1. Résumé / Abstract
L’Échelle de compulsivité sexuelle (Sexual Compulsivity Scale, SCS), conçue à l’origine par le professeur Seth C. Kalichman et ses collaborateurs en 1994, représente l’un des instruments psychométriques brefs les plus utilisés et validés à l’échelle internationale pour évaluer les pensées et comportements sexuels intrusifs, insistants et non contrôlés. Initialement développée dans le contexte des recherches épidémiologiques sur la prévention du VIH/sida et des infections sexuellement transmissibles (IST), la SCS répond à la nécessité clinique d’appréhender le construit de la « compulsivité sexuelle » — conceptuellement et cliniquement apparenté à l’hypersexualité, à l’addiction sexuelle et au trouble du comportement sexuel compulsif tel que défini dans la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé.
L’instrument est un auto-questionnaire concis composé de 10 items évaluant deux composantes principales : d’une part, l’incapacité à maîtriser les pensées et pulsions sexuelles (perte de contrôle cognitif et comportemental), et d’autre part, les perturbations fonctionnelles, sociales, professionnelles et interpersonnelles découlant de cette préoccupation sexuelle envahissante. Les participants évaluent chaque affirmation au moyen d’une échelle ordinale de type Likert en 4 points (allant de 1 = « Ne me correspond pas du tout » à 4 = « Me correspond tout à fait »). La cotation globale s’obtient soit par la sommation directe des scores (allant de 10 à 40), soit par le calcul d’un score moyen (1 à 4), sans aucun item inversé.
Sur le plan métrologique, l’échelle démontre des qualités psychométriques remarquables et robustes à travers de multiples sous-populations. La consistance interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach varie classiquement de 0,77 à 0,90 selon les cohortes étudiées (étudiants universitaires, hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes [HSH], personnes vivant avec le VIH, et consultants cliniques pour hypersexualité). La fidélité temporelle test-retest est exceptionnellement stable à court terme (r = 0,95 à 2 semaines) et demeure adéquate à moyen terme (r = 0,64 à 3 mois). La validité de construit est étayée par des corrélations négatives avec l’estime de soi et le sentiment d’autocontrôle sexuel, ainsi que par des corrélations positives significatives avec le nombre de partenaires sexuels occasionnels, la recherche de partenaires anonymes en ligne ou en lieux de rencontre, et la prise de risques sexuels délibérés. Instrument libre de droits placé dans le domaine public, la SCS constitue un outil standardisé d’une efficience remarquable pour la recherche fondamentale et la pratique diagnostique.
2. Mots-clés / Keywords
Compulsivité sexuelle, hypersexualité, addiction sexuelle, trouble du comportement sexuel compulsif, évaluation psychométrique, échelle de Kalichman, transmission du VIH, comportements sexuels à risque, perte de contrôle, fidélité test-retest, validité de construit, santé sexuelle.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de compulsivité sexuelle a été développée et validée sous la direction scientifique de :
- Seth C. Kalichman, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie sociale et de la santé au département des sciences psychologiques de l’Université du Connecticut (Storrs, Connecticut, États-Unis). Chercheur de renommée internationale, il consacre ses travaux à la prévention comportementale du VIH, à l’observance thérapeutique antirétrovirale et à la dynamique des conduites sexuelles à risque. (Courriel institutionnel :
[email protected]; Adresse : Department of Psychological Sciences, 406 Babbidge Road, Unit 1020, University of Connecticut, Storrs, CT 06269, USA). - Collaborateurs initiaux du programme de recherche (1994, 1995) : David Rompa, Vanessa Adair, Kevin Multhauf, Jeffrey Johnson et Jeffrey A. Kelly, rattachés à l’époque au Center for AIDS Intervention Research (CAIR) du Medical College of Wisconsin (Milwaukee, Wisconsin, États-Unis).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Sexual Compulsivity Scale est de fournir une mesure psychométrique brève, standardisée et facilement administrable pour quantifier l’intensité des pensées, désirs et comportements sexuels vécus comme insistants, intrusifs et échappant au contrôle volontaire de l’individu. Sur le plan sémiologique, le construit de compulsivité sexuelle ne se confond pas avec un niveau élevé de désir ou une libido vigoureuse mais harmonieuse ; il cible spécifiquement la dimension dysfonctionnelle où la sexualité devient une préoccupation obsédante qui s’impose au sujet au détriment de ses impératifs relationnels, professionnels et sanitaires.
