel. Par ailleurs, aucune différence significative liée au genre n’a été observée, attestant d’une neutralité métrologique entre hommes et femmes.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’instrument a été évaluée sous l’angle de la consistance interne et de la stabilité temporelle (test-retest) au sein de plusieurs échantillons distincts.
Consistance interne
- Échantillon universitaire 1 (Catania et al., 1984) : Composé de 151 étudiants hétérosexuels blancs (59 hommes, 92 femmes ; âge moyen = 27 ans) engagés dans une relation de couple régulière. Le coefficient alpha de Cronbach obtenu pour la version 11 items est de α = 0,74.
- Échantillon universitaire 2 (Catania et al., 1984) : Échantillon de réplication indépendant composé de 70 participants (27 hommes, 43 femmes) aux caractéristiques démographiques similaires. La consistance interne s’est révélée excellente, avec un coefficient alpha de Cronbach de α = 0,83.
- Grands échantillons épidémiologiques (Version courte à 5 items) : Dans l’enquête National AIDS Behavior Survey (NABS ; Catania et al., 1992), administrée à 4 620 répondants âgés de 18 à 49 ans issus d’échantillons probabilistes représentatifs de la population urbaine américaine (suréchantillonnant les communautés afro-américaines et hispaniques), le coefficient alpha de la forme abrégée était de α = 0,62. Bien que plus modeste, ce score demeure tout à fait acceptable pour une sous-échelle brève de 5 items administrée dans des conditions d’enquêtes téléphoniques et en face-à-face à très grande échelle.
- Dans l’étude AIDS in Multi-Ethnic Neighborhoods (AMEN ; Catania et al., 1992, vague 3, n = 954 adultes âgés de 20 à 44 ans), des niveaux comparables de cohérence interne ont été établis à travers divers sous-groupes sociodémographiques et ethniques.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-groupe de participants ayant complété l’échelle à deux reprises avec un intervalle de deux semaines. Le coefficient de fidélité test-retest s’est élevé à r = 0,77. Cette valeur démontre une remarquable stabilité temporelle du construit, confirmant qu’il s’agit bien d’une disposition cognitive durable envers la relation de couple et non d’une fluctuation passagère de l’humeur.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la version complète à 11 items a été explorée dès la publication originale par le biais d’une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation Varimax, menée sur les données de l’Échantillon 1 (n = 151 ; Catania, McDermott, & Wood, 1984).
Résultats de l’analyse exploratoire
L’analyse a mis en évidence une structure factorielle extraordinairement homogène :
- Variance expliquée : Le premier facteur principal extrait représentait à lui seul 95 % de la variance totale des scores, démontrant l’existence d’un facteur général sous-jacent puissant et omniprésent de régulation sexuelle dyadique.
- Saturations factorielles (Loadings) : Aucun item ne présentait de saturation factorielle supérieure à 0,30 sur les facteurs secondaires éventuels au-delà du premier facteur. L’ensemble des 11 items convergeait massivement vers cette composante d’internalité/externalité dyadique.
Structure de la version abrégée (5 items)
Pour répondre aux impératifs d’enquêtes épidémiologiques de masse où le temps de passation est extrêmement contingenté, Catania et ses collaborateurs (1992) ont sélectionné cinq items clés constituant le cœur de la variance du contrôle dyadique (Items 2, 3, 4, 5 et 6). Les analyses factorielles confirmatoires conduites dans le cadre des enquêtes NABS et AMEN ont confirmé que ces 5 items capturent fidèlement la dimension d’efficacité perçue et de synchronie sans rupture de validité par rapport à la forme complète.
10. Instrument de mesure / Instrument
La Dyadic Sexual Regulation Scale est un questionnaire psychométrique standardisé pouvant être administré en format auto-administré (version papier-crayon ou numérique) ou en passation hétéro-administrée par un enquêteur formé.
- Format d’évaluation : Échelle de type Likert en 7 points graduée de façon symétrique :
- 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
- 2 = Modérément en désaccord (Moderately disagree)
- 3 = Légèrement en désaccord (Slightly disagree)
- 4 = Neutre / Ni d’accord ni en désaccord (Neither agree nor disagree)
- 5 = Légèrement d’accord (Slightly agree)
- 6 = Modérément d’accord (Moderately agree)
- 7 = Fortement d’accord (Strongly agree)
- Nombre d’items :
- Version standard intégrale : 11 items.
