Échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne (M-C SDS)

Analyse psychométrique complète de l’Échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne (M-C SDS), créée par Douglas P. Crowne et David Marlowe en 1960. Découvrez ses fondements théoriques, sa fidélité, sa validité, sa cotation et ses items authentiques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 15, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 15, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

L’Échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne (Marlowe-Crowne Social Desirability Scale, M-C SDS), développée initialement par Douglas P. Crowne et David Marlowe en 1960 à l’Ohio State University, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et largement validés dans l’histoire de l’évaluation psychologique. Conçue pour surmonter les limites conceptuelles et empiriques des échelles antérieures — notamment l’échelle de désirabilité sociale d’Allen Edwards (1957) qui présentait une forte contamination par des symptômes psychopathologiques et névrotiques —, la M-C SDS propose d’opérationnaliser la désirabilité sociale non pas comme une simple distorsion méthodologique ou un artefact d’évaluation, mais comme la manifestation d’un trait de personnalité sous-jacent : le besoin d’approbation sociale (need for approval).

L’instrument se compose de 33 items auto-rapportés adoptant un format de réponse dichotomique (Vrai / Faux). L’architecture de l’échelle repose sur une sélection rigoureuse d’énoncés décrivant des comportements hautement valorisés sur le plan socioculturel mais statistiquement rares (par exemple, admettre systématiquement ses erreurs sans la moindre hésitation), ou au contraire des comportements culturellement désapprouvés mais universellement ou quasi universellement partagés dans la population générale (tels que ressentir occasionnellement du ressentiment ou l’envie de médire d’autrui). Dix-huit items sont cotés de manière affirmative (« Vrai ») et quinze items de manière négative (« Faux »), limitant de facto l’impact du biais d’acquiescement systématique.

Sur le plan des propriétés psychométriques fondamentales, la M-C SDS atteste d’une excellente consistance interne originelle, objectivée par un coefficient de Kuder-Richardson 20 (KR-20) de 0,88, ainsi que d’une remarquable stabilité temporelle matérialisée par une fidélité test-retest de 0,89 évaluée à un intervalle d’un mois. Corrélée modérément à l’échelle d’Edwards (r = 0,35), elle démontre une indépendance substantielle à l’égard des échelles de psychopathologie du Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI). Cet instrument s’impose tant en recherche fondamentale pour contrôler la variance de méthode associée aux biais de réponse qu’en psychologie clinique, organisationnelle et différentielle pour évaluer les dynamiques défensives d’ajustement psychosocial.

2. Mots-clés

Désirabilité sociale, Marlowe-Crowne, besoin d’approbation, psychométrie, gestion des impressions, biais d’auto-évaluation, fidélité test-retest, validité de construit, consistance interne, théorie de l’apprentissage social, auto-illusion, inventaire de personnalité.

3. Auteurs

L’échelle a été conçue et standardisée par deux figures majeures de la psychologie américaine de la seconde moitié du XXe siècle :

  • Douglas P. Crowne, Ph.D. : Professeur de psychologie à l’Ohio State University lors de la conception de l’instrument, ultérieurement professeur à l’University of Connecticut et à l’University of Waterloo. Spécialiste reconnu de la psychologie de la personnalité, de l’évaluation psychométrique et des processus d’apprentissage social.
  • David Marlowe, Ph.D. : Chercheur et clinicien en psychologie, affilié à l’Ohio State University puis à l’University of Kentucky et au Walter Reed Army Institute of Research. Ses travaux ont profondément influencé l’analyse des styles de réponse défensifs et l’interaction entre traits de personnalité et conformisme social.

Leurs travaux conjoints ont culminé avec la publication princeps de 1960 dans le Journal of Consulting Psychology, suivie de leur monographie séminale de 1964 intitulée The Approval Motive: Studies in Evaluative Dependence, qui a formalisé les soubassements théoriques et empiriques du construit.

