Échelle d’expression religieuse

L’Échelle d’expression religieuse (Religious Expression Scale – RES), développée par David M. Boan, est un instrument psychométrique mesurant les dimensions intellectuelles et affectives de la foi chrétienne évangélique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’expression religieuse (Religious Expression Scale [RES]), conçue initialement par le psychologue David M. Boan en 1977 dans le cadre de ses travaux doctoraux à la Biola University, constitue un instrument psychométrique multidimensionnel pionnier élaboré pour évaluer les différentes modalités par lesquelles les individus manifestent et structurent leur foi religieuse au sein du christianisme évangélique. L’objectif fondamental de cet outil est de mesurer et de distinguer une orientation religieuse à dominante doctrinale et intellectuelle d’une orientation à prédominance affective et intuitive. S’inspirant de la célèbre dichotomie introduite par le psychologue et philosophe William James en 1902 entre l’expérience religieuse institutionnelle/intellectuelle et l’expérience religieuse personnelle/émotionnelle, ainsi que des modèles ultérieurs de latéralisation cérébrale hémisphérique (Ash et al., 1996), l’instrument se décompose en deux sections distinctes : une première partie psychométrique comprenant 59 énoncés (souvent numérotés jusqu’à 60 selon la structure du protocole) évalués à l’aide d’une échelle de Likert en 6 points (allant de 1 = « désaccord total » à 6 = « accord total »), et une seconde partie sociodémographique et comportementale de 24 questions consacrée aux antécédents de vie, aux affiliations confessionnelles et aux pratiques concrètes de piété (par exemple, fréquence de lecture biblique, glossolalie, évangélisation de proximité).

L’analyse factorielle exploratoire conduite sur la première partie de l’instrument a mis en évidence une structure robuste en neuf facteurs : l’engagement religieux général, l’accent intellectuel, l’accent affectif, l’orientation philosophique, l’expérience affective intense, le style social/affectivement dépendant, l’orientation vers l’enseignement biblique, le style affectif social, ainsi qu’un groupe d’items de religiosité générale non affiliés aux huit axes majeurs. Les indices de cohérence interne mesurés au moyen des coefficients de corrélation de Spearman-Brown attestent d’une excellente fidélité, surpassant 0,80 pour chacun des facteurs. La validité de critère et la validité discriminante ont démontré une capacité prédictive remarquable (72,9 % d’assignation correcte par analyse discriminante entre des populations d’étudiants de séminaires théologiques intellectuels versus charismatiques), confirmant la pertinence de l’échelle pour la recherche empirique en psychologie de la religion, en neurosciences cognitives et en psychologie clinique interculturelle.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’expression religieuse, Religious Expression Scale, psychométrie, psychologie de la religion, christianisme évangélique, orientation intellectuelle, style affectif, William James, latéralisation hémisphérique, analyse factorielle, fidélité de Spearman-Brown, pratiques religieuses.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle d’expression religieuse a été initialement conceptualisée et développée par :

  • David M. Boan, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur en psychologie sociale et transculturelle. Cet instrument a été conçu dans le cadre de sa thèse de doctorat soutenue à la Rosemead Graduate School of Professional Psychology, rattachée à l’Université Biola (Biola University), située à La Mirada, en Californie, États-Unis. Le Dr Boan s’est par la suite illustré au sein du Humanitarian Disaster Institute (Wheaton College) et auprès d’organismes de santé communautaire internationaux, en consacrant ses travaux à la résilience psychologique, à l’attachement divin et au soutien communautaire en contexte de crise.
  • Collaborateurs ultérieurs majeurs : L’échelle et ses sous-dimensions ont fait l’objet d’un examen empirique approfondi par l’équipe de recherche dirigée par Michael J. Boivin et comprenant C. Ash, C. Crist, D. Salisbury et M. Dewell (1996), rattachés au département de psychologie de l’Université Nazarene d’Olivet (Olivet Nazarene University) et à l’Université de l’Indiana, qui ont exploré les liens entre les styles cognitifs d’expression religieuse mesurés par la RES et le traitement visuel hémisphérique unilatéral et bilatéral.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle d’expression religieuse est de fournir une mesure standardisée, quantitative et différentielle des modalités cognitives, affectives et comportementales par lesquelles les croyants intègrent et verbalisent leur foi chrétienne évangélique. Dans le champ de la psychologie de la religion, les premiers instruments de mesure évaluaient fréquemment la religiosité de manière globale ou unidimensionnelle (par exemple, simple mesure de la fréquence d’assistance au culte ou adhésion doctrinale littérale) ou sous l’angle de la motivation intrinsèque versus extrinsèque (modèle d’Allport et Ross). Bien que ces outils aient apporté des éclairages cruciaux, ils ne permettaient pas de distinguer finement les dynamiques fonctionnelles de la foi : un individu peut manifester un niveau élevé d’engagement religieux intrinsèque tout en vivant sa foi par une quête purement herméneutique, rationnelle et textuelle, alors qu’un autre exprimera cet engagement à travers une expérience mystique intense, une communion émotionnelle interpersonnelle et une dépendance aux ressentis d’intimité avec l’Esprit Saint.

