1. Résumé / Abstract
L’Échelle de dysfonction sexuelle (Sexual Dysfunction Scale, SDS), élaborée par la psychologue clinicienne et chercheuse Marita P. McCabe au sein de l’Université Deakin (Australie), constitue un instrument psychométrique d’évaluation clinique multidimensionnelle destiné à mesurer et caractériser les facteurs étiologiques, contextuels et relationnels associés aux dysfonctions sexuelles chez les hommes et les femmes. Développée sur une période décennale s’étendant de la fin des années 1980 aux années 1990, l’échelle se structure autour de huit sections thématiques distinctes permettant d’investiguer la nature globale de la difficulté sexuelle ainsi que sept troubles ciblés : l’éjaculation précoce, les troubles érectiles, l’éjaculation retardée, la dysfonction orgasmique, le manque de réactivité sexuelle féminine, le vaginisme et la baisse du désir sexuel.
Chaque composante évalue de façon granulaire les dimensions biomédicales, les habitudes de vie, la qualité de la dynamique relationnelle de couple, l’ancienneté chronologique du trouble, sa fréquence d’occurrence ainsi que sa sévérité intrinsèque. L’instrument analyse également les attitudes cognitives envers la sexualité, les réactions émotionnelles face à l’acte sexuel et les répercussions du trouble sur le partenaire et l’équilibre dyadique. Administrable sous forme d’auto-questionnaire standardisé comportant un embranchement adaptatif (questions d’orientation générale suivies de modules spécialisés), l’instrument requiert entre 10 et 50 minutes de passation selon la comorbidité des dysfonctions rapportées. Ses items combinent des formats dichotomiques (oui/non) et des échelles de type Likert en 5 points.
Sur le plan métrologique, l’instrument a fait l’objet d’une validation rigoureuse auprès d’échantillons cliniques et non cliniques. L’évaluation de la cohérence interne a révélé des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre .61 et .73 à travers les diverses sous-échelles lors de son administration auprès de 120 patients consécutifs en clinique sexologique. La validité convergente et concourante a été étayée par un taux de concordance dyadique de 82 % entre les auto-déclarations des sujets et les hétéro-évaluations indépendantes fournies par leurs partenaires respectifs (n = 89). La SDS s’impose ainsi comme un outil de référence pour le bilan sexologique intégré, la conceptualisation de cas cognitivo-comportementale et le suivi thérapeutique longitudinal des couples et des individus aux prises avec des dysfonctions sexuelles complexes.
2. Mots-clés / Keywords
Dysfonction sexuelle, Évaluation sexologique, Troubles érectiles, Éjaculation précoce, Dysfonction orgasmique, Vaginisme, Désir sexuel hypoactif, Psychométrie, Relations de couple, Échelle de McCabe, Psychopathologie sexuelle, Santé sexuelle.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de dysfonction sexuelle a été conçue et standardisée par :
- Marita P. McCabe, Ph.D., FAPS, professeure émérite de psychologie clinique, School of Psychology, Deakin University, Geelong & Melbourne, Victoria, Australie. Coordonnées institutionnelles : School of Psychology, Deakin University, 221 Burwood Highway, Burwood, Victoria, Australia 3125. Courriel académique : [email protected].
La professeure McCabe est une figure majeure de la recherche internationale en psychologie de la santé, en sexologie clinique et dans l’étude des relations conjugales, ayant produit des contributions majeures sur les interactions entre processus affectifs, dynamiques interpersonnelles et troubles de la fonction sexuelle.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Sexual Dysfunction Scale (SDS) est d’offrir une cartographie systématique, nuancée et empiriquement fondée des multiples composantes qui précipitent, aggravent ou pérennisent les difficultés sexuelles chez l’adulte. Contrairement aux outils unidimensionnels ou purement symptomatiques qui se limitent souvent à comptabiliser la fréquence des rapports ou l’échec mécanique de la réponse génitale (comme l’obtention d’une érection ou la survenue de l’orgasme), la SDS a été spécialement formulée pour examiner l’écologie biopsychosociale de la dysfonction au sein de la vie intime de l’individu et de son couple.
