1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’amour passionné (Passionate Love Scale, ou PLS), développée initialement par les psychologues sociales Elaine Hatfield et Susan Sprecher en 1986, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et les plus rigoureusement validés dans l’étude des relations interpersonnelles, de la psychologie affective et des neurosciences sociales. Conçue pour opérationnaliser la distinction théorique fondamentale entre l’amour passionné (passionate love) et l’amour affectionné ou compagnon (companionate love), la PLS évalue un état motivationnel et émotionnel intense caractérisé par un désir impérieux d’union physique, cognitive et affective avec l’être aimé.
L’instrument existe sous deux configurations majeures : une version intégrale de 30 items et une forme abrégée largement répandue de 15 items (divisée traditionnellement en deux formes parallèles équivalentes, Forme A et Forme B). Les énoncés sont évalués au moyen d’une échelle de type Likert en 9 points, s’étendant de 1 (« Pas du tout vrai ») à 9 (« Tout à fait vrai »). Bien que l’amour passionné s’articule théoriquement autour de trois composantes majeures — cognitive (pensées intrusives, idéalisation, préoccupation constante), émotionnelle (attirance sexuelle, euphorie en cas de réciprocité, anxiété de séparation) et comportementale (recherche de proximité, actes de dévouement) —, les analyses factorielles révèlent une structure robuste essentiellement unidimensionnelle, où un facteur général dominant absorbe l’essentiel de la variance commune.
Sur le plan psychométrique, la PLS affiche des indices de consistance interne exceptionnels, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,91 pour la version à 15 items et 0,94 pour la version complète à 30 items. L’échelle démontre une excellente validité de construit, attestée par de fortes corrélations convergentes avec les échelles d’attachement amoureux, d’érotomanie saine et d’intensité affective, ainsi qu’une validité discriminante remarquable, prouvée notamment par l’absence d’association significative avec les échelles de désirabilité sociale (telle que l’échelle de Crowne-Marlowe). Employée dans des centaines d’études transculturelles, longitudinales et d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), la PLS demeure la référence incontournable pour quantifier l’effervescence amoureuse dans les recherches contemporaines.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle d’amour passionné, Passionate Love Scale, PLS, Elaine Hatfield, Susan Sprecher, amour romantique, psychométrie, relations interpersonnelles, attachement amoureux, neurobiologie de l’amour, évaluation psychologique, échelle de Likert, consistance interne, validation d’échelle, cognition sociale.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu et validé par deux figures prééminentes de la psychologie sociale et de l’étude scientifique des relations intimes :
- Elaine Hatfield, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie à l’Université d’Hawaï à Mānoa (University of Hawaii at Manoa), Honolulu, États-Unis. Pionnière internationale dans le domaine de la psychologie de l’amour, de l’attraction interpersonnelle et de la contagion émotionnelle, elle a présidé la Society for the Scientific Study of Sexuality (SSSS) et a reçu de multiples distinctions honorifiques de l’American Psychological Association (APA) et de l’Association for Psychological Science (APS). Courriel institutionnel historique de correspondance :
[email protected]. - Susan Sprecher, Ph.D. : Professeure émérite de sociologie et de psychologie à l’Illinois State University, Normal, Illinois, États-Unis. Ses travaux de renommée mondiale portent sur la sexualité humaine, les processus de rencontre, le choix du partenaire, la satisfaction conjugale et la dynamique des relations proches.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental poursuivi par Elaine Hatfield et Susan Sprecher lors de la création de la Passionate Love Scale en 1986 était de combler un vide méthodologique criant au sein des sciences du comportement : l’absence d’une mesure standardisée, fiable et empiriquement validée de l’état d’engouement romantique aigu. Jusqu’au milieu des années 1980, la littérature scientifique appréhendait souvent le concept d’amour de façon holistique ou indifférenciée, amalgamant l’attachement affectif serein et la passion érotique fulgurante. S’appuyant sur les travaux séminales de Hatfield et Walster (1978), les auteures ont cherché à opérationnaliser l’amour passionné défini précisément comme « un état de désir intense d’union avec autrui ».