Face à cette lacune, Boan (1977, 1978) a conçu la RES pour répondre à des impératifs à la fois théoriques, empiriques et pratiques :

  • Opérationnaliser les polarités cognitives et affectives : Déterminer si un individu favorise une approche discursive, analytique, logique et scripturaire (qualifiée métaphoriquement de mode à dominance hémisphérique gauche) ou plutôt une posture contemplative, émotionnellement sensible, intuitive et communautaire (mode à dominance hémisphérique droite).
  • Applications en recherche fondamentale : Faciliter l’analyse neuro-cognitive et psychologique des typologies de croyants. Les recherches expérimentales (telles que celles menées par Ash et al., 1996) ont utilisé l’instrument pour corréler les styles de piété avec des tâches de traitement d’information visuelle et de latéralisation fonctionnelle cérébrale, investiguant ainsi l’hypothèse d’une corrélation entre les schémas cognitifs religieux habituels et la plasticité ou la dominance fonctionnelle neuropsychologique.
  • Applications cliniques et pastorales : Dans le cadre de la psychothérapie d’inspiration chrétienne ou de la relation d’aide pastorale, l’échelle permet d’évaluer le système de valeurs et les mécanismes de défense spirituels du patient. Identifier si un individu utilise l’intellectualisation dogmatique pour supprimer l’anxiété ou, au contraire, si sa vulnérabilité émotionnelle engendre une détresse existentielle en l’absence de transcendance ressentie, offre au thérapeute une voie d’adaptation des interventions cliniques adaptées aux répertoires de coping du sujet.
  • Exploration sociologique et ecclésiologique : Mesurer l’adéquation entre le style individuel d’un fidèle et l’ambiance doctrinale ou liturgique de son assemblée (par exemple, le passage d’une église réformée traditionnelle axée sur l’exégèse rigoureuse à une église de réveil pentecôtiste axée sur le charisme et la spontanéité expressive).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit théorique au cœur de l’Échelle d’expression religieuse repose sur la conceptualisation de l’expression religieuse en tant qu’entité multidimensionnelle, non exclusive, où s’articulent la cognition analytique, la phénoménologie affective, la régulation sociale et la praxis doctrinale. L’analyse factorielle a formellement isolé neuf dimensions distinctes, dont huit représentent des constructions psychologiques hautement cohérentes :

Facteur I : Engagement religieux général (General religious commitment)

Ce facteur reflète le niveau global d’intégration de la spiritualité dans le fonctionnement de l’individu, sa centralité dans la vie quotidienne et l’importance accordée à la dimension transcendante. Il évalue l’ampleur avec laquelle la religion innerve l’identité personnelle (exemple : item 59, « My religion is very important to me and touches all of my life »). Cette sous-échelle agit comme une mesure de référence de la force de la dévotion.

Facteur II : Accent intellectuel (Intellectual emphasis)

Cette dimension quantifie la propension à formuler sa spiritualité sous une forme rationalisée, propositionnelle et académique. L’individu privilégie une démarche cognitive réfléchie, se définissant comme une personne analytique dont les convictions reposent sur des démonstrations logiques et un examen critique des textes (exemples : item 3, « I would say that I express my faith primarily through the intellectual areas of my life » ; item 6, « I would say that I ‘think’ my religion » ; item 55, « My beliefs are well organized and thought out »).