Applications cliniques
Dans la pratique psychothérapeutique, sexologique et psychiatrique, la SDS remplit plusieurs fonctions diagnostiques et pronostiques cruciales :
- Évaluation initiale différentielle et personnalisée : Grâce à son architecture modulaire débutant par un dépistage des dysfonctions présentes, l’outil permet d’orienter immédiatement le patient vers les modules spécifiques qui correspondent à son profil clinique, évitant ainsi la passation superflue d’items non pertinents tout en captant d’éventuelles multimorbidités sexuelles (par exemple, la cooccurrence fréquente d’une éjaculation précoce et d’une baisse secondaire du désir, ou d’une dyspareunie évoluant vers le vaginisme).
- Formulation de cas cognitivo-comportementale : La SDS explore non seulement les symptômes physiologiques, mais également les cognitions anticipatoires anxieuses, les attitudes envers la sexualité, les affects éprouvés lors des interactions érotiques et les mécanismes d’évitement comportemental développés par le sujet ou le couple.
- Détermination des cibles d’intervention : En isolant les déterminants médicaux, les styles de vie (consommation d’alcool, fatigue, stress), l’histoire développementale et l’impact direct du trouble sur la communication conjugale, le clinicien peut hiérarchiser les interventions thérapeutiques (sensibilisation sensuelle de Masters et Johnson, restructuration cognitive, rééducation pelvienne, psychoéducation, ou thérapie de couple).
- Mesure de l’efficacité thérapeutique : Utilisée en pré-traitement, en cours de thérapie et lors du bilan post-traitement, l’échelle permet de quantifier l’évolution de la sévérité globale calculée par l’algorithme de pondération (nature du problème × durée × fréquence), offrant un indice objectif de rémission symptomatique.
Applications en recherche
Dans les champs de la sexologie fondamentale, de la psychologie de la santé et de l’épidémiologie clinique, la SDS constitue un standard métrologique robuste :
- Elle standardise l’évaluation des pathologies sexuelles dans les essais contrôlés randomisés évaluant des approches pharmacologiques, psychosexologiques ou combinées.
- Elle facilite l’exploration empirique des modèles étiologiques de McCabe (1994a, 1994b), en testant comment les facteurs développementaux de l’enfance et de l’adolescence s’articulent avec la qualité du lien conjugal adulte pour moduler la vulnérabilité aux dysfonctions.
- Elle autorise des comparaisons transculturelles et des analyses dyadiques rigoureuses grâce à son module d’accord inter-partenaires.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique au cœur de l’Échelle de dysfonction sexuelle repose sur une conceptualisation multifactorielle et relationnelle des troubles de la réponse sexuelle humaine. La SDS postule que toute altération de la santé sexuelle résulte de la convergence de variables physiologiques, psychologiques intrapersonnelles et dynamiques interpersonnelles. L’outil investigue huit dimensions fondamentales réparties à travers ses sous-échelles spécialisées :
1. Nature du problème sexuel global (30 items)
Cette section générale sert de fondation à l’ensemble du profil évaluatif. Elle mesure l’auto-perception par le sujet de ses difficultés érotiques, le niveau de détresse subjective associé, l’anamnèse temporelle globale du trouble, ainsi que la présence de facteurs médicaux concomitants (pathologies chroniques, interventions chirurgicales pelviennes, traitements pharmacologiques interférant avec la libido ou la vasocongestion) et d’habitudes de vie délétères (tabagisme, sédentarité, toxiques, surcharge professionnelle).
2. Éjaculation précoce (33 items)
Cette sous-échelle évalue l’incapacité de l’homme à exercer un contrôle volontaire suffisant sur son réflexe éjaculatoire, entraînant une expulsion séminale avant ou très peu de temps après l’intromission vaginale ou le début de la stimulation. Les items mesurent la latence éjaculatoire intravaginale perçue, la sensation de perte de contrôle, la détresse personnelle consécutive, la frustration éprouvée quant à la satisfaction de la partenaire et l’apparition d’une anxiété de performance anticipatoire lors des préliminaires.
