1. Résumé / Abstract
L’Échelle de régulation des émotions d’autrui (Regulating Others’ Emotions Scale, ou ROES ; MacCann et al., 2025) constitue un instrument psychométrique novateur et multidimensionnel conçu pour évaluer de façon exhaustive les stratégies déployées par les individus afin d’influencer, modifier ou moduler les états affectifs d’autrui. Alors que la recherche psychologique s’est traditionnellement focalisée sur la régulation émotionnelle intrinsèque (l’autorégulation de ses propres émotions), la régulation émotionnelle interpersonnelle (ou extrinsèque) s’avère fondamentale pour le fonctionnement social, le bien-être dyadique et l’adaptation relationnelle. Développée à travers quatre études empiriques rigoureuses, la ROES s’appuie théoriquement sur le modèle modal et procédural de James Gross (1998) ainsi que sur la taxonomie structurelle de Karen Niven et ses collaborateurs (2009).
L’instrument comprend 32 items répartis de façon équilibrée au sein de huit dimensions ou sous-échelles distinctes : (1) la suppression expressive (Expressive suppression), (2) la comparaison sociale descendante (Downward social comparison), (3) l’humour (Humor), (4) la distraction (Distraction), (5) l’action directe (Direct action), (6) le recadrage cognitif (Cognitive reframing), (7) la valorisation d’autrui (Valuing), et (8) l’écoute réceptive (Receptive listening). Les participants évaluent leur tendance comportementale habituelle à l’aide d’une échelle de réponse de type Likert en six points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 6 (« Tout à fait d’accord »).
Sur le plan métrologique, la ROES présente d’excellentes propriétés psychométriques. L’analyse factorielle confirmatoire (AFC) valide son modèle octofactoriel avec des indices d’ajustement robustes (CFI = 0,951 ; RMSEA = 0,039 ; SRMR = 0,055). La cohérence interne s’avère remarquable à travers différentes vagues d’échantillonnage, affichant des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,75 et 0,92. La fidélité test-retest sur un intervalle de trois semaines démontre une bonne stabilité temporelle (coefficients compris entre 0,59 et 0,80). De plus, l’échelle fait preuve d’une validité convergente substantielle avec les mesures préexistantes de régulation extrinsèque, d’une validité discriminante nette par rapport aux traits de personnalité généraux (modèle HEXACO et Triade sombre), ainsi que d’une forte validité prédictive à l’égard de la qualité relationnelle, de l’affect des cibles et du bien-être des régulateurs.
2. Mots-clés / Keywords
Régulation des émotions d’autrui, régulation émotionnelle interpersonnelle, régulation extrinsèque, ROES, recadrage cognitif, écoute réceptive, valorisation, action directe, comparaison sociale descendante, suppression expressive, psychométrie, validation d’échelle, soutien social, compétences socio-émotionnelles.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par un consortium international de chercheurs spécialistes de l’intelligence émotionnelle, de la personnalité et de la psychologie sociale :
- Carolyn MacCann (Auteure correspondante) : School of Psychology, The University of Sydney, Sydney, Australie. Identifiant ORCID : 0000-0001-7789-6368. Courriel : [email protected]
- Kit S. Double : School of Psychology, The University of Sydney, Sydney, Australie.
- Sally Olderbak : Institute for Psychology and Education, Ulm University, Ulm, Allemagne.
- Elizabeth J. Austin : School of Philosophy, Psychology and Language Sciences, University of Edinburgh, Édimbourg, Royaume-Uni.
- Rebecca T. Pinkus : School of Psychology, The University of Sydney, Sydney, Australie.
- Sarah A. Walker : School of Education, Durham University, Durham, Royaume-Uni.
- Hannah Kunst : The University of Sydney Business School, The University of Sydney, Sydney, Australie.
- Karen Niven : Sheffield University Management School, University of Sheffield, Sheffield, Royaume-Uni.
