Résumé
L’Échelle de haine de la marque (Brand Hate Scale [BHS]), développée et validée par Houcine Akrout et Mona Mrad (2023), constitue un instrument psychométrique novateur conçu pour évaluer de façon rigoureuse le sentiment persistant d’animosité qu’un consommateur peut éprouver envers une entité commerciale. Définie conceptuellement comme une réponse affective négative extrême, profonde et durable résultant d’expériences négatives vécues avec la marque (Roy et al., 2021), la haine de la marque transcende la simple insatisfaction transactionnelle pour s’ancrer dans des composantes psychologiques et morales complexes. L’échelle a été développée au sein d’un paradigme méthodologique transculturel combinant des perspectives émiques (spécifiques aux cultures) et étiques (communes à l’ensemble des cultures), reposant sur des échantillons diversifiés prélevés en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis.
Sur le plan structurel, l’instrument s’articule autour d’une architecture factorielle à deux dimensions fondamentales : le sentiment d’aversion (Feeling of Aversion) et le sentiment de profond ressentiment (Feeling of Deep Resentment). Le processus de construction a débuté par un réservoir initial de 42 items générés par une revue exhaustive de la littérature et une investigation qualitative, ramené à 21 items avant purification empirique via des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC). La version finale offre une échelle étique universelle à 6 items, ainsi que des variantes émiques ajustées aux subtilités socioculturelles locales (7 items pour les États-Unis, 7 items pour le Royaume-Uni et 9 items pour la France). Les items sont administrés par voie électronique et évalués à l’aide d’une échelle de type Likert en 7 points allant de 1 (« Tout à fait en désaccord » / « I totally Disagree ») à 7 (« Tout à fait d’accord » / « I totally Agree »).
Les propriétés psychométriques de l’échelle démontrent une robustesse remarquable. Les analyses factorielles exploratoires indiquent que les deux dimensions expliquent 77,5 % de la variance totale pour l’échantillon français, et 78 % pour les échantillons britannique et états-unien. La fiabilité composite (CR) de chaque sous-dimension surpasse largement le seuil standard de 0,60 fixé par Fornell et Larcker (1981). La validité convergente est confirmée par une variance moyenne extraite (AVE) excédant systématiquement 0,50 pour toutes les dimensions et tous les pays. La validité discriminante est scrupuleusement attestée, l’AVE de chaque construit étant supérieure au carré des corrélations inter-dimensions. De surcroît, des analyses d’invariance de mesure métrique établissent la stabilité de la structure étique à travers les différents contextes nationaux. Enfin, la validité nomologique est corroborée par des relations structurelles fortes avec des antécédents tels que l’érosion de la confiance et le caractère non éthique perçu, ainsi qu’avec des conséquences comportementales critiques, notamment l’évitement de marque et les comportements de protestation ou de boycott.
Mots-clés
Haine de la marque, relation consommateur-marque, évaluation transculturelle, échelle émique, échelle étique, sentiment d’aversion, profond ressentiment, réseau nomologique, évitement de marque, boycott, validité convergente, invariance de mesure.
Auteurs
L’échelle de haine de la marque a été conceptualisée et validée conjointement par deux enseignants-chercheurs spécialistes du comportement du consommateur et du management de la marque :
- Houcine Akrout : Professeur de marketing à l’INSEEC Grande École, Omnes Education Group, Paris, France. Adresse de correspondance : INSEEC Grande École, 27 avenue Claude Vellefaux, 75010 Paris, France. Courriels institutionnels : [email protected] et [email protected].
- Mona Mrad : Professeure associée de marketing au sein du School of Business Administration de l’American University of Sharjah, Émirats Arabes Unis. Identifiant de recherche ORCID : orcid.org/0000-0002-4775-8519.
Objectif
L’objectif principal de l’Échelle de haine de la marque (BHS) est de fournir aux chercheurs et aux praticiens de la gestion de la relation client un instrument standardisé, valide et transculturel pour quantifier le niveau de haine autodéclaré des consommateurs envers des marques spécifiques. Durant plusieurs décennies, le paradigme dominant de la gestion de la relation marque-consommateur a focalisé ses efforts sur les valences positives de l’attachement, explorant des construits tels que l’amour de la marque (brand love), la fidélité inconditionnelle, l’engagement et la résonance de marque. Toutefois, l’émergence d’incidents critiques répétés, de dérives éthiques d’entreprises multinationales et d’expériences de service traumatisantes a mis en lumière la nécessité d’examiner avec une rigueur équivalente la face sombre des relations de consommation.