3. Troubles érectiles (33 items)
Consacrée à la dysfonction érectile, cette dimension évalue l’incapacité récurrente ou persistante à obtenir ou maintenir une rigidité pénienne adéquate jusqu’à l’accomplissement complet de l’acte sexuel. L’outil explore la variabilité contextuelle de l’érection (présence ou absence d’érections matinales spontanées, maintien durant la masturbation versus perte lors de la tentative de pénétration), les cognitions de spectateur (spectatoring), la peur de l’échec et les conduites de fuite de l’intimité corporelle.
4. Éjaculation retardée (31 items)
Cette section quantifie l’inhibition spécifique de la phase d’orgasme masculin, caractérisée par un délai excessif ou une impossibilité totale d’atteindre l’éjaculation malgré une stimulation sexuelle adéquate et prolongée. Les items sondent la fatigue physique induite chez les deux partenaires, la culpabilité ressentie face à l’insatisfaction partagée, ainsi que les représentations mentales et fantasmes nécessaires pour tenter de déclencher l’orgasme.
5. Dysfonction orgasmique féminine (48 items)
Cette sous-échelle approfondie mesure l’absence, le retard marqué ou la diminution considérable de l’intensité de l’orgasme chez la femme après une phase d’excitation sexuelle normale. Elle explore la différenciation entre anorgasmie primaire (survenant tout au long de la vie dans toutes les configurations de stimulation) et anorgasmie secondaire/situationnelle (présente uniquement lors de la pénétration coïtale sans stimulation clitoridienne manuelle concomitante), de même que le niveau d’inhibition corporelle et la capacité d’auto-exploration masturbatoire.
6. Manque de réactivité sexuelle féminine (51 items)
Correspondant historiquement au trouble de l’excitation génitale et subjective chez la femme, ce module évalue l’insuffisance de lubrification vaginale, l’absence de gonflement des tissus génitaux érectiles et l’anesthésie affective lors des caresses érotiques. Les questions interrogent le degré d’aversion, le manque d’engagement psychologique, l’insatisfaction vis-à-vis des préliminaires fournis par le partenaire et l’inconfort somatosensoriel durant le coït.
7. Vaginisme (31 items)
Cette dimension capture le spasme involontaire et récurrent des muscles striés du plancher pelvien entourant le tiers externe du vagin, rendant impossible ou douloureusement intolérable toute tentative de pénétration (pénienne, gynécologique ou par tampon). Les items évaluent l’intensité de la phobie de pénétration, les antécédents de traumatismes ou d’expériences gynécologiques douloureuses, et les manifestations neurovégétatives réflexes de défense lors des approches physiques.
8. Baisse du désir sexuel (91 items)
Constituant le module le plus exhaustif de l’instrument en raison de la complexité intrinsèque de la motivation érotique, cette section évalue le trouble du désir sexuel hypoactif chez les deux sexes. Elle analyse la fréquence des pensées et fantasmes sexuels spontanés, l’appétence pour l’initiation d’ébats amoureux, la réceptivité aux avances du partenaire, les croyances rigides ou culpabilisantes issues de l’éducation religieuse ou familiale, ainsi que la présence d’un évitement systématique de toute situation de séduction intime.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’élaboration de la SDS s’ancre au confluent du modèle de la réponse sexuelle humaine de William Masters et Virginia Johnson, des apports théoriques de Helen Singer Kaplan, de la psychologie cognitivo-comportementale et de la théorie systémique de l’attachement conjugal.
L’évolution du modèle triphasique de la réponse sexuelle
Masters et Johnson (1966) ont initialement conceptualisé le cycle sexuel en quatre phases physiologiques linéaires : l’excitation, le plateau, l’orgasme et la résolution. Kaplan (1974, 1979) a ultérieurement révolutionné ce schéma en introduisant la phase motivationnelle préliminaire du désir, formulant ainsi le modèle triphasique (Désir – Excitation – Orgasme). Marita McCabe s’est appuyée sur ces fondements tout en constatant une lacune empirique majeure dans les instruments de son époque : la tendance à réduire les pannes érectiles ou anorgasmiques à de simples dysfonctionnements biomécaniques locaux, au détriment de leur substrat affectif et relationnel.
