1. Résumé / Abstract
L’Échelle de Compétence Numérique des Leaders (en anglais, Leader Digital Competence [LDC] Scale), développée par op ‘t Roodt, Bracht, van Dick et Hernandez Bark (2025), constitue un instrument psychométrique de pointe conçu pour évaluer systématiquement les compétences numériques indispensables aux managers et cadres évoluant au sein d’environnements de travail virtuels ou hybrides. Dans un contexte de transformation numérique accélérée, les exigences managériales ont profondément muté, requérant des aptitudes qui dépassent la simple maîtrise technique des outils logiciels pour englober des dimensions relationnelles, comportementales et organisationnelles complexes.
L’instrument finalisé comprend 10 items (issus d’un ensemble préliminaire de 12 items) mesurés sur une échelle de type Likert en 7 points (allant de 1 = « totalement en désaccord » à 7 = « totalement d’accord »). La structure sous-jacente de l’outil s’articule autour de trois dimensions interdépendantes et théoriquement fondées :
- Interaction numérique (Digital Interaction) : évalue l’aptitude du leader à communiquer de manière pertinente, fluide et efficiente avec ses collaborateurs via des supports dématérialisés, ainsi que sa capacité à choisir le canal technologique le plus approprié selon le contexte et la complexité de la tâche.
- Ouverture numérique (Digital Openness) : mesure la réceptivité cognitive et comportementale du manager face à l’innovation technologique, son enthousiasme face aux nouveaux outils et son aptitude à stimuler une posture d’apprentissage continu au sein de son équipe.
- Exemplarité numérique (Digital Role Modeling) : capture le rôle de modèle joué par le superviseur dans l’instauration d’usages technologiques sains, notamment en fixant des frontières claires entre vie professionnelle et vie personnelle, en prévenant l’hyperconnectivité et en guidant les subordonnés vers une appropriation équilibrée des médias numériques.
Les propriétés psychométriques de l’échelle ont été rigoureusement examinées au travers de quatre échantillons indépendants comprenant des adultes germanophones, anglophones et sinophones. Les analyses révèlent une consistance interne exceptionnelle (coefficient alpha de Cronbach global de α = 0,93 et oméga de McDonald de ωt = 0,95 dans l’échantillon allemand), avec des indices de fidélité élevés pour les sous-échelles (α compris entre 0,86 et 0,90 ; ω compris entre 0,87 et 0,90). L’analyse factorielle confirmatoire corrobore la structure tri-factorielle, démontrant une supériorité statistique nette sur les modèles unifactoriels et bifactoriels. L’instrument bénéficie en outre d’une invariance de mesure configurationnelle et métrique interculturelle, d’une excellente validité convergente, discriminante, critériée et incrémentielle, prédisant de manière significative l’efficacité perçue du leadership, la performance organisationnelle et l’engagement des collaborateurs dans le temps.
2. Mots-clés / Keywords
Compétence numérique des leaders, leadership virtuel, travail hybride, interaction numérique, ouverture technologique, exemplarité numérique, technostress, validité psychométrique, invariance de mesure, engagement au travail, transformation numérique, gestion des frontières, psychologie des organisations.
3. Auteurs / Authors
L’échelle LDC a été formalisée par une équipe de chercheurs en psychologie du travail et des organisations de l’Université Goethe de Francfort (Goethe-Universität Frankfurt am Main), en Allemagne :
- Helen op ‘t Roodt : Département de Psychologie, Université Goethe de Francfort, Francfort-sur-le-Main, Allemagne. Adresse électronique de correspondance : [email protected].
- Eva M. Bracht : Département de Psychologie, Université Goethe de Francfort, Francfort-sur-le-Main, Allemagne.
- Rolf van Dick : Professeur de psychologie sociale et organisationnelle, Département de Psychologie, Université Goethe de Francfort, Francfort-sur-le-Main, Allemagne. Identifiant ORCID : 0000-0002-6308-9466.