Dans cette perspective théorique, l’amour passionné est conçu comme une constellation dynamique : lorsque ce sentiment est réciproque, il suscite des sentiments d’extase, d’euphorie, d’accomplissement et de plénitude existentielle ; en revanche, lorsqu’il est non partagé, menacé ou rejeté, il précipite l’individu dans un désespoir abyssal, une anxiété débilitante, des sentiments de vide et une détresse émotionnelle aiguë. La PLS a été conçue pour saisir l’amplitude de cet état émotionnel composite à travers ses manifestations subjectives, physiologiques et comportementales.
Applications en recherche fondamentale et neurosciences
Sur le plan de la recherche, la PLS a servi de catalyseur à une diversification phénoménale des travaux empiriques :
- Neurosciences affectives et cognitives : L’échelle a été utilisée de manière cruciale dans les protocoles de neuro-imagerie fonctionnelle (notamment par Arthur Aron, Helen Fisher, Andreas Bartels et Semir Zeki). Elle a permis de corréler l’intensité des scores de passion amoureuse à l’activation des circuits sous-corticaux de la récompense dopaminergique, en particulier l’aire tegmentale ventrale (ATV) et le noyau caudé, démontrant que l’amour passionné s’apparente biologiquement à un système motivationnel orienté vers un but plutôt qu’à une simple émotion primaire.
- Psychologie interculturelle : La PLS a permis de tester et d’invalider l’hypothèse ethnocentrique selon laquelle l’amour passionné serait un épiphénomène culturel propre aux sociétés individualistes occidentales modernes. Des études menées en Asie, en Europe de l’Est, en Amérique latine et au Moyen-Orient ont démontré l’universalité panculturelle de cette expérience affective, tout en mettant en lumière des variations subtiles dans son expression verbale et sa régulation sociale.
- Trajectoires conjugales et familiales : L’échelle sert à cartographier l’évolution de la passion amoureuse au cours du cycle de vie conjugal, documentant le déclin typique de l’intensité passionnelle au profit de l’amour compagnon au fil des années, ainsi que les facteurs capables de réactiver cette ferveur initiale.
Applications cliniques et thérapeutiques
Dans le domaine de la psychologie clinique, du conseil conjugal et de la thérapie de couple, la PLS constitue un instrument diagnostique et heuristique de premier plan :
- Évaluation des asymétries relationnelles : Elle permet aux cliniciens de mesurer d’éventuels déséquilibres marqués dans le degré d’investissement passionnel entre les deux partenaires, souvent sources de conflits, d’insécurité d’attachement ou de dynamiques de poursuite-retrait.
- Évaluation des interventions thérapeutiques : Utilisée comme mesure pré- et post-thérapie (notamment dans le cadre de la thérapie de couple axée sur les émotions ou Emotionally Focused Therapy), la PLS aide à quantifier la restauration de la vitalité affective et érotique au sein d’unions fragilisées par la routine, le ressentiment ou l’éloignement psychologique.
- Compréhension des liens pathologiques : L’échelle a également été mobilisée pour explorer des phénomènes cliniques complexes, tels que la dépendance affective extrême, la jalousie obsessionnelle, la vulnérabilité au syndrome de Stockholm dans les relations abusives, ou encore la détresse consécutive aux ruptures amoureuses non consenties.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle d’amour passionné est multidimensionnel sur le plan théorique, bien que structurellement intégratif sur le plan factoriel. Hatfield et Sprecher (1986) ont postulé que l’amour passionné mobilise simultanément trois systèmes interactifs de l’expérience humaine : le système cognitif, le système émotionnel et le système comportemental.
