Échelle de quête de muscularité (DMS)

L’Échelle de quête de muscularité (Drive for Muscularity Scale – DMS) est l’outil psychométrique de référence évaluant les attitudes et comportements liés au développement musculaire et à l’insatisfaction corporelle masculine.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle de quête de muscularité (Drive for Muscularity Scale, ou DMS), développée initialement par Donald R. McCreary et Derek K. Sasse en 2000, constitue l’étalon-or international dans l’évaluation psychométrique de la préoccupation individuelle relative au développement de la masse musculaire. Conçue pour combler une lacune épistémologique majeure au sein des recherches sur l’image corporelle — traditionnellement centrées sur la quête de minceur (drive for thinness) et la symptomatologie anorexique prévalente chez les femmes —, la DMS opérationnalise le désir d’accroître son volume musculaire indépendamment du pourcentage réel de masse adipeuse ou de masse maigre de l’individu. L’instrument comprend 15 items auto-rapportés évaluant la fréquence des pensées, sentiments et comportements orientés vers l’hypertrophie musculaire à travers une échelle de réponse ordinale de type Likert en six points (allant de « Always » à « Never »).

Les investigations psychométriques révèlent une structure factorielle bidimensionnelle robuste chez les hommes, scindant le construit en deux composantes de premier ordre corrélées : les attitudes liées à la muscularité (cognitions, affects et insatisfaction quant au volume corporel) et les comportements d’accroissement musculaire (pratiques d’entraînement en force, stratégies diététiques hypercaloriques et supplémentation). Ces deux facteurs saturent un facteur général d’ordre supérieur désigné comme la quête globale de muscularité. En revanche, chez les femmes, la séparation factorielle ne se reproduit pas de manière stable, imposant l’utilisation exclusive du score unidimensionnel global. Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) oscillent régulièrement entre 0,85 et 0,91 chez les cohortes masculines et dépassent 0,80 chez les participantes féminines, tandis que la stabilité temporelle test-retest à court terme (7 à 10 jours) démontre une excellente reproductibilité (r = 0,93 pour l’échelle globale). Présentant une validité convergente et divergente étayée face aux construits de l’estime de soi, de l’orientation vers la forme physique, du perfectionnisme et des troubles du comportement alimentaire, la DMS s’impose comme un dispositif diagnostique et heuristique indispensable en psychologie clinique, en psychopathologie du sport et en études de genre.

2. Mots-clés

Quête de muscularité, Drive for Muscularity Scale, image corporelle, dysmorphie musculaire, psychopathologie du sport, dimorphisme corporel, stéroïdes anabolisants, insatisfaction corporelle masculine, psychométrie, évaluation auto-rapportée.

3. Auteurs

L’échelle a été conçue et formalisée principalement par le Dr Donald R. McCreary, en collaboration avec Derek K. Sasse, rejoints dans les travaux de validation structurale par des spécialistes éminents de l’image corporelle tels que le Dr J. Kevin Thompson et le Dr Guy Cafri.

  • Dr Donald R. McCreary, Ph.D. : Psychologue chercheur et consultant académique, anciennement affilié au Département de psychologie de l’Université Brock (St. Catharines, Ontario, Canada) et scientifique de recherche auprès de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC Toronto). Spécialiste mondial de la santé masculine, des rôles de genre et de l’insatisfaction corporelle liée au développement musculaire. Courriel institutionnel historique / contact scientifique : [email protected] / [email protected].
  • Derek K. Sasse, B.A. : Collaborateur de recherche au Département de psychologie de l’Université Brock (Ontario, Canada), co-auteur de l’étude princeps fondatrice de l’instrument en 2000.
  • Dr Guy Cafri, Ph.D. & Dr J. Kevin Thompson, Ph.D. : Département de psychologie, Université de South Florida (Tampa, Floride, États-Unis). Contributeurs majeurs à l’analyse de la stabilité temporelle, de la sensibilité psychométrique et de la validation transculturelle de la DMS.

