1. Résumé / Abstract
L’Échelle de permissivité sexuelle extraconjugale de Reiss (Reiss Extramarital Sexual Permissiveness Scale, RESPS) est un instrument psychométrique et sociologique développé par le professeur Ira L. Reiss au sein de l’Université du Minnesota. Cet outil d’évaluation standardisé a été conçu pour mesurer le degré d’acceptation individuelle des relations sexuelles extraconjugales à travers quatre configurations situationnelles et relationnelles distinctes. L’échelle opérationnalise les attitudes envers la sexualité hors mariage en croisant deux dimensions fondamentales de la dynamique de couple : la motivation sous-jacente de l’engagement extraconjugal (orientation centrée sur le plaisir physique versus orientation centrée sur l’amour affectif) et le positionnement du conjoint légitime face à cet acte (acceptation versus rejet explicite du partenaire). L’instrument comprend initialement quatre items fondamentaux soumis à une double condition hypothétique d’évaluation : le répondant est invité à évaluer ces quatre scénarios d’abord dans le cadre d’un « mariage heureux » (happy marriage), puis dans le cadre d’un « mariage malheureux » (unhappy marriage), générant ainsi un protocole complet de huit évaluations situationnelles.
Chaque item propose une échelle de réponse ordinale à quatre modalités : « Certainement » (Definitely), « Probablement » (Probably), « Peu probable » (Unlikely) et « Jamais » (Never). Sur le plan psychométrique, Reiss préconise une dichotomisation des scores attribuant un point par scénario accepté (« Certainement » ou « Probablement ») et zéro point en cas de rejet (« Peu probable » ou « Jamais »), aboutissant à un score total variant de 0 à 4 pour chacune des conditions maritales. Conçue initialement selon les principes de l’échelonnement cumulatif de Guttman, l’échelle démontre d’excellentes propriétés de reproductibilité (coefficient de reproductibilité supérieur à 0,90) et d’évolutivité (coefficient d’évolutivité excédant 0,60). La validité de construit et la validité prédictive ont été solidement établies au travers de vastes échantillons nationaux représentatifs américains issus du National Opinion Research Center (NORC), démontrant des liens systématiques avec le niveau d’éducation, le niveau de religiosité, l’adhésion préalable à la permissivité préconjugale et le degré de satisfaction conjugale perçue.
2. Mots-clés / Keywords
Permissivité sexuelle extraconjugale, échelle de Reiss, infidélité, attitudes sexuelles, non-monogamie consensuelle, échelonnement de Guttman, psychométrie de couple, scripts sexuels, satisfaction conjugale, sociologie de la sexualité.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et formalisée par :
- Ira L. Reiss, Ph.D. : Professeur émérite de sociologie à l’Université du Minnesota (Minneapolis, États-Unis). Pionnier de l’étude sociologique scientifique de la sexualité humaine et récipiendaire de nombreuses distinctions académiques pour ses travaux sur les normes sexuelles, la permissivité préconjugale et la théorisation des scripts sociosexuels contemporains. Correspondance institutionnelle historique : 5932 Medicine Lake Road, Minneapolis, MN 55422 ; Courriel : [email protected].
Les études empiriques majeures de validation nationale ont également été conduites en étroite collaboration avec :
- Ronald E. Anderson, Ph.D. : Département de sociologie, Université du Minnesota. Spécialiste des méthodes quantitatives et de l’analyse multivariée des attitudes sociales.
- G. Christopher Sponaugle, Ph.D. : Chercheur et clinicien en sciences de la famille et sexualité humaine, Université du Minnesota. Auteur de mémoires fondateurs sur les déterminants sociopsychologiques des relations extraconjugales.
4. Objectif / Purpose
L’objectif central de l’Échelle de permissivité sexuelle extraconjugale de Reiss est de mesurer l’approbation normative et personnelle de la sexualité coïtale en dehors du lien marital institutionnel, en dépassant les simples approches dichotomiques moralisatrices (approbation versus désapprobation globale). Historiquement, les instruments de mesure de l’infidélité réduisaient la question extraconjugale à un jugement binaire universellement réprobateur, masquant l’hétérogénéité des contextes socioculturels et psychologiques dans lesquels les individus jugent ce comportement légitime ou inacceptable.
