1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’expérience sexuelle de Cowart-Pollack (Cowart–Pollack Scale of Sexual Experience, CPSSE) est un instrument de mesure psychométrique et sexologique conçu à la fin des années 1970 par Debra Cowart-Steckler et Robert H. Pollack. Développée au sein du département de psychologie de l’Université de Géorgie, cette échelle a pour vocation de quantifier et de hiérarchiser de manière cumulative le répertoire comportemental hétérosexuel chez les jeunes adultes. L’instrument repose conceptuellement sur la technique de mise à l’échelle de Guttman (selon la méthode de Cornell), postulant que les comportements sexuels ne s’accumulent pas de manière aléatoire ou purement quantitative, mais s’inscrivent dans une trajectoire développementale unidimensionnelle, ordonnée et prédictible allant des interactions intimes préliminaires non coïtales aux pratiques sexuelles plus avancées, inhabituelles ou marginales.
L’outil est scindé en deux inventaires distincts et complémentaires en fonction du genre : une version féminine comprenant 30 items comportementaux et une version masculine comprenant 31 items comportementaux. Les conduites explorées englobent la stimulation visuelle mutuelle, la manipulation tactile des zones érogènes, l’exposition à du matériel érotique, divers modes d’orogénitalité, la masturbation, une pluralité de postures de coït vaginal, des stimulations anales ainsi que des pratiques exploratoires telles que le bondage ou l’usage d’une douleur légère. Le format de réponse est dichotomique (« Oui » / « Non »), demandant aux répondants d’indiquer s’ils ont déjà expérimenté l’acte au cours de leur vie.
Sur le plan psychométrique, l’instrument présente des propriétés de reproductibilité remarquables. Les analyses d’échantillons normatifs (recueillies en 1979 puis réévaluées en 1983 sur des cohortes d’étudiants âgés de 18 à 21 ans) révèlent des coefficients de reproductibilité de Guttman oscillant entre 0,85 et 0,88 pour les deux sexes, dépassant le seuil critique conventionnel d’admissibilité fixé à 0,85. Cette cohérence séquentielle démontre la robustesse de l’invariance ordinale des conduites sexuelles, faisant de l’échelle un instrument privilégié pour la recherche fondamentale en sexologie, l’évaluation clinique des dysfonctions ou des décalages au sein du couple, et les programmes d’éducation à la santé sexuelle.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle de Guttman, expérience sexuelle, sexologie clinique, psychométrie, comportement hétérosexuel, reproductibilité scalaire, trajectoire sexuelle, évaluation psychologique, coït, Debra Cowart-Steckler
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et standardisée par deux chercheurs éminents en psychologie et en sexologie expérimentale :
- Debra Cowart-Steckler, Ph.D. : Professeure et chercheuse au Département de psychologie de l’University of Mary Washington (Fredericksburg, Virginie, États-Unis). Ses recherches se concentrent sur le développement psychosexuel, les normes relationnelles et l’analyse séquentielle des comportements humains. Adresse de correspondance académique : Department of Psychology, University of Mary Washington, Fredericksburg, VA 22401 ; Courriel institutionnel :
[email protected]. - Robert H. Pollack, Ph.D. : Chercheur et professeur émérite au Département de psychologie de l’University of Georgia (Athènes, Géorgie, États-Unis). Spécialiste reconnu de la psychophysiologie sensorielle, de la perception et des mesures du comportement sexuel humain.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’expérience sexuelle de Cowart-Pollack est de mesurer avec rigueur et précision le niveau d’initiation et d’engagement d’un individu au sein du continuum des expériences comportementales hétérosexuelles. Contrairement aux approches psychométriques traditionnelles qui traitent l’activité sexuelle par le biais d’un simple comptage cumulatif non ordonné (fréquence brute des actes ou nombre total de partenaires) ou au moyen d’échelles de type Likert évaluant les attitudes, la CPSSE aborde le comportement sous l’angle de la structure séquentielle de progression érotique.
Dans le domaine de la recherche empirique, la CPSSE répond à la nécessité d’opérationnaliser le concept de « maturité sexuelle » ou de « permissivité comportementale » à l’aide d’une métrique objective exempte des biais inhérents aux jugements moraux subjectifs. Les chercheurs s’en servent pour corréler le niveau d’expérience sexuelle accumulée à des variables psychologiques complexes telles que l’anxiété sexuelle, la culpabilité liée au sexe (sex guilt), la recherche de sensations (sensation seeking), les attitudes de genre, l’estime de soi corporelle ou l’adhésion aux scénarios sexuels traditionnels (sexual script theory). L’échelle permet également d’observer les glissements séculaires et générationnels dans les pratiques de la jeunesse, comme l’ont démontré les comparaisons historiques entre les cohortes de 1979 et de 1983 menées par les auteurs originaux.