Le paradigme cognitivo-comportemental et le rôle de l’anxiété de performance
Dans la continuité des travaux d’Aaron Beck sur les biais cognitifs et des analyses de Joseph Wolpe sur l’anxiété conditionnée, McCabe intègre les concepts majeurs de la thérapie sexuelle cognitive. Au cœur de ce cadre se trouve le phénomène du spectatoring conceptualisé par Masters et Johnson : l’individu cesse d’être immergé dans ses sensations intéroceptives érotiques pour adopter une posture d’auto-observation critique et anxieuse de sa propre performance. Ce basculement cognitif active le système nerveux autonome sympathique, inhibant directement la vasodilatation parasympathique requise pour l’érection masculine et la lubrification vaginale féminine. La SDS est spécifiquement conçue pour capturer ces monologues intérieurs dévalorisants, les croyances irréalistes de performance et l’anticipation catastrophiste de l’échec.
L’intégration étiologique développementale et systémique
Les recherches empiriques conduites par McCabe au début des années 1990 (notamment McCabe, 1994a, 1994b) ont mis en lumière que la survenue d’un trouble sexuel à l’âge adulte ne peut être comprise indépendamment de l’histoire du sujet et de son écologie conjugale contemporaine :
- Facteurs distaux ou développementaux : Les attitudes rigides des parents face à la nudité corporelle, les messages répressifs reçus durant l’adolescence et les premières expériences relationnelles négatives forgent des schémas de vulnérabilité durable.
- Facteurs proximaux ou de maintien conjugal : La détérioration de la communication de couple, les conflits non résolus, l’absence de confiance mutuelle et la rancœur agissent comme de puissants amplificateurs de la dysfonction. Comme l’ont démontré les publications de McCabe (1994b), la qualité de la relation dyadique exerce une influence bidirectionnelle : une mauvaise cohésion relationnelle favorise l’éclosion du trouble, et l’apparition de la dysfonction sexuelle détériore en retour l’intimité émotionnelle du couple.
7. Validité / Validity
La validation psychométrique de la SDS s’est étalée sur une dizaine d’années selon un processus itératif rigoureux garantissant une haute validité de contenu, de construit, prédictive et concourante.
Validité de contenu et développement séquentiel
La première phase a consisté en une revue systématique de la littérature sexologique empirique afin d’extraire l’exhaustivité des facteurs biopsychosociaux documentés comme étant associés à chaque dysfonction spécifique. Cette extraction a servi de socle à la rédaction d’un entretien guidé semi-directif à questions ouvertes. Cet outil préliminaire a été administré à un groupe pilote de 55 individus souffrant de dysfonctions sexuelles avérées, avec un minimum strict de 6 participants par catégorie diagnostique. Les répondants devaient non seulement décrire leurs symptômes, mais également évaluer explicitement la pertinence écologique, la clarté et l’exhaustivité de chaque question au regard de leur vécu intime. Ce filtrage qualitatif approfondi a permis de retenir uniquement les items présentant une validité de contenu irréprochable.
Validité de construit et comparaisons de groupes
Dans un deuxième temps, le protocole a été transformé en un format d’auto-questionnaire à choix forcé, puis administré comparativement à des cohortes de sujets issus de la population générale (non cliniques) et à des patients consultants pour dysfonctions sexuelles (McCabe, 1994a, 1994b). Les analyses statistiques ont mis en évidence des écarts hautement significatifs entre les moyennes des scores des deux populations : les sujets cliniques présentaient des scores de détresse, d’anxiété de performance et d’insatisfaction relationnelle significativement supérieurs à ceux des témoins asymptomatiques, confirmant une excellente validité discriminante.
Validité concourante et concordance dyadique
Une caractéristique remarquable du protocole de validation de la SDS réside dans l’exploitation systématique des données dyadiques. Lors de l’administration de la troisième version de l’échelle à 120 patients consécutifs en clinique sexologique, les 89 participants vivant en couple ont été invités à renseigner un questionnaire parallèle décrivant la nature, la fréquence et le retentissement perçus des difficultés sexuelles de leur conjoint. L’analyse des données a révélé un taux de concordance de 82 % entre l’auto-évaluation du patient index et le rapport fourni de manière aveugle et indépendante par son partenaire intime. Cette corrélation inter-juges exceptionnelle dans le domaine de l’évaluation subjective de la sexualité démontre la remarquable validité concourante et écologique de l’instrument.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de l’Échelle de dysfonction sexuelle a été quantifiée au travers de l’examen de la cohérence interne de ses huit sous-échelles auprès de l’échantillon clinique final composé de 120 consultants en thérapie sexuelle (McCabe, 1994a, 1994b). En raison des comorbidités diagnostiques fréquentes en sexologie clinique, plusieurs patients présentaient plus d’un trouble concomitant, ce qui a permis de ventiler l’analyse de consistance interne sur des sous-groupes cliniques spécifiques.