4. Objectif

L’objectif fondamental de l’Échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne est double : il englobe à la fois une visée méthodologique de contrôle métrologique et une visée substantielle de diagnostic de la personnalité. Historiquement, le recours massif aux questionnaires auto-rapportés dans les années 1950 a mis en lumière la vulnérabilité intrinsèque de ces outils face aux distorsions de réponse délibérées ou inconscientes. Les participants ont une propension documentée à présenter une image d’eux-mêmes conforme aux attentes normatives et aux valeurs morales dominantes de leur environnement socioculturel, altérant ainsi la validité interne et externe des mesures psychologiques.

Cependant, là où les contemporains de Crowne et Marlowe considéraient la désirabilité sociale comme une pure nuisance méthodologique qu’il convenait d’éradiquer ou de corriger mathématiquement, les auteurs ont postulé que cette tendance traduisait en réalité une caractéristique motivationnelle stable de l’individu : le besoin d’approbation sociale (need for approval) combiné à une peur aiguë du rejet ou de la désapprobation. L’échelle a donc été construite pour quantifier précisément cette disposition motivationnelle sans la confondre avec l’absence de pathologie psychiatrique.

Applications en recherche scientifique

Dans les protocoles de recherche en sciences humaines, sociales et comportementales, la M-C SDS est fréquemment employée comme variable de contrôle ou covariable statistique. Elle permet aux chercheurs de vérifier si les corrélations observées entre deux variables auto-rapportées (par exemple, l’empathie et la propension au comportement prosocial, ou le bien-être subjectif et l’intelligence émotionnelle) ne résultent pas simplement d’une variance partagée due au biais de présentation de soi. Lorsqu’un chercheur observe qu’une corrélation substantielle subsiste après avoir contrôlé par régression partielle ou modélisation en équations structurelles le score de la M-C SDS, la robustesse du construit principal est alors attestée empiriquement.

Applications cliniques et médico-légales

Dans le domaine de l’évaluation clinique et de l’expertise médico-légale (psychologie légale, évaluations de garde d’enfants, expertises pénales), la M-C SDS permet de repérer les profils de dissimulation défensive (faking good ou minoration des symptômes). Un score exceptionnellement élevé à l’échelle incite le praticien à interpréter les profils cliniques avec circonspection : le patient peut adopter une stratégie d’évitement du conflit thérapeutique, nier systématiquement ses difficultés affectives, ou présenter une posture de conformité de façade masquant une détresse psychologique refoulée ou une rigidité adaptative prononcée.

Applications en psychologie du travail et des organisations

Au cours des processus de sélection du personnel, d’évaluation des compétences ou de bilans de leadership, les candidats sont naturellement incités à maximiser leurs qualités perçues et à minimiser leurs faiblesses. L’utilisation de la M-C SDS permet d’apprécier la tendance du postulant à adopter une posture d’hyper-conformisme, de déceler une incapacité à reconnaître ses propres erreurs (facteur de risque en matière de gestion de crise), et de pondérer les scores obtenus aux tests de personnalité professionnelle (notamment sur les dimensions de Conscience, d’Agréabilité et de Stabilité émotionnelle du modèle du Big Five).

5. Construit psychologique

Le construit psychologique opérationnalisé par l’échelle de Marlowe-Crowne s’articule autour de la dynamique du besoin d’approbation et de l’évitement défensif de la désapprobation d’autrui. Contrairement aux approches réduisant la désirabilité sociale à un simple mensonge instrumental, le modèle de Crowne et Marlowe envisage ce construit comme un trait dispositionnel profond régissant les conduites d’adaptation interpersonnelle.

