Échelle de motivation religieuse intrinsèque

L’Échelle de motivation religieuse intrinsèque (Intrinsic Religious Motivation Scale – IRMS) conçue par Dean R. Hoge (1972) est un questionnaire psychométrique en dix items évaluant l’orientation religieuse intrinsèque et extrinsèque sur un continuum unidimensionnel.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé

L’Échelle de motivation religieuse intrinsèque (en anglais, Intrinsic Religious Motivation Scale [IRMS]), conçue initialement par le sociologue et psychologue des religions Dean R. Hoge en 1972, est un instrument psychométrique bref composé de dix items destiné à évaluer l’orientation motivationnelle sous-tendant l’engagement religieux individuel. Développée dans le but de clarifier la distinction théorique introduite par Gordon W. Allport et J. Michael Ross (1967) ainsi que la conceptualisation « ultime contre instrumentale » formalisée par Richard A. Hunt et Morton King (1971), cette échelle se concentre spécifiquement sur les mobiles intérieurs régissant la vie religieuse plutôt que sur les croyances dogmatiques particulières ou les rituels ecclésiaux extérieurs.

L’instrument repose sur une structure unidimensionnelle où la religiosité intrinsèque (considérer la foi comme une fin en soi et le principe intégrateur de toute l’existence) et la religiosité extrinsèque (utiliser la religion à des fins instrumentales, utilitaires ou de convenance sociale) sont positionnées comme les deux pôles opposés d’un même continuum psychologique. Sur le plan structural, l’échelle intègre sept items formulés dans le sens intrinsèque et trois items formulés dans le sens extrinsèque (inversés lors du calcul du score total). Les répondants expriment leur degré d’accord à l’aide d’une échelle de type Likert en 4 points (allant de 1 = « strongly disagree » à 4 = « strongly agree » ou inversement selon la modalité de passation originale).

Les propriétés psychométriques établies par Hoge (1972) et confirmées par les investigations ultérieures (Hoge & Carroll, 1978 ; Benson et al., 1980 ; Hathaway & Pargament, 1990) attestent d’une excellente consistance interne (coefficient de Kuder-Richardson 20 de .90 pour l’échelle complète ; alpha de Cronbach de .84 pour une version abrégée à six items) et d’une validité de construit remarquable. La validité de critère a été initialement démontrée par la méthode des groupes contrastés via l’évaluation d’ecclésiastiques (corrélation de .59 avec les jugements pastoraux), tandis que la validité convergente se traduit par de fortes corrélations (entre .71 et .87) avec les échelles de religiosité intrinsèque préexistantes d’Allport-Ross et de Feagin. Évitant le vocabulaire théologique confessionnel et limitant les références directes à des dogmes particuliers, l’échelle s’adapte à de multiples contextes confessionnels tout en minimisant la fatigue des répondants.

2. Mots-clés

Motivation religieuse intrinsèque, religiosité extrinsèque, psychologie de la religion, Dean R. Hoge, Gordon Allport, évaluation psychométrique, échelle d’attitude, orientation religieuse, comportement prosocial, validité de construit.

3. Auteurs

L’échelle a été conçue et standardisée par le professeur Dean R. Hoge (1935–2008). Au moment de la publication princeps de l’instrument en 1972, le Dr Hoge occupait un poste au sein du département de sociologie et menait des recherches approfondies sur la sociologie de la religion et le comportement des fidèles au sein des institutions ecclésiales.

Il a ensuite exercé comme professeur émérite de sociologie au sein de la Catholic University of America (Washington, D.C., États-Unis), où il a dirigé le Life Cycle Institute. Ses travaux ont constitué une référence internationale majeure dans l’étude quantitative de la démographie cléricale, de l’engagement paroissial protestant et catholique, ainsi que des déterminants psychosociaux de la foi religieuse. Des prolongements méthodologiques et empiriques ont ensuite été conduits en collaboration avec des chercheurs tels que Jackson W. Carroll (Hartford Institute for Religion Research) et Peter L. Benson (Search Institute).