Le rationnel théorique de Reiss repose sur le constat que la transgression des frontières exclusives du mariage est hautement contingente à la signification accordée à la relation extraconjugale et aux règles de transparence dyadique. En intégrant la motivation sexuelle (hédonique versus affective) et le consentement du partenaire (monogamie négociée versus trahison clandestine), l’échelle permet de cartographier la complexité des attitudes sociosexuelles contemporaines. Elle distingue formellement la sexualité extraconjugale clandestine de la non-monogamie consensuelle, offrant une granularité descriptive indispensable aux chercheurs en sciences sociales et aux psychologues.
Dans le domaine de la recherche empirique, la RESPS permet d’identifier les déterminants structurels et sociopsychologiques qui sous-tendent les variations d’attitudes face à l’exclusivité sexuelle. Les données issues de son administration fournissent des éléments cruciaux pour étudier l’impact de la socialisation genrée, des affiliations religieuses, du niveau d’études et de la permissivité sexuelle globale sur la fidélité conjugale déclarée. De surcroît, la mise en miroir des conditions de mariage heureux et malheureux permet d’évaluer dans quelle mesure l’insatisfaction conjugale opère comme une justification normative subjective pour la transgression extraconjugale.
Sur le plan clinique et thérapeutique, l’instrument s’avère précieux dans le cadre de la thérapie de couple et du conseil conjugal. Administrée individuellement aux deux partenaires d’une dyade, elle met en lumière les décalages d’attentes normatives, les degrés d’égalitarisme perçu et les divergences fondamentales quant à la définition de l’infidélité. Elle offre un support structuré pour aborder les angoisses d’abandon, les désaccords relatifs à l’ouverture relationnelle et les justifications invoquées lors de crises d’infidélité, permettant aux praticiens de distinguer le besoin d’épanouissement hédonique du détachement affectif vis-à-vis du lien conjugal primaire.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la RESPS est la permissivité sexuelle extraconjugale, définie comme le degré d’acceptation par un individu de rapports coïtaux extraconjugaux pour lui-même dans des conditions relationnelles spécifiques. Ce construit n’est pas conçu comme un trait de personnalité rigide, mais plutôt comme un système d’attitudes normatives conditionnelles structuré autour d’une matrice factorielle 2 × 2, elle-même modulée par le climat conjugal global.
5.1. L’orientation motivationnelle : Plaisir physique versus Amour affectif
La première dimension théorique isole le moteur psychologique prédominant de l’implication extraconjugale :
- Orientation hédonique / centrée sur le plaisir (Pleasure-centered) : Cette dimension conceptualise la sexualité hors mariage comme un acte purement physique, récréatif ou instrumental, dissocié d’un attachement sentimental profond envers le tiers. L’individu évalue l’acceptabilité d’un contact sexuel motivé par la curiosité corporelle, la variété érotique ou la recherche de sensations. Dans la culture occidentale traditionnelle, ce type d’engagement est souvent perçu comme une menace moindre pour la pérennité du mariage (car exempt d’investissement émotionnel), bien qu’il puisse être jugé sévèrement sur le plan moral en tant que recherche égoïste de gratification.
- Orientation relationnelle / centrée sur l’amour (Love-centered) : Cette modalité renvoie à une relation extraconjugale fondée sur des sentiments amoureux, une communion affective et une intimité émotionnelle privilégiée. Bien que socialement idéalisée dans les récits romantiques, cette forme de permissivité représente paradoxalement la menace la plus directe pour l’intégrité de la structure conjugale légitime, car l’émergence d’un lien d’attachement rival favorise la rupture et la réorganisation de la cellule familiale.
5.2. La négociation dyadique : Acceptation versus Rejet du conjoint
La seconde dimension constitutive du construit évalue l’influence de l’accord ou du désaccord du partenaire légitime :
- Conjoint non consentant (Mate rejects) : Le comportement sexuel extraconjugal est envisagé en dépit du refus explicite du partenaire. Cette sous-dimension capture la disposition à enfreindre le contrat conjugal de manière unilatérale et clandestine, impliquant le secret, la tromperie et la rupture délibérée du consensus d’exclusivité.
