Échelle de Dogmatisme

Analyse psychométrique détaillée de l’Échelle de Dogmatisme (Form E) de Milton Rokeach : cadre théorique de l’esprit ouvert et fermé, validité, fidélité et 40 items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle de Dogmatisme (couramment désignée sous le nom de Dogmatism Scale ou Form E / D-Scale), conçue par le psychologue social Milton Rokeach et détaillée dans son ouvrage fondateur de 1960 intitulé The Open and Closed Mind, constitue un instrument psychométrique classique développé pour quantifier les systèmes de croyances individuels selon l’axe de leur ouverture ou de leur fermeture relative. Contrairement à l’Échelle de Personnalité Autoritaire (connue sous le nom d’Échelle F) d’Adorno et al. (1950), qui mesurait principalement un autoritarisme idéologique axé sur la droite politique et le fascisme, l’Échelle de Dogmatisme a été expressément formulée pour capturer l’autoritarisme général et l’intolérance cognitive indépendamment du contenu idéologique, politique, philosophique ou religieux spécifique des convictions professées.

L’instrument se fonde sur une conceptualisation structurelle selon laquelle un système fermé (dogmatique) se caractérise par une perception absolue de l’autorité, un sentiment d’anxiété ou de menace existentielle face au monde, une compartimentation rigide des idées contradictoires les préservant de toute confrontation critique, et un rejet catégorique des opinions divergentes. La forme standard définitive, la Form E, se compose de 40 items unidirectionnels formulés positivement. Les participants indiquent leur degré d’accord sur une échelle d’évaluation allant de -3 (« pas du tout d’accord ») à +3 (« tout à fait d’accord »). Pour la cotation psychométrique, une constante de 4 est ajoutée à chaque score d’item, générant une échelle de 1 à 7 et un score global sommatoire variant de 40 à 280, où un résultat élevé dénote une fermeture cognitive marquée.

Sur le plan psychométrique, la Form E présente des indices de consistance interne satisfaisants, avec des coefficients de fidélité oscillant entre 0,68 et 0,93 à travers des échantillons normatifs diversifiés comprenant des étudiants américains et britanniques, des ouvriers d’usines automobiles et des anciens combattants institutionnalisés. La validité concurrente et de construit a été appuyée par la méthode des « groupes connus » (known groups) et des corrélations modérées à fortes avec des instruments connexes comme l’Échelle F et l’Échelle d’Opinion (Opinionation Scale). Quoique développée selon un modèle théorique unidimensionnel, la structure factorielle a suscité d’abondants débats empiriques ayant isolé plusieurs dimensions sous-jacentes d’organisation cognitive.

2. Mots-clés / Keywords

Dogmatisme, Milton Rokeach, système de croyances ouvert et fermé, fermeture cognitive, autoritarisme général, psychométrie, rigidité mentale, intolérance de l’ambiguïté, échelle D, fidélité psychométrique, validité de construit, compartimentation cognitive.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle de Dogmatisme a été conçue et standardisée par le chercheur américain en psychologie sociale Milton Rokeach (1918–1988). Durant l’élaboration et la publication des formes successives de l’échelle (notamment les formes A à E, publiées entre 1956 et 1960), Milton Rokeach était professeur au département de psychologie de la Michigan State University (East Lansing, Michigan, États-Unis). Par la suite, il a poursuivi ses travaux académiques pionniers sur les valeurs humaines et les systèmes de croyances à la Washington State University.

Les affiliations historiques majeures associées à la validation de la Form E incluent le Département de Psychologie de la Michigan State University, le Département de Psychologie de l’Ohio State University, ainsi que des institutions britanniques collaboratrices telles que l’University College London (UCL) et le Birkbeck College de l’Université de Londres. Les demandes relatives aux archives historiques et aux droits de publication sont gérées par les ayants droit académiques et les éditeurs originaux de l’ouvrage (Basic Books / HarperCollins).

