1. Résumé / Abstract
L’Échelle de qualité de vie familiale (Beach Center Family Quality of Life Scale, FQOL) est un instrument psychométrique standardisé de référence internationale conçu pour évaluer les perceptions et le niveau de satisfaction des familles quant à divers aspects fondamentaux de leur vie collective. Développée au sein du prestigieux Beach Center on Disability de l’Université du Kansas par une équipe multidisciplinaire de chercheurs pionniers (notamment Ann Turnbull, Jean Ann Summers, Lesa Hoffman et leurs collaborateurs), cette échelle a été initialement conçue pour répondre aux besoins d’évaluation des familles ayant un ou plusieurs enfants présentant des incapacités ou des besoins particuliers du développement, de la naissance à l’âge de 21 ans, avant d’être élargie et validée auprès de populations familiales diversifiées.
Composée de 25 items rigoureusement calibrés, l’échelle mesure la qualité de vie familiale perçue à travers cinq sous-échelles multidimensionnelles : (1) les Interactions familiales (Family Interaction), (2) les Compétences parentales (Parenting), (3) le Bien-être émotionnel (Emotional Well-being), (4) le Bien-être physique et matériel (Physical / Material Well-being), et (5) le Soutien lié à l’incapacité (Disability-Related Support). Les répondants évaluent leur degré de satisfaction à l’égard de chaque énoncé sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 1 (« Très insatisfait ») à 5 (« Très satisfait »), l’outil permettant également, dans sa version de recherche intégrale, de mesurer l’importance relative accordée à chaque dimension.
Sur le plan métrologique, l’échelle présente d’excellentes qualités psychométriques établies sur de larges cohortes d’évaluation. La consistance interne est remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,88 pour le score composite global de satisfaction et 0,94 pour les scores d’importance, tandis que les sous-échelles individuelles démontrent une homogénéité interne robuste. La fidélité test-retest à moyen terme confirme une stabilité temporelle substantielle des scores (corrélations significatives au seuil de p < 0,001). L’analyse factorielle confirmatoire (AFC) corrobore sans ambiguïté une structure hiérarchique à cinq facteurs de premier ordre subordonnés à un facteur général de second ordre, affichant des indices d’ajustement méthodologiques optimaux. La validité convergente et la validité de construit ont été vigoureusement établies via des corrélations significatives avec des instruments éprouvés du fonctionnement familial tels que le Family APGAR et la Family Resource Scale.
2. Mots-clés / Keywords
Qualité de vie familiale, psychométrie, évaluation familiale, handicap de développement, Beach Center FQOL, fonctionnement familial, soutien social, parentalité, bien-être émotionnel, analyse factorielle confirmatoire.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de qualité de vie familiale a été conçue, formalisée et validée scientifiquement par l’équipe de recherche du Beach Center on Disability, affilié au Life Span Institute de l’Université du Kansas (Lawrence, Kansas, États-Unis d’Amérique). Ce centre d’excellence mène depuis plusieurs décennies des travaux de premier plan sur l’autodétermination, le soutien familial et les politiques publiques relatives aux incapacités intellectuelles et développementales.
Les principaux auteurs et chercheurs ayant piloté la conceptualisation théorique, les études qualitatives initiales, l’échantillonnage psychométrique et la modélisation statistique comprennent :
- Ann P. Turnbull, Ed.D. : Professeure émérite éminente en éducation spécialisée, cofondatrice du Beach Center on Disability, Université du Kansas. Autrice fondatrice des cadres théoriques de l’approche centrée sur la famille.
- H. Rutherford Turnbull III, LL.M. : Professeur émérite en éducation et politiques publiques, cofondateur du Beach Center on Disability.
- Jean Ann Summers, Ph.D. : Directrice de recherche émérite au Beach Center on Disability, spécialiste de la mesure quantitative et qualitative des dynamiques familiales.
- Lesa Hoffman, Ph.D. : Méthodologue et statisticienne, professeure spécialisée dans les modèles d’équations structurelles et la psychométrie appliquée (Université du Kansas, Université de l’Iowa).
- Denise J. Poston, Ph.D. : Chercheuse associée au Beach Center on Disability, ayant conduit les entretiens qualitatifs et les groupes de discussion fondateurs.
- Ji Yeon Park, Ph.D., Hasheem Mannan, Ph.D., Mian Wang, Ph.D., et Nina Zuna, Ph.D. : Chercheurs et statisticiens associés ayant contribué aux phases d’analyse factorielle exploratoire, d’adaptation transculturelle et de validation empirique.