1. Les composantes cognitives (Cognitive Components)
La sphère cognitive de l’amour passionné se caractérise par une réorganisation profonde de l’attention, du traitement de l’information et des priorités mentales :
- Pensées intrusives et obsessionnelles : L’individu fait l’expérience d’une focalisation mentale involontaire et quasi constante sur le partenaire. Les pensées relatives à l’autre s’immiscent dans les activités quotidiennes, le travail et la vie sociale (par exemple, « Sometimes I feel I can’t control my thoughts; they are obsessively on _____ »).
- Idéalisation du partenaire et de la relation : L’amoureux passionné perçoit l’autre sous un prisme magnifié, minimisant ses défauts objectifs et attribuant une valeur exceptionnelle à ses vertus réelles ou supposées (par exemple, « For me, _____ is the perfect romantic partner »).
- Désir d’omniscience interpersonnelle : Il existe une volonté inextinguible de percer l’intimité psychologique totale de l’autre, de connaître l’intégralité de son histoire, de ses peurs et de ses aspirations, doublée d’un souhait réciproque d’une transparence psychologique absolue (par exemple, « I yearn to know all about _____ »).
2. Les composantes émotionnelles (Emotional Components)
Le registre affectif de la passion se distingue par son intensité paroxystique et sa labilité extrême, fonction directe de la perception de réciprocité :
- Attirance physique et érotique puissante : Un magnétisme sensoriel et sexuel profond pousse continuellement le sujet vers l’autre, s’accompagnant d’une excitation physiologique immédiate en sa présence ou à son évocation (par exemple, « I possess a powerful attraction for _____ »).
- Sensibilité aiguë aux fluctuations relationnelles : L’état passionnel est marqué par des oscillations affectives drastiques : une allégresse euphorique quand la relation prospère, contrastant avec un abattement dépressif majeur au moindre signe de tension ou de désaccord (par exemple, « I get extremely depressed when things don’t go right in my relationship with _____ »).
- Aspiration impérieuse à la réciprocité : L’individu n’est pas seulement animé par l’amour qu’il porte, mais par un besoin viscéral d’être aimé en retour de façon symétrique, traquant les moindres indices de confirmation affective.
- Désir d’union permanente et complète : Un sentiment d’incomplétude existentielle pousse à rechercher une fusion physique, émotionnelle et spirituelle durable, où la perspective d’une séparation prolongée engendre une angoisse d’abandon écrasante.
3. Les composantes comportementales (Behavioral Components)
L’amour passionné se traduit par des patrons d’action spécifiques visant à établir, préserver et renforcer le lien dyadique :
- Recherche et maintien de la proximité physique : Mise en œuvre d’actions délibérées destinées à maximiser le contact corporel, le regard mutuel et la co-présence spatiale (par exemple, la surveillance attentive des mouvements de l’autre ou le désir de toucher et d’être touché).
- Dévouement et sens du service : Une propension spontanée à subordonner ses propres besoins, son confort ou ses priorités immédiates pour favoriser le bien-être, le bonheur ou la protection du partenaire aimé (par exemple, « If _____ were going through a difficult time, I would put away my own concerns to help him/her out »).
- Vigilance relationnelle active : Analyse continue du comportement du partenaire afin de déceler l’authenticité de son attachement, souvent accompagnée de réactions de jalousie préventive face à des rivaux potentiels (par exemple, « I’d get jealous if I thought _____ were falling in love with someone else »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de la Passionate Love Scale s’inscrit au carrefour de plusieurs courants théoriques majeurs de la psychologie sociale, de la psychologie cognitive et de la biologie évolutive.
La théorie bi-factorielle de l’amour passionné (Hatfield & Walster, 1978)
Le fondement paradigmatique direct de la PLS repose sur la reformulation par Elaine Hatfield (alors Walster) de la théorie bi-factorielle des émotions de Stanley Schachter et Jerome Singer (1962). Selon cette approche, l’expérience subjective de l’amour passionné émerge de la conjonction de deux processus distincts :
- Un état d’activation physiologique diffuse (physiological arousal), caractérisé par l’accélération du rythme cardiaque, des tremblements, des poussées d’adrénaline ou une tension corporelle générale.
