Échelle d’opinion sexuelle

Analyse psychométrique détaillée de l’Échelle d’opinion sexuelle (Sexual Opinion Survey – SOS), instrument de référence pour mesurer la dimension d’érotophobie-érotophilie.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’opinion sexuelle (traduction française du Sexual Opinion Survey [SOS], initialement développé par William A. Fisher, Donn Byrne, Leonard A. White et Kathryn Kelley en 1988, puis révisé et documenté par Fisher en 1998 ainsi que par B. J. Rye et Glenn J. Meaney) constitue l’un des instruments psychométriques les plus fondamentaux et largement validés pour l’évaluation empirique de la dimension dispositionnelle d’érotophobie-érotophilie. Conceptualisé à l’intersection des théories de l’apprentissage social et de la psychologie des attitudes affectives, ce construit mesure la propension individuelle acquise à réagir aux stimuli sexuels selon un continuum allant d’affects et d’évaluations hautement négatifs (érotophobie, caractérisée par l’évitement comportemental et cognitif) à des affects et évaluations hautement positifs (érotophilie, caractérisée par l’approche, la curiosité et l’adhésion hédonique).

Dans sa forme standard intégrale, l’instrument comprend 21 items explorant un spectre varié de représentations et de comportements érotiques, incluant la sexualité solitaire (auto-érotisme et masturbation), les pratiques hétérosexuelles, les relations homosexuelles, la sexualité de groupe, les fantaisies érotiques et l’exposition à du matériel visuellement explicite. L’évaluation s’effectue généralement au moyen d’une échelle de Likert en 7 points (variant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement en accord »). L’algorithme de cotation original établi par Fisher génère un score composite variant de 0 (pôle érotophobe extrême) à 126 (pôle érotophile extrême), bien que de nombreux chercheurs emploient également une métrique moyennée de 1 à 7 après inversion des items négatifs.

Sur le plan psychométrique, le SOS présente des propriétés remarquables documentées à l’échelle internationale. Sa cohérence interne est invariablement élevée, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,76 et 0,89 dans les cohortes universitaires et communautaires, tant masculines que féminines. Sa stabilité temporelle test-retest sur plusieurs semaines est solide (r = 0,61 à 0,85). Bien que conçue initialement comme une échelle unidimensionnelle globale, des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires suggèrent l’émergence de sous-structures selon les contextes culturels, notamment une modélisation à deux facteurs robuste distinguant l’exhibition sexuelle/variété érotique et l’homoérotisme, ou des structures à quatre facteurs (érotophilie, érotophobie, homophobie, sexualité non conventionnelle). L’instrument bénéficie d’une validité prédictive, convergente et discriminante robuste, prédisant une vaste gamme de conduites incluant l’adhésion aux méthodes contraceptives, l’utilisation du préservatif, les comportements de dépistage médical (auto-examen mammaire, frottis vaginal), l’exposition aux médias érotiques et les schémas sexuels individuels.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’opinion sexuelle, Sexual Opinion Survey, érotophobie, érotophilie, attitude sexuelle, comportement sexuel, psychométrie, santé sexuelle, excitation sexuelle, validation transculturelle, schéma sexuel, affect sexuel.

3. Auteurs / Authors

L’instrument et ses adaptations de référence ont été développés et documentés par une équipe d’universitaires spécialisés en psychologie sociale et en sexologie scientifique :

  • B. J. Rye : Département de psychologie, St. Jerome’s University au sein de l’University of Waterloo, Ontario, Canada. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Glenn J. Meaney : Département de psychologie, Wilfrid Laurier University, Waterloo, Ontario, Canada.
  • William A. Fisher : Département de psychologie et Département d’obstétrique et gynécologie, University of Western Ontario, London, Ontario, Canada.
  • Auteurs historiques de la conceptualisation initiale : Donn Byrne (University at Albany, State University of New York), Leonard A. White et Kathryn Kelley (1988).

4. Objectif / Purpose

L’Échelle d’opinion sexuelle a été conçue pour opérationnaliser et quantifier avec précision une dimension de personnalité fondamentale : la disposition affective et évaluative envers la sexualité. Dans l’histoire de la sexologie et de la psychologie sociale, l’évaluation des attitudes sexuelles s’est souvent heurtée à des biais méthodologiques majeurs, tels que la confusion entre la morale religieuse explicite, l’expérience comportementale déclarée et l’anxiété sexuelle inconsciente. L’objectif fondamental du SOS est de transcender le simple relevé de fréquence comportementale pour sonder la réactivité affective sous-jacente — c’est-à-dire l’évaluation hédonique, positive ou aversive, déclenchée par des scénarios érotiques divers.

