Échelle de consommation simultanée d’alcool et de cannabis (ACSUS)

Découvrez l’Échelle de consommation simultanée d’alcool et de cannabis (ACSUS ; Kolp et al., 2024), un outil psychométrique validé mesurant la fréquence, la quantité et les conséquences néfastes de la consommation concomitante d’alcool et de marijuana.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 15, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 15, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Échelle de consommation simultanée d’alcool et de cannabis (Alcohol and Cannabis Simultaneous Use Scale, ACSUS ; Kolp et al., 2024) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer rigoureusement la fréquence, la quantité ainsi que les conséquences problématiques découlant de la consommation simultanée d’alcool et de marijuana (désignée dans la littérature scientifique par l’acronyme anglophone SAM pour Simultaneous Alcohol and Marijuana use). Développée pour pallier le manque d’instruments standardisés évaluant l’effet synergique et concomitant de ces deux substances psychoactives couramment associées, l’ACSUS intègre et adapte des items issus d’outils de référence mondialement validés, notamment le questionnaire d’identification des troubles liés à la consommation d’alcool (AUDIT ; Babor et al., 2001) et le test révisé d’identification des troubles liés à l’usage de cannabis (CUDIT-R ; Adamson et al., 2010), tout en s’appuyant sur les banques d’items du Daily Sessions, Frequency, Age of Onset, and Quantity of Cannabis Use Inventory (DFAQ-CU) pour la quantification visuelle précise du tétrahydrocannabinol consommé.

L’échelle comprend un total de 9 items répartis selon une structure bifactorielle robuste et stable : le premier facteur (items 1 à 4) évalue la fréquence et la quantité de la consommation simultanée au cours des 12 derniers mois, tandis que le second facteur (items 5 à 9) mesure spécifiquement les manifestations de perte de contrôle, les dommages physiques et les répercussions psychosociales négatives attribuables à cette co-consommation à effets chevauchants. Les modalités de réponse varient d’échelles de fréquence ordonnées en 5 points (cotées de 0 à 4) pour les items 1 à 7, à des formats en 3 points (cotés 0, 2, 4) pour les items 8 et 9, générant un score composite global oscillant entre 0 et 36 points.

Sur le plan métrologique, l’ACSUS démontre une consistance interne satisfaisante avec un coefficient alpha de Cronbach global de 0,70 (Facteur 1 : α = 0,68 ; Facteur 2 : α = 0,69). L’analyse factorielle confirmatoire (AFC) a corroboré la modélisation à deux facteurs corrélés avec d’excellents indices d’ajustement structurel (χ²(26) = 45,75, p < 0,05 ; CFI = 0,99 ; RMSEA = 0,05 ; SRMR = 0,09). L’instrument présente une validité concurrente et convergente remarquable en corrélant significativement avec les scores de l’AUDIT, du CUDIT-R, les dimensions d’impulsivité de la Short UPPS-P Impulsive Behavior Scale (SUPPS-P) et les motivations spécifiques à l’usage simultané.

2. Mots-clés

Alcool, Cannabis, Consommation simultanée, Dépendance croisée, Psychométrie, Évaluation toxicologique, Étudiants universitaires, Validité factorielle, Comportements à risque, Addictologie.

3. Auteurs

L’échelle a été conceptualisée, élaborée et validée par une équipe multidisciplinaire de chercheurs spécialistes en psychologie clinique, en addictologie et en neurosciences comportementales :

  • Haley Kolp : Département de psychologie, Université du Wisconsin-Milwaukee (University of Wisconsin-Milwaukee), Milwaukee, Wisconsin, États-Unis. Auteure correspondante (Adresse : 2441 E Hartford Ave, Milwaukee, WI 53211 ; Courriel institutionnel : [email protected]).
  • Sarah Horvath : Département de psychologie, Université de l’Ohio (Ohio University), Athens, Ohio, États-Unis (ORCID : 0000-0001-7884-958X).
  • Paula J. Fite : Département des sciences appliquées du comportement (Department of Applied Behavioral Science), Université du Kansas (University of Kansas), Lawrence, Kansas, États-Unis.
  • Jane Metrik : Centre d’études sur l’alcool et les addictions (Center for Alcohol and Addiction Studies), École de santé publique de l’Université Brown (Brown University School of Public Health), Providence, Rhode Island, États-Unis.
  • Gregory L. Stuart : Département de psychologie, Université du Tennessee (University of Tennessee-Knoxville), Knoxville, Tennessee, États-Unis.
  • Krista M. Lisdahl : Département de psychologie, Université du Wisconsin-Milwaukee (University of Wisconsin-Milwaukee), Milwaukee, Wisconsin, États-Unis.
  • Ryan C. Shorey : Département de psychologie, Université du Wisconsin-Milwaukee (University of Wisconsin-Milwaukee), Milwaukee, Wisconsin, États-Unis.

