Échelle d’opinion sur le salut

L’Échelle d’opinion sur le salut (Salvation Opinionnaire Scale, SO), développée par Wendland, Dreger et Adkins, est une mesure psychométrique thurstonienne de 25 items évaluant le conservatisme, le libéralisme et le radicalisme religieux au sein de la tradition chrétienne.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’opinion sur le salut (en anglais, Salvation Opinionnaire Scale, abrégée SO) est un instrument psychométrique conçu à l’origine par L. V. Wendland (1949) au sein de l’École de théologie de l’Université de Californie du Sud, puis rigoureusement développé, validé et standardisé par Ralph Mason Dreger (1952, 1991) et Susan A. Adkins (Dreger & Adkins, 1991). Cet instrument a pour finalité d’évaluer de manière concise et nuancée les orientations théologiques, axiologiques et idéologiques relatives au concept chrétien de « salut ». Conçue selon la méthodologie classique d’échelonnage des intervalles apparemment égaux de Louis Leon Thurstone (Thurstone & Chave, 1929), l’échelle ambitionnait initialement de situer les individus sur un continuum unidimensionnel articulé autour de trois pôles : le conservatisme religieux (orthodoxie), le libéralisme religieux (humanisme théologique) et le radicalisme religieux (scepticisme institutionnel critique).

L’instrument se compose de 25 items d’opinion présentés sous un format dichotomique de choix forcé (« d’accord » ou « pas d’accord » / cocher les énoncés approuvés et laisser les autres vides). Chaque item est doté d’un poids scalaire déterminé par des panels d’experts. Le score brut s’obtient par l’agrégation pondérée des items validés, lequel peut être converti en rang centile standardisé. Bien que le protocole de cotation historique privilégie une perspective unidimensionnelle, les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires conduites ultérieurement par Dreger (1991) sur un échantillon hétérogène de 778 participants ont mis en évidence une structure latente multidimensionnelle comprenant quatre dimensions distinctes : (1) Orthodoxie Conservatrice (Facteur I), (2) Libéralisme : Intégration et Croissance Personnelle (Facteur II), (3) Libéralisme : Libération de l’Insincérité et du Conflit Intérieur (Facteur III), et (4) Radicalisme / Scepticisme Critique (Facteur IV). Sur le plan de la validité de construit, l’échelle différencie avec une puissance statistique remarquable les groupes affiliés à des dénominations conservatrices et libérales (t = 27,33, p < 0,01) et présente une corrélation robuste (r = 0,77, p < 0,01) avec l’échelle d’attitude religieuse primaire de Ferguson (1941). En revanche, l’auto-positionnement subjectif des sujets sur un axe continu ne concorde pas avec leur score réel (r = 0,04), révélant une divergence majeure entre l’auto-identification identitaire et l’adhésion doctrinale réelle.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’opinion sur le salut, Salvation Opinionnaire, Ralph Mason Dreger, Louis Leon Thurstone, psychométrie de la religion, conservatisme religieux, libéralisme religieux, radicalisme religieux, orthodoxie chrétienne, échelle d’attitudes, intervalles apparemment égaux, évaluation psychologique.

3. Auteurs / Authors

L’instrumentation et le raffinement psychométrique de l’Échelle d’opinion sur le salut sont associés à plusieurs figures académiques majeures :

  • Leonard V. Wendland, Ph.D. : Concepteur initial de l’instrument dans le cadre de ses recherches doctorales à la Graduate School of Religion de la University of Southern California (USC) en 1949. Ses travaux initiaux ont établi le corpus thématique des énoncés portant sur les représentations du salut.
  • Ralph Mason Dreger, Ph.D. (1912–2006) : Psychologue clinicien et psychométricien éminent, professeur émérite au Département de psychologie de la Louisiana State University (LSU, Baton Rouge, États-Unis), précédemment affilié à la Florida State University. Dreger a consacré plusieurs décennies à formaliser la structure mathématique de l’échelle, à valider empiriquement sa distribution trimodale et à en déchiffrer la dimensionnalité latente.
  • Susan A. Adkins, Ph.D. : Chercheuse en psychométrie et statistique appliquée, collaboratrice de Ralph Mason Dreger à la Louisiana State University lors de la restandardisation majeure de l’instrument publiée en 1991 dans l’International Journal for the Psychology of Religion.