- Une attribution cognitive appropriée (cognitive appraisal) interprétant cette excitation corporelle comme de l’amour romantique, guidée par les indices environnementaux et les scénarios socioculturels disponibles.
Cette théorisation a permis d’expliquer empiriquement le phénomène de transfert d’excitation : des stimuli aversifs ou stressants (la peur, l’anxiété de rejet, l’interdiction parentale) peuvent paradoxalement amplifier l’intensité de la passion amoureuse en fournissant un surcroît d’activation physiologique attribué au partenaire.
La dichotomie fondamentale : Amour passionné vs Amour compagnon
Dès la fin des années 1960, Ellen Berscheid et Elaine Hatfield ont théorisé que les relations amoureuses durables reposent sur deux formes qualitatives d’attachement :
- L’amour passionné (eros, passion, engouement) : état flamboyant mais intrinsèquement instable, caractérisé par une forte réactivité neurovégétative et une focalisation exclusive sur la récompense immédiate liée à l’autre.
- L’amour compagnon (storge, affection bienveillante) : attachement serein, fondé sur l’amitié profonde, la confiance mutuelle, la similitude de valeurs et un engagement à long terme, mesuré ultérieurement par des outils complémentaires (telle l’échelle d’amour basé sur l’amitié de Grote & Frieze, 1994).
La PLS a été conçue précisément pour isoler l’essence de la première dimension sans la confondre avec la seconde, offrant ainsi une indépendance conceptuelle démontrée par la faiblesse relative des corrélations linéaires entre les deux construits chez les couples au long cours.
Modèles neurobiologiques et théories de l’attachement
À l’ère contemporaine, la PLS s’articule directement avec le modèle neuro-motivationnel d’Helen Fisher et Arthur Aron. Ces chercheurs postulent que l’amour passionné représente un mécanisme d’adaptation évolutive conçu pour focaliser l’énergie d’accouplement sur un individu spécifique, régulé par l’activité dopaminergique mésolimbique. Parallèlement, dans le cadre de la théorie de l’attachement appliquée aux adultes (Hazan & Shaver, 1987), la phase initiale de l’amour passionné s’apparente à l’activation maximale du système d’attachement, où l’autre devient la cible préférentielle pour la recherche de sécurité et de valorisation du soi.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de l’Échelle d’amour passionné ont fait l’objet de vérifications approfondies à travers des protocoles empiriques rigoureux, confirmant la solidité de sa validité sous toutes ses facettes.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de la PLS a été démontrée par des corrélations positives, fortes et statistiquement significatives avec des instruments mesurant des facettes apparentées de la dynamique amoureuse :
- Styles d’amour de Hendrick et Hendrick (1989) : La PLS présente une corrélation hautement positive avec le style Eros (amour passionné, romantique et intense ; $r \approx 0{,}60$ à $0{,}75$) et une association modérée à positive avec le style Mania (amour obsessionnel et possessif ; $r \approx 0{,}35$ à $0{,}50$). En revanche, ses corrélations avec le style Pragma (amour rationnel et utilitaire) ou Ludus (amour jeu sans engagement) sont faibles ou négatives.
- Échelle d’amour de Rubin (1970) : Les études initiales de Hatfield et Sprecher (1986) ont mis en évidence une corrélation forte ($r > 0{,}65$) entre la PLS et l’échelle d’amour (Love Scale) de Zick Rubin, alors que la corrélation avec l’échelle d’affection (Liking Scale) était nettement plus modérée, confirmant la sensibilité de la PLS à l’engouement passionné plutôt qu’à la simple sympathie interpersonnelle.
- Mesures de satisfaction et d’intensité affective : Des travaux conduits par Aron et Henkemeyer (1995) ainsi que par Sprecher et Regan (1998) ont montré que les scores à la PLS sont étroitement corrélés à l’intensité du désir sexuel ressenti envers le partenaire ($r = 0{,}55$ à $0{,}70$) et au sentiment d’inclusion de l’autre dans le soi (Inclusion of Other in the Self Scale).
