Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires (CoST)

Découvrez l’Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires (CoST), développée par Meddaoui, Iddiols et Kaufman (2023). Analyse psychométrique complète, structure factorielle, validité et cotation clinique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires (en anglais, Controllability of Suicidal Thoughts Scale, abrégée par l’acronyme CoST), conçue en 2023 par Brianna Meddaoui, Bianca C. Iddiols et Erin A. Kaufman de l’Université de Western Ontario, constitue un outil psychométrique auto-rapporté spécifiquement développé pour quantifier la perception qu’a un individu de sa propre capacité à exercer un contrôle sur ses pensées suicidaires. Dans le domaine de la suicidologie et de la psychopathologie cognitive, l’émergence d’idéations suicidaires a longtemps été appréhendée sous l’angle exclusif de leur fréquence, de leur durée ou de leur intensité brute. Toutefois, les modèles récents soulignent que la dimension d’incontrôlabilité perçue — le sentiment d’impuissance cognitive face à l’invasion d’images, de ruminations ou d’impulsions de mort — représente une variable charnière déterminant la transition entre l’idéation passive et le passage à l’acte suicidaire.

L’échelle CoST a été élaborée à partir d’une assise théorique rigoureuse ancrée dans les théories contemporaines du coping, du sentiment d’efficacité personnelle et du contrôle exécutif, en intégrant notamment les travaux fondateurs de Batterham et al. (2015). L’instrument s’articule autour d’une structure bidimensionnelle comprenant deux composantes fondamentales : le Contrôle général (General Control) et la Modification du contenu de la pensée (Changing Thought Content). L’évaluation des items repose sur une échelle de réponse de type Likert en 7 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 7 (« Tout à fait d’accord »), où plusieurs items inversés sont intégrés afin de limiter les biais d’acquiescement. Le score composite global permet de situer l’individu sur un continuum allant d’une impuissance cognitive totale à un sentiment élevé de maîtrise face aux cognitions suicidaires.

Les propriétés psychométriques initiales du CoST, établies auprès d’échantillons d’adultes nord-américains (Canada et États-Unis), démontrent une excellente consistance interne (coefficient oméga de McDonald $\omega = 0,92$) ainsi qu’une remarquable stabilité temporelle évaluée par fidélité test-retest à un mois ($r = 0,86$ pour l’échelle globale ; $r = 0,83$ pour les deux sous-dimensions). Les analyses factorielles confirmatoires corroborent l’adéquation du modèle bifactoriel (CFI = 0,94 ; TLI = 0,92 ; SRMR = 0,05 ; RMSEA = 0,07). De surcroît, l’outil présente une validité incrémentielle robuste, prédisant de manière prospective la sévérité de l’idéation suicidaire au-delà des prédicteurs classiques tels que le désespoir (hopelessness), les capacités générales de coping et l’auto-efficacité à éviter le geste suicidaire.

2. Mots-clés / Keywords

Idéation suicidaire, contrôlabilité cognitive, échelle CoST, psychométrie, évaluation du risque suicidaire, régulation émotionnelle, validité incrémentielle, thérapies cognitivo-comportementales, impuissance perçue, restructuration cognitive, suicide, santé mentale adulte.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires a été développée et validée par une équipe de chercheurs du Département de psychologie de l’Université de Western Ontario (London, Ontario, Canada) :