4. Objectif / Purpose

L’Échelle d’opinion sur le salut a été développée pour répondre à une lacune conceptuelle et méthodologique prégnante dans la psychologie de la religion du milieu du XXe siècle : l’incapacité des instruments existants à saisir la texture doctrinale fine des attitudes religieuses au-delà d’une simple intensité de pratique ou d’une affiliation institutionnelle nominale. L’objectif premier de Dreger et Adkins (1991) était de construire une mesure brève mais discriminante du conservatisme, du libéralisme et du radicalisme religieux au sein de la tradition chrétienne occidentale, en prenant comme prisme sémiologique le concept de « salut » (salvation).

Applications en recherche fondamentale et différentielle

Dans le domaine de la recherche fondamentale, la SO a été conçue pour analyser les interconnexions entre les structures cognitives de croyance et les dynamiques de la personnalité. Contrairement à des questionnaires d’attitudes sociales générales comme l’échelle de fascisme (échelle F) ou des échelles génériques d’autoritarisme, la SO cible le cœur téléologique de l’expérience chrétienne : la délivrance du mal, du péché ou de l’absurdité existentielle. Dreger (1952) a largement utilisé cet instrument pour explorer les corrélats de personnalité associés à la rigidité dogmatique et au relativisme éthique, en combinant des mesures projectives (telles que le test de Rorschach et le TAT) avec les scores d’opinion religieuse.

L’échelle permet aux chercheurs en sociologie des religions et en psychologie sociale de tester des hypothèses relatives aux transitions idéologiques : comment les individus négocient-ils leur rapport à l’autorité ecclésiale ? Dans quelle mesure la sécularisation transforme-t-elle la notion sotériologique de la rédemption surnaturelle en un impératif d’intégration psychologique immanente ? L’instrument sert ainsi de baromètre de la sécularisation interne des croyants.

Applications cliniques et en psychothérapie

Sur le plan clinique, la SO offre un cadre diagnostique particulièrement fécond pour les psychothérapeutes et conseillers pastoraux confrontés à des patients souffrant de détresse spirituelle, de culpabilité névrotique d’origine religieuse ou de conflits intrapersonnels liés au perfectionnisme moral. La distinction opérationnalisée par Dreger entre une sotériologie axée sur la culpabilité et le sang rédempteur (conservatisme) et une vision orientée vers la pacification des névroses et l’authenticité personnelle (humanisme libéral et radicalisme) permet d’identifier les schémas cognitifs désadaptatifs enracinés dans des visions menaçantes du divin et du salut éternel.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’Échelle d’opinion sur le salut repose sur l’hypothèse que la conception qu’une personne se fait du salut reflète l’organisation globale de son système de croyances, son style cognitif et son niveau d’émancipation psychologique vis-à-vis des dogmes institutionnels. Si l’instrument a été conçu à l’origine pour distribuer les individus le long d’un continuum linéaire allant de l’orthodoxie stricte au rejet critique, les investigations factorielles approfondies de Dreger (1991) ont formalisé une constellation de quatre dimensions majeures.

1. Orthodoxie Conservatrice (Facteur I)

Cette dimension incarne la théologie chrétienne traditionnelle, d’obédience fondamentaliste ou néo-évangélique. Le salut y est conceptualisé comme une intervention divine surnaturelle, absolue et objective, motivée par la grâce et conditionnée par la foi expiatoire dans le sacrifice sanglant de Jésus-Christ sur la croix. L’individu adhérant à cette dimension perçoit le salut comme une délivrance externe de la condamnation éternelle, du châtiment divin et de la puissance destructrice du péché. Les concepts clés sont la repentance, la nouvelle naissance spirituelle sous la conduite de l’Esprit Saint, l’accès à une vie éternelle céleste et l’élimination progressive du péché. Des énoncés comme « Salvation is being saved from sin by the blood of Christ on the cross » ou « Salvation is to be saved from eternal condemnation unto eternal life » illustrent parfaitement ce pôle où la transcendance, la soumission fidéiste et l’exclusivisme sotériologique prévalent.