Facteur III : Accent affectif (Affective emphasis)

À l’opposé direct de l’intellectualisation stricte, ce facteur mesure le degré selon lequel la foi est vécue, ressentie et communiquée sous un registre émotionnel, subjectif et sentimental. Le croyant accorde une primauté au ressenti intérieur de sécurité, à la paix spirituelle et à la chaleur affective de l’expérience divine (exemples : item 8, « I tend to express my faith through the emotional aspects of my life » ; item 24, « I would say that I ‘feel’ my religion »).

Facteur IV : Orientation philosophique (Philosophical orientation)

Cette composante évalue la sensibilité aux enjeux existentiels, aux questionnements métaphysiques complexes et à l’impact sociopolitique de la doctrine religieuse. Le sujet s’intéresse à la cohérence historique, scientifique et institutionnelle de la foi ainsi qu’à son implication dans la transformation sociétale (exemples : item 2, « In relating to non-Christians, I would feel most comfortable speaking about the philosophical soundness of my experience » ; item 12, « For myself, the Bible is best interpreted so that it will be consistent with history and science » ; item 25, « I tend to be concerned about the political and social implications of the gospel »).

Facteur V : Expérience affective intense (Intense affective experience)

Ce construit renvoie à la quête ou au vécu d’expériences extatiques, de débordements émotionnels sous l’action présumée du divin, d’abandons corporels ou liturgiques et de manifestations miraculeuses. Elle est fortement caractéristique du christianisme néo-pentecôtiste et charismatique (exemples : item 16, « During a church service I may become emotionally overwhelmed by the Spirit of God » ; item 45, « I may lose control of myself during prayer or worship » ; item 46, « Miracles and supernatural events are a regular part of a ‘spirit-filled’ Christian’s life »).

Facteur VI : Style social / affectivement dépendant (Social/emotionally-dependent style)

Cette dimension cerne le besoin d’étayage interpersonnel, de partage intime des épreuves au sein de la communauté ecclésiale et d’un climat de compassion réciproque pour soutenir la vie de foi. Le croyant trouve dans le groupe religieux un vecteur fondamental de régulation affective (exemples : item 7, « I need other people to help me through the emotional aspects of my life » ; item 28, « When troubled I prefer to talk to a person who will show me compassion » ; item 29, « I prefer a church group which emphasizes personal sharing »).

Facteur VII : Orientation vers l’enseignement biblique (Bible teaching orientation)

Ce facteur exprime l’attachement fondamental à l’exégèse scrupuleuse, à l’érudition herméneutique de l’officiant religieux et à la primauté accordée à l’enseignement rigoureux du texte biblique sur toute autre forme d’animation liturgique ou de partage informel (exemples : item 1, « For myself, reading the Bible is most important for understanding the truths of God’s revelation » ; item 26, « I prefer to listen to a minister who is a good Biblical scholar » ; item 43, « In church I expect to be taught the Word of God »).

Facteur VIII : Style affectif social (Social affective style)

Contrairement au style dépendant, ce profil est tourné vers l’extériorisation, le prosélytisme relationnel et l’évangélisation vécue comme un partage chaleureux de l’amour du Christ, centré sur le développement de liens interpersonnels bienveillants plutôt que sur des argumentations dogmatiques (exemples : item 15, « I prefer to witness about the love I experience in Christ » ; item 18, « To evangelize means to work within groups, developing relationships »).

Facteur IX : Items de religiosité diverse (Miscellaneous religiosity items)

Regroupe un ensemble restreint d’énoncés qui, bien qu’évaluant des attitudes spirituelles authentiques, ne présentaient pas de saturations primaires suffisamment discriminantes pour être subsumés sous l’une des huit structures factorielles majeures.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique de l’Échelle d’expression religieuse procède d’une convergence historique et interdisciplinaire unissant la psychologie phénoménologique du début du XXe siècle et les théories neuropsychologiques de la spécialisation hémisphérique en vogue dans le dernier tiers du XXe siècle.