- Alina S. Hernandez Bark : Département de Psychologie, Université Goethe de Francfort, Francfort-sur-le-Main, Allemagne.
4. Objectif / Purpose
Le bouleversement des modalités de travail contemporaines, catalysé par la transition massive vers le télétravail, les modèles d’équipes dispersées géographiquement et l’usage ubiquitaire des technologies de l’information et de la communication (TIC), a redéfini la nature même de la relation managériale. Diriger à distance ou au sein d’équipes hybrides ne se résume pas à transposer des pratiques présentielles sur des plateformes de visioconférence. Cette réalité nouvelle impose aux cadres de maîtriser ce que les chercheurs désignent sous le terme générique d’e-leadership ou de leadership virtuel.
L’objectif fondamental de l’Échelle de Compétence Numérique des Leaders (LDC) est de pallier une lacune majeure de la littérature organisationnelle : l’absence d’un instrument psychométrique standardisé, parcimonieux, validé empiriquement et transculturel, capable d’évaluer les compétences spécifiques déployées par les leaders pour piloter, soutenir et dynamiser leurs collaborateurs dans un environnement de travail numérisé. Avant le développement de la LDC Scale, la plupart des évaluations du leadership s’appuyaient soit sur des cadres généraux (tels que le leadership transformationnel, transactionnel ou habilitant), soit sur des listes ad hoc de compétences techniques qui confondaient souvent l’alphabétisation informatique individuelle (savoir utiliser un logiciel de traitement de texte ou un tableur) avec la compétence managériale numérique orientée vers autrui.
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée en psychologie du travail et des organisations, la LDC Scale remplit plusieurs fonctions critiques :
- Opérationnalisation empirique rigoureuse : elle fournit aux chercheurs un construit unifié et multidimensionnel permettant de tester des modèles de médiation et de modération examinant comment les compétences managériales numériques influencent le bien-être au travail, l’épuisement professionnel (burnout), le technostress, l’engagement et la performance individuelle et collective.
- Diagnostic et audit organisationnel : en contexte d’entreprise et de conseil en ressources humaines, l’échelle offre une grille d’évaluation diagnostique pour mesurer les lacunes de compétences chez les managers lors des transitions technologiques ou de la pérennisation des chartes de travail à distance.
- Ingénierie de formation et développement du leadership : en isolant trois dimensions distinctes (interaction, ouverture, exemplarité), l’outil permet d’orienter précisément les programmes de coaching exécutif et d’ingénierie pédagogique, en ciblant non seulement les savoir-faire instrumentaux, mais également les postures managériales réflexives et préventives.
- Évaluation prospective des risques psychosociaux : en intégrant explicitement la dimension de modélisation du rôle et de régulation des frontières (déconnexion numérique), l’échelle permet d’évaluer dans quelle mesure un leader contribue à protéger la santé psychologique de ses collaborateurs contre le phénomène d’invasion technologique et de surcharge cognitive.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de Compétence Numérique du Leader (Leader Digital Competence) est conceptualisé par op ‘t Roodt et ses collaborateurs comme un méta-construit comportemental et attitudinal orienté vers les collaborateurs, articulé autour de la capacité d’un responsable à sélectionner, promouvoir et faciliter l’usage des technologies et des médias numériques au bénéfice de la dynamique d’équipe et de la santé au travail. Contrairement à une compétence purement technique, la LDC est fondamentalement relationnelle, contextuelle et régulatrice. Elle se déploie à travers trois sous-construits majeurs :
1. Interaction numérique (Digital Interaction)
Cette dimension renvoie à l’efficacité communicationnelle et relationnelle du superviseur médiatisée par les technologies. Elle ne se limite pas à la fréquence des échanges, mais interroge l’adéquation qualitative entre la tâche, le message et le canal technologique choisi. Un leader compétent sur le plan de l’interaction numérique sait arbitrer intelligemment entre communication asynchrone (e-mails, messageries collaboratives comme Slack ou Microsoft Teams) et communication synchrone (appels vocaux, réunions virtuelles). Il maintient une présence sociale et une disponibilité psychologique perceptibles malgré l’éloignement physique, compensant l’absence d’indices non verbaux par une clarté discursive, une rétroaction régulière et une écoute active virtuelle.