4. Objectif

L’objectif fondamental de l’Échelle de motivation religieuse intrinsèque est de mesurer avec rigueur et parcimonie le « comment » et le « pourquoi » de l’expérience religieuse d’un individu, en s’émancipant de la simple mesure de l’intensité de la pratique (telle que la fréquence d’assistance au culte) ou de l’adhésion dogmatique formelle. Dean R. Hoge a identifié au début des années 1970 un obstacle méthodologique récurrent dans les sciences sociales de la religion : l’hétérogénéité des outils de mesure confondait fréquemment l’orthodoxie doctrinale, la conformité sociale et les véritables ressorts motivationnels régissant la foi individuelle.

Cette confusion théorique affaiblissait l’analyse empirique des relations entre la religiosité et diverses variables psychosociales fondamentales, telles que les préjugés raciaux, l’altruisme, le bien-être subjectif et les dynamiques de coping face au stress. Par exemple, alors que certaines recherches indiquaient que les personnes religieuses manifestaient des niveaux de préjugés plus élevés que les non-croyants, d’autres montraient l’effet inverse. Hoge a postulé qu’une clarification conceptuelle, permise par une échelle rigoureusement unidimensionnelle et focalisée exclusivement sur la motivation centrale de l’engagement religieux, était indispensable pour résoudre ces paradoxes empiriques.

L’IRMS a été formulée pour répondre à plusieurs exigences méthodologiques et scientifiques :

  • Parcimonie et réduction de la charge cognitive : En se limitant à dix items clairs et concis, l’échelle minimise la fatigue des participants, ce qui la rend particulièrement avantageuse lors de protocoles expérimentaux denses ou de grandes enquêtes épidémiologiques et sociologiques combinant de multiples batteries de tests.
  • Neutralité confessionnelle relative : Bien que standardisée initialement dans un contexte judéo-chrétien occidental, l’échelle évite délibérément le lexique théologique dogmatique ou sectaire. Seuls deux items mentionnent explicitement le mot « Dieu » (God) et un item fait référence au « Divin » (the Divine), sans aucune mention du christianisme, de Jésus-Christ ou de sacrements spécifiques. Cette formulation permet d’administrer l’instrument auprès d’échantillons théologiquement diversifiés (diverses dénominations protestantes, catholiques, voire monothéismes non chrétiens).
  • Neutralisation des facteurs de confusion comportementaux : L’outil ne s’intéresse pas aux rituels visibles ou aux interdits moraux précis, mais à la place que le sujet accorde à sa conviction religieuse comme moteur décisionnel premier de son existence globale.

Dans la recherche contemporaine et la pratique clinique, l’échelle est mobilisée en psychologie de la santé, en psychologie sociale et en psychothérapie interculturelle pour étudier comment la motivation spirituelle intrinsèque sert de ressource d’adaptation positive (positive religious coping) ou d’ancrage éthique face aux crises existentielles, à la maladie chronique ou au deuil.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique opérationnalisé par l’IRMS repose sur le concept de motivation religieuse, articulé autour de la distinction classique entre l’orientation religieuse « intrinsèque » et « extrinsèque ». Toutefois, la particularité méthodologique de l’approche de Hoge réside dans sa décision de concevoir ce construit non pas comme deux dimensions orthogonales et indépendantes, mais comme les deux pôles opposés d’un même continuum psychologique bipolaire unitaire, formalisé par Richard A. Hunt et Morton King (1971) sous la désignation de dimension « ultime versus instrumentale ».

Le pôle intrinsèque (« la religion comme fin ultime »)

Au pôle intrinsèque, la foi religieuse constitue la valeur suprême et le principe unificateur de l’ensemble de la personnalité. Selon la caractérisation d’Allport, l’individu intrinsèque « vit sa religion » (lives his religion). Les croyances ne sont pas subordonnées à d’autres nécessités humaines (comme le statut social, la sécurité affective ou le confort matériel) ; au contraire, tous les autres domaines de l’existence (profession, relations interpersonnelles, choix moraux, gestion du temps) sont restructurés et subordonnés aux impératifs de la foi.