  • Brianna Meddaoui, M.Sc., Ph.D. (c) : Chercheuse principale au Department of Psychology, University of Western Ontario, London, Ontario, Canada. Identifiant ORCID : 0000-0002-8813-5844. Courriel institutionnel et correspondance : [email protected]. Adresse postale : Department of Psychology, 361 Windermere Road, London, Ontario, Canada, N6A 3K7.
  • Bianca C. Iddiols, B.A. (Hons) : Collaboratrice de recherche, Department of Psychology, University of Western Ontario, London, Ontario, Canada.
  • Erin A. Kaufman, Ph.D. : Professeure adjointe et directrice de laboratoire, Department of Psychology, University of Western Ontario, London, Ontario, Canada. Spécialiste de la psychopathologie développementale, de la dérégulation émotionnelle et des conduites suicidaires et auto-agressives. Identifiant ORCID : 0000-0002-7636-6602.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Controllability of Suicidal Thoughts Scale (CoST) réside dans la quantification précise, standardisée et empiriquement fondée de la perception subjective de contrôle qu’un individu exerce sur ses propres pensées suicidaires. Dans la pratique clinique et la recherche en suicidologie, la majorité des instruments d’évaluation traditionnels (par exemple, la Columbia-Suicide Severity Rating Scale [C-SSRS] ou la Beck Scale for Suicide Ideation [BSS]) se focalisent préférentiellement sur la fréquence des pensées, leur durée temporelle, la formulation de plans concrets ou l’intentionnalité comportementale explicite. Bien que ces variables soient indispensables pour cartographier le profil clinique, elles tendent à négliger la métacognition du patient, c’est-à-dire la relation fonctionnelle et qualitative qu’entretient l’individu avec ses contenus mentaux intrusifs.

Or, la littérature en psychologie clinique cognitive démontre de manière récurrente qu’une pensée suicidaire vécue comme un phénomène intrusif, involontaire et totalement incontrôlable engendre une détresse psychologique disproportionnée, catalysant le basculement vers un désespoir profond. Lorsque le patient perçoit ses pensées comme une fatalité cognitive inexorable qu’il ne peut ni interrompre, ni dévier, ni restructurer, l’acte suicidaire risque d’apparaître non seulement comme un moyen d’échapper à une douleur psychique intolérable (le « psychache » décrit par Edwin Shneidman), mais également comme l’unique issue tangible face à un esprit devenu hors de contrôle. Le CoST a donc été instauré pour combler cette lacune d’évaluation en fournissant un score spécifique mesurant le sentiment de maîtrise et d’agentivité cognitive.

Sur le plan des applications cliniques, l’échelle remplit une triple mission :

  • Le dépistage et la stratification fine du risque : Permettre aux cliniciens œuvrant en psychiatrie d’urgence, en centres de crise ou en pratique libérale de discriminer les patients qui, en dépit d’idéations suicidaires récurrentes, conservent une perception de contrôle protectrice, de ceux qui subissent une érosion totale de leur agentivité mentale, ces derniers se situant dans une zone de vulnérabilité aiguë à court terme.
  • La planification thérapeutique ciblée : Offrir aux psychothérapeutes d’orientation cognitive, comportementale ou dialectique (comme la thérapie comportementale dialectique de Marsha Linehan et la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience) des cibles d’intervention explicites. Les deux sous-échelles du CoST permettent de guider les interventions : cibler la défusion cognitive et le désengagement attentionnel si le contrôle général est déficitaire, ou privilégier la restructuration cognitive et le recadrage adaptatif si l’altération réside dans l’incapacité à modifier le contenu de la pensée.
  • Le monitorage des progrès thérapeutiques : Servir d’indicateur sensible au changement au fil des séances. Une augmentation progressive du score au CoST témoigne d’une restauration de la flexibilité cognitive et de la résilience du patient face aux rechutes idéatoires suicidaires.

Dans le domaine de la recherche fondamentale et translationnelle, le CoST constitue une avancée méthodologique majeure en permettant d’élucider les mécanismes médiateurs et modérateurs impliqués dans la transition de l’idéation à la tentative de suicide, en conformité avec le modèle idéation-action (ideation-to-action framework).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par le CoST est la contrôlabilité perçue des pensées suicidaires. Cette notion se situe à l’intersection de la métacognition, de l’auto-efficacité cognitive et de la régulation attentionnelle. Elle ne mesure pas l’absence ou la présence brute d’idéations suicidaires, mais évalue l’évaluation réflexive que porte l’individu sur son pouvoir d’action interne lorsqu’une pensée d’auto-anéantissement survient. Le construit est conceptualisé comme bidimensionnel, regroupant deux sous-facettes complémentaires :

