1. Résumé
L’Échelle de l’orgasme féminin (Female Orgasm Scale ou FOS), développée par Alexandra McIntyre-Smith et William A. Fisher à l’Université de Western Ontario, est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour évaluer avec précision la régularité de l’orgasme chez la femme au cours de diverses activités sexuelles partagées, ainsi que le niveau de satisfaction globale associé à la fréquence et à la qualité des orgasmes. Contrairement aux outils traditionnels évaluant la sexualité de manière unidimensionnelle ou focalisés quasi exclusivement sur la pénétration vaginale, la FOS se distingue par son approche contextualisée, tenant compte des diverses voies de stimulation érotique (pénétration vaginale isolée, pénétration associée à une stimulation clitoridienne directe, stimulation manuelle par le partenaire, auto-stimulation en présence du partenaire et stimulation orale).
L’échelle comprend un total de sept items. Les cinq premiers items quantifient la fréquence de l’orgasme selon le type de pratique sur une échelle d’estimation en pourcentages à 11 points (allant de 0 % à 100 %, par incréments de 10 %), assortie d’une option « Ne s’applique pas à moi » évitant la confusion méthodologique entre l’absence d’orgasme et l’inactivité comportementale. Les items 6 et 7 évaluent respectivement la satisfaction subjective quant au nombre et à la qualité globale des expériences orgasmiques à l’aide d’une échelle de type Likert en 7 points (allant de 1 = « Très insatisfaite » à 7 = « Très satisfaite »). Sur le plan psychométrique, la FOS a été validée à travers un processus itératif rigoureux en trois phases successives auprès d’échantillons universitaires féminins (N = 198, N = 242 et N = 211). Les analyses ont révélé deux sous-échelles distinctes : « Orgasme par stimulation clitoridienne » (items 2 à 5) et « Satisfaction liée à l’orgasme » (items 6 et 7), l’item 1 évaluant la pénétration vaginale isolée.
Les propriétés psychométriques de l’instrument s’avèrent robustes : la consistance interne est solide pour l’échelle globale (α de Cronbach compris entre 0,84 et 0,86) comme pour les dimensions spécifiques (α = 0,81 à 0,82 pour la stimulation clitoridienne ; α = 0,72 à 0,90 pour la satisfaction). La stabilité temporelle test-retest à quatre semaines est remarquable (r = 0,82 pour le score total). La validité convergente est démontrée par de fortes corrélations avec le domaine orgasmique du Female Sexual Function Index (FSFI ; r = 0,71), tandis que la validité discriminante est établie par l’absence d’association significative avec les mesures de désirabilité sociale (échelle de Marlowe-Crowne), d’anxiété et de dépression (DASS-21). La FOS constitue un outil précieux, tant en sexologie clinique que dans les recherches en psychologie de la sexualité.
2. Mots-clés
Échelle de l’orgasme féminin, Female Orgasm Scale, psychométrie, sexualité féminine, satisfaction sexuelle, stimulation clitoridienne, pénétration vaginale, consistance orgasmique, évaluation sexologique, validité factorielle.
3. Auteurs
L’Échelle de l’orgasme féminin a été conçue et validée par les chercheurs suivants :
- Alexandra McIntyre-Smith, Ph.D. : Chercheuse et psychologue clinicienne affiliée au Département de psychologie de l’Université de Western Ontario (London, Ontario, Canada). Adresse électronique institutionnelle / de correspondance : [email protected].
- William A. Fisher, Ph.D. : Professeur émérite distingué de psychologie et d’obstétrique et gynécologie à l’Université de Western Ontario. Figure majeure de la recherche internationale sur la santé sexuelle, le comportement préventif et les dysfonctions sexuelles. Adresse électronique : [email protected].
Affiliation institutionnelle commune : Department of Psychology, The University of Western Ontario, London, Ontario, Canada N6A 5C2.
4. Objectif
L’objectif premier de la Female Orgasm Scale (FOS) est de pallier les insuffisances méthodologiques, conceptuelles et cliniques récurrentes dans l’évaluation de la réponse orgasmique chez la femme. Historiquement, la recherche biomédicale et sexologique a souvent appréhendé l’orgasme féminin à travers le prisme exclusif ou prédominant du coït vaginal hétérosexuel, véhiculant le mythe selon lequel la pénétration sans stimulation clitoridienne directe constituerait le standard normatif de la réussite orgasmique. Ce biais théorique a conduit à une pathologisation indue de nombreuses femmes éprouvant des difficultés à atteindre l’acmé par la seule pénétration, tout en sous-estimant la pluralité des trajectoires physiologiques et relationnelles menant à la satisfaction érotique.