Dans l’échelle de Hoge, ce pôle est mesuré par sept items qui mettent en lumière plusieurs facettes psychologiques :

  • L’intégration holistique de l’existence : La foi embrasse l’intégralité du quotidien de l’individu (Item 1 : « My faith involves all of my life » ; Item 6 : « I try hard to carry my religion over into all my other dealings in life »).
  • La centralité décisionnelle : Le recours systématique au discernement spirituel lors des étapes cruciales de la prise de décision (Item 2 : « One should seek God’s guidance when making every important decision »).
  • L’expérience transcendantale vécue : Le sentiment subjectif régulier d’une communion ou d’une présence spirituelle agissante (Item 3 : « In my life I experience the presence of the Divine »).
  • L’autolimitation normative : L’acceptation volontaire que les principes religieux restreignent ou contraignent les pulsions et actions individuelles (Item 4 : « My faith sometimes restricts my actions »).
  • La dévotion sacrificielle : La subordination de toute priorité temporelle au service divin (Item 5 : « Nothing is as important to me as serving God as best I know how »).
  • L’armature philosophique globale : Les convictions spirituelles forment le substrat sous-jacent à la vision du monde du sujet (Item 7 : « My religious beliefs are what really lie behind my whole approach to life »).

Le pôle extrinsèque (« la religion comme instrument utilitaire »)

À l’opposé du continuum, l’orientation extrinsèque caractérise les personnes qui « utilisent leur religion » (uses his religion). La foi y est instrumentalisée au service de fins profanes : obtention d’un soutien social, conformisme communautaire, quête de respectabilité, apaisement émotionnel superficiel ou maintien d’une bonne conscience morale sans remise en cause de sa conduite profane.

Hoge capture ce pôle négatif au moyen de trois items inversés :

  • La dissociation moraliste pragmatique : La relégation du dogme ou de la théologie au second plan derrière une morale séculière ou comportementale standard (Item 8 : « It doesn’t matter so much what I believe as long as I lead a moral life »).
  • Le compartimentage de l’existence : Le refus explicite de laisser les impératifs religieux interférer avec les affaires profanes, professionnelles ou politiques (Item 9 : « Although I am a religious person, I refuse to let religious considerations influence my everyday affairs »).
  • La relativisation de l’importance spirituelle : La reconnaissance d’une croyance formelle couplée au constat lucide que d’autres enjeux vitaux priment largement sur la religion (Item 10 : « Although I believe in my religion, I feel there are many more important things in life »).

6. Cadre théorique

Le cadre théorique au fondement de l’IRMS s’inscrit au carrefour de la psychologie de la personnalité d’inspiration humaniste et phénoménologique et de la tradition de la sociologie religieuse nord-américaine de la seconde moitié du XXe siècle.

L’héritage d’Allport et Ross (1967)

Le point de départ incontournable réside dans la typologie formulée par Gordon Allport. Dans ses tentatives pour comprendre pourquoi les individus fréquentant régulièrement les églises exprimaient fréquemment des préjugés raciaux et ethniques plus marqués que les non-pratiquants, Allport a théorisé la distinction entre la religion intrinsèque et extrinsèque. Selon lui, les individus intrinsèques intériorisent les enseignements universels d’amour du prochain et d’humilité prescrits par les traditions religieuses, ce qui diminue leurs préjugés. À l’inverse, les individus extrinsèques utilisent l’appartenance institutionnelle pour asseoir leur statut au sein de l’endogroupe et se protéger contre l’exogroupe, ce qui attise l’intolérance et le sectarisme.

La clarification conceptuelle de Hunt et King (1971)

Bien que féconde, la théorie d’Allport et Ross ainsi que leur outil d’évaluation, la Religious Orientation Scale (ROS), ont rapidement fait l’objet de sévères critiques psychométriques. Hunt et King (1971) ont examiné en détail les items de la ROS et démontré qu’ils mesuraient de multiples dimensions confondues : conformisme social, bien-être psychologique individuel, croyance orthodoxe et ritualisme ecclésiastique. Pour rétablir la rigueur du modèle, Hunt et King ont proposé de recentrer le concept sur un vecteur motivationnel unique qu’ils ont nommé « ultimate vs. instrumental ».