Adresse de correspondance :
Carolyn MacCann, School of Psychology, 449 Brennan MacCallum Building (A18), Manning Road, The University of Sydney, NSW 2007, Australie. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
Finalité diagnostique et théorique
L’objectif fondamental de la Regulating Others’ Emotions Scale (ROES) est de fournir une évaluation psychométrique standardisée, nuancée et exhaustive des stratégies spécifiques qu’un individu déploie délibérément pour altérer, atténuer, intensifier ou stabiliser les réponses émotionnelles d’autres personnes. La régulation des émotions d’autrui – souvent formalisée dans la littérature sous le terme de régulation émotionnelle extrinsèque ou interpersonnelle – représente un pilier central de l’intelligence sociale et du maintien des liens interpersonnels. Malgré l’importance théorique évidente de ces processus, les chercheurs ont longtemps été limités par des instruments d’évaluation fragmentaires, se concentrant soit sur une dichotomie simpliste (amélioration vs détérioration de l’humeur), soit sur un nombre très restreint de tactiques souvent calquées de manière directe et parfois inappropriée sur l’autorégulation.
La ROES pallie ces manques en opérationnalisant huit stratégies comportementales et cognitives explicites. Elle permet ainsi d’explorer précisément comment les individus interviennent auprès de leurs pairs lorsqu’ils sont confrontés à la détresse, à la frustration ou à la joie d’autrui. L’instrument permet de dissocier les stratégies dites à « engagement élevé » (axées sur la connexion affective et le travail cognitif en profondeur, telles que la valorisation, le recadrage cognitif et l’écoute réceptive) des stratégies dites à « désengagement » ou orientées vers la surface émotionnelle (telles que la suppression expressive imposée à autrui ou la simple distraction).
Applications en recherche, clinique et contexte organisationnel
La ROES offre un spectre d’applications particulièrement large au sein de multiples sous-disciplines psychologiques :
- Psychologie des relations interpersonnelles et du couple : L’échelle permet de déterminer comment les partenaires conjugaux ou les membres d’une même famille s’apaisent mutuellement lors de conflits ou d’événements de vie stressants. Elle met en lumière les mécanismes par lesquels certaines tactiques (ex. : l’écoute réceptive et la valorisation) consolident la satisfaction conjugale et la sécurité de l’attachement, tandis que d’autres (ex. : enjoindre le partenaire à cacher ses émotions par la suppression) prédisent l’éloignement relationnel et le ressentiment.
- Psychologie clinique et psychothérapie : Dans le cadre de thérapies interpersonnelles ou de groupe, la ROES sert d’outil diagnostique pour cerner les déficits d’ajustement socio-émotionnel, notamment chez les individus présentant des traits de personnalité dépendants, évitants, ou des difficultés de mentalisation. Elle est également pertinente pour évaluer l’épuisement émotionnel des aidants naturels (caregivers) qui s’investissent excessivement dans l’action directe ou l’écoute sans disposer de stratégies de recadrage adaptées.
- Psychologie du travail et des organisations : Le leadership transformationnel, le management bienveillant et la gestion d’équipe reposent intrinsèquement sur la régulation extrinsèque des émotions. Les managers utilisent continuellement des stratégies pour atténuer le stress de leurs collaborateurs, maintenir l’engagement ou désamorcer des tensions entre collègues. La ROES permet de mesurer les compétences managériales relatives au travail émotionnel interpersonnel et d’analyser son impact sur le climat organisationnel, la prévention de l’épuisement professionnel (burnout) et la performance collective.