4. Objectif

L’objectif fondamental de l’Alcohol and Cannabis Simultaneous Use Scale (ACSUS) est de fournir à la communauté scientifique et aux cliniciens un instrument standardisé, court et psychométriquement rigoureux capable de quantifier avec précision un comportement épidémiologique en forte expansion : l’usage simultané d’alcool et de cannabis (Simultaneous Alcohol and Marijuana use, SAM). Dans la nosographie et l’épidémiologie des substances psychoactives, il convient d’opérer une distinction sémantique et clinique majeure entre l’usage concomitant ou concurrent (consommer de l’alcool et du cannabis au cours d’une même période temporelle, par exemple le même mois, mais lors d’occasions disjointes) et l’usage simultané (consommer les deux produits lors de la même occasion de manière à ce que leurs effets neuropharmacologiques et subjectifs se chevauchent de manière concomitante). Les recherches contemporaines démontrent de façon univoque que l’usage simultané engendre des risques physiques, cognitifs, psychologiques et sociaux exponentiellement plus élevés que l’usage isolé de l’une ou l’autre substance.

Sur le plan clinique, l’ACSUS a été spécifiquement conçue pour répondre à un besoin diagnostique criant. Jusqu’à sa publication par Kolp et collaborateurs en 2024, les protocoles cliniques et épidémiologiques s’appuyaient majoritairement sur des questions isolées à item unique (ex. : « À quelle fréquence consommez-vous de l’alcool et du cannabis en même temps ? ») ou tentaient de déduire la gravité de la situation par le croisement artificiel de scores AUDIT et CUDIT-R administrés séparément. Une telle approche présentait des biais méthodologiques substantiels : elle échouait à saisir l’intensité volumétrique combinée (nombre de verres standards ingérés conjointement avec une masse mesurable de tétrahydrocannabinol) et ne permettait aucunement d’attribuer directement les dommages subis (traumatismes physiques, blackouts amnésiques, absentéisme, perte de contrôle comportementale) à l’interaction pharmacodynamique des deux substances.

Dans les contextes de dépistage précoce en milieu universitaire, collégial ou en centres de soins ambulatoires en addictologie, l’ACSUS remplit trois rôles cardinaux :

  • Le repérage universel et ciblé : Permettre aux professionnels de santé des campus et aux addictologues d’identifier rapidement les jeunes adultes et étudiants s’engageant dans des pratiques d’intoxication croisée à haut risque (associant fréquemment le binge drinking et des concentrations élevées de cannabis).
  • La stratification du risque : Distinguer les usagers récréatifs occasionnels à faible niveau d’impact psychosocial des consommateurs réguliers confrontés à une dépendance croisée, une incapacité d’auto-régulation et des conséquences médico-légales ou académiques délétères.
  • L’évaluation de l’efficacité thérapeutique : Servir de critère de jugement clinique longitudinal dans le cadre d’interventions comportementales brèves (telles que l’entretien motivationnel ou les programmes d’éducation aux risques normatifs) en mesurant la réduction tangible des épisodes de polyconsommation et l’atténuation des dommages consécutifs.