Coefficients de cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Le tableau métrologique documenté par Marita McCabe met en évidence des coefficients satisfaisants à très satisfaisants pour des dimensions cliniques explorant des construits hétérogènes mêlant dimensions physiologiques, cognitives et conjugales :
- Nature du problème sexuel (30 items ; n = 120 répondants) : α = .63
- Éjaculation précoce (33 items ; n = 26 hommes) : α = .71
- Troubles érectiles (33 items ; n = 38 hommes) : α = .72
- Éjaculation retardée (31 items ; n = 11 hommes) : α = .69
- Dysfonction orgasmique (48 items ; n = 26 femmes) : α = .63
- Manque de réactivité sexuelle féminine (51 items ; n = 18 femmes) : α = .73
- Vaginisme (31 items ; n = 14 femmes) : α = .72
- Baisse du désir sexuel (91 items ; n = 24 hommes et femmes) : α = .61
Interprétation de la stabilité métrologique
Bien que les valeurs alpha situées entre .61 et .69 pour la baisse du désir, l’éjaculation retardée et la dysfonction orgasmique puissent paraître modérées au regard de critères psychométriques d’unidimensionnalité pure, elles s’expliquent théoriquement par la nature délibérément composite des sous-échelles de la SDS. En effet, chaque section intègre intentionnellement des variables biomédicales (ex. prise d’antihypertenseurs), des indicateurs temporels objectifs (durée en mois) et des attitudes émotionnelles subjectives. Cette amplitude conceptuelle restreint mathématiquement la covariance brute entre tous les items d’une même sous-échelle tout en conférant à l’instrument une sensibilité diagnostique clinique supérieure à celle d’échelles courtes redondantes.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Lors de la phase de transformation de l’entretien clinique initial vers l’auto-questionnaire standardisé à choix forcé, les données recueillies auprès des populations cliniques et des témoins sains (McCabe, 1994a, 1994b) ont fait l’objet d’investigations structurelles factorielles exploratoires afin de vérifier l’organisation latente des items.
Structure sous-jacente et regroupements dimensionnels
Les analyses factorielles conduites sur les différents modules ont confirmé que les réponses des patients s’organisaient de manière congruente autour de plusieurs méta-facteurs transversaux récurrents au sein de chaque dysfonction :
- Facteur 1 : Indice de sévérité symptomatique et chronologique : Regroupant avec de fortes saturations (généralement supérieures à .65) les items évaluant la fréquence des échecs de la réponse sexuelle, l’incapacité d’aboutissement de l’acte et l’ancienneté temporelle du trouble en années ou en mois.
- Facteur 2 : Anxiété de performance et détresse cognitive : Isolant les items mesurant l’appréhension anticipatoire, les pensées distrayantes intrusives lors des ébats, la surveillance auto-centrée de ses propres réactions corporelles et les sentiments de honte ou de culpabilité.
- Facteur 3 : Retentissement relationnel et dynamique d’évitement : Caractérisé par des saturations élevées sur les items explorant la rupture de la communication au sein du couple, la diminution des gestes de tendresse non génitaux par crainte de susciter une attente érotique, et l’insatisfaction conjugale globale.
- Facteur 4 : Antécédents médicaux et habitudes de vie : Formant un regroupement orthogonal distinct, ce facteur isole les composantes exogènes (fatigue physique, consommation de psychotropes ou d’alcool, comorbidités somatiques vasculaires ou endocriniennes).
Ces résultats statistiques ont justifié l’architecture modulaire finale de la SDS : plutôt que de forcer l’ensemble des problématiques sexuelles dans un facteur général unique de « dysfonctionnement global », la structure factorielle a validé l’existence de profils nosographiques distincts correspondant précisément aux catégories diagnostiques cliniques de l’Association Américaine de Psychiatrie (DSM).