- Développement de l’intelligence émotionnelle : Dans le domaine de la formation et du coaching socio-émotionnel, la ROES s’intègre comme un outil de rétroaction (feedback) permettant aux individus de prendre conscience de leur répertoire d’intervention sociale et d’élargir leur flexibilité régulatrice.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par la ROES correspond au répertoire des stratégies de régulation émotionnelle extrinsèque contrôlée. Contrairement aux phénomènes de contagion émotionnelle automatique ou d’empathie purement vicariante, la régulation extrinsèque implique une intention délibérée de la part d’un « régulateur » pour modifier la trajectoire émotionnelle d’une « cible ». L’architecture du construit de la ROES s’articule autour de huit sous-échelles opérationnelles distinctes, comprenant chacune quatre items :
1. Suppression expressive (Expressive Suppression)
Cette dimension évalue la propension du régulateur à demander explicitement à la cible d’inhiber, de masquer ou de réprimer ses manifestations émotionnelles externes (expressions faciales, larmes, vocalises de colère). Le régulateur enjoint l’autre à « faire bonne figure » ou à dissimuler son irritation. Bien que cette stratégie puisse parfois viser à protéger l’image sociale de la cible, elle est généralement corrélée à une baisse de l’intimité relationnelle et à une invalidation affective de l’expérience vécue par l’autre.
2. Comparaison sociale descendante (Downward Social Comparison)
Cette stratégie consiste à inciter la personne en détresse à comparer sa situation défavorable à celle d’individus confrontés à des circonstances encore plus difficiles ou dramatiques. En rappelant à la cible qu’elle « a de la chance par rapport à d’autres » ou que « les choses pourraient être bien pires », le régulateur cherche à modifier l’évaluation de la gravité du problème par un effet de contraste social. Si elle peut parfois apporter une perspective de relativisation, elle risque également d’être perçue comme culpabilisante ou minimisante.
3. Humour (Humor)
La dimension d’humour capture l’utilisation de plaisanteries, d’autodérision, de remarques comiques ou de comportements ludiques destinés à susciter un sourire ou un rire chez autrui. L’objectif est d’induire rapidement un affect positif antagoniste à la tristesse ou à la nervosité de la cible, facilitant ainsi une désescalade émotionnelle par le décalage comique.
4. Distraction (Distraction)
La distraction extrinsèque renvoie aux tentatives de détourner activement l’attention sélective de la cible du stresseur émotionnel vers des stimuli externes neutres ou agréables. Cela se traduit par le changement de sujet de conversation, la proposition d’activités récréatives immédiates ou l’incitation à focaliser l’esprit sur des éléments sans rapport avec la source de contrariété. Cette stratégie intervient au niveau du déploiement attentionnel dans le modèle modal de l’émotion.
5. Action directe (Direct Action)
Cette sous-échelle reflète une approche instrumentale et orientée vers la résolution de problème. Le régulateur prend l’initiative concrète d’agir pour modifier directement la situation objective à l’origine de l’émotion d’autrui. Il s’agit d’intervenir matériellement, de rechercher des solutions pratiques ou de prendre en charge une tâche contraignante pour soulager la cible de son fardeau situationnel.
6. Recadrage cognitif (Cognitive Reframing)
Correspondant à la réévaluation cognitive (cognitive reappraisal) transposée au plan interpersonnel, cette dimension mesure la capacité du régulateur à aider la cible à modifier sa perception et son interprétation d’un événement indésirable. Le régulateur engage une discussion sur des lectures alternatives de la situation, encourageant l’autre à identifier des angles plus constructifs, des opportunités d’apprentissage ou des interprétations moins menaçantes.
7. Valorisation (Valuing)
La stratégie de valorisation désigne les affirmations verbales et affectives explicites par lesquelles le régulateur manifeste à la cible son attachement, son estime, son amour ou l’importance fondamentale qu’elle revêt à ses yeux. En faisant en sorte que l’autre se sente profondément estimé, protégé, spécial et entouré d’affection, le régulateur restaure le sentiment de sécurité psychologique et de valeur personnelle de la cible face à l’adversité.