D’un point de vue heuristique et fondamental, l’ACSUS offre aux chercheurs un vecteur méthodologique standardisé permettant d’explorer avec une granularité inédite les interactions neurobiologiques, les trajectoires d’escalade toxicologique, l’influence des traits de personnalité (notamment l’impulsivité et la recherche de sensations) et les dynamiques de groupe régissant la polyconsommation de substances chez les jeunes adultes.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique opérationnalisé par l’ACSUS est la consommation simultanée d’alcool et de cannabis et ses conséquences associées. Il s’agit d’un construit comportemental et syndromique complexe qui transcende la simple juxtaposition de deux consommations unitaires pour capturer une modalité d’intoxication unique caractérisée par la potentialisation pharmacodynamique mutuelle de l’éthanol et du delta-9-tétrahydrocannabinol (THC). Ce construit est théorisé et opérationnalisé à travers deux dimensions factorielles distinctes mais interdépendantes :

Facteur 1 : Fréquence et quantité de la consommation simultanée (Items 1 à 4)

Ce premier facteur quantifie le pattern comportemental objectif et l’amplitude de l’exposition toxique combinée au cours des 12 derniers mois. La mesure de la quantité de cannabis représentant historiquement un défi méthodologique majeur en raison de l’hétérogénéité des modes d’administration et des teneurs en principes actifs, l’échelle intègre une approche innovante :

  • Fréquence globale des épisodes simultanés (Item 1) : Mesure la récurrence temporelle des occasions où les effets des deux substances se sont activement chevauchés (allant de « Jamais » à « 4 fois par semaine ou plus »).
  • Volume d’alcool ingéré lors d’une session type (Item 2) : Évalue le nombre de verres standards d’alcool consommés lors d’une journée représentative d’usage combiné (allant de 1-2 verres à 10 verres ou plus).
  • Quantité pondérale de cannabis consommée (Item 3) : Évalue la masse en grammes de marijuana utilisée lors d’une journée type de co-consommation (de 0,125 g ou moins jusqu’à 1 g ou plus). Cette estimation est soutenue visuellement dans le protocole de passation par une planche photographique calibrée empruntée au Daily Sessions, Frequency, Age of Onset, and Quantity of Cannabis Use Inventory (DFAQ-CU ; Pearson et al., 2017), améliorant radicalement la précision des déclarations d’auto-évaluation.
  • Épisodes d’alcoolisation ponctuelle importante combinée (Item 4) : Mesure la fréquence des épisodes de binge drinking combiné (consommation de 4 verres ou plus pour les femmes, 5 verres ou plus pour les hommes lors d’une même occasion tout en consommant du cannabis). Cette variable capture les comportements d’hyper-alcoolisation superposés à la prise de cannabinoïdes.

Facteur 2 : Problèmes associés à la consommation simultanée (Items 5 à 9)

Ce second facteur opérationnalise les dysfonctionnements comportementaux, les signes cliniques de dépendance comportementale croisée et les conséquences néfastes directement imputables aux épisodes d’intoxication simultanée :

  • Incapacité à arrêter la consommation d’alcool (Item 5) : Évalue le phénomène de perte de contrôle sélective sur la boisson une fois l’intoxication mixte amorcée. La présence concomitante de cannabinoïdes altère les circuits fronto-striataux de l’inhibition, majorant le risque de consommation compulsive d’alcool.
  • Incapacité à arrêter la consommation de cannabis (Item 6) : Mesure le corollaire inverse, à savoir la perte de régulation de l’auto-administration de cannabis lorsque l’individu est sous l’influence de l’éthanol. L’alcool agit comme un désinhibiteur qui favorise la reprise continue de bouffées ou de joints.
  • Manquement aux obligations et attentes sociorôles (Item 7) : Capture la détérioration fonctionnelle consécutive aux épisodes SAM, mesurée par l’incapacité récurrente à accomplir les tâches académiques, professionnelles, familiales ou relationnelles normalement attendues.
  • Blessures physiques et traumatismes corporels (Item 8) : Quantifie les atteintes à l’intégrité physique de soi-même ou d’autrui (accidents de la voie publique, chutes, agressions, traumatismes) survenues directement pendant ou au décours d’une session d’usage combiné. L’altération des réflexes psychomoteurs et la surestimation des capacités sous l’effet du cocktail alcool-THC constituent un vecteur étiologique majeur de traumatismes non intentionnels.
  • Préoccupation et alertes de l’entourage (Item 9) : Évalue le signal d’alarme social et médical, c’est-à-dire le fait qu’un proche (parent, ami), un médecin ou un autre professionnel de santé ait explicitement manifesté son inquiétude au sujet de cette polyconsommation simultanée ou ait recommandé d’en réduire la cadence.

