1. Résumé / Abstract
L’Échelle de recherche de sensations sexuelles (en anglais, Sexual Sensation Seeking Scale ou SSSS), conçue originellement par le psychologue Seth C. Kalichman et ses collaborateurs au début des années 1990, représente l’un des instruments psychométriques les plus influents dans l’étude des déterminants dispositionnels des comportements sexuels à risque. Dérivée conceptuellement et empiriquement du modèle biopsychologique de la recherche de sensations élaboré par Marvin Zuckerman, cette échelle mesure le besoin individuel et dispositionnel d’expériences sexuelles variées, inédites, stimulantes et complexes, ainsi que la propension corollaire à assumer des risques physiques, psychologiques et sociaux substantiels en vue d’intensifier et de maximiser les sensations érotiques. L’instrument s’est affranchi des formulations générales pour cibler expressément le domaine de la sexualité humaine, évitant ainsi la confusion méthodologique récurrente entre la prise de risque sexuelle et l’usage de substances psychoactives.
Dans sa forme finale et stabilisée, la SSSS est un instrument unidimensionnel composé de 10 items auto-administrés, évalués selon une échelle de réponse ordinale de type Likert en 4 points, allant de 1 (« Pas du tout comme moi » / Not at all Like Me) à 4 (« Tout à fait comme moi » / Very Much Like Me). L’absence de sous-échelles composites et d’items inversés garantit une cotation directe et standardisée, calculée par la somme brute des réponses (scores variant de 10 à 40) ou par la moyenne arithmétique globale (scores de 1,0 à 4,0). La passation complète requiert généralement moins de cinq minutes, ce qui confère à l’instrument une rentabilité clinique et épidémiologique exceptionnelle.
Sur le plan psychométrique, la SSSS présente des qualités remarquables démontrées à travers une multitude de cohortes internationales et diversifiées (étudiants universitaires, populations communautaires hétérosexuelles, minorités sexuelles et de genre, usagers de cliniques de dépistage des infections sexuellement transmissibles [IST] et personnes vivant avec le VIH). L’instrument affiche une cohérence interne élevée, attestée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant systématiquement entre .71 et .83, ainsi qu’une stabilité temporelle confirmée par des coefficients de corrélation test-retest de r = .69 à deux semaines d’intervalle et r = .78 après trois mois. La validité de construit est étayée par des corrélations positives robustes avec le nombre de partenaires sexuels occasionnels, la fréquence des rapports sexuels non protégés, les rencontres sans lendemain (one-night stands), le recours au barebacking et l’adoption d’attitudes sexuelles permissives, tout en conservant une validité discriminante nette vis-à-vis des mesures de compulsivité sexuelle et de recherche globale de sensations.
2. Mots-clés / Keywords
Recherche de sensations sexuelles, Sexual Sensation Seeking Scale, Seth C. Kalichman, Marvin Zuckerman, psychométrie, comportements sexuels à risque, transmission du VIH, infections sexuellement transmissibles, prise de risque érotique, validité de construit, cohérence interne, évaluation psychologique.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été élaboré et perfectionné principalement par l’équipe de recherche dirigée par le Dr Seth C. Kalichman, professeur distingué de psychologie sociale et de la santé :
- Seth C. Kalichman, Ph.D. : Département des sciences psychologiques (Department of Psychological Sciences), Université du Connecticut (University of Connecticut), Storrs, CT, États-Unis. Directeur du laboratoire de recherche sur le comportement dans le VIH/sida. Courriel institutionnel : [email protected].
- Collaborateurs initiaux du développement de l’échelle :
- David Rompa : Spécialiste de recherche sur la santé comportementale, Center for AIDS Intervention Research (CAIR), Medical College of Wisconsin, Milwaukee, WI, États-Unis.
- Vanessa Adair : Psychologue clinicienne et chercheuse affiliée au Medical College of Wisconsin, Milwaukee, WI, États-Unis.