Sur le plan fondamental, la haine de la marque est formellement définie comme « une forme de sentiment négatif durable qui englobe le sentiment de profond ressentiment et le sentiment d’aversion du consommateur » (Akrout & Mrad, 2023). Elle se distingue substantiellement de l’insatisfaction client ponctuelle. Alors que l’insatisfaction reflète généralement une non-confirmation cognitive d’attentes fonctionnelles à la suite d’un épisode de service spécifique – émotion transitoire souvent réversible par des stratégies de compensation ou de récupération de service –, la haine de la marque incarne une structure affective enracinée, profonde et stable dans le temps. Ce sentiment implique une détérioration globale de l’image de l’entreprise, engageant l’identité même du consommateur et motivant des conduites hostiles durables.
Dans le domaine de la recherche empirique, la BHS comble une lacune méthodologique majeure en offrant simultanément une structure étique, permettant la comparaison standardisée d’échantillons multinationaux, et des versions émiques, préservant la sensibilité aux nuances culturelles d’expression du rejet de marque. L’absence d’outils transculturels équivalents conduisait fréquemment à des biais d’application d’instruments anglo-saxons non ajustés aux spécificités européennes continentales. L’échelle permet ainsi d’explorer la variabilité transculturelle des réactions négatives des consommateurs, d’identifier la prévalence de ces affects dans différents marchés et d’élucider les mécanismes psychologiques conduisant au désengagement radical.
Pour les praticiens du marketing et les gestionnaires de marque, l’instrument remplit une fonction diagnostique et prédictive essentielle. La haine de la marque constitue le principal moteur de comportements destructeurs majeurs pour la valeur financière et réputationnelle des organisations : bouche-à-oreille négatif viral (negative word-of-mouth), cyber-activisme hostile, sabotage de marque, évitement systématique et organisation de boycotts collectifs. En intégrant la BHS dans leurs tableaux de bord d’écoute client et leurs audits de réputation, les entreprises peuvent détecter précocement les signaux faibles d’une dérive émotionnelle délétère. Cet outil permet d’endiguer la spirale descendante de la rupture relationnelle avant que le ressentiment ne s’érige en militantisme anti-marque actif.
Construit psychologique
Le construit de haine de la marque tel que conceptualisé par Akrout et Mrad (2023) est une constellation multidimensionnelle d’affects négatifs extrêmes dirigés contre une marque. Contrairement aux approches unidimensionnelles simplificatrices qui réduisent la haine à une forme intense d’aversion, les auteurs démontrent que ce sentiment s’articule autour de deux composantes distinctes mais interconnectées :
1. Le sentiment d’aversion (Feeling of Aversion)
Le sentiment d’aversion constitue la dimension comportementale et émotionnelle d’évitement et de rejet viscéral de la marque. Cette sous-dimension puise ses racines dans les mécanismes fondamentaux de défense psychologique et de répulsion. L’aversion se traduit par un dégoût marqué, une irritation persistante et une décision consciente de maintenir une distance physique, symbolique et spatiale stricte avec la marque. Le consommateur éprouvant une aversion élevée refuse tout contact sensoriel ou transactionnel avec l’offre marchande incriminée.
Sur le plan psychologique, l’aversion mobilise une dynamique de protection du concept de soi : le consommateur considère que les attributs ou l’univers symbolique de la marque sont toxiques ou incompatibles avec ses propres valeurs. Par exemple, un individu manifestant une forte aversion déclarera activement « faire en sorte de tenir la marque à l’écart de sa vie » ou refusera catégoriquement d’utiliser un produit de cette marque même s’il lui est offert gracieusement par un tiers (spécificité mise en relief dans l’échantillon français). Il s’agit d’une réaction réflexe d’assainissement de son espace personnel, matérialisée par l’irritation et la détestation explicite.
2. Le sentiment de profond ressentiment (Feeling of Deep Resentment)
La seconde dimension, le profond ressentiment, engage des structures cognitives et affectives d’ordre supérieur, intimement liées à la morale, à l’injustice perçue et à l’indignation éthique. Le ressentiment implique une blessure psychologique durable, souvent consécutive au sentiment d’avoir été dupé, trahi, manipulé ou bafoué dans ses droits fondamentaux ou ses convictions sociétales par l’entreprise. Cette dimension dépasse la simple réaction de recul de l’aversion pour s’orienter vers une animosité structurelle et moralisatrice.