4. Objectif / Purpose

L’Échelle de Dogmatisme a été élaborée pour remédier à une lacune conceptuelle et méthodologique majeure qui caractérisait la recherche sur la personnalité après la Seconde Guerre mondiale. Les travaux emblématiques de Theodor W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel Levinson et R. Nevitt Sanford (1950) sur l’Échelle F avaient lié la structure autoritaire de la personnalité à des idéologies d’extrême droite, conservatrices ou fascistes. Rokeach a postulé qu’une telle approche confondait le contenu substantiel des croyances avec la structure cognitive sous-jacente du fonctionnement de l’esprit. L’objectif cardinal de l’Échelle de Dogmatisme est donc de mesurer le dogmatisme en tant que disposition cognitive générale, indépendamment de toute coloration politique (qu’elle soit d’extrême gauche, centriste ou d’extrême droite), philosophique, théologique ou scientifique.

Dans sa justification théorique, Rokeach souligne qu’un individu peut adhérer avec ferveur à une idéologie marxiste, libérale, humaniste ou théologique traditionaliste, tout en manifestant exactement les mêmes mécanismes structurels de fermeture d’esprit, de vénération inconditionnelle de l’autorité dogmatique et d’incapacité à tolérer les perspectives dissidentes. L’instrument vise ainsi à quantifier la variabilité individuelle sur le continuum de l’ouverture-fermeture cognitive (open-closed mindedness) afin d’élucider comment l’être humain traite l’information, intègre les contradictions logiques, interagit avec les figures investies d’autorité et appréhende son environnement socio-culturel.

Dans les contextes de recherche académique et appliquée, l’Échelle D a été employée dans un spectre étendu de disciplines :

  • Psychologie sociale et politique : Étude de la polarisation politique, analyse comparative des extrémismes idéologiques de gauche et de droite, examen de l’adhésion aux mouvements sectaires ou aux théories du complot.
  • Psychologie de la religion : Exploration des relations entre ferveur religieuse, orthodoxie doctrinale, intégrisme et préjugés raciaux ou sociaux (comme l’ont documenté les recherches de Gilmore, 1969, ou Hoge & Carroll, 1973).
  • Psychologie cognitive et du jugement : Analyse de la résolution de problèmes complexes, de la flexibilité mentale, de la tolérance à l’ambiguïté et de la résistance au changement face à des contre-preuves logiques.
  • Psychologie clinique et du conseil : Évaluation des styles rigides d’adaptation, de l’anxiété existentielle sous-jacente et de la difficulté relationnelle liée à une incapacité à négocier ou à concevoir des points de vue divergents.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle de Dogmatisme repose sur la dynamique organisationnelle des systèmes de croyances, articulée autour de deux pôles : le système ouvert et le système fermé. Rokeach conceptualise un système de croyances comme un agencement interdépendant de croyances acceptées (le « système » proprement dit) et de croyances rejetées (le « hors-système » ou sous-systèmes de non-croyance). Quatre dimensions cardinales sous-tendent ce construit :

5.1. Dépendance absolue envers l’autorité et soumission hiérarchique

Dans un système fermé, l’autorité n’est pas simplement reconnue pour son expertise fonctionnelle ; elle est érigée en instance absolue et infaillible. Le sujet dogmatique juge de la valeur épistémique d’une idée non pas en vertu de sa validité empirique intrinsèque ou de sa rigueur logique, mais en fonction de la source dont elle émane. Si la figure d’autorité reconnue (un chef d’État, un texte sacré, un parti, une doctrine théorique) valide une proposition, celle-ci devient vérité irréfutable. L’évaluation de l’information extérieure est subordonnée au filtre de l’autorité, entraînant une docilité acritique envers le groupe d’appartenance et ses dirigeants.

5.2. Compartimentation et isolation cognitive des croyances

L’une des signatures psychologiques du dogmatisme réside dans l’incapacité ou le refus d’intégrer des propositions divergentes au sein d’une structure logique unifiée. L’individu dogmatique compartimente ses cognitions dans des « cloisons étanches » psychologiques. De cette façon, deux postulats contradictoires issus d’une même autorité peuvent coexister dans l’appareil cognitif du sujet sans susciter de dissonance cognitive ni de remise en question critique. Cette isolation protège le noyau central de convictions contre les attaques rationnelles et empêche la résolution intégrative des contradictions.