1. Le Contrôle général (General Control)

Cette sous-dimension reflète la capacité perçue d’autorégulation globale de l’état affectif et cognitif face à la détresse, ainsi que l’aptitude à réorienter activement son focus attentionnel loin des ruminations morbides. Elle mesure la conviction du sujet qu’il n’est pas complètement passif, figé ou impuissant lorsque l’épisode suicidaire se déclenche. Un individu présentant un score élevé sur cette composante rapporte qu’il peut repousser les pensées suicidaires lorsqu’elles surviennent, diriger la trajectoire de son esprit, orienter son attention vers des stimuli ou des activités alternatives, et qu’il n’est pas « coincé » (stuck) dans une spirale cognitive descendante. À l’inverse, un score faible dénote un effondrement du contrôle exécutif perçu, caractérisé par un sentiment de paralysie cognitive, où toute contrariété ou détresse émotionnelle est anticipée comme devant inévitablement déboucher sur un état dépressif réfractaire et irréversible sans aucune issue comportementale ou mentale possible.

2. La Modification du contenu de la pensée (Changing Thought Content)

Cette deuxième composante se concentre spécifiquement sur les opérations métacognitives de recadrage, de modulation et d’élaboration sémantique des cognitions associées à la crise suicidaire. Elle évalue si le patient se sent en mesure de contester, d’atténuer, de réinterpréter ou de relativiser ses pensées autodestructrices, ainsi que les réactions affectives secondaires (telles que la honte, la culpabilité ou l’irritation envers soi-même) qui accompagnent fréquemment l’émergence des idées suicidaires. Alors que le Contrôle général sollicite principalement des mécanismes d’inhibition attentionnelle et d’action pragmatique, la Modification du contenu sollicite la restructuration cognitive au sens strict : transformer la nature des pensées, désamorcer les biais d’invalidation de soi et neutraliser la croyance dysfonctionnelle selon laquelle la situation cognitive ne fera qu’empirer de façon irrépressible quoi que l’on entreprenne.

En somme, le score total du CoST synthétise ces dimensions pour offrir une estimation globale de la résilience cognitive face à l’idéation de mort, fournissant un gradient continu où les scores élevés correspondent à une agentivité robuste et adaptative, tandis que les scores bas traduisent une impuissance apprise et une captation cognitive totale.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement de l’échelle CoST s’enracine dans les avancées les plus récentes des modèles théoriques du suicide, complétées par les paradigmes de la psychologie cognitive, de la métacognition et du modèle transactionnel du stress et du coping.

Les modèles Idéation-Action du suicide

Historiquement, les théories traditionnelles du comportement suicidaire considéraient l’idéation et la tentative comme les manifestations graduelles d’un continuum d’intensité unique. Des théoriciens contemporains majeurs tels que Thomas Joiner (Théorie interpersonnelle du suicide, 2005), David Klonsky et Alexis May (Théorie des trois étapes, 2015), et Rory O’Connor (Modèle volitionnel intégré et motivationnel, IMV, 2011) ont révolutionné ce champ en formalisant le cadre « Idéation-Action ». Ce cadre postule que les facteurs expliquant le développement de l’idéation suicidaire (la douleur psychologique, le sentiment de non-appartenance, la charge pour autrui, le désespoir) sont fondamentalement distincts des facteurs qui précipitent la progression de l’idéation vers la tentative létale (la capacité acquise, l’accès aux moyens, l’impulsivité et la perte de contrôle perçue).