Applications en recherche épidémiologique et en santé publique
Historiquement, l’instrument a été élaboré pour combler un vide méthodologique dans l’étude des déterminants comportementaux de l’épidémie de VIH/sida au début des années 1990. Les modèles théoriques cognitifs classiques (tels que la théorie de l’action raisonnée ou le modèle des croyances relatives à la santé) peinaient à expliquer pourquoi certains individus, pourtant parfaitement informés des voies de transmission du virus et des méthodes prophylactiques, continuaient à s’engager de manière récurrente dans des pratiques anales ou vaginales non protégées avec des partenaires anonymes ou multiples. L’introduction de la SCS a permis d’objectiver que, pour une fraction significative de la population, la désinhibition et la compulsion sexuelle submergent l’intention rationnelle de réduction des risques, transformant l’acte sexuel en une nécessité d’urgence émotionnelle plutôt qu’en une décision délibérée.
Applications cliniques et diagnostiques
En pratique clinique, la SCS remplit une fonction de dépistage (screening) rapide et d’évaluation continue de la sévérité symptomatique. Elle trouve une utilité directe dans :
- Les consultations de santé sexuelle et les centres de dépistage des infections transmissibles, en identifiant les consultants présentant un schéma de multi-partenariat compulsif nécessitant un accompagnement psychologique au-delà de la prescription médicale d’une prophylaxie pré-exposition (PrEP).
- Les services de psychiatrie, d’addictologie et de psychothérapie spécialisés dans les « addictions comportementales », où elle sert à objectiver la plainte de patients souffrant d’hypersexualité ou de trouble du comportement sexuel compulsif.
- Le suivi thérapeutique longitudinal, permettant de mesurer objectivement l’efficacité des interventions cognitivo-comportementales (TCC), des thérapies basées sur la pleine conscience ou des approches pharmacologiques visant la régulation de l’impulsivité.
Il importe de souligner une délimitation diagnostique essentielle : la SCS n’a pas été conçue pour détecter ni évaluer les paraphilies (telles que le voyeurisme, l’exhibitionnisme, la pédophilie ou le fétichisme). Si la compulsivité sexuelle peut théoriquement coexister avec une déviation paraphilique et accroître le risque d’infractions médico-légales par rupture des digues de contention interne, le contenu de la SCS s’ancre exclusivement dans l’intensité de la préoccupation sexuelle, la perte d’autocontrôle et la détresse fonctionnelle globale, indépendamment de la cible ou de la nature normative ou atypique de la pulsion.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de compulsivité sexuelle s’articule autour de l’incapacité chronique d’un individu à moduler, inhiber ou différer ses impulsions et préoccupations sexuelles, en dépit de la survenue documentée de conséquences préjudiciables pour lui-même ou pour autrui. Dans la littérature contemporaine, ce tableau clinique a reçu diverses appellations : « addiction sexuelle » (dans le sillage des travaux pionniers de Patrick Carnes), « hypersexualité » (proposée pour le DSM-5 par Martin Kafka) et plus récemment « trouble du comportement sexuel compulsif » (intégré dans la classification CIM-11 de l’OMS sous le code 6C72).