Validité discriminante
Un des points forts méthodologiques majeurs de la PLS réside dans son indépendance avérée vis-à-vis des biais de réponse :
- Désirabilité sociale : Dans les cohortes de validation originales de Hatfield et Sprecher (1986), les scores à la PLS ne présentaient aucune corrélation statistiquement significative avec l’échelle de désirabilité sociale de Crowne et Marlowe (1964) ($r = -0{,}04$ à $0{,}02$, $p > 0{,}05$). Ce résultat atteste que les participants n’adaptent pas leurs réponses pour paraître indûment vertueux ou conformes aux stéréotypes sociaux lorsqu’ils rapportent leurs sentiments passionnels.
- Distinction d’avec l’amour compagnon : La PLS démontre une discrimination nette face aux échelles d’amitié conjugale (Grote & Frieze, 1994), la corrélation entre les deux instruments s’atténuant considérablement au fur et à mesure que la durée de la relation augmente.
Validité prédictive et validité écologique
La PLS prédit efficacement une variété d’indicateurs psychologiques, comportementaux et physiologiques :
- Elle prédit positivement la probabilité d’engagement relationnel à court terme chez les couples en phase de courtoisie.
- Elle anticipe l’ampleur de la détresse émotionnelle consécutive à une rupture amoureuse : les participants affichant des scores initiaux élevés à la PLS rapportent des symptômes dépressifs, de la rumination et une angoisse de perte significativement plus prononcés lors de la dissolution du lien.
- En imagerie cérébrale (Aron et al., 2005 ; Bartels & Zeki, 2004), le score obtenu à la PLS prédit directement l’intensité du signal BOLD dans les zones sous-corticales dopaminergiques lorsqu’on présente au sujet une photographie du partenaire adoré comparativement à celle d’une simple connaissance familière.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de l’Échelle d’amour passionné est remarquablement élevée et a été confirmée sur de multiples échantillons indépendants à travers le monde.
Consistance interne
Les estimations de la cohérence interne via le coefficient alpha de Cronbach sont exceptionnelles tant pour la version intégrale que pour les formes abrégées :
- Version intégrale à 30 items : Hatfield et Sprecher (1986) ont rapporté un coefficient $\alpha = 0{,}94$ sur un échantillon d’étudiants nord-américains. Les réplications ultérieures ont documenté des valeurs oscillant systématiquement entre $0{,}93$ et $0{,}96$.
- Version à 15 items (Forme A et Forme B) : L’alpha de Cronbach rapporté dans l’étude princeps pour la forme à 15 items est de $\alpha = 0{,}91$. Les travaux de Sprecher et Regan (1998), portant sur des couples d’âge varié, ont retrouvé un coefficient identique de $\alpha = 0{,}91$.
- Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent typiquement entre $0{,}45$ et $0{,}78$, aucun item ne manifestant de contribution marginale ou délétère à la cohérence globale de l’outil.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle de la PLS doit être interprétée à la lumière de la nature théorique du construit. L’amour passionné étant intrinsèquement dynamique, sujet à des fluctuations d’humeur quotidiennes et à une érosion naturelle au cours des premières années d’une relation, la fidélité test-retest présente des particularités :
- À très court terme (intervalle de 2 à 4 semaines), les coefficients de corrélation test-retest sont robustes, s’établissant entre $r = 0{,}80$ et $r = 0{,}88$, démontrant que la mesure est stable et exempte d’erreurs de mesure aléatoires notables.
