Échelle de Phobie Sociale (SPS)

L’Échelle de Phobie Sociale (SPS) de Mattick et Clarke est un instrument psychométrique de référence évaluant l’anxiété d’observation et la peur d’être scruté par autrui lors d’activités quotidiennes.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 16, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 16, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle de Phobie Sociale (en anglais, Social Phobia Scale ou SPS) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par les chercheurs australiens Richard P. Mattick et J. Christopher Clarke à la fin des années 1980 et validé formellement dans leur article séminal publié en 1998. Élaborée conjointement avec l’Échelle d’Anxiété en Interaction Sociale (Social Interaction Anxiety Scale, SIAS), la SPS a été spécifiquement conçue pour isoler et mesurer l’anxiété liée à l’observation ou à l’examen par autrui (scrutiny fear). Cet instrument évalue la détresse éprouvée par un individu lors de l’exécution de tâches motrices ou d’activités quotidiennes de routine sous le regard réel ou potentiel d’autres personnes, telles que manger, boire, écrire, parler en public ou manipuler des objets dans un environnement social.

Le questionnaire est composé de 20 items cotés sur une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« Pas du tout caractéristique ou vrai pour moi ») à 4 (« Extrêmement caractéristique ou vrai pour moi »), générant un score total brut variant de 0 à 80. Des scores plus élevés reflètent des niveaux d’anxiété d’observation plus prononcés et une propension accrue à l’évitement comportemental et à l’hyperfocalisation attentionnelle sur les manifestations somatiques visibles du stress (tremblements, rougissement, sudation, maladresse motrice).

Sur le plan psychométrique, la SPS présente d’excellentes qualités de fidélité et de validité démontrées au travers de multiples populations cliniques et non cliniques internationales. Les analyses de cohérence interne rapportent systématiquement un coefficient alpha de Cronbach supérieur à 0,89, atteignant fréquemment 0,94 dans les cohortes diagnostiquées avec un trouble anxiété sociale (TAS). La stabilité temporelle test-retest est robuste, oscillant entre 0,91 à quatre semaines et 0,93 à douze semaines. Sa validité convergente est étayée par des corrélations fortes avec d’autres échelles d’anxiété d’évaluation telles que la Fear of Negative Evaluation Scale (FNES), tandis que sa validité discriminante permet de la différencier nettement de l’agoraphobie, de la dépression majeure et des phobies spécifiques. Largement reconnue en recherche translationnelle et en pratique clinique cognitive et comportementale, la SPS demeure un étalon-or pour quantifier la sévérité des peurs d’observation et évaluer la réponse thérapeutique aux interventions pharmacologiques et psychothérapeutiques.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle de Phobie Sociale, Social Phobia Scale, SPS, anxiété d’observation, anxiété de performance, trouble anxiété sociale, psychométrie, évaluation cognitive et comportementale, Richard P. Mattick, validité transculturelle, cohérence interne, peur du regard d’autrui.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle de Phobie Sociale a été conceptualisée, opérationnalisée et validée par deux psychologues cliniciens et chercheurs de premier plan rattachés à la Faculté de Médecine et à l’École de Psychologie de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (University of New South Wales – UNSW) à Sydney, Australie :

  • Richard P. Mattick, Ph.D. : Professeur émérite en psychologie clinique et recherche en santé publique à la Faculté de Médecine de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW Sydney, Australie), et ancien directeur exécutif du National Drug and Alcohol Research Centre (NDARC). Ses travaux pionniers portent sur la nosologie des troubles anxieux, la méthodologie psychométrique et les dépendances. Courriel académique institutionnel : [email protected].
  • J. Christopher Clarke, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur en psychologie comportementale, ancien membre du corps professoral du Département de Psychologie de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud et consultant auprès de l’Unité des Troubles Anxieux de l’Hôpital St Vincent à Sydney. Il est reconnu pour ses travaux théoriques sur le conditionnement, l’apprentissage de la peur et les thérapies d’exposition.