4. Objectif

L’Échelle de quête de muscularité (DMS) a été élaborée afin de répondre à un impératif méthodologique strict : fournir une mesure standardisée, quantitative et écologiquement valide du désir d’hypertrophie musculaire et des conduites instrumentales déployées pour modifier la composition corporelle vers un phénotype mésomorphe. Jusqu’à la fin des années 1990, l’évaluation psychologique des perturbations de l’image corporelle demeurait tributaire d’outils calibrés sur une phénoménologie clinique féminine, à l’instar de l’Eating Disorder Inventory (EDI) ou du Body Shape Questionnaire (BSQ). Ces instruments capturaient l’obsession de la graisse corporelle et la phobie pondérale, mais s’avéraient totalement insensibles à la détresse somatopsychique des hommes, lesquels aspirent non pas à maigrir ou réduire leur gabarit, mais paradoxalement à s’épaissir, prendre du poids et développer une masse musculaire saillante.

La DMS remplit une double finalité, à la fois scientifique et clinique :

  • Sur le plan de la recherche fondamentale et épidémiologique : L’outil quantifie le degré d’intériorisation de l’idéal mésomorphe au sein des populations masculines et féminines, permettant d’analyser les mécanismes d’influence socioculturelle exercés par les médias, les réseaux sociaux et la socialisation aux rôles de genre traditionnels. Il sert également à documenter l’émergence contemporaine de la quête de muscularité chez les femmes, pour qui le modèle somatique contemporain conjugue minceur et tonus musculaire athlétique (concept de silhouette fit and toned).
  • Sur le plan clinique et préventif : La DMS constitue un instrument de dépistage précoce des trajectoires dysmorphophobiques sévères, particulièrement la dysmorphie musculaire (ou « bigorexie », classée parmi les troubles obsessionnels-compulsifs et apparentés au sein du DSM-5). Les praticiens l’utilisent en médecine du sport, en psychiatrie et en psychologie clinique pour identifier les individus présentant des risques accrus d’abus de substances dopantes, telles que les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA), de dépendance à l’exercice physique, de protocoles nutritionnels orthorexiques rigides et d’isolement social induit par les contraintes d’entraînement.

La justification théorique sous-jacente repose sur la prémisse que la quête de muscularité est une variable dimensionnelle continue, distribuée dans l’ensemble de la population générale, dont les manifestations extrêmes culminent en une altération majeure du fonctionnement psychosocial, un sentiment d’inadéquation corporelle permanent et une morbidité psychiatrique substantielle.

5. Construit psychologique

Le construit de quête de muscularité (Drive for Muscularity) désigne la perception cognitive subjective selon laquelle le schéma corporel actuel est déficitaire en volume musculaire, accompagnée du souhait persistant d’ajouter de la masse et du galbe à la charpente physique, indépendamment du statut pondéral objectif ou de l’adiposité réelle. Contrairement à la simple pratique sportive récréative visant la santé cardiovasculaire, la quête de muscularité implique une hyperfocalisation esthétique et fonctionnelle sur la morphologie musculaire.

Chez les hommes, ce construit psychologique s’articule formellement autour de deux sous-dimensions structurales interdépendantes :

1. Les attitudes liées à la muscularité (Muscularity Attitudes)

Cette composante cognitive et affective mesure l’insatisfaction corporelle spécifique et la valorisation subjective de la masse musculaire dans l’évaluation globale de soi. Elle englobe :

  • L’insatisfaction segmentaire : La croyance que des groupes musculaires précis présentent un retard de développement inacceptable (ex. : sentiment persistant que les bras, les pectoraux ou les cuisses manquent de volume et de densité, tel qu’opérationnalisé par les items 13, 14 et 15).
  • L’inférence d’efficacité personnelle et d’estime de soi : La conviction cognitive selon laquelle l’accroissement du gabarit musculaire est une condition sine qua non pour ressentir de l’assurance sociale, de la confiance en soi (item 7) ou une sensation interne de force virile (item 11).
  • L’idéalisation volumétrique : L’anticipation d’une désirabilité physique accrue conditionnée par un gain pondéral massif en masse musculaire brute (ex. : item 9, affirmant que le sujet serait plus séduisant avec un gain de dix livres de volume musculaire).