Affiliation institutionnelle principale : Beach Center on Disability, Schiefelbusch Institute for Life Span Studies, University of Kansas, 1200 Sunnyside Avenue, Lawrence, KS 66045-7534, USA. Coordonnées de contact institutionnel : beachcenter.lsi.ku.edu.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Family Quality of Life Scale est de fournir une mesure quantitative standardisée, écologiquement valide et cliniquement sensible des dynamiques internes et contextuelles qui concourent au bien-être holistique du système familial. Historiquement, les sciences humaines, la psychologie clinique et la psychiatrie ont principalement focalisé leurs efforts d’évaluation sur le concept de qualité de vie individuelle, mesurant les capacités cognitives, la détresse psychologique ou le niveau fonctionnel du membre du foyer en situation de vulnérabilité. Néanmoins, cette perspective individualiste omettait un fait systémique fondamental : l’individu n’évolue pas en vase clos, mais au sein d’un écosystème interdépendant où les besoins, les ressources, le stress et l’épanouissement des uns influencent réciproquement ceux des autres.
Pour combler ce vide méthodologique, l’échelle FQOL a été développée afin d’opérationnaliser le concept de qualité de vie familiale non pas comme la simple moyenne arithmétique des scores individuels des membres de la famille, mais comme une entité dynamique partagée, reflétant le climat, les ressources et les opportunités perçues par le collectif familial dans son ensemble. L’outil cherche à expliciter le fossé existant entre les besoins réels des familles et le degré de réponse apporté par les systèmes de services publics, d’éducation spécialisée, d’aide médico-sociale et de réseaux d’entraide communautaires.
Dans les contextes de recherche fondamentale et appliquée, l’échelle remplit plusieurs fonctions primordiales :
- Mesure des résultats d’intervention (Outcome Measure) : L’échelle sert de mesure pré-test et post-test standardisée pour déterminer l’efficacité des programmes d’intervention précoce, des thérapies familiales et des politiques d’inclusion médico-sociale. Elle permet de savoir si une amélioration chez l’enfant ou un parent se traduit par un gain tangible au niveau systémique de la famille.
- Modélisation de variables explicatives : L’outil est employé comme variable dépendante ou indépendante dans des modélisations prédictives complexes (modèles d’équations structurelles) visant à explorer les modérateurs et médiateurs du bien-être psychologique familial face aux stresseurs chroniques liés au handicap.
- Évaluation des politiques publiques : Les données agrégées recueillies auprès de vastes cohortes informent les décideurs institutionnels sur les lacunes structurelles, qu’il s’agisse des difficultés d’accès aux soins dentaires et médicaux, du transport ou du manque de répit pour les aidants familiaux.
Dans la pratique clinique et psycho-éducative, l’échelle constitue un instrument de cartographie des forces et des besoins. Elle permet aux équipes pluridisciplinaires d’engager un dialogue collaboratif avec les familles (approche de partenariat famille-professionnels) afin d’identifier les domaines prioritaires nécessitant un soutien ajusté. Toutefois, les auteurs ont expressément stipulé une mise en garde déontologique cruciale : l’échelle FQOL n’a pas été conçue comme un outil d’admissibilité ou de refus de services médico-sociaux, pas plus qu’elle ne constitue une grille de diagnostic psychopathologique ou psychiatrique. Son rôle est strictement évaluatif, programmatique et axé sur l’émancipation et l’autonomisation (empowerment) des familles.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique de la Qualité de vie familiale (QdVF) est conceptualisé par le Beach Center comme une condition dynamique de bien-être personnel et collectif, définie par les membres du système familial eux-mêmes. Il reflète le degré auquel les besoins fondamentaux de la famille sont satisfaits, la mesure dans laquelle les membres du foyer profitent de leur vie commune, et leur opportunité partagée de poursuivre des objectifs signifiants.
Ce métaconstruit est structuré de manière hiérarchique autour de cinq domaines opérationnels distincts mais interreliés :
1. Interactions familiales (Family Interaction)
Cette dimension évalue le climat socio-émotionnel interne, l’interdépendance positive et les dynamiques de communication interpersonnelle au sein de la cellule familiale. Elle examine la façon dont les membres du foyer partagent du temps qualitatif ensemble, maintiennent des lignes de communication ouvertes, se témoignent mutuellement de l’affection et de la bienveillance, et résolvent conjointement les conflits inévitables de la vie quotidienne. Les items de ce domaine ciblent également la résilience collective face aux aléas de l’existence, c’est-à-dire la capacité du groupe familial à faire face solidairement aux épreuves et aux fluctuations de l’existence sans effondrement de la structure relationnelle.
