1. Résumé / Abstract
L’Échelle de narcissisme sexuel (Sexual Narcissism Scale [SNS]), conçue et validée par les chercheurs en psychologie sociale et clinique Laura Widman et James K. McNulty à l’Université du Tennessee à Knoxville, constitue un outil psychométrique de pointe destiné à opérationnaliser et évaluer les manifestations spécifiques des traits de personnalité narcissique au sein de la sphère intime et relationnelle. Alors que le narcissisme global est traditionnellement appréhendé comme une organisation de la personnalité caractérisée par la grandiosité, un besoin impérieux d’admiration, un sentiment de supériorité et un déficit d’empathie, le modèle socio-cognitif de la personnalité suggère que ces tendances disposent d’expressions modulées selon les domaines comportementaux. L’instrument comprend 20 items auto-rapportés répartis équitablement en quatre sous-échelles distinctes mais interconnectées : l’exploitation sexuelle (Sexual Exploitation), le droit sexuel ou sentiment d’y avoir droit (Sexual Entitlement), le manque d’empathie sexuelle (Low Sexual Empathy) et les compétences sexuelles grandioses (Sexual Skill ou Sexual Grandiosity).
Les répondants évaluent leur niveau d’accord sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 5 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree). Les études factorielles confirmatoires conduites auprès de cohortes d’étudiants émergents (hommes et femmes, vierges et non-vierges) confirment une adéquation remarquable du modèle tétradiadique invariant selon le genre et l’historique sexuel (CFI = .90–.95 ; RMSEA = .07–.09). L’échelle démontre une cohérence interne élevée pour le score global (alpha de Cronbach oscillant entre .81 et .86) et pour ses composantes respectives (alphas allant de .70 à .89). Dotée d’une validité convergente robuste vis-à-vis d’autres inventaires narcissiques et d’une validité différentielle confirmée par son indépendance relative envers le modèle à cinq facteurs (Big Five), la SNS présente une validité prédictive capitale en sexologie légale et clinique, prédisant de manière spécifique les agressions sexuelles, les attitudes de coercition, les croyances légitimant le viol et les dynamiques dysfonctionnelles au sein du couple.
2. Mots-clés / Keywords
Narcissisme sexuel, Échelle de narcissisme sexuel, Laura Widman, James K. McNulty, psychométrie, agression sexuelle, exploitation sexuelle, empathie sexuelle, droit sexuel, grandiosité, coercition sexuelle, personnalité narcissique, relations de couple, comportement sexuel.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de narcissisme sexuel a été développée et formalisée par un binôme de chercheurs de renommée internationale en psychologie des relations interpersonnelles, affiliés au département de psychologie de l’Université du Tennessee à Knoxville (États-Unis) :
- Laura Widman, Ph.D. : Professeure et chercheuse spécialisée dans la santé sexuelle des adolescents et des jeunes adultes, les interventions numériques, la communication sexuelle et la prévention des violences sexuelles. Elle dirige le Sexuality and Teen Relationships Lab (STRL). Ses travaux ultérieurs l’ont conduite à la North Carolina State University. Correspondance originale : Département de psychologie, Université du Tennessee, Knoxville, TN 37996 (Courriel académique : [email protected] / [email protected]).
- James K. McNulty, Ph.D. : Professeur émérite et chercheur en psychologie sociale et de la personnalité, désormais professeur titulaire à la Florida State University. Expert reconnu des processus longitudinaux au sein des couples mariés, de l’attachement amoureux, des biais cognitifs et des déterminants psychologiques du bien-être et de la détresse conjugale et sexuelle.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental poursuivi par Laura Widman et James K. McNulty lors de la conceptualisation de la Sexual Narcissism Scale (SNS) était de combler une lacune théorique et empirique majeure au croisement de la psychologie de la personnalité, de la sexologie clinique et de la victimologie. Jusqu’à l’avènement de cet instrument, les chercheurs s’appuyaient presque exclusivement sur des mesures globales du narcissisme, telles que le classique Narcissistic Personality Inventory (NPI ; Raskin & Terry, 1988). Bien que le NPI capture efficacement les dimensions générales de domination, d’exhibitionnisme et de vanité au sens large, les données empiriques révélaient souvent des associations faibles, ambiguës ou inconsistantes lorsqu’il s’agissait de prédire des comportements érotiques précis ou des passages à l’acte sexuellement transgressifs au sein d’interactions dyadiques réelles.