Dean R. Hoge a précisément retenu cette préconisation théorique. Constatant que les échelles antérieures (comme celles de Joe R. Feagin en 1964 ou d’Allport et Ross en 1967) laissaient subsister des ambiguïtés factorielles et théoriques, Hoge a formulé l’hypothèse opérationnelle suivante : la motivation religieuse authentique s’exprime de manière optimale sur un axe unique, allant de la subordination de sa vie à des fins religieuses ultimes (intrinsèque) jusqu’à la subordination de la religion à des fins temporelles égocentriques (extrinsèque).

Développements et modèles ultérieurs

Par la suite, ce modèle motivationnel a été confronté à des cadres théoriques plus récents :

  • La théorie de la religiosité comme quête (Quest orientation) : Formulée par C. Daniel Batson et ses collègues (1978, 1993), cette perspective reproche au pôle intrinsèque de Hoge et d’Allport de favoriser une forme de rigidité cognitive ou de certitude dogmatique, proposant une troisième voie fondée sur le doute constructif et l’exploration existentielle ouverte.
  • Le modèle du coping religieux de Kenneth Pargament : Pargament et ses collaborateurs (1990) ont intégré l’IRMS de Hoge dans l’étude des processus de transaction cognitive face à l’adversité. Leurs données indiquent que la motivation intrinsèque mesurée par l’IRMS favorise un style de coping religieux actif et collaboratif (considérer Dieu comme un partenaire pour résoudre les difficultés), corrélé positivement à la compétence psychosociale et à la résilience psychologique.

7. Validité

La validité psychométrique de l’Échelle de motivation religieuse intrinsèque a été documentée au moyen de plusieurs approches empiriques complémentaires : la validité de critère par groupes contrastés, la validité convergente et discriminante, ainsi que la validité prédictive en lien avec les comportements prosociaux.

Validité de critère (méthode des groupes contrastés)

Dans son étude princeps de 1972, Dean Hoge a mis en place un protocole rigoureux de validation par nomination de juges experts. Des pasteurs et ministres du culte de paroisses locales ont été sollicités pour identifier, au sein de leurs fidèles, des personnes incarnant de façon manifeste soit une orientation religieuse intrinsèque (engagement profond, désintéressé, guidé par la conviction spirituelle), soit une orientation extrinsèque (participation motivée par la sociabilité, le prestige local ou les convenances conventionnelles).

Les candidats de ces deux cohortes contrastées ont ensuite complété les items expérimentaux. Seuls les items qui corrélaient de manière statistiquement significative et substantielle avec les classements indépendants effectués par les ecclésiastiques ont été conservés dans la version finale de 10 items. La corrélation globale entre le score à l’IRMS et les jugements des pasteurs a atteint r = .59, apportant une preuve tangible de validité critérielle externe.

Validité convergente et concourante

Hoge (1972) a également administré simultanément son nouvel instrument et les échelles de religiosité intrinsèque établies par Allport et Ross (1967) et par Feagin (1964). Les coefficients de corrélation linéaire observés entre l’IRMS et ces instruments de référence étaient remarquablement élevés, oscillant entre r = .71 et r = .87. Bien qu’une partie de cette covariance s’explique par la présence d’items partagés ou révisés issus de ces sources initiales, cette forte convergence a démontré que l’instrument captait avec fidélité le noyau théorique du construit intrinsèque tout en épurant les composantes accessoires non pertinentes.

Validité de construit et validité prédictive

L’étude menée par Benson et al. (1980) a constitué une étape déterminante dans la consolidation de la validité de construit de l’échelle. Ces auteurs ont examiné les déterminants intrapersonnels de l’aide non spontanée (nonspontaneous helping behavior) auprès d’un échantillon d’étudiants (69 femmes et 44 hommes) d’une université d’arts libéraux du Midwest américain. L’aide non spontanée représentait le temps déclaré (en heures sur l’année écoulée) consacré à 14 catégories d’activités prosociales structurées (bénévolat caritatif, visite aux malades et aux personnes isolées, encadrement de mouvements de jeunesse, campagnes de collecte de fonds).