L’analyse conceptuelle des 10 items de la SCS met en exergue deux dimensions intrinsèques interconnectées :
1. Perte de contrôle cognitif et pulsionnel (Pensées et comportements non contrôlés)
Cette dimension renvoie à l’expérience subjective d’une force interne irrésistible submergeant les capacités d’inhibition exécutive du sujet. L’individu rapporte que ses pensées érotiques s’immiscent constamment dans sa conscience éveillée, perturbant la concentration lors des activités routinières ou professionnelles (ex. item 6 : « I find myself thinking about sex while at work »). L’affect sexuel n’est plus vécu comme un élan librement consenti, mais comme une entité autonome aliénante surpassant les ressources du moi (ex. item 7 : « I feel that my sexual thoughts and feelings are stronger than I am » ; item 8 : « I have to struggle to control my sexual thoughts and behavior » ; item 9 : « I think about sex more than I would like to »). L’item 5 (« I sometimes get so horny I could lose control ») illustre précisément cette anxiété liée au débordement physiologique et pulsionnel imminent.
2. Interférence fonctionnelle et perturbations psychosociales
La seconde composante évalue le retentissement délétère de cette hyper-focalisation sexuelle sur les différents domaines de la vie quotidienne. La sexualité cesse d’enrichir la vie affective pour devenir un agent de désorganisation systémique. L’instrument explore comment l’appétit sexuel insatiable altère la durabilité et l’intimité des relations de couple ou interpersonnelles (ex. item 1 : « My sexual appetite has gotten in the way of my relationships »), génère des difficultés existentielles globales (ex. item 2 : « My sexual thoughts and behaviors are causing problems in my life » ; item 3 : « My desires to have sex have disrupted my daily life ») et conduit à l’abandon d’obligations sociales, familiales ou professionnelles majeures (ex. item 4 : « I sometimes fail to meet my commitments and responsibilities because of my sexual behaviors »). Enfin, l’item 10 (« It has been difficult for me to find sex partners who desire having sex as much as I want to ») capture l’asymétrie relationnelle et la quête permanente de partenaires capables de répondre à une demande quantitativement disproportionnée.
Contrairement aux modèles fondés uniquement sur la fréquence des orgasmes ou le décompte brut des partenaires, la SCS postule que la compulsivité réside dans l’incapacité d’autorégulation et l’impact négatif perçu, distinguant avec clarté une sexualité active et épanouie d’une trajectoire pathologique marquée par la honte, le conflit interne et l’altération fonctionnelle.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage théorique de l’Échelle de compulsivité sexuelle procède d’une synthèse interdisciplinaire associant la phénoménologie des groupes d’entraide en douze étapes, les modèles cognitivo-comportementaux de l’impulsivité/compulsivité et les théories contemporaines de la régulation émotionnelle.
La genèse pragmatique : Le modèle des douze étapes et l’auto-identification
À l’origine de l’instrument, Kalichman et ses collègues (1994) ont puisé la matière première des items dans une brochure clinique publiée par l’organisation CompCare (1987), intitulée « Hope and recovery: A twelve-step guide for healing from compulsive sexual behavior ». Cette brochure s’adressait aux individus dont la trajectoire sexuelle était devenue ingérable, en posant des questions directes d’auto-évaluation (« votre appétit sexuel a-t-il fait obstacle à vos relations ? », « vos pensées sexuelles perturbent-elles votre quotidien ? »). Les auteurs ont extrait ces énoncés descriptifs en les reformulant à la première personne du singulier sous forme d’auto-affirmations standardisées. Cette approche confère à l’échelle une validité apparente (face validity) immédiate, capturant le vécu phénoménologique brut des personnes en souffrance sans intermédiaire métaphorique abstrait.
