1. Résumé / Abstract
L’Échelle de fondamentalisme religieux (Religious Fundamentalism Scale, ou échelle RF), conçue par les psychologues sociaux canadiens Bob Altemeyer et Bruce Hunsberger en 1992, représente une avancée méthodologique et conceptuelle majeure dans l’évaluation psychométrique des attitudes religieuses. Contrairement aux instruments de mesure traditionnels qui confondaient le contenu doctrinal spécifique d’une foi donnée avec les processus cognitifs sous-jacents, l’échelle RF a été intentionnellement élaborée pour être exempte de tout contenu dogmatique confessionnel exclusif. Elle évalue le fondamentalisme religieux non pas comme l’adhésion à un credo particulier (tel que le christianisme évangélique, l’islam sunnite ou le judaïsme orthodoxe), mais comme une structure cognitive et motivationnelle caractérisée par la croyance en une vérité religieuse inhérente, unique, inerrante et absolue, qui s’oppose violemment aux forces du mal, requiert l’observance intransigeante de pratiques ancestrales et accorde à ses adeptes un statut relationnel privilégié auprès de la divinité.
L’instrument est composé de 20 items, formulés selon une parité stricte : dix énoncés sont orientés dans le sens du trait (pro-trait) et dix énoncés sont inversés (con-trait) afin de neutraliser les biais d’acquiescement. Les répondants expriment leur degré d’accord sur une échelle de type Likert en 9 points s’étendant de -4 (« Tout à fait en désaccord ») à +4 (« Tout à fait d’accord »), avec un point d’ancrage neutre (0). Après recodage des items inversés et addition d’une constante arithmétique de 5 par item, le score total oscille entre 20 et 180 points, le point médian théorique se situant à 100.
Sur le plan psychométrique, l’échelle présente des propriétés de consistance interne remarquables, avec des coefficients alpha de Cronbach se situant de façon constante entre 0,92 et 0,95 au sein d’échantillons variés d’étudiants, d’adultes et de divers groupes confessionnels (chrétiens, musulmans, hindous, juifs). Les corrélations inter-items moyennes oscillent entre 0,37 et 0,48. La validité de construit est étayée par des corrélations fortes avec l’autoritarisme de droite (RWA ; r = 0,66 à 0,75), le dogmatisme (r = 0,57), l’orthodoxie religieuse (r = 0,60 à 0,75) ainsi que par des associations négatives prononcées avec l’orientation religieuse de quête (r = -0,79). En outre, l’échelle prédit de manière consistante les attitudes préjudiciables, notamment envers les minorités sexuelles. Cet instrument demeure une référence incontournable en psychologie sociale de la religion, en psychologie de la personnalité et en sociologie des idéologies.
2. Mots-clés / Keywords
Fondamentalisme religieux, Psychométrie, Bob Altemeyer, Bruce Hunsberger, Autoritarisme de droite, Dogmatisme, Psychologie de la religion, Biais d’acquiescement, Rigidité cognitive, Préjugés sociaux, Validité de construit, Échelle de Likert, Consistance interne.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de fondamentalisme religieux a été développée conjointement par deux éminents chercheurs canadiens en psychologie sociale :
- Robert (Bob) Altemeyer, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université du Manitoba (Winnipeg, Manitoba, Canada). Réputé à l’échelle internationale pour ses travaux pionniers sur l’autoritarisme de droite (Right-Wing Authoritarianism, RWA), il a consacré sa carrière à l’étude empirique de la personnalité autoritaire, de l’obéissance aveugle, du préjugé intergroupe et des idéologies politiques et religieuses. Ses ouvrages de référence incluent Enemies of Freedom (1988) et The Authoritarian Specter (1996).
- Bruce E. Hunsberger, Ph.D. (1944–2003) : Professeur de psychologie et ancien directeur du département de psychologie à l’Université Wilfrid-Laurier (Waterloo, Ontario, Canada). Spécialiste mondialement reconnu de la psychologie de la religion, il a reçu en 2002 le prestigieux prix William James décerné par la Division 36 (Société pour la psychologie de la religion et de la spiritualité) de l’American Psychological Association (APA). Ses travaux ont porté sur le développement des croyances religieuses, les doutes religieux, l’intégrisme et les corrélats sociocognitifs de l’intolérance.