L’héritage jamesien : religion de seconde main versus religion de première main

Sur le plan psychologique et philosophique, Boan s’est directement appuyé sur l’ouvrage fondateur de William James, The Varieties of Religious Experience (1902). James postulait que la religion institutionnelle, formaliste et doctrinale constituait une expression « de seconde main », fondée sur des systèmes de croyances intellectualisés, des théologies dogmatiques et des rituels codifiés. À l’opposé, la « religion de première main » émerge de l’expérience personnelle, affective, intuitive et directe du divin, souvent marquée par des états de conscience modifiés, des sentiments d’inondation mystique et une conversion dramatique. Boan a transposé ce modèle au sein de la sous-culture protestante évangélique nord-américaine, observant que les clivages confessionnels contemporains (par exemple, séminaires calvinistes/dispensationalistes traditionnels versus instituts théologiques charismatiques/pentecôtistes) réactivaient avec acuité la tension entre intellectualisme scripturaire et immédiateté émotionnelle.

L’hypothèse neuropsychologique de la latéralisation cérébrale

Dans les décennies 1970 et 1980, sous l’impulsion des travaux sur le cerveau dédoublé (split-brain) de Roger Sperry et Michael Gazzaniga, la communauté scientifique s’est fortement intéressée aux asymétries fonctionnelles des hémisphères cérébraux :

  • Hémisphère gauche (cortical gauche) : Associé préférentiellement au traitement séquentiel, analytique, logique, verbal et rationnel des stimuli.
  • Hémisphère droit (cortical droit) : Associé au traitement holistique, visuospatial, intuitif, non verbal et à la régulation des tonalités affectives majeures.

Boan (1977), puis ultérieurement Ash et al. (1996), ont postulé que les croyants pouvaient manifester des « styles cognitivo-spirituels » congruentiels avec ces modalités de traitement de l’information. L’expression religieuse intellectualisée (recherche d’exactitude terminologique, logique des systèmes doctrinaux, argumentation philosophique) était présumée s’ancrer dans des styles cognitifs favorisant les processus de l’hémisphère gauche. Inversement, l’expression religieuse affective (perception sensorielle de la présence de Dieu, effusions émotionnelles, louange spontanée et métaphorique) semblait mobiliser des réseaux associés aux compétences de l’hémisphère droit. Cette hypothèse a motivé la construction d’items opposant directement le verbe « penser » sa foi (« I ‘think’ my religion ») au verbe « ressentir » sa foi (« I ‘feel’ my religion »).

7. Validité / Validity

Le processus de validation psychométrique de l’Échelle d’expression religieuse a été orchestré par David M. Boan (1977, 1978) à travers quatre étapes méthodologiques rigoureuses :

1. Sensibilité et analyse des distributions des items

La première phase a consisté à analyser la forme de la distribution de fréquences pour chacun des 59 énoncés de l’échelle sur l’ensemble de l’échantillon initial. L’auteur a examiné l’aplatissement (kurtosis) et l’asymétrie (skewness) afin d’identifier d’éventuels effets de plafond (saturation d’accords extrêmes) ou d’effets de plancher (saturation de désaccords extrêmes). Les items présentant une dispersion adéquate et une excellente variance ont été retenus, garantissant ainsi un pouvoir discriminant optimal sur l’ensemble du continuum de réponse en 6 points.

2. Validité de construit factorielle

La seconde phase a évalué la structure interne de l’instrument au moyen de l’analyse factorielle exploratoire. Les résultats ont confirmé l’existence d’axes conceptuellement distincts et interprétables séparant sans ambiguïté les polarités de l’expression religieuse (facteurs intellectuels versus facteurs affectifs et relationnels). Cette différenciation nette confirme la validité dimensionnelle du construit théorique sous-jacent.

3. Validité liée aux critères et validité prédictive / discriminante

Pour mesurer la validité de critère, Boan a soumis l’instrument à un test de classification empirique au moyen d’une analyse discriminante. L’objectif était de prédire l’appartenance institutionnelle des étudiants inscrits dans deux séminaires théologiques aux orientations doctrinales et liturgiques volontairement contrastées :

  • Le Talbot Theological Seminary (La Mirada, Californie) : Institution réputée pour sa rigueur académique, son attachement à la théologie systématique, à l’exégèse biblique minutieuse et à un style religieux intellectuel (orientation présumée « cerveau gauche »).
  • La Melodyland School of Theology (Anaheim, Californie) : Établissement emblématique du mouvement charismatique des années 1970, mettant au premier plan l’effusion du Saint-Esprit, la glossolalie, les guérisons miraculeuses et la ferveur affective (orientation présumée « cerveau droit »).