Leur collaboration a permis de combler un vide méthodologique majeur dans la nosographie psychiatrique des années 1980 et 1990, en créant conjointement la SPS et la SIAS afin de fournir aux cliniciens et aux chercheurs un diptyque évaluatif capable de dissocier les différentes facettes de l’anxiété sociale telles que définies dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III-R, DSM-IV, et DSM-5).

4. Objectif / Purpose

L’objectif principal de l’Échelle de Phobie Sociale (SPS) est d’offrir une mesure quantitative, standardisée et sensible aux changements de la peur spécifique d’être observé, examiné ou scruté par autrui (scrutiny fear) pendant la réalisation d’activités quotidiennes courantes. Au moment de sa création par Mattick et Clarke, les instruments existants — tels que la Social Avoidance and Distress Scale (SADS) et la Fear of Negative Evaluation Scale (FNES) de Watson et Friend (1969) — mesuraient l’anxiété sociale comme un construit global et monolithique, sans distinguer la détresse éprouvée lors des interactions interpersonnelles dynamiques de celle éprouvée lors de situations d’observation passive ou de performance motrice publique.

Sur le plan clinique, la SPS remplit plusieurs fonctions diagnostiques et thérapeutiques indispensables :

  • Dépistage et évaluation diagnostique différentielle : L’échelle permet de détecter la présence et l’intensité des peurs d’observation caractéristiques du trouble anxiété sociale, en particulier chez les patients souffrant de la forme dite « de performance uniquement » (spécificateur retenu dans le DSM-5). Elle aide à discriminer la phobie sociale d’autres entités nosologiques telles que l’agoraphobie (où la peur dans les transports ou les foules est liée à l’impossibilité de s’échapper ou d’obtenir du secours plutôt qu’à la honte du regard d’autrui) ou le trouble panique.
  • Caractérisation phénotypique fine : Utilisée en complément de la SIAS, la SPS permet d’établir un profil individualisé des craintes du patient. Un individu peut présenter une anxiété minimale lors d’une conversation en tête-à-tête (score SIAS faible) tout en éprouvant une angoisse paralysante à l’idée d’écrire sous le regard d’un collègue, de manger au restaurant ou de payer en espèces à la caisse (score SPS très élevé).
  • Suivi de la progression thérapeutique (mesure de l’efficacité) : En raison de son format d’auto-évaluation court et sensible, la SPS est fréquemment administrée avant, pendant et après des cycles de thérapie cognitive et comportementale (TCC), d’exposition graduée in vivo, ou d’essais cliniques pharmacologiques (e.g., inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine). Une diminution statistiquement et cliniquement significative du score total reflète directement la réduction de l’évitement comportemental et de l’hyperréactivité somatosensorielle.
  • Recherche translationnelle et expérimentale : En neurosciences affectives et en psychopathologie expérimentale, la SPS sert de variable continue robuste pour stratifier des groupes de participants selon leur niveau de vulnérabilité au jugement social lors de paradigmes d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), d’électroencéphalographie (EEG) ou de tests de stress social standardisés comme le Trier Social Stress Test (TSST).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la SPS est l’anxiété d’examen ou d’observation sociale (scrutiny anxiety). Ce construit se distingue conceptuellement de l’anxiété d’interaction sociale en ce qu’il ne requiert pas un échange verbal réciproque ou un engagement relationnel bidirectionnel. Il implique la conviction anxiogène que des observateurs extérieurs scrutent attentivement le sujet et sont susceptibles de repérer des signes visibles de faiblesse, de maladresse ou de perte de contrôle, conduisant à une évaluation négative, au ridicule ou au rejet social.