Les correspondances institutionnelles relatives au développement initial de cet instrument étaient historiquement dirigées vers le Département de psychologie de l’Université du Manitoba et le Département de psychologie de l’Université Wilfrid-Laurier.
4. Objectif / Purpose
L’Échelle de fondamentalisme religieux a été expressément conçue pour combler une lacune épistémologique et méthodologique majeure qui entravait la recherche en sciences sociales au cours du XXe siècle : la confusion systématique entre le contenu doctrinal des croyances et le processus cognitif par lequel ces croyances sont adoptées, maintenues et défendues. Avant les travaux d’Altemeyer et Hunsberger (1992), les échelles mesurant le fondamentalisme consistaient quasi exclusivement en des inventaires de dogmes chrétiens traditionnels nord-américains (par exemple, la croyance littérale en la création en six jours, la naissance virginale du Christ ou l’inerrance textuelle de la Bible du roi Jacques). Ces instruments présentaient le défaut rédhibitoire d’être incapables de distinguer une personne profondément attachée à une théologie conservatrice mais ouverte d’esprit d’un individu psychologiquement rigide, intolérant et fondamentaliste. De surcroît, ils étaient intrinsèquement inapplicables aux religions non chrétiennes, telles que l’islam, le judaïsme, l’hindouisme ou le sikhisme.
L’objectif central de l’échelle RF est donc d’opérationnaliser une définition trans-doctrinale du fondamentalisme, comprise comme un mode global de fonctionnement psychologique appliqué au domaine religieux. Les auteurs définissent ce construit comme suit :
« La croyance qu’il existe un ensemble unique d’enseignements religieux qui contient de façon limpide la vérité fondamentale, élémentaire, intrinsèque, essentielle et inerrante sur l’humanité et la divinité ; que cette vérité essentielle est fondamentalement combattue par les forces du mal qui doivent être vigoureusement affrontées ; que cette vérité doit être appliquée aujourd’hui conformément aux pratiques fondamentales et immuables du passé ; et que ceux qui croient et appliquent ces enseignements fondamentaux possèdent une relation privilégiée avec la divinité » (Altemeyer & Hunsberger, 1992, p. 118).
Sur le plan des applications empiriques et cliniques, l’échelle RF remplit plusieurs rôles fondamentaux :
- Recherche fondamentale en psychologie sociale et de la personnalité : Elle permet d’analyser les dynamiques de l’adhésion idéologique, les mécanismes d’escalade de l’engagement dogmatique, ainsi que la manière dont les représentations du divin s’articulent avec la structure de la personnalité, notamment les traits de fermeture d’esprit, de besoin de clôture cognitive (Need for Cognitive Closure) et de rigidité intellectuelle.
- Évaluation des préjugés et des tensions intergroupes : L’instrument constitue un prédicteur puissant des attitudes hostiles envers divers exo-groupes (minorités sexuelles, adeptes d’autres confessions, non-croyants). Il permet aux chercheurs de dissocier ce qui, dans les préjugés, relève de l’identification religieuse saine de ce qui découle d’une idéation fondamentaliste rigide.
- Psychologie clinique et pastorale : Bien qu’elle soit avant tout un outil de recherche, l’échelle peut éclairer la détresse psychologique, les conflits intrafamiliaux et la culpabilité morbide observés chez des individus issus d’environnements fondamentalistes stricts, en particulier lors des transitions de vie (comme l’entrée à l’université ou la sécularisation).
- Études comparatives interculturelles et interreligieuses : Grâce à son absence de formulations théologiques particulières, l’échelle fournit une métrique standardisée permettant de comparer directement le degré d’intégrisme psychologique au sein de populations confessionnelles hétérogènes sans introduire de biais de contenu.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’Échelle de fondamentalisme religieux est appréhendé comme une constellation attitudinale cohérente et univariée, bien qu’il encapsule quatre composantes conceptuelles distinctes mais étroitement interdépendantes. Ces dimensions théoriques sous-jacentes forment le noyau dur du fonctionnement fondamentaliste :
1. La croyance en une vérité religieuse unique, absolue et inerrante
Le premier pilier conceptuel postule qu’il n’existe qu’une seule et unique source de vérité spirituelle suprême sur l’univers, l’origine de l’homme et la volonté divine. Cette vérité est perçue comme exempte de toute erreur, contradiction ou imperfection historique. Les textes sacrés et les enseignements magistériels reconnus ne sont pas sujets à interprétation contextuelle, allégorique ou critique. Dans l’échelle RF, cette dimension s’exprime par l’adhésion à des affirmations telles que l’existence d’un guide infaillible donné à l’humanité (item 1) ou la présence sur terre d’une religion enseignant la vérité divine sans aucune erreur (item 16), et par le rejet d’énoncés relativistes affirmant que toutes les religions ont des imperfections (item 2) ou qu’aucun livre saint ne détient toutes les vérités importantes (item 12). Face à la contradiction entre la science empirique et les écrits sacrés, le système cognitif fondamentaliste impose la subordination inconditionnelle de la science (item 18).
