Échelle d’Expérienciation (EXP)

L’Échelle d’Expérienciation (EXP) d’Eugene Gendlin est un outil psychométrique de référence évaluant en 7 niveaux le contact d’un patient avec son ressenti émotionnel et corporel au cours de la psychothérapie.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 15, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 15, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’Expérienciation (Experiencing Scale, EXP), développée initialement par Eugene T. Gendlin en 1962 et perfectionnée avec la collaboration de Philippa L. Mathieu, Marjorie H. Klein et Fred Tomlinson dans le cadre du vaste programme de recherche clinique de Carl Rogers, est un instrument d’évaluation par observation standardisé conçu pour quantifier le niveau d’engagement émotionnel, cognitif et corporel d’un individu lors du processus psychothérapeutique. Plus précisément, l’échelle mesure dans quelle mesure le discours verbal d’un patient reflète sa capacité à éprouver intérieurement un continuum de sentiments, à se référer directement à ce flux corporellement ressenti (« felt sense ») et à en extraire des significations personnelles signifiantes pour orienter sa résolution de problèmes et son changement thérapeutique.

L’échelle est structurée sous la forme d’un continuum ordonné en sept niveaux progressifs (échelle ordinale de 1 à 7). Aux échelons les plus bas (Niveaux 1 et 2), le patient tient un discours impersonnel, superficiel ou strictement narratif, dépourvu d’implication émotionnelle directe ou d’accès à l’intériorité. Aux niveaux intermédiaires (Niveaux 3 et 4), les affects sont nommés, décrits et analysés en lien avec des situations précises, marquant l’émergence d’une prise de conscience introspective. Aux paliers supérieurs (Niveaux 5 à 7), le sujet utilise son éprouvé viscéral et corporel comme boussole épistémique, intégrant ses découvertes dans une restructuration globale de son cadre de référence interne et résolvant ses impasses existentielles de manière autonome et fluide.

Sur le plan psychométrique, l’Échelle d’Expérienciation présente une fidélité inter-juges robuste et une fidélité test-retest (ou fidélité coteur-recoteur) remarquable, les coefficients de corrélation oscillant entre 0,61 et 0,93 avec une médiane empirique de 0,80. Les travaux méthodologiques menés notamment par Kiesler, Mathieu et Klein (1964) ont démontré que cette fidélité se maintient de manière constante quelle que soit la durée des segments audio analysés (2, 4, 8 ou 16 minutes), conférant à l’instrument une remarquable souplesse d’application en recherche sur les processus de la psychothérapie humaniste, existentielle et intégrative.

2. Mots-clés / Keywords

Échelle d’expérienciation, Experiencing Scale, Eugene Gendlin, Carl Rogers, psychothérapie centrée sur la personne, Focusing, processus thérapeutique, évaluation clinique, fidélité inter-juges, éprouvé corporel, régulation émotionnelle, recherche en psychothérapie.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle d’Expérienciation a été élaborée à l’intersection de la philosophie phénoménologique et de la psychologie humaniste empirique :

  • Eugene T. Gendlin, Ph.D. (1926–2017) : Philosophe et psychologue américain d’origine autrichienne, professeur à l’Université de Chicago (University of Chicago). Collaborateur clé de Carl Rogers, il a théorisé le concept philosophique et psychologique d’« expérienciation » (experiencing) et formalisé la méthode du Focusing. Il a reçu le premier prix du « Psychologue émérite de l’année » décerné par la division de psychothérapie de l’American Psychological Association (APA).
  • Marjorie H. Klein, Ph.D. : Professeure émérite au département de psychiatrie de l’Université du Wisconsin à Madison (University of Wisconsin–Madison). Psychométricienne de renom, elle a co-rédigé le manuel opérationnel de cotation de l’EXP.
  • Philippa L. Mathieu (Mathieu-Coughlan), Ph.D. : Chercheuse et clinicienne affiliée à l’Université du Wisconsin à Madison, co-autrice des études princeps sur l’échantillonnage temporel et la fidélité de l’instrument.
  • Fred Tomlinson : Collaborateur de recherche au sein du Wisconsin Psychotherapy Research Project dirigé par Carl Rogers au début des années 1960.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Échelle d’Expérienciation (EXP) est d’opérationnaliser et de quantifier objectivement un processus psychologique interne subtil : le mode selon lequel un individu appréhende, formule et intègre ses sensations émotionnelles et corporelles au fil du discours thérapeutique. Développée dans le cadre des efforts pionniers visant à élever la psychothérapie au rang d’objet scientifique mesurable sans en altérer l’essence humaniste, l’EXP répond à la question suivante : Qu’est-ce qui, dans la manière dont le patient s’exprime et se met en relation avec lui-même d’instant en instant, détermine la réussite ou l’échec de la psychothérapie ?