- Conjoint consentant (Mate accepts) : La relation sexuelle extérieure s’inscrit dans un cadre de consentement mutuel, préfigurant les modèles contemporains de couples ouverts et de non-monogamie éthique. L’évaluation de cette dimension mesure la capacité du répondant à envisager la flexibilité des frontières conjugales sans que cela ne constitue une violation de la confiance partagée.
5.3. La modulation contextuelle : Bonheur versus Malheur conjugal
En invitant les participants à répondre aux quatre mêmes situations sous le prisme d’une union heureuse puis sous celui d’une union malheureuse, l’échelle opérationnalise l’impact modérateur de la satisfaction conjugale. L’écart quantitatif entre les scores obtenus sous ces deux conditions reflète le « différentiel de justification contextuelle » : un écart élevé indique que la permissivité individuelle est strictement tributaire de la détérioration de la relation conjugale (l’infidélité étant perçue comme un mécanisme compensatoire), tandis qu’un score uniformément élevé ou faible signale une posture idéologique inconditionnelle (libertaire ou strictement monogame).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage conceptuel de la RESPS s’inscrit au confluent de plusieurs courants majeurs de la sociologie de la famille et de la psychologie sociale des années 1970 et 1980, principalement dominés par les travaux d’Ira L. Reiss sur la sociologie de la sexualité hétérosexuelle, la théorie de l’échange social et la théorie des scripts sexuels formalisée par William Simon et John Gagnon.
6.1. La théorie socioculturelle de la permissivité sexuelle de Reiss
Dans ses ouvrages théoriques fondateurs, notamment Heterosexual Permissiveness: A Theoretical Analysis (Reiss & Miller, 1979) et ses modélisations ultérieures (Reiss, Anderson, & Sponaugle, 1980), Reiss postule que les attitudes sexuelles ne relèvent pas de pulsions biologiques isolées, mais constituent des normes intériorisées, façonnées par l’insertion de l’individu dans des réseaux sociaux plus ou moins traditionnels. Selon Reiss, la permissivité à l’égard de la sexualité (qu’elle soit préconjugale ou extraconjugale) dépend de l’autonomie accordée à l’institution matrimoniale par rapport aux institutions de contrôle social telles que la religion institutionnelle et la parenté élargie.
Reiss a démontré que la permissivité extraconjugale s’articule autour de propositions théoriques interconnectées : plus l’individu valorise l’autonomie personnelle et l’égalité des genres, et plus son niveau d’éducation est élevé, plus il est susceptible de rejeter le dogme de l’exclusivité sexuelle absolue comme unique baromètre de la fidélité relationnelle. De même, la permissivité préconjugale agit comme un précurseur direct : une vision libérale de la sexualité avant le mariage prédispose à une conception plus permissive de la sexualité au cours du cycle de vie adulte.
6.2. La théorie de l’échange social et de l’interdépendance
La théorie de l’échange social (telle que développée par John Thibaut, Harold Kelley et Ivan Nye) fournit une assise essentielle à la distinction entre mariages heureux et malheureux dans l’échelle. Dans cette perspective, la fidélité conjugale résulte d’un équilibre coûts/bénéfices au sein du lien dyadique. Lorsque la satisfaction conjugale est élevée, les coûts associés à une aventure extraconjugale (perte de confiance, risque de divorce, stigmatisation sociale) l’emportent largement sur les bénéfices hédoniques potentiels. En revanche, dans un mariage perçu comme malheureux, la dévaluation des récompenses intrinsèques du couple abaisse le seuil de tolérance pour l’exclusivité, transformant la sexualité hors mariage en une alternative rationnelle ou compensatoire.
6.3. La théorie des scripts sexuels
La théorie des scripts sexuels (Gagnon & Simon) enrichit l’analyse du croisement plaisir/amour et consentement/rejet. Les scénarios proposés par la RESPS correspondent à des scripts culturels intériorisés. L’échelle confronte les scripts traditionnels (où le sexe est strictement subordonné à l’amour et au cadre conjugal monogame) à des scripts modernistes ou postmodernes, qui séparent le désir récréatif de l’attachement émotionnel et reconnaissent la possibilité d’une négociation contractuelle ouverte au sein du couple.