Exemple pratique : lorsqu’un désaccord ou une ambiguïté survient au sein de l’équipe, un manager doté d’une haute compétence d’interaction numérique évitera une escalade conflictuelle par e-mail interposé ; il basculera immédiatement vers un échange synchrone en tête-à-tête pour clarifier les intentions et restaurer le climat de confiance.
2. Ouverture numérique (Digital Openness)
L’ouverture numérique relève d’une disposition cognitive et émotionnelle positive envers les innovations technologiques émergentes. Elle combine la curiosité intellectuelle, la tolérance à l’ambiguïté induite par les mutations techniques rapides, et l’enthousiasme partagé. Le leader qui incarne l’ouverture numérique ne perçoit pas les nouveaux logiciels ou les outils d’intelligence artificielle comme des menaces contraignantes, mais comme des opportunités d’optimisation et d’émancipation organisationnelle. Il valorise l’expérimentation, tolère le droit à l’erreur inhérent aux phases d’apprentissage technologique et encourage activement ses collaborateurs à proposer et adopter de nouvelles pratiques numériques.
Exemple pratique : face au déploiement d’une nouvelle solution logicielle d’analyse de données, un responsable caractérisé par une forte ouverture numérique participera activement aux sessions de découverte, exprimera un intérêt sincère pour ses fonctionnalités et incitera ses équipiers à tester ses potentialités sans crainte d’être sanctionnés en cas de dysfonctionnement initial.
3. Exemplarité numérique (Digital Role Modeling)
La dimension d’exemplarité numérique constitue l’un des apports les plus novateurs du modèle. Elle désigne la propension du leader à agir comme un modèle de rôle vertueux et équilibré dans l’utilisation quotidienne des outils numériques, ainsi que sa capacité proactive à ériger des garde-fous protecteurs pour ses équipes. Le leadership numérique moderne implique le risque prégnant de créer une culture de disponibilité permanente (telepressure) et de porosité excessive entre travail et vie privée. L’exemplarité numérique se traduit par la formulation de règles explicites régissant les délais de réponse attendus, la limitation des communications tardives ou dominicales, et l’incitation explicite à la déconnexion.
Exemple pratique : un superviseur faisant preuve d’exemplarité numérique évite d’envoyer des e-mails professionnels durant les fins de semaine ou, s’il le fait pour des raisons de flexibilité personnelle, programme leur envoi différé durant les heures ouvrables, affirmant explicitement à ses équipes qu’aucune réponse immédiate n’est requise en dehors des horaires contractuels.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’échelle LDC s’enracine au croisement de plusieurs corpus théoriques majeurs en sciences de la communication, en théorie des organisations et en psychologie sociale et cognitive :
La théorie de la richesse des médias (Media Richness Theory)
Formulée à l’origine par Daft et Lengel (1986), la théorie de la richesse des médias postule que les canaux de communication diffèrent fondamentalement quant à leur capacité à véhiculer des informations complexes, à fournir un retour d’information immédiat, à transmettre des signaux verbaux et non verbaux variés et à personnaliser le message. Dans le cadre de l’échelle LDC, la dimension d’Interaction numérique s’appuie directement sur ce paradigme : un leader compétent sur le plan numérique possède une métaconnaissance aiguë des propriétés de chaque média et optimise l’adéquation entre l’équivoque d’une situation de travail (négociation sensible, annonce stratégique vs. simple partage d’information factuelle) et la richesse du support sélectionné.
La théorie du traitement de l’information sociale (Social Information Processing Theory)
Élaborée par Joseph Walther (1992), cette théorie soutient que les individus interagissant par voie électronique sont capables de développer des relations interpersonnelles profondes et efficientes, pourvu qu’ils disposent du temps nécessaire et adaptent leurs comportements linguistiques pour compenser l’absence de repères corporels directs. L’échelle LDC intègre cette perspective en conceptualisant la façon dont les leaders maintiennent la cohésion d’équipe et exercent une influence sociale robuste même lorsqu’ils sont physiquement absents de l’espace de travail partagé.