- Jeffrey A. Kelly, Ph.D. : Professeur émérite de psychiatrie et sciences comportementales, directeur fondateur du Center for AIDS Intervention Research (CAIR), Medical College of Wisconsin, Milwaukee, WI, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de recherche de sensations sexuelles est de fournir une quantification standardisée, valide et fidèle de la composante dispositionnelle incitant un individu à rechercher des excitations physiques intenses, insolites et novatrices dans le cadre de sa vie intime et érotique, indépendamment du niveau général d’impulsivité ou d’extraversion globale. La justification théorique et empirique de son élaboration découle d’un constat épidémiologique et méthodologique dressé au tournant des années 1990, en pleine pandémie du VIH/sida : les outils classiques de mesure de la personnalité, à l’instar de l’échelle générale de recherche de sensations de Zuckerman, s’avéraient trop génériques pour prédire avec précision les prises de risque sexuelles effectives. De surcroît, les items génériques confondaient régulièrement la propension aux sports extrêmes, la conduite automobile rapide ou la consommation d’alcool avec les dynamiques relationnelles et sexuelles, masquant les déterminants psychologiques spécifiques à la prise de risque intime.
Dans le domaine de la recherche épidémiologique et comportementale, la SSSS permet d’identifier les mécanismes cognitifs, affectifs et motivationnels qui modulent l’adoption de comportements préventifs. Elle sert de variable explicative majeure dans la prédiction de la transmission du VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) telles que la syphilis, la gonorrhée, l’infection à chlamydia et l’hépatite virale. En quantifiant l’appétence pour les sensations non conventionnelles, la SSSS aide les chercheurs à comprendre pourquoi certaines personnes, bien que parfaitement informées des modes de transmission virale et des stratégies de prévention, continuent d’avoir des rapports anaux ou vaginaux sans préservatif, de multiplier les partenaires sexuels concomitants ou d’engager des pratiques dites de barebacking au sein de réseaux sociaux élargis.
Dans les applications cliniques et préventives, l’échelle constitue un outil de dépistage et de profilage psychologique précieux. Elle est couramment déployée dans les centres de santé sexuelle, les cliniques spécialisées dans la prise en charge des IST, ainsi que dans les programmes de prescription de la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Dans ces contextes, un score élevé sur la SSSS ne doit pas être interprété comme une anomalie psychiatrique ou un trouble du contrôle des impulsions, mais comme un trait de personnalité stable caractérisé par un seuil d’activation hédonique élevé. Cette distinction diagnostique est fondamentale : les interventions psycho-éducatives traditionnelles axées uniquement sur la peur ou la restriction s’avèrent inopérantes auprès des forts chercheurs de sensations sexuelles, car elles entrent en conflit direct avec leur besoin intrinsèque d’excitation. Les cliniciens utilisent ainsi les données de la SSSS pour concevoir des interventions d’atténuation des méfaits (harm reduction), favorisant des alternatives sécuritaires capables de préserver un niveau élevé de stimulation érotique tout en neutralisant le risque infectieux (utilisation systématique de la PrEP, dépistages sérologiques fréquents, communication proactive sur le statut viral, exploration de fantasmes et de pratiques non pénétratives).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique au cœur de l’instrument est la recherche de sensations sexuelles (sexual sensation seeking), conceptualisée comme un dérivé comportemental spécifique de la dimension plus vaste de recherche de sensations définie par Marvin Zuckerman, elle-même ancrée dans le super-trait de l’extraversion au sein des modèles factoriels de la personnalité. Sur le plan opérationnel, ce construit représente une disposition durable de l’individu à valoriser l’intensité physique, la nouveauté sensorielle, l’exploration de frontières érotiques inexplorées et la rupture avec les conventions sociosexuelles ordinaires, quitte à s’exposer sciemment à des conséquences néfastes potentielles sur les plans médical, relationnel ou social.
Bien que l’échelle finale de Kalichman ait été validée comme une structure unidimensionnelle pour optimiser son efficacité psychométrique, le construit sous-jacent agrège et synthétise plusieurs facettes conceptuelles distinctes héritées de la taxonomie de Zuckerman :
- La quête d’aventure et de sensations fortes appliquées à la sexualité (Thrill and Adventure Seeking in Sex) : Cette composante reflète le goût pour les situations érotiques imprévisibles, chargées d’adrénaline et d’intensité kinesthésique. L’individu recherche des contextes où l’excitation découle non seulement de l’acte physique en lui-même, mais également de l’atmosphère d’audace qui l’entoure (par exemple, la valorisation de rencontres sexuelles qualifiées de « sauvages » et « désinhibées »).
- La désinhibition sociosexuelle (Sexual Disinhibition) : Elle se traduit par une libération volontaire des contraintes normatives, culturelles et morales qui régulent traditionnellement la sexualité. Les individus présentant un score élevé sur cette facette accordent une priorité prépondérante à l’attirance physique brute par rapport à l’intimité émotionnelle préalable ou à la connaissance approfondie du partenaire, favorisant ainsi les relations éphémères et sans lendemain.