Les régressions et analyses corrélationnelles ont révélé que la motivation religieuse intrinsèque, évaluée via l’IRMS de Hoge, s’avérait être l’un des meilleurs prédicteurs positifs indépendants de ce type d’engagement altruiste soutenu dans le temps. Ce résultat a confirmé que l’IRMS opérationnalise une disposition psychologique qui se traduit directement en conduites concrètes orientées vers le bien-être d’autrui, conformément aux prédictions théoriques d’Allport.

Enfin, les recherches de Hathaway et Pargament (1990) ont mis en évidence, par le biais d’analyses de structure de covariance (LISREL), que l’IRMS s’associe positivement à des indicateurs robustes de compétence psychosociale, d’estime de soi et d’efficacité personnelle globale, tout en montrant une relation inverse avec la détresse psychologique et l’anxiété existentielle.

8. Fidélité

La fidélité de l’IRMS a fait l’objet d’évaluations répétées démontrant une homogénéité interne remarquable, tant pour la version intégrale que pour les formes adaptées ou raccourcies.

Consistance interne de l’échelle princeps

Dans la cohorte initiale rapportée par Hoge (1972), la consistance interne de l’échelle à dix items (après inversion du codage des trois items extrinsèques) a été estimée au moyen de la formule 20 de Kuder-Richardson (KR-20), fournissant un coefficient de fidélité exceptionnel de .90. L’analyse détaillée des liaisons inter-items a montré que les corrélations bivariées entre items s’échelonnaient d’un minimum de r = .13 à un maximum de r = .72, indiquant que si chaque item apporte une nuance informative unique, ils convergent tous de façon cohérente vers le construit latent central.

Les moyennes et écarts-types normatifs rapportés par Hoge dans sa deuxième cohorte de validation soulignent cette structure :

  • Pour les items intrinsèques pris isolément (cotés de 1 à 4) : moyenne par item = 2.00 (écart-type = 1.07).
  • Pour les items extrinsèques non inversés : moyenne par item = 4.11 (écart-type = 1.08).
  • Pour l’ensemble des 10 items (items extrinsèques inversés et regroupés) : moyenne globale par item = 1.97 (écart-type = 1.08).

Fidélité de la version abrégée (Hoge & Carroll, 1978)

Lors d’une vaste enquête sociologique portant sur les membres de huit congrégations protestantes situées en banlieue résidentielle, Hoge et Carroll (1978) ont cherché à identifier les facteurs prédictifs de l’engagement paroissial et de la participation financière. Afin de réduire la longueur globale du protocole, ils ont administré une version courte à six items de l’IRMS. Malgré cette diminution substantielle du nombre d’énoncés, le coefficient alpha de Cronbach obtenu s’est maintenu au niveau très satisfaisant de .84, attestant de la robustesse psychométrique de l’armature de l’instrument.

9. Analyse factorielle

La structure factorielle de l’IRMS a été expressément façonnée pour corriger la polydimensionnalité non maîtrisée des outils concurrents. Alors que les échelles dérivées d’Allport et Ross tendent régulièrement à faire émerger deux ou trois facteurs distincts (un facteur intrinsèque, un facteur extrinsèque social et un facteur extrinsèque personnel), Dean R. Hoge a sélectionné les items finaux de son échelle sur la base exclusive de leur saturation univoque sur un facteur général unique.

Le modèle unidimensionnel bipolaire

L’analyse factorielle exploratoire (AFE) menée par Hoge lors du processus de sélection a démontré que l’ensemble des dix items retenus saturaient lourdement sur un premier axe principal, expliquant la majeure partie de la variance commune. Les sept items intrinsèques présentaient de fortes saturations positives, tandis que les trois items extrinsèques présentaient des saturations négatives substantielles par rapport à cet axe. Cette organisation factorielle a validé le postulat théorique selon lequel l’engagement religieux peut être appréhendé comme une variable continue bipolaire :

  • Pôle positif : orientation intrinsèque prédominante, où la foi est source et finalité.
  • Pôle négatif : orientation extrinsèque prédominante, où la foi est compartimentée ou instrumentalisée.