La théorie de l’apprentissage social et la modélisation du rôle (Social Learning Theory)
La théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura (1977) postule que la majeure partie des comportements humains s’acquiert par observation et imitation de modèles signifiants au sein de l’environnement social. En milieu organisationnel, les superviseurs hiérarchiques constituent des modèles d’identification prépondérants. La sous-échelle d’Exemplarité numérique puise ses fondements directs dans ce cadre : les employés ajustent leurs habitudes de connectivité, leurs normes d’interaction et leur rapport aux technologies en observant scrupuleusement les comportements manifestes de leur supérieur. Si le leader envoie des messages nocturnes ou consulte compulsivement ses appareils lors des réunions, les subordonnés internalisent une norme implicite d’hyper-disponibilité, majorant le risque de surmenage.
La théorie des frontières (Boundary Theory) et la préservation des ressources (COR Theory)
La théorie de la gestion des frontières (Ashforth et al., 2000 ; Clark, 2000) examine la manière dont les individus construisent, maintiennent ou négocient les frontières entre leurs sphères de vie professionnelle et personnelle. Dans les environnements dématérialisés, ces frontières deviennent extrêmement perméables. Concomitamment, la Conservation of Resources (COR) Theory d’Hobfoll (1989) stipule que les individus cherchent activement à protéger et acquérir des ressources pour éviter le stress. Le leader compétent sur le plan numérique agit comme un régulateur de ressources en érigeant des barrières protectrices institutionnalisées, protégeant ainsi l’énergie cognitive et le temps de récupération de ses collaborateurs contre l’épuisement induit par le technostress.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle de Compétence Numérique des Leaders a été établie au moyen d’un protocole méthodologique rigoureux déployé à travers plusieurs études empiriques cumulatives (op ‘t Roodt et al., 2025) :
Validité de contenu (Content Validity)
La génération initiale du bassin d’items a émergé d’une revue systématique et critique de la littérature consacrée au leadership virtuel, au télétravail et aux technologies de l’information. Un panel d’experts académiques indépendants spécialisés en psychologie organisationnelle a procédé à un examen d’évaluation qualitative de la pertinence, de la clarté sémantique et de la représentativité des énoncés. Les items ambigus, redondants ou trop axés sur des fonctionnalités logicielles spécifiques vouées à l’obsolescence ont été reformulés ou écartés pour ne conserver que les indicateurs conceptuellement robustes.
Validité convergente (Convergent Validity)
L’échelle LDC globale a démontré des associations statistiques positives très fortes avec des construits théoriquement apparentés :
- Une corrélation de r = 0,77 (p < 0,001) avec les mesures standardisées de leadership numérique (Digital Leadership).
- Une corrélation de r = 0,78 (p < 0,001) avec les échelles mesurant la transformation numérique perçue (Digital Transformation).
Ces magnitudes corrélationnelles élevées confirment que l’instrument s’inscrit précisément dans le champ théorique ciblé tout en capturant les nuances comportementales du rôle managérial.
Validité discriminante (Discriminant Validity)
Pour s’assurer que la LDC ne constitue pas un simple doublon des styles de leadership traditionnels (ex. leadership transformationnel ou leadership habilitant) ou de la compétence technologique générale, des tests de différence de chi-carré mis à l’échelle (scaled chi-square difference tests) ont été appliqués. Les modèles structurels contraignant les corrélations entre facteurs à l’unité ont tous présenté un ajustement significativement dégradé (p < 0,001) comparativement au modèle tridimensionnel non contraint, confirmant l’autonomie conceptuelle et statistique de la LDC.