6. Cadre théorique

Le développement de l’ACSUS s’ancre à la croisée de plusieurs modèles théoriques majeurs de la psychologie des addictions, de la neurobiologie comportementale et de la psychométrie contemporaine.

1. Modèle pharmacologique et neurobiologique de la potentialisation mutuelle

Sur le plan neurochimique, la consommation simultanée ne constitue pas une simple addition d’effets mais une véritable interaction synergique. L’éthanol est un modulateur allostérique positif des récepteurs GABA-A et un antagoniste des récepteurs glutamatergiques NMDA, tandis que le THC agit principalement comme un agoniste partiel des récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB1). Les travaux fondamentaux en pharmacologie (Lukas & Orozco, 2001) ont démontré que la prise préalable ou concomitante d’alcool entraîne une vasodilatation et une modification de la clairance hépatique qui augmentent considérablement l’absorption et les concentrations plasmatiques maximales de THC, induisant une défonce subjective plus rapide, plus intense et plus prolongée. Réciproquement, la stimulation des récepteurs CB1 altère la motilité gastro-intestinale et retarde l’élimination de l’éthanol, exacerbant la dépression du système nerveux central. Ce substrat neurobiologique justifie théoriquement la nécessité d’un outil mesurant l’état combiné comme une entité clinique autonome.

2. La théorie de la motivation aux substances (Cox & Klinger ; Cooper)

Le cadre conceptuel des modèles motivationnels (Cooper, 1994 ; Patrick et al., 2018) postule que les individus consomment des drogues dans le but spécifique d’obtenir certains résultats affectifs ou sociaux anticipés. Dans le cas de la SAM, les recherches mettent en évidence des motivations singulières :

  • L’amplification hédonique (« Cross-fading ») : La recherche délibérée d’une synergie sensorielle décuplée que ni l’alcool ni le cannabis ne peuvent produire isolément.
  • L’automédication et la régulation émotionnelle négative : L’utilisation conjointe des substances pour anesthésier des états d’anxiété aiguë, de détresse psychologique ou de dysphorie sévère, ce qui augmente dramatiquement le risque de développer des critères de dépendance.
  • La conformité et la facilitation sociale : La participation à des rituels festifs au sein de groupes de pairs où la co-consommation constitue la norme culturelle dominante.

3. Modèle transdiagnostique de l’impulsivité (Modèle UPPS-P)

L’ACSUS s’adosse également aux conceptualisations psychologiques de l’impulsivité définies par Whiteside et Lynam (2001). Les individus caractérisés par des niveaux élevés d’urgence négative (propension à réagir impulsivement lors d’affects négatifs) et d’urgence positive (inhibition déficitaire lors d’états d’euphorie extrême) présentent une vulnérabilité accrue aux épisodes SAM. L’état d’intoxication croisée engendre un « effet de myopie cognitive et comportementale » où les conséquences néfastes à long terme sont totalement occultées au profit de la gratification sensorielle immédiate, ce qui conduit inéluctablement aux problèmes capturés par le Facteur 2 de l’ACSUS (incapacité à s’arrêter, accidents, conflits sociaux).

4. Paradigme psychométrique de dérivation d’outils de dépistage de l’OMS

Sur le plan structurel et docimologique, l’ACSUS hérite directement de la philosophie d’évaluation de la santé publique mondiale initiée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avec l’AUDIT (Babor et al., 2001). Elle en adopte l’architecture logique qui hiérarchise les domaines de l’évaluation : en premier lieu l’exposition volumétrique (consommation à risque ou hazardous use), suivie des manifestations de dépendance physique et psychologique (consommation nocive ou harmful use), et enfin les répercussions systémiques directes sur la sécurité et le réseau social du sujet.