Le consommateur habité par le ressentiment éprouve un dégoût moral profond (moral disgust), une intolérance absolue envers l’entreprise sous-jacente et ses dirigeants, ainsi qu’un sentiment de honte à l’évocation de la marque. Cette composante génère des jugements radicaux quant à l’existence même de l’entité marchande, cristallisés dans des croyances telles que « le monde se porterait bien mieux sans cette marque ». Contrairement à l’aversion qui pousse au retrait passif, le profond ressentiment couve une énergie revendicatrice qui peut alimenter des motivations punitives et des actions d’opposition frontale.
Cadre théorique
L’ancrage théorique de l’Échelle de haine de la marque s’inscrit au carrefour de la théorie des relations consommateur-marque (Consumer-Brand Relationship Theory) initiée par Fournier (1998) et des théories psychologiques des émotions morales et de la haine interpersonnelle.
La théorie triangulaire de la haine appliquée à la consommation
L’un des fondements conceptuels majeurs du construit repose sur l’adaptation au marketing de la théorie triangulaire de la haine développée par le psychologue Robert Sternberg (2003). Dans le paradigme interpersonnel de Sternberg, la haine résulte de la combinaison de trois pôles :
- La négation de l’intimité (le dégoût) : recherche active de distance face à une cible perçue comme répugnante.
- La passion négative (la colère/la peur) : intensité émotionnelle face à une menace perçue.
- La dévaluation cognitive / l’engagement négatif (le mépris) : attribution d’un statut néfaste ou sous-humain à la cible, justifiant son anéantissement ou son bannissement.
Akrout et Mrad traduisent cette dynamique dans le champ des relations d’échange marchand : le sentiment d’aversion cristallise la négation de l’intimité et la passion négative (rejet, irritation, éloignement physique), tandis que le profond ressentiment concrétise l’engagement cognitif négatif et le mépris moralisé (intolérance, jugement de nocivité sociétale).
Théorie de l’évaluation cognitive et émotions morales
La BHS s’appuie également sur la théorie de l’évaluation cognitive de Lazarus (1991). Selon cette perspective, les émotions humaines ne sont pas de simples réponses physiologiques automatiques, mais le produit d’évaluations cognitives relatives à la congruence des événements avec les buts, les normes et l’intégrité de l’individu. Lorsque les agissements d’une marque sont évalués comme intentionnellement nuisibles, non éthiques ou destructeurs de valeurs sociales partagées, l’évaluation cognitive déclenche des émotions morales négatives secondaires, au premier rang desquelles figure la haine.
Cette approche théorique permet de comprendre pourquoi la haine de la marque est infiniment plus résistante au temps que l’insatisfaction : elle s’articule autour d’une attribution interne, stable et contrôlable de la faute à l’organisation (Weiner, 1986). La marque n’a pas seulement failli sur le plan technique ; elle est jugée moralement condamnable.
Paradigme émique-étique en recherche transculturelle
Sur le plan épistémologique, les auteurs ont adossé le développement de l’échelle aux préceptes de la recherche transculturelle (Berry, 1969, 1989). L’approche étique recherche des universaux psychologiques et des structures invariantes communes à toutes les sociétés humaines. À l’inverse, l’approche émique postule que les comportements et les affects ne peuvent être pleinement appréhendés qu’au travers des systèmes de sens et des idiosyncrasies linguistiques propres à chaque culture.
En élaborant simultanément une structure étique invariante (6 items validés dans les trois pays) et des variantes émiques adaptées (intégrant en France, par exemple, le rejet des dons sociaux ou le ressentiment verbalisé spécifique), Akrout et Mrad réconcilient la comparabilité statistique internationale et la validité écologique locale, répondant ainsi aux standards méthodologiques les plus exigeants formulés par Steenkamp et Baumgartner (1998).
Validité
La validité psychométrique de l’Échelle de haine de la marque a fait l’objet d’un processus de démonstration systématique couvrant l’ensemble des facettes de la validité de mesure.
Validité de contenu et validité faciale
Le développement initial a reposé sur la génération de 42 items issus d’une revue systématique de la littérature en psychologie et marketing ainsi que d’une étude qualitative préalable. Ce pool a été soumis à des comités d’experts académiques pour évaluer la clarté linguistique, la pertinence théorique et l’absence d’ambiguïté conceptuelle. Ce tamisage rigoureux a permis de réduire l’instrument à 21 items destinés aux étapes quantitatives de purification, garantissant une validité faciale optimale.