En mobilisant la théorie du système cognitivo-affectif de la personnalité (CAPS) développée par Walter Mischel et Yuichi Shoda (1995), Widman et McNulty ont postulé que les traits de personnalité n’opèrent pas sous la forme de dispositions monolithiques et désincarnées, mais plutôt comme des structures conditionnelles dynamiques s’activant préférentiellement en présence d’indices contextuels et situationnels donnés. Ainsi, un individu peut ne manifester qu’un narcissisme modéré dans la sphère professionnelle ou amicale, tout en déployant une dynamique narcissique féroce, manipulatrice et dénuée d’empathie dès lors qu’il se trouve dans un scénario de séduction, de conquête ou d’intimité corporelle. La SNS a donc été forgée afin de contextualiser spécifiquement le noyau narcissique au domaine sexuel, offrant une granularité prédictive inaccessible aux instruments généralistes.
Sur le plan des applications pratiques, l’échelle poursuit une double visée. En recherche fondamentale et translationnelle, elle permet d’examiner comment les représentations de soi démesurées et l’insensibilité émotionnelle influencent les scripts sexuels, l’infidélité conjugale, le vagabondage relationnel, l’évitement des comportements de protection sanitaire (comme l’usage du préservatif) et l’adhésion aux mythes du viol. En clinique et criminologie, la SNS s’avère un instrument d’évaluation pronostique crucial : elle identifie les schémas cognitifs pernicieux sous-tendant la perpétration d’agressions sexuelles, la coercition verbale, la manipulation psychologique pour obtenir des faveurs intimes, et fournit aux cliniciens et sexologues une cartographie diagnostique permettant d’orienter les thérapies cognitives, émotionnelles et relationnelles ciblant la restauration de l’empathie érotique et la déconstruction des prétentions de toute-puissance sexuelle.
5. Construit psychologique / Construct
Le narcissisme sexuel est défini sur le plan conceptuel comme un mode de fonctionnement égocentrique, grandiose et prédateur opérant explicitement au sein des échanges, désirs et interactions sexuels. Ce construit s’articule autour de l’instrumentalisation d’autrui pour satisfaire des pulsions personnelles et conforter une estime de soi sexuelle hyperbolique, couplée à une oblitération de l’intériorité et du consentement émotionnel du partenaire. Au sein de la SNS, le construit est découpé en quatre dimensions opérationnelles rigoureusement définies :
1. L’exploitation sexuelle (Sexual Exploitation)
Cette dimension quantifie la propension, la capacité et la volonté délibérée de tromper, de contraindre, de duper ou de manipuler psychologiquement une personne dans le but unique d’obtenir des faveurs ou des rapports intimes. L’individu obtenant un score élevé dans cette sous-échelle conçoit le partenaire comme une proie ou un objet conquis par ruse plutôt que comme un sujet souverain. L’exploitation sexuelle se traduit par des comportements tels que faire de fausses promesses amoureuses impossibles à tenir, énoncer des flatteries insincères uniquement pour séduire, exercer une pression insistante usant le refus d’autrui, ou déployer des stratagèmes délibérés pour contourner la résistance du partenaire. Elle constitue la facette la plus directement corrélée aux comportements de coercition sexuelle et d’abus de pouvoir intime.