Applications en recherche sur les processus psychothérapeutiques

En recherche, l’EXP est considérée comme l’un des instruments les plus influents pour l’analyse des micro-processus thérapeutiques. Elle permet aux investigateurs :

  • De coder des retranscriptions écrites ou des enregistrements audio/vidéo de séances de psychothérapie afin d’analyser l’évolution intra-séance et inter-séances du degré de profondeur expérientielle.
  • De comparer l’efficacité relative de différentes approches cliniques (thérapies humanistes-expérientielles, thérapies cognitivo-comportementales, thérapies psychodynamiques) dans leur capacité à susciter un traitement émotionnel en profondeur.
  • D’identifier des « épisodes de rupture » ou des « moments féconds » (productive experiencing) au cours desquels les patients effectuent des bonds qualitatifs dans leur compréhension de leurs schémas personnels.

Applications cliniques et formation des thérapeutes

Sur le plan clinique, bien que l’EXP ne soit pas administrée comme un auto-questionnaire direct au patient, elle fournit aux cliniciens une grille métathéorique et diagnostique d’une grande valeur heuristique :

  • Repérage du niveau d’ouverture émotionnelle : Le thérapeute peut calibrer ses interventions verbales en fonction du niveau d’expérienciation actuel du patient, évitant de formuler des interprétations abstraites prématurées si le patient se situe aux niveaux 1 ou 2, ou stimulant activement le contact avec le ressenti implicite si le patient atteint le niveau 4.
  • Supervision et pédagogie clinique : L’apprentissage de la grille de cotation de l’EXP affine significativement la sensibilité auditive des psychothérapeutes en formation, les rendant attentifs aux marqueurs paralinguistiques (pauses, hésitations corporelles, soupirs, changement de débit) qui accompagnent la transition d’un discours intellectuel vers un discours ancré dans l’expérience vécue.

5. Construit psychologique / Construct

Le concept central mesuré par l’EXP est l’expérienciation (experiencing), défini par Gendlin comme le flux corporel continu et ressenti de la vie psychique auquel l’individu peut se référer directement comme à une source de données pré-conceptuelles. Contrairement à une simple conceptualisation cognitive (« je pense que… ») ou à une décharge émotionnelle brute (catharsis non intégrée), l’expérienciation correspond à l’interface où l’émotion, le corps et la cognition s’articulent pour créer un sens neuf. L’échelle déploie ce construit le long de sept paliers structurés :

Stade 1 : Discours impersonnel et détachement émotionnel

Le sujet présente des événements externes, des faits objectifs, des abstractions conceptuelles ou des anecdotes sans aucun lien apparent avec son propre monde intérieur. Si le patient parle de lui, il le fait comme s’il s’agissait d’un tiers ou d’une mécanique externe. Aucune référence à un ressenti subjectif n’est formulée.

Exemple clinique : « Les loyers augmentent considérablement dans la région cette année. C’est simplement une conséquence logique de l’inflation et de la politique économique actuelle. »

Stade 2 : Évocation intellectuelle de soi sans implication affective

Le patient parle de lui-même, de ses comportements ou de ses symptômes, mais sur un mode strictement intellectuel, mécanique ou descriptif. Les émotions peuvent être mentionnées comme des faits historiques (« j’étais en colère ce jour-là »), mais sans coloration affective présente ni curiosité envers leur dynamique interne.

Exemple clinique : « Je me lève chaque matin à sept heures, je prends mon café et je ressens une baisse de motivation habituelle avant d’aller travailler. C’est ma routine. »

Stade 3 : Description explicite des sentiments et réactions personnelles

Le patient décrit explicitement ses sentiments, ses réactions émotionnelles ou ses états affectifs en lien direct avec des situations concrètes. L’attention commence à se déplacer de l’événement externe vers la manière dont cet événement retentit chez l’individu. Cependant, l’affect reste perçu comme une réaction extérieure subie plutôt que comme un phénomène exploré dans sa profondeur signifiante.