Débats factoriels et approches méthodologiques alternatives

Bien que l’unidimensionnalité postulée par Hoge confère à l’échelle une grande élégance statistique, plusieurs chercheurs ont soulevé des questions méthodologiques légitimes :

  • L’hypothèse d’indépendance dimensionnelle : Bernard Spilka (1977) a fait valoir que la foi intrinsèque et la foi extrinsèque ne sont pas nécessairement mutuellement exclusives. Un individu peut parfaitement attribuer une valeur ultime à sa spiritualité tout en appréciant sincèrement les opportunités de socialisation ou de soutien émotionnel offertes par sa communauté religieuse. Spilka a dès lors préconisé de dissocier les scores et de traiter séparément la sous-échelle intrinsèque (7 items) et la sous-échelle extrinsèque (3 items).
  • L’utilisation conjointe avec d’autres outils : Sapp et Jones (1986) ont adopté une démarche hybride consistant à utiliser les items intrinsèques de Hoge comme mesure unidimensionnelle pure de la ferveur intrinsèque, tout en adjoignant une échelle extrinsèque distincte et multidimensionnelle pour évaluer les aspects utilitaires sans supposer a priori qu’ils s’opposent directement à l’intériorité spirituelle.

10. Instrument de mesure

L’Échelle de motivation religieuse intrinsèque est un auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé, conçu pour une passation rapide et autonome.

  • Type d’évaluation : Auto-évaluation psychométrique par questionnaire structuré.
  • Nombre d’items : 10 énoncés courts.
  • Format des réponses : Échelle de Likert à 4 points (sans point neutre central afin de contraindre le sujet à se positionner) :
    • 1 = strongly disagree (fortement en désaccord)
    • 2 = moderately disagree (modérément en désaccord)
    • 3 = moderately agree (modérément d’accord)
    • 4 = strongly agree (fortement d’accord)
  • Répartition des énoncés :
    • 7 items intrinsèques (Items 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7).
    • 3 items extrinsèques (Items 8, 9, 10).
  • Durée d’administration : Environ 3 à 5 minutes.
  • Procédure de cotation et de calcul des scores :
    1. Méthode originale recommandée par Hoge (score unidimensionnel global) : Les scores des trois items extrinsèques (8, 9 et 10) sont inversés selon la formule : $Score_{inversé} = 5 – Score_{brut}$ (si cotation de 1 à 4). On additionne ensuite l’ensemble des dix items (les 7 items intrinsèques directs et les 3 items extrinsèques inversés). Selon le sens de cotation choisi dans l’étude princeps, un score total bas reflète une orientation religieuse intrinsèque prononcée, tandis qu’un score total élevé traduit une orientation extrinsèque. Dans les protocoles contemporains, les chercheurs inversent fréquemment la logique afin qu’un score plus élevé indique une religiosité intrinsèque plus forte.
    2. Méthode alternative des scores séparés (Spilka, 1977) : Calcul d’un score intrinsèque moyen (somme des items 1 à 7 divisée par 7) et d’un score extrinsèque moyen distinct (somme des items 8 à 10 divisée par 3).

11. Permissions, tarifs et année du test

L’Échelle de motivation religieuse intrinsèque a été initialement publiée en 1972 dans le Journal for the Scientific Study of Religion.

  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’instrument relève du domaine de la recherche académique fondamentale. Conformément à la pratique courante en psychologie des religions pour les publications de cette période, les items ont été intégralement divulgués dans l’article scientifique original de Hoge (1972) à des fins d’utilisation scientifique non commerciale.
  • Tarifs : L’utilisation de l’échelle est entièrement gratuite pour les chercheurs, les universitaires, les cliniciens et les étudiants menant des projets d’études ou de thèses. Aucun droit de licence pécuniaire n’est requis.
  • Obligation de citation : Tout utilisateur de l’IRMS s’engage sur le plan déontologique à mentionner explicitement la source originale dans l’ensemble de ses communications, mémoires, thèses et publications scientifiques (référence princeps : Hoge, 1972).