7. Validité

La validité psychométrique de l’ACSUS a été établie empiriquement par Kolp et collaborateurs (2024) sur une cohorte d’étudiants universitaires américains co-consommateurs réguliers d’alcool et de cannabis. Plusieurs formes de validité ont été rigoureusement démontrées :

Validité de contenu et d’apparence

Le développement des énoncés de l’ACSUS a suivi un protocole systématique de transposition d’items issus d’inventaires validés de référence (AUDIT, CUDIT-R, DFAQ-CU). Chaque énoncé a été formulé avec une contrainte sémantique explicite et récurrente : « so that the effects of alcohol and marijuana overlapped » (de manière à ce que les effets de l’alcool et de la marijuana se chevauchent). Cette formulation élimine toute ambiguïté chez le répondant et garantit une validité de contenu irréprochable en ciblant exclusivement la synchronie des intoxications subjectives.

Validité convergente et concurrente

La validité convergente de l’ACSUS a été confirmée par l’observation de corrélations positives, bivariées et statistiquement très significatives avec un ensemble d’instruments mesurant des construits théoriquement adjacents :

  • Corrélations avec les troubles de l’usage d’alcool (AUDIT) : Le score global de l’ACSUS ainsi que ses deux sous-échelles présentent des corrélations fortes et directes avec le score total de l’AUDIT, attestant que les individus présentant une sévérité accrue de co-consommation manifestent également des patterns problématiques sévères d’alcoolisation.
  • Corrélations avec les troubles de l’usage de cannabis (CUDIT-R) : De même, des corrélations robustes ont été établies avec le CUDIT-R, confirmant que les comportements SAM s’inscrivent dans une trajectoire d’abus chronique de cannabis.
  • Corrélations avec les motivations spécifiques à la SAM : Les participants présentant des scores élevés à l’ACSUS ont rapporté des scores significativement plus hauts sur les échelles de motifs spécifiques de consommation simultanée (notamment l’amplification des sensations et la gestion de la détresse).
  • Corrélations avec l’impulsivité (SUPPS-P) : L’ACSUS présente des associations positives statistiquement significatives avec les sous-échelles d’urgence positive, d’urgence négative et de recherche de sensations de la Short UPPS-P, confirmant le substrat dispositionnel impulsif du construit.

Validité différentielle et incrémentielle

Les analyses de régression multiple ont démontré que l’ACSUS capture une variance unique non expliquée par l’AUDIT ou le CUDIT-R pris isolément. Les scores du Facteur 2 (problèmes associés à la SAM) prédisent de manière incrémentielle et indépendante les conséquences dommageables globales (telles que les accidents, les blackouts et les sanctions universitaires), confirmant que l’expérience combinée des deux substances génère une morbidité propre qui échappe aux outils d’évaluation unimodaux.

8. Fidélité

La fidélité métrologique de l’ACSUS a été minutieusement évaluée dans l’échantillon de dérivation princeps de Kolp et al. (2024), en se focalisant sur la cohérence interne et l’homogénéité des facteurs.

Consistance interne

Les coefficients de cohérence interne mesurés par le coefficient Alpha de Cronbach sont jugés satisfaisants et adéquats pour une échelle brève de dépistage clinique comportant seulement 9 items :

  • Score total de l’ACSUS (9 items) : α = 0,70. Ce coefficient témoigne d’une consistance d’ensemble convenable, garantissant que les items convergent vers un macro-construit unifié de risque toxicologique combiné sans redondance sémantique excessive.
  • Facteur 1 (Fréquence et quantité – 4 items) : α = 0,68. Bien que modeste, cette valeur est considérée comme très acceptable compte tenu du très faible nombre d’items (4) et de la nature intrinsèquement hétérogène des métriques combinées (qui associent des mesures de fréquence temporelle, des unités de verres d’alcool et des mesures pondérales en grammes de cannabis).
  • Facteur 2 (Problèmes associés – 5 items) : α = 0,69. Cette valeur reflète une bonne homogénéité des items de conséquences, couvrant des domaines symptomatiques variés allant de la perte de contrôle intrapersonnelle jusqu’aux blessures physiques accidentelles.

Stabilité temporelle

Bien que l’évaluation test-retest n’ait pas constitué le cœur de la publication initiale de 2024, la stabilité relative des comportements d’usage de substances au cours d’une fenêtre rétrospective de 12 mois confère à l’instrument une stabilité temporelle satisfaisante à moyen terme, sous réserve de l’absence d’interventions thérapeutiques majeures ou de modifications contextuelles substantielles de la législation sur le cannabis.

