1. Résumé / Abstract
L’Échelle de la personne hautement sensible (en anglais, Highly Sensitive Person Scale ou HSP Scale) est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour quantifier le niveau de sensibilité du traitement sensoriel (Sensory Processing Sensitivity, SPS) chez les adultes. Élaborée initialement en 1997 par les psychologues chercheurs Elaine N. Aron et Arthur Aron, cette échelle comprend 27 items évalués sur une échelle de Likert en 7 points, allant de 1 (« Pas du tout » / Not at All) à 7 (« Extrêmement » / Extremely), avec un point médian fixé à 4 (« Modérément » / Moderately). Bien que conçue originellement comme une mesure unidimensionnelle reflétant un trait fondamental de tempérament phénotypique, des investigations psychométriques indépendantes subséquentes — notamment les travaux séminaux de Smolewska, McCabe et Woody (2006) — ont mis en évidence une structure tri-factorielle robuste composée de la facilité d’excitation (Ease of Excitation, EOE), du seuil sensoriel bas (Low Sensory Threshold, LST) et de la sensibilité esthétique (Aesthetic Sensitivity, AES).
Sur le plan psychométrique, l’instrument présente une consistance interne globale élevée (avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,85 et 0,89) et une stabilité temporelle satisfaisante au test-retest. La validité convergente et la validité discriminante ont été amplement démontrées par rapport aux cinq grands facteurs de la personnalité (Big Five), attestant que la sensibilité du traitement sensoriel ne se réduit ni au névrosisme, ni à l’introversion, malgré des corrélations modérées observées empiriquement. L’échelle est largement utilisée en recherche fondamentale en neurosciences affectives, en psychologie différentielle, ainsi qu’en pratique clinique pour discriminer les variations tempéramentes physiologiques des troubles psychopathologiques caractérisés par une surcharge sensorielle ou de l’inhibition comportementale.
2. Mots-clés / Keywords
Sensibilité du traitement sensoriel, personne hautement sensible, échelle HSP, Elaine Aron, psychométrie, tempérament, susceptibilité différentielle, seuil sensoriel, neurobiologie différentielle, évaluation de la personnalité.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par :
- Elaine N. Aron, Ph.D. — Chercheuse clinicienne et psychologue, affiliée au Département de psychologie de l’Université d’État de New York à Stony Brook (Stony Brook University, New York, États-Unis). Spécialiste de la psychologie des traits tempéramentaux et conceptrice principale de la théorie du Sensory Processing Sensitivity.
- Arthur Aron, Ph.D. — Professeur émérite de recherche en psychologie sociale et cognitive, affilié au Département de psychologie de l’Université d’État de New York à Stony Brook (Stony Brook University) et chercheur invité à l’Université de Californie à Berkeley (UC Berkeley, États-Unis). Spécialiste de la méthodologie quantitative, des relations interpersonnelles et de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Courriel institutionnel historique :
[email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Highly Sensitive Person Scale (HSP Scale) est d’opérationnaliser et de quantifier de manière empirique et standardisée la sensibilité du traitement sensoriel (SPS). Ce trait phénotypique inné se caractérise par une réactivité neurobiologique accrue face aux stimuli environnementaux, une profondeur de traitement cognitif et sémantique supérieure, ainsi qu’une propension prononcée à la surstimulation psychologique lorsque l’environnement immédiat devient saturé en informations perceptives ou émotionnelles.
Le développement de l’échelle répondait historiquement à la nécessité d’émanciper la haute sensibilité des catégorisations psychopathologiques et des modèles réductionnistes de la personnalité. Avant les travaux pionniers d’Aron et Aron (1997), les individus manifestant une grande réactivité sensorielle, un besoin d’isolement réparateur ou une inhibition face à la nouveauté étaient quasi systématiquement assimilés à des profils cliniquement névrotiques, anxieux, phobiques sociaux ou excessivement introvertis. L’objectif premier des auteurs a donc été d’isoler un construit neurogénétique normal et adaptatif, présent chez environ 15 à 20 % de la population humaine et identifié chez plus d’une centaine d’autres espèces animales.