5.3. Rejet systématique et intolérance envers l’altérité idéologique

Le système fermé se caractérise par une frontière rigide et imperméable entre l’endogroupe idéologique et les exogroupes. Les croyances qui entrent en conflit avec les dogmes acceptés sont promptement et agressivement rejetées. Les individus qui partagent ou défendent ces idées dissidentes ne sont pas perçus comme des contradicteurs légitimes dotés d’une rationalité propre, mais comme des entités égarées, hostiles, immorales ou « contre la vérité ». Le compromis est systématiquement interprété comme une trahison intolérable de son propre camp.

5.4. Perception d’un monde menaçant, anxiété existentielle et téléologie compensatoire

Sur le plan affectif et ontologique, Rokeach insiste sur le fait que la fermeture dogmatique n’est pas un simple déficit intellectuel, mais une structure de défense psychologique contre un profond sentiment de vulnérabilité. Le sujet dogmatique perçoit le monde physique et social comme un lieu fondamentalement solitaire, hostile et menaçant (« Fundamentally, the world we live in is a pretty lonesome place »). Pour neutraliser cette détresse existentielle, l’esprit dogmatique se raccroche à une « grande cause » transcendante, sacrifie le présent inconfortable au profit d’un avenir idéalisé et adopte une posture psychologique du « tout ou rien », se percevant comme investi d’une mission historique ou rédemptrice.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique de l’Échelle de Dogmatisme s’inscrit au carrefour de la théorie de la Gestalt, de la psychologie cognitive structurale et de la psychologie dynamique de la personnalité. Milton Rokeach s’est fortement inspiré des travaux de Kurt Lewin sur la topologie de l’espace vital et les barrières psychologiques, tout en engageant un dialogue critique avec le modèle psychanalytique et sociologique développé par l’Institut de recherche sociale de Francfort (Theodor Adorno et al., 1950).

6.1. La rupture épistémologique avec l’Échelle F

Adorno et ses collègues avaient postulé que l’autoritarisme résultait d’une dynamique psychodynamique issue d’une éducation parentale punitive et rigide, générant une agressivité refoulée canalisée vers des boucs émissaires minoritaires (l’antisémitisme, l’ethnocentrisme). Cependant, cette conceptualisation assimilait structurellement l’autoritarisme à l’idéologie fasciste et conservatrice. Rokeach a démontré empiriquement l’existence d’autoritarismes de gauche (notamment au sein du militantisme communiste dogmatique) et de dogmatismes a-politiques, rendant caduque une théorie exclusivement axée sur le contenu idéologique de droite. Il a dès lors distingué la forme de la croyance de son contenu : la manière dont une personne pense est psychologiquement dissociable de ce qu’elle pense.

6.2. L’organisation structurale de l’esprit ouvert et fermé (Rokeach, 1960)

Selon le modèle théorique formel de Rokeach, tout système cognitif est ordonné selon trois dimensions interdépendantes :

  1. La dimension Croyance-Désaccord (Belief-Disbelief Dimension) : Organisation relative du système accepté et des sous-systèmes de non-croyance. Plus le système est fermé, plus le système de non-croyance est perçu comme homogène et totalement disqualifié.
  2. La dimension Centrale-Périphérique (Central-Peripheral Dimension) : Les croyances centrales concernent la nature primitive du monde physique, du soi et de l’autorité (ex. : le monde est un lieu d’angoisse ; l’autorité est absolue). Les croyances périphériques découlent des directives de ces autorités centrales. Chez l’esprit fermé, les croyances périphériques changent instantanément si l’autorité change d’avis, sans réorganisation logique interne.
  3. La dimension Temporelle (Time Perspective Dimension) : L’esprit ouvert ancre son évaluation dans le présent tout en intégrant de façon réaliste le passé et le futur. L’esprit dogmatique manifeste une distorsion temporelle : le présent est dévalué comme un temps de souffrance ou de lutte acharnée, tandis que le futur est surinvesti comme l’ère eschatologique du triomphe de la vérité.

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique de la validité de l’Échelle de Dogmatisme (Form E) a mobilisé de multiples stratégies empiriques, incluant la méthode des groupes connus, l’analyse des corrélations convergentes et discriminantes, ainsi que des paradigmes expérimentaux de résolution de problèmes cognitifs.