Exemple clinique : « Quand mon patron a critiqué mon rapport devant l’équipe, je me suis senti profondément humilié et rejeté. C’était très désagréable d’être exposé ainsi. »

Stade 4 : Émergence du focus interne et exploration du sentiment présent

Ce niveau marque un point d’inflexion fondamental dans l’échelle. Le patient ne se contente plus de raconter ce qu’il a ressenti : il s’arrête sur son sentiment dans l’ici-et-maintenant de la séance et commence à l’explorer de manière réflexive. Le sentiment devient un objet d’investigation personnelle (« Qu’est-ce qui se passe réellement en moi ? »).

Exemple clinique : « Quand je repense à cette dispute, je remarque qu’il n’y a pas seulement de la tristesse… il y a une sensation de vide étrange au creux de mon ventre, comme si j’avais peur de disparaître. »

Stade 5 : Questionnement et contact avec le « ressenti corporel implicite » (Felt Sense)

Le sujet s’engage activement dans une démarche de clarification d’un ressenti corporel global qui était jusqu’alors nébuleux ou implicite. Des associations, des métaphores spontanées ou des intuitions nouvelles surgissent directement de ce contact intérieur. Le patient formule des hypothèses sur la signification profonde de son malaise ou de son conflit.

Exemple clinique : « C’est difficile à décrire avec des mots ordinaires… C’est comme une lourde chape de plomb qui m’empêche de respirer librement. Je réalise que cette lourdeur, c’est le fardeau de vouloir toujours satisfaire les exigences des autres avant les miennes. »

Stade 6 : Résolution affective et différenciation des significations

Une véritable transformation expérientielle (felt shift) s’opère. Le patient parvient à une résolution ou à une clarification majeure de son problème en articulant avec précision les composantes de son expérience vécue. Cette articulation s’accompagne d’un soulagement corporel perceptible et de la libération d’une énergie d’action jusque-là bloquée.

Exemple clinique : « Oh, je viens de comprendre ! Ce n’est pas de la colère envers elle que je garde, c’est la panique d’être abandonné comme quand j’étais enfant. Rien que de nommer cela, je sens un déblocage total dans ma poitrine, c’est tellement plus clair ! »

Stade 7 : Navigation expérientielle fluide et intégration globale

Au sommet de l’échelle, l’individu utilise avec aisance son flux expérientiel continu comme guide de référence pour appréhender le monde et agir. Les significations nouvelles s’enchaînent de manière organique et harmonieuse. L’évaluation de soi et des choix de vie repose désormais sur une écoute interne immédiate, créative et intégrée à l’ensemble de la personnalité.

Exemple clinique : « Je sens maintenant avec une totale certitude où se situent mes limites. À chaque fois qu’une situation ne résonne pas juste à l’intérieur de moi, je peux l’écouter instantanément et orienter mes choix en restant en paix avec moi-même. »

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Échelle d’Expérienciation s’ancre au confluent de la phénoménologie existentielle, de la psychologie humaniste de l’Approche Centrée sur la Personne et de la philosophie de l’implicite développée par Eugene Gendlin.

Le programme de recherche de Carl Rogers

À la fin des années 1950 et au début des années 1960, Carl Rogers initia à l’Université du Wisconsin un programme de recherche ambitieux visant à étudier l’impact de la psychothérapie sur des patients présentant des troubles névrotiques et psychotiques sévères (Rogers, 1957, 1961, 1962). Rogers avait postulé une échelle théorique du processus thérapeutique en sept étapes (Process Scale), décrivant le passage d’une structure de personnalité rigide, figée et défensive vers un fonctionnement fluide, ouvert à l’expérience et congruant. Cependant, la Process Scale initiale regroupait une multiplicité de dimensions complexes (relation aux problèmes, construction de l’expérience, relation aux sentiments, congruence), ce qui rendait sa fidélité psychométrique difficile à stabiliser entre évaluateurs indépendants.

La contribution fondamentale d’Eugene Gendlin

Eugene Gendlin épura le modèle rogerien en isolant ce qu’il considérait comme le moteur unique et irréductible du changement psychologique : la relation de l’individu à son flux d’expérience vécue. Dans son ouvrage séminal Experiencing and the Creation of Meaning (1962), Gendlin soutient que les symboles verbaux et les concepts ne sont pas de simples reflets de la réalité, mais qu’ils agissent en interaction continue avec le corps vivant. Le corps « sait » et enregistre la totalité de notre situation relationnelle et environnementale sous la forme d’un « sens corporellement ressenti » (felt sense).