2. Le droit sexuel ou sentiment de légitimité sexuelle (Sexual Entitlement)
Le sentiment de droit sexuel renvoie à la croyance rigide, inconditionnelle et égocentrique selon laquelle la satisfaction de ses propres appétits charnels constitue une prérogative absolue et un droit imprescriptible, peu importent la disponibilité, le consentement enthousiaste, l’humeur ou les limites de l’autre. L’individu considère que le partenaire lui « doit » des relations sexuelles, assimilant le refus ou la temporisation à un affront personnel intolérable. Cette dimension génère fréquemment de l’irritation, de l’hostilité et de la colère narcissique lorsqu’un partenaire intime exprime un refus (« non »), ou conditionne le rapport à des contreparties transactionnelles (par exemple, estimer qu’une sortie onéreuse ou un cadeau impose une rétribution sous forme de pénétration ou d’acte sexuel).
3. Le manque d’empathie sexuelle (Low Sexual Empathy / Lack of Sexual Empathy)
L’empathie sexuelle se caractérise par la résonance affective et la prise de perspective cognitive permettant de percevoir, comprendre et respecter ce que ressent le partenaire sur le plan physique et émotionnel durant l’acte érotique. Le manque d’empathie sexuelle reflète l’absence totale d’intérêt pour le ressenti, le plaisir, l’inconfort, la détresse ou l’expérience subjective du partenaire. L’activité sexuelle est vécue comme une décharge pulsionnelle unilatérale ou une validation de son propre corps, reléguant l’autre au rang de réceptacle inerte. L’individu ne se soucie guère de savoir si son partenaire souffre, se sent blessé ou insatisfait avant, pendant ou après l’union charnelle, et éprouve d’immenses difficultés à « se mettre à sa place ».
4. Les compétences sexuelles grandioses (Sexual Skill / Sexual Grandiosity)
Cette sous-échelle évalue la composante grandiose du narcissisme appliquée aux performances érotiques. Elle mesure une surestimation hypertrophiée et irréaliste de ses propres talents au lit, une autosatisfaction démesurée quant à sa technique charnelle et la conviction inébranlable d’être un amant ou une amante hors du commun que nul ne saurait égaler. L’individu s’attribue une capacité absolue à procurer l’extase, s’imagine supérieur à tous les autres partenaires précédents de la personne et exige une admiration constante de son expertise génitale et relationnelle. Contrairement à une confiance en soi sexuelle saine (fondée sur la réciprocité et la communication ouverte), la grandiosité sexuelle est rigide, défensive et sert d’armure narcissique pour masquer les vulnérabilités intimes.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La modélisation du narcissisme sexuel repose sur l’intégration féconde de plusieurs grands courants théoriques de la psychologie contemporaine, synthétisant la psychopathologie du narcissisme, la théorie socio-cognitive des systèmes de personnalité et le modèle confluant des violences interpersonnelles :
La conceptualisation psychiatrique et psychodynamique du narcissisme
Depuis les descriptions psychanalytiques classiques (Freud, Kohut, Kernberg) jusqu’aux formulations taxonomiques du DSM (American Psychiatric Association), le narcissisme est reconnu comme une perturbation structurelle de la régulation de l’estime de soi caractérisée par la mégalomanie, un besoin compulsif de réassurance par le regard d’autrui et une instrumentalisation relationnelle. En transportant ces dynamiques dans l’intimité, Widman et McNulty s’inscrivent dans la filiation des travaux précurseurs de Hurlbert et ses collaborateurs (1994), qui avaient conçu l’Index of Sexual Narcissism (ISN). Néanmoins, là où l’ISN proposait un score unidimensionnel manquant de pureté factorielle, la SNS offre une opérationnalisation multidimensionnelle fine, distinguant les composantes agressives (exploitation, entitlement) des composantes affectives (déficit d’empathie) et mégalomaniaques (compétence grandiose).