2. Libéralisme : Intégration et Croissance Personnelle (Facteur II)

Cette composante traduit une réinterprétation immanente, humaniste et psychologisante du salut, caractéristique du christianisme libéral et du protestantisme moderniste. L’accent transcendant et surnaturel s’efface au profit du perfectionnement éthique, du développement du caractère et de l’harmonie psychique. Le salut cesse d’être un événement d’outre-tombe pour devenir un processus continu d’individuation, d’actualisation de soi et d’intégration des valeurs au sein de l’existence présente. Des énoncés exemplaires incluent « Salvation is character development », « Salvation is a state of spiritual integration » ou encore « Salvation is integration of my life around constantly progressive meanings and values ». L’individu manifeste ici une posture cognitive ouverte, axée sur la rationalité, l’humanisme éthique et la valorisation de la subjectivité lucide (« being objective about my subjectivity »).

3. Libéralisme : Libération de l’Insincérité et du Conflit Intérieur (Facteur III)

Cette sous-dimension libérale cible plus précisément la résolution des conflits intrapersonnels et l’atteinte d’un équilibre émotionnel sain. Le salut y est redéfini comme une entreprise d’auto-sauvetage psychothérapeutique : il s’agit pour l’individu de se prémunir contre ses propres tendances destructrices, de surmonter le sentiment d’apitoiement sur soi, d’inadéquation ou d’inauthenticité existentielle. Illustrée par des propositions telles que « Salvation means saving myself from myself, eliminating the conflict in my personality » et « Salvation is to be relieved from feelings of insincerity, self-pity, inadequacy », cette dimension matérialise le refus de l’hétéronomie religieuse au bénéfice d’une autonomie émotionnelle souveraine.

4. Radicalisme / Scepticisme Critique (Facteur IV)

La dimension radicale exprime une critique lucide, voire une déconstruction sociopolitique et psychanalytique des discours religieux institués. L’individu radical refuse les définitions convenues du salut, qu’il suspecte d’être des instruments de domination ecclésiastique ou des manifestations de régression émotionnelle collective. Ce facteur associe la dénonciation du dogme institutionnel (« Salvation is a promise that the church makes to people to keep them under its thumb »), la réprobation du fanatisme revivaliste (« Salvation makes me think of a Southern Revival meeting and uncontrolled emotions ») et l’aspiration à une émancipation totale des névroses (« Salvation is the freedom from neurotic conflict and harmonious living »). Le terme même de salut est perçu comme une étiquette sémantiquement ambiguë instrumentalisée par les groupes orthodoxes.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement de l’Échelle d’opinion sur le salut s’ancre à la croisée de deux traditions épistémologiques et théoriques majeures : la méthodologie psychométrique d’échelonnage psychophysique et attitudinal initiée par Louis Leon Thurstone, et les théories socio-psychologiques de la personnalité autoritaire et des orientations religieuses.

La psychométrie thurstonienne des intervalles apparemment égaux

La construction de la SO s’appuie directement sur les travaux séminales de Thurstone et Chave (1929) portant sur la mesure des attitudes à l’égard de l’Église et des concepts religieux. Selon la doctrine de Thurstone, une attitude est une disposition affective, positive ou négative, envers un objet psychologique abstrait. Pour quantifier une telle disposition sans dépendre des biais inhérents aux échelles d’auto-évaluation directe, Thurstone a conçu la technique des « intervalles apparemment égaux » (equal-appearing intervals).