9. Analyse factorielle

L’architecture dimensionnelle de l’ACSUS a été établie par une démarche méthodologique rigoureuse en deux étapes, combinant successivement une analyse factorielle exploratoire (AFE) puis une analyse factorielle confirmatoire (AFC).

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Dans la phase initiale de sélection et de raffinement des items, un pool élargi d’énoncés potentiels a été soumis à une AFE (avec rotation oblique, postulant des facteurs intercorrélés). Les résultats ont mis en évidence la prépondérance nette de deux facteurs latents expliquant la majorité de la variance commune. Durant ce processus d’épuration docimologique, un item problématique présentant des saturations croisées élevées (cross-loadings) sur les deux facteurs a été éliminé, permettant d’aboutir à une version finale concise et épurée de 9 items.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

L’AFC conduite sur la structure retenue à 9 items a pleinement corroboré le modèle bifactoriel hypothétisé. Les indices d’adéquation globale (Goodness-of-Fit) ont démontré un ajustement excellent aux données empiriques :

  • Chi-carré du modèle : χ²(26) = 45,75, avec p < 0,05. Bien que significatif (ce qui est classique dans les échantillons de taille modérée à large), le ratio χ²/ddl est de 1,76, se situant bien en deçà du seuil critique conservateur de 2,0 ou 3,0 attestant d’une excellente parcimonie.
  • Indice de fit comparatif (CFI) : CFI = 0,99. Cette valeur exceptionnelle dépasse largement le seuil standard d’excellence de 0,95.
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : RMSEA = 0,05 (avec un intervalle de confiance à 90 % compatible avec un ajustement étroit), largement inférieur au seuil conventionnel de 0,06.
  • Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : SRMR = 0,09, indiquant un niveau acceptable d’écarts entre la matrice de covariance observée et la matrice postulée par le modèle.

Configuration des saturations factorielles

La répartition définitive des items au sein des deux dimensions s’articule comme suit :

  • Facteur 1 : Consommation (Fréquence et Quantité) : Comprend les items 1, 2, 3 et 4. Tous les items présentent des saturations primaires substantielles sur cette dimension dédiée à la charge toxique globale.
  • Facteur 2 : Problèmes associés à la consommation simultanée : Comprend les items 5, 6, 7, 8 et 9. Ce facteur regroupe de manière homogène les manifestations d’absence d’auto-contrôle et les préjudices psychosociaux ou physiques.

10. Instrument de mesure

L’Alcohol and Cannabis Simultaneous Use Scale (ACSUS) est un questionnaire psychométrique auto-administré standardisé. Voici la synthèse descriptive et technique de l’instrument :

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire / Inventaire de comportement et de morbidité psychologique et médicale.
  • Administration : Format électronique en ligne (optimal pour l’anonymat des réponses relatives à la consommation de substances illicites ou réglementées) ou passation papier-crayon assistée.
  • Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes.
  • Public cible : Adultes et jeunes adultes (18 à 29 ans), en particulier les populations étudiantes et les individus déclarant un usage simultané régulier ou récréatif d’alcool et de marijuana.
  • Nombre total d’items : 9 items formulés en langue anglaise dans la version originale validée.
  • Format des réponses et codage des scores :
    • Items 1 à 7 : Échelle ordinale à choix multiples en 5 points, codée de 0 à 4 (0 = réponse de moindre risque, 4 = sévérité maximale).
    • Items 8 et 9 : Échelle ordinale à choix multiples en 3 points, codée en 0, 2 et 4 (0 = « Non » ; 2 = « Oui, mais pas au cours des 12 derniers mois » ; 4 = « Oui, au cours des 12 derniers mois »).
    • Item 3 (Spécificité visuelle) : L’évaluation pondérale en grammes est facilitée par l’adjonction d’un guide visuel photographique extrait du DFAQ-CU, représentant concrètement différentes portions de fleurs de cannabis étalonnées.
  • Modalités de calcul des scores (Cotation) :
    • Score total global : Obtenu par la somme arithmétique de l’ensemble des 9 items. Le score total s’échelonne de 0 à 36 points. Un score global plus élevé reflète une consommation combinée plus lourde et des conséquences néfastes plus sévères.
    • Score du Facteur 1 (Fréquence/Quantité) : Obtenu par l’addition des items 1, 2, 3 et 4 (score variant de 0 à 16 points).
    • Score du Facteur 2 (Problèmes associés) : Obtenu par l’addition des items 5, 6, 7, 8 et 9 (score variant de 0 à 20 points).