- La susceptibilité à l’ennui sexuel et l’exploration de la nouveauté (Sexual Boredom Susceptibility & Novelty Seeking) : Cette dimension implique une intolérance marquée à la routine, à la prévisibilité et à la répétition des scénarios sexuels conventionnels. L’individu manifeste une curiosité active pour de nouvelles expériences, une volonté continue d’explorer les différentes facettes de sa sexualité et un attrait pour les stimuli érotiques diversifiés, incluant les matériels explicites (vidéos classées « X »).
- La valorisation hédonique du contact physique direct et la tolérance au risque (Hedonic Sensation over Safety) : Ce volet psychologique mesure le compromis subjectif opéré entre le plaisir sensoriel immédiat et les impératifs de sécurité sanitaire. Pour les individus se situant à l’extrémité supérieure du spectre, les sensations physiques directes procurées par le rapport sexuel sont jugées tellement fondamentales que les barrières de protection (comme le préservatif) sont perçues comme une entrave inacceptable au plaisir, augmentant exponentiellement la propension aux rapports non protégés.
Il est crucial de souligner que la recherche de sensations sexuelles se distingue conceptuellement de l’hypersexualité, de la compulsivité sexuelle ou de l’addiction sexuelle. Contrairement à la compulsivité sexuelle — qui est régie par une régulation émotionnelle déficitaire, un sentiment d’anxiété, une perte de contrôle subjective et un comportement exécuté dans le but d’apaiser une détresse psychologique interne —, la recherche de sensations sexuelles est un trait d’approche motivationnelle primaire. Le comportement est motivé par la recherche positive de récompense hédonique, l’optimisation du plaisir sensoriel et l’affirmation de la curiosité, sans présence obligatoire de culpabilité ou d’affects dysphoriques post-acte.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage paradigmatique de la SSSS repose principalement sur la théorie biopsychologique de la recherche de sensations formulée par Marvin Zuckerman (1994). Selon cette perspective psychobiologique, les différences interindividuelles dans la réactivité aux stimuli de l’environnement s’expliquent par des variations neurophysiologiques constitutionnelles régissant le système d’activation réticulaire et le fonctionnement des circuits cérébraux de la récompense. Zuckerman a postulé l’existence d’un niveau optimal d’éveil (optimal level of arousal) propre à chaque individu. Les individus qualifiés de « faibles chercheurs de sensations » possèdent un seuil de réactivité sensorielle plus bas et atteignent rapidement un niveau d’activation confortable ; ils perçoivent les stimuli intenses comme anxiogènes ou aversifs. À l’inverse, les « forts chercheurs de sensations » sont caractérisés par une sous-activation relative de leurs circuits monoaminergiques de base et nécessitent une stimulation externe ou viscérale intense, complexe et sans cesse renouvelée pour atteindre leur état homéostatique optimal d’éveil hédonique.
Sur le plan neurochimique, ce modèle s’articule autour des voies de la dopamine, de la sérotonine et des niveaux de la monoamine oxydase (MAO). Les forts chercheurs de sensations présentent typiquement une hypersensibilité du système dopaminergique mésolimbique (facilitant les comportements d’approche vers les renforçateurs naturels comme le sexe et la nourriture) conjuguée à un tonus sérotoninergique central plus faible, diminuant les signaux d’inhibition comportementale face au danger.
En transposant ce modèle théorique à la sphère de l’érotisme, Seth C. Kalichman a formulé l’hypothèse de la spécificité de domaine (domain specificity). Bien que la recherche de sensations soit un trait de personnalité global, son expression phénotypique varie considérablement en fonction des opportunités environnementales, de l’apprentissage social et des prédispositions spécifiques des individus. Un individu peut parfaitement afficher une forte aversion pour le saut en parachute ou la vitesse sur route tout en démontrant une recherche effrénée d’excitation dans le cadre de sa sexualité. Kalichman a ainsi postulé que la recherche de sensations appliquée au domaine sexuel constitue un médiateur dispositionnel proximal entre la personnalité globale et les décisions d’engagement dans des scénarios à risque infectieux.