8. Écoute réceptive (Receptive Listening)
Cette composante fondamentale correspond à l’offre d’une présence attentive, empathique et sans jugement. Le régulateur encourage et permet à la personne de s’exprimer librement sur ses sentiments, d’évacuer sa souffrance (« vider son sac ») et d’explorer ses émotions en étant écoutée avec bienveillance. Contrairement à l’action directe ou au recadrage, l’écoute réceptive n’impose aucune direction cognitive immédiate mais offre un espace d’accueil affectif soutenant.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le modèle de processus de James Gross et son extension interpersonnelle
L’ancrage conceptuel de la ROES repose à titre principal sur le modèle de processus de la régulation émotionnelle formulé par James J. Gross (1998). Selon ce modèle classique, l’émergence d’une émotion suit une trajectoire chronologique séquentielle en cinq étapes : (1) la sélection de la situation, (2) la modification de la situation, (3) le déploiement attentionnel, (4) le changement cognitif, et (5) la modulation de la réponse émotionnelle. Bien que Gross ait primitivement conçu cette architecture pour expliquer la régulation intrinsèque, MacCann et ses collègues (2025) ont démontré sa transposabilité directe à la dynamique interpersonnelle :
- La modification de situation trouve son équivalent fonctionnel dans la dimension d’Action directe, où le tiers intervient sur le contexte déclencheur.
- Le déploiement attentionnel se traduit au niveau interpersonnel par les stratégies de Distraction et d’Humour, qui réorientent le focus conscient de la cible.
- Le changement cognitif est opérationnalisé par le Recadrage cognitif et la Comparaison sociale descendante, modifiant les évaluations subjectives primaires et secondaires du stresseur.
- La modulation de la réponse correspond à la Suppression expressive, agissant sur les manifestations comportementales finales de l’affect.
La taxonomie d’affect régulé de Niven et collaborateurs
Le second pilier théorique majeur de la ROES est issu des travaux de Karen Niven et de ses collègues (2009, 2011) sur la classification de la régulation extrinsèque des émotions. Niven a formalisé une taxonomie matricielle fondée sur deux axes : le motif régulateur (viser l’amélioration affective vs la dégradation de l’affect) et la voie stratégique empruntée (engager l’autre dans un traitement relationnel vs utiliser des stratégies orientées vers la tâche ou le désengagement cognitif).
La construction de la ROES s’inspire de cette approche pour intégrer des dimensions interpersonnelles fondamentales que le modèle strictement cognitif de Gross n’englobait pas de manière spécifique. C’est précisément le cas des stratégies de Valorisation et d’Écoute réceptive. Ces deux tactiques s’enracinent dans la théorie du soutien social (Cohen & Wills, 1985) et les théories de l’attachement chez l’adulte (Bowlby, 1982 ; Mikulincer & Shaver, 2007). Elles constituent des régulateurs socio-émotionnels primaires fondés sur la réponse empathique, le renforcement du lien dyadique et la validation de l’expérience subjective de l’autre.
En synthétisant le modèle séquentiel de Gross et l’approche socio-relationnelle de Niven, la ROES comble le fossé historique séparant la psychologie cognitive de l’émotion de la psychologie sociale des interactions interpersonnelles, fournissant ainsi une modélisation théorique unifiée de l’action régulatrice exercée sur autrui.
7. Validité / Validity
Le programme de validation de la ROES développé par MacCann et collaborateurs (2025) a reposé sur une démarche empirique en quatre études, appliquant des critères méthodologiques rigoureux pour établir sa validité structurelle, convergente, discriminante et critériée.
Validité de construit et validité structurelle
La validité structurelle a été confirmée par une série d’analyses factorielles confirmatoires (AFC). Le modèle théorique à 8 facteurs indépendants s’est révélé très nettement supérieur aux modèles concurrents unifactoriels, hiérarchiques ou fondés sur les seules grandes étapes du modèle de Gross. L’adéquation du modèle aux données s’est traduite par d’excellents indices statistiques : un indice de comparabilité de fit (CFI) de 0,951, une racine carrée de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) de 0,039 (avec un intervalle de confiance étroit excluant les valeurs sous-optimales) et un résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) de 0,055.