11. Permissions, Tarifs et Année du test

L’Alcohol and Cannabis Simultaneous Use Scale (ACSUS) a été officiellement publiée en 2024 dans la revue internationale à comité de lecture Journal of Substance Use (Kolp et al., 2024 ; article accepté et pré-publié en ligne en 2023).

Sur le plan des droits de propriété intellectuelle, des permissions et de la tarification :

  • Accès et tarification pour la recherche : L’échelle a été conçue pour soutenir la recherche scientifique et la santé publique. Elle est disponible sans frais d’utilisation (libre de droits d’auteur sous réserve de citation appropriée de l’article princeps) pour les chercheurs académiques, les institutions universitaires et les cliniciens opérant dans des cadres non commerciaux.
  • Utilisation commerciale et adaptations : Toute intégration de l’ACSUS au sein de plateformes technologiques commerciales payantes, de programmes de dépistage d’entreprise à but lucratif ou tout projet de traduction formelle nécessitant validation transculturelle doit faire l’objet d’une demande préalable d’autorisation auprès des auteurs principaux (Dre Haley Kolp, Université du Wisconsin-Milwaukee : [email protected]) ou de l’éditeur (Taylor & Francis).

12. Références

Les sources bibliographiques suivantes constituent les fondements théoriques, méthodologiques et empiriques de l’ACSUS :

  • Adamson, S. J., Kay-Lambkin, F. J., Baker, A. L., Lewin, T. J., Thornton, L., Kelly, B. J., & Sellman, J. D. (2010). An improved brief measure of cannabis misuse: The Cannabis Use Disorders Identification Test-Revised (CUDIT-R). Drug and Alcohol Dependence, 110(1–2), 137–143. https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2010.02.017
  • Babor, T. F., Higgins-Biddle, J. C., Saunders, J. B., & Monteiro, M. G. (2001). AUDIT: The Alcohol Use Disorders Identification Test: Guidelines for use in primary care (2nd ed.). World Health Organization. https://apps.who.int/iris/handle/10665/67205
  • Cooper, M. L. (1994). Motivations for alcohol use among adolescents: Development and validation of a four-factor model. Psychological Assessment, 6(2), 117–128. https://doi.org/10.1037/1040-3590.6.2.117
  • Kolp, H., Horvath, S., Fite, P. J., Metrik, J., Stuart, G. L., Lisdahl, K. M., & Shorey, R. C. (2024). Development of the Alcohol and Cannabis Simultaneous Use Scale (ACSUS) in college students. Journal of Substance Use, 29(4), 509–516. https://doi.org/10.1080/14659891.2023.2183149
  • Lukas, S. E., & Orozco, S. (2001). Ethanol increases plasma Δ9-tetrahydrocannabinol (THC) levels and subjective effects after smoking a single marijuana cigarette in human volunteers. Drug and Alcohol Dependence, 64(2), 143–149. https://doi.org/10.1016/S0376-8716(01)00118-1
  • Patrick, M. E., Fairlie, A. M., & Lee, C. M. (2018). Motives for simultaneous alcohol and marijuana use among young adults. Addictive Behaviors, 76, 363–369. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2017.08.027
  • Pearson, C. R., Liese, B. S., & Subbaraman, M. S. (2017). The Daily Sessions, Frequency, Age of Onset, and Quantity of Cannabis Use Inventory (DFAQ-CU): Initial development and validation. Addiction Research & Theory, 25(5), 426–436. https://doi.org/10.1080/16066359.2017.1308477
  • Whiteside, S. P., & Lynam, D. R. (2001). The Five Factor Model and impulsivity: Using a structural model of personality to understand impulsivity. Personality and Individual Differences, 30(4), 669–689. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(00)00064-7

13. Questions et items du questionnaire

Cette section présente les consignes administratives officielles et l’inventaire complet des 9 items de l’échelle ACSUS dans leur langue originale de validation (anglais). La consigne initiale et le libellé de chaque item doivent être respectés scrupuleusement lors de toute administration standardisée.