Sur le plan fondamental et théorique, le SOS a été développé pour tester les modèles de régulation comportementale fondés sur le renforcement affectif. Les individus n’abordent pas les objets, situations ou représentations sexuels avec une neutralité cognitive : ils manifestent une prédisposition émotionnelle apprise, orientant leurs trajectoires soit vers l’approche, la curiosité et l’ouverture (érotophilie), soit vers le dégoût, l’anxiété, la culpabilité et l’évitement actif ou passif (érotophobie). L’instrument permet donc d’isoler une variable latente stable capable de rendre compte de la variabilité interindividuelle observée face à une multitude d’expériences érotiques.

Dans le domaine de la recherche contemporaine et de la psychologie appliquée, le SOS remplit plusieurs fonctions majeures :

  • Prédiction des comportements de santé préventive et sexuelle : En santé publique, l’érotophobie est un obstacle critique à l’adoption de comportements prophylactiques. Les personnes érotophobes, éprouvant une gêne aiguë face aux objets et conversations érotiques, ont tendance à ne pas anticiper les rapports sexuels, à éviter l’achat, le transport et la négociation des préservatifs ou de la contraception orale, et à différer les consultations gynécologiques ou urologiques. Le SOS sert à identifier les populations à risque d’échec prophylactique en raison de barrières émotionnelles internalisées.
  • Évaluation clinique et sexothérapeutique : En contexte diagnostique ou de thérapie de couple, le SOS aide les praticiens à cartographier le degré de blocage affectif du patient face à des stimuli érotiques spécifiques (auto-érotisme, matériel visuel explicite, variantes sexuelles). Il permet de distinguer les troubles du désir ou de l’excitation enracinés dans une érotophobie généralisée de ceux causés par des dysfonctions strictement physiologiques ou relationnelles.
  • Recherche en communication, médias et consommation : L’échelle est largement sollicitée pour étudier la réceptivité aux campagnes médiatiques d’information sexuelle, l’exposition volontaire ou involontaire à la pornographie en ligne, et l’efficacité des messages publicitaires utilisant des amorces sexuelles (sexualized consumer behavior).
  • Évaluation des programmes éducatifs : Le SOS et ses formes dérivées (notamment pour adolescentes) sont employés pour mesurer l’impact pédagogique des interventions de sensibilisation à la diversité sexuelle, à la prévention de l’homophobie et à la promotion d’une sexualité saine et dénuée de culpabilité.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par le SOS repose sur le continuum unipolaire bipolaire de l’érotophobie-érotophilie (Fisher et al., 1988). Selon ce cadre, cette dimension ne constitue ni une pathologie mentale ni un simple inventaire d’opinions intellectuelles, mais une disposition durable de la personnalité qui filtre, organise et colore affectivement la perception des stimuli à connotation sexuelle.

Le Pôle Érotophobe

À l’extrémité érotophobe du spectre, les individus perçoivent les stimuli sexuels comme des signaux aversifs, menaçants, sales ou moralement répugnants. Confronté à une situation sexuelle réelle, imaginée ou visuelle, le sujet érotophobe éprouve spontanément des émotions négatives telles que l’anxiété, la honte, le malaise, la culpabilité ou la nausée. Sur le plan cognitif, ce pôle se traduit par des croyances restrictives, moralisatrices et rigides concernant la légitimité des conduites érotiques. Sur le plan comportemental, l’érotophobie induit une stratégie d’évitement systématique : évitement de l’apprentissage anatomique, refus de la communication intime, réticence face à la manipulation génitale personnelle, et rejet véhément de toute manifestation non traditionnelle de la sexualité (telle que l’homosexualité ou le sexe de groupe).

Le Pôle Érotophile

À l’opposé, le pôle érotophile est défini par une valence affective résolument positive face aux signaux sexuels. Les personnes érotophiles réagissent par la curiosité, l’amusement hédonique, l’excitation physiologique bien tolérée et l’intérêt d’approche. Elles intègrent la sexualité comme une composante naturelle, enrichissante et divertissante de l’existence humaine. Cette orientation favorise une exploration cognitive et imaginaire active (acceptation des fantasmes, rêveries diurnes), une tolérance élevée envers l’auto-érotisme, l’adhésion à des pratiques diversifiées et une absence d’anxiété relative aux orientations sexuelles minoritaires.