- À moyen et long terme (intervalle de 6 mois à 2 ans), les corrélations test-retest décroissent modérément ($r = 0{,}50$ à $0{,}65$). Cette baisse ne reflète pas une faiblesse instrumentale, mais capture avec fidélité l’évolution naturelle du phénomène affectif sous-jacent (déclin progressif de l’engouement initial au profit d’un attachement plus apaisé ou séparation effective).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la PLS a fait l’objet de débats académiques rigoureux, confrontant les hypothèses théoriques a priori et les réalités mathématiques de l’analyse multivariée.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la conception initiale de l’instrument, Elaine Hatfield et Susan Sprecher ont soumis les 30 items à des analyses en composantes principales (ACP) et à des factorisations exploratoires avec rotations orthogonales et obliques. Bien que les items aient été rédigés pour couvrir explicitement des aspects cognitifs, affectifs et comportementaux distincts, les analyses statistiques ont unanimement révélé l’existence d’un facteur général dominant :
- Le premier facteur non tourné expliquait à lui seul une part substantielle de la variance totale (souvent supérieure à 45-50 %), tandis que les valeurs propres des facteurs secondaires chutaient drastiquement en deçà du seuil habituel de Kaiser ($> 1{,}0$) ou ne dépassaient pas le point d’inflexion du test d’éboulis de Cattell.
- L’ensemble des items présentait des saturations factorielles très élevées sur ce facteur primaire, oscillant pour la quasi-totalité entre $0{,}50$ et $0{,}82$.
- Cette primauté du premier facteur a conduit les auteures à conclure que la PLS mesure fondamentalement un construit unidimensionnel, où les cognitions obsessionnelles, les réactions viscérales et les conduites de rapprochement constituent des manifestations inséparables d’un même état global de passion amoureuse.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et modèles bifactoriels
Les investigations psychométriques modernes ayant appliqué l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont apporté des raffinements structurels :
- Un modèle unidimensionnel strict à facteur unique offre des indices d’ajustement acceptables mais parfois limites en raison de la forte intercorrélation de résidus d’items au contenu sémantiquement proche.
- Les modèles hiérarchiques de second ordre (un facteur général d’amour passionné chapeautant trois facteurs de premier ordre : Cognition, Émotion, Comportement) obtiennent d’excellents indices de cohérence globale (ex. : $CFI > 0{,}92$, $TLI > 0{,}90$, $RMSEA < 0{,}06$).
- Les modèles bifactoriels contemporains confirment qu’un facteur général transcendant (facteur $G$) absorbe plus de 75 % de la variance expliquée commune, légitimant pleinement le calcul et l’interprétation d’un score global composite unique dans la pratique courante de recherche et d’évaluation clinique.
10. Instrument de mesure / Instrument
Les caractéristiques techniques et les modalités d’administration de l’instrument se déclinent de la manière suivante :
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (self-report questionnaire).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée / en ligne. Les participants peuvent répondre individuellement ou dans le cadre de protocoles dyadiques de couple.
- Nombre d’items :
- Version intégrale : 30 items.
- Version abrégée standard : 15 items (Forme A ou Forme B, équivalentes et interchangeables).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 9 points (9-point Likert scale) :
1= Not at all true (Pas du tout vrai)5= Moderately true (Modérément vrai)9= Definitely true (Tout à fait vrai)
- Durée de passation : Environ 5 à 8 minutes pour la version intégrale à 30 items ; 2 à 3 minutes pour la forme à 15 items.
- Consigne d’identification de la cible : Avant de répondre, le participant indique explicitement à quelle personne il se réfère à travers une question préalable :
- Quelqu’un que j’aime actuellement (Someone I love right now) ;
- Quelqu’un que j’ai aimé par le passé (Someone I once loved) ;
- Je n’ai jamais été amoureux (I have never been in love) — auquel cas le participant est invité à penser à la personne pour laquelle il s’est le plus approché d’un tel sentiment.
- Règles de cotation (Scoring) :
- L’instrument ne comporte aucun item inversé (no reverse-scored items). Tous les énoncés sont orientés positivement vers le construit d’amour passionné.
- Le score global peut être exprimé soit par la moyenne arithmétique des items (score moyen variant de 1,0 à 9,0 ; la moyenne normative chez les jeunes adultes amoureux se situant typiquement autour de 7,0), soit par la somme brute des réponses.
- Pour la version courte à 15 items, la somme brute s’étend de 15 à 135 points.