2. Les comportements d’accroissement musculaire (Muscle-Enhancing Behaviors)

Cette dimension comportementale et conative capture les actions volontaires mises en œuvre de manière récurrente dans le dessein explicite de stimuler la synthèse protéique, d’induire une hypertrophie myofibrillaire et de maximiser l’hypertrophie musculaire globale. Elle comprend :

  • L’engagement instrumental dans la musculation : Le soulèvement régulier de charges lourdes orienté vers la prise de masse (item 2) et l’assiduité rigide aux séances programmées.
  • La régulation nutritionnelle hyper-calorique et la supplémentation : L’ingestion forcée de calories journalières pour atteindre un bilan énergétique positif (item 5), la consommation systématique de substituts protéiques liquides ou de poudres pour prise de masse (weight gain shakes, items 3 et 4).
  • La culpabilité et les perturbations de la vie relationnelle : L’apparition d’affects négatifs intenses et de détresse morale lors de l’omission d’une séance d’entraînement (item 6), le télescopage des séances de musculation avec les obligations professionnelles, scolaires ou familiales (item 12), et les remarques négatives de l’entourage quant au temps excessif alloué au renforcement musculaire (item 8).
  • L’ouverture à l’expérimentation pharmacologique : La rumination cognitive autour du recours potentiel aux substances ergogéniques illicites et aux stéroïdes anabolisants (item 10).

Chez les femmes, les analyses factorielles révèlent que les comportements et les attitudes ne se dissocient pas en facteurs autonomes. Cela s’explique par le fait que les conduites comportementales d’accroissement musculaire massif demeurent souvent modérées par la crainte sous-jacente d’une perte de féminité (« virilisation » somatique), transformant la quête de muscularité chez la femme en une configuration cognitive plus diffuse où les comportements d’entraînement sont souvent intriqués avec des impératifs de fermeté et de tonification corporelle.

6. Cadre théorique

L’assise épistémologique de la DMS s’ancre au confluent de trois courants théoriques majeurs de la psychologie contemporaine : le modèle socioculturel tripartite de l’image corporelle, la théorie de la comparaison sociale et la théorie de la socialisation aux rôles de genre.

Le modèle socioculturel tripartite (Thompson, Heinberg, Altabe, & Tantleff-Dunn)

Formulé par J. Kevin Thompson et ses collaborateurs, le modèle socioculturel postule que l’insatisfaction corporelle procède de la pression triadique exercée par trois vecteurs fondamentaux : les pairs, la famille et les médias. Selon ce prisme, l’environnement culturel contemporain sature l’espace visuel masculin d’images dépeignant un idéal corporel « mésomorphe hyper-développé » (épaules larges, torse en V, taille étroite, absence quasi-totale d’adiposité sous-cutanée). L’intériorisation de cet idéal culturellement valorisé engendre un écart perceptif entre le soi réel (actual self) et le soi idéal (ideal self). La DMS mesure précisément les répercussions conatives et affectives de cet écart normatif, où la dissonance corporelle incite l’individu à adopter des comportements compensatoires d’hypertrophie.

La théorie de la comparaison sociale (Festinger)

Selon Leon Festinger (1954), les individus possèdent une impulsion innée les conduisant à évaluer leurs capacités et leurs attributs physiques par comparaison avec autrui. Dans le contexte de la muscularité, les hommes procèdent préférentiellement à des comparaisons sociales ascendantes (upward social comparisons), confrontant leur propre anatomie à des cibles perçues comme morphologiquement supérieures (athlètes professionnels, culturistes, influenceurs fitness sur les réseaux visuels). Ces comparaisons ascendantes récurrentes induisent des affects de honte corporelle, une érosion de l’auto-efficacité somatique et alimentent directement les scores élevés aux sous-échelles d’attitudes et de comportements de la DMS.

Théories du genre et de la masculinité hégémonique (Connell, Mahalik)

La quête de muscularité puise une part essentielle de sa dynamique dans la construction identitaire du genre. La force physique, la robustesse et la capacité d’imposition spatiale constituent historiquement les piliers sémiotiques de la masculinité hégémonique (Connell, 1995). Face aux mutations sociologiques modernes où la domination physique n’est plus requise pour la survie économique, le corps musclé est réinvesti comme le symbole tangible et résiduel de la puissance virile, de la dominance et du contrôle de soi. Des chercheurs comme Mahalik ont démontré que l’adhésion rigide aux normes de genre masculines traditionnelles (valorisation de la force, primauté du travail physique, répression de la vulnérabilité) est le prédicteur étiologique le plus robuste de scores élevés à la DMS.