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle de dysfonction sexuelle (SDS) se présente sous les caractéristiques structurelles et d’administration suivantes :
- Type de test : Auto-questionnaire psychométrique standardisé à embranchements conditionnels (screening initial puis modules diagnostiques dédiés) complété individuellement ou en passation assistée par le clinicien.
- Population cible : Adultes (hommes et femmes) consultant en sexologie, psychiatrie ou médecine générale pour des difficultés sexuelles, ou participants à des études épidémiologiques et cliniques sur la santé sexuelle et relationnelle.
- Nombre total de sections : 8 modules au total : Nature générale du problème (30 items), Éjaculation précoce (33 items), Troubles érectiles (33 items), Éjaculation retardée (31 items), Dysfonction orgasmique (48 items), Manque de réactivité sexuelle féminine (51 items), Vaginisme (31 items), Baisse du désir sexuel (91 items).
- Durée de passation : Variable en fonction du nombre de dysfonctions vécues par le sujet ; généralement de 10 minutes pour un trouble isolé à 50 minutes en cas de multimorbidité sexuelle étendue.
- Format de réponse : Cotation objective des items au moyen de formats dichotomiques (Oui / Non) et d’échelles ordinales de type Likert en 5 points permettant de graduer la fréquence, l’intensité et l’accord du sujet.
- Algorithme de cotation et calcul de sévérité : Les items peuvent être sommés au sein de chaque sous-échelle pour dégager des scores sectoriels. Un indice composé de sévérité globale peut être calculé par le produit matriciel :
Indice de Sévérité = (Nature du problème) × (Durée d'installation du trouble) × (Fréquence d'occurrence du problème).
Des notes distinctes sont simultanément calculées pour les facteurs de mode de vie/médicaux et pour le niveau de détérioration de la relation conjugale.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’élaboration et de finalisation : Processus décennal entamé à la fin des années 1980 et finalisé par les publications de référence de 1994 (McCabe, 1994a, 1994b).
- Statut du droit d’auteur : Propriété intellectuelle de l’auteure, Pr. Marita P. McCabe, et de l’Université Deakin.
- Modalités d’accès et tarifs : Le questionnaire complet dans sa version définitive (troisième version de recherche et de clinique), accompagné du manuel de codage et de la grille de cotation des scores, est disponible sur demande académique auprès de l’auteure principale. L’utilisation dans le cadre de la recherche universitaire non commerciale ou de consultations cliniques institutionnelles est accordée sans frais de redevance (gratuit sous réserve d’autorisation préalable expresse de l’auteure).
- Adresse de correspondance officielle : Professor Marita P. McCabe, School of Psychology, Deakin University, 221 Burwood Highway, Burwood, Victoria, Australia 3125. Courriel de contact : [email protected].
12. Références / References
Les publications fondatrices et travaux scientifiques de référence associés à l’Échelle de dysfonction sexuelle comprennent :
- Kaplan, H. S. (1974). The New Sex Therapy: Active Treatment of Sexual Dysfunctions. Brunner/Mazel. https://doi.org/10.4324/9780203727492
- Kaplan, H. S. (1979). Disorders of Sexual Desire and Other New Concepts and Techniques in Sex Therapy. Brunner/Mazel.
- Masters, W. H., & Johnson, V. E. (1966). Human Sexual Response. Little, Brown and Company.
- Masters, W. H., & Johnson, V. E. (1970). Human Sexual Inadequacy. Little, Brown and Company.
- McCabe, M. P. (1994a). Childhood, adolescent and current psychological factors associated with sexual dysfunction. Sexual and Marital Therapy, 9(3), 267–276. https://doi.org/10.1080/02674659408409587
- McCabe, M. P. (1994b). The influence of the quality of relationship on sexual dysfunction. Australian Journal of Marriage and the Family, 15(1), 2–8.
- McCabe, M. P., & Delaney, S. (1992). The relationship between sexual dysfunctions, relationship factors, and psychological factors. Journal of Sex & Marital Therapy, 18(4), 267–278. https://doi.org/10.1080/00926239208412853
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
- Erectile problems
- Retarded ejaculation
- Orgasmic dysfunction
- Female
- Vaginismus
- Lack of sexual interest