2. Compétences parentales (Parenting)
Le domaine des compétences parentales porte sur les processus éducatifs, de socialisation et de prise en charge mis en œuvre par les adultes du foyer à destination des enfants. Il englobe la transmission de l’autonomie et de l’indépendance, le soutien actif dans les activités académiques, scolaires et récréatives, ainsi que l’apprentissage des habiletés sociales nécessaires pour nouer des relations harmonieuses avec les pairs. En outre, ce domaine examine la capacité des parents et tuteurs à enseigner une prise de décision judicieuse, à s’insérer activement dans l’environnement relationnel de l’enfant (rencontres avec les enseignants, pairs, professionnels) et à trouver une disponibilité temporelle suffisante pour répondre de façon équitable aux besoins individuels de chaque enfant du foyer.
3. Bien-être émotionnel (Emotional Well-being)
Cette dimension mesure la santé psychologique et le niveau de sécurité affective globale des membres de la famille. Elle explore l’existence de mécanismes internes et externes d’adaptation face au stress chronique induit par les responsabilités quotidiennes et les exigences liées à la vulnérabilité. Ce domaine investigue le degré de soutien disponible pour soulager le stress parental et familial, l’insertion dans un réseau informel d’amis et de proches fournissant un appui psychologique, la possibilité pour chaque membre du foyer de préserver du temps libre pour s’adonner à ses propres centres d’intérêt, ainsi que l’accès à un soutien externe et professionnel pour soulager les besoins spécifiques de la cellule familiale.
4. Bien-être physique et matériel (Physical / Material Well-being)
Le bien-être physique et matériel appréhende les déterminants environnementaux et matériels fondamentaux garantissant la survie, la sécurité et la santé du système familial. Ce domaine évalue des aspects hautement concrets de la vie quotidienne : la possession ou l’accès à des moyens de transport fiables pour se déplacer vers les lieux requis, la solvabilité financière permettant d’assurer la couverture des dépenses essentielles du ménage, la sécurité ressentie au sein du domicile, de l’école, du travail et du voisinage, ainsi que l’accès effectif, opportun et régulier aux soins de santé médicale et dentaire pour l’ensemble des membres de la famille.
5. Soutien lié à l’incapacité (Disability-Related Support)
Spécifique aux familles comptant un membre ayant des besoins particuliers ou une déficience, ce domaine mesure l’adéquation et l’efficacité des soutiens formels et informels ciblés. Il s’intéresse à la disponibilité des adaptations et des aides permettant à la personne en situation de handicap d’atteindre ses objectifs à la maison, en milieu scolaire ou sur le lieu de travail. De surcroît, il analyse le soutien fourni pour favoriser l’inclusion sociale et le développement de relations amicales, ainsi que la nature des partenariats et la qualité des relations de travail établies entre la famille et les prestataires de services professionnels du secteur médico-social.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise épistémologique et conceptuelle de la Family Quality of Life Scale repose à la croisée de trois cadres théoriques majeurs en sciences sociales et psychologie du développement : la théorie des systèmes familiaux, le modèle bioécologique du développement humain d’Urie Bronfenbrenner, et le paradigme du soutien centré sur la famille (Family-Centered Practices).
La théorie des systèmes familiaux
Inspirée des travaux de la théorie générale des systèmes de Ludwig von Bertalanffy appliqués à la famille (Salvador Minuchin, Murray Bowen), cette perspective postule que la famille est un système ouvert, dynamique et interconnecté, caractérisé par des règles de fonctionnement, des frontières et des rétroactions constantes. Toute modification, stresseur ou besoin émanant d’un élément du système modifie inévitablement l’équilibre homéostatique de l’ensemble. Ainsi, l’apparition d’un diagnostic d’incapacité ou de maladie chronique chez un enfant n’affecte pas seulement sa trajectoire de développement propre, mais redéfinit le sous-système parental (redistribution des rôles, charge financière), le sous-système conjugal (stress relationnel, intimité), le sous-système de la fratrie (sentiments d’équité ou d’abandon) et les échanges avec l’écosystème extra-familial. La QdVF capture précisément cette résultante systémique globale.
