Échelle d’attitudes BPS

L’Échelle d’attitudes BPS (BPS-Einstellungsskala) est un instrument psychométrique développé par Schäfer et collaborateurs (2023) pour quantifier les attitudes stigmatisantes du personnel psychiatrique envers les patients souffrant de trouble de la personnalité borderline.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’attitudes BPS (désignée dans sa version originale sous le nom de BPS-Einstellungsskala ou BPS Setting Scale ; Schäfer et al., 2023) est un instrument d’auto-évaluation psychométrique conçu pour quantifier avec précision les attitudes stigmatisantes entretenues par le personnel psychiatrique (psychiatres, psychologues cliniciens, infirmiers et soignants) à l’égard des personnes présentant un trouble de la personnalité borderline (TPB). Les racines conceptuelles et méthodologiques de cet outil s’ancrent directement dans deux inventaires majeurs développés par Bodner, Cohen-Fridel et Iancu (2011) : le Borderline Patient Cognitive Attitudes and Treatment Inventory (BPD-CAT) et le Borderline Patient Emotional Attitudes Inventory (BPD-EA). Ces instruments pionniers visaient initialement à dissocier les composantes purement cognitives des réactions émotionnelles suscitées chez les professionnels de santé par cette population clinique réputée complexe.

Le processus rigoureux d’adaptation transculturelle et de traduction de l’anglais vers l’allemand a été réalisé selon les directives strictes de l’European Social Survey Translation Guidelines (European Social Survey, 2018). Le corpus initial traduit comprenait 44 items issus du BPD-CAT et 20 items du BPD-EA. Après une évaluation préliminaire de clarté sémantique, trois items du BPD-CAT ont été éliminés en raison d’ambiguïtés linguistiques. L’administration empirique de l’instrument auprès d’une cohorte diversifiée de professionnels de la santé mentale en Allemagne a permis un premier élagage retenant 26 items cognitifs et 17 items émotionnels jugés pertinents et univoques, aboutissant à une modélisation structurelle finale optimisée de 22 à 27 items.

L’analyse en composantes principales (ACP) a révélé une architecture robuste en quatre dimensions principales : les difficultés de traitement perçues, l’évaluation du risque suicidaire, la présomption d’intentions manipulatrices, et les émotions négatives du soignant. Cette structure explique 63,60 % de la variance totale observée. L’instrument présente une consistance interne globale exceptionnelle (alpha de Cronbach de 0,90), avec des indices sous-dimensionnels oscillant entre 0,72 et 0,90. La validité critérielle est étayée par des corrélations hautement significatives avec l’échelle de distance sociale d’Angermeyer et Matschinger (1997). Ce questionnaire constitue aujourd’hui un étalon d’évaluation indispensable pour mesurer la stigmatisation institutionnelle et évaluer l’impact des formations cliniques ciblées.

2. Mots-clés / Keywords

Trouble de la personnalité borderline, stigmatisation soignante, attitudes des professionnels de santé, BPS-Einstellungsskala, psychométrie, échelle de distance sociale, contre-transfert clinique, risque suicidaire, manipulation perçue, santé mentale, personnel psychiatrique, épuisement professionnel soignant.

3. Auteurs / Authors

L’élaboration et la validation empirique de l’Échelle d’attitudes BPS sont le fruit d’une collaboration multidisciplinaire entre chercheurs en santé publique, psychologues de la santé et psychiatres universitaires allemands :

  • Marvin Schäfer : Chercheur principal, Groupe de recherche COPE (Chronic Illness and Public Health), SRH Hochschule für Gesundheit, Gera, Allemagne. Auteur correspondant ([email protected]). Adresse institutionnelle : Neue Straße 28–30, 07548 Gera, Allemagne.
  • Claudia Luck-Sikorski : Professeure des universités, directrice du Groupe de recherche COPE, SRH Hochschule für Gesundheit, Gera, Allemagne. Spécialiste reconnue de la stigmatisation liée aux troubles chroniques et psychiatriques.
  • Regine Hochrein : Psychologue clinicienne et chercheuse affiliée au Groupe de recherche COPE, SRH Hochschule für Gesundheit, Gera, Allemagne.
  • Georg Schomerus : Psychiatre, professeur et directeur du Département de psychiatrie et psychothérapie de l’Universitätsklinikum Leipzig (Hôpital Universitaire de Leipzig), Leipzig, Allemagne. Expert de renommée internationale sur la stigmatisation des maladies mentales.
  • Sabine Gollek : Chercheuse et clinicienne au Département de psychiatrie et psychothérapie de l’Universitätsklinikum Leipzig, Leipzig, Allemagne.