Ce construit central se déploie à travers plusieurs dimensions comportementales et cognitives étroitement intriquées :

1. La peur de la visibilité des symptômes somatiques

Une composante majeure de la SPS concerne l’angoisse que des manifestations physiques incontrôlables du système nerveux autonome ne soient remarquées par autrui. Les individus phobiques sociaux développent une attention auto-focalisée intense sur leurs réponses physiologiques. Les items de la SPS ciblent particulièrement :

  • Les tremblements moteurs : Peur que les mains ou la tête ne tremblent lors de l’exécution d’une action sous le regard d’autrui (ex. : items 7, 12 et 16). La crainte sous-jacente est que ces secousses motrices trahissent une anxiété honteuse ou une incapacité physique.
  • Le rougissement (érythrophobie) : Crainte pathologique de rougir en présence d’autres personnes (item 5), perçue comme un aveu involontaire et immédiatement visible de vulnérabilité ou de culpabilité.
  • La défaillance corporelle visible : Peur panique de paraître faible, malade ou de s’évanouir devant des témoins (item 9), ou de perdre le contrôle de soi en public (item 14 de la liste source).

2. L’anxiété liée aux gestes moteurs du quotidien et à la manipulation d’objets

La SPS opérationnalise l’anxiété qui perturbe l’exécution de gestes moteurs ordinaires lorsque ceux-ci deviennent le centre présumé de l’attention d’autrui. En situation de solitude, ces gestes sont totalement automatisés ; sous observation, ils subissent une dé-automatisation cognitive délétère :

  • Écrire en public : L’incapacité ou l’angoisse de signer un chèque, de remplir un formulaire ou de prendre des notes devant des témoins (item 1).
  • Manger et boire (délétion motrice orofaciale) : L’angoisse de porter une fourchette ou un verre à sa bouche sans renverser le contenu (items 10, 11, 14 et 17 de la liste source/validée). Cette crainte peut mener à un évitement complet des déjeuners professionnels, des restaurants ou des réceptions.
  • Manipuler des outils ou de l’argent : Le sentiment de maladresse en donnant de l’argent de la main à la main à un guichetier ou un caissier (item 10) ou en utilisant des outils manuels tels qu’un marteau ou un tournevis devant des tiers (item 15).

3. La conscience de soi en milieu public et la claustrophobie du regard

Le construit intègre également le sentiment d’être « en vitrine », exposé de manière inconfortable dans des environnements publics non interactifs :

  • L’exposition dans les espaces confinés ou partagés : Être assis face à d’autres voyageurs dans le bus ou le train (item 8), emprunter un ascenseur, ou entrer dans une pièce où l’assistance est déjà assise (item 6).
  • Le sentiment de conspicuité (être remarqué) : Avoir l’impression que les passants vous dévisagent dans la rue (item 4) ou se sentir anormalement visible en faisant la queue (item 13/source).
  • L’inhibition dans les toilettes publiques (parurésie) : La difficulté ou l’impossibilité d’uriner dans des toilettes publiques en raison de la présence réelle ou supposée d’autrui (item 2), un tableau spécifique classique du trouble anxiété sociale.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement de la Social Phobia Scale s’inscrit au carrefour des modèles cognitifs contemporains de la phobie sociale et des théories comportementales de l’anxiété d’évaluation. L’ancrage paradigmatique repose principalement sur les théories cognitives de l’anxiété sociale formulées par David M. Clark et Adrian Wells (1995), ainsi que par Ronald M. Rapee et Richard G. Heimberg (1997).

1. Le modèle cognitif de Clark et Wells (1995)

Selon Clark et Wells, lorsqu’un individu socialement phobique entre dans une situation sociale où il craint d’être observé, une série de croyances dysfonctionnelles sous-jacentes s’activent (e.g., « Je dois absolument paraître calme et compétent », « Si les gens voient mes mains trembler, ils vont penser que je suis incompétent ou fou »). L’activation de ces croyances déclenche une cascade de réponses anxiogènes :