7. Validité / Validity
Les qualités métrologiques de la RESPS ont fait l’objet de vérifications empiriques rigoureuses sur des échantillons probabilistes de grande envergure, conférant à cet outil une validité robuste rarement égalée dans le domaine de la sexologie quantitative.
7.1. Validité de construit et validation sur échantillons nationaux
La validité de construit de la RESPS a été principalement attestée par les analyses multivariées conduites par Reiss, Anderson et Sponaugle (1980) à partir des données de quatre enquêtes nationales distinctes et représentatives de la population adulte américaine, recueillies par le prestigieux National Opinion Research Center (NORC) via le General Social Survey (GSS). Les modélisations par régressions multiples et équations structurelles ont confirmé que le construit mesuré répondait précisément aux prédictions théoriques :
- Niveau d’éducation : Une corrélation positive statistiquement significative a été observée entre le niveau d’instruction et la permissivité extraconjugale dans les situations impliquant le consentement du partenaire, reflétant une adhésion accrue à des valeurs d’autonomie et de pluralisme normatif.
- Permissivité préconjugale : L’acceptation de la sexualité avant le mariage s’est avérée être le prédicteur direct le plus puissant de la permissivité extraconjugale, confirmant l’hypothèse de cohérence longitudinale des attitudes sociosexuelles au cours de la vie.
- Bonheur conjugal perçu : Les répondants se déclarant très heureux en ménage manifestaient des scores de permissivité systématiquement plus bas, validant la pertinence de la distinction théorique entre conditions heureuses et malheureuses.
7.2. Validité convergente et discriminante
La validité convergente de l’échelle a été corroborée par des études indépendantes démontrant que les scores à la RESPS corrèlent positivement avec les échelles de recherche de sensations, d’attitude favorable à la cohabitation hors mariage, et avec les échelles d’orientation sociosexuelle non restreinte (Sociosexual Orientation Inventory de Simpson et Gangestad). De surcroît, les travaux de Banfield et McCabe (2001) ainsi que ceux de Glass et Wright (1992) ont mobilisé les dimensions plaisir/amour et acceptation/rejet pour distinguer les types d’infidélité effective, démontrant une corrélation élevée entre les attitudes permissives mesurées par l’échelle de Reiss et les comportements déclarés d’engagement extraconjugal ultérieur.
La validité discriminante est étayée par la différenciation nette observée entre groupes connus : les individus fortement pratiquants sur le plan religieux obtiennent des scores quasi nuls sur l’ensemble des dimensions de l’échelle, se démarquant de manière très significative des populations sécularisées (Sponaugle, 1993). De plus, les analyses par genre révèlent régulièrement les écarts prédits par la théorie : les hommes rapportent des niveaux de permissivité significativement plus élevés que les femmes pour les relations centrées sur le plaisir physique en l’absence de consentement du conjoint, tandis que les écarts entre genres tendent à s’estomper dans les situations fondées sur l’amour ou lorsque le partenaire accepte la relation (Treas & Giesen, 2000).
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité de l’Échelle de permissivité extraconjugale de Reiss repose principalement sur les critères psychométriques spécifiques aux échelles cumulatives de Guttman, complétés par des estimations de consistance interne.
8.1. Échelonnement de Guttman : Reproductibilité et Évolutivité
Contrairement aux échelles additives de type Likert où la fidélité est quasi exclusivement quantifiée par le coefficient alpha de Cronbach, la RESPS a été construite pour satisfaire aux exigences strictes de la scalabilité déterministe de Guttman. Selon cette approche, l’adhésion à un item d’un niveau d’exigence élevé implique nécessairement l’adhésion aux items hiérarchiquement inférieurs.
- Coefficient de Reproductibilité ($C_R$) : Dans les quatre vagues d’enquêtes nationales analysées par Reiss et al. (1980), le coefficient de reproductibilité a systématiquement dépassé le seuil standard de 0,90 (oscillant entre 0,91 et 0,94). Cette valeur indique que dans plus de 90 % des cas, le patron exact de réponses d’un individu à travers les quatre scénarios peut être reconstruit sans erreur à partir de son seul score total d’affirmation.
- Coefficient d’Évolutivité ($C_S$ / Coefficient of Scalability) : Afin de s’assurer que la reproductibilité observée ne découle pas d’une distribution asymétrique des extrêmes, le coefficient de scalabilité a été calculé. Il s’établit de façon constante au-delà du seuil conventionnel de 0,60 (variant généralement entre 0,62 et 0,68), démontrant une unidimensionnalité cumulative authentique.