12. Références

Voici la liste des références bibliographiques fondamentales liées au développement, à la validation et aux applications de l’Échelle de motivation religieuse intrinsèque, présentées selon les normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :

  • Allport, G. W., & Ross, J. M. (1967). Personal religious orientation and prejudice. Journal of Personality and Social Psychology, 5(4), 432–443. https://doi.org/10.1037/h0021212
  • Batson, C. D., Schoenrade, P. A., & Ventis, W. L. (1993). Religion and the individual: A social-psychological perspective. Oxford University Press.
  • Benson, P. L., Dehority, J., Garman, L., Hanson, E., Hochschwender, M., Lebold, C., Rohr, R., & Sullivan, J. (1980). Intrapersonal correlates of nonspontaneous helping behavior. The Journal of Social Psychology, 110(1), 87–95. https://doi.org/10.1080/00224545.1980.9924227
  • Feagin, J. R. (1964). Prejudice and religious types: A focused study of southern fundamentalists. Journal for the Scientific Study of Religion, 4(1), 3–13. https://doi.org/10.2307/1385200
  • Hathaway, W. L., & Pargament, K. I. (1990). Intrinsic religiousness, religious coping, and psychosocial competence: A covariance structure analysis. Journal for the Scientific Study of Religion, 29(4), 423–441. https://doi.org/10.2307/1387311
  • Hoge, D. R. (1972). A validated intrinsic religious motivation scale. Journal for the Scientific Study of Religion, 11(4), 369–376. https://doi.org/10.2307/1384677
  • Hoge, D. R., & Carroll, J. W. (1978). Determinants of commitment and participation in suburban Protestant churches. Journal for the Scientific Study of Religion, 17(2), 107–127. https://doi.org/10.2307/1386151
  • Hunt, R. A., & King, M. (1971). The intrinsic‐extrinsic concept: A review and evaluation. Journal for the Scientific Study of Religion, 10(4), 339–356. https://doi.org/10.2307/1384780
  • Pargament, K. I., Ensing, D. S., Falgout, K., Olsen, H., Reilly, B., Van Haitsma, K., & Warren, R. (1990). God help me: (I) Religious coping efforts as predictors of the outcomes to significant negative life events. American Journal of Community Psychology, 18(6), 793–824. https://doi.org/10.1007/BF00938065
  • Sapp, G. L., & Jones, L. (1986). Religious orientation and moral judgment. Journal for the Scientific Study of Religion, 25(2), 208–214. https://doi.org/10.2307/1385478
  • Spilka, B. (1977). Utilitarianism and personal faith. Journal of Psychology and Theology, 5(3), 226–233. https://doi.org/10.1177/009164717700500305

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

My faith involves all of my life. (Intrinsic)
2

One should seek God's guidance when making every important decision. (Intrinsic}'
3

In my life I experience the presence of the Divine. (Intrinsic) I
4

My faith sometimes restricts my actions. (Intrinsic)
5

Nothing is as important to me as serving God as best I know how. (Intrinsic)
6

I try hard to carry my religion over into all my other dealings in life. (Intrinsic)
7

My religious beliefs are what really lie behind my whole approach to life. (Intrinsic)
8

It doesn't matter so much what I believe as long as I lead a moral life. (Extrinsic)
9

Although I am a religious person, I refuse to let religious considerations influence my everyday affairs. (Extrinsic)
10

Although I believe in my religion, I feel there are many more important things in life. (Extrinsic)
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle de motivation religieuse intrinsèque. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-motivation-religieuse-intrinseque
Looti, Mohammed. “Échelle de motivation religieuse intrinsèque.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-motivation-religieuse-intrinseque.
Looti, Mohammed. “Échelle de motivation religieuse intrinsèque.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-motivation-religieuse-intrinseque.