La théorie cognitivo-affective de Mischel et Shoda (CAPS)
Le socle épistémologique fondamental de la SNS est le modèle CAPS (Cognitive-Affective Processing System) formalisé par Walter Mischel et Yuichi Shoda en 1995. Cette perspective théorique démontre que la cohérence de la personnalité ne réside pas dans l’invariance transsituationnelle de comportements figés, mais dans des signatures stables de type « si… alors » (if… then). Le narcissisme généralisé ne prédispose pas automatiquement un individu à agir de façon perverse ou dominante dans tous les contextes de sa vie quotidienne. En revanche, le contexte érotique réactive des schémas d’attachement, des enjeux d’égo, des dynamiques de pouvoir et des fantasmes de triomphe spécifiques. Dès lors, le narcissisme sexuel constitue un sous-système cognitivo-affectif spécialisé activé par les déclencheurs de séduction, d’attirance et d’opportunité copulatoire.
La réactance narcissique et le modèle confluant des agressions sexuelles
La théorie de la réactance narcissique développée par Baumeister, Catanese et Wallace (2002) sous le titre évocateur « Conquest by force » fournit l’explication mécanistique liant narcissisme et coercition sexuelle. D’après Baumeister et ses collègues, lorsqu’un individu doté d’une haute estime de soi égocentrique et d’un sentiment exorbitant de droit sexuel essuie un refus d’intimité, il ne perçoit pas ce rejet comme un simple désaccord d’humeur, mais comme une attaque ontologique et une déflation narcissique insupportable. Pour réparer son égo blessé et rétablir son sentiment de toute-puissance, l’agresseur recourt à la force, à la culpabilisation ou à la duperie. Cette lecture résonne avec le modèle confluant de Neil Malamuth, qui postule que la convergence d’une hostilité envers les femmes et d’une sexualité impersonnelle prédatrice (deux dimensions inhérentes au narcissisme sexuel) favorise le passage à l’acte coercitif.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques relatives à la validité de la Sexual Narcissism Scale ont été examinées au travers de multiples devis expérimentaux, corrélationnels et prospectifs chez des populations diversifiées de jeunes adultes :
Validité convergente
La SNS présente des corrélations fortes et hautement significatives avec les mesures préexistantes du narcissisme érotique et généralisé. Dans un échantillon de validation de 163 étudiants de sexe masculin (Widman & McNulty, 2009), la corrélation globale entre la SNS et l’Index of Sexual Narcissism (ISN ; Hurlbert et al., 1994) s’est élevée à r = .72 (p < .001), attestant que l’outil capte de façon exhaustive le même espace conceptuel tout en améliorant sa spécification dimensionnelle. En outre, la SNS converge modérément avec le Narcissistic Personality Inventory (NPI ; Raskin & Terry, 1988) à hauteur de r = .41 (p < .001). Ce coefficient modéré à substantiel confirme l’ancrage de l’échelle au sein de la famille du narcissisme psychologique, tout en prouvant qu’elle ne constitue pas une simple redondance du NPI général.
Validité divergente et discriminante
Afin de prouver que le narcissisme sexuel n’est pas un simple artefact des dimensions universelles de la personnalité, les auteurs ont confronté la SNS au modèle des Big Five (Inventaire des Cinq Grands facteurs) sur le même échantillon de 163 hommes. Les corrélations observées se sont révélées quasi nulles ou faibles :
- Extraversion : r = −.04 (non significatif)
- Agréabilité (Amabilité) : r = −.24 (p < .01)
- Caractère consciencieux : r = −.09 (non significatif)
- Névrosisme : r = .21 (p < .05)
- Ouverture à l’expérience : r = .03 (non significatif)
La faible association avec les cinq grands traits démontre que le narcissisme sexuel émerge comme une entité clinique et dispositionnelle autonome, irréductible aux traits de base de la personnalité.