Le développement initial de l’instrument s’est déroulé selon une méthodologie rigoureuse en trois phases :
- Extraction et adaptation conceptuelle : Examen méticuleux des énoncés de l’Échelle de recherche de sensations de Zuckerman (Formule V) et sélection des items affichant les saturations factorielles les plus élevées sur les axes de recherche de frisson et d’aventure, de désinhibition et de susceptibilité à l’ennui, suivis de leur reformulation systématique sous un prisme sexuel.
- Groupes de discussion qualitatifs (Focus Groups) : Évaluation de l’acceptabilité sociale, de la clarté linguistique et de la pertinence écologique du contenu auprès d’adultes, permettant de passer d’items généraux (« J’aime les fêtes sauvages et sans retenue ») à des items spécifiques à la sexualité (« J’aime les rencontres sexuelles sauvages et non inhibées »).
- Raffinement communautaire et standardisation : Consultations approfondies d’hommes et de femmes hétérosexuels, homosexuels et bisexuels pour éliminer les ambiguïtés sémantiques. Dans les versions initiales (Kalichman et al., 1994), certains items abordaient indirectement des comportements coercitifs ; ces derniers ont été définitivement expurgés lors des révisions ultérieures afin de recentrer l’instrument exclusivement sur l’aventurisme sexuel consensuel, l’appétence sensorielle et la prise de risque sanitaire consentie.
7. Validité / Validity
La validité de l’Échelle de recherche de sensations sexuelles a été documentée de manière exhaustive dans une multitude de contextes transculturels, attestant de son opérationnalisation adéquate du construit théorique cible.
Validité de construit et convergente
Dans l’étude princeps de Kalichman et al. (1994) menée auprès d’un échantillon d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), les scores à la SSSS ont révélé des corrélations statistiquement significatives et positives avec plusieurs variables comportementales clés :
- Fréquence des rapports sexuels anaux non protégés (r = .32, p < .001) ;
- Nombre total de partenaires sexuels différents au cours des mois précédents (r = .38, p < .001) ;
- Consommation concomitante d’alcool et de substances lors des interactions sexuelles (r = .23, p < .01).
Dans les travaux ultérieurs de Kalichman et Rompa (1995), l’échelle a démontré une validité robuste auprès d’échantillons communautaires mixtes, corrélant de façon substantielle avec le nombre cumulé de partenaires sexuels chez les hommes (r = .22) et de façon encore plus marquée chez les femmes (r = .39). De surcroît, Gaither et Sellbom (2003) ont étendu ces conclusions à des cohortes d’étudiants hétérosexuels, démontrant que la SSSS prédisait significativement le nombre de relations sexuelles d’un soir (one-night stands) chez les hommes (r = .31) et les femmes (r = .40), des associations confirmées indépendamment par Hendershot, Stoner, George et Norris (2007).
Sur le plan des attitudes hédoniques, Kalichman et Rompa (1995) ont établi que les scores à la SSSS étaient positivement corrélés avec le plaisir auto-rapporté lors d’une vaste gamme d’activités sexuelles variées, tandis qu’ils affichaient une relation inverse avec l’adhésion aux pratiques de réduction des risques, notamment la régularité du port du préservatif. Les études menées en Europe, notamment celle de Gutiérrez-Martínez, Bermúdez, Teva et Buela-Casal (2007) auprès d’adolescents en Espagne, ont reproduit ce schéma corrélationnel, confirmant que les adolescents obtenant des scores élevés rapportaient significativement moins d’inquiétude subjective face aux risques de contracter le VIH ou une autre IST.
Validité discriminante et différentielle
L’instrument se distingue nettement des mesures d’impulsivité générale ou de psychopathologie affective. Bien qu’il existe une corrélation modérée attendue avec l’échelle de recherche de sensations générale de Zuckerman (attestant de leur filiation théorique commune), la SSSS explique une part unique et substantielle de variance dans les comportements sexuels préventifs que l’instrument général échoue à capturer. De même, les corrélations entre la SSSS et l’Échelle de compulsivité sexuelle (Sexual Compulsivity Scale – SCS ; Kalichman & Rompa, 1995) se situent à des niveaux modérés (généralement r < .40), prouvant que la recherche d’aventurisme hédonique ne se confond pas avec une dysrégulation compulsive.