Validité convergente
La validité convergente de la ROES a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec les échelles établies de régulation émotionnelle extrinsèque, notamment l’Emotion Regulation of Others and Self (EROS ; Niven et al., 2011) et l’Interpersonal Emotion Regulation Questionnaire (IERQ ; Hofmann et al., 2016). Les sous-échelles de recadrage cognitif et de valorisation de la ROES affichent de fortes associations positives avec la sous-échelle d’amélioration de l’affect de l’EROS, tandis que la suppression expressive est corrélée aux indices de dégradation affective et de contrôle émotionnel coercitif.
Validité discriminante
L’évaluation de la validité discriminante a permis de vérifier que la ROES ne constitue pas une simple redite des traits généraux de personnalité. Des analyses de régression et des matrices de corrélation ont été conduites en confrontant la ROES au modèle HEXACO (Honnêteté-Humilité, Émotivité, Extraversion, Agréabilité, Conscienciosité, Ouverture) ainsi qu’aux composantes de la Triade sombre (Machiavélisme, Narcissisme, Psychopathie) :
- Les stratégies à engagement relationnel élevé (valorisation, écoute, recadrage) présentent des corrélations modérées avec l’Agréabilité et l’Extraversion, sans que la variance partagée n’excède les seuils critiques de colinéarité, démontrant que la ROES mesure des répertoires stratégiques spécifiques distincts du tempérament général.
- La sous-échelle de suppression expressive présente des corrélations positives faibles à modérées avec le Machiavélisme et la Psychopathie, traduisant une volonté de contrôler instrumentalement les manifestations de faiblesse chez autrui, tout en restant distincte de ces construits de personnalité.
Validité critériée et prédictive
La validité liée à un critère a été rigoureusement démontrée à travers la prédiction d’issues sociales et psychologiques écologiquement pertinentes. Les huit stratégies de la ROES prédisent de façon différentielle le bien-être du régulateur, les états affectifs vécus par la cible et la qualité globale de la relation dyadique. Plus particulièrement, les trois stratégies à engagement élevé – la valorisation, le recadrage cognitif et l’écoute réceptive – constituent les prédicteurs les plus constants et les plus puissants du sentiment de proximité sociale, de la satisfaction relationnelle et de la baisse de la détresse psychologique chez les cibles. Parmi l’ensemble des dimensions, la valorisation s’est avérée être la stratégie présentant l’association la plus robuste et la plus bénéfique tant pour le bien-être du régulateur que pour celui de la cible.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de la ROES a été documentée avec précision à la fois en termes de consistance interne et de stabilité temporelle (test-retest).
Consistance interne
La consistance interne des huit sous-échelles a été examinée au cours de deux vagues successives d’administration auprès d’échantillons communautaires d’adultes :
- Vague 1 (Wave 1) : Les coefficients alpha de Cronbach (α) pour l’ensemble des huit dimensions se sont échelonnés entre 0,78 et 0,90, témoignant d’une excellente homogénéité des items au sein de chaque stratégie respective dès le stade initial de développement.
- Vague 2 (Wave 2) : Les analyses de réplication ont confirmé cette solidité, avec des alphas de Cronbach compris entre 0,75 et 0,92. Aucune des sous-échelles n’a présenté de coefficient inférieur au seuil conventionnel d’acceptabilité de 0,70.
Les coefficients de fiabilité composite (Omega de McDonald) calculés dans le cadre des modélisations structurelles soutiennent également la très bonne homogénéité interne de chaque facteur.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon de participants réévalués après un intervalle de trois semaines. Les coefficients de corrélation intraclasse test-retest se sont étalés de 0,59 à 0,80. Pour 50 % des stratégies évaluées, la fidélité test-retest a dépassé 0,70, ce qui démontre que, si la régulation émotionnelle extrinsèque demeure partiellement dépendante des opportunités situationnelles, l’utilisation habituelle de ces stratégies s’ancre dans des dispositions comportementales relativement stables dans le temps chez l’adulte.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement psychométrique de la ROES s’est conformé aux standards méthodologiques les plus rigoureux de la psychométrie contemporaine, articulant une phase exploratoire puis confirmatoire.