Dans le domaine de la recherche empirique, la HSP Scale permet d’explorer les corrélats neurofonctionnels et génétiques associés à la réactivité sensorielle. Elle sert de paradigme d’évaluation privilégié au sein des modèles théoriques modernes de l’interaction gène-environnement, tels que la théorie de la sensibilité biologique au contexte (Boyce & Ellis, 2005) et le cadre de la susceptibilité différentielle (Belsky & Pluess, 2009). L’outil permet de vérifier expérimentalement l’hypothèse selon laquelle les personnes hautement sensibles ne sont pas simplement plus vulnérables aux contextes délétères ou traumatiques (effet de diathèse-stress), mais retirent également un bénéfice disproportionné des environnements enrichis, bienveillants ou thérapeutiques (« sensibilité d’épanouissement » ou vantage sensitivity).
Sur le plan des applications cliniques et de l’accompagnement psychologique, l’échelle remplit une fonction diagnostique différentielle majeure. Elle aide les praticiens (psychologues cliniciens, psychiatres, psychothérapeutes) à distinguer les manifestations d’un système nerveux réactif autonome normal d’affections répertoriées dans le DSM, telles que les troubles anxieux généralisés, les troubles du traitement auditif ou sensoriel, l’agoraphobie, le trouble de la personnalité évitante ou les formes légères du spectre autistique. L’administration de l’échelle procure également aux patients une psychoéducation structurée : la reconnaissance de leur profil tempéramental permet de concevoir des aménagements ergonomiques, d’ajuster l’hygiène de vie (gestion de la caféine, aménagement d’espaces de retrait silencieux) et de prévenir l’épuisement professionnel (burnout) causé par des surcharges stimulationnelles chroniques.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’échelle est la Sensibilité du Traitement Sensoriel (Sensory Processing Sensitivity, SPS). Il s’agit d’une dimension fondamentale du tempérament caractérisée par une transmission synaptique accrue, une réactivité du système nerveux central face aux stimuli internes et externes, ainsi qu’un investissement attentionnel soutenu dans l’analyse contextuelle. Sur le plan structural, bien que l’instrument ait été conçu initialement comme unidimensionnel, les modélisations psychométriques actuelles s’accordent principalement sur une articulation en trois sous-dimensions distinctes mais corrélées, formalisées par Smolewska et ses collaborateurs (2006) :
Facilité d’excitation (Ease of Excitation – EOE)
Cette composante capture la propension d’un individu à être rapidement submergé ou submergée sur le plan émotionnel et psychique par des sollicitations simultanées, qu’elles soient d’origine externe (environnements chaotiques, contraintes de temps, situations multitâches) ou interne (exigences de performance, pression introspective). Les personnes présentant des scores élevés sur ce facteur éprouvent une déstabilisation cognitive marquée lorsqu’elles doivent accomplir des tâches complexes sous observation ou en situation de compétition. Des items emblématiques comme « Are you annoyed when people try to get you to do too many things at once? » ou « Do you get rattled when you have a lot to do in a short amount of time? » illustrent cette vulnérabilité fonctionnelle face à l’accélération cognitive imposée par le monde extérieur.
Seuil sensoriel bas (Low Sensory Threshold – LST)
Le seuil sensoriel bas reflète la susceptibilité physiologique et l’inconfort somatosensoriel suscités par des stimuli sensoriels intenses, intrusifs ou physiquement discordants. Cette sous-dimension concerne directement les organes des sens et les voies thalamo-corticales chargées du filtrage des stimuli afférents. Elle s’évalue au travers de la réactivité disproportionnée aux stimuli lumineux éblouissants, aux bruits assourdissants, aux textures textiles abrasives, aux fragrances chimiques pénétrantes ou à la sensibilité nociceptive (douleur corporelle). Les items typiques de ce domaine incluent : « Are you easily overwhelmed by things like bright lights, strong smells, coarse fabrics, or sirens close by? » et « Do you tend to be more sensitive to pain? ». Contrairement à un déficit d’acuité sensorielle, il s’agit d’une amplification de la perception au niveau neural central.
Sensibilité esthétique (Aesthetic Sensitivity – AES)
La sensibilité esthétique renvoie à la capacité fine d’appréciation perceptuelle et à la résonance émotionnelle profonde face aux nuances subtiles de l’environnement, qu’il s’agisse des œuvres artistiques, de la création musicale, des saveurs gastronomiques, des odeurs naturelles délicates ou de la vie intérieure introspective. Cette dimension positive met en exergue les potentialités adaptatives et hédoniques du trait. Les personnes caractérisées par une haute sensibilité esthétique possèdent une vie imaginaire et cognitive particulièrement élaborée (« Do you have a rich, complex inner life? ») et manifestent une sensibilité émotionnelle intense face à l’art et à la beauté scénique (« Are you deeply moved by the arts or music? »). Ce facteur montre généralement des corrélations positives avec le domaine de l’Ouverture à l’expérience du modèle des Big Five.