Par ailleurs, Hart et al. (2003) ont mis en lumière la sensibilité de l’instrument aux configurations comportementales spécifiques : les hommes séropositifs pour le VIH pratiquant à la fois le rôle réceptif et le rôle insertif lors de rapports anaux (partenaires dits « polyvalents » ou versatile) présentent des scores de recherche de sensations sexuelles significativement plus élevés que ceux cantonnés exclusivement à un seul rôle. Enfin, les travaux de Berg (2008) ont révélé que la SSSS constituait le facteur discriminant individuel le plus puissant pour distinguer les hommes gays et bisexuels recrutés sur Internet pratiquant intentionnellement le barebacking sans préoccupation de l’infection par le VIH de ceux adoptant des stratégies de protection rigoureuses.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle de recherche de sensations sexuelles a fait l’objet d’évaluations rigoureuses touchant sa consistance interne et sa stabilité temporelle à travers une multiplicité de groupes démographiques et cliniques.
Cohérence interne
L’instrument démontre une excellente homogénéité interne, telle que mesurée par le coefficient alpha de Cronbach (α). Les valeurs répertoriées dans la littérature psychométrique de référence soulignent une robustesse remarquable :
- Étudiants universitaires hétérosexuels : α = .83 pour les hommes et α = .81 pour les femmes (Gaither & Sellbom, 2003).
- Échantillons communautaires d’adultes : α oscillant entre .79 et .83 (Hendershot et al., 2007 ; Maisto et al., 2004).
- Hommes homosexuels et bisexuels : α variant de .75 à .79 selon les cohortes analysées (Kalichman et al., 1994 ; Kalichman & Rompa, 1995).
- Hommes vivant avec le VIH : α = .83 dans des contextes urbains multiethniques (O’Leary, Fisher, Purcell, Spikes, & Gomez, 2007).
- Patients de cliniques de santé sexuelle et dépistage des IST en contexte international (Le Cap, Afrique du Sud) : α = .71 (Kalichman, Simbayi, Jooste, Vermaak, & Cain, 2008).
L’analyse des corrélations item-total corrigées révèle des valeurs s’échelonnant entre .25 et .79. Aucune suppression d’un item particulier n’entraîne d’augmentation substantielle de l’alpha global, confirmant la pertinence psychométrique de l’ensemble des dix énoncés retenus dans la version définitive.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest de la SSSS a été évaluée à plusieurs reprises pour vérifier la stabilité dispositionnelle du construit dans le temps. Kalichman et Rompa (1995) ont rapporté un coefficient de corrélation de Pearson de r = .69 sur un intervalle de deux semaines au sein d’un échantillon mixte. Sur une période plus longue de trois mois, Kalichman et al. (1994) ont obtenu un coefficient de stabilité de r = .78 auprès d’un échantillon d’hommes homosexuellement actifs. Ces coefficients corroborent l’hypothèse selon laquelle la recherche de sensations sexuelles se comporte comme un trait de personnalité stable à moyen et long terme, tout en restant suffisamment souple pour refléter les évolutions des trajectoires de vie.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’Échelle de recherche de sensations sexuelles a suscité plusieurs investigations au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et d’analyses factorielles confirmatoires (AFC), portant sur la question de son unidimensionnalité versus sa bidimensionnalité potentielle.
Structure unidimensionnelle originale
Dans les travaux initiaux de construction menés par Seth C. Kalichman et ses collègues (1994, 1995), les analyses factorielles en composantes principales suivies de rotations orthogonales (Varimax) ont constamment extrait un facteur dominant unique expliquant la majeure partie de la variance commune totale. Les valeurs propres (eigenvalues) décroissaient brutalement après le premier facteur (critère du coude de Cattell), justifiant sur le plan théorique et pratique le calcul d’un score composite global non partitionné en sous-échelles. L’ensemble des 10 items présentait des saturations factorielles solides sur ce premier axe, généralement comprises entre .45 et .80.
Débats dimensionnels et modèles concurrents
Des travaux méthodologiques indépendants, notamment ceux conduits par Gaither et Sellbom (2003) sur des cohortes universitaires, ont interrogé cette unidimensionnalité stricte en soumettant les données à des analyses factorielles confirmatoires. Leurs résultats ont suggéré qu’un modèle à deux facteurs corrélés pouvait fournir un ajustement légèrement supérieur aux données par rapport au modèle unidimensionnel pur :
- Facteur 1 : Recherche d’aventures et d’expériences sexuelles novatrices (Sexual Adventurism / Novelty Seeking) : Regroupant les items explorant la curiosité érotique, l’intérêt pour de nouvelles sensations et le plaisir lié à l’inédit (items 1, 5, 6, 7, 8, 9).