Le modèle bioécologique de Bronfenbrenner
Le cadre écologique d’Urie Bronfenbrenner met en lumière l’emboîtement des contextes d’influence sur le bien-être humain :
- Le microsystème immédiat (les interactions quotidiennes au foyer, la qualité des échanges directs).
- Le mésosystème (les interconnexions entre la famille et l’école, les hôpitaux ou les structures d’intervention spécialisées).
- L’exosystème (les politiques d’aménagement du territoire, les transports publics, les politiques de rémunération et d’assurance maladie influençant le bien-être physique et matériel).
- Le macrosystème (les représentations culturelles du handicap, les valeurs sociétales d’inclusion et la législation sociale).
La FQOL Scale intègre délibérément ces différents niveaux d’analyse : tandis que les domaines « Interactions familiales » et « Parentalité » explorent le microsystème proximal, les dimensions « Soutien lié à l’incapacité » et « Bien-être matériel » sondent la fluidité des interactions mésosystémiques et l’adéquation de l’exosystème institutionnel.
Le paradigme des pratiques centrées sur la famille
Développé par Carl Dunst, Ann Turnbull et leurs collaborateurs dans le champ de la petite enfance et du handicap, le paradigme centré sur la famille rompt avec le modèle médical traditionnel déficitaire centré sur le patient. Ce modèle valorise la reconnaissance des compétences, des forces et des ressources préexistantes au sein de la famille. Il préconise que les professionnels ne se posent plus en experts omniscients prescrivant des soins isolés, mais en partenaires collaboratifs travaillant de concert avec les parents. Dans cette optique théorique, l’échelle FQOL opère comme une mesure émancipatrice donnant la parole aux familles pour définir elles-mêmes leurs priorités de vie et évaluer l’impact réel des interventions professionnelles sur leur fonctionnement global.
7. Validité / Validity
La démonstration de la validité scientifique de l’échelle FQOL a fait l’objet d’un processus empirique itératif exhaustif combinant méthodologies qualitatives rigoureuses et approches psychométriques quantitatives avancées, documenté en détail par Poston et al. (2003), Park et al. (2003) et synthétisé magistralement par Hoffman, Marquis, Poston, Summers et Turnbull (2006).
Validité de contenu et validité écologique
La validité de contenu a été garantie dès l’amorce du programme de recherche par une démarche inductive exemplaire. Les chercheurs ont conduit des revues systématiques de la littérature, suivies d’entretiens individuels en profondeur et de groupes de discussion (focus groups) auprès d’un panel exhaustif d’acteurs de terrain : parents et membres de familles d’enfants en situation de handicap, adultes vivant eux-mêmes avec une déficience intellectuelle ou physique, prestataires de services médico-sociaux et directeurs institutionnels. Ces participants devaient définir spontanément ce qui était « indispensable pour qu’une famille mène une bonne vie ensemble ». L’analyse de contenu thématique a initialement fait émerger 10 domaines conceptuels de vie, qui ont servi de matrice à la rédaction d’un premier pool expérimental de 112 items, assurant une parfaite représentativité de l’expérience vécue des familles.
Validité de construit
La validité de construit a été examinée sur un échantillon probant de 488 familles d’enfants avec et sans incapacité. Les chercheurs ont testé l’adéquation théorique du modèle au moyen de la modélisation en équations structurelles (SEM). Deux niveaux d’analyse ont été investigués :
- Structure globale au niveau des items (Item-level FQOL structure) : Ce modèle modélise un facteur général de second ordre (QdVF globale) influençant les 5 facteurs de premier ordre, eux-mêmes reflétés par leurs items manifestes respectifs. Pour l’échelle de satisfaction, les indices d’ajustement ont attesté d’une adéquation acceptable et solide : χ² (270) = 617,28, p < 0,001 ; Comparative Fit Index (CFI) = 0,87 ; Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,07.
- Structure au niveau des sous-échelles (Subscale-level FQOL model) : Ce modèle examine un facteur de premier ordre de QdVF globale mesuré par les moyennes observées des 5 sous-échelles. L’adéquation statistique observée s’est avérée excellente : χ² (5) = 3,41, p = 0,63 (significativité non significative, indiquant l’absence d’écart entre modèle théorique et données observées) ; CFI = 1,00 ; RMSEA = 0,00.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée en corrélant les sous-échelles de la FQOL avec des instruments validés mesurant des construits psychologiques théoriquement voisins :
- Family APGAR : Cet instrument reconnu de 5 items mesurant le fonctionnement et le soutien familial systémique (Smilkstein et al., 1982) a été administré conjointement. Le score de satisfaction moyen de la sous-échelle Interactions familiales de la FQOL a présenté une corrélation positive très robuste et hautement significative avec le Family APGAR : r(87) = 0,68, p < 0,001.