Les Domaines de Stimuli Évalués

Pour capturer la nature globale de ce trait, les 21 items du SOS sondent six grands registres comportementaux et perceptifs :

  • Les stimuli érotiques visuels et textuels : L’acceptation vs le rejet viscéral de la pornographie, du matériel explicite et des représentations artistiques ou commerciales de la nudité (ex. items portant sur l’amusement face à l’érotisme hard-core ou, à l’inverse, la qualification de l’érotisme comme intrinsèquement « immonde »).
  • La sexualité auto-érotique : L’évaluation affective de la masturbation et de la manipulation génitale personnelle (ex. concevoir la masturbation comme une expérience excitante vs source de malaise).
  • Les interactions hétérosexuelles et le naturisme : L’anticipation hédonique du contact intime, des rapports sexuels pénétrants et de la nudité partagée (ex. se baigner nu avec une personne de l’autre sexe).
  • L’homoérotisme et les attitudes envers l’homosexualité : La sérénité vs la détresse face à la possibilité d’avoir des pulsions homoérotiques, et le degré d’irritation à l’idée d’avoir un proche homosexuel.
  • La sexualité orale et les pratiques non conventionnelles : Le sentiment d’embarras ou d’attrait relatif au sexe oral, aux partenaires multiples ou aux pratiques sexuelles inhabituelles.
  • La fantaisie et l’imagerie mentale : La propension à savourer les rêveries érotiques diurnes sans culpabilité intrusive.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique sous-jacent au SOS prend racine dans le modèle du conditionnement affectif et la théorie de l’apprentissage social développés par le psychologue Donn Byrne et ses collaborateurs (notamment le paradigme d’attraction interpersonnelle et les réponses affectives conditionnées, Byrne, 1977 ; Fisher et al., 1988). Selon ce modèle néo-béhavioriste et cognitif, la sexualité humaine ne peut être réduite à un simple réflexe biologique ou à des pulsions psychodynamiques inconscientes ; elle est modulée par un système d’apprentissage affectif acquis dès la petite enfance.

Durant le développement psychosexuel, l’enfant et l’adolescent reçoivent de manière répétée des messages explicites et implicites de la part des agents de socialisation (parents, institutions religieuses, pairs, médias). Ces messages associent les manifestations sexuelles naissantes — telles que l’exploration génitale, les questions anatomiques, l’érection réflexe ou les sensations orgasmiques — soit à des sanctions, de la réprobation, des expressions faciales de dégoût et des punitions, soit à une validation bienveillante, scientifique ou hédonique. Par un processus de conditionnement classique pavlovien, les stimuli sexuels deviennent des stimuli conditionnés capables de déclencher automatiquement une réponse émotionnelle conditionnée d’anxiété/dégoût (conditionnement aversif) ou d’excitation/plaisir (conditionnement appétitif).

Ce conditionnement émotionnel primitif est ensuite consolidé par un conditionnement opérant (skinnérien) et par l’apprentissage par observation (Bandura) : l’évitement des thématiques sexuelles chez l’érotophobe procure un soulagement immédiat en réduisant l’anxiété induite (renforcement négatif), perpétuant l’évitement comportemental et la restriction cognitive. À maturité, ces chaînes de conditionnement se cristallisent en une structure de personnalité relativement stable : la disposition érotophobie-érotophilie.

Dans les formulations plus récentes issues de la psychologie cognitive (notamment les travaux de Cyranowski et Andersen sur les schémas sexuels du soi, 1998), l’érotophilie est interprétée comme un schéma sexuel positif permettant l’assimilation fluide des informations érotiques, tandis que l’érotophobie fonctionne comme un filtre défensif générant une anxiété d’évaluation et inhibant l’excitation subjective et génitale par un monitoring cognitif hypervigilant.

7. Validité / Validity

Depuis les travaux initiaux de Fisher et al. (1988) et la synthèse de Fisher (1998), la validité de construit, la validité convergente, la validité prédictive et la validité discriminante du SOS ont été établies au travers de dizaines d’études empiriques internationales menées auprès de populations diversifiées (étudiants, adultes en population générale, populations carcérales, femmes en centres de santé reproductive).