La FOS répond à ces enjeux en introduisant une mesure différentielle de la consistance orgasmique. Elle quantifie le pourcentage de survenue de l’orgasme selon des répertoires comportementaux précis, vécus en partenariat :
- La pénétration vaginale isolée (sans stimulation clitoridienne directe concurrente) ;
- La pénétration combinée à une stimulation clitoridienne directe ;
- La stimulation manuelle des organes génitaux et/ou du clitoris dispensée par le ou la partenaire ;
- L’auto-stimulation manuelle des organes génitaux/clitoris réalisée en présence du partenaire ;
- La stimulation orale (cunnilingus) prodiguée par le partenaire.
En complément de ces mesures comportementales quantitatives, l’instrument incorpore une composante évaluative mesurant la satisfaction subjective de la femme envers la fréquence et la qualité physiologique et émotionnelle de ses orgasmes. Cette distinction est cruciale sur le plan théorique et clinique : une fréquence orgasmique statistiquement modérée peut s’accompagner d’une satisfaction sexuelle optimale, tout comme une régularité élevée peut coexister avec une insatisfaction qualitative (orgasmes perçus comme mécaniques, anxiogènes ou déconnectés de l’intimité relationnelle).
Dans le domaine de la recherche empirique, la FOS permet d’explorer finement les déterminants biopsychosociaux de la fonction sexuelle, d’évaluer l’impact des croyances genrées, de l’anxiété de performance ou de la communication de couple sur l’expérience orgasmique. En pratique clinique et sexothérapeutique, l’échelle sert d’outil diagnostique initial et d’indicateur de suivi thérapeutique. Elle permet d’identifier si les difficultés orgasmiques relèvent d’un trouble généralisé de l’inhibition du réflexe orgasmique (anorgasmie primaire ou secondaire généralisée) ou d’un manque de stimulations adaptées (notamment le déficit de stimulation clitoridienne directe, souvent remédié par l’éducation sexuelle et la modification des scénarios érotiques du couple).
5. Construit psychologique
Le construit théorique opérationnalisé par la FOS repose sur la conceptualisation multidimensionnelle de l’expérience orgasmique féminine en contexte de couple. Il ne s’agit pas d’une entité binaire monolithique (présence versus absence d’orgasme), mais d’une dynamique continue articulant réactivité corporelle situationnelle et appréciation cognitive et affective.
Dimension 1 : Fréquence comportementale différentielle et contingence stimulatoire
Cette composante explore la sensibilité orgasmique en fonction des sources d’afférences nerveuses et des modalités érotiques partagées. La neuroanatomie sexuelle moderne a largement documenté le rôle central du complexe clitoridien (incluant les bulbes vestibulaires, les piliers et le gland) dans le déclenchement de la cascade orgasmique féminine. L’échelle sépare distinctement :
- L’orgasme coïtal exclusif : Évalué par l’item 1, il mesure la propension à atteindre l’orgasme via les forces de friction, de pression et de traction exercées par le pénis sur le vagin et indirectement sur les structures clitoridiennes profondes, sans manipulation directe.
- L’orgasme par stimulation clitoridienne directe et combinée : Représenté par les items 2 à 5, ce construit sous-jacent regroupe la stimulation clitoridienne concomitante au coït, la stimulation manuelle ou orale par le partenaire, et l’auto-stimulation partagée. Cette dimension capture la plasticité érotique et la flexibilité comportementale au sein de la relation sexuelle. L’inclusion explicite de l’auto-stimulation en présence du partenaire constitue un apport conceptuel majeur, reflétant l’autonomie érotique, l’affirmation de soi et la désinhibition au sein du lien dyadique.
Dimension 2 : Satisfaction évaluative et résonance qualitative
L’expérience orgasmique ne saurait être réduite à un décompte d’événements physiologiques. Le modèle théorique de la FOS postule que le bien-être sexuel découle de l’interprétation subjective que la femme fait de sa vie érotique. La sous-échelle de satisfaction (items 6 et 7) évalue :
- La satisfaction quantitative : L’adéquation perçue entre le nombre effectif d’orgasmes obtenus et les attentes personnelles ou relationnelles de l’individu.