Validité prédictive et critériée
La validité prédictive de la SNS a été attestée par des liens étroits avec de multiples critères comportementaux et attitudinaux réels :
- Débuts sexuels et promiscuité : Dans une étude portant sur 211 jeunes hommes (Widman & McNulty, 2008), un score élevé à la SNS prédisait un âge plus précoce lors du premier rapport sexuel et un nombre cumulé de partenaires sexuels significativement plus important au cours de la vie.
- Attitudes légitimant la violence : Les participants présentant des scores élevés manifestaient une adhésion accrue aux mythes du viol (Rape Myth Acceptance), une hostilité hostile envers les femmes et des croyances antagonistes considérant la sexualité comme un jeu d’affrontement et de domination.
- Perpétuation d’agressions sexuelles : Dans une recherche subséquente conduite auprès de 378 hommes universitaires (Widman & McNulty, in press), le score global à la SNS s’est avéré un prédicteur robuste et direct des antécédents d’agressions sexuelles commises (englobant les attouchements non sollicités, la coercition verbale, les tentatives de viol et les viols consommés). De surcroît, la SNS prédisait la probabilité autodéclarée de récidive ou d’agression future.
- Supériorité prédictive : Point capital pour la démonstration théorique, les modèles de régression ont révélé que les relations unissant la SNS et la coercition sexuelle étaient nettement plus intenses et explicatives que les associations reliant les agressions sexuelles au NPI général ou à l’ancien ISN de Hurlbert.
8. Fidélité / Reliability
Les indices de consistance interne et de précision métrologique de la Sexual Narcissism Scale démontrent une excellente stabilité et fidélité inter-items à travers plusieurs échantillons indépendants :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les analyses publiées par Widman et McNulty, basées sur deux échantillons universitaires indépendants totalisant plusieurs centaines de participants des deux sexes, indiquent des coefficients de fiabilité hautement satisfaisants pour la recherche comme pour l’évaluation diagnostique :
- Score total de la SNS (20 items) : α = .81 à .86 selon les cohortes.
- Sous-échelle Exploitation sexuelle (5 items) : α = .72 à .78.
- Sous-échelle Droit sexuel (5 items) : α = .76 à .84.
- Sous-échelle Manque d’empathie sexuelle (5 items) : α = .70 à .79.
- Sous-échelle Compétences sexuelles grandioses (5 items) : α = .80 à .89.
Ces coefficients dépassent tous largement le seuil conventionnel minimal de .70 préconisé par Nunnaly pour les échelles de recherche en sciences humaines, attestant de l’homogénéité interne remarquable des sous-construits.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Les travaux longitudinaux conduits par l’équipe de recherche auprès de couples émergents confirment la grande stabilité temporelle du trait de narcissisme sexuel sur des intervalles de plusieurs mois, avec des coefficients de corrélation intraclasse test-retest oscillant entre r = .68 et r = .77. Cette stabilité temporelle démontre que l’instrument capture bien un trait de fonctionnement pérenne et structuré de la personnalité plutôt qu’un état émotionnel transitoire induit par une excitation éphémère ou un épisode contextuel.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la Sexual Narcissism Scale a été soumise à une vérification rigoureuse par modélisation d’équations structurelles au moyen d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) appliquées à un échantillon normatif de 299 étudiants de premier cycle (hommes et femmes, incluant des personnes vierges et non-vierges) :
Indices d’ajustement du modèle global
Le modèle tétradiadique (quatre facteurs corrélés de 5 items chacun) a mis en évidence une excellente adéquation aux données empiriques pour l’ensemble de l’échantillon :
- Chi-carré d’adéquation minimale : MFF χ²(164) = 433.47, p < .01
- Ratio de parcimonie (χ²/dl) : 2.64
- Indice d’ajustement comparatif (CFI) : .95
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : .077
Un ratio χ²/df inférieur à 3 et un CFI supérieur ou égal à .95 sont universellement reconnus dans la littérature psychométrique contemporaine comme l’indication d’un ajustement irréprochable du modèle structural théorisé.