Selon cette perspective théorique :

  • La psychopathologie ne résulte pas principalement de conflits inconscients refoulés ou de distorsions cognitives abstraites, mais d’une rupture de contact avec l’expérienciation vivante. Lorsque l’expérienciation est bloquée, le sujet répète des scénarios rigides et des discours stéréotypés (Niveaux 1 à 3).
  • Le changement thérapeutique authentique ne découle pas d’une explication théorique fournie par le psychothérapeute, mais du contact direct et symbolisé avec l’éprouvé corporel implicite, provoquant un réalignement somato-psychique (Niveaux 4 à 7).

L’Échelle d’Expérienciation a été construite pour traduire cette dynamique philosophique rigoureuse en une métrique d’observation empirique standardisée.

7. Validité / Validity

La validité de l’Échelle d’Expérienciation a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques au cours des six dernières décennies, confirmant son statut d’indice prédictif robuste de l’issue psychothérapeutique.

Validité prédictive du succès thérapeutique

L’un des résultats les plus constants de la littérature en psychothérapie humaniste et intégrative est la corrélation positive entre le niveau d’expérienciation du patient et l’amélioration clinique globale en fin de traitement :

  • Les études princeps conduites sous la direction de Rogers, Gendlin, Klein et leurs collaborateurs ont démontré que les patients atteignant régulièrement des scores modaux ou maximaux de niveau 4 ou plus sur l’EXP lors des séances intermédiaires et tardives présentaient des gains thérapeutiques significativement plus élevés (mesurés par des tests projectifs, des inventaires de personnalité et des évaluations de tiers) comparativement aux patients cantonnés aux niveaux 1, 2 ou 3.
  • Les méta-analyses contemporaines sur les processus thérapeutiques (telles que celles menées par l’équipe d’Orlinsky et Howard, ainsi que les synthèses de Greenberg et Watson) confirment que le niveau d’expérienciation au cours des étapes clés de la séance constitue l’un des meilleurs prédicteurs de la réduction des symptômes dépressifs et anxieux, surpassant souvent la simple affiliation théorique du praticien.

Validité convergente et discriminante

  • Validité convergente : Des corrélations positives statistiquement significatives ont été établies entre les scores de l’EXP et d’autres instruments évaluant l’alliance thérapeutique collaborative (comme la Working Alliance Inventory), l’auto-réflexion adaptative, la flexibilité psychologique (mesurée via l’AAQ-II) et la conscience intéroceptive.
  • Validité discriminante : L’EXP se distingue nettement de la simple loquacité, de l’expression émotionnelle non régulée (comme les sanglots hystériformes ou la colère explosive sans réflexion) et de l’intellectualisation défensive. Des études ont prouvé qu’un discours très riche sur le plan du vocabulaire intellectuel peut recevoir un score EXP de 1 ou 2 s’il n’implique aucun contact avec l’éprouvé corporel sous-jacent.

8. Fidélité / Reliability

La rigueur psychométrique de l’Échelle d’Expérienciation a été documentée avec une minutie exemplaire, notamment en raison des exigences méthodologiques strictes imposées par l’équipe de recherche de l’Université du Wisconsin lors de son développement.

Fidélité inter-juges (Inter-Rater Reliability)

Étant donné que l’EXP repose sur le jugement de cotateurs indépendants écoutant ou lisant des segments de séances thérapeutiques, la fidélité inter-juges représente le critère psychométrique le plus crucial. Les recherches empiriques démontrent que des cotateurs formés à l’aide du manuel standardisé (Klein et al., 1969) obtiennent un consensus élevé :

  • Les coefficients de détermination ($R^2$) entre juges indépendants atteignent au minimum 69 %, la vaste majorité des analyses rapportant des valeurs supérieures à 79 %.
  • Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et les coefficients de corrélation de Pearson entre binômes de cotateurs oscillent de façon constante entre 0,75 et 0,91, témoignant d’une excellente concordance dans l’attribution des stades de l’échelle.