4. Objectif / Purpose

Justification clinique et phénoménologique

Le trouble de la personnalité borderline est documenté dans la littérature psychiatrique contemporaine comme l’une des entités nosographiques les plus lourdement chargées d’attitudes négatives, de préjugés implicites et de stigmatisation institutionnelle. Les professionnels de la santé mentale, en dépit de leur mandat déontologique de bienveillance et de neutralité thérapeutique, rapportent fréquemment un sentiment prononcé d’incompétence, de fatigue compassionnelle, d’anxiété et de ressentiment face aux manifestations comportementales des patients TPB. Ces manifestations englobent l’instabilité affective extrême, les passages à l’acte auto-agressifs répétitifs, les menaces suicidaires chroniques, et les manœuvres relationnelles perçues subjectivement comme manipulatrices ou clivantes.

Historiquement, ces réactions soignantes ont souvent été qualifiées de « contre-transfert négatif » sans faire l’objet d’une quantification psychométrique systématique. L’absence d’outils standardisés empêchait les chercheurs d’évaluer rigoureusement la prévalence de ces attitudes négatives, d’identifier leurs antécédents professionnels et pédagogiques, ou encore de mesurer l’efficacité empirique de modules formatifs destinés à déconstruire le rejet clinique. L’Échelle d’attitudes BPS a été spécifiquement conceptualisée pour combler ce vide méthodologique dans l’espace clinique et scientifique germanophone, en fournissant une mesure standardisée, brève et psychométriquement robuste du stigmate soignant.

Applications en recherche et en milieu appliqué

Sur le plan de la recherche fondamentale et translationnelle, l’instrument permet d’explorer les médiateurs et modérateurs des comportements soignants discriminatoires, tels que la propension au rejet hâtif lors de l’admission, l’administration disproportionnée de prescriptions sédatives dites « chimiques », ou le refus insidieux de prise en charge psychothérapeutique spécialisée. Dans le domaine de la formation médicale et infirmière continue, l’échelle fonctionne comme un instrument pré-test/post-test idéal pour quantifier le changement d’attitude consécutif à des formations axées sur la thérapie comportementale dialectique (TCD de Marsha Linehan) ou sur les approches basées sur la mentalisation (MBT de Bateman et Fonagy).

Au niveau de la gestion institutionnelle des services hospitaliers, le questionnaire fournit un diagnostic écologique du climat d’équipe. Il éclaire les directeurs de pôles psychiatriques sur les dynamiques d’épuisement émotionnel (burnout) corrélées à une perception toxique de la manipulation clinique, favorisant ainsi la mise en place d’espaces réguliers de supervision clinique, de balint et d’analyse des pratiques professionnelles.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique appréhendé par l’Échelle d’attitudes BPS est multidimensionnel. Il s’articule autour de l’intersection complexe entre les croyances cognitives dysfonctionnelles concernant la nature du TPB et les réponses émotionnelles aversives éprouvées par l’intervenant. L’analyse factorielle a mis en évidence quatre dimensions primaires distinctes :

1. Difficultés perçues dans le traitement (Treatment Difficulties)

Cette sous-échelle évalue le pessimisme thérapeutique du professionnel et sa conviction subjective que les patients borderline représentent une charge insurmontable pour le système hospitalier. Les soignants manifestant un score élevé sur cette dimension perçoivent ces patients comme réfractaires à toute intervention, intrinsèquement déstabilisateurs pour l’équilibre de l’unité de soins, et incapables de progresser durablement. Ce construit capture également le sentiment d’impuissance professionnelle (therapeutic helplessness) et l’idée selon laquelle ces patients ne devraient pas être admis dans les structures de soins généraux. Par exemple, la croyance que la prise en charge de ces patients est invariablement stérile et draine de façon disproportionnée les ressources humaines et matérielles de l’équipe s’inscrit au cœur de cette composante.