- La satisfaction qualitative : La plénitude phénoménologique de l’orgasme, englobant l’intensité des contractions musculaires pelviennes, la décharge émotionnelle, le relâchement somatique et le sentiment de connexion intime avec le partenaire.
Résolution du biais méthodologique d’inapplicabilité
Une innovation psychométrique notable de la FOS réside dans la séparation rigoureuse entre un taux d’orgasme nul (0 %) et la non-pratique du comportement (« Ne s’applique pas à moi »). Dans les échelles antérieures, une femme ne pratiquant jamais le cunnilingus avec son partenaire était contrainte de répondre « 0 % » ou « Jamais », ce qui faussait les scores en assimilant faussement l’inactivité comportementale à une incapacité orgasmique (anorgasmie). La FOS permet ainsi d’isoler la capacité orgasmique réelle pour chaque modalité érotique effectivement explorée.
6. Cadre théorique
L’élaboration de l’Échelle de l’orgasme féminin s’inscrit au carrefour de plusieurs cadres théoriques majeurs de la sexologie contemporaine, de la psychologie de la santé et des théories féministes de la corporéité.
Le modèle biopsychosocial de la fonction sexuelle
La FOS s’enracine dans la perspective biopsychosociale promue par des auteurs tels que George L. Engel et adaptée à la sexologie par Sandra Leiblum et Raymond Rosen. Ce cadre postule que la réponse sexuelle humaine résulte de l’interaction constante entre les substrats neurophysiologiques (vascularisation pelvienne, innervation pudendale et pelvienne), les facteurs cognitivo-émotionnels (schémas sexuels, anxiété d’évaluation, focalisation attentionnelle) et le contexte relationnel (qualité de la communication intime, sécurité d’attachement). En évaluant l’orgasme dans le cadre explicite des activités de partenariat, la FOS positionne l’acmé sexuelle comme un événement éminemment relationnel et contextuel, s’éloignant des modèles strictement mécanistes inspirés de Master et Johnson.
La déconstruction de la hiérarchie coïtocentrique
Sur le plan sociocognitif et féministe, l’instrument prend appui sur les critiques formulées dès la seconde moitié du XXe siècle par des chercheuses telles qu’Anne Koedt (« Le mythe de l’orgasme vaginal », 1970) et consolidées par les travaux contemporains d’Elisabeth Lloyd ou de Leonore Tiefer. Ces théoriciennes ont démontré que la valorisation exclusive de l’orgasme coïtal sans appui clitoridien direct constitue un artefact culturel hétéronormatif plus qu’une réalité biologique. La structure même de la FOS opérationnalise cette déconstruction en accordant une place prépondérante et différenciée aux voies de stimulation clitoridienne (manuelle, orale, auto-induite). L’échelle valide ainsi la pluralité des stimulations requises pour atteindre l’orgasme comme des variations physiologiques normatives et saines.
Théories de la satisfaction sexuelle et de l’écart perçu
La dimension évaluative de la FOS s’appuie sur la théorie de la divergence des attentes sexuelles (Expectancy Discrepancy Model). Selon ce modèle, la détresse ou la satisfaction sexuelle ne dépend pas directement de la fréquence brute des orgasmes, mais de la congruence entre les expériences vécues et le niveau d’aspiration personnel. En distinguant la consistance comportementale (items 1 à 5) du sentiment subjectif de satisfaction (items 6 et 7), McIntyre-Smith et Fisher permettent aux chercheurs d’étudier les médiateurs psychologiques reliant la performance sexuelle perçue au bien-être psychologique global.
7. Validité
La validité psychométrique de la Female Orgasm Scale a fait l’objet d’évaluations empiriques approfondies lors de sa phase de conception, démontrant des qualités de mesure élevées.
Validité de construit et processus de sélection des items
La validité de contenu et de construit a été assurée via une démarche séquentielle itérative menée auprès de trois échantillons universitaires indépendants (N = 198, N = 242 et N = 211 femmes hétérosexuellement actives, âgées de 17 à 49 ans). Les items initiaux (au nombre de 17) ont été éliminés ou reformulés selon des critères psychométriques stricts (Netemeyer et al., 2003 ; Streiner & Norman, 2008) : restriction d’étendue (taux d’endossement supérieur à 50 % sur une seule modalité), corrélations inter-items faibles (r < 0,30), corrélations item-total corrigées insuffisantes (r < 0,30), saturations croisées sur des facteurs non ciblés (> 0,35) et faible niveau de communauté (< 0,30). Sept items hautement discriminants et conceptuellement représentatifs ont ainsi été retenus.