Le modèle du double contrôle sexuel (Bancroft & Janssen)
Sur le plan psychophysiologique, les scores à la SCS s’interprètent de manière féconde à travers le modèle du double contrôle proposé par John Bancroft et Erick Janssen au Kinsey Institute. Ce modèle postule que la réponse sexuelle humaine résulte d’un équilibre dynamique entre deux systèmes neurobiologiques distincts : l’excitation sexuelle (Sexual Excitation System, SES) et l’inhibition sexuelle (Sexual Inhibition System, SIS). Les individus présentant des scores élevés à l’échelle de Kalichman manifestent typiquement une combinaison hautement vulnérabilisante : un niveau d’excitation sexuelle particulièrement élevé couplé à une défaillance des mécanismes d’inhibition, notamment l’inhibition liée à l’anticipation des conséquences négatives (SIS1) ou à la menace de danger physique/sanitaire (SIS2).
L’hypothèse d’automédication et de régulation des affects
D’un point de vue cognitivo-comportemental, la compulsivité sexuelle est théorisée comme une stratégie d’évitement expérientiel ou d’adaptation mésadaptée (maladaptive coping). Selon ce paradigme soutenu notamment par les travaux de Reid et al. (2008), le recours irrépressible à la sexualité — qu’elle prenne la forme de masturbation compulsive, de consommation frénétique de pornographie ou de rencontres sexuelles anonymes répétées — fonctionne comme un mécanisme d’échappement anxiolytique face à des états affectifs aversifs (dépression, solitude, stress professionnel, honte ou alexithymie). L’orgasme et l’excitation procurent un soulagement neurochimique transitoire (renforcement négatif), rapidement suivi d’un rebond de détresse psychologique et de culpabilité, initiant un cycle addictif récurrent.
7. Validité / Validity
La validité de la Sexual Compulsivity Scale a fait l’objet d’investigations approfondies à travers de multiples contextes culturels, cliniques et épidémiologiques depuis plus de trois décennies, confirmant la solidité de sa structure métrologique.
Validité de construit et corrélats comportementaux
Dans les études princeps menées par Kalichman et ses collègues (1994, 1995), la validité de construit a été documentée par des associations théoriquement cohérentes :
- Pratiques sexuelles et multi-partenariat : Le score global de la SCS corrèle positivement avec le nombre total de partenaires sexuels au cours de la vie et des derniers mois (r = 0,21, p < 0,001), ainsi qu’avec la fréquence des rapports avec des partenaires occasionnels ou anonymes.
- Résistance à la prévention : Des scores élevés à la SCS sont significativement corrélés à de plus faibles intentions de réduire les comportements sexuels à risque pour le VIH (r = -0,35, p < 0,001).
- Autocontrôle et estime de soi : L’échelle montre des corrélations négatives robustes avec le sentiment d’autocontrôle sexuel (r = -0,61, p < 0,001) et avec l’estime de soi globale mesurée par l’échelle de Rosenberg (r = -0,35, p < 0,01), confirmant que la compulsivité érode le sentiment d’auto-efficacité personnelle.
Validité convergente et prédictive en santé sexuelle
Kalichman et Cain (2004) ont administré la SCS à une cohorte d’hommes et de femmes consultant dans des cliniques de dépistage des IST. Les participants affichant des scores élevés rapportaient un nombre significativement supérieur d’actes sexuels hebdomadaires, une probabilité accrue d’avoir eu des partenaires d’un soir (one-time partners) et un taux plus élevé d’antécédents d’infections sexuellement transmissibles bactériennes ou virales.
Dans le domaine des cyber-addictions et de la sexualité numérique, les études de Cooper, Sherer, Boies et Gordon (1999) ont démontré que les scores à la SCS prédisent avec acuité le temps passé en ligne à rechercher du matériel érotique ou des partenaires de rencontre. Les internautes présentant les scores les plus élevés consacraient une part disproportionnée de leur temps quotidien aux chatrooms érotiques et présentaient une détérioration marquée de leur vie conjugale. De même, Dodge et ses collaborateurs (2008) ont établi que chez les hommes homosexuels et bisexuels, la compulsivité sexuelle prédit fortement la fréquentation assidue de clubs de sexe, de saunas et de lieux de drague anonymes.