7.1. Validité de construit par la méthode des groupes connus (Known Groups Method)

Rokeach (1960) a documenté deux études charnières employant la méthode des groupes contrastés afin de vérifier la capacité de l’échelle à discriminer fidèlement les individus indépendamment de leur orientation idéologique :

  • Première étude (évaluation par les professeurs) : Des professeurs d’université hors psychologie de la Michigan State University devaient identifier, parmi leurs étudiants gradués, des sujets manifestant des systèmes de croyances hautement ouverts (n = 13) ou hautement fermés (n = 16) selon les définitions conceptuelles fournies. L’administration conjointe de l’Échelle D, de l’Échelle F, de l’Échelle d’Opinionation et de l’Échelle d’Ethnocentrisme n’a révélé aucune différence statistiquement significative entre les deux cohortes. Rokeach a analysé cet échec prédictif en invoquant un effet de « masque académique » : dans le cadre hiérarchique étudiant-professeur, les étudiants adoptent une posture polie, intellectualisée et prudente qui dissimule leur structure cognitive profonde aux yeux de leurs évaluateurs.
  • Deuxième étude (évaluation par les pairs) : Afin de contourner ce biais relationnel, des étudiants en psychologie ont sélectionné, parmi leurs pairs et connaissances extérieures, 10 sujets jugés extrêmement dogmatiques et 10 sujets jugés extrêmement ouverts. Les résultats ont mis en évidence une différence hautement significative dans la direction prédite (p = 0,01). Les pairs familiers, témoins d’interactions informelles dénuées de masque professionnel, avaient correctement cerné le style cognitif réel capté par l’instrument.

7.2. Validité convergente et concurrente

Les investigations psychométriques ont constamment démontré des corrélations positives significatives (généralement comprises entre r = 0,50 et r = 0,75) entre l’Échelle de Dogmatisme et l’Échelle F d’Adorno. Cette corrélation substantielle atteste d’un noyau commun lié à la rigidité et à l’autoritarisme. Cependant, la validité divergente a été mise en lumière lorsque des populations d’extrême gauche (notamment des étudiants communistes au Royaume-Uni) ont obtenu des scores élevés à l’Échelle D tout en rejetant massivement les items de l’Échelle F (Rokeach, 1960), confirmant la neutralité idéologique relative du construit dogmatique.

7.3. Validité prédictive et expérimentale

Au-delà des questionnaires autorapportés, Rokeach a démontré la validité prédictive de l’instrument à travers des épreuves de laboratoire telles que le problème d’échecs miniaturisé du « Doodlebug Problem ». Les individus obtenant des scores faibles au dogmatisme (système ouvert) ont résolu ce problème intellectuel complexe significativement plus vite et avec une plus grande aptitude à surmonter les postulats implicites erronés que les individus dogmatiques, démontrant que la fermeture mentale altère directement l’assimilation de nouvelles règles logiques.

8. Fidélité / Reliability

L’affinement psychométrique successif de l’Échelle de Dogmatisme, depuis la forme initiale Form A (57 items) jusqu’à la Form E (40 items), avait pour ambition déclarée de maximiser la cohérence interne et la stabilité métrique à travers des cohortes démographiquement hétérogènes.

8.1. Consistance interne (Coefficients de cohérence)

Les études initiales rapportées par Rokeach (1960) font état de coefficients de fidélité (calculés selon la méthode de bissection corrigée par la formule de Spearman-Brown ou par l’alpha de Cronbach) variant dans un intervalle satisfaisant :

  • Dans les échantillons d’étudiants collégiaux américains (Michigan State, Ohio State), les coefficients de fidélité se situaient entre 0,68 et 0,85.
  • Dans les groupes d’étudiants britanniques (University College London et Birkbeck College), la fidélité a atteint des valeurs comprises entre 0,79 et 0,83.
  • Dans les cohortes d’adultes non étudiants (notamment les vétérans en foyer d’accueil de l’État de New York et les ouvriers d’usines automobiles en Grande-Bretagne), la consistance interne s’est montrée particulièrement robuste, atteignant des pics de 0,91 à 0,93.