2. Le manichéisme cosmique et la lutte active contre les forces du mal
Le deuxième élément structural repose sur une ontologie dualiste et manichéenne. Le monde terrestre et spirituel est divisé sans nuance entre le camp de la lumière (Dieu et ses serviteurs légitimes) et le camp des ténèbres (Satan, les démons et leurs agents terrestres). Le mal n’est pas conçu comme une métaphore psychologique des faiblesses humaines ou un concept sociologique, mais comme une force personnelle, active, féroce et omniprésente (item 8, item 17). En conséquence, le croyant fondamentaliste s’investit d’une mission eschatologique urgente : combattre vigoureusement les manifestations diaboliques et les ennemis de Dieu dans le monde temporel (item 14). Ce manichéisme alimente une vigilance anxieuse permanente contre la contamination morale et justifie l’intolérance envers les déviations perçues.
3. L’immuabilité des pratiques traditionnelles et le refus du modernisme
Le troisième aspect concerne la sacralisation de la tradition et l’immobilisme normatif. Pour le fondamentalisme, les rituels, les règles morales et les coutumes établies par les ancêtres ou les textes fondateurs représentent l’idéal parfait et ne doivent en aucun cas être compromis ou adaptés aux évolutions sociétales (item 4). L’idée selon laquelle la religion devrait reconnaître ses erreurs passées et se moderniser pour le bien de l’humanité est perçue comme une apostasie et vigoureusement rejetée (item 5). Cette orientation temporelle est résolument passéiste : la pureté réside dans l’origine mythique, et toute modification historique est interprétée comme une dégénérescence spirituelle.
4. L’élection divine exclusive et le clivage social binaire
Enfin, le fondamentalisme génère une frontière catégorielle étanche entre l’endo-groupe des élus et l’exo-groupe des réprouvés. Les adeptes croient fermement entretenir une relation singulière et privilégiée avec Dieu, fondée sur leur stricte obéissance à ses lois (item 3). La société humaine est simplifiée en deux catégories exhaustives et mutuellement exclusives : « les Justes », voués au salut éternel, et « les Réprouvés », destinés au châtiment divin (item 6, item 11). Toute vision universaliste ou nuancée stipulant que la moralité personnelle prime sur l’appartenance dogmatique (item 9) ou que l’humanité ne peut être séparée arbitrairement entre bons et méchants (item 13) est formellement niée.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage théorique de l’échelle de fondamentalisme religieux s’inscrit au confluent de plusieurs grands paradigmes de la psychologie contemporaine :
Le paradigme de la personnalité autoritaire et l’autoritarisme de droite (RWA)
Le socle théorique le plus direct de l’instrument provient de la théorie de l’autoritarisme de droite développée par Bob Altemeyer (1981, 1988, 1996), elle-même issue d’une révision critique des travaux fondateurs de Theodor W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel Levinson et Nevitt Sanford sur The Authoritarian Personality (1950). Altemeyer a redéfini l’autoritarisme non pas comme un ensemble de dynamiques psychanalytiques inconscientes issues de pulsions réprimées, mais comme une covariation de trois attitudes sociales acquises par apprentissage social :
- La soumission autoritaire : Une propension élevée à se soumettre docilement et de manière acritique aux autorités perçues comme légitimes au sein du groupe d’appartenance (dans le contexte de l’échelle RF, Dieu, les textes sacrés et les chefs spirituels).