L’analyse discriminante reposant sur les scores factoriels de la RES a permis de prédire avec exactitude l’appartenance de groupe de 72,9 % des séminaristes. Cette performance statistique confirme la validité concurrente et prédictive de l’échelle pour discriminer les profils d’individus immergés dans des milieux confessionnels aux normes expressives divergentes.

4. Validité convergente et comportementale

La quatrième étape de validation a comparé les facteurs psychométriques de la première partie avec les comportements spirituels déclarés dans la seconde partie (24 questions sur les pratiques réelles). Des corrélations significatives ont été observées :

  • Les scores élevés au facteur Orientation vers l’enseignement biblique et au facteur Accent intellectuel étaient associés à une fréquence supérieure d’heures d’étude scripturaire hebdomadaire et à la valorisation de pasteurs érudits.
  • Les scores élevés aux facteurs Accent affectif et Expérience affective intense corrélaient fortement avec la pratique de la glossolalie (parler en langues), le fait de rapporter une expérience de conversion émotionnelle soudaine et l’affirmation certaine d’avoir « ressenti physiquement » la présence divine.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité de l’Échelle d’expression religieuse s’est concentrée sur la consistance interne des énoncés composant les différents facteurs identifiés :

  • Cohérence interne : En raison des spécificités méthodologiques de son échantillonnage, Boan a calculé les coefficients de corrélation corrigés par la formule de prédiction de Spearman-Brown pour chacune des sous-échelles factorielles. Tous les coefficients obtenus pour l’ensemble des facteurs ont dépassé le seuil de r > 0,80, démontrant une homogénéité interne remarquable des items au sein de chaque pôle factoriel.
  • Stabilité temporelle (test-retest) : Le protocole doctoral d’origine ne comportait pas d’évaluation de la fidélité test-retest à moyen ou long terme. Les coefficients de fidélité test-retest ne sont donc pas documentés dans les publications de Boan. Néanmoins, les stabilités factorielles retrouvées dans des travaux ultérieurs (ex. Ash et al., 1996) confirment une invariance satisfaisante de la structure chez des populations étudiantes sur des intervalles rapprochés.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’architecture psychométrique de la première partie de la RES repose sur une analyse factorielle des composantes principales (avec rotation orthogonale de type Varimax) réalisée par Boan sur un échantillon cumulé de plusieurs centaines de participants (N = 283 au total dans l’étude princeps, combinant séminaristes et laïcs d’églises diverses du Sud de la Californie).

Extraction factorielle et sémantique des composantes

L’analyse a révélé l’existence de neuf facteurs, expliquant une part prépondérante de la variance totale des réponses :

  • Facteur I (Général) : Évaluait l’implication religieuse globale et transversale (ex. item 58 sur l’importance vitale de la foi).
  • Facteur II (Intellectuel) : Saturations très élevées pour les items mentionnant l’usage de la pensée, la logique et la rationalité (items 3, 6, 35, 54, 55, 56).
  • Facteur III (Affectif) : Saturations dominantes pour les items décrivant la primauté du cœur, de l’émotion et du sentiment (items 8, 9, 23, 47, 59).
  • Facteur IV (Philosophique) : Saturations portées par les énoncés mettant en jeu la compatibilité science-Bible et les réflexions sociales de l’Évangile (items 2, 11, 22, 24).
  • Facteur V (Affectif intense) : Saturations fortes sur les manifestations émotionnelles puissantes en contexte de culte et la perte de contrôle extatique (items 15, 44, 45).
  • Facteur VI (Style social dépendant) : Saturations regroupant le recours au soutien d’autrui, le partage personnel et le besoin d’un encadrement bienveillant (items 7, 27, 28, 48 inverse).
  • Facteur VII (Enseignement biblique) : Saturations polarisées sur l’exégèse pastorale, la primauté du sermon structuré et l’apprentissage dogmatique (items 1, 25, 42).
  • Facteur VIII (Affectif social) : Saturations focalisées sur l’évangélisation interpersonnelle par le partage de l’amour plutôt que par la controverse apologétique (items 14, 18, 20).
  • Facteur IX (Résiduel / Divers) : Items présentant des poids factoriels diffus ou partagés sans polarité thématique univoque.