La dialectique Attribution versus Déni

L’analyse approfondie des 33 items met en évidence deux sous-processus psychologiques distincts et complémentaires :

  • L’attribution de vertus improbables (Attribution) : Cette dimension regroupe les items formulés positivement (cotés « Vrai ») où le sujet s’attribue des conduites morales, civiques ou relationnelles irréprochables, dont la réalisation constante est statistiquement et humainement exceptionnelle. Par exemple, affirmer : « Avant de voter, j’étudie à fond les compétences de tous les candidats » ou « Je n’hésite jamais à faire un détour pour aider quelqu’un en difficulté ». Un individu manifestant un fort besoin d’approbation revendique ces comportements héroïques du quotidien pour contraindre autrui à lui accorder une évaluation favorable.
  • Le déni de faiblesses universelles (Déni / Répudiation) : Cette composante rassemble les items formulés négativement (cotés « Faux ») où le répondant nie catégoriquement éprouver des sentiments, des pulsions ou des pensées négatives pourtant universellement expérimentés au sein de l’espèce humaine. Affirmer qu’il est faux que « J’aime parfois faire des commérages » ou qu’il est faux que « J’ai parfois eu envie de casser des objets » traduit une défense rigide contre la reconnaissance de ses propres imperfections fondamentales.

Typologie des profils selon le niveau de score

L’amplitude du score total (variant de 0 à 33) permet de classifier les individus selon un continuum psychologique explicite :

  • Scores faibles (0 à 8) : Les individus obtenant de tels scores se caractérisent par une franchise non conformiste, voire une indifférence marquée à l’égard de l’opinion sociale et des conventions morales. Ils admettent aisément leurs erreurs, leurs doutes, leurs colères et leurs manquements civiques. En milieu clinique, ces scores peuvent refléter une grande authenticité introspective, mais peuvent également signaler, lorsqu’ils sont extrêmement bas, une hostilité défensive, un rejet des normes ou une tendance à la dramatisation des symptômes (faking bad).
  • Scores moyens (9 à 19) : Ce groupe représente la norme populationnelle. Il correspond à un équilibre adaptatif sain entre le respect des normes sociales de vie en collectivité et l’acceptation lucide de ses propres faiblesses humaines. Ces personnes recherchent une acceptation sociale ordinaire sans déployer de mécanismes défensifs rigides.
  • Scores élevés (20 à 33) : Ces scores caractérisent des individus animés d’un besoin impérieux de validation externe et d’une hyper-sensibilité au jugement négatif. Ces sujets manifestent une dépendance évaluative prononcée : ils adaptent leurs opinions aux attentes de leur interlocuteur, évitent toute forme de confrontation, adhèrent rigoureusement aux normes conventionnelles et répriment activement leurs affects hostiles ou dysphoriques. Sur le plan de la dynamique de personnalité, ce profil est fréquemment associé au style de coping « répresseur » (repressive coping style), combinant une anxiété implicite élevée à une anxiété auto-rapportée très basse.

6. Cadre théorique

Le fondement théorique de l’Échelle de Marlowe-Crowne s’enracine directement dans la théorie de l’apprentissage social (Social Learning Theory) formulée par Julian Rotter à l’Ohio State University dans les années 1950. Crowne et Marlowe ont appliqué les postulats de Rotter pour redéfinir la désirabilité sociale comme un comportement orienté vers un but spécifique au sein d’une situation psychologique donnée.

Le modèle de Rotter et l’équation comportementale

Selon Rotter, le potentiel de survenue d’un comportement donné ($BP$) dans une situation spécifique est fonction de l’attente ($E$) que ce comportement mène à un renforçateur déterminé, et de la valeur subjective accordée à ce renforçateur ($RV$) :

$$BP = f(E, RV)$$

Dans le cadre conceptuel de Crowne et Marlowe (1964), le renforçateur convoité est l’approbation sociale (ou la protection contre la désapprobation). Les individus présentant un score élevé à la M-C SDS possèdent un système d’attentes généralisées selon lequel toute déviation par rapport aux standards moraux et sociaux idéaux engendre inévitablement un rejet punitif. Par conséquent, leur comportement de réponse aux items d’un test constitue un acte social direct : répondre à un questionnaire n’est pas un exercice d’auto-analyse neutre et introspectif, mais une interaction interpersonnelle symbolique dans laquelle le sujet tente de maximiser l’obtention de renforcements sociaux positifs de la part de l’évaluateur ou de la communauté scientifique.