Cette procédure repose sur l’intervention de juges experts indépendants qui ont pour tâche de trier un vaste ensemble d’énoncés d’opinion le long d’un continuum gradé (souvent de 1 à 7 ou de 1 à 11), non pas en fonction de leur propre accord personnel, mais en estimant la charge sémantique intrinsèque portée par chaque item vis-à-vis du concept étudié. Les items conservés sont ceux présentant une forte dispersion inter-juges minimale (ambiguïté faible) et dont les valeurs d’échelle couvrent équitablement l’ensemble du spectre continuum. En appliquant rigoureusement ce paradigme aux énoncés sotériologiques, Dreger et Adkins ont cherché à attribuer à chaque énoncé une valeur mathématique objective reflétant son degré intrinsèque de conservatisme ou de libéralisme.

Théories de la religiosité et structure de la personnalité

Sur le versant théorique de la psychologie de la personnalité, l’instrument s’inscrit dans la lignée des travaux de Gordon W. Allport sur la religiosité intrinsèque et extrinsèque, ainsi que des théories de Theodor W. Adorno, Else Frenkel-Brunswik, Daniel Levinson et Nevitt Sanford (1950) sur la personnalité autoritaire. Dreger (1952) a postulé que l’adhésion à des doctrines sotériologiques orthodoxes et punitives n’est pas un simple apprentissage catéchétique neutre, mais reflète des mécanismes de défense spécifiques, tels que la projection de la culpabilité, le besoin de clôture cognitive et la dépendance envers une autorité transcendante absolue.

Inversement, les perspectives libérales et radicales témoignent d’une différenciation cognitive plus poussée, caractérisée par la tolérance à l’ambiguïté, la laïcisation des impératifs éthiques et la primauté de l’autonomie du moi. La SO a ainsi été élaborée comme un révélateur opératoire de ces postures existentielles sous-jacentes.

7. Validité / Validity

L’évaluation des propriétés de validité de l’Échelle d’opinion sur le salut a fait l’objet de protocoles empiriques rigoureux menés par Dreger (1952) et réexaminés par Dreger et Adkins (1991).

Validité de construit et validité par groupes contrastés

La validité de construit de l’instrument a initialement été corroborée par la méthode des groupes connus (known-groups method). Dans son étude de 1952, Dreger a sélectionné 60 sujets soumis à une batterie approfondie de tests intellectuels et projectifs, stratifiés en deux groupes étanches selon leur appartenance confessionnelle : d’un côté, des fidèles de dénominations protestantes traditionnellement libérales, et de l’autre, des fidèles d’Églises fondamentalistes et orthodoxes strictes. L’analyse comparative a révélé un écart massif et statistiquement hautement significatif entre les moyennes des deux sous-groupes à l’échelle SO :

  • Groupe conservateur : Moyenne (M) = 7,84
  • Groupe libéral : Moyenne (M) = 4,00
  • Différence statistique : t = 27,33 (p < 0,01)

Cette puissance discriminante exceptionnelle confirme sans équivoque la capacité de l’instrument à opérationnaliser la divergence sotériologique entre traditions doctrinales antagonistes.

Validité convergente et corrélationnelle

La validité convergente a été démontrée par l’inter-corrélation des scores de la SO avec des instruments de référence mesurant les attitudes sociales et religieuses de l’époque. Dreger (1952) a administré conjointement l’échelle Primary Social Attitudes Scale No. 1: Religionism développée par Ferguson (1941). Les analyses corrélationnelles ont établi une association positive élevée :

r(28) = 0,77 (p < 0,01)

Cette convergence atteste que l’échelle mesure avec précision la dimension fondamentale de religiosité idéologique et d’orthodoxie institutionnelle.

De surcroît, lors de la restandardisation de 1991, les chercheurs ont classé les dénominations religieuses des 778 participants sur une échelle hiérarchique ordonnée selon leur degré documenté de conservatisme ou de libéralisme. La corrélation entre ce rang confessionnel et le score à la SO s’est élevée à r = 0,26 (p < 0,0001), confirmant la fidélité de l’instrument aux réalités sociologiques de terrain, en dépit de la variabilité intra-dénominationnelle.