Invariance selon le sexe et l’expérience sexuelle
L’un des défis majeurs lors de l’évaluation de construits sexuels réside dans la variabilité potentielle selon le genre ou le statut d’initiation sexuelle. Les analyses factorielles confirmatoires menées en sous-groupes démontrent la parfaite robustesse et l’invariance métrique de la structure à 4 facteurs :
- Hommes (N = 152) : MFF χ²(164) = 282.29, p < .01, χ²/df = 1.76, CFI = .94, RMSEA = .070.
- Femmes (N = 147) : MFF χ²(164) = 323.39, p < .01, χ²/df = 1.97, CFI = .93, RMSEA = .080.
- Non-vierges (N = 206) : MFF χ²(164) = 377.90, p < .01, χ²/df = 2.30, CFI = .93, RMSEA = .082.
- Vierges (N = 93) : MFF χ²(164) = 310.63, p < .01, χ²/df = 1.89, CFI = .90, RMSEA = .095.
Toutes les saturations factorielles standardisées (factor loadings) des items sur leurs dimensions théoriques d’assignation sont positives et significatives (généralement comprises entre .55 et .85), sans effets croisés résiduels pathologiques, confirmant la validité discriminante intrinsèque des quatre facettes.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type de test : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation individuelle).
- Nombre d’items : 20 items rédigés sous la forme d’affirmations attitudinales et comportementales.
- Structure des sous-échelles :
- Exploitation sexuelle (items 1, 5, 9, 13, 17) : 5 items évaluant l’inclination à tromper ou contraindre autrui pour avoir des rapports sexuels.
- Compétences sexuelles grandioses (items 2, 6, 10, 14, 18) : 5 items mesurant la surestimation mégalomaniaque de ses prouesses et attraits érotiques.
- Droit sexuel (items 3, 7, 11, 15, 19) : 5 items mesurant la conviction d’avoir un droit absolu à la satisfaction immédiate de ses désirs.
- Manque d’empathie sexuelle (items 4, 8, 12, 16, 20) : 5 items quantifiant l’indifférence face à la détresse, aux désirs ou aux ressentis du partenaire.
- Échelle de réponse (Response Scale) : Échelle de Likert en 5 points allant de 1 (Strongly disagree / Pas du tout d’accord) à 5 (Strongly agree / Tout à fait d’accord) :
- 1 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree)
- 2 = Plutôt pas d’accord (Disagree)
- 3 = Neutre / Ni en désaccord ni d’accord (Neither agree nor disagree)
- 4 = Plutôt d’accord (Agree)
- 5 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
- Consignes de passation : Le test s’administre soit en version papier-crayon, soit via une interface numérique sécurisée. Il est précisé aux répondants qu’il n’existe aucune « bonne ou mauvaise réponse » en matière d’attitudes sexuelles et qu’une sincérité rigoureuse est sollicitée, les données demeurant strictement anonymes.
- Temps de passation : Très bref, généralement moins de 5 minutes.
- Cotation et calcul des scores :
- Dans la version authentique standardisée de Widman et McNulty issue de la littérature validée, les 20 items sont tous orientés dans le sens d’un niveau croissant de narcissisme sexuel (aucun item n’exige d’inversion mathématique dans la version à 20 items directs).
- Score total : Somme brute de l’ensemble des 20 items (étendue possible : de 20 à 100 points).
- Scores des sous-échelles : Somme brute des 5 items composant chaque dimension (étendue possible : de 5 à 25 points par facette).
- Interprétation clinique : Plus le score total ou par sous-échelle est élevé, plus le sujet exprime une structuration narcissique prononcée dans sa vie érotique, indiquant un risque accru de dérapage coercitif, d’insatisfaction conjugale et de déconnexion affective.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : Présenté dans des colloques scientifiques majeurs dès 2008-2009 et officiellement publié dans la revue Archives of Sexual Behavior en 2010.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par les auteurs (Laura Widman & James K. McNulty) ainsi que par l’éditeur scientifique Springer / International Academy of Sex Research.