  • Décalage vers une attention auto-focalisée (self-focused attention) : Le sujet cesse de traiter les signaux environnementaux objectifs et oriente la quasi-totalité de ses ressources attentionnelles sur l’observation de son propre corps et de ses performances motrices.
  • L’observateur interne et l’inférence par le ressenti : L’individu construit une représentation mentale visuelle de lui-même du point de vue d’un observateur externe (la « perspective observateur » par opposition à la « perspective champ »). Dès qu’il ressent une accélération cardiaque ou une légère tension musculaire, il déduit erronément que son anxiété est éclatante et visible aux yeux de tous (« Je me sens maladroit, donc je parais affreusement raide et ridicule »). Les items 3, 11 et 18 de la SPS capturent directement ce biais cognitif fondamental.
  • Comportements de sécurité (safety behaviors) : Pour prévenir la catastrophe sociale anticipée, le sujet adopte des stratégies compensatoires qui, paradoxalement, aggravent le problème (serrer fermement sa tasse pour ne pas trembler, ce qui intensifie la contraction musculaire et les secousses ; porter des vêtements amples ou sombres pour cacher la sueur).

2. Le modèle de Rapee et Heimberg (1997)

Le modèle intégratif de Rapee et Heimberg postule que l’anxiété de performance sociale résulte d’une comparaison continue entre la norme perçue exigée par le public et l’évaluation que le sujet fait de sa propre performance. Le phobique social estime que les exigences de l’auditoire sont excessivement élevées et rigides, tout en sous-estimant dramatiquement ses propres capacités de maîtrise motrice ou sociale. Dans la SPS, cette dynamique est illustrée par l’anticipation permanente d’un échec fonctionnel élémentaire (renverser un verre, item 17 ; bégayer ou ne plus pouvoir articuler, item 20).

3. La distinction conceptuelle entre anxiété de performance et d’interaction

Sur le plan nosologique, Mattick et Clarke ont formalisé l’hypothèse théorique selon laquelle le trouble anxiété sociale est bidimensionnel. Alors que l’anxiété d’interaction (mesurée par la SIAS) relève des dynamiques d’affiliation, de réciprocité verbale et de statut social lors de rencontres conversationnelles, l’anxiété d’observation (mesurée par la SPS) relève de la vulnérabilité liée à l’exposition physique et motrice passive. Cette distinction a depuis été validée par la recherche neurobiologique, montrant que les tâches de type observation publique activent de manière prédominante l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et une réactivité sympathique autonome intense chez les individus présentant une symptomatologie SPS élevée.

7. Validité / Validity

L’Échelle de Phobie Sociale a fait l’objet d’évaluations psychométriques exhaustives à travers le monde, confirmant sa remarquable validité de construit, convergente, discriminante et prédictive.

1. Validité convergente

La validité convergente de la SPS a été initialement démontrée par Mattick et Clarke (1998) au moyen de corrélations statistiques fortes et significatives avec les instruments classiques évaluant l’anxiété sociale :

  • Une corrélation de $r = 0,66$ à $r = 0,72$ avec la Fear of Negative Evaluation Scale (FNES ; Watson & Friend, 1969).
  • Une corrélation de $r = 0,55$ à $r = 0,69$ avec la Social Avoidance and Distress Scale (SADS ; Watson & Friend, 1969).
  • Une corrélation substantielle mais modérée ($r = 0,53$ à $r = 0,72$) avec l’échelle sœur SIAS, démontrant qu’elles mesurent deux construits apparentés mais distincts de l’anxiété sociale globale.
  • Des corrélations modérées avec l’Inventaire d’Anxiété Trait de Spielberger (STAI-T, $r \approx 0,45$ à $0,55$), attestant que la SPS ne se réduit pas à une mesure d’anxiété générale non différenciée.