Validité discriminante
La capacité de la SCS à différencier des populations cliniques de populations tout-venant a été validée de manière éclatante par Reid, Carpenter, Spackman et Willes (2008). Dans cette étude, des patients consultants sollicitant une aide psychiatrique ou psychothérapeutique pour des comportements hypersexuels incontrôlés ont obtenu des scores moyens à la SCS supérieurs de plus d’un écart-type complet par rapport aux échantillons de contrôle issus de la communauté (différence statistiquement significative à p < 0,0001).
La validité discriminante est également confirmée par les travaux sur le phénomène du « barebacking » (recherche intentionnelle de rapports anaux non protégés en contexte de prévalence virale) chez les hommes gais et bisexuels : les participants s’identifiant explicitement à cette sous-culture ou s’y engageant de manière répétée présentent des niveaux de compulsivité sexuelle significativement supérieurs à ceux adoptant des pratiques systématiquement sécurisées (Halkitis et al., 2005 ; Parsons & Bimbi, 2007).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Échelle de compulsivité sexuelle a été quantifiée à travers des indices d’homogénéité interne (alpha de Cronbach) et de stabilité temporelle (test-retest) au sein d’échantillons démographiquement et cliniquement hétérogènes.
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
L’instrument démontre une excellente cohérence interne, attestant que l’ensemble des 10 items converge harmonieusement vers l’évaluation du même construit latent :
- Échantillons communautaires d’hommes et femmes séropositifs pour le VIH : α = 0,89 (Kalichman & Rompa, 1995).
- Hommes gais et bisexuels : Les valeurs d’alpha se situent de façon reproductible dans un intervalle compris entre 0,86 et 0,90 (Dodge et al., 2008 ; Kalichman et al., 1994 ; Parsons & Bimbi, 2007).
- Étudiants universitaires hétérosexuels : α = 0,77 chez les étudiants de sexe masculin et α = 0,81 chez les étudiantes de sexe féminin (Dodge, Reece, Cole, & Sandfort, 2004).
- Population générale de jeunes adultes (Croatie) : α = 0,87 (Štulhofer, Buško, & Landripet, 2010), confirmant la robustesse transculturelle de l’échelle hors du monde anglo-saxon.
- Patients cliniques consultants pour hypersexualité : α = 0,79 (Reid et al., 2008).
Les corrélations item-total corrigées oscillent entre 0,49 et 0,73. Les analyses de suppression d’item indiquent qu’aucun item ne dégrade la consistance globale du test ; sa suppression n’entraîne aucune augmentation notable du coefficient alpha, ce qui confirme l’utilité métrologique de chacun des 10 énoncés.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité temporelle a été documentée lors des premières phases d’expérimentation psychométrique :
- À un intervalle de 2 semaines, le coefficient de corrélation test-retest est de r = 0,95 (p < 0,001) chez des adultes vivant avec le VIH (Kalichman & Rompa, 1995), indiquant une invariance quasi parfaite de l’auto-évaluation sur une courte période.
- À un intervalle de 3 mois, la stabilité demeure très satisfaisante avec r = 0,64 (p < 0,001) dans un échantillon d’hommes homosexuellement actifs (Kalichman et al., 1994). Cette légère décrue à moyen terme reflète fidèlement la nature semi-trait/semi-état du construit, sensible aux fluctuations contextuelles de la vie affective, relationnelle ou aux prises en charge psychologiques.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations de structure factorielle de la SCS ont été conduites par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), clarifiant le débat récurrent en psychométrie entre unidimensionnalité pratique et bidimensionnalité sous-jacente.
Structure exploratoire princeps : La bidimensionnalité
Dans les travaux initiaux de Kalichman et Rompa (1995, 2001), l’analyse en composantes principales (ACP) avec rotation orthogonale (Varimax) ou oblique a extrait deux facteurs principaux possédant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1, expliquant conjointement plus de 55 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Pensées et comportements sexuels non contrôlés (Perte de contrôle interne)
Ce facteur rassemble les items 5, 6, 7, 8 et 9. Les saturations factorielles (factor loadings) de ces items sur ce premier axe sont élevées, s’échelonnant généralement entre 0,62 et 0,84. Ils mesurent la charge mentale érotique continue, le sentiment d’impuissance cognitive et la lutte pour maîtriser ses pulsions.