Dans cette perspective, Batterham et ses collègues (2015) ont apporté une contribution séminale en isolant des caractéristiques qualitatives intrinsèques de l’idéation suicidaire — notamment l’incontrôlabilité, le caractère intrusif et l’acceptation passive de la pensée — comme des prédicteurs majeurs du risque d’escalade. L’échelle CoST a été spécifiquement conceptualisée pour s’arrimer à cette modélisation, en démontrant que l’incontrôlabilité perçue des pensées n’est pas un simple épiphénomène dépressif, mais un facteur de vulnérabilité cognitive central dans l’architecture volitionnelle du passage à l’acte.

La théorie sociale cognitive et l’auto-efficacité d’Albert Bandura

Le CoST s’inspire également de la théorie de l’auto-efficacité formalisée par Albert Bandura (1977, 1997). Selon Bandura, les croyances d’un individu quant à ses compétences pour exécuter les comportements nécessaires à la gestion de situations aversives déterminent l’effort déployé, la persévérance et le niveau de stress éprouvé face aux obstacles. Appliquée aux cognitions suicidaires, l’auto-efficacité cognitive se traduit par la confiance que possède la personne dans sa capacité à juguler le flux de ses idées suicidaires. Lorsque cette auto-efficacité s’effondre, le phénomène d’impuissance apprise (développé par Martin Seligman) s’installe : l’individu renonce à mobiliser ses ressources de coping, postulant que tout effort mental est vain.

Les modèles métacognitifs et la flexibilité psychologique

Enfin, le CoST mobilise les principes du modèle métacognitif d’Adrian Wells (2000), qui distingue les pensées automatiques des croyances métacognitives portant sur ces mêmes pensées. Chez les personnes à haut risque suicidaire, les croyances métacognitives négatives relatives à l’incontrôlabilité et au danger intrinsèque des pensées (« Je ne peux pas arrêter ces pensées », « Ces pensées vont me rendre fou ou me forcer à agir ») amplifient l’attention portée aux idées suicidaires par un mécanisme de surveillance hypervigilante, créant une boucle de rétroaction paradoxale où la tentative d’évitement ou le sentiment d’impuissance augmente paradoxalement la fréquence et l’intrusion des pensées suicidaires.

7. Validité / Validity

Les propriétés psychométriques de validité du CoST ont été établies par Meddaoui, Iddiols et Kaufman (2023) à travers des méthodologies rigoureuses appliquées à des échantillons d’adultes nord-américains recrutés en ligne, incluant des cohortes présentant des antécédents d’idéations et de comportements suicidaires récents.

Validité convergente et discriminante

L’évaluation de la validité de construit démontre une différenciation remarquable :

  • Validité convergente : Le score total du CoST ainsi que ses sous-échelles présentent des corrélations négatives robustes et statistiquement significatives avec les mesures validées de la sévérité de l’idéation suicidaire, du désespoir (Beck Hopelessness Scale) et de la dérégulation émotionnelle.
  • Validité discriminante : Conformément aux postulats des auteurs, les coefficients de corrélation observés entre les scores au CoST et les construits généraux de coping non spécifique (mécanismes d’adaptation génériques face au stress quotidien) et de contrôle perçu global se sont avérés nettement plus faibles que leurs corrélations avec les construits suicidaires spécifiques. Ce différentiel confirme que le CoST ne se contente pas d’évaluer une tendance générale à l’optimisme ou un lieu de contrôle interne générique, mais appréhende précisément un construit clinique délimité lié à la régulation cognitive spécifique des pensées de mort.

Validité concurrente et prédictive (prospective)

La validité prédictive du CoST a été documentée au moyen d’analyses de régression longitudinale évaluant les participants à l’inclusion (baseline) et lors d’un suivi prospectif standardisé à un mois :

  • Effet transversal (baseline) : Des scores globaux plus élevés au CoST sont prédictifs d’une réduction marquée de la sévérité de l’idéation suicidaire à l’inclusion ($\beta = -0,52$, $SE = 0,14$, $p < 0,001$).
  • Effet longitudinal à 1 mois : De manière cruciale, le CoST prédit significativement la diminution de la sévérité de l’idéation suicidaire un mois plus tard ($\beta = -0,44$, $SE = 0,18$, $p < 0,001$).
  • Effets prospectifs indépendants des sous-échelles : Prises isolément dans les modèles statistiques, la sous-échelle Contrôle général ($\beta = -0,38$, $p < 0,001$) et la sous-échelle Modification du contenu ($\beta = -0,44$, $p < 0,001$) prédisent chacune indépendamment une moindre sévérité prospective des idéations suicidaires, soulignant la pertinence clinique de mesurer conjointement ces deux facettes.