Dans la pratique clinique et thérapeutique, l’instrument remplit une fonction diagnostique et d’évaluation des compétences érotiques. En sexothérapie et en thérapie conjugale, elle permet aux praticiens de cartographier avec exactitude le répertoire comportemental de chaque partenaire. Cette cartographie met en lumière d’éventuels décalages majeurs d’expérience au sein de la dyade, des inhibitions spécifiques (par exemple, le refus ou l’évitement systématique d’activités se situant à un échelon modéré de l’échelle alors que des activités plus rares sont pratiquées), ou encore des lacunes dans l’exposition progressive à l’intimité physique. L’identification de « ruptures » dans l’ordre de Guttman chez un patient peut orienter le clinicien vers des traumatismes non résolus, des phobies de contact corporel ou des blocages communicationnels.
Enfin, dans les contextes pédagogiques et de sensibilisation en milieu universitaire, l’échelle a été employée pour illustrer les processus de standardisation socioculturelle de la sexualité. Elle offre aux étudiants une prise de recul quantifiante sur l’influence des normes de groupe dans l’acquisition progressive des compétences relationnelles et sensuelles.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique au cœur de l’instrument est l’expérience hétérosexuelle cumulative, appréhendée non pas comme une juxtaposition anarchique d’actes physiologiques isolés, mais comme un processus developmental normé, hiérarchisé et unidimensionnel. Ce construit postule que dans une culture occidentale donnée, l’entrée dans la sexualité adulte suit une dynamique ordinale prévisible régie par des seuils d’intimité émotionnelle, de vulnérabilité physique et de transgressivité perçue.
Bien que l’échelle soit formellement unidimensionnelle selon la théorie de Guttman, l’analyse qualitative du contenu des items permet de distinguer plusieurs paliers d’intimité érotique :
Palier d’initiation tactile et d’exposition visuelle préliminaire
Ce premier palier regroupe les activités de découverte non coïtales caractérisées par une fréquence d’endossement très élevée (souvent supérieure à 85-90 % chez les jeunes adultes). Il comprend la caresse des seins nus (« Feeling female’s nude breast » / « Your nude breast felt by male »), le contact buccal sur la poitrine, la contemplation mutuelle de la nudité intégrale, et le décubitus ventral sans pénétration (« Male lying prone on female without penetration »). Ce stade reflète le franchissement des barrières de la pudeur corporelle sans engagement direct des organes génitaux internes.
Palier de stimulation génitale manuelle et d’exposition érotique médiatisée
Ce stade intermédiaire engage le contact tactile direct avec les structures génitales. Il inclut la manipulation clitoridienne manuelle, la palpation de la vulve, la manipulation du pénis par la partenaire, la pénétration digitale du vagin, ainsi que la consommation ouverte de pornographie ou de matériel érotique accessible en kiosque (« Exposure to erotic materials sold openly in newsstands »). L’exploration de la masturbation solitaire ou partagée s’ancre généralement dans cette phase.
Palier d’accès au coït et d’érotisme oral génital
Ce palier central marque la transition vers les relations sexuelles avec pénétration et les contacts orogénitaux. Il comprend les premières formes de coït vaginal, traditionnellement dans la posture classique où l’homme est au-dessus (« Sexual intercourse, male superior »), la fellation (« Female mouth contact with penis ») et le cunnilingus (« Male mouth contact with vulva », stimulation linguale du clitoris et pénétration linguale du vagin). Les comportements associés à l’atteinte de l’orgasme par stimulation clitoridienne ou orale mutuelle (« Mutual oral stimulation of genitals to orgasm ») s’intègrent à cette étape.
Palier de diversification posturale et d’intimité corporelle partagée
Une fois le coït standard intégré, l’expérience s’étend à des variations posturales exigeant une plus grande désinhibition ou une redéfinition des rôles actifs/passifs : coït avec la femme au-dessus (« Sexual intercourse, female superior »), coït latéral face à face, coït par l’arrière (« vagina entered from rear »), ainsi que des activités d’intimité corporelle non strictement génitales comme prendre une douche ou un bain ensemble (« Showering or bathing with partner »).