Fidélité coteur-recoteur et stabilité temporelle (Rate-Rerate Reliability)

La stabilité du jugement d’un même évaluateur réévaluant les mêmes segments cliniques après un intervalle temporel significatif (fidélité coteur-recoteur) est également très élevée :

  • Les corrélations oscillent entre 0,61 et 0,93, avec une valeur médiane robuste établie à 0,80.
  • L’étude méthodologique majeure publiée par Kiesler, Mathieu et Klein (1964) dans le Journal of Consulting Psychology a comparé les évaluations obtenues à partir de différentes longueurs de segments audio enregistrés (segments de 2 minutes, 4 minutes, 8 minutes et 16 minutes). Leurs résultats ont prouvé que la fidélité inter-juges et la fidélité coteur-recoteur ne sont absolument pas altérées par la brièveté du segment temporel évalué, démontrant qu’un extrait de 2 à 4 minutes permet déjà une estimation hautement fidèle du niveau d’expérienciation du locuteur.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Contrairement aux questionnaires d’auto-évaluation multidimensionnels traditionnels qui nécessitent des analyses factorielles exploratoires (AFE) ou confirmatoires (AFC) pour dégager des grappes d’items distincts, l’Échelle d’Expérienciation a été conçue d’un point de vue conceptuel et structurel comme une échelle ordinale unifactorielle continue.

Nature unidimensionnelle du processus d’expérienciation

Les investigations statistiques portant sur la structure interne de l’échelle ont confirmé qu’elle opérationnalise une dimension latente unique sous-jacente : la profondeur du traitement expérientiel. Les sept niveaux ne représentent pas des sous-échelles indépendantes ou orthogonales, mais des paliers séquentiels hiérarchiques situés le long d’un même continuum développemental et processuel.

Modélisation statistique et propriétés d’échelonnement

  • Échelle de Guttman et théorie de la réponse aux items (TRI) : Les analyses qualitatives et quantitatives des transitions entre les niveaux démontrent que l’EXP répond globalement aux principes d’une échelle cumulative de type Guttman. L’atteinte d’un stade élevé (par exemple, le Niveau 6) présuppose l’intégration et la maîtrise des compétences psychologiques propres aux stades inférieurs (l’identification des sentiments au Niveau 3 et l’investigation interne au Niveau 4).
  • Métriques modale et maximale : Dans la pratique d’analyse des données factorielles et quantitatives de la recherche clinique, deux indices principaux sont calculés pour chaque unité de discours : le score modal (le niveau d’expérienciation le plus fréquemment maintenu au cours du segment) et le score maximal (le niveau le plus élevé de traitement expérientiel atteint, même brièvement). Les analyses factorielles examinant ces deux métriques démontrent qu’elles saturent massivement sur un seul et même facteur général de réceptivité expérientielle.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle d’Expérienciation n’est pas un questionnaire destiné à être rempli par le patient lui-même, mais un système standardisé d’évaluation par observation clinique appliquée à du matériel verbal spontané.

  • Type de test : Système de codage observationnel du processus psychothérapeutique par des juges formés.
  • Format d’évaluation : Échelle ordinale hiérarchique en 7 points (Niveaux 1 à 7).
  • Unités d’échantillonnage :
    • Segments temporels : Extraits audio ou vidéo standardisés (de 2, 4, 8 ou 16 minutes), souvent prélevés au début, au milieu et à la fin d’une séance thérapeutique enregistrée.
    • Tours de parole (Turn-by-turn) : Chaque intervention verbale complète du patient entourée par les réponses du thérapeute.
  • Critères de cotation : Pour chaque unité d’analyse, le cotateur assigne un score allant de 1 à 7 en fonction des marqueurs verbaux et structurels définis dans le manuel clinique :
  1. Niveau 1 : Discours impersonnel, externe, purement narratif ou théorique ; aucun engagement subjectif.
  2. Niveau 2 : Récit centré sur soi ou description de symptômes sans résonance affective directe ; intellectuel.
  3. Niveau 3 : Narration avec mention explicite des réactions émotionnelles immédiates ou passées.
  4. Niveau 4 : Focalisation interne sur le sentiment présent ; exploration réflexive et curiosité introspective.
  5. Niveau 5 : Questionnement direct et contact avec le « ressenti implicite » (felt sense) ; émergence de significations nouvelles.
  6. Niveau 6 : Transformation expérientielle tangible (felt shift), résolution cognitive-affective et libération émotionnelle intégrée.
  7. Niveau 7 : Mouvement expérientiel libre, continu et autonome servant de boussole interne pour la vie quotidienne.
  • Scores dérivés :
    • Score modal (Mode EXP) : Niveau le plus représentatif et constant du segment.
    • Score maximal (Peak EXP) : Niveau le plus profond atteint au cours du segment.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception originale : 1962 (par Eugene T. Gendlin).
  • Publication du manuel d’entraînement standardisé : 1969 (Klein, Mathieu, Gendlin & Kiesler).
  • Statut du droit d’auteur : Les droits fondamentaux de l’œuvre et du modèle théorique sont détenus par l’International Focusing Institute (fondé par Gendlin) et les co-auteurs originaux ou leurs ayants droit académiques.
  • Tarifs et accessibilité : L’Échelle d’Expérienciation et son manuel de formation à la cotation sont généralement mis à la disposition des chercheurs universitaires et des étudiants de troisième cycle à titre gracieux ou contre des frais minimes de reproduction auprès des archives de recherche en psychothérapie humaniste. L’utilisation clinique ou expérimentale nécessite une formation rigoureuse à la cotation afin d’atteindre un niveau acceptable de fidélité inter-juges ($ICC ge 0,70$).
  • Contact institutionnel : The International Focusing Institute (TIFI), 15 N. Mill St., Suite 210, Nyack, NY 10960, États-Unis. Site internet : focusing.org.