7. Validité

Les propriétés de validité de l’Échelle de quête de muscularité ont été documentées de façon exhaustive à travers diverses méthodologies psychométriques :

Validité de construit et structure factorielle

La validité de construit a été corroborée par McCreary, Sasse et leurs collègues (2004) par des protocoles confirmatoires démontrant que la structure bifactorielle masculine (attitudes et comportements) présente des indices d’adéquation statistiques satisfaisants (RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,92). De plus, l’absence de contamination par le biais de désirabilité sociale constitue une facette critique de la validité de construit de la DMS : Duggan et McCreary (2004) ont administré l’inventaire Balanced Inventory of Desirable Responding (BIDR de Paulhus) en tandem avec la DMS auprès d’échantillons d’hommes hétérosexuels et homosexuels. Les corrélations entre la désirabilité sociale (tant l’auto-tromperie que la gestion des impressions) et les scores de la DMS se sont révélées non significatives (r avoisinant 0,00 à -0,08), attestant que les scores ne sont pas artéfactés par la complaisance sociale.

Validité concurrente (méthode des groupes connus)

La DMS discrimine de manière hautement significative les groupes dont les profils théoriques doivent diverger :

  • Différenciation de genre : Les hommes obtiennent systématiquement des scores globaux et sectoriels significativement plus élevés que les femmes (McCreary & Sasse, 2000), reflétant la disparité des pressions socioculturelles relatives à l’idéal mésomorphe.
  • Pratiquants de musculation vs non-pratiquants : McCreary et Sasse (2000) ont mis en évidence une corrélation de r = 0,24 entre la DMS et le volume hebdomadaire d’entraînement en force. Rutsztein (2004) a confirmé que les adeptes réguliers du renforcement musculaire affichent des moyennes à la DMS nettement supérieures à celles de participants sédentaires ou pratiquant des sports d’endurance pures (p < 0,001).
  • Usagers de stéroïdes anabolisants : Choi, Pitts et Grixti (2005) ont établi que les pratiquants de musculation consommant des stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) enregistrent des scores à la DMS substantiellement plus élevés que les culturistes naturels (non-usagers), attestant de la sensibilité de l’échelle aux conduites d’optimisation pharmacologique extrêmes.

Validité convergente

La validité convergente est démontrée par des associations statistiques cohérentes avec des outils mesurant des construits connexes :

  • Des corrélations positives élevées ont été relevées avec la version adaptée du Swansea Muscularity Attitudes Questionnaire (SMAQ ; Baxter & von Ranson, 2006).
  • Une corrélation inverse significative avec l’estime de soi globale a été reproduite chez les hommes (Duggan & McCreary, 2004 ; Jacobs et al., 2004), indiquant que l’obsession de la muscularité s’articule autour d’un déficit du sentiment de valeur personnelle.
  • Holden et ses collaborateurs (2002), ainsi que Davis et al. (2005), ont montré des corrélations positives robustes entre la DMS et l’orientation vers l’apparence physique (appearance orientation), l’orientation vers la condition physique (fitness orientation), le névrosisme et le perfectionnisme orienté vers soi (self-oriented perfectionism).
  • La DMS corrèle positivement avec les échelles de conformité aux normes de genre masculines (CMNI ; Mahalik et al., 2003 ; McCreary et al., 2005).

Validité discriminante

Sur le plan discriminant, la quête de muscularité ne représente pas l’antithèse conceptuelle de la quête de minceur (Drive for Thinness). Les études mesurant simultanément la DMS et des instruments d’évaluation des troubles des conduites alimentaires (comme l’Eating Attitudes Test [EAT-26] ou l’échelle de quête de minceur de l’EDI) révèlent des corrélations positives faibles à modérées, comprises entre r = 0,30 et r = 0,40 (part de variance commune comprise entre 9 % et 16 % ; McCreary & Sasse, 2000). Cette interrelation modérée s’explique biomécaniquement et morphologiquement : pour rendre la masse musculaire apparente et définie (découpage musculaire), les sujets doivent conjointement maintenir un faible taux de masse adipeuse, ce qui justifie un recouvrement minime mais non redondant avec les comportements restrictifs alimentaires.

8. Fidélité

La fidélité de la DMS a fait l’objet d’évaluations rigoureuses portant tant sur l’homogénéité interne que sur la stabilité des scores au fil du temps.