- L’agression autoritaire : Une hostilité généralisée et moralisatrice dirigée contre les individus ou les groupes étiquetés comme déviants, pécheurs ou menaçant l’ordre traditionnel (dans l’échelle RF, le châtiment promis par Dieu aux apostats ou le combat contre Satan).
- Le conventionnalisme : Une adhésion rigide aux conventions sociales traditionnelles perçues comme établies et soutenues par l’autorité divine suprême.
Le fondamentalisme religieux constitue, dans ce cadre, la manifestation religieuse par excellence de la constellation autoritaire. Les recherches démontrent que le fondamentalisme et le RWA partagent un tronc commun substantiel d’intolérance à l’ambiguïté, de respect aveugle des figures d’autorité établies et d’hostilité envers les hors-normes.
La théorie du dogmatisme de Rokeach
Une seconde assise théorique essentielle provient des travaux de Milton Rokeach (1960) sur le dogmatisme et la structure fermée de l’esprit (closed mind). Rokeach a établi que le dogmatisme n’est pas lié au contenu idéologique spécifique (on peut être dogmatique à l’extrême droite, à l’extrême gauche ou sur le plan scientifique), mais à la manière formelle dont les systèmes de croyances et de mécréances sont organisés. L’esprit dogmatique se caractérise par une isolation hermétique entre croyances incompatibles, une dépendance disproportionnée envers des sources d’autorité absolues et une incapacité à intégrer des informations contradictoires. L’échelle RF applique rigoureusement cette conceptualisation au phénomène religieux en neutralisant le contenu dogmatique pour n’évaluer que l’hermétisme structural de la foi.
La théorie de la complexité intégrative
Sur le plan cognitif, les travaux de Philip Tetlock sur la complexité intégrative fournissent une clé de lecture fondamentale. La pensée fondamentaliste se caractérise par une faible différenciation cognitive (incapacité à percevoir de multiples facettes à un problème éthique ou spirituel) et une faible intégration cognitive (rejet des compromis ou des synthèses entre perspectives divergentes). Des études subséquentes menées par Hunsberger, Pratt et Pancer (1994) ont confirmé que le fondamentalisme religieux est inversement corrélé à la complexité intégrative de la pensée lorsque les thématiques abordées touchent à des domaines existentiels ou moraux.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle de fondamentalisme religieux a fait l’objet d’une documentation extensive et rigoureuse depuis sa publication inaugurale en 1992.
Validité de contenu
La validité de contenu a été établie par la conformité systématique des items aux quatre volets de la définition conceptuelle proposée par Altemeyer et Hunsberger. Le processus de sélection des énoncés a éliminé tout jargon propre à une confession particulière (comme la trinité chrétienne, le coran incréé ou la cacherout), garantissant que chaque affirmation puisse être comprise et évaluée de façon transparente par des répondants de traditions religieuses divergentes ou sans confession.
Validité convergente
L’échelle RF démontre une validité convergente robuste à travers de multiples échantillons empiriques :
- Autoritarisme de droite (RWA) : Des corrélations très élevées, oscillant typiquement entre r = 0,66 et r = 0,75, sont systématiquement observées entre l’échelle RF et l’échelle de RWA d’Altemeyer (1988, 1996), démontrant l’intime articulation entre l’autoritarisme politique/social et le fondamentalisme religieux.
- Orthodoxie chrétienne : L’échelle RF est fortement corrélée avec la Christian Orthodoxy Scale (Fullerton & Hunsberger, 1982), avec des coefficients compris entre r = 0,60 et r = 0,75, confirmant que les individus adhérant rigidement aux dogmes partagent fréquemment une structure fondamentaliste.
- Dogmatisme : Les corrélations avec l’échelle de dogmatisme d’Altemeyer atteignent environ r = 0,57, soulignant la dimension de fermeture cognitive générale.
Validité discriminante
Malgré des corrélations notables avec l’orthodoxie religieuse, des analyses de régression multiple et des modèles en équations structurelles ont démontré que l’échelle RF explique une part de variance unique et significative dans la prédiction de l’intolérance et des préjugés, au-delà de la simple orthodoxie. De façon particulièrement frappante, l’échelle RF présente une corrélation fortement négative (r = -0,79) avec la dimension de religion comme quête (Batson & Schoenrade, 1991), qui mesure une religiosité ouverte au doute, à la complexité et au changement personnel.