Validité discriminante et paradoxe de l’auto-évaluation

L’un des résultats psychométriques les plus remarquables obtenus par Dreger et Adkins (1991) réside dans la dissociation complète observée entre le score obtenu à la SO et l’auto-positionnement subjectif des répondants sur un continuum visuel linéaire allant de « Libéral religieux » à « Conservateur religieux ». Les chercheurs ont mis en évidence une corrélation quasi nulle :

r = 0,04 (p < 0,22)

Ce résultat reproduit fidèlement les constats initiaux de Dreger (1952). Cette absence de corrélation démontre une validité discriminante singulière vis-à-vis des déclarations d’auto-étiquetage : les individus ignorent souvent le positionnement théologique réel que sous-tendent leurs croyances sotériologiques intimes, ce qui justifie pleinement l’utilisation d’une échelle indirecte d’opinion par rapport à une simple question d’auto-classement démographique.

8. Fidélité / Reliability

La documentation relative à la fidélité de l’Échelle d’opinion sur le salut présente des spécificités psychométriques qui méritent une attention critique approfondie. Dans la littérature originelle publiée par Wendland (1949), Dreger (1952) et Dreger et Adkins (1991), aucun coefficient de fidélité standardisé — tel que le coefficient de cohérence interne alpha de Cronbach ou la corrélation test-retest à intervalle fixe — n’est formellement explicité pour l’échelle globale.

Contraintes liées au paradigme de Thurstone

Cette omission apparente s’explique en partie par le cadre méthodologique propre aux échelles de Thurstone. Contrairement aux échelles de Likert où l’alpha de Cronbach évalue l’homogénéité d’items tous supposés mesurer le même trait avec une charge linéaire équivalente, les échelles thurstoniennes reposent sur le principe que les individus n’approuvent que les items situés au voisinage de leur propre position idéale sur le continuum, rejetant les items situés à la fois trop à gauche et trop à droite. Dès lors, le calcul d’un alpha de cohérence globale sur les 25 items s’avère théoriquement inadapté, puisque les items conservateurs et radicaux sont mutuellement exclusifs.

Défis psychométriques de la multidimensionnalité

Comme le soulignent les réévaluations critiques (Dreger, 1991 ; Dreger & Adkins, 1991), la validité de la méthode de cotation unidimensionnelle classique est mise à l’épreuve par la structure multidimensionnelle de l’échelle. L’existence de quatre facteurs latents distincts (Conservatisme, Libéralisme d’intégration, Libéralisme de libération, Radicalisme) implique qu’un score total unique calculé par simple sommation des poids scalaires peut masquer des profils de réponses qualitativement hétérogènes. Par conséquent, les psychométriciens contemporains recommandent la plus grande prudence lors de l’utilisation d’un score unidimensionnel global et préconisent, pour les recherches futures, le calcul d’indices de cohérence interne spécifiques (tels que l’oméga de McDonald) calculés indépendamment sur chacun des sous-facteurs identifiés par Dreger.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Bien que l’Échelle d’opinion sur le salut ait été construite historiquement pour générer une distribution trimodale (conservatisme, libéralisme, radicalisme), Ralph Mason Dreger a entrepris en 1991 une réévaluation exhaustive de sa dimensionalité au moyen de techniques modernes d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC).

Échantillon et méthodologie d’analyse

L’échantillon analysé comprenait 778 participants, comprenant 485 étudiants de l’enseignement secondaire, universitaire et post-universitaire d’une métropole du Sud des États-Unis, ainsi que 293 membres issus de paroisses et de classes d’enseignement religieux de deux villes méridionales. L’échantillon présentait une parité stricte entre hommes et femmes. Afin de tester la réplicabilité des solutions factorielles, Dreger a soumis les données soit à l’échantillon global, soit à une procédure de partitionnement par moitiés paires-impaires (split-half cross-validation).