Validité critériée et incrémentielle (Criterion & Incremental Validity)
L’échelle manifeste des corrélations robustes avec des critères de performance organisationnelle clés :
- Corrélation avec l’efficacité perçue du leadership : r = 0,73 (p < 0,001).
- Corrélation avec la performance globale déclarée : r = 0,62 (p < 0,001).
De manière déterminante, des analyses de régression hiérarchique ont testé la validité incrémentielle de la LDC au-delà des styles de leadership classiques. Les résultats démontrent que l’échelle LDC explique une part de variance unique et significative dans :
- L’efficacité perçue du leadership : β = 0,11 (p = 0,014), démontrant que la maîtrise numérique apporte une valeur explicative substantielle au-delà du leadership transformationnel.
- La performance des collaborateurs : β = 0,38 (p < 0,001), illustrant son rôle d’accélérateur direct de l’efficacité opérationnelle en contexte distant.
Validité prédictive longitudinale (Predictive Validity)
Dans un protocole temporel intégrant une mesure différée à plusieurs semaines d’intervalle (Temps 2), les scores initiaux de LDC des leaders ont significativement prédit :
- L’engagement au travail des subordonnés (work engagement) : r = 0,14 (p = 0,003).
- La performance opérationnelle des collaborateurs mesurée au Temps 2 : r = 0,19 (p < 0,001).
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation des qualités métrologiques de fidélité de l’échelle LDC s’est appuyée à la fois sur le coefficient traditionnel de consistance interne (Alpha de Cronbach, α) et sur l’estimateur plus robuste préconisé en psychométrie moderne, l’Oméga de McDonald (ωt), qui ne repose pas sur l’hypothèse souvent violée de tau-équivalence.
Dans l’échantillon de référence allemand (op ‘t Roodt et al., 2025), les coefficients calculés mettent en évidence une consistance interne d’un niveau remarquable :
- Échelle globale LDC (10 items) : α = 0,93 ; ωt = 0,95. Ces valeurs témoignent d’une fidélité exceptionnelle, largement au-dessus du seuil standard de 0,70 requis en recherche exploratoire et du seuil strict de 0,90 préconisé pour l’évaluation diagnostique individuelle.
- Sous-échelle Interaction numérique : α = 0,89 ; ω = 0,90. Indique une excellente homogénéité des items explorant l’adéquation et l’efficacité des échanges médiatisés.
- Sous-échelle Ouverture numérique : α = 0,90 ; ω = 0,90. Atteste de la précision métrique de l’évaluation de la réceptivité et de l’enthousiasme technologique.
- Sous-échelle Exemplarité numérique : α = 0,86 ; ω = 0,87. Démontre une consistance robuste pour la mesure du rôle d’exemplarité et de protection des frontières.
Ces paramètres de fidélité élevés ont été répliqués de manière cohérente au sein des échantillons anglophone et sinophone, confirmant que l’instrument présente une faible variance d’erreur de mesure à travers des contextes sociolinguistiques contrastés.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’échelle LDC a été investiguée au moyen d’analyses factorielles confirmatoires (AFC / CFA) basées sur la modélisation par équations structurelles (SEM) avec estimateurs robustes (MLR) pour corriger les éventuelles déviations de la normalité multivariée.
Comparaison de modèles factoriels concurrents
Au sein de l’échantillon principal de validation, plusieurs modèles théoriques ont été confrontés empiriquement :
- Modèle unifactoriel : tous les items saturent sur un unique facteur général de compétence numérique.
- Modèle bifactoriel : regroupant l’interaction et l’exemplarité sous une dimension comportementale face à l’ouverture cognitive.
- Modèle à trois facteurs corrélés : distinguant l’Interaction numérique, l’Ouverture numérique et l’Exemplarité numérique.
Les tests de différence de chi-carré ajustés ont révélé que le modèle à trois facteurs présentait une adéquation globale aux données significativement supérieure à toutes les solutions alternatives plus parcimonieuses (p < 0,001). Bien que la valeur robuste de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) ait légèrement dépassé le seuil strict recommandé de 0,08 dans l’un des échantillons — un phénomène fréquent dans les modèles à nombre modéré d’items et aux saturations très élevées —, l’ensemble des indices d’ajustement globaux (CFI, TLI, SRMR) a corroboré la viabilité et la pertinence théorique de la structure tri-factorielle.