- Family Resource Scale (FRS) : Développée par Dunst et Leet (1987) pour évaluer la disponibilité perçue des ressources matérielles, financières et temporelles au sein du foyer (30 items), la FRS a été mise en corrélation avec la sous-échelle Bien-être physique et matériel de la FQOL. L’analyse a révélé une association positive statistiquement forte et congruente : r = 0,60, p < 0,001 (n = 60).
Ces éléments concordants confirment sans équivoque que l’instrument capture avec exactitude les dimensions psychologiques ciblées, tout en conservant une spécificité fonctionnelle discriminante.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle de qualité de vie familiale a été examinée sous deux angles métrologiques primordiaux : la cohérence interne (homogénéité des items constituant chaque construit) et la stabilité temporelle par le test-retest.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les indices de consistance interne calculés lors de l’étude psychométrique de référence de Hoffman et al. (2006) témoignent d’une excellente fiabilité statistique :
- Pour le format d’évaluation portant sur l’Importance attribuée aux items, le coefficient alpha de Cronbach global s’élève à α = 0,94.
- Pour le format d’évaluation portant sur le niveau de Satisfaction (format standard de l’instrument en 25 items), le coefficient alpha de Cronbach composite atteint α = 0,88.
- Les coefficients alpha calculés individuellement sur chacune des cinq sous-échelles de satisfaction oscillent entre des valeurs confortables de 0,80 et 0,92, démontrant que chaque groupe d’items participe de façon homogène à la variance de sa dimension sans redondance excessive.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été investiguée sur un sous-échantillon de familles réinterrogées à un intervalle standardisé de quelques semaines (degrés de liberté allant de 59 à 63). Toutes les corrélations de Pearson obtenues se sont révélées statistiquement significatives au seuil de p < 0,01 ou p < 0,001, attestant d’une robustesse temporelle notable des perceptions familiales en l’absence d’intervention extérieure :
- Interactions familiales : r = 0,75 pour la Satisfaction (r = 0,54 pour l’Importance).
- Compétences parentales : r = 0,71 pour la Satisfaction (r = 0,66 pour l’Importance).
- Bien-être émotionnel : r = 0,76 pour la Satisfaction (r = 0,70 pour l’Importance).
- Bien-être physique et matériel : r = 0,77 pour la Satisfaction (r = 0,42 pour l’Importance).
- Soutien lié à l’incapacité : r = 0,60 pour la Satisfaction (r = 0,77 pour l’Importance).
Ces données confirment que la FQOL Scale possède une précision de mesure remarquable, permettant son emploi fiable dans le suivi longitudinal et l’évaluation pré-post interventionnelle.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement psychométrique de la FQOL Scale s’est appuyé sur une démarche factorielle en deux phases majeures, passant d’une exploration non contrainte (AFE) à une vérification structurelle rigoureuse par analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Phase 1 : Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Dans un premier temps, une version pilote expérimentale exhaustive comprenant 112 items a été administrée à une cohorte substantielle de 1 197 individus issus de 459 familles (Park et al., 2003). L’analyse factorielle exploratoire conduite avec rotation oblique (Promax) a permis de réduire drastiquement l’encombrement des items en éliminant les énoncés présentant des saturations croisées indésirables, des saturations primaires inférieures au seuil critique de 0,40 ou des corrélations item-total insuffisantes. Cette analyse a dégagé une première solution claire et interprétable en cinq facteurs : (1) Interactions familiales, (2) Parentalité, (3) Ressources générales, (4) Santé et sécurité, et (5) Soutien aux personnes en situation de handicap.
Phase 2 : Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et affinement du modèle
Une validation factorielle croisée a ensuite été exécutée auprès de deux cohortes indépendantes totalisant 488 familles (Hoffman et al., 2006). Les modèles d’équations structurelles ont permis d’affiner l’échelle à sa version définitive compacte et parcimonieuse de 25 items.