Le modèle théorique intégratif : L’acronyme DOES
Dans la littérature contemporaine (Aron, Aron, & Jagiellowicz, 2012), ces manifestations sont regroupées au sein du modèle heuristique « DOES », qui résume les quatre piliers constitutifs du construit :
- D (Depth of Processing) : Traitement en profondeur de l’information, caractérisé par une activité accrue des régions cérébrales impliquées dans la mémoire de travail et le traitement sémantique approfondi ;
- O (Overstimulation) : Risque permanent de surstimulation cognitive et physiologique lorsque la charge perceptive dépasse les capacités de métabolisation du système nerveux ;
- E (Emotional Reactivity & Empathy) : Réactivité émotionnelle amplifiée aux événements positifs comme négatifs, couplée à un haut niveau d’empathie soutenu par le système des neurones miroirs ;
- S (Sensing the Subtle) : Détection spontanée des détails minuscules, des variations d’ambiance ou des signaux non verbaux subtils imperceptibles pour autrui.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique au fondement de l’Échelle de la personne hautement sensible s’enracine au confluent de la psychologie différentielle, de l’éthologie comparée et des théories évolutionnistes du tempérament. Historiquement, Elaine et Arthur Aron se sont appuyés sur les concepts fondateurs de Carl Gustav Jung concernant la « sensibilité innée » (innate sensitivity) et la disposition introspective, ainsi que sur les paradigmes psychobiologiques d’Ivan Pavlov relatifs aux seuils de tolérance corticale (inhibition protectrice ultra-limite) et de Jeffrey Gray portant sur le système d’inhibition comportementale (Behavioral Inhibition System, BIS).
Selon le modèle pavlovien repris par H.J. Eysenck, les individus possèdent des niveaux basaux d’éveil cortical (arousal) génétiquement configurés. Chez les individus hautement sensibles, le seuil de bascule entre l’excitation optimale et l’inhibition transmarginale protectrice est abaissé. Face à des niveaux de stimulation modérés à élevés, leur cortex cérébral atteint promptement un état de saturation qui déclenche une détresse homéostatique et un besoin impérieux de retrait somatosensoriel.
Au niveau évolutionniste et écologique, le cadre du SPS postule que la persistance de cette caractéristique chez environ 20 % des individus de multiples taxons animaux résulte d’une stratégie adaptative équilibrée (frequency-dependent selection). Tandis que la majorité de la population (80 %) adopte une stratégie d’exploration rapide et audacieuse (axée sur la prise de risque minimale en traitement cognitif et l’immédiateté comportementale), la minorité sensible privilégie une stratégie de temporisation, d’observation minutieuse, d’anticipation des risques et de détection des opportunités cachées (« pause-to-check system »). Cette bipolarité comportementale garantit la survie et la résilience du groupe face à des fluctuations environnementales imprévues.
Récemment, le cadre théorique a été enrichi par les neurosciences comportementales et la génétique moléculaire. Les travaux de neuro-imagerie fonctionnelle (IRMf) menés par Acevedo et al. (2014, 2018) démontrent que les scores à la HSP Scale corrèlent significativement avec un afflux sanguin et une activation fonctionnelle accrus dans des structures cérébrales clés :
- Le cortex insulaire (insula antérieure), centre névralgique de l’intégration intéroceptive et de la conscience subjective des états corporels et affectifs ;
- Le cortex cingulaire antérieur (ACC), impliqué dans la détection des conflits, la régulation de l’attention et le traitement de la douleur physique et sociale ;
- Le gyrus frontal inférieur et les zones intégrant le système des neurones miroirs, sous-tendant la résonance empathique et la contagion affective face aux mimiques d’autrui.