Génération du pool initial et revue d’experts
À partir du modèle modal de Gross (1998) et de la classification de Niven et al. (2009), un pool initial de 96 items a été rédigé pour couvrir l’éventail complet des mécanismes possibles de régulation d’autrui. Lors de l’étape d’examen de contenu, huit chercheurs et experts indépendants en psychologie des émotions ont classé chaque énoncé au sein de la liste théorique des stratégies. Seuls les items ayant fait l’objet d’un consensus élevé et d’une clarté conceptuelle univoque ont été conservés pour les étapes empiriques d’administration.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
L’échelle a ensuite été administrée en ligne à un premier échantillon représentatif d’adultes anglophones. Une analyse factorielle exploratoire a été menée sur la matrice de corrélation des items. L’examen du diagramme d’éboulis (scree plot), les valeurs propres supérieures à 1 (critère de Kaiser) et l’analyse parallèle ont clairement indiqué une solution sous-jacente à huit facteurs. Les critères stricts d’inclusion des items étaient :
- Une saturation factorielle primaire saillante (λ ≥ 0,30, et majoritairement > 0,50) sur le facteur théorique cible.
- L’absence de saturations croisées substantielles (≥ 0,25 ou 0,30) sur d’autres facteurs non cibles.
Ce processus d’épuration a permis de sélectionner les quatre meilleurs items pour chacune des huit dimensions, aboutissant à une échelle finale concise et équilibrée de 32 items.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
La structure octofactorielle à 32 items a ensuite été soumise à une analyse factorielle confirmatoire sur un second échantillon indépendant (Wave 2). Le modèle spécifiait huit facteurs latents corrélés, chacun étant défini par ses quatre items respectifs sans corrélation d’erreurs résiduelles autorisée.
Les résultats de l’AFC ont validé l’adéquation remarquable du modèle théorique aux données observées :
- Indice de fit comparatif (CFI) : 0,951 (seuil d’excellence > 0,95).
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : 0,039 (seuil d’excellence < 0,05).
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : 0,055 (seuil de bon ajustement < 0,08).
Toutes les saturations factorielles standardisées se sont révélées statistiquement significatives (p < 0,001) et d’amplitude élevée, attestant que chaque groupe de 4 items capture de façon fidèle et spécifique la stratégie correspondante.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté / self-report inventory). Échelle originale standardisée.
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée/en ligne.
- Nombre total d’items : 32 items, répartis à raison de 4 items par sous-échelle.
- Nombre de dimensions : 8 sous-échelles indépendantes (Suppression expressive, Comparaison sociale descendante, Humour, Distraction, Action directe, Recadrage cognitif, Valorisation, Écoute réceptive).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 6 points :
1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
2 = En désaccord (Disagree)
3 = Plutôt en désaccord (Somewhat disagree)
4 = Plutôt d’accord (Somewhat agree)
5 = D’accord (Agree)
6 = Fortement d’accord (Strongly agree) - Population cible et tranche d’âge : Adultes (18 ans et plus), couvrant les jeunes adultes (18-29 ans), les trentenaires (30-39 ans), les personnes d’âge mûr (40-64 ans) et les personnes âgées (65 ans et plus). Échantillons de validation âgés de 18 à 76 ans.
- Langue d’origine : Anglais.
- Temps de passation habituel : Approximativement 5 à 8 minutes.
- Cotation et calcul des scores : Les scores de chaque sous-échelle sont calculés en effectuant la moyenne arithmétique (ou la somme) des 4 items composant la dimension concernée. Aucun item n’est inversé. On obtient ainsi un profil continu sur 8 dimensions distinctes plutôt qu’un score global unifié, reflétant la diversité du répertoire stratégique de l’individu.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication officielle : 2025.
- Conditions d’utilisation et permissions : L’échelle est mise à la disposition libre de la communauté scientifique et éducative. Elle peut être librement utilisée pour des activités de recherche fondamentale, appliquée et d’enseignement (May be used for Research/Teaching).