Rupture épistémologique avec le paradigme d’Edwards

Avant la publication de Crowne et Marlowe en 1960, le modèle dominant de la désirabilité sociale était celui d’Allen Edwards (1957). L’échelle d’Edwards avait été construite en sélectionnant des items du MMPI jugés hautement désirables ou indésirables par des juges externes. Cependant, cette méthodologie a engendré un biais de confusion majeur : les items du MMPI étant conçus pour évaluer la psychopathologie, les réponses « indésirables » décrivaient presque toujours des symptômes manifestes d’anxiété sévère, de dépression, de paranoïa ou de somatisation (par exemple : « Je me réveille souvent fatigué et courbaturé » ou « J’ai souvent l’impression que les gens me regardent dans la rue »).

Par conséquent, l’échelle d’Edwards affichait des corrélations extrêmement élevées avec les échelles de névrosisme et d’ajustement émotionnel (souvent $r > -0,80$), rendant rigoureusement impossible la distinction entre un individu répondant de manière socialement désirable et un individu réellement indemne de psychopathologie. Crowne et Marlowe ont opéré une rupture théorique fondamentale en posant pour postulat méthodologique strict : les items de désirabilité sociale doivent impérativement être exempts de toute implication psychopathologique directe. Ils ont ainsi sélectionné des situations courantes de la vie quotidienne où la réponse vertueuse est socialement valorisée sans que la réponse inverse ne constitue le symptôme d’une affection psychiatrique.

Validation expérimentale du « besoin d’approbation »

Dans leur monographie de 1964, Crowne et Marlowe ont démontré la pertinence de leur cadre théorique à travers une série d’expériences en psychologie sociale expérimentale. Ils ont établi que les sujets ayant des scores élevés à la M-C SDS :

  • Manifestent une conformité significativement accrue dans les paradigmes d’influence sociale de type Asch, alignant leurs jugements perceptifs sur ceux d’une majorité unanime erronée ;
  • Sont nettement plus réceptifs au conditionnement verbal opérant (par exemple, augmenter l’usage de certains pronoms dès lors que l’expérimentateur émet un renforçateur discret tel que « mm-hmm ») ;
  • Modifient plus facilement leurs attitudes privées suite à une tâche de soumission forcée (théorie de la dissonance cognitive), cherchant à complaire à l’expérimentateur ;
  • Évitent systématiquement les comportements de prise de risque sociale et manifestent une réticence marquée à exprimer des opinions non conventionnelles ou contestataires.

7. Validité

La validité psychométrique de l’Échelle de Marlowe-Crowne a fait l’objet de centaines d’investigations empiriques au fil des décennies, confirmant son efficience dans des contextes transculturels variés.

Validité de construit et validité convergente

La validité de construit de la M-C SDS est attestée par sa corrélation modérée avec l’échelle de désirabilité sociale d’Edwards, établie originellement à $r = 0,35$ ($p < 0,01$) par Crowne et Marlowe (1960). Cette corrélation modérée est précisément le reflet théorique attendu : elle indique que les deux instruments partagent une variance commune liée à la désirabilité sociale globale, tout en divergeant radicalement sur la variance psychopathologique.

Dans les travaux contemporains mobilisant le modèle bidimensionnel de Delroy L. Paulhus (1984, 1991) opérationnalisé par le Balanced Inventory of Desirable Responding (BIDR), la M-C SDS démontre de fortes corrélations convergentes avec la dimension de gestion des impressions (Impression Management, $r = 0,60$ à $0,75$), qui reflète la dissimulation délibérée orientée vers autrui, et des corrélations plus modestes avec la dimension d’auto-illusion bienveillante (Self-Deceptive Enhancement, $r = 0,30$ à $0,45$), qui capture les biais cognitifs d’auto-évaluation positive inconscients.