12. Références / References

  • Gendlin, E. T. (1962). Experiencing and the creation of meaning: A philosophical and psychological approach to the subjective. Free Press of Glencoe. https://doi.org/10.1037/10049-000
  • Kiesler, D. J., Mathieu, P. L., & Klein, M. H. (1964). Sampling from the recorded therapy interview: A comparative study of different segment lengths. Journal of Consulting Psychology, 28(4), 349–357. https://doi.org/10.1037/h0047981
  • Klein, M. H., Mathieu, P. L., Gendlin, E. T., & Kiesler, D. J. (1969). The Experiencing Scale: A research and training manual (Vols. 1 & 2). Wisconsin Psychiatric Institute, University of Wisconsin.
  • Pascual-Leone, A., & Greenberg, L. S. (2007). Emotional processing in experiential therapy: Why “the only way out is through”. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 75(6), 875–887. https://doi.org/10.1037/0022-006X.75.6.875
  • Rogers, C. R. (1957). The necessary and sufficient conditions of therapeutic personality change. Journal of Consulting Psychology, 21(2), 95–103. https://doi.org/10.1037/h0045357
  • Rogers, C. R. (1961). On becoming a person: A therapist’s view of psychotherapy. Houghton Mifflin.
  • Rogers, C. R., Gendlin, E. T., Kiesler, D. J., & Truax, C. B. (Eds.). (1967). The therapeutic relationship and its impact: A study of psychotherapy with schizophrenics. University of Wisconsin Press.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Raters evaluate segmented patient speech (typically 2- to 8-minute tape/transcript units) and assign both a peak and modal rating on the 7-stage Experiencing Scale, judging the depth of inward experiencing according to the operational stage definitions.
Response Scale: 7-point anchored observer rating scale (Stage 1 to Stage 7)
1

Stage 1: The individual's verbalizations are completely externalized, mechanical, or superficial. Content consists of impersonal facts, events, ideas, or others, with personal reference absent and no acknowledgment of internal feelings.
2

Stage 2: The client refers to the self, actions, or behavioral circumstances, but strictly in an externalized, intellectualized, or spectator manner; personal feelings are absent, ignored, or treated as mere historical labels.
3

Stage 3: The speaker describes feelings and personal reactions, but these feelings are tied exclusively to external events, people, or situations as direct reactions rather than inward processes.
4

Stage 4: The client's attention turns directly inward toward subjective feelings and internal experience; internal affective states are explicitly identified, described, and maintained as the primary focus.
5

Stage 5: The client actively explores, questions, and reflects upon internal feelings and problem-related experiential meanings that are not yet clear, testing words against implicit bodily felt experience.
6

Stage 6: An internal felt shift or experiential resolution occurs; previously tangled or unresolved feelings clarify, unlock, and produce fresh, somatic, and cognitive meaning.
7

Stage 7: Experiencing is expansive, fluid, and unhindered; the individual uses immediate ongoing felt experience freely as an internal compass and guide for living and problem-solving.
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Looti, M. (2026, octobre 15). Échelle d’Expérienciation (EXP). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-experienciation-exp
Looti, Mohammed. “Échelle d’Expérienciation (EXP).” Base de données de psychologie en français, 15 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-experienciation-exp.
Looti, Mohammed. “Échelle d’Expérienciation (EXP).” Base de données de psychologie en français. octobre 15, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-experienciation-exp.