Rokeach a défendu la valeur de ces indices en soulignant qu’ils constituent un résultat remarquable compte tenu de l’immense hétérogénéité thématique des 40 énoncés, qui explorent des domaines d’expérience superficiellement déconnectés (philosophie, politique, amitié, perception de la mort, anxiété, admiration des grands hommes).

8.2. Données normatives et dispersion

L’échantillon normatif global de validation de la Form E comptait 508 participants. Les moyennes et écarts-types documentés démontrent une sensibilité différentielle nette :

  • Moyennes obtenues : Les scores moyens variaient de 141,3 (échantillons d’étudiants de l’Ohio State University) à 183,2 (vétérans institutionnalisés). Les étudiants américains présentaient des moyennes particulièrement stables (entre 141,3 et 143,8). Les étudiants britanniques présentaient un score moyen supérieur (152,8), attribué par Rokeach à la présence plus marquée de groupes politiquement polarisés au sein de cet échantillon.
  • Écarts-types (SD) : Les écarts-types témoignaient d’une homogénéité remarquable d’une cohorte à l’autre, se situant systématiquement entre 22,1 et 28,2, confirmant la stabilité distributionnelle de l’échelle sommatoire sur l’étendue possible (40 à 280).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Bien que Milton Rokeach ait conceptualisé l’Échelle de Dogmatisme comme un instrument composite global censé mesurer une dimension unique et cohérente de fermeture cognitive, les progrès méthodologiques de l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) ont remis en question cette stricte unidimensionnalité au fil des décennies post-1960.

9.1. Les analyses factorielles exploratoires historiques

Des psychomètres de renom, notamment Troldahl et Powell (1965), Kerlinger et Rokeach (1966), ainsi que Vacchiano, Strauss et Hochman (1969), ont soumis la matrice des intercorrélations des 40 items de la Form E à des analyses en composantes principales suivies de rotations orthogonales (Varimax) et obliques. Ces travaux ont régulièrement échoué à isoler un facteur général dominant unique expliquant une part prépondérante de la variance. Au lieu de cela, l’espace factoriel a révélé l’existence de plusieurs facteurs de premier ordre distincts :

  • Facteur 1 : Isolation et compartimentation des croyances (saturé par les items relatifs au refus du compromis idéologique et à la surveillance des membres de son propre camp ; ex. items 24, 25, 28, 29).
  • Facteur 2 : Sentiment d’aliénation, impuissance et angoisse existentielle (saturé par les items décrivant la solitude du monde et la misère humaine ; ex. items 5, 6, 7, 9).
  • Facteur 3 : Recours absolu à l’autorité et aux experts (saturé par la dépendance aux dirigeants et aux mentors fiables ; ex. items 8, 34, 35).
  • Facteur 4 : Intolérance envers l’ambiguïté et vision manichéenne de la vérité (saturé par la dichotomie du monde entre partisans et adversaires de la vérité ; ex. items 22, 30, 31).
  • Facteur 5 : Dévouement sacrificiel à une cause transcendante et vision temporelle eschatologique (saturé par l’idéalisme héroïque et le dédain du présent ; ex. items 14, 20, 21, 37, 38).

9.2. Débats contemporains et limites structurelles

L’hétérogénéité factorielle observée s’explique en partie par la stratégie de conception de Rokeach, qui a délibérément inséré des facettes variées du modèle pour refléter la richesse de la théorie de la Gestalt. Néanmoins, les méthodologistes contemporains pointent le risque d’un biais d’acquiescement non contrôlé : dans la mesure où les 40 items sont formulés dans le même sens (aucun item inversé), le premier facteur extrait dans les AFE non corrigées absorbe souvent une part importante de variance de réponse affirmative (yea-saying). Plusieurs auteurs ont donc recommandé la modélisation bifactorielle ou l’usage de sous-échelles factoriellement pures dans les investigations cliniques et cognitives fines.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Dogmatism Scale – Form E (D-Scale) / Échelle de Dogmatisme – Forme E.
  • Auteur : Milton Rokeach (1956, 1960).
  • Nature de l’épreuve : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (auto-rapporté / self-administered).
  • Nombre d’items : 40 énoncés formulés à la forme directe (aucun item formulé en sens inverse).
  • Temps de passation : Environ 15 à 25 minutes.
  • Conditions d’administration : Passation individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou informatisé. Aucune compétence clinique spécialisée n’est requise pour l’administration.
  • Échelle de réponse (Format d’évaluation d’origine) : Échelle de type Likert en 6 points sans point médian neutre opérationnel :
    • -3 : strongly disagree (fortement en désaccord)
    • -2 : disagree (en désaccord)
    • -1 : slightly disagree (légèrement en désaccord)
    • +1 : slightly agree (légèrement d’accord)
    • +2 : agree (d’accord)
    • +3 : strongly agree (fortement d’accord)