Le modèle structurel testé a postulé l’existence de cinq facteurs latents de premier ordre fortement intercorrélés, sous-tendus par un méta-facteur général de « Qualité de vie familiale ». Les saturations factorielles standardisées (λ) de chaque item sur son domaine respectif se sont toutes révélées hautement significatives (p < 0,001), avec des coefficients compris majoritairement entre 0,65 et 0,85 :
- Interactions familiales (6 items) : Saturations très élevées sur la communication ouverte, la résolution conjointe de problèmes et la résilience collective face aux aléas de la vie.
- Compétences parentales (6 items) : Saturations marquées sur l’aide à l’autonomie, l’apprentissage du vivre-ensemble et le temps disponible pour chaque enfant.
- Bien-être émotionnel (4 items) : Forte contribution des items évaluant le soulagement du stress, le temps personnel et les réseaux de soutien amicaux.
- Bien-être physique/matériel (5 items) : Poids factoriels nets pour l’accès aux soins dentaires et médicaux, les finances familiales et la sécurité de l’environnement.
- Soutien lié à l’incapacité (4 items) : Saturations structurales fortes reliant le progrès scolaire/professionnel, l’inclusion amicale et le partenariat avec les prestataires.
L’adéquation factorielle supérieure du modèle sous-échelle (χ²/df = 0,68, CFI = 1,00, RMSEA = 0,00) corrobore le fait que ces 5 dimensions distinctes capturent avec cohérence la dynamique globale du fonctionnement familial.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation (auto-rapporté) ou d’hétéro-évaluation assistée par le clinicien/chercheur, complété par les membres adultes de la famille ou le représentant légal du foyer.
- Format d’administration : Papier-crayon, plateforme en ligne informatisée sécurisée, ou passation sous forme d’entretien clinique semi-dirigé pour les répondants ayant des défis de littératie.
- Nombre d’items : 25 items ordonnés, libellés sous forme d’affirmations positives décrivant le fonctionnement et les opportunités du foyer.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de Likert à 5 points de satisfaction :
- 1 = Very dissatisfied (Très insatisfait)
- 2 = Dissatisfied (Insatisfait)
- 3 = Neither satisfied nor dissatisfied (Ni satisfait ni insatisfait)
- 4 = Satisfied (Satisfait)
- 5 = Very satisfied (Très satisfait)
- Durée approximative de passation : Entre 10 et 15 minutes en moyenne.
- Définition opérationnelle de la « Famille » : La consigne stipule expressément que la famille inclut toutes les personnes qui se considèrent mutuellement comme membres du foyer (qu’il y ait lien de sang/mariage ou non) et qui se soutiennent et prennent soin les unes des autres sur une base régulière. Les parents éloignés n’intervenant qu’occasionnellement sont exclus de l’évaluation, qui cible les 12 derniers mois écoulés.
- Modalités de cotation et de calcul des scores :
- Score de la sous-échelle Interactions familiales : Moyenne arithmétique ou somme des items 1, 7, 10, 11, 12 et 18 (étendue de la moyenne : 1,00 à 5,00).
- Score de la sous-échelle Compétences parentales : Moyenne arithmétique ou somme des items 2, 5, 8, 14, 17 et 19 (étendue : 1,00 à 5,00).
- Score de la sous-échelle Bien-être émotionnel : Moyenne arithmétique ou somme des items 3, 4, 9 et 13 (étendue : 1,00 à 5,00).
- Score de la sous-échelle Bien-être physique / matériel : Moyenne arithmétique ou somme des items 6, 15, 16, 20 et 21 (étendue : 1,00 à 5,00).
- Score de la sous-échelle Soutien lié à l’incapacité : Moyenne arithmétique ou somme des items 22, 23, 24 et 25 (étendue : 1,00 à 5,00).
- Score global FQOL : Moyenne arithmétique générale des 25 items ou moyenne non pondérée des cinq sous-échelles. Des scores moyens proches de 5 indiquent un niveau d’épanouissement et de satisfaction maximal, tandis que des scores inférieurs à 3 signalent une insatisfaction et des zones de vulnérabilité systémique nécessitant une intervention prioritaire.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale de l’instrument validé : 2003 (premières publications exploratoires) ; 2006 (publication psychométrique princeps et validation confirmatoire définitive).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par le Beach Center on Disability au sein de l’Université du Kansas (Lawrence, Kansas, États-Unis).
- Tarification et accès : L’Échelle de qualité de vie familiale est mise à disposition gratuitement (free of charge) pour la recherche académique, l’enseignement universitaire et les évaluations cliniques non commerciales au bénéfice des familles.