- Utilisation commerciale : Non autorisée sans accord écrit formel préalable des auteurs (Commercial Usage: No).
- Frais d’utilisation (Fee) : Gratuit / Aucun frais d’accès (Fee: No).
- Licence de diffusion : Diffusée sous licence internationale Creative Commons Attribution 4.0 (CC BY 4.0).
- Contact et correspondances : Pr. Carolyn MacCann, University of Sydney, School of Psychology, Sydney, Australie. Courriel institutionnel : [email protected].
12. Références / References
- Bowlby, J. (1982). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment (2nd ed.). Basic Books.
- Cohen, S., & Wills, T. A. (1985). Stress, social support, and the buffering hypothesis. Psychological Bulletin, 98(2), 310–357. https://doi.org/10.1037/0033-2909.98.2.310
- Gross, J. J. (1998). The emerging field of emotion regulation: An integrative review. Review of General Psychology, 2(3), 271–299. https://doi.org/10.1037/1089-2680.2.3.271
- Hofmann, S. G., Doan, P. R., Sprung, M., Wilson, A., Ebesutani, C., Andrews, L. A., Curtiss, J., & Newman, M. G. (2016). The Interpersonal Emotion Regulation Questionnaire (IERQ). Cognitive Therapy and Research, 40(3), 341–356. https://doi.org/10.1007/s10608-016-9761-2
- MacCann, C., Double, K. S., Olderbak, S., Austin, E. J., Pinkus, R. T., Walker, S. A., Kunst, H., & Niven, K. (2025). What do we do to help others feel better? The eight strategies of the Regulating Others’ Emotions Scale (ROES). Emotion, 25(2), 410–429. https://doi.org/10.1037/emo0001459
- Mikulincer, M., & Shaver, P. R. (2007). Attachment in adulthood: Structure, dynamics, and change. Guilford Press.
- Niven, K., Totterdell, P., & Holman, D. (2009). A classification of controlled interpersonal affect regulation strategies. Emotion, 9(4), 498–509. https://doi.org/10.1037/a0015962
- Niven, K., Totterdell, P., Stride, C. B., & Holman, D. (2011). Emotion Regulation of Others and Self (EROS): The development and validation of a new measure. Journal of Work and Organizational Psychology, 27(1), 53–76. https://doi.org/10.5093/tr2011v27n1a5
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: Please rate the extent to which you agree or disagree with the following statements, describing how you typically act when trying to regulate the emotions of others. Use the scale below:
Response scale:
- 1 = Strongly disagree
- 2 = Disagree
- 3 = Somewhat disagree
- 4 = Somewhat agree
- 5 = Agree
- 6 = Strongly agree
Expressive suppression
- I ask them to put a brave face on
- I tell them to « turn that frown upside down »
- I ask them not to look so irritated
- I tell them not to frown or cry
Downward social comparison
- I compare their situation to other people who are worse off
- I help them to see how lucky they are compared to others
- I tell them that things could be a lot worse
- I talk about people who have even bigger problems
Humor
- I make jokes to make them smile
- I say comical, light-hearted things
- I act silly to entertain them
- I do something amusing
Distraction
- I divert their attention to something else
- I help them to focus on other things
- I start talking about something more pleasant
- I suggest something else for them to do
Direct action
- I try to fix things for them
- I do what I can to find an answer for them
- I take action to change their situation
- I try to modify their situation
Cognitive reframing
- I discuss different ways of interpreting the situation
- I help them to change the way they think about their problems
- I discuss other ways that they could interpret events
- I help them see events in a new way
Valuing
- I tell them they are very important to me
- I let them know how much they mean to me
- I tell them how much I value them
- I make them feel special or cared about
Receptive listening
- I let them talk to me about their troubles
- I let them talk to me about their troubles
- I listen to them talk about their emotions
- I help them to let off steam by talking to me