Validité convergente
La validité convergente vérifie que les items censés mesurer une dimension partagent une proportion substantielle de variance commune. Les auteurs ont mobilisé le critère d’évaluation de la variance moyenne extraite (AVE – Average Variance Extracted) défini par Fornell et Larcker (1981). Dans l’ensemble des trois contextes nationaux analysés (France, Royaume-Uni, États-Unis), les valeurs d’AVE pour les deux dimensions (sentiment d’aversion et sentiment de profond ressentiment) ont systématiquement et largement dépassé le seuil standard de 0,50. Cela confirme que plus de 50 % de la variance des indicateurs observés est imputable aux construits latents sous-jacents.
Validité discriminante
La validité discriminante certifie que les deux dimensions de la haine de la marque représentent des entités empiriquement distinctes et ne se confondent pas. Conformément à la règle de Fornell et Larcker (1981), l’AVE de chaque dimension a été comparée au carré du coefficient de corrélation linéaire entre ces deux dimensions. Dans tous les échantillons, la valeur de l’AVE pour chacune des sous-échelles s’est révélée significativement supérieure au carré de leur corrélation mutuelle. Ce résultat prouve de manière irréfutable que, bien qu’étroitement corrélées au sein du construit d’ordre supérieur de la haine, l’aversion et le profond ressentiment conservent une spécificité empirique propre.
Validité nomologique et prédictive
La validité nomologique a été démontrée par l’intégration de la BHS au sein d’un modèle structurel comprenant des antécédents et des conséquences théoriquement établis. Les analyses d’équations structurelles ont révélé des relations hautement significatives :
- Antécédents confirmés : L’érosion de la confiance de marque (trust erosion) et le caractère non éthique perçu de l’entreprise (perceived unethicality) prédisent positivement et de manière significative l’émergence des dimensions de la haine de la marque.
- Conséquences comportementales prédites : La haine de la marque, à travers ses deux composantes, prédit de manière statistiquement robuste l’évitement délibéré de la marque (brand avoidance) ainsi que la participation à des comportements de boycott et de protestation active (protest/boycott behaviors).
Ces éléments confirment la puissance explicative et la pertinence prédictive de l’échelle dans l’étude des comportements extrêmes de rupture consommateur-organisation.
Fidélité
La fidélité de l’Échelle de haine de la marque a été quantifiée au moyen de la fiabilité composite (CR – Composite Reliability), souvent désignée sous le terme de coefficient de rho de Jöreskog. Ce paramètre est jugé supérieur à l’alpha de Cronbach traditionnel dans le cadre des modèles d’équations structurelles, car il ne présuppose pas l’égalité des saturations factorielles entre les items (hypothèse de tau-équivalence souvent violée en pratique).
Les résultats empiriques issus des trois échantillons nationaux indiquent des niveaux d’homogénéité et de cohérence interne particulièrement élevés :
- Pour l’ensemble des dimensions et dans chacun des trois pays (France, Royaume-Uni, États-Unis), la fiabilité composite surpasse très nettement le seuil conventionnel minimal de 0,60, franchissant même les exigences plus conservatrices de 0,70 et 0,80 préconisées par Fornell et Larcker (1981) ainsi que Nunnally et Bernstein (1994).
- La sous-échelle du « Sentiment d’aversion » présente une cohérence interne élevée, reflétant la convergence étroite des énoncés mesurant le rejet direct, l’agacement et l’éloignement délibéré.
- La sous-échelle du « Sentiment de profond ressentiment » démontre une stabilité interne équivalente, certifiant que les items capturant le dégoût moral, l’intolérance et la réprobation sociétale convergent vers une mesure fidèle du construit latent.
Aucune déperdition notable de cohérence interne n’est observée lors du passage des versions émiques nationales à la version étique universelle à 6 items, attestant de la robustesse de l’instrument sous différents formats d’administration.