Enfin, le cadre théorique s’articule directement avec la théorie de la susceptibilité différentielle de Jay Belsky et Michael Pluess (2009). Contrairement au modèle médicalisé classique du « risque » ou de la « vulnérabilité », les personnes hautement sensibles ne sont pas intrinsèquement fragiles ou prédestinées à l’anxiété : elles fonctionnent comme des « enfants orchidées » (en opposition aux « pissenlits » robustes), extraordinairement réceptives à l’impact de leur milieu de développement, subissant un préjudice majeur en contexte toxique, mais atteignant un niveau exceptionnel d’ajustement socio-émotionnel en milieu stimulant et sécure.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de la HSP Scale ont fait l’objet de vérifications approfondies à travers divers échantillons internationaux, confirmant des niveaux élevés de validité de construit, de validité convergente et de validité discriminante.
Validité de construit et validité convergente
Dans l’étude princeps d’Aron et Aron (1997), la validité convergente a été démontrée par des corrélations positives statistiquement significatives avec le névrosisme (valeurs de r variant entre 0,35 et 0,55 selon les échantillons), l’émotivité négative, ainsi que des scores élevés au questionnaire d’inhibition comportementale (BIS de Carver & White). Parallèlement, des corrélations modérées ont été relevées avec l’introversion de l’inventaire des Big Five. Toutefois, Aron et Aron ont formellement prouvé que le trait de sensibilité ne se résume pas à l’introversion : environ 30 % des individus classifiés comme hautement sensibles au test obtiennent des scores indiquant une extraversion comportementale et sociale, bien qu’ils conservent un besoin élevé de régulation sensorielle.
Des recherches ultérieures (Lionetti et al., 2018 ; Greven et al., 2019) ont confirmé que le sous-facteur de Sensibilité esthétique (AES) présente une corrélation forte et univoque avec la dimension d’Ouverture à l’expérience (r ≈ 0,35 à 0,48, p < 0,001), validant l’ancrage créatif et perceptif du construit en dehors du registre des affects négatifs.
Validité discriminante
La validité discriminante a été rigoureusement analysée afin d’assurer que l’échelle ne constitue pas un duplicata masqué du névrosisme ou de la psychopathologie sous-jacente. Lors de régressions multiples contrôlant pour le névrosisme et l’affectivité négative, la HSP Scale continue de prédire de façon indépendante et statistiquement significative des variables critiques telles que la détresse somatique, les temps de réaction perceptuelle accrus face à des stimuli subtils et la réactivité physiologique au stress mesurée par la conductance cutanée ou la variabilité de la fréquence cardiaque (Aron & Aron, 1997 ; Benham, 2006).
De plus, l’échelle discrimine de façon nette la sensibilité générale des profils d’anhédonie, d’alexithymie ou des perturbations du spectre de l’autisme : si les sujets avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA) rapportent fréquemment une hyperréactivité sensorielle assimilable au facteur Low Sensory Threshold, ils obtiennent typiquement des scores nettement inférieurs sur les mesures d’empathie cognitive et affective couplées à l’échelle HSP, tandis que les individus hautement sensibles présentent une activation empathique supérieure à la moyenne (Liss et al., 2008).
Validité prédictive
En laboratoire, la validité prédictive de la HSP Scale a été objectivée par des protocoles expérimentaux d’apprentissage visuel et de détection de signaux. Gerstenberg (2012) a démontré que les participants obtenant des scores élevés à l’échelle HSP détectaient plus rapidement et avec significativement moins d’erreurs des altérations subtiles apportées à des scènes visuelles complexes, tout en manifestant une fatigue cognitive mesurable plus précoce que les participants non sensibles, corroborant avec précision le compromis performance-surstimulation postulé par la théorie.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la Highly Sensitive Person Scale a été solidement documentée dans une multiplicité d’études psychométriques, tant anglophones qu’internationales (adaptations allemande, néerlandaise, espagnole, italienne, japonaise et française).
Consistance interne
L’homogénéité globale de l’instrument s’avère remarquable :
- Dans les cohortes princeps d’Aron et Aron (1997) comprenant plusieurs échantillons d’étudiants et d’adultes en population générale, le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 27 items oscillait entre 0,85 et 0,87.
- L’analyse factorielle de Smolewska et al. (2006) portant sur 851 participants a rapporté un alpha global de 0,89, confirmant une excellente cohérence interne générale. Les coefficients des trois sous-échelles dérivées ont mis en évidence une consistance acceptable à bonne : 0,81 pour la Facilité d’excitation (EOE), 0,78 pour le Seuil sensoriel bas (LST), et 0,72 pour la Sensibilité esthétique (AES).