Validité incrémentielle

L’un des apports majeurs de la publication originale réside dans la démonstration de la validité incrémentielle du CoST. Dans des modèles hiérarchiques contrôlant pour les prédicteurs suicidaires les plus puissants de la littérature empirique, le score global du CoST explique une part significative et substantielle de la variance unique de la sévérité de l’idéation suicidaire :

  • Au-delà du désespoir cognitif : taille d’effet incrémentielle $f^2 = 0,12$.
  • Au-delà de l’auto-efficacité spécifique à éviter l’action suicidaire : taille d’effet incrémentielle $f^2 = 0,05$.
  • Au-delà des stratégies de coping spécifiques au suicide : taille d’effet incrémentielle $f^2 = 0,07$.

Ces données confirment que la mesure de la contrôlabilité cognitive perçue fournit une valeur diagnostique et pronostique ajoutée qu’aucun autre outil standardisé ne capte actuellement.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité de l’échelle CoST a fait l’objet d’investigations statistiques approfondies, portant à la fois sur la cohérence interne des items et sur la stabilité temporelle des scores dans le temps.

Consistance interne

Les concepteurs ont privilégié le coefficient oméga de McDonald ($\omega$), reconnu par les méthodologistes contemporains comme un estimateur supérieur et moins biaisé que l’alpha de Cronbach face aux écarts à la tau-équivalence. Pour l’ensemble de l’instrument, le CoST présente une excellente consistance interne avec un coefficient oméga composite de :

$\omega = 0,92$

Ce niveau de cohérence interne très élevé confirme que l’ensemble des items converge de manière unifiée vers l’estimation du construit de contrôlabilité, sans redondance sémantique excessive susceptible de déformer la mesure.

Fidélité test-retest (stabilité temporelle)

La fidélité test-retest a été mesurée auprès d’un sous-échantillon réévalué après un intervalle longitudinal de 30 jours (un mois). Les résultats révèlent une stabilité remarquable, attestant que l’échelle mesure un trait métacognitif relativement stable tout en restant sensible aux dynamiques évolutives de l’état clinique :

  • Échelle globale (Total CoST) : $r = 0,86$, démontrant une fidélité test-retest d’excellence sur l’ensemble du spectre.
  • Facteur Contrôle général (General Control) : $r = 0,83$, reflétant une stabilité robuste de la perception de régulation attentionnelle et comportementale.
  • Facteur Modification du contenu (Changing Thought Content) : $r = 0,83$, confirmant la pérennité temporelle des croyances relatives à la flexibilité cognitive et au recadrage.

Ces indices chiffrés répondent avec succès aux normes psychométriques les plus exigeantes (Kline, 2015) et autorisent l’utilisation de l’instrument aussi bien dans le cadre de recherches longitudinales que dans le suivi clinique individuel répété.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle du CoST a été minutieusement modélisée à travers des analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmée par des analyses factorielles confirmatoires (AFC).

Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)

Lors de la phase initiale d’examen structural sur l’échantillon de dérivation, l’application du critère de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1) combinée à l’inspection du graphique des éboulis de Cattell (scree plot) et à une analyse parallèle de Horn a initialement mis en évidence jusqu’à cinq facteurs dotés de valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0. Néanmoins, l’examen méthodologique approfondi a révélé que les solutions factorielles comprenant plus de deux facteurs étaient empiriquement instables :

  • Chaque facteur supplémentaire au-delà du second n’expliquait qu’une part marginale de la variance (seulement 3 % à 4 % de variance additionnelle).
  • Ces solutions multifactorielles contenaient des saturations très faibles (factor loadings < 0,35) ou des saturations croisées indésirables (cross-loadings) affectant négativement la parcimonie et l’interprétabilité théorique, rejoignant les observations méthodologiques de Costello et Osborne (2005).