- Facteur 2 : Conséquences psychosociales et perturbations de vie
Ce second facteur regroupe les items 1, 2, 3, 4 et 10, avec des saturations factorielles comprises entre 0,58 et 0,81. Cet axe appréhende l’interférence avec les engagements professionnels, les conflits conjugaux, l’inadéquation des rythmes de désir au sein du couple et la déstabilisation de la vie quotidienne.
Modélisation confirmatoire et unidimensionnalité globale
Bien que ces deux composantes émergent clairement sur le plan conceptuel, les études factorielles confirmatoires menées ultérieurement (notamment Štulhofer et al., 2010) révèlent que les deux sous-facteurs partagent une corrélation inter-factorielle très élevée (souvent r > 0,70). De ce fait, un modèle unidimensionnel de second ordre — ou un modèle unidimensionnel strict à facteur général unique de « compulsivité » — présente des indices d’adéquation statistiques très satisfaisants :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,93
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,91
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) ≤ 0,06 (IC 90 % : [0,04 – 0,08])
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) ≤ 0,05
En conséquence, les auteurs et les cliniciens recommandent d’utiliser la SCS principalement comme une échelle unidimensionnelle globale, tout en conservant la possibilité d’analyser qualitativement les deux sous-composantes lors du bilan psychologique individuel.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Échelle de compulsivité sexuelle se présente sous une forme standardisée d’une grande sobriété ergonomique, facilitant son administration clinique ou son intégration dans des protocoles de recherche en ligne ou papier-crayon.
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique (auto-évaluation) ou hétéro-questionnaire administrable sous forme d’entretien clinique semi-structuré.
- Nombre d’items : 10 items rédigés à la première personne du singulier sous forme d’affirmations comportementales et cognitives directes.
- Format et modalités de réponse : Échelle de Likert ordinale à 4 points :
- 1 = Not at all Like Me (Ne me correspond pas du tout)
- 2 = Slightly Like Me (Me correspond un peu)
- 3 = Mainly Like Me (Me correspond beaucoup)
- 4 = Very Much Like Me (Me correspond tout à fait)
- Temps de passation : Particulièrement rapide, généralement compris entre 3 et 5 minutes.
- Modalités de cotation (Scoring) :
- Score total cumulé : Somme arithmétique directe des 10 items. L’intervalle des scores s’étend de 10 à 40 points.
- Score moyen de l’échelle : Somme des items divisée par 10 (score compris entre 1,00 et 4,00). Cette méthode normalisée facilite la comparaison avec d’autres échelles d’attitudes.
- Items inversés : Aucun item n’est inversé ; des valeurs élevées traduisent systématiquement une compulsivité plus sévère.
- Interprétation des scores et seuils :
- Score total < 20 (ou moyenne < 2,0) : Niveau de compulsivité sexuelle faible à nul ; sexualité vécue sans détresse fonctionnelle ni sentiment de perte de contrôle.
- Score total de 20 à 29 (moyenne de 2,0 à 2,9) : Compulsivité modérée ; présence intermittente de conflits d’autocontrôle ou de préoccupations intrusives méritant une exploration clinique.
- Score total ≥ 30 (moyenne ≥ 3,0) : Compulsivité sexuelle élevée à sévère ; correspond au profil typique des populations cliniques consultant pour trouble du comportement sexuel compulsif, avec altération majeure du fonctionnement psychosocial et majoration du risque infectieux.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1994 (première parution princeps dans le Journal of Personality Assessment, suivie d’études d’extension méthodologique en 1995 et 2001).