Validité prédictive et de critère (Groupes connus)
La validité de critère a été corroborée par la méthode des groupes connus. Dans l’étude originale d’Altemeyer et Hunsberger (1992), des différences hautement significatives ont été enregistrées entre divers groupes confessionnels :
- Protestants fondamentalistes : M = 130,6 (ET = 22,0)
- Mennonites : M = 121,7 (ET = 34,6)
- Catholiques : M = 92,1 (ET = 25,6)
- Luthériens : M = 89,1 (ET = 23,7)
- Anglicans : M = 73,0 (ET = 22,8)
- Église Unie du Canada : M = 69,8 (ET = 19,6)
- Sans religion : M = 54,2 (ET = 21,1)
De plus, Hunsberger (1996) a étendu la validation à des populations non chrétiennes à Toronto, démontrant que l’échelle RF est un puissant prédicteur des attitudes homophobes au sein d’échantillons hindous, musulmans, juifs et chrétiens, avec des corrélations variant de r = 0,42 à r = 0,65. Elle corrèle également de manière positive avec les mesures globales de préjugés raciaux et ethniques (r ≈ 0,30).
8. Fidélité / Reliability
L’Échelle de fondamentalisme religieux se caractérise par des propriétés métrologiques de fidélité exceptionnellement élevées, documentées de manière constante à travers plusieurs décennies de recherche empirique.
Consistance interne
La cohérence interne de l’instrument a été évaluée au moyen du coefficient alpha de Cronbach dans les cohortes de validation princeps :
- Échantillons d’étudiants universitaires : Auprès de 463 étudiants de l’Université Wilfrid-Laurier et de 235 étudiants de l’Université du Manitoba, les coefficients alpha se situaient entre 0,93 et 0,95. Les corrélations moyennes inter-items s’échelonnaient de 0,41 à 0,48, ce qui démontre une homogénéité remarquable sans redondance tautologique excessive.
- Échantillon de parents d’étudiants : Auprès d’un échantillon plus âgé et hétérogène de 491 adultes (247 mères et 244 pères), l’indice alpha de Cronbach atteignait 0,92, avec une corrélation moyenne inter-items de 0,37. Le score moyen global au sein de ce groupe était de 84,6 (ET = 33,0).
- Échantillons multiconfessionnels : Les travaux de Hunsberger (1996) menés auprès d’adultes musulmans (M = 112,3 ; ET = 40,3), hindous (M = 84,5 ; ET = 31,5) et juifs (M = 48,3 ; ET = 21,1) ont confirmé le maintien de coefficients alpha supérieurs à 0,90, prouvant la stabilité de la consistance interne indépendamment de l’arrière-plan culturel ou religieux.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Bien que l’article de 1992 se soit focalisé sur la cohérence interne, des recherches ultérieures longitudinales sur les cohortes universitaires (p. ex., Hunsberger et al., 1996) ont documenté des coefficients de fidélité test-retest compris entre 0,82 et 0,89 sur des intervalles s’étendant de quatre mois à un an, confirmant que le fondamentalisme religieux mesuré par l’échelle RF reflète une disposition attitudinale stable et durable dans le temps plutôt qu’un état fluctuant.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’échelle RF a fait l’objet d’examens psychométriques approfondis via l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Structure unifactorielle dominante
Dès les analyses exploratoires conduites par Altemeyer et Hunsberger en 1992 en composantes principales, les résultats ont systématiquement révélé la présence d’un facteur général prépondérant. La première valeur propre (eigenvalue) rend compte d’une proportion substantielle de la variance totale (souvent supérieure à 40-45 %), avec un coude d’éboulis très net (scree plot de Cattell) après le premier facteur. Les saturations factorielles (factor loadings) de l’ensemble des 20 items sur ce facteur principal sont toutes statistiquement significatives et de magnitude robuste, oscillant généralement entre 0,50 et 0,78.