Par conséquent, la solution à deux facteurs corrélés a été retenue comme étant la structure la plus parcimonieuse, stable et théoriquement congruente. Cette solution à deux facteurs explique environ 48 % de la variance totale des scores.

Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)

La confirmation de cette structure bidimensionnelle a été conduite sur un échantillon indépendant de validation. Les indices d’ajustement globaux (goodness-of-fit indices) ont corroboré l’adéquation du modèle bifactoriel aux données observées :

  • CFI (Comparative Fit Index) : 0,94 (indiquant un bon ajustement, supérieur au seuil conventionnel de 0,90).
  • TLI (Tucker-Lewis Index) : 0,92 (démontrant un ajustement adéquat et robuste).
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : 0,05 (valeur excellente, largement inférieure au plafond critique de 0,08).
  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : 0,07 avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre [0,05 ; 0,09], ce qui satisfait aux standards d’un ajustement acceptable à bon selon les critères stricts de Hu et Bentler (1999).

L’ensemble de ces indices justifie l’interprétation clinique conjointe d’un score total composite de contrôlabilité perçue et de scores distincts pour les deux facettes constitutives que sont le contrôle attentionnel/général et la restructuration du contenu des pensées.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires (CoST) se présente sous un format auto-administré, clair et direct, utilisable sur support papier-crayon ou par interface numérique :

  • Nom complet de l’instrument : Controllability of Suicidal Thoughts Scale (CoST).
  • Nom en français : Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires.
  • Type de test : Questionnaire auto-rapporté / Inventaire clinique standardisé.
  • Population cible : Adultes âgés de 18 ans et plus (hommes et femmes). Validé initialement auprès de populations résidentes au Canada et aux États-Unis.
  • Format des réponses : Items are scored on a 7-point Likert scale, ranging from 1 (strongly disagree) to 7 (strongly agree). Sixteen items are reverse-scored to mitigate response bias. Scores are summed to generate a total score, with higher scores indicating a greater perceived sense of control.
  • Nombre d’items : Le questionnaire utilise une sélection standardisée d’items opérationnalisant les deux facettes de contrôlabilité cognitive.
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Les items libellés de manière inversée (exprimant un sentiment d’impuissance ou d’incontrôlabilité) sont recodés de façon à ce qu’un score élevé reflète constamment une meilleure perception de contrôle (c’est-à-dire : 1 devient 7, 2 devient 6, 3 devient 5, 4 reste 4, 5 devient 3, 6 devient 2, et 7 devient 1).
    • Le score total composite est obtenu par la somme algébrique de l’ensemble des items après inversion.
    • Des sous-scores peuvent être calculés pour la sous-échelle Contrôle général et la sous-échelle Modification du contenu de la pensée.
    • Interprétation clinique : Plus le score global ou sous-scalaire est élevé, plus l’individu perçoit un degré important de maîtrise, d’agentivité et de flexibilité vis-à-vis de ses cognitions suicidaires. À l’opposé, un score abaissé signale une vulnérabilité métacognitive majeure requérant une vigilance clinique renforcée.
  • Temps d’administration : Environ 3 à 5 minutes, rendant le CoST particulièrement adapté à une intégration en routine clinique ou en suivi écologique momentané (EMA).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement et publication originale : 2023.
  • Statut des droits d’auteur : Propriété intellectuelle des auteurs (Brianna Meddaoui, Bianca C. Iddiols, Erin A. Kaufman) et de l’American Psychological Association (APA).
  • Conditions d’utilisation et permissions : L’utilisation du CoST est formellement autorisée à des fins de recherche académique, scientifique et d’enseignement sans frais. Les chercheurs et cliniciens sont invités à citer adéquatement l’article original de validation lors de toute communication scientifique ou utilisation pratique.
  • Frais d’utilisation (Fee) : Gratuit (aucun coût de licence requis pour les contextes d’investigation académique et clinique à but non commercial).
  • Utilisation commerciale : Non autorisée sans accord écrit préalable exprès auprès des titulaires de droits.
  • Contact pour permissions institutionnelles : Brianna Meddaoui, University of Western Ontario, Department of Psychology, 361 Windermere Road, London, Ontario, Canada, N6A 3K7 (Courriel : [email protected]).