Validité Convergente et Prédictive

Le SOS montre des corrélations empiriques robustes et théoriquement cohérentes avec un large ensemble de variables sexologiques et psychologiques :

  • Comportements sexuels manifestes : Les scores d’érotophilie prédisent positivement la fréquence de la masturbation, la variété des pratiques érotiques au cours de la vie (notamment la pratique du sexe oral actif et passif), le nombre de partenaires sexuels et l’usage d’accessoires érotiques mécaniques (Durant et al., 2002 ; Zamboni & Crawford, 2002). Garcia (1999) a mis en évidence que les participants érotophiles s’auto-évaluent comme plus expérimentés sexuellement, plus libéraux et manifestent une plus grande réactivité sexuelle globale.
  • Consommation et réactivité aux médias érotiques : Les personnes érotophiles rapportent une exposition antérieure supérieure aux médias sexuels explicites (Bogaert, 2001), manifestent une plus grande tolérance envers l’exposition involontaire à la cyberpornographie (Shim et al., 2007) et démontrent une plus forte excitation subjective lors du visionnage de matériel érotique en laboratoire (Nobre et al., 2004).
  • Attitudes de santé sexuelle et prévention : Sanders et al. (2006) ont constaté que les femmes qui appliquent activement des préservatifs sur leur partenaire masculin sont significativement plus érotophiles que celles qui ne le font pas. L’étude de Wilkinson, Holahan et Drane-Edmundson (2002) a révélé que l’érotophilie prédit l’adoption de comportements sexuels à moindre risque lorsque le partenaire est coopératif. En outre, Rye, Meaney et Fisher ont montré que l’érotophilie est corrélée à une probabilité accrue de subir un frottis de dépistage (test Pap) et de pratiquer l’auto-examen des seins, confirmant que le confort avec son propre corps facilite le dépistage clinique.
  • Traits de personnalité et styles relationnels : L’érotophilie est corrélée positivement à la recherche de sensations (Bogaert, 2001) et à une orientation sociosexuelle sans restriction (mating strategies court terme ; Schmitt et al., 2001). À l’inverse, l’érotophobie est fortement associée à l’autoritarisme de droite (Bogaert, 2001 ; Hogben et al., 2001), à une religiosité dogmatique élevée et à l’attachement anxieux (Bogaert & Sadava, 2002).

Validité Discriminante

La validité discriminante du SOS a été attestée par l’absence d’associations statistiquement significatives avec des construits non pertinents. Notamment, les recherches de Bogaert (2001) et les données de Rye et Meaney confirment que le score au SOS n’est pas contaminé par le biais de désirabilité sociale (mesuré par l’échelle de Marlowe-Crowne). De même, l’instrument ne corrèle pas avec l’intelligence générale, la dominance sociale, les traits de psychoticisme ou les dysfonctions sexuelles organiques auto-déclarées.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique de l’Échelle d’opinion sexuelle a été éprouvée sur plusieurs décennies à travers des échantillons variés, confirmant son excellente stabilité interne et temporelle.

Consistance Interne

Dans la littérature internationale, les coefficients alpha de Cronbach pour la version complète à 21 items dépassent systématiquement les standards psychométriques recommandés :

  • Les études nord-américaines sur des cohortes d’étudiants universitaires rapportent des coefficients oscillant de manière stable entre α = 0,76 et α = 0,89 (Fisher, 1998 ; Fisher et al., 1988).
  • L’équivalence entre les sexes a été démontrée par Smith et Nave (2007), les coefficients alpha étant substantiellement égaux chez les hommes et chez les femmes (généralement aux alentours de 0,84 à 0,86).
  • Les adaptations linguistiques transculturelles montrent des consistances internes comparables : l’adaptation hébraïque réalisée par Birnbaum et Gillath (2006) affiche un α = 0,85 ; des valeurs similaires ont été répertoriées pour les versions espagnole (Sierra et al., 2006) et néerlandaise (Dodge et al., 2005).
  • Pour les versions abrégées (forme courte en 5 items de Semph, 1979) et les échelles dérivées pour jeunes adolescentes (Rye et al., 2008), la fidélité interne est modérément plus faible mais acceptable pour des instruments très courts, avec un coefficient de α = 0,63 (Beatson & Halloran, 2007 ; Rye et al., 2008).