Contrôle du biais de méthode et parité des items
Dans certaines analyses factorielles non contraintes, une solution à deux facteurs peut émerger artificiellement en raison d’un effet méthodologique classique lié au sens de formulation des énoncés (les dix items pro-trait se regroupant sur un pôle et les dix items con-trait inversés sur un second). Cependant, lorsque les méthodes de modélisation par équations structurelles contrôlent ce facteur de méthode (technique du bifactor model ou ajout de covariances entre erreurs des items inversés), le modèle unifactoriel théorique s’ajuste parfaitement aux données empiriques :
- Indice de comparabilité (CFI) > 0,94
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,93
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,06
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) < 0,05
Ces éléments confirment avec rigueur que l’Échelle de fondamentalisme religieux mesure un construit univarié : une posture mentale générale vis-à-vis de la religion caractérisée par la certitude inerrante, l’intolérance au compromis doctrinal et le clivage manichéen du monde.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle de fondamentalisme religieux se présente sous la forme d’un auto-questionnaire standardisé comportant 20 énoncés. L’administration se déroule selon les modalités suivantes :
- Durée de passation : Environ 10 minutes.
- Qualifications de l’administrateur : Aucune formation clinique ou psychométrique spécialisée n’est exigée pour la collecte, bien que la maîtrise de l’analyse des statistiques d’échelles soit nécessaire pour l’exploitation scientifique des résultats.
- Format des réponses : Échelle bipolaire de type Likert en 9 points, graduée de -4 à +4 avec un point d’ancrage zéro central :
- -4 : Tout à fait en désaccord (Very strongly disagree)
- -3 : Fortement en désaccord (Strongly disagree)
- -2 : Modérément en désaccord (Moderately disagree)
- -1 : Légèrement en désaccord (Slightly disagree)
- 0 : Neutre / Précisément au milieu (Exactly and precisely neutral)
- +1 : Légèrement d’accord (Slightly agree)
- +2 : Modérément d’accord (Moderately agree)
- +3 : Fortement d’accord (Strongly agree)
- +4 : Tout à fait d’accord (Very strongly agree)
- Parité et contrôle des biais : L’échelle contient exactement 10 items orientés pro-trait (cotation directe) et 10 items formulés en sens inverse (con-trait, signalés par un astérisque *).
- Procédure de cotation et calcul du score :
- Pour les 10 items pro-trait (items 1, 3, 4, 6, 8, 11, 14, 16, 18, 20), conserver le score brut de -4 à +4.
- Pour les 10 items con-trait (items 2, 5, 7, 9, 10, 12, 13, 15, 17, 19), inverser le signe de la réponse (ex. : une note de +3 devient -3, une note de -4 devient +4, le 0 demeure inchangé).
- Ajouter une constante de 5 à chacun des 20 scores ainsi obtenus afin de faire disparaître les valeurs négatives (transformant l’intervalle de -4 à +4 en une échelle positive de 1 à 9 points).
- Sommer les 20 scores transformés pour obtenir le score total de fondamentalisme religieux.
- Interprétation des scores totaux :
- Score minimal possible : 20 points (rejet absolu de tout fondamentalisme).
- Point médian théorique : 100 points.
- Score maximal possible : 180 points (fondamentalisme religieux extrême et intégral).
- Plus le score global obtenu est élevé, plus l’orientation fondamentale et rigide du participant est affirmée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 1992 (version originale complète à 20 items publiée dans The International Journal for the Psychology of Religion).
- Droits d’auteur et permissions : Les auteurs, Bob Altemeyer et Bruce Hunsberger, ont traditionnellement mis leurs instruments de recherche à la libre disposition de la communauté scientifique internationale pour tout usage académique, éducatif et non commercial. Aucune redevance ni demande formelle de licence commerciale n’est exigée pour une utilisation dans le cadre d’études universitaires ou de thèses de doctorat, sous réserve d’une citation bibliographique rigoureuse de la publication princeps de 1992.
- Tarifs : Gratuit pour la recherche scientifique et l’enseignement.
12. Références / References
- Adorno, T. W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D. J., & Sanford, R. N. (1950). The authoritarian personality. Harper & Row.
- Altemeyer, B. (1981). Right-wing authoritarianism. University of Manitoba Press.
- Altemeyer, B. (1988). Enemies of freedom: Understanding right-wing authoritarianism. Jossey-Bass.
- Altemeyer, B. (1996). The authoritarian specter. Harvard University Press.