La structure factorielle à quatre facteurs

Les modélisations factorielles ont établi l’existence de quatre facteurs latents robustes qui transcendent l’unidimensionalité originelle :

  • Facteur I — Conservatisme théologique (10 items) : Ce facteur regroupe la totalité des énoncés affirmant la rédemption sacrificielle, le sang du Christ, la culpabilité et la vie éternelle. Les items constitutifs sont les items 3, 5, 7, 11, 12, 13, 14, 16, 18, 20, 23 et 25. Ce facteur sature massivement sur les énoncés dogmatiques confessionnels.
  • Facteur II — Libéralisme : Intégration et Croissance (5 items) : Ce facteur agrège les items concevant le salut sous l’angle du développement personnel, de la réalisation éthique et de la maturation de la personnalité. Il est composé des items 6, 9, 15, 17, 19 et 22.
  • Facteur III — Libéralisme : Libération de l’Insincérité et du Conflit (3 items) : Cette dimension plus restreinte rassemble les items axés sur la guérison intérieure, le dépassement du doute existentiel et la résorption des conflits névrotiques personnels, à savoir les items 2, 8 et 21.
  • Facteur IV — Radicalisme / Scepticisme Institutionnel (4 items) : Ce pôle critique comprend les items rejetant la nomenclature cléricale, soulignant l’oppression ecclésiale ou ironisant sur les dérives émotionnelles des réveils religieux. Il intègre les items 1, 4, 10 et 24.

Un paradoxe structurel important soulevé par Dreger (1991) réside dans le fait que, malgré cette mise en lumière rigoureuse de quatre dimensions empiriquement solides, les auteurs n’ont pas élaboré de barème normatif distinct pour coter séparément ces quatre sous-échelles dans l’usage clinique quotidien, maintenant le protocole de cotation globale par poids thurstoniens.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument de mesure présente des spécificités d’administration et de dépouillement précises :

  • Nom complet de l’instrument : Salvation Opinionnaire Scale (SO) — Échelle d’opinion sur le salut.
  • Format du test : Questionnaire auto-administré papier-crayon ou informatisé.
  • Nombre total d’items : 25 items d’opinion doctrinale et théologique, suivis d’un axe d’auto-positionnement continu en bas de page.
  • Modalités de réponse : Choix forcé binaire de type approbation (forced-choice endorsement). Le participant est explicitement invité à cocher d’une croix (X) uniquement les affirmations qui correspondent à sa propre compréhension et à son attitude personnelle vis-à-vis du « salut », et à laisser rigoureusement vierges toutes les autres propositions.
  • Auto-évaluation additionnelle : Une ligne continue sous forme de différentiel sémantique allant de « Libéral religieux » (Religious Liberal) à « Conservateur religieux » (Religious Conservative) sur laquelle le répondant place une marque (X).
  • Méthode de cotation (Scoring thurstonien) :
    • Chaque item possède un poids scalaire prédéterminé dérivé des évaluations des juges lors de la standardisation de Dreger et Adkins (1991).
    • Le score brut du participant correspond à la somme arithmétique (ou à la médiane/moyenne selon le modèle retenu) des poids des items cochés.
    • Ce score brut est ensuite transposé en un rang centile à l’aide des tables de conversion normatives.
    • Considérations d’automatisation : Le calcul du score brut s’automatise aisément via n’importe quel logiciel d’analyse statistique (R, SPSS, Python) par programmation vectorielle. La transformation en centiles automatisée nécessite en revanche l’implémentation algorithmique de la fonction de répartition empirique de l’échantillon normatif.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception initiale : 1949 (thèse de doctorat non publiée de L. V. Wendland).
  • Années de révision et standardisation empirique : 1952 (première monographie par Ralph Mason Dreger) ; 1991 (restandardisation formelle par Ralph Mason Dreger et Susan A. Adkins ; publication de l’analyse factorielle par Dreger).
  • Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : L’article de standardisation de référence a été publié par Lawrence Erlbaum Associates (acquis ultérieurement par Taylor & Francis / Routledge). Copyright © 1991 Lawrence Erlbaum Associates, Inc.
  • Tarifs et accessibilité : L’utilisation de l’instrument dans le cadre de recherches académiques sans but lucratif, de thèses ou d’enseignements universitaires est autorisée selon le principe de l’usage loyal (fair use), à condition de citer scrupuleusement les publications de référence de Dreger et Adkins (1991). Aucune redevance commerciale n’est perçue pour les applications scientifiques fondamentales. Pour toute exploitation commerciale ou intégration dans des progiciels propriétaires de testing, une autorisation expresse doit être sollicitée auprès des ayants droit ou de l’éditeur Taylor & Francis.