Palier d’expérimentation avancée et de pratiques non conventionnelles
Le sommet de la hiérarchie comprend les activités les moins fréquentes, exigeant un niveau élevé d’abandon, de déconstruction des tabous sociaux ou une recherche active de sensations érotiques alternatives. Ce palier englobe le coït en position assise ou debout, l’exploration anale (contact manuel péri-anal, pénétration digitale de l’anus, puis coït anal (« Anal intercourse »)), l’exposition à de la pornographie hardcore, et enfin des pratiques minoritaires impliquant une composante algolagnique ou de contrainte ritualisée telles que l’utilisation d’une douleur légère (« Use of mild pain ») ou le bondage.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement théorique de l’échelle repose sur l’intégration de deux courants majeurs : la théorie méthodologique des échelles cumulatives de Louis Guttman (1944, 1947) et la théorie du développement séquentiel du comportement hétérosexuel conceptualisée par Peter M. Bentler (1968a, 1968b) et Marvin Zuckerman (1973).
Dans la théorie classique des tests psychologiques de type Thurstone ou Likert, les items sont considérés comme des indicateurs alternatifs et interchangeables d’un trait latent sous-jacent. En revanche, le modèle de Guttman, et en particulier la technique d’analyse de scalogramme de Cornell (Cornell technique of scale analysis), postule une propriété d’accumulation déterministe stricte : les items sont ordonnés de manière univariée sur un continuum de difficulté ou d’extrémisme. Selon ce postulat, l’adhésion d’un sujet à un item de rang $k$ implique nécessairement et invariablement son adhésion à l’ensemble des items de rangs inférieurs ($1, 2, …, k-1$). Transposé à la sexologie :
$$\text{Si } X_i(k) = 1 implies X_i(j) = 1 \quad \forall j < k$$
où $X_i(j)$ représente la réponse binaire (0 ou 1) de l’individu $i$ au comportement $j$. Une telle structure sous-entend que l’acquisition des conduites sexuelles est cumulative et irréversible au plan expérientiel : un individu ne peut avoir engagé un comportement hautement engageant ou tabou (comme la sodomie ou le bondage) sans avoir au préalable traversé les étapes normatives de base (regarder un partenaire nu, caresser sa poitrine ou pratiquer le coït vaginal).
Sur le plan sociocognitif et développemental, cette régularité séquentielle s’explique par la théorie des scripts sexuels (Gagnon & Simon, 1973). Les individus au sein d’une société intériorisent des scénarios culturels régissant les trajectoires d’intimité acceptables. Tout comportement en dehors du script préétabli génère une anxiété ou une résistance psychosociale. Ainsi, la CPSSE démontre empiriquement l’existence d’une « grammaire » comportementale partagée par les membres d’une cohorte, où chaque acte constitue un prérequis affectif et physique autorisant la négociation de l’acte suivant.
Cowart-Steckler et Pollack se sont directement inspirés des travaux pionniers de Bentler (1968a, 1968b), qui avait isolé les premières échelles de Guttman pour le comportement hétérosexuel masculin et féminin à partir d’un ensemble restreint de conduites, et de Zuckerman (1973), qui avait exploré l’impact de la permissivité des années 1970. En appliquant la méthode d’élagage de Cornell — consistant à supprimer les 10 % d’items aux fréquences extrêmes (trop rares ou trop universels pour discriminer) —, Cowart et Pollack ont affiné l’inventaire original de 47 items pour aboutir à une échelle robuste de 30 et 31 items, parfaitement calibrée pour capter le spectre complet de l’expérience chez les jeunes adultes.
7. Validité / Validity
La validité de l’Échelle de Cowart-Pollack a été établie à travers plusieurs formes d’évaluation psychométrique et expérimentale :
Validité de construit (Construct Validity)
La validité de construit est intrinsèquement démontrée par la conformité des données aux critères du scalogramme de Guttman. Le fait que l’ordonnancement théorique corresponde de manière quasi parfaite à la hiérarchie empirique observée des fréquences d’endossement atteste que l’instrument mesure bien un construit unidimensionnel continu d’expérience sexuelle cumulative. L’absence quasi totale de configurations aberrantes majeures (par exemple, des individus affirmant pratiquer le coït anal sans jamais avoir vu leur partenaire nu) confirme la cohérence structurelle du modèle théorique.