Cohérence interne

Les études empiriques rapportent d’excellents indices de cohérence interne :

  • Échantillons masculins : L’alpha de Cronbach (α) pour l’échelle totale de 15 items oscille régulièrement entre 0,85 et 0,91 à travers de multiples publications scientifiques indépendantes et présentations de congrès évaluées par les pairs. Pour la version en 14 items (après exclusion de l’item 10 relatif aux stéroïdes dans les contextes pédiatriques ou d’éthique restrictive), le coefficient conserve une magnitude équivalente (α = 0,86 à 0,90). Les sous-échelles masculines présentent également une excellente cohérence : les attitudes oscillent généralement entre α = 0,84 et 0,88, et les comportements entre α = 0,80 et 0,87.
  • Échantillons féminins : Le coefficient alpha de Cronbach pour le score global de la DMS chez les femmes se maintient de façon constante à des niveaux supérieurs à 0,80 (généralement entre 0,81 et 0,84).
  • Corrélations item-total corrigées : Les analyses psychométriques révèlent des coefficients de corrélation item-total corrigés compris entre 0,37 et 0,65 pour l’ensemble des items. Ces valeurs s’inscrivent parfaitement dans les critères recommandés par Nunnally et Bernstein (1994), attestant que chaque item contribue significativement à la mesure du construit global sans redondance excessive.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été formellement quantifiée par Cafri et Thompson (2004) auprès d’un échantillon d’hommes adultes sur un intervalle temporel de 7 à 10 jours. Les coefficients de corrélation intra-classe et de Pearson ont démontré une reproductibilité exceptionnelle :

  • Échelle totale (DMS globale) : r = 0,93
  • Sous-échelle des attitudes liées à la muscularité : r = 0,84
  • Sous-échelle des comportements d’accroissement musculaire : r = 0,96

Ces données confirment que la DMS capte des dispositions attitudinales et comportementales stables, non sujettes à des fluctuations d’humeur transitoires, conférant à l’instrument une robustesse méthodologique remarquable pour les devis expérimentaux longitudinaux et l’évaluation pré/post-intervention.

9. Analyse factorielle

L’architecture latente de la DMS a été minutieusement décortiquée à l’aide d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), mettant en exergue un dimorphisme structural selon le sexe des répondants.

Modélisation chez les hommes

Dans l’échantillon masculin originel de McCreary et Sasse (2000), puis lors de la réplication approfondie menée par McCreary, Sasse, Pickard et Parker (2004), l’AFE (extraction en composantes principales avec rotation oblique Promax ou Oblimin) a mis au jour deux facteurs de premier ordre distincts possédant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0 :

  • Facteur 1 : Attitudes liées à la muscularité : Ce facteur regroupe 7 items (items 1, 7, 9, 11, 13, 14, 15). Les saturations factorielles de ces items sur leur facteur respectif s’échelonnent de 0,55 à 0,82, sans saturation croisée majeure (< 0,30 sur le second facteur). Ce facteur reflète la dysmorphophobie musculaire focale et le désir cognitif de volume.
  • Facteur 2 : Comportements d’accroissement musculaire : Ce facteur agrège 8 items (items 2, 3, 4, 5, 6, 8, 10, 12). Les saturations factorielles oscillent entre 0,48 et 0,78. Ces items traduisent l’ensemble des praxies d’entraînement, de suralimentation et d’adaptation de l’agenda de vie.

Dans le cadre de l’analyse factorielle confirmatoire (AFC), McCreary et al. (2004) ont comparé un modèle unidimensionnel à un modèle bifactoriel corrélé et à un modèle hiérarchique d’ordre supérieur. Le modèle hiérarchique — dans lequel les deux facteurs de premier ordre saturent un unique facteur d’ordre supérieur intitulé « Quête globale de muscularité » — présente un ajustement empirique supérieur (CFI = 0,94, TLI = 0,93, RMSEA = 0,058). Chez les hommes, il est donc psychométriquement légitime de calculer et de rapporter soit les scores des deux sous-échelles séparées, soit le score global cumulé.