- L’étude de méta-validation transnationale conduite par Lionetti et al. (2018) sur plus de 3 000 participants a rapporté des indices oméga de McDonald (ω) robustes, généralement supérieurs à 0,84 pour le score total de l’échelle.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle de la HSP Scale confirme la nature dispositionnelle et tempéramentale du construit, invariant face aux fluctuations quotidiennes de l’humeur :
- Sur un intervalle temporel de plusieurs semaines, Aron et Aron (1997) ont rapporté un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,85 (p < 0,001).
- Des études longitudinales étalées sur des périodes de six mois à un an (Greven et al., 2019) ont confirmé le maintien d’une corrélation test-retest élevée (r > 0,75), démontrant que l’échelle évalue un trait tempéramental stable plutôt qu’un état passager de détresse circonstancielle.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La dimensionnalité de la Highly Sensitive Person Scale a généré un débat méthodologique substantiel dans le champ de la psychométrie contemporaine. Si Elaine Aron postulait initialement une structure fondamentalement unidimensionnelle — le score composite total étant censé représenter la force d’activation du trait SPS —, les analyses statistiques modernes ont nuancé cette modélisation.
Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Dans la première grande réévaluation factorielle de l’instrument, Smolewska, McCabe et Woody (2006) ont soumis les 27 items de la HSP Scale à une analyse factorielle exploratoire par extraction en axes principaux avec rotation oblique (Promax). Leurs résultats ont réfuté l’hypothèse de l’unidimensionnalité stricte en faveur d’une structure à 3 facteurs expliquant une part prépondérante de la variance commune :
- Facteur 1 : Facilité d’excitation (EOE) — Regroupe 12 items (notamment les items 13, 14, 16, 17, 19, 21, 23, 24, 26) reflétant le sentiment de submersion mentale face à la surcharge opérationnelle et sensorielle (charges factorielles oscillant entre 0,42 et 0,69).
- Facteur 2 : Seuil sensoriel bas (LST) — Regroupe 6 items (notamment les items 1, 7, 9, 11, 25) ciblant l’aversion physique directe et l’inconfort immédiat provoqués par des stimuli intenses tels que les lumières violentes, le vacarme ou les odeurs fortes (charges factorielles entre 0,45 et 0,74).
- Facteur 3 : Sensibilité esthétique (AES) — Regroupe 7 items (items 2, 8, 10, 15, 22) mesurant l’attention portée aux nuances artistiques, aux goûts subtils et la richesse du monde intérieur (charges factorielles entre 0,38 et 0,68).
Deux items de la version princeps (notamment l’item 4 relatif à la sensibilité à la douleur et l’item 12 relatif à la conscience morale/conscienciosité) présentaient des saturations plus faibles ou transversales selon les modèles d’extraction.
Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) et modèles bifactoriels
Les investigations ultérieures recourant à l’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) ont comparé plusieurs modèles compétitifs : un modèle unifactoriel, un modèle à trois facteurs corrélés et un modèle bifactoriel (bi-factor model).
L’étude menée par Lionetti et al. (2018) a démontré qu’un modèle bifactoriel — postulant un facteur général sous-jacent de sensibilité du traitement sensoriel capturant la variance commune à l’ensemble des items, superposé à trois facteurs spécifiques résiduels (EOE, LST, AES) — offrait les meilleurs indices d’ajustement aux données empiriques :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,93 ;
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,91 ;
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,05 (IC 90 % [0,042, 0,054]) ;
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) < 0,05.
Cette validation du modèle bifactoriel légitime d’un point de vue statistique la pratique des chercheurs consistant à utiliser à la fois un score total composite pour situer le niveau global de sensibilité d’un individu et des scores sous-dimensionnels pour affiner son profil clinique ou comportemental spécifique.
10. Instrument de mesure / Instrument
Les caractéristiques techniques et les paramètres de passation de l’instrument se déclinent comme suit :
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation individuelle).
- Format d’administration : Papier-crayon ou version numérique informatisée en ligne.
- Population cible : Adultes (âgés de 18 ans et plus). Pour les enfants et adolescents, une échelle spécifique adaptée (la Highly Sensitive Child Scale / HSC Scale) a été ultérieurement calibrée par Pluess et al. (2018).