2. Validité discriminante

La SPS démontre une capacité exceptionnelle à discriminer les patients souffrant de phobie sociale des sujets sains et des patients présentant d’autres troubles psychiatriques :

  • Différenciation clinique / non clinique : Dans l’étude princeps de Mattick et Clarke (1998), le groupe de patients diagnostiqués avec une phobie sociale ($n = 243$) présentait un score moyen de $40,0$ ($ET = 16,0$), contrastant nettement avec le score moyen de la population communautaire adulte ($n = 315$) qui s’élevait à seulement $13,6$ ($ET = 10,0$) et celui des étudiants universitaires ($n = 345$) à $14,4$ ($ET = 11,2$). La taille d’effet mesurée par le $d$ de Cohen dépasse largement $1,50$.
  • Discrimination nosologique : La SPS sépare avec succès les patients atteints de phobie sociale de ceux souffrant d’agoraphobie ($n = 46$, score moyen de $24,1$, $ET = 15,2$) et de phobies spécifiques simples ($n = 21$, score moyen de $14,9$, $ET = 13,8$). Les patients agoraphobes peuvent redouter les situations de foule mais n’obtiennent pas les scores élevés typiques de la phobie sociale sur les items spécifiques à l’observation corporelle et motrice (manger, boire, écrire).
  • Des corrélations faibles à modérées avec le Beck Depression Inventory (BDI, $r \approx 0,30$ à $0,40$) confirment que l’instrument est largement préservé du biais d’affect négatif généralisé propre aux états dépressifs.

3. Validité prédictive et sensibilité au changement

La SPS présente une sensibilité élevée aux effets des thérapeutiques validées. Dans de nombreux essais cliniques randomisés contrôlés évaluant l’efficacité de la TCC et des inhibiteurs de recapture de la sérotonine (ISRS), les scores à la SPS diminuent de façon spectaculaire et prédisent la rémission clinique définie par l’échelle d’impression clinique globale (CGI). De plus, les études de validité écologique montrent que les scores à la SPS prédisent le comportement réel d’évitement et l’élévation du rythme cardiaque lors d’un test de simulation de prise de parole ou de repas sous caméra.

4. Validité transculturelle

La SPS a été traduite et validée dans de nombreuses langues, notamment en français (Pelissolo et al., 2000), en espagnol, en japonais, en turc et en portugais. La version française validée par Pelissolo et ses collaborateurs a confirmé les qualités métrologiques originales auprès de cohortes francophones, reproduisant fidèlement la structure des scores et les niveaux de discrimination entre patients et témoins.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle de Phobie Sociale a été établie à l’aide des indices de cohérence interne et des analyses de reproductibilité temporelle test-retest les plus rigoureux.

1. Cohérence interne

Les estimations de la consistance interne de la SPS révèlent une homogénéité remarquable des 20 items constitutifs :

  • Dans l’échantillon clinique original de Mattick et Clarke (1998), le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) s’élevait à 0,89 pour les patients phobiques sociaux.
  • Dans les échantillons non cliniques (étudiants et grand public), l’alpha atteignait des valeurs comprises entre 0,91 et 0,94.
  • Des études indépendantes ultérieures (e.g., Heimberg et al., 1992 ; Carleton et al., 2009) ont systématiquement rapporté des coefficients oméga de McDonald ($\omega$) et des alphas de Cronbach oscillant entre 0,90 et 0,95, garantissant l’absence d’items redondants parasites ou divergents.
  • Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent majoritairement entre $0,45$ et $0,75$, confirmant que chaque item contribue significativement et de manière congruente à la mesure du construit global.

2. Fidélité test-retest (stabilité temporelle)

La stabilité des scores dans le temps en l’absence d’intervention thérapeutique atteste que la SPS évalue une caractéristique relativement stable (un trait phobique social) plutôt qu’un état émotionnel transitoire :

  • À un intervalle de 4 semaines, Mattick et Clarke ont documenté un coefficient de corrélation test-retest de $r = 0,91$ ($p < 0,001$) auprès d’un échantillon d’étudiants.
  • À un intervalle de 12 semaines, la fidélité test-retest s’est maintenue à un niveau exceptionnel de $r = 0,93$ ($p < 0,001$).
  • Sur des listes d’attente cliniques de 8 à 12 semaines sans traitement, les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) demeurent supérieurs à 0,85, démontrant une très faible variance d’erreur de mesure aléatoire dans le temps.