Structure factorielle chez les femmes et invariance de mesure

Lors de l’administration de l’échelle à des cohortes féminines, l’AFC ne valide pas la décomposition bidimensionnelle observée chez les hommes. Plusieurs items comportementaux (notamment la volonté de consommer le maximum de calories journalières [item 5] ou la prise de poids massive [item 9]) saturent de manière anarchique ou entrent en contradiction directe avec les impératifs de minceur intériorisés par les participantes. Par conséquent, chez les femmes, l’AFE extrait généralement une solution unidimensionnelle diffuse ou des facteurs instables non réplicables. L’invariance de mesure forte (invariance scalaire) entre hommes et femmes n’étant pas observée, il est formellement recommandé aux cliniciens et chercheurs d’exploiter uniquement le score total composite de la DMS lorsqu’elle est administrée à des femmes, et d’éviter les comparaisons directes des sous-échelles entre les sexes.

10. Instrument de mesure

L’instrument de mesure présente des spécifications administratives et métrologiques standardisées :

  • Format d’administration : Questionnaire auto-rapporté sur support papier-crayon ou via des plateformes numériques sécurisées d’évaluation psychologique. L’instrument est conçu pour une auto-passation individuelle ou en groupe.
  • Temps de complétion : Très rapide, variant entre 3 et 5 minutes.
  • Population cible : Adolescents (à partir de 14 ans) et adultes (hommes et femmes).
  • Nombre d’items : 15 items au total dans la version intégrale standard (une version alternative à 14 items existe, omettant l’item 10 relatif aux stéroïdes anabolisants pour les publics mineurs en milieu scolaire).
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 6 points ancrée sur la fréquence temporelle :
    • 1 = Never (Jamais)
    • 2 = Rarely (Rarement)
    • 3 = Sometimes (Parfois)
    • 4 = Often (Souvent)
    • 5 = Very Often (Très souvent)
    • 6 = Always (Toujours)
  • Cotation et calcul des scores :
    • Tous les items sont libellés dans le sens positif du construit (aucun item inversé).
    • Score total de la DMS : Somme arithmétique des 15 items (étendue de 15 à 90) ou moyenne des items (étendue de 1 à 6). Un score élevé dénote une quête de muscularité plus prononcée.
    • Sous-échelle des attitudes liées à la muscularité (Hommes uniquement) : Calculée à partir des 7 items d’attitude (items 1, 7, 9, 11, 13, 14, 15). Étendue brute : 7 à 42.
    • Sous-échelle des comportements d’accroissement musculaire (Hommes uniquement) : Calculée à partir des 8 items comportementaux (items 2, 3, 4, 5, 6, 8, 10, 12). Étendue brute : 8 à 48.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

L’Échelle de quête de muscularité a été formellement publiée pour la première fois en 2000 par le Dr Donald R. McCreary et Derek K. Sasse dans la revue scientifique Journal of American College Health, puis a fait l’objet d’un chapitre de référence exhaustif publié par l’American Psychological Association (APA) en 2007 :

  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par le Dr Donald R. McCreary et les éditeurs originaux. L’instrument est protégé par le droit d’auteur académique conventionnel.
  • Politique tarifaire et accès : La DMS est un instrument libre de droits financiers pour la recherche scientifique et l’usage clinique sans but lucratif (Open/Free for Academic and Research Use). Aucun frais de licence n’est exigé pour une utilisation non commerciale.
  • Conditions d’utilisation : L’auteur, le Dr Don McCreary, autorise l’usage de la DMS sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources originales (McCreary & Sasse, 2000 ; McCreary, 2007). L’auteur formule une requête d’usage académique standard demandant à ce que les tirés à part ou les copies des publications scientifiques résultant de l’exploitation de la DMS lui soient transmis par correspondance afin d’enrichir la base de données internationale sur l’échelle. Pour les applications commerciales intégrées dans des plateformes payantes d’évaluation, une autorisation formelle préalable doit être sollicitée auprès des détenteurs de droits.