    (Note : Bien que la notice d’origine mentionne parfois la possibilité d’une réponse 0 = neutral, la cotation psychométrique standard de la Form E exclut le point 0 pour forcer le choix directionnel du sujet).

  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Afin d’éliminer les valeurs négatives et de faciliter le traitement statistique manuel et informatisé, une constante arithmétique de +4 est ajoutée au score brut de chaque item (la note brute -3 devient 1 ; -2 devient 2 ; -1 devient 3 ; +1 devient 5 ; +2 devient 6 ; +3 devient 7).
    • Le score global de dogmatisme correspond à la somme directe des 40 items transformés.
    • Étendue théorique des scores : De 40 à 280 points.
    • Interprétation normative : Plus le score cumulé est élevé, plus le système de croyances du répondant est diagnostiqué comme fermé, rigide et dogmatique. Des scores bas dénotent une flexibilité conceptuelle, un esprit ouvert et une indépendance critique envers l’autorité.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1956 (premières itérations dans les revues spécialisées) ; 1960 (publication définitive de la Form E dans l’ouvrage de référence The Open and Closed Mind).
  • Statut du copyright et propriété intellectuelle : Les items originaux et la grille conceptuelle ont été publiés dans le domaine scientifique par Basic Books (HarperCollins). Conformément aux règles d’usage académique universel, l’instrument relève de l’accès libre à des fins de recherche non commerciale et d’enseignement universitaire (academic research fair use).
  • Coût et tarification : Libre de redevance pour les chercheurs, les universitaires et les étudiants dans le cadre de projets d’étude à but non lucratif. Aucune licence commerciale onéreuse n’est exigée pour l’administration papier ou scientifique conventionnelle.
  • Conditions de reproduction : La citation formelle de l’ouvrage princeps de Milton Rokeach (1960) est impérative lors de toute dissémination de données ou publication scientifique intégrant les scores de la Form E.

12. Références / References

Les sources académiques suivantes documentent la conception théorique, le développement psychométrique et les applications empiriques de l’Échelle de Dogmatisme :

  • Adorno, T. W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D. J., & Sanford, R. N. (1950). The authoritarian personality. Harper & Row. https://doi.org/10.1037/10006-000
  • Gilmore, S. K. (1969). Personality differences between high and low dogmatism groups of Pentecostal believers. Journal for the Scientific Study of Religion, 8(1), 161–166. https://doi.org/10.2307/1385260
  • Hoge, D. R., & Carroll, J. W. (1973). Religiosity and prejudice in northern and southern churches. Journal for the Scientific Study of Religion, 12(2), 181–197. https://doi.org/10.2307/1384888
  • Kerlinger, F., & Rokeach, M. (1966). The factorial nature of the F and D scales. Journal of Personality and Social Psychology, 4(4), 391–399. https://doi.org/10.1037/h0023797
  • Kilpatrick, D. G., Sutker, L. W., & Sutker, P. B. (1970). Dogmatism, religion, and religiosity: A review and re-evaluation. Psychological Reports, 26(1), 15–22. https://doi.org/10.2466/pr0.1970.26.1.15
  • Mangis, M. W. (1995). Religious beliefs, dogmatism, and attitudes toward women. Journal of Psychology and Christianity, 14(1), 13–25.
  • Rokeach, M. (1956). Political and religious dogmatism: An alternative to the authoritarian personality. Psychological Monographs: General and Applied, 70(18), 1–43. https://doi.org/10.1037/h0093727
  • Rokeach, M. (1960). The open and closed mind: Investigations into the nature of belief systems and personality systems. Basic Books.
  • Strickland, B. R., & Weddell, S. C. (1972). Religious orientation, radical prejudice, and dogmatism: A study of Baptists and Unitarians. Journal for the Scientific Study of Religion, 11(4), 395–400. https://doi.org/10.2307/1384683
  • Troldahl, V. C., & Powell, F. A. (1965). A short-form dogmatism scale for use in field studies. Social Forces, 44(2), 211–214. https://doi.org/10.2307/2575631
  • Vacchiano, R. B., Strauss, P. S., & Hochman, L. (1969). The open and closed mind: A review of dogmatism. Psychological Bulletin, 71(4), 261–273. https://doi.org/10.1037/h0027209