- Nombre total d’items : 27 questions formulées sous forme interrogative directe.
- Échelle de cotation des réponses : Échelle de type Likert en 7 points :
- 1 = Not at All (Pas du tout)
- 2 = Sans étiquette textuelle intermédiaire
- 3 = Sans étiquette textuelle intermédiaire
- 4 = Moderately (Modérément)
- 5 = Sans étiquette textuelle intermédiaire
- 6 = Sans étiquette textuelle intermédiaire
- 7 = Extremely (Extrêmement)
- Durée moyenne de passation : Environ 7 à 12 minutes.
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Tous les items sont cotés de manière directe (aucun item n’exige d’inversion numérique de cotation selon le barème original).
- Le score global peut être obtenu soit par la sommation arithmétique directe des 27 items (score total allant de 27 à 189 points), soit par le calcul de la moyenne arithmétique globale (score variant de 1,00 à 7,00).
- Les scores dimensionnels de Smolewska et al. (2006) peuvent être calculés en moyennant les items affiliés à chaque sous-facteur (EOE, LST, AES).
- Seuils interprétatifs et catégorisation :
- Dans la pratique grand public vulgarisée originelle, un décompte d’au moins 14 items évalués au-dessus du point médian indiquait une forte probabilité d’appartenir au phénotype hautement sensible.
- Dans la recherche psychométrique contemporaine (Lionetti et al., 2018), l’approche par analyse de profil latent (Latent Class Analysis) répartit la population en trois groupes distributionnels selon une taxonomie continue : la « sensibilité basse » (Dandelions / Pissenlits, ~30 % de la population), la « sensibilité moyenne » (Tulips / Tulipes, ~40 % de la population), et la « haute sensibilité » (Orchids / Orchidées, ~30 % de la population supérieure, se situant usuellement au-delà d’une moyenne de 4,66 à 5,00 sur l’échelle de 7 points).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Échelle de la personne hautement sensible a été initialement publiée en 1997 dans la prestigieuse revue académique Journal of Personality and Social Psychology par l’American Psychological Association (APA).
Conditions d’utilisation et droits d’auteur :
- Droits d’auteur (Copyright) : © 1997 Elaine N. Aron, Ph.D. Tous droits réservés.
- Tarification et recherche académique : L’instrument est accessible gratuitement pour la recherche scientifique non commerciale, les travaux universitaires, les thèses doctorales et l’auto-évaluation individuelle réflexive. L’auteure autorise gracieusement la reproduction du questionnaire à des fins d’investigation académique à condition de citer fidèlement la source originelle de 1997.
- Utilisation commerciale, institutionnelle ou lucrative : Toute intégration de l’instrument au sein d’applications logicielles commerciales, de plateformes payantes d’évaluation des ressources humaines, de programmes de formation professionnelle ou d’éditions imprimées commerciales requiert une demande formelle d’autorisation auprès de l’auteure (contact :
[email protected]ou via le site officiel de recherche sur la haute sensibilité).