12. Références / References

Les sources bibliographiques suivantes constituent le corpus fondamental validant les propriétés théoriques et psychométriques de l’instrument :

  • Adorno, T. W., Frenkel-Brunswik, E., Levinson, D. J., & Sanford, R. N. (1950). The authoritarian personality. Harper & Row.
  • Dreger, R. M. (1952). Some personality correlates of religious attitudes, as determined by projective techniques. Psychological Monographs: General and Applied, 66(3), 1–18 (Whole No. 335). https://doi.org/10.1037/h0093632
  • Dreger, R. M. (1991). The latent structure of the Salvation Opinionnaire, a measure of religious attitudes in the American Christian tradition. Educational and Psychological Measurement, 51(3), 707–719. https://doi.org/10.1177/0013164491513021
  • Dreger, R. M., & Adkins, S. A. (1991). A restandardization of a brief scale of religious orthodoxy, religious humanism, and religious radicalism. International Journal for the Psychology of Religion, 1(3), 173–181. https://doi.org/10.1207/s15327582ijpr0103_4
  • Ferguson, L. W. (1941). The stability of the primary social attitudes: I. Religionism and II. Humanitarianism. Journal of Psychology, 12(2), 283–288. https://doi.org/10.1080/00223980.1941.9917070
  • Thurstone, L. L., & Chave, E. J. (1929). The measurement of attitudes: A psychophysical method and some experiments with a scale for measuring attitude toward the church. University of Chicago Press.
  • Wendland, L. V. (1949). The Salvation Opinionnaire (Manuscrit non publié). Graduate School of Religion, University of Southern California, Los Angeles, CA.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Salvation "is a very ambiguous term used by orthodox groups indicating when a person is saved." (IV)
2

Salvation means "saving myself from myself, eliminating the conflict in my personal­ity." (III)
3

Salvation "is a great joy and peace that comes with the knowledge of sins forgiven." (I)
4

Salvation "makes me think of a Southern Revival meeting and uncontrolled emotions." (IV)
5

Salvation is "being saved from sin by the blood of Christ on the cross." (I)
6

Salvation is "a state of spiritual integration." (II)
7

Salvation is "accepting Christ as Savior and putting one's entire trust and faith in Him as a living Savior." (I)
8

Salvation means "to save yourself from yourself." (III)
9

Salvation "is integration of my life around constantly progressive meanings and val­ ues." (II)
10

Salvation is "a promise that the church makes to people to keep them under its thumb." (IV)
11

Salvation is "the knowledge of sins forgiven." (I)
12

Salvation is "accepting Christ as Savior." (I)
13

Salvation "means being saved from the guilt and power of sin through faith in Christ." (I)
14

Salvation is "to be saved from eternal condemnation unto eternal life and an eternal home in heaven with God." (I)
15

Salvation is "character development." (II)
16

Salvation is "eternal life hereafter, and peace, joy, and a greater work to do now." (I)
17

Salvation is "a social and psychological orientation toward the realization of worthful­ ness." (II)
18

Salvation is "being born again, thus letting the Holy Spirit guide my life now and for­ ever." (I)
19

Salvation is "living an objective life; that is, being objective about my subjectivity." (II)
20

Salvatidn is "deliverance from the penalty of sin, the power of sin, and eventually the presence of sin." (I)
21

Salvation is to be "relieved from feelings of insincerity, self-pity, inadequacy." (III)
22

Salvation is "growth toward ultimate reality." (II)
23

Salvation is "a mighty work of grace given to every man and partaken of by a few." (I)
24

Salvation is "the freedom from neurotic conflict and harmonious living." (IV)
25

Salvation "is release from sin and finding peace of mind through living close to God." (I)
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Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle d’opinion sur le salut. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-opinion-sur-le-salut
Looti, Mohammed. “Échelle d’opinion sur le salut.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-opinion-sur-le-salut.
Looti, Mohammed. “Échelle d’opinion sur le salut.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-opinion-sur-le-salut.