Validité de contenu (Content Validity)
Le pool initial de 47 items a été rigoureusement extrait de la littérature antérieure validée (Bentler, 1968a ; Zuckerman, 1973). Les étapes d’élimination systématique des items redondants ou situés aux percentiles extrêmes (inférieurs à 10 % ou supérieurs à 90 % lors des pré-tests sur 153 hommes et 226 femmes) garantissent que les 30 et 31 items conservés représentent fidèlement l’éventail des comportements réels pratiqués sans saturation d’effet de plafond ou de plancher.
Validité convergente et nomologique
Dans les études de validation conduites par Cowart-Steckler (1984), le score d’expérience sexuelle obtenu via le rang de Guttman corrèle de manière hautement significative avec :
- L’âge chronologique des participants au sein de la tranche 18-21 ans ($r = 0,38$ à $0,45, p < 0,001$), reflétant la progression temporelle normale des expériences intimes au fil des années universitaires.
- Le nombre autodéclaré de partenaires sexuels au cours de la vie ($r > 0,55, p < 0,001$).
- Les scores d’attitudes sexuelles permissives mesurées par l’échelle de Burt et l’inventaire de Zuckerman.
- Une corrélation inverse significative avec la culpabilité sexuelle (Mosher Sex Guilt Inventory), démontrant que les sujets situés aux échelons les plus bas de l’échelle présentent des niveaux d’inhibition morale et d’anxiété sexuelle nettement supérieurs.
Sensibilité au changement historique et social
L’échelle a démontré une sensibilité remarquable aux mutations sociologiques entre 1979 et 1983. Si l’ordre relatif des comportements au sein du scalogramme est demeuré invariant (attestant de la stabilité de la structure séquentielle), les pourcentages absolus d’adhésion pour la majorité des comportements intermédiaires et avancés ont augmenté de manière statistiquement significative en 1983, reflétant avec précision l’évolution vers une plus grande libéralisation des pratiques sexuelles chez les jeunes adultes durant cette période.
8. Fidélité / Reliability
Dans le paradigme des échelles de Guttman, la métrique standard de fidélité n’est pas le coefficient Alpha de Cronbach (conçu pour les modèles additifs à variance partagée de type tau-équivalent), mais le Coefficient de Reproductibilité (Coefficient of Reproducibility, $CR$) développé par Guttman et perfectionné par Edwards (1957). Le coefficient de reproductibilité évalue la proportion de réponses réelles qui peuvent être exactement déduites ou reconstituées à partir du score total unique du sujet :
$$CR = 1 – \frac{E}{N \times k}$$
où $E$ est le nombre total d’erreurs scalaires (réponses déviant du profil cumulatif idéal), $N$ est le nombre d’individus testés, et $k$ est le nombre total d’items de l’échelle. Par convention méthodologique (Edwards, 1957 ; Guttman, 1947), un instrument est jugé valide et fidèle en tant qu’échelle de Guttman si son $CR$ atteint ou dépasse le seuil critique de 0,85 (ou 0,90 selon les standards les plus conservateurs).
Données empiriques des cohortes de standardisation
- Étude de 1979 (Cowart & Pollack) :
- Échantillon : 199 hommes et 213 femmes (étudiants universitaires de 18 à 21 ans).
- Coefficient de reproductibilité masculin ($CR_m$) : 0,85.
- Coefficient de reproductibilité féminin ($CR_f$) : 0,88.
- Étude de réplication de 1983 (Cowart-Steckler) :
- Échantillon : 197 hommes et 212 femmes (profil sociodémographique apparié).
- Coefficient de reproductibilité masculin ($CR_m$) : 0,88.
- Coefficient de reproductibilité féminin ($CR_f$) : 0,87.
Ces coefficients dépassent tous le critère d’acceptation de 0,85, garantissant un taux minimal d’erreurs de transfert scalaire. Les quelques déviations observées proviennent principalement de comportements marginaux ou spécifiques (tels que la présence ou l’absence de pornographie hardcore ou de certaines variantes posturales) qui peuvent fluctuer selon les opportunités circonstancielles sans invalider la trajectoire globale du répertoire intime.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Dans le cadre strict des modèles de Guttman, l’analyse factorielle exploratoire (AFE) ou confirmatoire (AFC) de Pearson standard n’est traditionnellement pas l’outil primaire, car la corrélation produit-moment linéaire de Pearson sous-estime systématiquement les relations entre variables dichotomiques cumulatives et crée artificiellement des facteurs parasites de « difficulté » (les fameux facteurs de Gibson). L’unidimensionnalité d’une échelle de Guttman est avant tout prouvée par son scalogramme et son coefficient de reproductibilité.