3. Erreur standard de mesure (SEM) et différence minimale importante

L’erreur standard de mesure (SEM) de la SPS est estimée à environ 3,5 à 4,2 points sur l’échelle globale de 80 points. Par conséquent, une variation de score supérieure à 8 points lors d’une réévaluation clinique post-thérapeutique dépasse l’intervalle de confiance à 95 % de l’erreur de mesure pure et peut être considérée comme un changement fiable et cliniquement significatif (Reliable Change Index, RCI).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de la Social Phobia Scale a fait l’objet d’intenses débats psychométriques dans la littérature, opposant le modèle unidimensionnel originel à des modèles multidimensionnels hiérarchiques ou trifactoriels.

1. Modèle unidimensionnel original (Mattick & Clarke, 1998)

Lors de la phase initiale de conception de l’échelle, les auteurs ont conduit des analyses factorielles exploratoires (AFE) en composantes principales suivies de rotations orthogonales et obliques. Mattick et Clarke ont conclu à l’existence d’un facteur dominant unique rendant compte d’une part substantielle de la variance totale expliquée (souvent plus de 40 à 45 %). Les saturations factorielles de l’ensemble des 20 items sur ce facteur général de « peur d’examen/observation » étaient particulièrement élevées, s’échelonnant pour la plupart entre $0,50$ et $0,82$. Sur cette base, l’utilisation d’un score composite global unique a été préconisée et adoptée en clinique.

2. Modèles multifactoriels (Safren et al., 1998 ; Habke et al., 1997)

Des analyses factorielles confirmatoires (AFC) ultérieures menées sur des cohortes cliniques de plus grande envergure ont toutefois démontré qu’une structure à trois facteurs corrélés offrait des indices d’adéquation supérieurs au modèle unidimensionnel strict (RMSEA < 0,06, CFI > 0,93, TLI > 0,92) :

  • Facteur 1 : Peur d’être observé en train de manger ou de boire (Eating and Drinking) : Regroupe les items portant sur l’ingestion d’aliments et de boissons en public (items 10, 11, 14, 17 de la source).
  • Facteur 2 : Peur de manifester des symptômes somatiques visibles (Noticeable Physical Symptoms) : Comprend les items relatifs aux tremblements des mains ou de la tête, au rougissement, au risque d’évanouissement ou à la perte de contrôle (items 5, 7, 9, 12, 16).
  • Facteur 3 : Peur d’être scruté dans les lieux publics / sentiment de visibilité (Public Scrutiny / Conspicuousness) : Composé des items évaluant le malaise dans les transports en commun, dans une file d’attente, en marchant dans la rue ou en entrant dans une pièce bondée (items 4, 6, 8, 13).

3. Modélisation bifactorielle et théorie de réponse aux items (TRI)

Les études méthodologiques contemporaines utilisant des analyses bifactorielles ont largement réconcilié ces deux approches. Elles démontrent l’existence d’un facteur général puissant (G-factor) d’anxiété d’observation qui capte plus de 80 % de la variance commune (omégas hiérarchiques $\omega_h > 0,80$), tandis que les trois sous-facteurs spécifiques ne captent qu’une variance résiduelle mineure. Ces résultats confirment empiriquement que le score total de 0 à 80 demeure la métrique la plus valide et robuste pour la pratique clinique et la recherche, même si l’examen qualitatif des trois sous-domaines conserve un intérêt indéniable pour le ciblage individualisé des séances d’exposition en TCC.

Les analyses selon la théorie de réponse aux items (TRI, modèles de Graded Response Model) ont par ailleurs confirmé que les items ciblant les tremblements visibles (items 7, 12, 16) et la peur d’écrire en public (item 1) offrent les paramètres de discrimination ($a$) les plus élevés et fournissent une quantité d’information maximale pour les niveaux moyens à élevés de sévérité du trait latent ($ heta$).