- Tarifs et conditions financières : L’Échelle de narcissisme sexuel est un instrument libre de droits d’usage financier (gratuit) pour les chercheurs universitaires, les étudiants et les professionnels de santé travaillant dans un cadre académique, de recherche non commerciale ou clinique institutionnelle.
- Demande d’autorisation : L’utilisation de l’instrument ne requiert généralement pas le versement d’une redevance mais impose la citation formelle des articles originaux dans tout rapport, thèse ou publication découlant de son utilisation. Pour toute adaptation dans une autre langue ou pour des fins commerciales ou médico-légales spécifiques, il est recommandé de solliciter l’autorisation formelle auprès du Dr Laura Widman ([email protected] ou [email protected]).
12. Références / References
American Psychiatric Association. (2000). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (4th ed., text rev.). American Psychiatric Association. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890423349
Baumeister, R. F., Catanese, K. R., & Wallace, H. M. (2002). Conquest by force: A narcissistic reactance theory of rape and sexual coercion. Review of General Psychology, 6(1), 92–135. https://doi.org/10.1037/1089-2680.6.1.92
Buss, D. M., & Shackelford, T. K. (1997). Susceptibility to infidelity in the first year of marriage. Journal of Research in Personality, 31(2), 193–221. https://doi.org/10.1006/jrpe.1997.2175
Hurlbert, D. F., Apt, C., Gasar, S., Wilson, N. E., & Murphy, Y. (1994). Sexual narcissism: A validation study. Journal of Sex & Marital Therapy, 20(1), 24–34. https://doi.org/10.1080/00926239408403414
Mischel, W., & Shoda, Y. (1995). A cognitive-affective system theory of personality: Reconceptualizing situations, dispositions, dynamics, and invariance in personality structure. Psychological Review, 102(2), 246–268. https://doi.org/10.1037/0033-295X.102.2.246
Raskin, R., & Terry, H. (1988). A principal-components analysis of the Narcissistic Personality Inventory and further evidence of its construct validity. Journal of Personality and Social Psychology, 54(5), 890–902. https://doi.org/10.1037/0022-3514.54.5.890
Widman, L., & McNulty, J. K. (2008, August). Sexual narcissism and the confluence model of sexual aggression. Paper presented at the 116th Annual Convention of the American Psychological Association, Boston, MA.
Widman, L., & McNulty, J. K. (2010). Sexual narcissism and the perpetration of sexual aggression. Archives of Sexual Behavior, 39(4), 926–939. https://doi.org/10.1007/s10508-008-9464-6
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale: 5-point Likert scale ranging from 1 (strongly disagree) to 5 (strongly agree)
- I have sometimes had to use a bit of pressure in order to have sex with someone.
- I am an exceptional sexual partner.
- I feel I deserve to have sex whenever I want it.
- I find it difficult to understand how my sexual partner is feeling during sex.
- Sometimes you have to make promises that you can’t keep to get someone to have sex with you.
- My sexual partner should be grateful to have sex with someone as good as me.
- I feel entitled to have my sexual needs met, even when my partner does not want to.
- I rarely think about my sexual partner’s feelings during sex.
- If you don’t manipulate people a little bit, they won’t agree to have sex with you.
- My sex drive is much stronger than most people’s.
- When I want to have sex, I expect my partner to satisfy my desires.
- It doesn’t bother me much when my sexual partner seems upset during sex.
- I have sometimes misled people in order to get them to sleep with me.
- I am really good at giving sexual pleasure.
- I feel I deserve to have all of my sexual desires satisfied.
- It is hard for me to put myself in my sexual partner’s shoes during sex.
- Sometimes you have to tell people what they want to hear to get them into bed.
- Nobody can satisfy my partner sexually as well as I can.
- When I am in the mood for sex, I feel entitled to have it.
- I do not pay much attention to whether my partner is enjoying sex.