Analyse factorielle
Le protocole d’analyse factorielle a suivi les préceptes méthodologiques les plus rigoureux de la psychométrie contemporaine, articulant des phases exploratoires puis confirmatoires sur des échantillons indépendants.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Une AFE a été menée initialement sur une sélection de 21 items épurés. Les critères d’extraction ont fait émerger sans équivoque une structure bi-factorielle nette et parcimonieuse dans chacun des contextes géographiques explorés. Les items présentaient de fortes saturations factorielles (factor loadings) sur leur dimension théorique d’appartenance et de faibles saturations croisées (cross-loadings), justifiant l’élimination progressive des items redondants ou instables.
Cette structure à deux facteurs explique une proportion remarquablement élevée de la variance cumulée observée, démontrant l’efficience du modèle de mesure :
- Échantillon français : 77,5 % de la variance totale expliquée par les deux dimensions.
- Échantillon américain (USA) : 78,0 % de la variance totale expliquée.
- Échantillon britannique (UK) : 78,0 % de la variance totale expliquée.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’architecture factorielle issue de l’AFE a été soumise à une analyse factorielle confirmatoire via la modélisation par équations structurelles. L’adéquation du modèle aux données empiriques a été évaluée à partir des indices de fit usuels (notamment le chi-deux normalisé $\chi^2/df$, le RMSEA [Root Mean Square Error of Approximation], le CFI [Comparative Fit Index], le TLI [Tucker-Lewis Index] et le SRMR [Standardized Root Mean Square Residual]).
Après les ajustements méthodologiques nécessaires, les indices d’ajustement pour l’échelle étique (6 items) ainsi que pour les échelles émiques nationales (7 items pour les États-Unis et le Royaume-Uni, 9 items pour la France) ont affiché des valeurs satisfaisantes, attestant d’une concordance optimale entre le modèle conceptuel à deux dimensions et les observations collectées sur le terrain.
Invariance de mesure transculturelle
Une étape méthodologique indispensable pour la validation de l’échelle étique a consisté en l’évaluation formelle de l’invariance de mesure selon la procédure hiérarchique de Steenkamp et Baumgartner (1998) :
- Invariance configurale : Les résultats confirment que le même modèle bi-factoriel est valide simultanément en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis.
- Invariance métrique : Les saturations factorielles des items sur leurs dimensions respectives sont statistiquement équivalentes à travers les trois nations. Cette invariance métrique démontre que les répondants des différents pays interprètent et pondèrent les questions de l’échelle étique de manière parfaitement comparable, autorisant des comparaisons directes de coefficients de régression et de covariances entre ces marchés culturels.
Instrument de mesure
- Type de test : Inventaire psychométrique / Questionnaire standardisé d’attitudes du consommateur.
- Format d’administration : Administration électronique (questionnaire en ligne auto-administré).
- Format de réponse : Échelle de type Likert en 7 points : 1 = « Tout à fait en désaccord » (« I totally Disagree ») à 7 = « Tout à fait d’accord » (« I totally Agree »).
- Nombre total d’items :
- Échelle Étique (universelle/commune) : 6 items.
- Échelle Émique – États-Unis : 7 items (3 d’aversion, 4 de profond ressentiment).
- Échelle Émique – Royaume-Uni : 7 items (3 d’aversion, 4 de profond ressentiment).
- Échelle Émique – France : 9 items (5 d’aversion, 4 de profond ressentiment).
- Population cible : Consommateurs adultes (18 ans et plus), incluant les jeunes adultes (18-29 ans), les adultes trentenaires (30-39 ans), les individus d’âge mûr (40-64 ans) et les seniors (65 ans et plus), sans distinction de genre.
- Cotation et calcul des scores : Le score global de haine de la marque ainsi que les scores spécifiques de sous-échelles (Sentiment d’aversion et Sentiment de profond ressentiment) s’obtiennent en calculant la moyenne arithmétique des items constituant chaque dimension. Aucun item inversé n’est présent dans la version officielle. Un score moyen élevé indique une intensité sévère d’animosité et de rejet envers la marque cible désignée (« Marque X »).
Permissions, Tarifs et Année du test
- Année d’introduction officielle : 2023.
- Droits d’utilisation et permissions : L’échelle peut être utilisée librement à des fins exclusives de recherche académique, scientifique et d’enseignement (May use for Research/Teaching). Toute utilisation doit impérativement citer l’article original de référence publié par Akrout et Mrad (2023).
- Tarifs / Redevances : Aucun frais d’utilisation (gratuit pour les chercheurs et enseignants).
- Usage commercial : Non autorisé sans accord explicite préalable des auteurs ou des détenteurs légaux des droits d’exploitation commerciale (Commercial Use: No).