Validité discriminante

L’apport décisif de la M-C SDS réside dans sa validité discriminante exceptionnelle à l’égard des mesures de psychopathologie et de détresse psychologique. Alors que l’échelle d’Edwards corrèle massivement avec les échelles de dépression ($r pprox -0,75$), d’anxiété manifeste de Taylor ($r pprox -0,85$) et les échelles cliniques du MMPI (notamment Pt – Psychasthénie, Sc – Schizophrénie, et Hs – Hypochondrie), la M-C SDS présente avec ces mêmes dimensions des corrélations proches de zéro ou très faiblement négatives, oscillant généralement entre $-0,15$ et $-0,25$. Cette quasi-orthogonalité confirme sans équivoque que la M-C SDS mesure le besoin d’approbation sociale indépendamment de la symptomatologie psychiatrique de l’examiné.

Validité prédictive et écologique

La validité prédictive de l’instrument a été vérifiée dans de multiples contextes écologiques. Dans les études évaluant les comportements de santé, les scores élevés à la M-C SDS prédisent la sur-déclaration d’observance thérapeutique, l’exagération de la fréquence de l’activité physique hebdomadaire et la sous-déclaration de la consommation d’alcool, de tabac et de substances illicites. Dans le domaine organisationnel, les scores prédisent significativement les réponses biaisées lors d’entretiens de recrutement structurés et la minoration des comportements contre-productifs au travail (CWB, Counterproductive Work Behaviors).

8. Fidélité

Les qualités métrologiques relatives à la fidélité de l’Échelle de Marlowe-Crowne atteignent des standards académiques rigoureux et se sont révélées remarquablement stables à travers le temps et les différentes populations évaluées.

Consistance interne

Dans l’échantillon de développement initial composé de 76 étudiants universitaires américains, Crowne et Marlowe (1960) ont calculé un coefficient de consistance interne à l’aide de la formule 20 de Kuder-Richardson :

$$\text{KR-20} = 0,88$$

Cette valeur, exceptionnellement élevée pour une échelle dichotomique de 33 items, démontre une excellente homogénéité du contenu psychologique des énoncés. Dans les méta-analyses et les études de réplication ultérieures (notamment Beretvas et al., 2002), le coefficient alpha de Cronbach (analogue moderne du KR-20 pour les variables binaires) oscille de manière constante entre $0,75$ et $0,86$ selon la composition sociodémographique des échantillons (étudiants, population générale, milieux psychiatriques ou judiciaires).

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La fidélité test-retest a été mesurée par les auteurs d’origine sur un sous-échantillon de 47 participants soumis à une seconde administration du test après un intervalle d’un mois :

$$r_{tt} = 0,89$$

Ce niveau de corrélation temporelle prouve que la M-C SDS ne capture pas de simples fluctuations d’humeur transitoires ou des réactions ponctuelles dépendantes du contexte immédiat, mais quantifie bel et bien une variable de personnalité stable, structurée et pérenne dans le temps.

9. Analyse factorielle

Bien que Douglas P. Crowne et David Marlowe aient originellement conçu l’instrument comme une mesure unidimensionnelle du besoin d’approbation sociale, l’application des méthodes modernes d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) a suscité de riches débats théoriques et empiriques quant à la structure sous-jacente de l’échelle.

Structure factorielle : Unidimensionnalité versus Bidimensionnalité

Dès le début des années 1970, plusieurs psychométriciens ont mis en évidence l’existence d’une structure sous-jacente au moins bidimensionnelle. Les travaux de Ramanaiah et al. (1977), puis de Millham (1974), ont démontré que les items se scindent principalement selon le sens de leur formulation, isolant deux facteurs distincts :

  • Facteur 1 : L’Attribution (Revendication de comportements pro-sociaux rares) : Ce facteur regroupe majoritairement les items codés « Vrai » (par exemple, items 1, 2, 8, 13, 16, 21). Les saturations factorielles sur cette composante varient typiquement entre $0,35$ et $0,65$. Il reflète une stratégie active de rehaussement de soi (self-promotion) où l’individu projette une moralité hors du commun.
  • Facteur 2 : Le Déni (Répudiation de faiblesses communes) : Ce facteur agrège les items codés « Faux » (par exemple, items 6, 9, 11, 14, 15, 23). Les saturations oscillent entre $0,30$ et $0,60$. Il sous-tend un mécanisme défensif passif de protection de soi (self-protection), centré sur l’évitement du blâme et de la désapprobation.