- Facteur 2 : Prise de risque physique et désinhibition sociosexuelle (Sexual Risk Taking / Disinhibition) : Concentrant les items relatifs à la perception de soi comme preneur de risque, à la priorité accordée à l’attrait physique immédiat et au refus du préservatif au profit des sensations physiologiques pures (items 2, 3, 4, 10).
Néanmoins, la corrélation inter-facteurs extrêmement élevée observée entre ces deux dimensions sous-jacentes (souvent r > .65 à .75) et la robustesse de l’indice Oméga hiérarchique ont conduit la plupart des épidémiologistes et des psychologues de la santé à préconiser le maintien du modèle unidimensionnel standard. Les saturations des items clés, notamment l’item 9 (« I like to have new and exciting sexual experiences and sensations ») et l’item 1 (« I like wild ‘uninhibited’ sexual encounters »), dépassent régulièrement .70 sur l’axe global, attestant de leur rôle de marqueurs centraux du construit.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelle de recherche de sensations sexuelles (Sexual Sensation Seeking Scale – SSSS).
- Type de mesure : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation) ; peut également être administré sous forme d’entretien direct standardisé.
- Public cible : Adolescents et adultes de tous âges, indépendamment de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
- Nombre d’items : 10 items formulés de manière concise et directe.
- Temps de passation : Moins de 5 minutes (en moyenne 2 à 3 minutes).
- Structure des sous-échelles : Aucune sous-échelle officielle. L’instrument est calculé de manière globale et unidimensionnelle.
- Format des réponses : Échelle ordinale en 4 points :
• 1 = Not at all Like Me (Pas du tout comme moi)
• 2 = Slightly Like Me (Un peu comme moi)
• 3 = Mainly Like Me (Plutôt comme moi)
• 4 = Very Much Like Me (Tout à fait comme moi) - Modalités de cotation (Scoring) :
- Tous les items sont cotés de manière positive de 1 à 4. Il n’y a aucun item inversé.
- Score total brut : Somme arithmétique directe des 10 items (étendue possible : de 10 à 40).
- Score moyen : Somme totale divisée par 10 (étendue possible : de 1,0 à 4,0).
- Interprétation normative : Un score total élevé reflète une recherche intense de nouveauté, de désinhibition sensorielle et une propension marquée à tolérer les risques sanitaires lors des activités sexuelles.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1994 (première publication princeps par Kalichman et al.) ; révision finale publiée en 1995 (Kalichman & Rompa).
- Statut juridique et licence : L’Échelle de recherche de sensations sexuelles se trouve dans le domaine public (public domain).
- Tarifs d’utilisation : Instrument entièrement gratuit (aucun coût d’achat, aucune redevance de licence commerciale).
- Conditions d’utilisation : Accessible librement pour la recherche scientifique, l’enseignement universitaire et les interventions en santé publique, sous réserve de citer scrupuleusement les publications de référence de Seth C. Kalichman.
- Financement de référence : Les travaux de formalisation méthodologique ont bénéficié du soutien financier du National Institute of Mental Health (NIMH, subvention R01-MH71164).
- Correspondance scientifique : Dr Seth C. Kalichman, University of Connecticut, Department of Psychological Sciences, 406 Babbidge Road, Storrs, CT 06269, États-Unis. Courriel : [email protected].