2. Évaluation et gestion du risque suicidaire (Assessment of Suicide Risk)

Cette dimension sonde la manière dont les soignants interprètent, évaluent et gèrent cognitivement les communications suicidaires et les automutilations non suicidaires. Les attitudes stigmatisantes dans cette sphère se manifestent par une minimisation défensive du risque létal réel, les comportements auto-agressifs étant perçus comme de simples stratagèmes théâtraux destinés à exercer un chantage relationnel ou à monopoliser l’attention soignante. Alternativement, cette dimension explore l’anxiété paralysante du clinicien qui, anticipant un passage à l’acte fatal, adopte des postures de surcontrôle coercitif ou, à l’inverse, de détachement cynique face à la détresse suicidaire du patient.

3. Présomption d’intentions manipulatrices (Assumption of Manipulative Tendencies)

Ce construit mesure l’attribution d’intentions malveillantes, conscientes et calculées aux interactions interpersonnelles initiées par le patient. Les professionnels adhérant fortement à ces croyances perçoivent les demandes de réassurance, les crises émotionnelles ou les plaintes somatiques non pas comme des symptômes d’un déficit d’autorégulation émotionnelle, mais comme des tentatives machiavéliques de cliver l’équipe soignante (staff splitting), d’outrepasser les cadres thérapeutiques et d’exploiter la vulnérabilité du personnel soignant. Cette attribution de responsabilité morale constitue l’un des piliers les plus destructeurs de la stigmatisation clinique.

4. Émotions négatives du soignant (Negative Emotions)

Contrairement aux trois dimensions cognitives, cette sous-échelle opérationnalise la dimension affective et expérientielle immédiate du soignant lors de la rencontre clinique. Elle quantifie des affects tels que l’irritation, la colère sourde, la peur, le dégoût, le découragement et l’épuisement émotionnel direct. Ce construit rend compte du coût émotionnel brut de l’accompagnement clinique, reflétant l’érosion de l’empathie naturelle au profit d’un réflexe de rejet défensif.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La théorie de l’attribution de Bernard Weiner

Le fondement théorique sous-tendant l’Échelle d’attitudes BPS s’enracine prioritairement dans la théorie de l’attribution formulée par Bernard Weiner (1985, 1995). Selon ce modèle sociocognitif, la réaction émotionnelle et comportementale d’un individu face à la détresse ou à la déviance d’autrui dépend étroitement des jugements de causalité, de contrôlabilité et de responsabilité portés sur la situation :

  • Lorsque les symptômes d’une maladie (par exemple, les tremblements dans la maladie de Parkinson) sont jugés incontrôlables par le sujet, l’observateur éprouve de la pitié et une impulsion prosociale d’aide.
  • À l’inverse, dans le cadre du TPB, les soignants attribuent fréquemment les automutilations, les explosions colériques et les crises suicidaires à des facteurs internes, délibérés et contrôlables (« il/elle fait exprès », « elle cherche à nous punir »).

Cette attribution d’une responsabilité intentionnelle active immédiatement des affects d’hostilité, de colère et de mépris, conduisant inéluctablement à des comportements de rejet, d’évitement ou de rétorsion institutionnelle, exactement tels que modélisés par les sous-échelles de manipulation et d’émotions négatives de la BPS-Einstellungsskala.

Théories sociologiques du stigmate : Goffman et Corrigan

Le cadre théorique s’enrichit des travaux fondateurs d’Erving Goffman (1963) sur le stigmate en tant qu’identité sociale dépréciée et disqualifiante. Goffman décrit comment certains individus porteurs de « marques » invisibles voient leur humanité fondamentale contestée dès lors que leur étiquette diagnostique est révélée. Dans le prolongement contemporain de ces travaux, Patrick Corrigan (2000, 2004) a théorisé les distinctions structurelles entre le public stigma (préjugés de la population générale), le self-stigma (intériorisation du discrédit par le patient) et le professional/structural stigma (stigmatisation professionnelle et structurelle). La BPS-Einstellungsskala mesure précisément ce stigmate professionnel institutionnalisé, où les croyances stéréotypées des soignants créent des barrières iatrogènes directes à l’accès à des soins de santé équitables et bienveillants.

Modèles cliniques du contre-transfert et théorie biosociale

Sur le plan psychopathologique, l’échelle dialogue avec la théorie biosociale de Marsha M. Linehan (1993). Linehan postule que le trouble résulte d’une vulnérabilité biologique à la dérégulation émotionnelle en transaction continue avec un environnement invalidant. Paradoxalement, le système psychiatrique hospitalier reproduit souvent à la perfection cet environnement invalidant d’origine : lorsque l’équipe médicale qualifie une coupure ou une détresse aiguë de « caprice manipulateur », elle invalide brutalement l’expérience de douleur psychologique du patient, amplifiant dramatiquement son agitation émotionnelle et précipitant une nouvelle escalade comportementale.