- Conditions d’utilisation et permissions : Les utilisateurs peuvent télécharger les formulaires de l’échelle, les manuels d’utilisation et les clés de cotation directement depuis le portail officiel du Beach Center (beachcenter.lsi.ku.edu/beach-families). Bien que libre de droits d’utilisation pour des fins non lucratives, toute modification des items, traduction dans une langue étrangère à des fins de publication ou redistribution commerciale requiert l’autorisation formelle écrite préalable du Beach Center on Disability.
12. Références / References
Les publications fondatrices, études de validation psychométrique et sources documentaires de référence relatives à la FQOL Scale comprennent :
- Beach Center on Disability. (2006). Family Quality of Life Scale. Lawrence, KS: Beach Center on Disability, University of Kansas. https://beachcenter.lsi.ku.edu/beach-families
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- Hoffman, L., Marquis, J. G., Poston, D. J., Summers, J. A., & Turnbull, A. P. (2006). Assessing family outcomes: Psychometric evaluation of the Beach Center Family Quality of Life Scale. Journal of Marriage and Family, 68(4), 1069–1083. https://doi.org/10.1111/j.1741-3737.2006.00314.x
- Hu, X., Summers, J. A., Turnbull, A., & Zuna, N. (2011). The quantitative measurement of family quality of life: A review of available instruments. Journal of Intellectual Disability Research, 55(12), 1098–1114. https://doi.org/10.1111/j.1365-2788.2011.01463.x
- Park, J., Hoffman, L., Marquis, J., Turnbull, A. P., Poston, D., Mannan, H., Wang, M., & Nelson, L. (2003). Toward assessing family outcomes of service delivery: Validation of a family quality of life survey. Journal of Intellectual Disability Research, 47(4‐5), 367–384. https://doi.org/10.1046/j.1365-2788.2003.00497.x
- Poston, D., Turnbull, A., Park, J., Mannan, H., Marquis, J., & Wang, M. (2003). Family quality of life outcomes: A qualitative inquiry launching a long-term research program. Mental Retardation, 41(5), 313–328. https://doi.org/10.1352/0047-6765(2003)41<313:FQOLOA>2.0.CO;2
- Smilkstein, G., Ashworth, C., & Montano, D. (1982). Validity and reliability of the Family APGAR as a test of family function. The Journal of Family Practice, 15(2), 303–311.
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- Wang, M., Mannan, H., Poston, D., Turnbull, A. P., & Summers, J. A. (2004). Parents’ perceptions of advocacy activities and their impact on family quality of life. Research and Practice for Persons with Severe Disabilities, 29(2), 144–155. https://doi.org/10.2511/rpsd.29.2.144
- Zuna, N., Summers, J. A., Turnbull, A. P., Hu, X., & Xu, S. (2010). Theorizing about family quality of life. In R. Kober (Ed.), Enhancing the Quality of Life of People with Intellectual Disabilities (pp. 241–278). Springer Netherlands. https://doi.org/10.1007/978-90-481-9650-0_16
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
1 = Very dissatisfied
2 = Dissatisfied
3 = Neither satisfied nor dissatisfied
4 = Satisfied
5 = Very satisfied
Survey Prompt: How satisfied am I that…
- My family enjoys spending time together.
- My family members help the children learn to be independent.
- My family has the support we need to relieve stress.
- My family members have friends or others who provide support.
- My family members help the children with schoolwork and activities.
- My family members have transportation to get to the places they need to be.
- My family members talk openly with each other.
- My family members teach the children how to get along with others.
- My family members have some time to pursue our own interests.
- Our family solves problems together.
- My family members support each other to accomplish goals.
- My family members show that they love and care for each other.
- My family has outside help available to us to take care of special needs of all family members.
- Adults in our family teach the children to make good decisions.
- My family gets medical care when needed.
- My family has a way to take care of our expenses.
- Adults in my family know other people in the children’s lives (friends, teachers, etc.).
- My family is able to handle life’s ups and down.
- Adults in my family have time to take care of the individual needs of every child.
- My family gets dental care when needed.
- My family feels safe at home, work, school, and in our neighborhood.
- My family member with a disability has support to accomplish goals at school or at workplace.
- My family member with a disability has support to accomplish goals at home.
- My family member with a disability has support to make friends.
- My family has good relationships with the service providers who provide services and support to our family member with a disability.