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Échelle de Phobie Sociale (Social Phobia Scale – SPS).
  • Auteurs concepteurs : Richard P. Mattick et J. Christopher Clarke (1998).
  • Format d’administration : Auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé/en ligne.
  • Durée moyenne de passation : Environ 5 à 8 minutes.
  • Nombre d’items : 20 items standardisés formulés à la première personne du singulier.
  • Format de réponse (échelle de Likert en 5 points) :
    • 0 = Not at all characteristic or true of me (Pas du tout caractéristique ou vrai pour moi)
    • 1 = Slightly characteristic or true of me (Légèrement caractéristique ou vrai pour moi)
    • 2 = Moderately characteristic or true of me (Modérément caractéristique ou vrai pour moi)
    • 3 = Very characteristic or true of me (Très caractéristique ou vrai pour moi)
    • 4 = Extremely characteristic or true of me (Extrêmement caractéristique ou vrai pour moi)
  • Règles de cotation et inversion :
    • Tous les items sont cotés positivement dans le sens direct de la sévérité (de 0 à 4).
    • Il n’y a aucun item inversé.
    • Le score total brut est obtenu par la somme arithmétique directe des 20 items.
    • L’étendue du score total brut est de 0 à 80.
  • Seuils diagnostiques et interprétation des scores :
    • Score de 0 à 18 : Niveau normal ou minime d’anxiété d’observation (représentatif de la population communautaire générale sans psychopathologie).
    • Score de 19 à 25 : Anxiété d’observation légère à modérée ; vigilance clinique recommandée lors de situations de performance ciblées.
    • Score de 26 et plus (Seuil clinique usuel) : Niveau d’anxiété d’observation sévère, hautement prédictif d’un diagnostic formel de trouble anxiété sociale (phobie sociale) selon les critères du DSM-5. Un score $ge 24-26$ optimise la sensibilité (environ 80-85 %) et la spécificité (environ 85-90 %) pour identifier les cas cliniques.
    • Score supérieur à 40 : Anxiété d’examen majeure et invalidante (correspondant à la moyenne observée chez les patients phobiques sociaux admis en clinique spécialisée), associée à des conduites d’évitement massives et un handicap psychosocial marqué.
  • Normes percentiles de Mattick et Clarke (1998) :
    • Échantillon communautaire adulte ($n = 315$) : Moyenne = $13,6$ ($ET = 10,0$). Un score de 14 correspond au 50e percentile de la population générale.
    • Échantillon clinique avec phobie sociale ($n = 243$) : Moyenne = $40,0$ ($ET = 16,0$). Un score de 40 correspond au 50e percentile du groupe clinique de référence.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement et de publication de référence : Développé et expérimenté à la fin des années 1980 ; publication définitive des normes et validations en 1998.
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : La Social Phobia Scale est une échelle du domaine public académique pour la recherche clinique et l’usage diagnostique non commercial. L’article original a été publié dans la revue scientifique Behaviour Research and Therapy, éditée par Elsevier Science Ltd.
  • Frais d’utilisation (Tarifs) : L’utilisation de l’instrument est entièrement gratuite pour les psychologues, psychiatres, chercheurs et étudiants dans le cadre de leurs travaux universitaires, de leurs protocoles de recherche institutionnels ou de leurs consultations cliniques de routine. Aucune redevance ni coût par passation n’est exigé.
  • Directives de reproduction : La reproduction des items à des fins de recherche ou d’évaluation clinique est autorisée sous réserve de citer scrupuleusement l’article princeps de Mattick et Clarke (1998). Toute exploitation commerciale logicielle ou inclusion dans une batterie payante propriétaire requiert l’autorisation explicite préalable des détenteurs légaux des droits éditoriaux.