Références
- Akrout, H., & Mrad, M. (2023). Measuring brand hate in a cross-cultural context: Emic and Etic scale development and validation. Journal of Business Research, 154, Article 113289. https://doi.org/10.1016/j.jbusres.2022.08.053
- Berry, J. W. (1969). On cross-cultural comparability. International Journal of Psychology, 4(2), 119–128. https://doi.org/10.1080/00207596908247261
- Berry, J. W. (1989). Imposed etics-emics-derived etics: The operationalization of a compelling idea. International Journal of Psychology, 24(6), 721–735. https://doi.org/10.1080/00207598908247841
- Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
- Fournier, S. (1998). Consumers and their brands: Developing relationship theory in consumer research. Journal of Consumer Research, 24(4), 343–373. https://doi.org/10.1086/209515
- Lazarus, R. S. (1991). Emotion and adaptation. Oxford University Press.
- Nunnally, J. C., & Bernstein, I. H. (1994). Psychometric theory (3rd ed.). McGraw-Hill.
- Romani, S., Grappi, S., & Dalli, D. (2012). Emotions that drive consumers away from brands: Measuring negative emotions on brands. International Journal of Research in Marketing, 29(1), 55–67. https://doi.org/10.1016/j.ijresmar.2011.07.001
- Roy, R., Rabbanee, F. K., & Sharma, P. (2021). Antecedents, outcomes, personal and situational moderators of consumer brand hate: A comprehensive review and future research agenda. International Journal of Management Reviews, 24(2), 209–232. https://doi.org/10.1111/ijmr.12274
- Steenkamp, J.-B. E., & Baumgartner, H. (1998). Assessing measurement invariance in cross-national consumer research. Journal of Consumer Research, 25(1), 78–90. https://doi.org/10.1086/209528
- Sternberg, R. J. (2003). A duplex theory of hate: Development and application to terrorism, massacres, and genocide. Review of General Psychology, 7(3), 299–328. https://doi.org/10.1037/1089-2680.7.3.299
- Weiner, B. (1986). An attributional theory of motivation and emotion. Springer-Verlag. https://doi.org/10.1007/978-1-4612-4948-1
- Zarantonello, L., Romani, S., Grappi, S., & Bagozzi, R. P. (2016). Brand hate. Journal of Product & Brand Management, 25(1), 11–25. https://doi.org/10.1108/JPBM-01-2015-0799
Questions et items du questionnaire
Response Format: Items are rated using a Likert-type scale ranging from “I totally Disagree” (1) to “I totally Agree” (7). The administration method is electronic.
U.S. Sample (Emic Scale)
Feeling of Aversion
- BH3 – I detest brand X.
- BH9 – I manage to keep brand X away from my life.
- BH11 – Brand X irritates me.
Feeling of Deep Resentment
- BH16 – I am disgusted by brand X.
- BH17 – I do not tolerate brand X and its company.
- BH18 – The world would be a better place without brand X.
- BH20 – I feel ashamed of brand X.
U.K. Sample (Emic Scale)
Feeling of Aversion
- BH3 – I detest brand X.
- BH9 – I manage to keep brand X away from my life.
- BH11 – Brand X irritates me.
Feeling of Deep Resentment
- BH16 – I am disgusted by brand X.
- BH17 – I do not tolerate brand X and its company.
- BH18 – The world would be a better place without brand X.
- BH20 – I feel ashamed of brand X.
French Sample (Emic Scale)
Feeling of Aversion
- BH3 – I detest brand X.
- BH8 – I refuse to have anything related to brand X.
- BH9 – I manage to keep brand X away from my life.
- BH10 – I refuse to use products that others offer me from brand X.
- BH11 – Brand X irritates me.
Feeling of Deep Resentment
- BH15 – Brand X makes me feel resentful.
- BH16 – I am disgusted by brand X.
- BH17 – I do not tolerate brand X and its company.
- BH18 – The world would be a better place without brand X.
Etic Scale (Common items across France, U.K., and U.S.)
The cross-culturally invariant 6-item Etic model is composed of:
Feeling of Aversion:
- BH3 – I detest brand X.
- BH9 – I manage to keep brand X away from my life.
- BH11 – Brand X irritates me.
Feeling of Deep Resentment:
- BH16 – I am disgusted by brand X.
- BH17 – I do not tolerate brand X and its company.
- BH18 – The world would be a better place without brand X.