Les formes courtes et leur invariance factorielle

En raison de la longueur relative de l’échelle standard (33 items) pouvant induire une fatigue attentionnelle lorsqu’elle est insérée dans de vastes batteries de tests, plusieurs formes abrégées ont été développées et validées par analyse factorielle :

  • La forme de Reynolds (1982) : William M. Reynolds a validé trois versions abrégées à partir d’analyses factorielles rigoureuses : la Forme A (11 items), la Forme B (12 items) et la célèbre Forme C (13 items). La Forme C présente une corrélation supérieure à $r = 0,90$ avec l’échelle originale de 33 items, une consistance interne satisfaisante ($lpha = 0,76$), et une structure factorielle stable, ce qui en fait aujourd’hui l’alternative brève la plus utilisée dans la littérature internationale.
  • Les formes de Strahan et Gerbasi (1972) : Ces auteurs ont extrait des versions courtes de 10 et 20 items (M-C 10 et M-C 20), maintenant des coefficients alpha acceptables compris entre $0,70$ et $0,80$.
  • La version de Ballard (1992) : Proposant une forme composite épurée des items présentant des saturations croisées indésirables.

Les modélisations en équations structurelles actuelles confirment qu’un modèle hiérarchique — comportant un facteur général de désirabilité sociale de second ordre coiffant les deux facteurs de premier ordre (Attribution et Déni) — offre généralement les meilleurs indices d’ajustement global (RMSEA $< 0,05$ ; CFI $> 0,92$) sur des échantillons hétérogènes.

10. Instrument de mesure

L’Échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne se présente sous la forme d’un inventaire auto-administré sur support papier-crayon ou format informatisé. Ses spécifications techniques sont détaillées ci-après :

  • Type d’évaluation : Échelle de personnalité / Inventaire d’auto-évaluation des styles de réponse défensifs.
  • Nombre d’items : 33 énoncés déclaratifs rédigés à la première personne du singulier.
  • Format de réponse : Échelle de choix forcé dichotomique : Vrai (V) ou Faux (F). Aucun choix neutre ou position intermédiaire n’est autorisé.
  • Durée moyenne de passation : Approximativement 5 à 10 minutes pour la version intégrale de 33 items.
  • Procédure de cotation (Scoring) :
    • Chaque item dont la réponse concorde avec la clé de désirabilité sociale reçoit 1 point.
    • Chaque réponse non concordante reçoit 0 point.
    • Le score global de l’échelle est obtenu par la somme arithmétique simple de tous les items concordants. L’étendue théorique des scores va de 0 à 33 points.
  • Clé de cotation détaillée des items :
    • Items cotés 1 point si la réponse est « Vrai » (18 items) : Items n° 1, 2, 4, 7, 8, 13, 16, 17, 18, 20, 21, 24, 25, 26, 27, 29, 31, 33.
    • Items cotés 1 point si la réponse est « Faux » (15 items) : Items n° 3, 5, 6, 9, 10, 11, 12, 14, 15, 19, 22, 23, 28, 30, 32.
  • Interprétation des tranches de scores :
    • Score de 0 à 8 : Besoin d’approbation très faible. Franchise extrême, attitude anticonformiste ou potentielle simulation négative (faking bad).
    • Score de 9 à 19 : Niveau moyen et équilibré de désirabilité sociale. Conduite normale d’adaptation interpersonnelle. Réponses valides et interprétables sans correction particulière.
    • Score de 20 à 33 : Besoin d’approbation élevé à très élevé. Gestion marquée des impressions, dissimulation défensive, forte conformité sociale ou mécanisme répresseur de défense psychologique. Les autres échelles d’auto-évaluation administrées conjointement doivent être interprétées avec une grande prudence.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