12. Références / References

  • Baker, S. L., Heinrichs, N., Kim, H. J., & Hofmann, S. G. (2002). The Social Phobia Scale and the Social Interaction Anxiety Scale: An evaluation of the central postures and psychometric properties. Journal of Anxiety Disorders, 16(5), 483-498. https://doi.org/10.1016/S0887-6185(02)00171-8
  • Carleton, R. N., Collimore, K. C., Asmundson, G. J., McCabe, R. E., Rowa, K., & Antony, M. M. (2009). Refining and validating the Social Phobia Scale and the Social Interaction Anxiety Scale. Depression and Anxiety, 26(2), E71-E81. https://doi.org/10.1002/da.20480
  • Clark, D. M., & Wells, A. (1995). A cognitive model of social phobia. In R. G. Heimberg, M. R. Liebowitz, D. A. Hope, & F. R. Schneier (Eds.), Social phobia: Diagnosis, assessment, and treatment (pp. 69-93). The Guilford Press.
  • Habke, A. M., Hewitt, P. L., Norton, G. R., & Asmundson, G. J. (1997). The Social Phobia and Social Interaction Anxiety Scales: An exploration of the dimensions of social anxiety and sex differences in psychopathology and personality characteristics. Personality and Individual Differences, 23(1), 61-73. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(97)00025-6
  • Heimberg, R. G., Mueller, G. P., Holt, C. S., Hope, D. A., & Liebowitz, M. R. (1992). Assessment of anxiety in social situations and social interaction: The Social Phobia Scale and the Social Interaction Anxiety Scale. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 14(1), 63-73. https://doi.org/10.1007/BF00965174
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  • Pelissolo, A., André, C., Pujol, H., Yao, S. N., Servant, D., Braconnier, A., Lépine, J. P., & Loo, H. (2000). Validation de la version française de deux échelles d’anxiété sociale : l’Échelle d’Anxiété en Interaction Sociale (SIAS) et l’Échelle de Phobie Sociale (SPS). L’Encéphale, 26(5), 45-52.
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13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions: For each item, please indicate the degree to which you feel the statement is characteristic or true for you.

Response Scale: 5-point Likert scale: 0 = Not at all characteristic or true of me, 1 = Slightly characteristic or true of me, 2 = Moderately characteristic or true of me, 3 = Very characteristic or true of me, 4 = Extremely characteristic or true of me

  1. I become anxious if I have to write in front of other people.
  2. I become self-conscious when using public toilets.
  3. I can suddenly become aware of my own voice and of others listening to me.
  4. I get nervous that people are staring at me as I walk down the street.
  5. I fear I may blush when I am with others.
  6. I feel self-conscious if I have to enter a room where others are already seated.
  7. I worry about shaking or trembling when I’m watched by other people.
  8. I would get nervous if I had to sit facing other people on a bus or a train.
  9. I get panicky that others might see me to be faint, or sick or ill.
  10. I would feel awkward and tense if I had to put the money into a teller’s hand in a bank.
  11. I feel nervous that other people will think that I appear clumsy, or awkward or stiff.
  12. I worry that I would not be able to use a spoon and fork, or knife, without shaking, in front of other people.
  13. I would feel self-conscious if I had to pass people in a cinema, in a theatre, or in a queue.
  14. I feel self-conscious if I eat or drink in front of people in a restaurant.
  15. I get self-conscious when I have to use hand tools in front of people, e.g. hammers or screwdrivers.
  16. I worry that my head or my hands might shake when I am with others.
  17. I would feel worried or panicky if I was to spill a drink in front of others.
  18. I worry that other people may think I look nervous.
  19. I would feel awkward and tense if I had to show people round my home.
  20. I find it difficult to speak in front of people, or in a meeting.
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Looti, M. (2026, octobre 16). Échelle de Phobie Sociale (SPS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-phobie-sociale-sps-2
Looti, Mohammed. “Échelle de Phobie Sociale (SPS).” Base de données de psychologie en français, 16 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-phobie-sociale-sps-2.
Looti, Mohammed. “Échelle de Phobie Sociale (SPS).” Base de données de psychologie en français. octobre 16, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-phobie-sociale-sps-2.