Toutefois, lors des analyses factorielles modernes appliquées aux matrices de corrélations tétrachoriques sur les items de la CPSSE, les résultats soutiennent sans équivoque une structure à facteur général dominant :
- Facteur général d’expérience hétérosexuelle : Le premier facteur extrait explique entre 48 % et 56 % de la variance totale des réponses chez les hommes comme chez les femmes. La quasi-totalité des items présente des saturations factorielles tétrachoriques élevées ($lambda > 0,50$), confirmant que les comportements sont sous-tendus par une même dimension latente continue d’audace et de maturation sexuelle.
- Rapport des valeurs propres (Eigenvalue Ratio) : Le ratio entre la première et la deuxième valeur propre excède largement le critère conventionnel de 3:1 ou 4:1 (souvent supérieur à 5,2), ce qui constitue selon les critères psychométriques de Reckase un critère déterminant d’unidimensionnalité essentielle.
- Micro-facteurs résiduels ou dimensions secondaires : Lorsque des analyses multivariées non contraintes sont effectuées, de légères grappes résiduelles émergent sans menacer l’unidimensionnalité globale : un groupement autour des pratiques bucco-génitales réciproques, un second lié aux explorations anales/algolagniques, et un troisième relatif à la consommation de supports érotiques et pornographiques. Néanmoins, ces facettes résiduelles s’articulent toutes de manière hiérarchique autour du facteur latent principal.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Inventaire auto-administré de comportements sexuels cumulatifs (Guttman scalogram checklist).
- Nombre d’items :
- Version féminine : 30 items.
- Version masculine : 31 items.
- Format d’administration : Lors de la passation, les items sont présentés dans un ordre aléatoire afin d’éviter les biais d’acquiescement ou les réponses automatiques induites par une présentation ordonnée manifeste.
- Consigne de passation : Les répondants doivent répondre par « Oui » ou « Non » à la question introductive : « Avez-vous déjà fait l’expérience de ce qui suit ? » (« Have you experienced the following? »).
- Temps moyen de passation : Environ 10 minutes.
- Cotation et interprétation (Scoring) :
- Aucun score numérique composite pondéré complexe n’est requis au sens traditionnel.
- Le niveau d’expérience d’un individu correspond au point le plus avancé qu’il atteint dans l’ordonnancement normatif standardisé établi par Cowart et Pollack.
- Un score total simple (somme arithmétique des réponses « Oui ») peut être calculé (allant de 0 à 30 pour les femmes, et de 0 à 31 pour les hommes). En raison de la nature cumulative de Guttman, ce score brut renvoie immédiatement et fidèlement aux types spécifiques d’activités déjà vécues par le sujet.
- L’analyse clinique s’intéresse en outre aux « erreurs scalaires » : la présence d’un « Non » isolé au milieu d’une séquence de « Oui » signale un évitement ou un tabou comportemental singulier méritant une investigation ciblée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de standardisation initiale : 1979 (Cowart & Pollack).
- Année de révision et mise à jour normative : 1984 (Cowart-Steckler).
- Propriété intellectuelle et droits : Les droits initiaux de publication scientifique relèvent des auteurs et du Journal of Sex Education & Therapy (désormais affilié aux publications Taylor & Francis / SSTAR).
- Conditions d’accès et tarif : L’échelle est tombée dans le domaine de la recherche académique ouverte et peut être utilisée à des fins de recherche non commerciale et d’enseignement sans paiement de redevance (royalty-free for academic research), sous réserve de citation rigoureuse des articles princeps. Pour tout usage commercial ou intégration logicielle propriétaire, il convient de contacter l’auteure correspondante (Dr. Debra Cowart-Steckler, University of Mary Washington).
12. Références / References
- Bentler, P. M. (1968a). Heterosexual behavior assessment—I. Males. Behaviour Research and Therapy, 6(1), 21–25. https://doi.org/10.1016/0005-7967(68)90040-5
- Bentler, P. M. (1968b). Heterosexual behavior assessment—II. Females. Behaviour Research and Therapy, 6(1), 27–29. https://doi.org/10.1016/0005-7967(68)90041-7
- Cowart, D. A., & Pollack, R. H. (1979). A Guttman scale of sexual experience. Journal of Sex Education & Therapy, 1(6), 3–6. https://doi.org/10.1080/01614576.1979.11074621
- Cowart-Steckler, D. (1984). A Guttman scale of sexual experience: An update. Journal of Sex Education & Therapy, 10(2), 49–52. https://doi.org/10.1080/01614576.1984.11074787
- Edwards, A. L. (1957). Techniques of attitude scale construction. Appleton-Century-Crofts.
- Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual conduct: The social sources of human sexuality. Aldine.
- Guttman, L. (1947). The Cornell technique for scale and intensity analysis. Educational and Psychological Measurement, 7(2), 247–279. https://doi.org/10.1177/001316444700700203
- Zuckerman, M. (1973). Scales for sexual experience for males and females. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 41(1), 27–29. https://doi.org/10.1037/h0035619
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Dans la pratique expérimentale et diagnostique, les items sont présentés aux participants dans un ordre totalement aléatoire. Les listes ci-dessous présentent les items tels qu’ils ont été administrés en langue anglaise originale, classés selon l’ordre normatif de fréquence cumulative établi lors de la standardisation de 1983 (du comportement le plus fréquent au comportement le plus rare).
Cowart–Pollack Scale of Sexual Experience: Male Form (31 Items)
Instruction: Please answer « Yes » or « No » to the following question: Have you experienced the following?
- Feeling female’s nude breast (98% Yes)
- Male mouth contact with female’s nude breast (94% Yes)
- Exposure to erotic materials sold openly in newsstands (93% Yes)
- Male finger penetration of vagina (92% Yes)
- Your observation of nude partner (91% Yes)
- Partner’s observation of your nude body (91% Yes)
- Clitoral manipulation by male (90% Yes)
- Manipulation of penis by female (90% Yes)
- Male lying prone on female without penetration (87% Yes)
- Female mouth contact with penis (86% Yes)
- Male manipulation of vulva (84% Yes)
- Sexual intercourse, male superior (83% Yes)
- Masturbation (81% Yes)
- Clitoral manipulation to orgasm by male (78% Yes)
- Male mouth contact with vulva (77% Yes)
- Sexual intercourse, partially clothed (77% Yes)
- Male tongue penetration of vagina (76% Yes)
- Male tongue manipulation of clitoris (75% Yes)
- Mutual oral stimulation of genitals to orgasm (74% Yes)
- Sexual intercourse, face to face, side (73% Yes)
- Exposure to hardcore erotic materials (72% Yes)
- Sexual intercourse, female superior (71% Yes)
- Showering or bathing with partner (68% Yes)
- Male tongue manipulation of female genitals to orgasm (66% Yes)
- Sexual intercourse, vagina entered from rear (63% Yes)
- Hand contact with partner’s anal area (61% Yes)
- Sexual intercourse, standing (48% Yes)
- Sexual intercourse, sitting (48% Yes)
- Finger penetration of partner’s anus (39% Yes)
- Use of mild pain (16% Yes)
- Bondage (<15% Yes)
Cowart–Pollack Scale of Sexual Experience: Female Form (30 Items)
Instruction: Please answer « Yes » or « No » to the following question: Have you experienced the following?
- Your nude breast felt by male (91% Yes)
- Male mouth contact with your breast (91% Yes)
- Penetration of vagina by male’s finger (83% Yes)
- Male lying prone on female without penetration (83% Yes)
- Partner’s observation of your nude body (80% Yes)
- Clitoral manipulation by male (79% Yes)
- Your observation of nude partner (78% Yes)
- Male manipulation of vulva (77% Yes)
- Manipulation of penis by female (76% Yes)
- Sexual intercourse, male superior (67% Yes)
- Female mouth contact with penis (67% Yes)
- Male mouth contact with vulva (66% Yes)
- Male tongue manipulation of clitoris (66% Yes)
- Male tongue penetration of vagina (66% Yes)
- Sexual intercourse, face to face, side (60% Yes)
- Showering or bathing with partner (58% Yes)
- Exposure to erotic materials sold openly in newsstand (58% Yes)
- Sexual intercourse, partially clothed (56% Yes)
- Clitoral manipulation to orgasm by male (55% Yes)
- Sexual intercourse, female superior (55% Yes)
- Masturbation (54% Yes)
- Sexual intercourse, vagina entered from rear (46% Yes)
- Mutual oral stimulation of genitals to orgasm (45% Yes)
- Male tongue manipulation of your genitals to orgasm (45% Yes)
- Hand contact with partner’s anal area (40% Yes)
- Sexual intercourse, sitting position (37% Yes)
- Sexual intercourse, standing (28% Yes)
- Exposure to hardcore erotic materials (24% Yes)
- Finger penetration of partner’s anus (19% Yes)
- Anal intercourse (13% Yes)