Épuration des items
Le modèle initial comportait 12 items. Lors du processus d’optimisation factorielle, 2 items ont été retranchés en raison de saturations factorielles croisées indésirables ou d’une redondance statistique résiduelle :
- Digital Interaction 2 (« My leader ensures that the team has appropriate norms for communication via digital media ») a été supprimé pour préserver l’indépendance de la sous-échelle d’interaction.
- Digital Openness 4 (« My leader shares his/ her enthusiasm for new technologies with the team ») a été éliminé pour éviter un chevauchement partiel avec les mécanismes de contagion de l’exemplarité.
L’instrument final a ainsi été condensé à 10 items hautement saturés sur leurs facteurs respectifs, maximisant l’efficience d’administration sans sacrifier la couverture conceptuelle.
Invariance de mesure transculturelle (Measurement Invariance)
Un des atouts majeurs de l’échelle LDC réside dans la démonstration de son invariance de mesure à travers différentes aires linguistiques et culturelles (allemand, anglais, chinois) :
- Invariance Allemand vs. Anglais : le test de différence de chi-carré entre le modèle d’invariance configurationnelle (structure factorielle identique) et le modèle d’invariance métrique (saturations factorielles contraintes à l’égalité) s’est avéré non significatif : Δχ² = 9,87 ; degrés de liberté (df) = 7 ; p = 0,196. Cela confirme une invariance métrique complète entre les populations germanophones et anglophones.
- Invariance Allemand vs. Chinois : la comparaison équivalente entre le modèle configurationnel et le modèle métrique a également démontré une parfaite stabilité des saturations : Δχ² = 4,75 ; df = 7 ; p = 0,690.
Ces résultats attestent que les construits sous-jacents ont la même signification psychologique et que les métriques d’échelle sont rigoureusement comparables d’une culture à l’autre, autorisant des comparaisons empiriques internationales directes.
10. Instrument de mesure / Instrument
Les caractéristiques organisationnelles et opérationnelles de l’Échelle LDC sont structurées comme suit :
- Type d’évaluation : Instrument psychométrique d’auto-évaluation ou d’évaluation hétéro-rapportée (par les collaborateurs/subordonnés sur leur manager).
- Nature de l’outil : Questionnaire standardisé, inventaire d’aptitudes et de comportements managériaux perçus.
- Nombre total d’items : 10 items dans la version finale validée (4 items pour l’Interaction numérique, 3 items pour l’Ouverture numérique, 3 items pour l’Exemplarité numérique).
- Format de réponse : Échelle de Likert à 7 points :
- 1 = Totalement en désaccord (Completely disagree)
- 2 = En désaccord (Disagree)
- 3 = Plutôt en désaccord (Somewhat disagree)
- 4 = Ni en accord ni en désaccord / Neutre (Neither agree nor disagree)
- 5 = Plutôt d’accord (Somewhat agree)
- 6 = D’accord (Agree)
- 7 = Totalement d’accord (Completely agree)
- Population cible : Population active adulte (18 ans et plus), applicable sans distinction de genre à tous les secteurs professionnels intégrant des dimensions de travail dématérialisé, d’équipes virtuelles ou de modèles hybrides.
- Langues validées : Allemand, Anglais, Chinois.
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Aucun item n’est inversé.
- Le score moyen de chaque sous-échelle est obtenu en calculant la moyenne arithmétique des items correspondants (somme des items divisée par le nombre d’items de la dimension).
- Un score global de Compétence Numérique du Leader peut être obtenu par la moyenne générale des 10 items finaux retenus.
- Un score élevé indique un niveau supérieur d’efficacité managériale, d’ouverture à l’innovation et de régulation protectrice des usages technologiques au sein de l’équipe.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication officielle : 2025.