12. Références / References
Les publications fondatrices et empiriques relatives à la construction, à la validation et à l’usage de la SSSS sont répertoriées ci-dessous selon les normes APA (7e édition) :
- Berg, R. C. (2008). Barebacking among MSM Internet users. AIDS and Behavior, 12(5), 822–833. https://doi.org/10.1007/s10461-007-9343-2
- Gaither, G. A., & Sellbom, M. (2003). The sexual sensation seeking scale: Reliability and validity within a heterosexual college student sample. Journal of Personality Assessment, 81(2), 157–167. https://doi.org/10.1207/S15327752JPA8102_07
- Gutiérrez-Martínez, O., Bermúdez, M. P., Teva, I., & Buela-Casal, G. (2007). Sexual sensation-seeking and worry about sexually transmitted diseases (STD) and human immunodeficiency virus (HIV) infection among Spanish adolescents. Psicothema, 19(4), 661–666. https://www.psicothema.com/pi?pii=3408
- Hart, T. A., Wolitski, R. J., Purcell, D. W., Gómez, C., Halkitis, P., & the Seropositive Urban Men’s Study Team. (2003). Sexual behavior among HIV-positive men who have sex with men: What’s in a label? The Journal of Sex Research, 40(2), 179–188. https://doi.org/10.1080/00224490309552179
- Hendershot, C. S., Stoner, S. A., George, W. H., & Norris, J. (2007). Alcohol use, expectancies, and sexual sensation seeking as correlates of HIV risk behavior in heterosexual young adults. Psychology of Addictive Behaviors, 21(3), 365–372. https://doi.org/10.1037/0893-164X.21.3.365
- Kalichman, S. C., Adair, V., Rompa, D., Multhauf, K., Johnson, J., & Kelly, J. A. (1994). Sexual sensation-seeking: Scale development and predicting AIDS-risk behavior among homosexually active men. Journal of Personality Assessment, 62(3), 385–397. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa6203_1
- Kalichman, S. C., & Rompa, D. (1995). Sexual sensation seeking and sexual compulsivity scales: Reliability, validity, and predicting HIV risk behaviors. Journal of Personality Assessment, 65(3), 586–602. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa6503_16
- Kalichman, S. C., Simbayi, L., Jooste, S., Vermaak, R., & Cain, D. (2008). Sensation seeking and alcohol use predict HIV transmission risks: Prospective study of sexually transmitted infection clinic patients, Cape Town, South Africa. Addictive Behaviors, 33(12), 1630–1633. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2008.07.018
- Maisto, S. A., Carey, M. P., Carey, K. B., Gordon, C. M., Schum, J. L., & Lynch, K. G. (2004). The relationship between alcohol and individual differences variables on attitudes and behavioral skills relevant to sexual health among heterosexual young adult men. Archives of Sexual Behavior, 33(6), 571–584. https://doi.org/10.1023/B:ASEB.0000044741.05035.79
- O’Leary, A., Fisher, H. H., Purcell, D. W., Spikes, P. S., & Gomez, C. A. (2007). Correlates of risk patterns and race/ethnicity among HIV-positive men who have sex with men. AIDS and Behavior, 11(5), 706–715. https://doi.org/10.1007/s10461-006-9189-y
- Zuckerman, M. (1994). Behavioral expressions and biosocial bases of sensation seeking. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511752940
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Sexual Sensation Seeking Scale
The Sexual Sensation Seeking Scale was originally derived from the Sensation Seeking Scale (Zuckerman, 1994), with items redefined for sexual relevance. A three-step process was used to develop the original scale. The first step involved carefully examining the item content of Zuckerman’s Sensation Seeking Scale and selecting items that demonstrated the highest loadings on the factors from Zuckerman’s original factor analysis (e.g., thrill and adventure seeking, disinhibition, boredom susceptibility). The second step involved conducting focus groups with adults on the appropriateness of the item content and framing of items for sexual content. For example, we revised the item “I like wild and uninhibited parties” to “I like wild and uninhibited sexual encounters.” The final step involved clarifying content and refining wording of the original scale items with additional focus groups of gay, bisexual, and heterosexual men and women. Items were refined following community feedback and were placed on 4-point scales, 1 = Not at all Like Me, 2 = Slightly Like Me, 3 = Mainly Like Me, 4 = Very Much Like Me. Following initial scale development research (Kalichman et al., 1994), the items were further refined with original items that tapped sexually coercive behavior replaced with items reflecting sexual adventurism. The final scale consists of 10 items developed for use with men and women and has shown utility with adolescents and adults of all ages.
Instructions:
A number of statements that some people have used to describe themselves are given below. Read each statement and then circle the number to show how well you believe the statement describes you.
1 = Not at all Like Me
2 = Slightly Like Me
3 = Mainly Like Me
4 = Very Much Like Me
- I like wild “uninhibited” sexual encounters.
- The physical sensations are the most important thing about having sex.
- My sexual partners probably think I am a “risk taker.”
- When it comes to sex, physical attraction is more important to me than how well I know the person.
- I enjoy the company of sensual people.
- I enjoy watching “X-rated” videos.
- I am interested in trying out new sexual experiences.
- I feel like exploring my sexuality.
- I like to have new and exciting sexual experiences and sensations.
- I enjoy the sensations of intercourse without a condom.