Procédure de calcul des scores factoriels (Ash et al., 1996)

Dans la littérature subséquente, notamment dans l’étude d’Ash, Crist, Salisbury, Dewell et Boivin (1996), les chercheurs ont opérationnalisé le calcul des scores des sous-échelles en multipliant la réponse brute de chaque participant à un item donné (cotée de 1 à 6) par le poids factoriel (saturation) issu de la thèse doctorale de Boan, puis en sommant ces produits pondérés pour chaque dimension. Cette méthode de cotation par régression factorielle maximise la représentativité du construit en accordant un poids statistique proportionnel à la pureté de chaque variable observée.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle d’expression religieuse se compose de deux parties complémentaires et auto-administrées :

  • Partie 1 : Inventaire des attitudes et styles d’expression (59 énoncés)
    • Format de réponse : Échelle de Likert à 6 modalités sans point neutre :
      • 1 = Disagree strongly (Désaccord total)
      • 2 = Disagree mildly (Désaccord modéré)
      • 3 = Disagree slightly (Désaccord léger)
      • 4 = Agree slightly (Accord léger)
      • 5 = Agree mildly (Accord modéré)
      • 6 = Agree strongly (Accord total)
    • Durée de passation : Environ 15 à 20 minutes.
    • Mode d’administration : Questionnaire papier-crayon ou formulaire numérique individuel. Les consignes garantissent l’anonymat strict afin de limiter les biais de désirabilité sociale en milieu religieux.
  • Partie 2 : Questionnaire général sociodémographique et comportemental (24 questions)
    • Variables démographiques : Âge, sexe, niveau d’études, revenu annuel, statut matrimonial, profession, dénomination confessionnelle actuelle, dénomination des parents.
    • Pratiques religieuses quantitatives : Fréquence mensuelle d’assistance au culte, fréquence hebdomadaire de lecture/étude biblique, nombre de personnes auprès de qui le sujet a témoigné au cours du mois écoulé.
    • Expériences théologiques et spirituelles : Glossolalie (expérience et fréquence), certitude du salut personnel, croyance en la perte possible du salut, pluralité des expériences de conversion, perception de la présence de Dieu, doutes spirituels actuels ou passés.
    • Événements de vie récents et stresseurs : Mobilité résidentielle (déménagements au cours des 5 dernières années), instabilité professionnelle (changements d’emploi), présence de situations de stress ou de crises domestiques (maladie physique, difficultés financières, conflits conjugaux, alcoolisme, toxicomanie, troubles émotionnels, décès).
  • Cotation : Absence de barème universel unique. L’utilisateur peut calculer la moyenne brute non pondérée des items constitutifs de chaque sous-échelle ou utiliser la méthode de pondération factorielle d’Ash et al. (1996) pour des analyses statistiques avancées.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : 1977 (soutenance doctorale) ; diffusion académique officielle par Dissertation Abstracts International en 1978.
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : L’instrument a été déposé dans le cadre de la thèse de doctorat de David M. Boan à la Rosemead Graduate School of Professional Psychology (Biola University). La reproduction intégrale des items et de la structure du test au sein de thèses universitaires et d’articles scientifiques (notamment dans le Journal of Psychology and Theology) a conféré à l’instrument un statut de ressource disponible à des fins de recherche académique non commerciale.
  • Tarification : L’échelle est libre de droits d’accès à visée de recherche scientifique et d’enseignement universitaire (open access for academic research). Les chercheurs souhaitant l’utiliser en contexte institutionnel ou clinique sont invités à citer formellement les travaux sources originaux (Boan, 1977, 1978 ; Ash et al., 1996).