- Version courte révisée (épidémiologique) : 5 items (composée des items 2, 3, 4, 5 et 6 ; les items 3 et 8 faisant l’objet d’une formulation légèrement adaptée pour l’administration orale).
- Temps de passation : Environ 1 à 2 minutes pour la version courte ; 2 à 4 minutes pour la version complète de 11 items.
- Langues disponibles : Anglais et espagnol (traductions et validations officielles menées par l’équipe de recherche de l’UCSF pour les études NABS et AMEN).
- Cotation et calcul des scores :
- Inversion préalable des items négatifs : Cinq items sont formulés dans le sens d’une extériorité ou d’une résignation passive. Les items 2, 5, 6, 8 et 10 doivent impérativement être inversés avant sommation selon la formule :
Score_Inversé = 8 - Score_Brut(ainsi, 1 devient 7, 2 devient 6, 3 devient 5, 4 reste 4, etc.). - Score total : Somme arithmétique des 11 items (après inversion). Le score total oscille entre 11 et 77 points.
- Interprétation : Un score total élevé traduit un locus de contrôle sexuel interne et une grande flexibilité d’adaptation érotique. Un score faible reflète un locus de contrôle sexuel externe, associé à un sentiment d’impuissance, à une dépendance affective passive et à des difficultés d’affirmation au sein du couple.
- Inversion préalable des items négatifs : Cinq items sont formulés dans le sens d’une extériorité ou d’une résignation passive. Les items 2, 5, 6, 8 et 10 doivent impérativement être inversés avant sommation selon la formule :
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : 1984 (première publication par Catania, McDermott, & Wood) ; adaptation épidémiologique et études multicentriques publiées en 1992.
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’Échelle de régulation sexuelle dyadique a été conçue dans le cadre de projets de recherche universitaire financés par des fonds publics fédéraux américains (notamment via le National Institutes of Health – NIH / NIMH). L’instrument est dans le domaine public à des fins de recherche académique, scientifique et d’enseignement non commercial.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit (open access académique). Aucune redevance ni coût par passation n’est exigé pour une exploitation clinique ou scientifique standard.
- Conditions d’utilisation : Les chercheurs et praticiens sont tenus de citer les publications originales des auteurs (Catania et al., 1984 ; Catania et al., 1992) lors de toute utilisation ou diffusion de données issues de la DSR. Toute exploitation commerciale, intégration dans un logiciel payant ou distribution lucrative nécessite l’accord explicite préalable de l’auteur principal ou des titulaires de droits institutionnels (UCSF).
12. Références / References
- Catania, J. A., Coates, T. J., Kegeles, S., Thompson-Fullilove, M., Peterson, J., Marin, B., & Stall, R. (1992). Condom use in multi-ethnic neighborhoods of San Francisco: The population-based AMEN (AIDS in Multi-Ethnic Neighborhoods) study. American Journal of Public Health, 82(2), 284–287. https://doi.org/10.2105/ajph.82.2.284
- Catania, J. A., Coates, T. J., Stall, R., Turner, H., Peterson, J., Hearst, N., Dolcini, M. M., Hudes, E., Gagnon, J., Wiley, J., & Groves, R. (1992). Prevalence of AIDS-related risk factors and condom use in the United States: The National AIDS Behavioral Surveys (NABS). Science, 258(5085), 1101–1107. https://doi.org/10.1126/science.1439818
- Catania, J. A., McDermott, S. T., & Wood, J. M. (1984). A dyadic locus of control scale for sexual situations: The Dyadic Sexual Regulation Scale. The Journal of Sex Research, 20(3), 296–307. https://doi.org/10.1080/00224498409551227
- Nowicki, S., & Duke, M. P. (1974). A locus of control scale for college as well as non-college adults. Journal of Personality Assessment, 38(2), 136–137. https://doi.org/10.1080/00223891.1974.10119950
- Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs: General and Applied, 80(1), 1–28. https://doi.org/10.1037/h0092976
- Thibaut, J. W., & Kelley, H. H. (1959). The social psychology of groups. John Wiley & Sons.