Validité convergente
La validité convergente a été établie en comparant la FOS aux dimensions correspondantes de l’indice de référence international, le Female Sexual Function Index (FSFI ; Rosen et al., 2000) :
- Une corrélation linéaire très élevée a été observée entre le score global de la FOS et la sous-échelle « Orgasme » du FSFI (r = 0,71, p < 0,001), confirmant que l’instrument capte fidèlement le construit central de la fonctionnalité orgasmique.
- Des corrélations positives modérées à substantielles ont été mesurées avec le score total du FSFI ainsi qu’avec ses autres sous-domaines (lubrification, excitation, satisfaction, absence de douleur), avec des coefficients oscillant entre r = 0,20 et r = 0,55.
- La sous-échelle « Satisfaction liée à l’orgasme » de la FOS présente une corrélation significative et convergente avec la sous-échelle « Satisfaction » du FSFI (r = 0,31, p < 0,01).
- En revanche, la corrélation avec la sous-échelle « Désir » du FSFI s’est avérée non significative, ce qui soutient théoriquement l’indépendance relative entre l’appétence sexuelle motivationnelle et la mécanique orgasmique effective.
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée par l’absence d’association statistiquement significative entre les scores de la FOS (échelle totale, sous-échelles et items individuels) et des construits psychologiques théoriquement indépendants :
- La désirabilité sociale, évaluée via l’échelle de Marlowe-Crowne (Marlowe-Crowne Social Desirability Scale ; Crowne & Marlowe, 1964), n’a montré aucune corrélation avec la FOS, attestant que les réponses des participantes ne sont pas biaisées par le besoin d’approbation sociale ou de conformisme vertueux face à des questions intimes.
- Les mesures d’affect négatif, de détresse psychologique générale, d’anxiété et d’humeur dépressive issues du DASS-21 (Henry & Crawford, 2005) n’ont révélé aucune corrélation significative avec les scores de consistance orgasmique, confirmant la spécificité de la FOS à l’égard de la sphère somato-sexuelle.
8. Fidélité
La fidélité de l’Échelle de l’orgasme féminin a été attestée par des indices de consistance interne et de stabilité temporelle répondant aux standards méthodologiques les plus rigoureux de la psychométrie appliquée.
Consistance interne
À travers les trois études de développement et de validation, la consistance interne de l’instrument s’est révélée robuste :
- Échelle globale : Les coefficients alpha de Cronbach (α) se sont situés de manière constante entre 0,84 et 0,86, dénotant une excellente homogénéité sans redondance excessive des items.
- Sous-échelle « Orgasme par stimulation clitoridienne » (Items 2 à 5) : Cette dimension présente une très forte cohérence interne, avec des valeurs d’alpha oscillant entre 0,81 et 0,82.
- Sous-échelle « Satisfaction liée à l’orgasme » (Items 6 et 7) : Pour ces deux items, le coefficient alpha s’échelonne entre 0,72 et 0,90 selon les échantillons, un niveau remarquable pour une sous-échelle brève.
Les corrélations item-total corrigées varient de r = 0,41 à 0,77 pour l’ensemble de l’instrument, et de r = 0,56 à 0,81 au sein des sous-échelles spécifiques. Par ailleurs, les corrélations inter-items moyennes s’établissent entre r = 0,19 et 0,61 pour l’échelle totale, et entre r = 0,43 et 0,68 au sein des sous-domaines factoriels, confirmant que chaque énoncé apporte une part de variance unique tout en convergeant vers l’axe latent ciblé.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La reproductibilité des scores dans le temps a été évaluée lors de la troisième phase de validation sur un intervalle de quatre semaines auprès de participantes n’ayant pas changé de statut relationnel :
- Le coefficient de corrélation test-retest pour le score total atteint r = 0,82, témoignant d’une remarquable constance temporelle de l’évaluation de la réponse orgasmique féminine en contexte de couple stable.
- Pour les deux sous-échelles dimensionnelles, les coefficients de stabilité temporelle s’échelonnent entre r = 0,62 et 0,78, confirmant que si les sentiments de satisfaction peuvent présenter de légères fluctuations affectives circonstancielles, les profils comportementaux de consistance orgasmique s’inscrivent dans une remarquable continuité.
9. Analyse factorielle
L’architecture multidimensionnelle de la FOS a été dégagée par le recours successif à des analyses factorielles exploratoires (AFE) lors des vagues de recueil de données de développement.