12. Références / References

  • Ash, C., Crist, C., Salisbury, D., Dewell, M., & Boivin, M. J. (1996). Unilateral and bilateral brain hemispheric advantage on visual matching tasks and their relationship to styles of religiosity. Journal of Psychology and Theology, 24(2), 133–154. https://doi.org/10.1177/009164719602400205
  • Boan, D. M. (1978). The development and validation of a measure of religious expression (Doctoral dissertation, Rosemead Graduate School of Professional Psychology, Biola University, 1977). Dissertation Abstracts International, 40(04B), 1864.
  • James, W. (1902). The varieties of religious experience: A study in human nature. Longmans, Green, & Co. https://doi.org/10.1037/10004-000

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

For myself, reading the Bible is most important for understanding the truths of God's revelation.
2

In relating to non-Christians, I would feel most comfortable speaking about the philosophical soundness of my experience.
3

I would say that I express my faith primarily through the intellectual areas of my life.
4

For myself, the Bible is interpreted through the direct and immediate guidance of the Holy Spirit.
5

To me, the beauty of Christianity lies in the way it helps me through the joys and trials of each day.
6

I would say that I "think" my religion.
7

I need other people to help me through the emotional aspects of my life.
8

I tend to express my faith through the emotional aspects of my life.
9

In speaking to non-Christians I would probably emphasize the emotional security
10

I experience with my faith.
11

Religion should not be "intellectual."
12

For myself, the Bible is best interpreted so that it will be consistent with history and science.
13

In emphasizing the "rational" aspects of faith there is a danger in losing the applicability of that faith.
14

I experience the Holy Spirit working actively in my life.
15

I prefer to witness about the love I experience in Christ.
16

During a church service I may become emotionally overwhelmed by the Spirit of God.
17

The Holy Spirit works primarily through such means as culture and history.
18

I find the Body of Christ to be a place where His Word is emphasized.
19

To evangelize means to work within groups, developing relationships.
20

I prefer to witness to the truth found in Christ.
21

I spend time reflecting on the wonder of God.
22

To evangelize means to witness to individuals.
23

Society will change when institutions are changed.
24

I would say that I "feel" my religion.
25

I tend to be concerned about the political and social implications of the gospel.
26

I prefer to listen to a minister who is a good Biblical scholar.
27

I seek God's guidance through prayer and meditation.
28

When troubled I prefer to talk to a person who will show me compassion.
29

I prefer a church group which emphasizes personal sharing.
30

I seek God's guidance through the study of scripture.
31

I rely on the Bible to help me understand what a conversion experience is.
32

I am willing to accept another's con- version experience as real even if it is quite different from my own.
33

I am an unemotional person.
34

For myself, becoming a believer was the result of much study of Scripture.
35

Christianity may be seen as a logical system of beliefs.
36

The content of a person's testimony is more important than the feelings surrounding it.
37

I have never actually felt God's presence.
38

As Christians, we are living in the Church Age; therefore, we should not expect God to intervene by supernatural means.
39

For me, worship services are most meaningful where we do not have to follow a set program.
40

I dislike it when a minister speaks with a lot of emotion and tries to create certain feelings.
41

Midweek services at my church emphasize sharing needs rather than studying Scripture.
42

What a person thinks is more important than how he feels.
43

In church I expect to be taught the Word of God.
44

Worship is when you reflect on God rather than his "filling" you.
45

I may lose control of myself during prayer or worship.
46

Miracles and supernatural events are a regular part of a "spirit-filled" Christian's life.
47

I am more emotional about my faith than other people.
48

I don't need other people to help me grow in my faith.
49

I have had an emotional conversion experience.
50

I feel more comfortable doing things in groups than alone.
51

I tend to be more individualistic than other people.
52

I would say that I have an analytic mind.
53

I am not as concerned about the details of the Bible as other people are.
54

I can say for certain that I have felt God's presence.
55

My beliefs are well organized and thought out.
56

I am more intellectual about my beliefs than other people.
57

I would describe myself as a very rational person.
58

I am a very sociable person.
59

My religion is very important to me and touches all of my life.
60

I would describe myself as a very emotional person.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle d’expression religieuse. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-expression-religieuse-res
Looti, Mohammed. “Échelle d’expression religieuse.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-expression-religieuse-res.
Looti, Mohammed. “Échelle d’expression religieuse.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-expression-religieuse-res.