12. Références

Les références bibliographiques suivantes fournissent les bases méthodologiques et empiriques relatives à la construction et à la validation de la DMS :

  • Baxter, D. L., & von Ranson, K. M. (2006). Relationships among muscularity concerns, eating pathology, and body dissatisfaction in men and women. Sex Roles, 54(5-6), 343–353. https://doi.org/10.1007/s11199-006-9006-4
  • Cafri, G., & Thompson, J. K. (2004). Measuring male body image: A review of the current methodology. Psychology of Men & Masculinity, 5(1), 18–29. https://doi.org/10.1037/1524-9220.5.1.18
  • Choi, P. Y., Pitts, M. K., & Grixti, N. (2005). Drive for muscularity, body image and anabolic steroid use in recreational gym users. Journal of Science and Medicine in Sport, 8(4), 182.
  • Connell, R. W. (1995). Masculinities. University of California Press.
  • Davis, C., Karvinen, K., & McCreary, D. R. (2005). Personality correlates of a drive for muscularity in young men. Personality and Individual Differences, 39(2), 349–359. https://doi.org/10.1016/j.paid.2005.01.012
  • Duggan, S. J., & McCreary, D. R. (2004). Body image, eating disorders, and the drive for muscularity in gay and heterosexual men: The influence of social desirability bias. Journal of Homosexuality, 47(3-4), 45–58. https://doi.org/10.1300/J082v47n03_03
  • Festinger, L. (1954). A theory of social comparison processes. Human Relations, 7(2), 117–140. https://doi.org/10.1177/001872675400700202
  • Holden, J. G., Hargreaves, D., & Tiggemann, M. (2002). The drive for muscularity, body satisfaction and self-esteem in adolescent boys. In Paper presented at the Australian Psychological Society Annual Conference.
  • Jacobs, J., McCreary, D. R., & Sasse, D. K. (2004). The drive for muscularity and self-esteem: The moderating role of gender role socialization. In Annual meeting of the Canadian Psychological Association, St. John’s, NL.
  • Mahalik, J. R., Locke, B. D., Ludlow, L. H., Diemer, M. A., Scott, R. P., Gottfried, M., & Freitas, G. (2003). Development of the conformity to masculine norms inventory. Psychology of Men & Masculinity, 4(1), 3–25. https://doi.org/10.1037/1524-9220.4.1.3
  • McCreary, D. R. (2007). The Drive for Muscularity Scale: Description, psychometrics, and research findings. In J. K. Thompson & G. Cafri (Eds.), The muscular ideal: Psychological, social, and medical perspectives (pp. 87–106). American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/11581-004
  • McCreary, D. R., & Sasse, D. K. (2000). An exploration of the drive for muscularity in adolescent boys and girls. Journal of American College Health, 48(6), 297–304. https://doi.org/10.1080/07448480009596271
  • McCreary, D. R., Sasse, D. K., Sumnicht, P., & Sherriffs, H. E. (2005). Gender role socialization and the drive for muscularity: A test of the gender role strain paradigm. International Journal of Men’s Health, 4(3), 285–296. https://doi.org/10.3149/jmh.0403.285
  • McCreary, D. R., Sasse, D. K., Pickard, P., & Parker, K. (2004). The Drive for Muscularity Scale: Factor structure and sex differences. In Paper presented at the American Psychological Association Annual Convention, Honolulu, HI.
  • Nunnally, J. C., & Bernstein, I. H. (1994). Psychometric theory (3rd ed.). McGraw-Hill.
  • Rutsztein, G. (2004). Drive for muscularity and eating disorders in Argentinean weight trainers. Unpublished raw data.
  • Thompson, J. K., Heinberg, L. J., Altabe, M., & Tantleff-Dunn, S. (1999). Exacting beauty: Theory, assessment, and treatment of body image disturbance. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10312-000

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

I wish that I were more muscular.
2

I lift weights to build up muscle.
3

I use protein or energy supplements.
4

I drink weight gain or protein shakes.
5

I try to consume as many calories as I can in a day.
6

I feel guilty if I miss a weight training session.
7

I think I would feel more confident if I had more
8

muscle mass.
9

Other people think I work out with weights too often.
10

I think that I would look better if I gained 10 pounds in bulk.
11

I think about taking anabolic steroids.
12

I think that I would feel stronger if I gained a little more muscle mass.
13

I think that my weight training schedule interferes with other aspects of my life.
14

I think that my arms are not muscular enough.
15

I think that my chest is not muscular enough.
16

I think that my legs are not muscular enough.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Échelle de quête de muscularité (DMS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-quete-de-muscularite-dms
Looti, Mohammed. “Échelle de quête de muscularité (DMS).” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-quete-de-muscularite-dms.
Looti, Mohammed. “Échelle de quête de muscularité (DMS).” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-quete-de-muscularite-dms.