Instructions

The following questions ask about your use of alcohol and marijuana at approximately the same time, so that the effects of each substance overlapped. That is, these questions ask about times you have used alcohol and marijuana together.

(1) How often did you use both alcohol and marijuana on the same occasion during the past 12 months, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped?

a. Never (0)
b. Monthly or Less (1)
c. 2 to 4 times a month (2)
d. 2 to 3 times a week (3)
e. 4 or more times a week (4)

(2) How many drinks containing alcohol did you have on a typical day when you were using both alcohol and marijuana on the same occasion during the past 12 months, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped?

a. 1 or 2 (0)
b. 3 or 4 (1)
c. 5 or 6 (2)
d. 7 to 9 (3)
e. 10 or more (4)

(3) How much marijuana did you use (in grams) on a typical day when you were using both alcohol and marijuana on the same occasion during the past 12 months, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped?

(Note: An image from the Daily Sessions, Frequency, Age of Onset, and Quantity of Cannabis Use Inventory [DFAQ-CU] is provided during administration to aid in estimating cannabis quantity.)

a. 0.125 grams or less (0)
b. 0.25 grams (1)
c. 0.50 grams (2)
d. 0.75 grams (3)
e. 1 gram or more (4)

(4) How often did you have 4 (for women)/5 (for men) or more drinks on one occasion while also using marijuana on the same occasion during the past 12 months, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped?

a. Never (0)
b. Less than monthly (1)
c. Monthly (2)
d. Weekly (3)
e. Daily or almost daily (4)

(5) How often during the past 12 months did you find that you were not able to stop drinking once you started when using both alcohol and marijuana on the same occasion, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped?

a. Never (0)
b. Less than monthly (1)
c. Monthly (2)
d. Weekly (3)
e. Daily or almost daily (4)

(6) How often during the past 12 months did you find that you were not able to stop using marijuana once you started when using both alcohol and marijuana on the same occasion, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped?

a. Never (0)
b. Less than monthly (1)
c. Monthly (2)
d. Weekly (3)
e. Daily or almost daily (4)

(7) How often during the past 12 months did you fail to do what was normally expected from you because of using both marijuana and alcohol on the same occasion, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped?

a. Never (0)
b. Less than monthly (1)
c. Monthly (2)
d. Weekly (3)
e. Daily or almost daily (4)

(8) In the past 12 months, were you or someone else injured as a result of your using both marijuana and alcohol on the same occasion, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped?

a. No (0)
b. Yes, but not in the last 12 months (2)
c. Yes, during the last 12 months (4)

(9) In the past 12 months, was a relative, friend, doctor, or other health worker concerned about you using both marijuana and alcohol on the same occasion, so that the effects of alcohol and marijuana overlapped, or suggested you cut down?

a. No (0)
b. Yes, but not in the last 12 months (2)
c. Yes, during the last 12 months (4)

Scoring Guidelines

Response options were coded from 0 to 4 for items 1 through 7. For items 8 and 9, responses were coded as 0 (Never), 2 (Yes, but not in the past 12 months), and 4 (Yes, in the past 12 months). The ACSUS scores can be calculated by either utilizing the total overall score or using total scores from either factor by summing the appropriate items together (items 1-4 for quantity/ frequency; items 5-9 for associated problems). The total score can range from 0 to 36, with higher scores indicating more simultaneous alcohol and cannabis use and related problems.

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 15). Échelle de consommation simultanée d’alcool et de cannabis (ACSUS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-consommation-simultanee-dalcool-et-de-cannabis-acsus
Looti, Mohammed. “Échelle de consommation simultanée d’alcool et de cannabis (ACSUS).” Base de données de psychologie en français, 15 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-consommation-simultanee-dalcool-et-de-cannabis-acsus.
Looti, Mohammed. “Échelle de consommation simultanée d’alcool et de cannabis (ACSUS).” Base de données de psychologie en français. octobre 15, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-de-consommation-simultanee-dalcool-et-de-cannabis-acsus.