- Grille d’interprétation normative (pour la forme à 15 items, d’après Hatfield & Sprecher, 2004) :
- 106 à 135 points : Amoureux fou, éperdument, passion de façon déraisonnable (Wildly, recklessly, in love) — passion extrême, fusionnelle et omniprésente.
- 86 à 105 points : Passionné mais moins intense (Passionate but less intense) — amour romantique vif et présent sans déborder vers l’obsession aveuglante.
- 66 à 85 points : Poussées occasionnelles de passion (Occasional bursts of passion) — sentiment amoureux tiède ou oscillant avec des moments ponctuels d’effervescence.
- 45 à 65 points : Passion tiède et peu fréquente (Tepid, infrequent passion) — attachement modéré, niveau d’énergie passionnelle très bas.
- 15 à 44 points : La flamme est éteinte (The thrill is gone) — absence de sentiment passionnel, désengagement affectif ou relation platonique.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1986 (publication dans le Journal of Adolescence).
- Droit d’auteur (Copyright) : © 1986, Elaine Hatfield et Susan Sprecher.
- Statut d’accès et frais d’utilisation : L’Échelle d’amour passionné est mise gratuitement à la disposition de l’ensemble de la communauté scientifique, des chercheurs universitaires, des étudiants et des psychologues cliniciens souhaitant l’employer à des fins de recherche fondamentale, appliquée ou de bilan thérapeutique.
- Conditions d’utilisation : Aucune autorisation payante n’est exigée pour les applications non commerciales. Les utilisateurs doivent obligatoirement citer la publication princeps de référence (Hatfield & Sprecher, 1986) dans l’ensemble de leurs communications scientifiques, articles et rapports d’étude. Pour les exploitations commerciales ou industrielles à grande échelle, une prise de contact préalable avec les auteures demeure de mise.
12. Références / References
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- Tucker, P., & Aron, A. (1993). Passionate love and marital satisfaction at key transition points in the family life cycle. Journal of Social and Clinical Psychology, 12(2), 135–147. https://doi.org/10.1521/jscp.1993.12.2.135
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale: 9-point Likert scale (1 = Not at all true, 5 = Moderately true, 9 = Definitely true)
Instructions: In the statements below, « _____ » refers to the person you love most passionately right now (or once loved, or the person you came closest to caring for in that way). Try to describe the way you feel or felt when your feelings were most intense.
- Since I’ve been involved with _____ I have been feeling intense emotional spikes, feeling both great joy and deep despair.
- I would feel deep despair if _____ left me.
- Sometimes my body trembles with excitement at the sight of _____.
- I take delight in studying the movements and angles of _____’s body.
- Sometimes I feel I can’t control my thoughts; they are obsessively on _____.
- I feel happy when I am doing something to make _____ happy.
- I would rather be with _____ than anyone else.
- I’d get jealous if I thought _____ were falling in love with someone else.
- No one else could love _____ like I do.
- I yearn to know all about _____.
- I want _____ — physically, emotionally, mentally.
- I will love _____ forever.
- One of the things that makes life exciting is my relationship with _____.
- I have an endless appetite for affection from _____.
- For me, _____ is the perfect romantic partner.
- Whenever I see _____, my heart beats faster.
- _____ can make me feel effervescent, as if high on some chemical substance.
- _____ sees me as I really am.
- I’d do almost anything to help _____.
- When _____ looks at me, I melt.
- I feel an emotional oneness with _____.
- I would like _____ to know all the innermost secrets of my life.
- I am eager to know everything about _____.
- If I were separated from _____ for a long time, I would feel intensely lonely.
- I sometimes find it difficult to concentrate on work because thoughts of _____ occupy my mind.
- I want _____ to possess me, in body and soul.
- Knowing that _____ loves me makes me feel completely fulfilled.
- An existence without _____ would be dark and dismal.
- I find myself putting _____ ahead of all other priorities in my life.
- Sometimes I feel as though my love for _____ is out of control.