8.2. Consistance interne et fidélité test-retest
Bien que l’instrument ne comporte que quatre items fondamentaux par condition maritale, les analyses contemporaines de consistance interne menées sur les versions Likert continues rapportent des coefficients alpha de Cronbach satisfaisants, oscillant généralement entre 0,74 et 0,83 selon les échantillons considérés (Banfield & McCabe, 2001). Les estimations de stabilité temporelle (test-retest sur un intervalle de quatre semaines dans des populations universitaires et adultes) indiquent une remarquable stabilité des attitudes normatives, avec des coefficients de corrélation intraclasse excédant $r = 0,80$, attestant que les jugements moraux et situationnels face à la fidélité constituent des dispositions évaluatives durables.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la RESPS a fait l’objet de nombreuses investigations visant à valider la bidimensionnalité croisée (motivation × consentement) versus l’hypothèse d’une dimension générale sous-jacente de permissivité.
9.1. Analyses factorielles exploratoires et confirmatoires
Dans les analyses factorielles exploratoires (AFE) menées avec rotation oblique, deux facteurs principaux émergent de manière récurrente lorsqu’on intègre l’ensemble des scénarios :
- Facteur 1 : Permissivité extraconjugale conventionnelle ou compensatoire (centrée sur l’amour / rupture de contrat) : Ce facteur regroupe préférentiellement les items où l’amour est souligné et ceux contextualisés par le mariage malheureux. Il sature fortement sur les items décrivant une implication émotionnelle, interprétée par les répondants comme une alternative de transition vers une nouvelle union conjugale.
- Facteur 2 : Permissivité récréative et non-monogamie consensuelle : Ce facteur capture les items où le plaisir physique est explicite et ceux où le partenaire donne son aval. Les saturations factorielles de ces items dépassent régulièrement 0,70.
Toutefois, lorsque l’on analyse séparément la condition de « mariage heureux » et celle de « mariage malheureux », les analyses factorielles confirmatoires (AFC) démontrent un ajustement optimal pour un modèle unifactoriel hiérarchique au sein de chaque condition. Les indices d’ajustement structurel (CFI > 0,95, TLI > 0,93, RMSEA < 0,06) confirment que les quatre items constituent une échelle d’intensité progressive d’approbation extraconjugale.
9.2. Hiérarchie cumulative des items
L’analyse distributionnelle et les courbes caractéristiques des items révèlent un gradient strict de difficulté/sévérité normative :
- L’item le plus sévère (le moins souvent approuvé) : Rapport extraconjugal axé sur le plaisir physique avec rejet explicite du conjoint (situation perçue comme le degré ultime de transgression égoïste).
- L’item intermédiaire inférieur : Rapport axé sur l’amour avec rejet du conjoint.
- L’item intermédiaire supérieur : Rapport axé sur le plaisir physique avec acceptation du conjoint.
- L’item le plus facile (le plus fréquemment approuvé) : Rapport extraconjugal axé sur l’amour avec acceptation explicite du conjoint, ou rapport consensuel dans le contexte d’un mariage malheureux.
Cette hiérarchie empirique constante valide la propriété de cumulativité au sens strict des modèles de mesure en sciences sociales.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous la forme d’un court questionnaire auto-administré, utilisable tant sur support papier que par voie informatique.
- Type d’évaluation : Mesure quantitative d’attitudes psychosociales par scénarios hypothétiques (vignettes situationnelles standardisées).
- Format d’administration : Auto-questionnaire individuel (passation directe ou numérique).
- Nombre d’items : 4 items de base, chacun étant évalué sous 2 conditions hypothétiques distinctes (mariage heureux versus mariage malheureux), représentant un total de 8 évaluations situationnelles. Un item d’auto-positionnement final est destiné aux répondants actuellement mariés.