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

The United States and Russia have just about nothing in common.
2

The highest form of government is a democracy, and the highest form of democracy is a government run by those who are most intelligent.
3

Even though freedom of speech for all groups is a worthwhile goal, it is unfortunately necessary to restrict the freedom of certain political groups.
4

It is only natural that a person would have a much better acquaintance with ideas he believes in than with ideas he opposes.
5

Man on his own is a helpless and miserable creature.
6

Fundamentally, the world we live in is a pretty lonesome place.
7

Most people just don't give a "damn" for others.
8

I'd like it if I could find someone who would tell me how to solve my personal problems.
9

It is only natural for a person to be rather fearful of the future.
10

There is so much to be done and so little time to do it in.
11

Once I get wound up in a heated discussion, I just can't stop.
12

In a discussion I often find it necessary to repeat myself several times to make sure I am being understood.
13

In a heated discussion I generally become so absorbed in what I am going to say that I forget to listen to what the others are saying.
14

It is better to be a dead hero than a live coward.
15

While I don't even like to admit this even to myself, my secret ambition is to become a great man, like Einstein or Beethoven or Shakespeare.
16

The main thing in life is for a person to want to do something important.
17

If given the chance, I would do something of great benefit to the world.
18

In the history of mankind there have probably been just a handful of really great thinkers.
19

There are a number of people I have come to hate because of things they stand for.
20

A man who does not believe in some great cause has not really lived.
21

It is only when a person devotes himself to an ideal or cause that life becomes meaning­ful.
22

Of all the different philosophies that exist in this world there is probably only one that is correct.
23

A person who gets enthusiastic about too many causes is likely to be a pretty "wishy­ washy" sort of person.
24

To compromise with our political opponents is dangerous because it usually leads to a betrayal of our own side.
25

When it comes to differences of opinion in religion, we must be careful not to compromise with those who believe differently from the way we do.
26

In times like these, a person must be pretty selfish if he considers primarily his own happiness.
27

The worst crime a person could commit is to attack publicly the people who believe the same things he does.
28

In times like these it is often necessary to be more on guard against ideas put out by peo­ple or groups in one's own camp than by those in the opposing camp.
29

A group which tolerates too many differences of opinion among its own members cannot exist for long.
30

There are two kinds of people in this world: those who are for the truth and those who are against the truth.
31

My blood boils whenever a person stubbornly refuses to admit he is wrong.
32

A person who thinks primarily of his own happiness is beneath contempt.
33

Most of the ideas that get printed nowadays aren't worth the paper they are printed on.
34

In this complicated world of ours the only way we can know what's going on is to rely on leaders or experts who can be trusted.
35

It is often desirable to reserve judgment about what's going on until one has had a chance to hear the opinions of those one respects.
36

In the long run the best way to live is to pick friends and associates whose tastes and be­liefs are the same as one's own.
37

The present is all too often full of unhappiness. It is only the future that counts.
38

If a man is to accomplish his mission in life, it is sometimes necessary to gamble "all or nothing at all."
39

Unfortunately a good many people with whom I have discussed important social and moral problems don't really understand what's going on.
40

Most people just don't know what's good for them.
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle de Dogmatisme. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-dogmatisme-rokeach
Looti, Mohammed. “Échelle de Dogmatisme.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-dogmatisme-rokeach.
Looti, Mohammed. “Échelle de Dogmatisme.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-dogmatisme-rokeach.