- Droits d’utilisation et permissions : L’Échelle de Compétence Numérique des Leaders (LDC) est mise à disposition sous un régime académique ouvert pour des fins de recherche scientifique et d’enseignement universitaire. Les praticiens, chercheurs et formateurs peuvent administrer l’instrument sous réserve de citer systématiquement l’article princeps de référence (op ‘t Roodt et al., 2025).
- Tarification (Fee) : Gratuit (aucun coût d’acquisition ni redevance pour les usages de recherche non commerciaux).
- Contact et correspondance institutionnelle : Pour toute demande relative aux adaptations transculturelles ou à l’utilisation commerciale, contacter l’auteure correspondante : Helen op ‘t Roodt ([email protected]), Département de Psychologie, Université Goethe de Francfort.
12. Références / References
Les sources bibliographiques suivantes constituent les fondements théoriques et méthodologiques du développement et de la validation de la LDC Scale :
- Ashforth, B. E., Kreiner, G. E., & Fugate, M. (2000). All in a day’s work: Boundaries and micro role transitions. Academy of Management Review, 25(3), 472–491. https://doi.org/10.5465/amr.2000.3363315
- Bandura, A. (1977). Social Learning Theory. Prentice-Hall.
- Clark, S. C. (2000). Work/family border theory: A new theory of work/family balance. Human Relations, 53(6), 747–770. https://doi.org/10.1177/0018726700536001
- Daft, R. L., & Lengel, R. H. (1986). Organizational information requirements, media richness and structural design. Management Science, 32(5), 554–571. https://doi.org/10.1287/mnsc.32.5.554
- Hobfoll, S. E. (1989). Conservation of resources: A new attempt at conceptualizing stress. American Psychologist, 44(3), 513–524. https://doi.org/10.1037/0003-066X.44.3.513
- op ‘t Roodt, H., Bracht, E. M., van Dick, R., & Hernandez Bark, A. S. (2025). Navigating through the digital workplace: Measuring leader digital competence. Journal of Business and Psychology, 40(1), 179–205. https://doi.org/10.1007/s10869-024-09947-6
- Walther, J. B. (1992). Interpersonal effects in computer-mediated interaction: A relational perspective. Communication Research, 19(1), 52–90. https://doi.org/10.1177/009365092019001003
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions to respondents: Please indicate the extent to which you agree or disagree with each statement regarding your leader’s use of digital media and technology. (Note: Items marked with an asterisk [*] were dropped during factor analyses and are not included in the final 10-item scale score).
Response scale:
1 = Completely disagree
2 = Disagree
3 = Somewhat disagree
4 = Neither agree nor disagree
5 = Somewhat agree
6 = Agree
7 = Completely agree
Dimension 1: Digital Interaction
- Digital Interaction 1: My leader uses digital media for communicating with his/ her employees in an appropriate way
- Digital Interaction 2: My leader ensures that the team has appropriate norms for communication via digital media .* [Dropped from final scale]
- Digital Interaction 3: Even when my leader is not personally present, he/ she is able to lead the team via digital media
- Digital Interaction 4: My leader knows which digital medium (e.g., telephone, e-mail, chat) is most appropriate in which situation
- Digital Interaction 5: All in all, digital communication with my leader works well
Dimension 2: Digital Openness
- Digital Openness 1: My leader shows openness to new technologies
- Digital Openness 2: My leader reacts with enthusiasm when presented with technical innovations
- Digital Openness 3: My leader promotes openness to technical innovations
- Digital Openness 4: My leader shares his/ her enthusiasm for new technologies with the team .* [Dropped from final scale]
Dimension 3: Digital Role Modeling
- Digital Role Modeling 1: My leader is a role model for me regarding the use of digital media
- Digital Role Modeling 2: My leader helps me use digital media in an appropriate way (e.g., by establishing rules for the use of email, arrangements regarding availability times, etc.)
- Digital Role Modeling 3: My leader creates boundaries so that I can use digital media in an appropriate way