- Format de réponse : Échelle ordinale à quatre modalités :
- (a) Certainement (Definitely)
- (b) Probablement (Probably)
- (c) Peu probable (Unlikely)
- (d) Jamais (Never)
- Procédure de cotation (Scoring) :
- Dichotomisation pour échelonnement cumulatif (recommandée par Reiss) : Les réponses « Certainement » et « Probablement » sont codées 1 (réponse affirmative/permissive). Les réponses « Peu probable » et « Jamais » sont codées 0 (réponse de rejet/non permissive).
- Calcul des sous-scores : Un score distinct est calculé pour chaque condition matrimoniale :
- Score en condition de mariage heureux : Somme des items 1 à 4 (étendue de 0 à 4).
- Score en condition de mariage malheureux : Somme des items 1 à 4 (étendue de 0 à 4).
- Indice d’égalitarisme de couple (optionnel) : Évalué en demandant au sujet s’il accepterait que son propre conjoint donne exactement les mêmes réponses que lui (mesure de non-double standard moral).
- Temps de passation : Environ 5 à 6 minutes au total.
- Population cible : Personnes adultes (mariées, en concubinage ou célibataires évaluant un engagement futur potentiel).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1980 (formalisation des premières études empiriques nationales par Reiss, Anderson, & Sponaugle). L’instrument a été réaffirmé et synthétisé dans des ouvrages académiques ultérieurs (Reiss, 2006).
- Droits d’auteur et permissions : L’auteur, le Dr Ira L. Reiss, a expressément accordé une permission générale et libre d’utilisation de cette échelle à des fins de recherche scientifique et académique (« I give permission to use this scale in any research study »), sous condition que les chercheurs informent l’auteur de son emploi et lui communiquent les résultats de leurs travaux.
- Tarifs d’utilisation : Instrument totalement gratuit pour la recherche scientifique non commerciale. Aucun droit de licence pécuniaire n’est requis.
- Adaptation contextuelle autorisée : L’auteur autorise explicitement les chercheurs à adapter la terminologie en substituant le terme « mariage » par « relation engagée » (committed relationship), permettant ainsi de transformer l’instrument en une échelle mesurant la permissivité sexuelle extradyadique (PESE) dans des contextes de cohabitation, d’unions libres ou de couples de même sexe.
12. Références / References
Les sources scientifiques fondatrices et études d’application citées dans cette analyse psychométrique comprennent :
- Banfield, S., & McCabe, M. P. (2001). Extra relationship involvement among women: Are they different from men? Archives of Sexual Behavior, 30(2), 119–142. https://doi.org/10.1023/A:1002737603774
- Buunk, B. P., & Bakker, A. B. (1995). Extradyadic sex: The role of descriptive and injunctive norms. The Journal of Sex Research, 32(4), 313–318. https://doi.org/10.1080/00224499509551804
- Glass, S. P., & Wright, T. L. (1992). Justifications for extramarital relationships: The association between attitudes, behaviors, and gender. The Journal of Sex Research, 29(3), 361–387. https://doi.org/10.1080/00224499209551654
- Hansen, G. L. (1987). Extradyadic relations during courtship. The Journal of Sex Research, 23(3), 382–390. https://doi.org/10.1080/00224498709551378
- Reiss, I. L. (2006). An insider’s view of sexual science since Kinsey. Rowman & Littlefield Publishers.
- Reiss, I. L., Anderson, R. E., & Sponaugle, G. C. (1980). A multivariate model of the determinants of extramarital sexual permissiveness. Journal of Marriage and the Family, 42(2), 395–411. https://doi.org/10.2307/351236
- Reiss, I. L., & Miller, B. C. (1979). Heterosexual permissiveness: A theoretical analysis. In W. R. Burr, R. Hill, F. I. Nye, & I. L. Reiss (Eds.), Contemporary theories about the family: Research-based theories (Vol. 1, pp. 55–100). Free Press.
- Saunders, J. M., & Edwards, J. N. (1984). Extramarital sexuality: A predictive model of permissive attitudes. Journal of Marriage and the Family, 46(4), 825–835. https://doi.org/10.2307/352533
- Sponaugle, G. C. (1993). A study of attitudes toward extramarital relations (Doctoral dissertation, University of Minnesota, Minneapolis). ProQuest Dissertations Publishing.