12. Références / References
Ci-dessous les références scientifiques majeures en style APA 7e édition documentant la métrologie et les fondements théoriques de l’échelle :
- Acevedo, B. P., Aron, E. N., Aron, A., Sangster, M. D., Collins, N., & Brown, L. L. (2014). The highly sensitive brain: An fMRI study of sensory processing sensitivity and response to others’ emotional states. Brain and Behavior, 4(4), 580–594. https://doi.org/10.1002/brb3.242
- Aron, E. N., & Aron, A. (1997). Sensory-processing sensitivity and its relation to introversion and emotionality. Journal of Personality and Social Psychology, 73(2), 345–368. https://doi.org/10.1037/0022-3514.73.2.345
- Aron, E. N., Aron, A., & Jagiellowicz, J. (2012). Sensory processing sensitivity: A review in the light of the evolution of biological responsivity. Personality and Social Psychology Review, 16(3), 262–282. https://doi.org/10.1177/1088868311434213
- Belsky, J., & Pluess, M. (2009). Beyond diathesis stress: Differential susceptibility to environmental influences. Psychological Bulletin, 135(6), 885–908. https://doi.org/10.1037/a0017376
- Benham, G. (2006). The highly sensitive person: Stress and physical symptom reports. Personality and Individual Differences, 40(7), 1433–1440. https://doi.org/10.1016/j.paid.2005.11.021
- Boyce, W. T., & Ellis, B. J. (2005). Biological sensitivity to context: I. An evolutionary-developmental theory of the origins and functions of stress reactivity. Development and Psychopathology, 17(2), 271–301. https://doi.org/10.1017/S0954579405050145
- Gerstenberg, F. X. (2012). Sensory-processing sensitivity predicts performance on a visual search task followed by severe decrease. Personality and Individual Differences, 53(8), 966–972. https://doi.org/10.1016/j.paid.2012.07.001
- Greven, C. U., Lionetti, F., Booth, C., Aron, E. N., Fox, E., Schendan, H. E., Pluess, M., Bruining, H., Acevedo, B., Bijttebier, P., & Homberg, J. (2019). Sensory Processing Sensitivity in the context of Environmental Sensitivity: A critical review and agenda for research. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 98, 287–305. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2019.01.009
- Lionetti, F., Aron, A., Aron, E. N., Burns, G. L., Jagiellowicz, J., & Pluess, M. (2018). Dandelions, tulips and orchids: Evidence for the existence of low-sensitive, medium-sensitive and high-sensitive individuals. Translational Psychiatry, 8(1), Article 24. https://doi.org/10.1038/s41398-017-0061-4
- Liss, M., Mailloux, J., & Erchull, M. J. (2008). The relationships among sensory processing sensitivity, alexithymia, autism, depression, and anxiety. Personality and Individual Differences, 45(3), 255–259. https://doi.org/10.1016/j.paid.2008.04.009
- Pluess, M., Assary, E., Lionetti, F., Lester, K. J., Krapohl, E., Aron, E. N., & Aron, A. (2018). Environmental sensitivity in children: Development of the Highly Sensitive Child Scale and examine of cross-sectional and longitudinal associations with personality and mental health. Development and Psychopathology, 30(2), 643–663. https://doi.org/10.1017/S0954579417001104
- Smolewska, K. A., McCabe, S. B., & Woody, E. Z. (2006). A psychometric evaluation of the Highly Sensitive Person Scale: The components of sensory-processing sensitivity and their relation to the FLASH model of personality. Personality and Individual Differences, 40(6), 1269–1279. https://doi.org/10.1016/j.paid.2005.09.022
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
INSTRUCTIONS: This questionnaire is completely anonymous and confidential. Answer each question according to the way you personally feel, using the following scale:
1 = Not at All
2
3
4 = Moderately
5
6
7 = Extremely
- Are you easily overwhelmed by strong sensory input?
- Do you seem to be aware of subtleties in your environment?
- Do other people’s moods affect you?
- Do you tend to be more sensitive to pain?
- Do you find yourself needing to withdraw during busy days, into bed or into a darkened room or any place where you can have some privacy and relief from stimulation?
- Are you particularly sensitive to the effects of caffeine?
- Are you easily overwhelmed by things like bright lights, strong smells, coarse fabrics, or sirens close by?
- Do you have a rich, complex inner life?
- Are you made uncomfortable by loud noises?
- Are you deeply moved by the arts or music?
- Does your nervous system sometimes feel so frazzled that you just have to go off by yourself?
- Are you conscientious?
- Do you startle easily?
- Do you get rattled when you have a lot to do in a short amount of time?
- When people are uncomfortable in a physical environment do you tend to know what needs to be done to make it more comfortable (like changing the lighting or the seating)?
- Are you annoyed when people try to get you to do too many things at once?
- Do you try hard to avoid making mistakes or forgetting things?
- Do you make a point to avoid violent movies and TV shows?
- Do you become unpleasantly aroused when a lot is going on around you?
- Does being very hungry create a strong reaction in you, disrupting your concentration or mood?
- Do changes in your life shake you up?
- Do you notice and enjoy delicate or fine scents, tastes, sounds, works of art?
- Do you find it unpleasant to have a lot going on at once?
- Do you make it a high priority to arrange your life to avoid upsetting or overwhelming situations?
- Are you bothered by intense stimuli, like loud noises or chaotic scenes?
- When you must compete or be observed while performing a task, do you become so nervous or shaky that you do much worse than you would otherwise?
- When you were a child, did parents or teachers seem to see you as sensitive or shy?