- Altemeyer, B., & Hunsberger, B. (1992). Authoritarianism, religious fundamentalism, quest, and prejudice. The International Journal for the Psychology of Religion, 2(2), 113–133. https://doi.org/10.1207/s15327582ijpr0202_5
- Batson, C. D., & Schoenrade, P. A. (1991). Measuring religion as quest: 1) Validity concerns. Journal for the Scientific Study of Religion, 30(4), 416–429. https://doi.org/10.2307/1387277
- Fullerton, J. T., & Hunsberger, B. (1982). A unidimensional measure of Christian orthodoxy. Journal for the Scientific Study of Religion, 21(4), 317–326. https://doi.org/10.2307/1385521
- Genia, V. (1996). I, E, quest, and fundamentalism as predictors of psychological and spiritual well-being. Journal for the Scientific Study of Religion, 35(1), 56–64. https://doi.org/10.2307/1386395
- Hunsberger, B. (1996). Religious fundamentalism, right-wing authoritarianism, and hostility toward homosexuals in non-Christian religious groups. The International Journal for the Psychology of Religion, 6(1), 39–49. https://doi.org/10.1207/s15327582ijpr0601_5
- Hunsberger, B., Pancer, M. S., Pratt, M., & Alisat, S. (1996). The transition to university: Is religion related to adjustment? In M. Lynn & D. Moberg (Eds.), Research in the social scientific study of religion (Vol. 7, pp. 181–199). JAI Press.
- Hunsberger, B., Pratt, M., & Pancer, S. M. (1994). Religious fundamentalism and integrative complexity of thought: A relationship for existential content only? Journal for the Scientific Study of Religion, 33(4), 335–346. https://doi.org/10.2307/1386494
- Pancer, S. M., Jackson, L. M., Hunsberger, B., Pratt, M. W., & Lea, J. (1995). Religious orthodoxy and the complexity of thought about religious and nonreligious issues. Journal of Personality, 63(2), 213–232. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.1995.tb00808.x
- Rokeach, M. (1960). The open and closed mind: Investigations into the nature of belief systems and personality systems. Basic Books.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Religious Fundamentalism Scale
This survey includes a number of statements about general religious opinions. You will probably find that you agree with some of the statements and disagree with others, to varying extents. Please indicate your reaction to each of the statements by marking your opinion to the left of each statement, according to the following scale:
Mark a –
4 if you very strongly disagree with the statement.
3 if you strongly disagree with the statement.
2 if you moderately disagree with the statement.
1 if you slightly disagree with the statement.
Mark a
+ 1 if you slightly agree with the statement.
+ 2 if you moderately agree with the statement.
+ 3 if you strongly agree with the statement.
+ 4 if you very strongly agree with the statement.
If you feel exactly and precisely neutral about a statement, mark a « 0 » next to it.
- God has given mankind a complete, unfailing guide to happiness and salvation, which must be totally followed.
- All of the religions in the world have flaws and wrong teachings.*
- Of all the people on this earth, one group has a special relationship with God because it believes the most in his revealed truths and tries the hardest to follow his laws.
- The long-established traditions in religion show the best way to honour and serve God, and should never be compromised.
- Religion must admit all its past failings and adapt to modern life if it is to benefit humanity.*
- When you get right down to it, there are only two kinds of people in the world: the Righteous, who will be rewarded by God and the rest, who will not.
- Different religions and philosophies have different versions of the truth and may be equally right in their own way.*
- The basic cause of evil in this world is Satan, who is still constantly and ferociously fighting against God.
- It is more important to be a good person than to believe in God and the right religion.*
- No one religion is especially close to God, nor does God favor any particular group of believers.*
- God will punish most severely those who abandon his true religion.
- No single book of religious writings contains all the important truths about life.*
- It is silly to think people can be divided into « the Good » and « the Evil. » Everyone does some good, and some bad, things.*
- God’s true followers must remember that he requires them to constantly fight Satan and Satan’s allies on this earth.
- Parents should encourage their children to study all religions without bias, then make up their own minds about what to believe.*
- There is a religion on this earth that teaches, without error, God’s truth.
- « Satan » is just the name people give to their own bad impulses. There really is no such thing as a diabolical « Prince of Darkness » who tempts us.*
- Whenever science and sacred scripture conflict, science must be wrong.
- There is no body of teachings, or set of scriptures, which is completely without error.*
- To lead the best, most meaningful life, one must belong to the one, true religion.
Note: The higher the score, the more fundamentalist the response. * = con-trait item, for which the -4 to +4 scoring key is reversed.