L’instrument a été initialement publié en 1960 dans une revue scientifique à comité de lecture de l’American Psychological Association (APA). Concernant son cadre juridique, son accessibilité et son utilisation contemporaine :

  • Année de conception originale : 1960.
  • Statut des droits et accessibilité : L’article fondateur de Crowne et Marlowe (1960) étant paru dans le Journal of Consulting Psychology, l’échelle intégrale fait désormais partie du domaine académique public d’usage général pour la recherche fondamentale et l’enseignement supérieur non commercial. Elle peut être reproduite, traduite et administrée librement à des fins de recherche scientifique sans paiement de redevances aux auteurs ou à leurs ayants droit.
  • Tarifs : Aucun coût d’acquisition ou de licence de passation n’est exigé pour l’usage académique et universitaire (accès gratuit et ouvert). Pour une intégration commerciale au sein d’une plateforme d’évaluation RH propriétaire ou d’un logiciel d’évaluation psychométrique payant, les autorisations d’usage doivent être vérifiées auprès des détenteurs de copyright institutionnels (APA Permissions Office).
  • Conditions éthiques d’utilisation : L’administration et l’interprétation des résultats de l’échelle doivent se conformer scrupuleusement aux standards éthiques de l’APA et du code de déontologie des psychologues en vigueur dans le pays de passation.

12. Références

Les références bibliographiques ci-dessous regroupent les publications fondatrices, les monographies séminales et les études psychométriques de validation majeure de l’instrument :

Instructions to respondents: Listed below are a number of statements concerning personal attitudes and traits. Read each item and decide whether the statement is true or false as it pertains to you personally.

(Response format: True [T] or False [F]. The socially desirable response scored as 1 point is indicated in parentheses at the end of each statement.)

  1. Before voting I thoroughly investigate the qualifications of all the candidates. (T)
  2. I never hesitate to go out of my way to help someone in trouble. (T)
  3. It is sometimes hard for me to go on with my work if I am not encouraged. (F)
  4. I have never intensely disliked anyone. (T)
  5. On occasion I have had doubts about my ability to succeed in life. (F)
  6. I sometimes feel resentful when I don’t get my way. (F)
  7. I am always careful about my manner of dress. (T)
  8. My table manners at home are as good as when I eat out in a restaurant. (T)
  9. If I could get into a movie without paying and be sure I was not seen I would probably do it. (F)
  10. On a few occasions, I have given up doing something because I thought too little of my ability. (F)
  11. I like to gossip at times. (F)
  12. There have been times when I felt like rebelling against people in authority even though I knew they were right. (F)
  13. No matter who I’m talking to, I’m always a good listener. (T)
  14. I can remember « playing sick » to get out of something. (F)
  15. There have been occasions when I took advantage of someone. (F)
  16. I’m always willing to admit it when I make a mistake. (T)
  17. I always try to practice what I preach. (T)
  18. I don’t find it particularly difficult to get along with loud mouthed, obnoxious people. (T)
  19. I sometimes try to get even rather than forgive and forget. (F)
  20. When I don’t know something I don’t at all mind admitting it. (T)
  21. I am always courteous, even to people who are disagreeable. (T)
  22. At times I have really insisted on having things my own way. (F)
  23. There have been occasions when I felt like smashing things. (F)
  24. I would never think of letting someone else be punished for my wrongdoings. (T)
  25. I never resent being asked to return a favor. (T)
  26. I have never been irked when people expressed ideas very different from my own. (T)
  27. I never make a long trip without checking the safety of my car. (T)
  28. There have been times when I was quite jealous of the good fortune of others. (F)
  29. I have almost never felt the urge to tell someone off. (T)
  30. I am sometimes irritated by people who ask favors of me. (F)
  31. I have never felt that I was punished without cause. (T)
  32. I sometimes think when people have a misfortune they only got what they deserved. (F)
  33. I have never deliberately said something that hurt someone’s feelings. (T)

Note. The socially desirable response for each item is shown in parentheses; T = true; F = false.

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