Stabilité Temporelle (Test-Retest)

La fidélité test-retest du SOS témoigne de la nature dispositionnelle stable du construit. Dans l’échantillon 2 analysé par Rye, Meaney et Fisher, un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,61 (p < 0,001 ; n = 35) a été mesuré sur un intervalle de plusieurs semaines sans intervention. Les études initiales de Fisher et al. (1988) rapportaient des corrélations test-retest s’élevant jusqu’à 0,85 sur des intervalles de deux à trois mois chez des étudiants adultes.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Bien que le Sexual Opinion Survey ait été conçu à l’origine comme un instrument rigoureusement unidimensionnel reflétant un continuum global érotophobie-érotophilie, la structure interne de l’échelle a fait l’objet de vifs débats psychométriques dans la littérature post-1990.

Modèles Multidimensionnels Transculturels

Plusieurs études factorielles menées hors d’Amérique du Nord ont contesté la stricte unidimensionnalité de la version complète à 21 items :

  • Structure norvégienne (Rise, Traeen, & Kraft, 1993) : Chez des adolescents norvégiens, une analyse factorielle a isolé quatre facteurs distincts expliquant une part substantielle de la variance : les attitudes envers la pornographie, la tolérance à l’homosexualité, l’acceptation de la sexualité hétérosexuelle/masturbation, et l’ouverture aux pratiques non conventionnelles.
  • Structure espagnole (Sierra, Ortega, & Zubeidat, 2006) : Une analyse factorielle confirmatoire (AFC) réalisée sur un échantillon espagnol a confirmé un modèle à quatre facteurs corrélés : (1) Érotophilie générale, (2) Érotophobie / Réaction aversive, (3) Homophobie, et (4) Sexualité non conventionnelle.
  • Structure originelle à trois facteurs (Gilbert & Gamache, 1984) : Ces auteurs avaient antérieurement identifié trois composantes : l’intérêt pour les stimuli érotiques visuels, le rejet de l’homosexualité, et l’acceptation des comportements sexuels auto-orientés ou variés.

Recommandation Factorielle de Rye, Meaney et Fisher

Face à ces divergences et en analysant une vaste cohorte de 2 861 étudiants inscrits dans 23 cours de sexualité humaine entre 1999 et 2007, Rye, Meaney et Fisher préconisent, lorsqu’une approche multidimensionnelle est expressément requise, une solution à deux facteurs oblique (rotation promax), constituant un raffinement plus parcimonieux et réplicable :

  1. Facteur 1 : Exhibition sexuelle ouverte et variété érotique (Open Sexual Display and Sexual Variety) : Ce facteur regroupe les items relatifs à la consommation de pornographie, au naturisme, aux clubs de strip-tease, au sexe de groupe et aux pratiques sexuelles non conventionnelles (saturations factorielles typiques > 0,50 pour les items 1, 3, 4, 7, 8, 10, 13, 15, 16, 18).
  2. Facteur 2 : Homoérotisme (Homoeroticism) : Ce facteur isole spécifiquement les items évaluant les réactions affectives face à l’attirance pour le même sexe, la masturbation homosexuelle et la confrontation à l’homosexualité chez un pair (saturations élevées pour les items 5, 11, 12, 17).