Structure factorielle et extraction
Lors de la phase initiale sur un réservoir de 17 items, l’analyse factorielle exploratoire (extraction en composantes principales avec rotation oblique promax, compte tenu des intercorrélations théoriques attendues entre dimensions du fonctionnement sexuel) a mis en évidence une structure multidimensionnelle claire. Les critères de rétention factorielle (valeurs propres supérieures à 1 selon la règle de Kaiser et examen du diagramme d’éboulis de Cattell) ont conduit à l’identification de deux dimensions stables principales complétant l’item spécifique de coït isolé :
- Facteur 1 : Orgasme par stimulation clitoridienne directe (Items 2, 3, 4 et 5). Ce facteur s’est vu attribuer la majeure partie de la variance expliquée. Il regroupe l’ensemble des pratiques impliquant un contact physique clitoridien explicite en partenariat (pénétration avec frottement clitoridien direct, caresses manuelles, masturbation partagée, cunnilingus). Les saturations factorielles pour ces items sont remarquablement élevées, oscillant typiquement entre 0,65 et 0,85, avec des communautés d’items largement supérieures au seuil conventionnel de 0,30.
- Facteur 2 : Satisfaction liée à l’expérience orgasmique (Items 6 et 7). Ce facteur capture la dimension affective et évaluative du fonctionnement orgasmique, avec de fortes saturations factorielles (dépassant 0,75) pour l’item évaluant le contentement face au volume d’orgasmes et celui mesurant la qualité phénoménologique des sensations ressenties.
L’Item 1 (« Fréquence de l’orgasme par pénétration vaginale seule, sans stimulation clitoridienne directe ») s’est singularisé lors des analyses factorielles par une variance plus spécifique et des saturations moindres sur le facteur clitoridien global. Les concepteurs ont délibérément choisi de le conserver dans l’échelle totale compte tenu de sa valeur clinique et théorique fondamentale dans la littérature sexologique, tout en l’excluant de la sous-échelle restreinte de stimulation clitoridienne.
Les critères stricts d’épuration factorielle imposés par McIntyre-Smith et Fisher ont permis d’éliminer tout item présentant une saturation croisée parasite (> 0,35) sur un facteur non assigné, conférant à la version finale à 7 items une structure d’une grande limpidité analytique et conceptuelle.
10. Instrument de mesure
La Female Orgasm Scale se présente comme un questionnaire auto-administré, standardisé, disponible en passation papier-crayon ou informatisée en ligne.
Caractéristiques techniques
- Type de test : Questionnaire psychométrique auto-rapporté évaluant les expériences sexuelles et la réactivité orgasmique en couple.
- Nombre d’items : 7 items.
- Durée de passation : Approximativement 2 à 5 minutes.
- Cadre temporel : Aucun cadre temporel rigide (ex. « 4 dernières semaines ») n’est imposé par défaut afin d’obtenir un profil représentatif et global des patterns orgasmiques de la répondante. Néanmoins, les auteurs précisent que la consigne peut être circonscrite à un horizon défini (ex. partenaire actuel, 3 derniers mois) selon les besoins du clinicien ou du chercheur.
- Format des réponses :
- Items 1 à 5 (Comportementaux) : Échelle d’estimation en pourcentages à 11 paliers de fréquence : 0 %, 10 %, 20 %, 30 %, 40 %, 50 %, 60 %, 70 %, 80 %, 90 %, 100 %. S’y ajoute une case de non-applicabilité comportementale : « Does not apply to me » (« Ne s’applique pas à moi »).
- Items 6 et 7 (Satisfaction) : Échelle ordinale de Likert à 7 points : 1 = Very Unsatisfied (Très insatisfaite), 2 = Moderately Unsatisfied (Modérément insatisfaite), 3 = Slightly Unsatisfied (Légèrement insatisfaite), 4 = Neither Satisfied nor Unsatisfied (Ni satisfaite ni insatisfaite), 5 = Slightly Satisfied (Légèrement satisfaite), 6 = Moderately Satisfied (Modérément satisfaite), 7 = Very Satisfied (Très satisfaite).
Procédure de cotation et de calcul des scores
- Traitement de l’option « Does not apply to me » : L’examinateur doit examiner la fréquence de cette modalité. Selon l’objectif d’étude, elle peut être traitée soit comme une donnée manquante (missing value), soit imputée à 0 si le protocole assimile l’absence d’activité à une absence d’orgasme dans ce répertoire précis. En recherche rigoureuse, l’exclusion des calculs de moyennes pour les pratiques non explorées est préconisée.