12. Références / References

Les sources bibliographiques suivantes constituent le fondement méthodologique, théorique et empirique de l’instrument :

  • Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
  • Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman and Company.
  • Batterham, P. J., Ftanou, M., Pirkis, J., Brewer, J. L., Mackinnon, A. J., Beautrais, A., Fairweather-Schmidt, A. K., & Christensen, H. (2015). A systematic review and evaluation of measures for suicidal ideation and behaviors in population-based research. Psychological Assessment, 27(2), 501–512. https://doi.org/10.1037/pas0000053
  • Costello, A. B., & Osborne, J. (2005). Best practices in exploratory factor analysis: Four recommendations for getting the most from your analysis. Practical Assessment, Research, and Evaluation, 10(7), 1–9. https://doi.org/10.7275/jyj1-4868
  • Hu, L. t., & Bentler, P. M. (1999). Cutoff criteria for fit indexes in covariance structure analysis: Conventional criteria versus new alternatives. Structural Equation Modeling: A Multidisciplinary Journal, 6(1), 1–55. https://doi.org/10.1080/10705519909540118
  • Joiner, T. E. (2005). Why people die by suicide. Harvard University Press.
  • Kline, R. B. (2015). Principles and practice of structural equation modeling (4th ed.). Guilford Press.
  • Klonsky, E. D., & May, A. M. (2015). The Three-Step Theory (3ST): A new theory of suicide rooted in the « ideation-to-action » framework. International Journal of Cognitive Therapy, 8(2), 114–129. https://doi.org/10.1521/ijct.2015.8.2.114
  • Meddaoui, B., Iddiols, B. C., & Kaufman, E. A. (2023). The Controllability of Suicidal Thoughts (CoST) Scale: Development, factor structure, and initial validation. Psychological Assessment, 35(10), 880–887. https://doi.org/10.1037/pas0001271
  • O’Connor, R. C., & Kirtley, O. J. (2018). The integrated motivational-volitional model of suicidal behaviour. Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 373(1754), Article 20170268. https://doi.org/10.1098/rstb.2017.0268
  • Wells, A. (2000). Emotional disorders and metacognition: Innovative cognitive therapy. John Wiley & Sons.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Format:

Items are scored on a 7-point Likert scale, ranging from 1 (strongly disagree) to 7 (strongly agree). Sixteen items are reverse-scored to mitigate response bias. Scores are summed to generate a total score, with higher scores indicating a greater perceived sense of control.

Scale Items:

  1. When I’m upset, I believe that I will end up feeling very depressed.
  2. When I’m upset, I believe there is nothing I can do to make myself feel better.
  3. When I’m upset, it takes me a long time to feel better.
  4. Cannot control these thoughts
  5. Become stuck in these thoughts
  6. Am able to easily shift my focus away from these thoughts
  7. Feel like I’m in control of these thoughts
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Looti, M. (2026, octobre 14). Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires (CoST). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-controlabilite-des-pensees-suicidaires-cost
Looti, Mohammed. “Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires (CoST).” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-controlabilite-des-pensees-suicidaires-cost.
Looti, Mohammed. “Échelle de contrôlabilité des pensées suicidaires (CoST).” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-controlabilite-des-pensees-suicidaires-cost.