- Treas, J., & Giesen, D. (2000). Sexual infidelity among married and cohabiting Americans. Journal of Marriage and the Family, 62(1), 48–60. https://doi.org/10.1111/j.1741-3737.2000.00048.x
- Weis, D. L., & Jurich, J. (1985). Size of community of residence as a predictor of attitudes toward extramarital sexual relations. Journal of Marriage and the Family, 47(1), 173–178. https://doi.org/10.2307/352078
- Weis, D. L., & Slosnerick, M. (1981). Attitudes toward sexual and nonsexual extramarital involvements among a sample of college students. Journal of Marriage and the Family, 43(2), 349–358. https://doi.org/10.2307/351386
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Cette section présente textuellement et exclusivement l’ensemble des consignes de passation et les items originaux en langue anglaise tels qu’élaborés par Ira L. Reiss, accompagnés de leur traduction française usuelle de passation.
General Instructions to the Respondent
« Answer in terms of your personal values concerning what you would accept in your marriage under the conditions stated. If you are not currently married, answer in terms of a possible future marriage. »
(Consigne en français : Répondez en fonction de vos valeurs personnelles concernant ce que vous accepteriez dans votre mariage dans les conditions énoncées. Si vous n’êtes pas actuellement marié(e), répondez en envisageant un éventuel mariage futur.)
Condition 1: Assuming You Are in a Happy Marriage
Please evaluate each of the following four questions assuming that your marriage is a HAPPY one:
Item 1. Would you accept extramarital sexual intercourse in which physical pleasure is your focus even though your mate would not accept your having such a relationship?
Traduction : Accepteriez-vous un rapport sexuel extraconjugal centré sur le plaisir physique, alors même que votre conjoint(e) n’accepterait pas que vous ayez une telle relation ?
Item 2. Would you accept extramarital sexual intercourse in which physical pleasure is your focus if your mate would accept your having this type of relationship?
Traduction : Accepteriez-vous un rapport sexuel extraconjugal centré sur le plaisir physique, si votre conjoint(e) acceptait que vous ayez ce type de relation ?
Item 3. Would you accept extramarital sexual intercourse in which love is emphasized even though your mate would not accept your having such a relationship?
Traduction : Accepteriez-vous un rapport sexuel extraconjugal où l’accent est mis sur l’amour, alors même que votre conjoint(e) n’accepterait pas que vous ayez une telle relation ?
Item 4. Would you accept extramarital sexual intercourse in which love is emphasized if your mate would accept your having this type of relationship?
Traduction : Accepteriez-vous un rapport sexuel extraconjugal où l’accent est mis sur l’amour, si votre conjoint(e) acceptait que vous ayez ce type de relation ?
Condition 2: Assuming You Are in an Unhappy Marriage
Please evaluate each of the exact same four questions assuming that your marriage is an UNHAPPY one:
Item 5 (1-bis). Would you accept extramarital sexual intercourse in which physical pleasure is your focus even though your mate would not accept your having such a relationship?
Traduction : Accepteriez-vous un rapport sexuel extraconjugal centré sur le plaisir physique, alors même que votre conjoint(e) n’accepterait pas que vous ayez une telle relation ?
Item 6 (2-bis). Would you accept extramarital sexual intercourse in which physical pleasure is your focus if your mate would accept your having this type of relationship?
Traduction : Accepteriez-vous un rapport sexuel extraconjugal centré sur le plaisir physique, si votre conjoint(e) acceptait que vous ayez ce type de relation ?
Item 7 (3-bis). Would you accept extramarital sexual intercourse in which love is emphasized even though your mate would not accept your having such a relationship?
Traduction : Accepteriez-vous un rapport sexuel extraconjugal où l’accent est mis sur l’amour, alors même que votre conjoint(e) n’accepterait pas que vous ayez une telle relation ?
Item 8 (4-bis). Would you accept extramarital sexual intercourse in which love is emphasized if your mate would accept your having this type of relationship?
Traduction : Accepteriez-vous un rapport sexuel extraconjugal où l’accent est mis sur l’amour, si votre conjoint(e) acceptait que vous ayez ce type de relation ?
Post-Assessment Item for Married Respondents:
« In your own marriage, do you feel you are closer to a happy marriage or closer to an unhappy marriage? »
(Question finale pour les personnes mariées : Dans votre propre mariage, estimez-vous être plus proche d’un mariage heureux ou plus proche d’un mariage malheureux ?)