- Codage numérique brut :
- Items 1 à 5 : Le pourcentage est codé de 0 à 10 (0 % = 0, 10 % = 1, 20 % = 2, …, 100 % = 10).
- Items 6 et 7 : Les réponses sont codées de 1 (Very Unsatisfied) à 7 (Very Satisfied).
- Pondération des items pour le Score Total :
Étant donné que les items 1 à 5 sont étalonnés sur une échelle continue de 0 à 10 (11 points, sans équivalent structurel au point 0 sur l’échelle de satisfaction), une pondération croisée est appliquée afin d’équilibrer l’influence relative des domaines :
- Multiplier les scores des Items 1 à 5 par 7.
- Multiplier les scores des Items 6 et 7 par 10.
- Calculer la moyenne générale ou la somme totale pondérée de l’ensemble des items. Un score composite élevé reflète une consistance orgasmique supérieure et une satisfaction accrue.
- Calcul des sous-échelles spécifiques (sans pondération intra-échelle) :
- Orgasme par stimulation clitoridienne (Items 2 à 5) : Calcul de la moyenne ou de la somme directe des items 2, 3, 4 et 5 (scores bruts de 0 à 10). Aucune pondération n’est nécessaire car l’ancrage de mesure est identique pour ces quatre énoncés.
- Satisfaction liée à l’orgasme (Items 6 et 7) : Calcul de la moyenne ou de la somme directe des items 6 et 7 (scores bruts de 1 à 7).
11. Permissions, Tarifs et Année du test
La Female Orgasm Scale a été développée et formalisée par Alexandra McIntyre-Smith et William A. Fisher à l’Université de Western Ontario (Canada). Les études de validation psychométrique de l’instrument ont été conduites dans les années 2000 et documentées dans les recueils psychométriques spécialisés en sexologie clinique (voir notamment Davis et al., Handbook of Sexuality-Related Measures).
- Droits d’utilisation et propriété intellectuelle : L’échelle relève de la propriété intellectuelle de ses auteurs originaux. L’instrument est mis à la disposition de la communauté académique, des chercheurs et des professionnels de santé à des fins de recherche non commerciale et d’évaluation clinique standard sans redevance financière (free of fee for academic research).
- Conditions de reproduction : Toute utilisation de l’échelle, totale ou partielle, doit impérativement faire mention des auteurs originaux et citer les publications sources correspondantes. La passation commerciale, l’intégration dans des progiciels payants ou la distribution à grande échelle nécessitent l’autorisation préalable écrite d’Alexandra McIntyre-Smith ou de William A. Fisher.
- Contact institutionnel pour permissions :
- Alexandra McIntyre-Smith : [email protected]
- William A. Fisher : [email protected]
- Département de psychologie, Université de Western Ontario, London, Ontario, Canada.
12. Références
Les sources bibliographiques suivantes constituent le socle méthodologique et théorique du développement de l’échelle :
- Crowne, D. P., & Marlowe, D. (1964). The approval motive: Studies in evaluative dependence. John Wiley & Sons.
- Henry, J. D., & Crawford, J. R. (2005). The short-form version of the Depression Anxiety Stress Scales (DASS-21): Construct validity and normative data in a large non-clinical sample. British Journal of Clinical Psychology, 44(2), 227–239. https://doi.org/10.1348/014466505X29657
- McIntyre-Smith, A., & Fisher, W. A. (2010). Female Orgasm Scale (FOS). In T. D. Fisher, C. M. Davis, W. L. Yarber, & S. L. Davis (Eds.), Handbook of Sexuality-Related Measures (3rd ed., pp. 317–319). Routledge.
- Netemeyer, R. G., Bearden, W. O., & Sharma, S. (2003). Scaling procedures: Issues and applications. SAGE Publications. https://doi.org/10.4135/9781412985772
- Rosen, R., Brown, C., Heiman, J., Leiblum, S., Meston, C., Shabsigh, R., Ferguson, D., & D’Agostino, R., Jr. (2000). The Female Sexual Function Index (FSFI): A multidimensional self-report instrument for the assessment of female sexual function. Journal of Sex & Marital Therapy, 26(2), 191–208. https://doi.org/10.1080/009262300278597
- Streiner, D. L., & Norman, G. R. (2008). Health measurement scales: A practical guide to their development and use (4th ed.). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780199231881.001.0001