- Statut des droits d’auteur et licence d’utilisation : L’Échelle de compulsivité sexuelle a été formellement placée par Seth C. Kalichman dans le domaine public (public domain). Elle est accessible librement, sans redevance ni coût d’acquisition de licence, tant pour les chercheurs académiques que pour les praticiens cliniques.
- Conditions d’utilisation : Aucune autorisation écrite préalable n’est exigée pour son utilisation dans des protocoles de recherche non commerciaux ou des bilans psychologiques. Il est en revanche strictement requis de citer formellement les publications méthodologiques de référence (Kalichman et al., 1994 ; Kalichman & Rompa, 1995, 2001).
- Soutien financier à l’élaboration : Le travail de standardisation psychométrique et de publication du manuel d’utilisation a été financé par une subvention de recherche des National Institutes of Health / National Institute of Mental Health (NIMH), sous la référence de subvention R01-MH71164.
12. Références / References
- CompCare. (1987). Hope and recovery: A twelve-step guide for healing from compulsive sexual behavior [Brochure]. Minneapolis, MN: CompCare Publications.
- Cooper, A., Scherer, C. R., Boies, S. C., & Gordon, B. L. (1999). Sexuality on the Internet: From sexual exploration to pathological expression. Professional Psychology: Research and Practice, 30(2), 154–164. https://doi.org/10.1037/0735-7028.30.2.154
- Dodge, B., Reece, M., Cole, S. L., & Sandfort, T. G. (2004). Sexual compulsivity among heterosexual college students. The Journal of Sex Research, 41(4), 343–350. https://doi.org/10.1080/00224490409552241
- Dodge, B., Reece, M., Herbenick, D., Fisher, C., Satinsky, S., & Stupiansky, N. (2008). Relations between sexually transmitted infection diagnosis and sexual compulsivity in a community-based sample of men who have sex with men. Sexually Transmitted Infections, 84(4), 324–327. https://doi.org/10.1136/sti.2007.029413
- Halkitis, P. N., Wilton, L., Wolitski, R. J., Parsons, J. T., Hoff, C. C., & Bimbi, D. S. (2005). Barebacking identity among HIV-positive gay and bisexual men: Demographic, psychological, and behavioral correlates. AIDS, 19(Suppl. 1), S27–S35. https://doi.org/10.1097/01.aids.0000167349.52478.f4
- Kalichman, S. C., Adair, V., Rompa, D., Multhauf, K., Johnson, J., & Kelly, J. A. (1994). Sexual sensation-seeking: Scale development and predicting AIDS-risk behavior among homosexually active men. Journal of Personality Assessment, 62(3), 385–397. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa6203_1
- Kalichman, S. C., & Cain, D. (2004). The relationship between indicators of sexual compulsivity and high risk sexual practices among men and women receiving services from a sexually transmitted infection clinic. The Journal of Sex Research, 41(3), 235–241. https://doi.org/10.1080/00224490409552231
- Kalichman, S. C., & Rompa, D. (1995). Sexual sensation seeking and sexual compulsivity scales: Reliability, validity, and predicting HIV risk behaviors. Journal of Personality Assessment, 65(3), 586–602. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa6503_16
- Kalichman, S. C., & Rompa, D. (2001). The Sexual Compulsivity Scale: Further development and use with HIV-positive persons. Journal of Personality Assessment, 76(3), 379–395. https://doi.org/10.1207/S15327752JPA7603_02
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- Reid, R. C., Carpenter, B. N., Spackman, M., & Willes, D. L. (2008). Alexithymia, emotional instability, and vulnerability to stress proneness in patients seeking help for hypersexual behavior. Journal of Sex & Marital Therapy, 34(2), 133–149. https://doi.org/10.1080/01614570701808298
- Štulhofer, A., Buško, V., & Landripet, I. (2010). Pornography, sexual socialization, and satisfaction among young men. Archives of Sexual Behavior, 39(1), 168–178. https://doi.org/10.1007/s10508-008-9377-5