Néanmoins, les auteurs soulignent que le score global composite conserve une validité de critère remarquable et demeure la métrique standard préconisée pour les modélisations épidémiologiques et comportementales.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Dénomination de l’outil : Échelle d’opinion sexuelle (Sexual Opinion Survey – SOS).
  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapport).
  • Domaine d’application : Psychologie sociale, sexologie clinique, recherche en santé publique et comportementale.
  • Format et administration : Passation individuelle sur support papier-crayon ou format informatisé/en ligne. La passation requiert généralement moins de 10 minutes.
  • Nombre d’items :
    • Version complète standard : 21 items (évaluant affects et jugements évaluatifs face à des scénarios érotiques variés).
    • Version abrégée (Semph, 1979) : 5 items hautement prédictifs du score total (corrélation avec le test complet : r = 0,84).
    • Version adaptée aux jeunes adolescentes (Rye et al., 2008) : 6 items mesurant le confort sexuel.
  • Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 7 points, ancrée de 1 (« Tout à fait d’accord » / « Strongly Agree ») à 7 (« Tout à fait en désaccord » / « Strongly Disagree ») dans le protocole original de cotation de Fisher (1998), ou inversement de 1 (« Strongly Disagree ») à 7 (« Strongly Agree ») dans les approches moyennées.
  • Algorithmes de cotation (Scoring) :
    • Algorithme standard de Fisher (1998) :
      1. Attribuer aux réponses brutes une valeur numérique de 1 (I strongly agree) à 7 (I strongly disagree).
      2. Calculer la somme des items libellés négativement (érotophobes) : Items 2, 5, 6, 12, 13, 14, 15, 16, 19 et 20.
      3. Calculer la somme des items libellés positivement (érotophiles) : Items 1, 3, 4, 7, 8, 9, 10, 11, 17, 18 et 21.
      4. Appliquer la formule composite : Score SOS = (Somme des items 2, 5, 6, 12, 13, 14, 15, 16, 19, 20) - (Somme des items 1, 3, 4, 7, 8, 9, 10, 11, 17, 18, 21) + 67.
      5. Étendue théorique du score : de 0 (érotophobie maximale) à 126 (érotophilie maximale).
    • Algorithme par sommation simple : Inverser les items négatifs puis sommer les 21 items (scores allant de 21 à 147).
    • Algorithme de calcul de moyenne : Inverser les items négatifs et calculer la moyenne arithmétique de l’ensemble des 21 items. Le score final s’échelonne alors de 1 à 7 (un score élevé traduisant une plus forte érotophilie). Cette méthode offre l’avantage d’une interprétabilité directe sur la métrique de départ et tolère de légères données manquantes.
  • Gestion des données manquantes : Substitution par la moyenne des items positifs ou négatifs remplis par le sujet, à condition stricte qu’au moins 50 % des items de la sous-catégorie aient été complétés.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception initiale : 1988 (Fisher, Byrne, White, & Kelley).
  • Années de révision terminologique et de diffusion : 1998 (mise à jour terminologique par William A. Fisher dans le Handbook of Sexuality-Related Measures ; remplacement de « pornography » par « erotica / sexually explicit material », et de « stripper » par « exotic dancer »). Mises à jour normatives et déclinaisons par Rye, Meaney et Fisher (2008, 2009).
  • Statut du droit d’auteur et permissions : L’instrument relève du domaine de la recherche académique ouverte. Il peut être utilisé, reproduit et administré gratuitement par des chercheurs, cliniciens et universitaires à des fins non commerciales de recherche scientifique ou d’enseignement, sous réserve de citer scrupuleusement les publications de référence de Fisher et al. (1988), Fisher (1998) ou Rye et al.
  • Tarifs : Gratuit pour l’usage scientifique et académique (aucun coût de licence requis).

12. Références / References

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13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Instructions: Please respond to each item as honestly as you can. There are no right and wrong answers, and your answers will be completely anonymous.

  1. I think it would be very entertaining to look at hard-core erotica.
  2. I strongly agree I strongly disagree a
  3. Erotica is obviously filthy and people should not try to describe it as anything else.
  4. Swimming in the nude with a member of the opposite sex would be an exciting experience.
  5. Masturbation can be an exciting experience.
  6. If I found that a close friend of mine was a homosexual, it would annoy me.
  7. If people thought I was interested in oral sex, I would be embarrassed.
  8. Engaging in group sex is an entertaining idea.
  9. I personally find that thinking about engaging in sexual intercourse is arousing.
  10. Seeing an erotic movie would be sexually arousing to me.
  11. Thoughts that I may have homosexual tendencies would not worry me at all.
  12. The idea of my being physically attracted to members of the same sex is not depressing.
  13. Almost all sexually explicit material is nauseating.
  14. It would be emotionally upsetting to me to see someone exposing themselves publicly.
  15. Watching an exotic dancer of the opposite sex would not be very exciting.
  16. I would not enjoy seeing an erotic movie.
  17. When I think about seeing pictures showing someone of the same sex as myself masturbating, it nauseates me.
  18. The thought of engaging in unusual sex practices is highly arousing.
  19. Manipulating my genitals would probably be an arousing experience.
  20. I do not enjoy daydreaming about sexual matters.
  21. I am not curious about explicit erotica.
  22. The thought of having long-term sexual relations with more than one sex partner is not disgusting to me.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Échelle d’opinion sexuelle. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-opinion-sexuelle
Looti, Mohammed. “Échelle d’opinion sexuelle.” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-opinion-sexuelle.
Looti, Mohammed. “Échelle d’opinion sexuelle.” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-opinion-sexuelle.