En parallèle, les conceptions psychodynamiques du contre-transfert (Otto Kernberg, 1984) expliquent que les mécanismes de défense archaïques du patient — notamment l’identification projective et le clivage — induisent chez les soignants des états affectifs intenses et clivés. Sans un instrument de mesure capable d’objectiver ces états, les équipes soignantes agissent ces affects (acting out soignant) au détriment de l’alliance thérapeutique.

7. Validité / Validity

La validation empirique initiale menée par Schäfer et collaborateurs (2023) a fait l’objet d’analyses statistiques rigoureuses destinées à confirmer la validité de contenu, la validité transculturelle et la validité de critère de l’instrument.

Validité de contenu et d’adaptation transculturelle

La sélection initiale des items a reposé sur le Borderline Patient Cognitive Attitudes and Treatment Inventory (BPD-CAT) et le Borderline Patient Emotional Attitudes Inventory (BPD-EA) de Bodner et al. (2011). Le processus de traduction a scrupuleusement respecté les standards méthodologiques internationaux de l’European Social Survey Translation Guidelines (2018), impliquant des étapes de double traduction indépendante, de rétro-traduction aveugle, et de comités d’arbitrage linguistique multidisciplinaires. Sur les 64 items initiaux (44 du BPD-CAT et 20 du BPD-EA), trois items présentant des ambiguïtés sémantiques ou des incohérences culturelles ont été supprimés d’emblée. Un processus d’évaluation qualitative auprès d’experts a ensuite sélectionné 43 items (26 cognitifs et 17 émotionnels) sans ambiguïté, préalablement à la réduction factorielle finale.

Validité critérielle et convergente

La validité critérielle a été formellement établie par la mise en corrélation des scores de l’Échelle d’attitudes BPS avec l’échelle validée de distance sociale d’Angermeyer et Matschinger (1997), qui évalue la volonté d’un individu d’interagir socialement ou professionnellement avec une personne psychiatriquement étiquetée :

  • Score total de l’échelle BPS : Une corrélation positive hautement significative et substantielle a été observée entre le score global d’attitudes stigmatisantes BPS et le niveau de distance sociale désiré ($p < 0{,}001$). Plus les soignants manifestent des attitudes négatives sur l’échelle, plus ils souhaitent s’éloigner personnellement et professionnellement des patients TPB.
  • Difficultés de traitement : Cette sous-échelle affiche une relation positive hautement significative avec la distance sociale ($p < 0{,}001$), démontrant que la perception de fardeau thérapeutique alimente directement le réflexe d’évitement social.
  • Présomption d’intentions manipulatrices : Une association positive massive a été documentée avec la distance sociale ($p < 0{,}001$), confirmant que le sentiment d’être manipulé est le prédicteur le plus puissant du rejet relationnel par le soignant.
  • Émotions négatives du soignant : Une corrélation positive faible mais statistiquement significative a été observée avec la distance sociale lors de l’application de tests paramétriques ($p < 0{,}001$). Toutefois, en raison d’une distribution non normale des scores sur cette sous-dimension dans l’échantillon, un coefficient de corrélation non paramétrique de Spearman a été calculé, montrant une relation non significative au seuil conventionnel ($\rho = -0{,}20, p = 0{,}056$). Ce résultat souligne la complexité de l’expression émotionnelle subjective, souvent réprimée par désirabilité professionnelle.
  • Évaluation du risque suicidaire : L’association entre la sous-échelle d’évaluation du risque suicidaire et la distance sociale n’a pas atteint le seuil de signification statistique ($p = 0{,}067$), suggérant que la perception de la dangerosité létale active des mécanismes déontologiques ambivalents où le devoir d’assistance entre en tension avec la tentation d’évitement.

8. Fidélité / Reliability

La consistance interne de l’Échelle d’attitudes BPS a été documentée à des niveaux de précision psychométrique élevés, respectant scrupuleusement les exigences méthodologiques de la théorie classique des tests pour les instruments d’évaluation diagnostique et de recherche :

  • Échelle globale : Le coefficient d’alpha de Cronbach ($\alpha$) pour l’ensemble du questionnaire atteint le niveau de 0,90, témoignant d’une excellente homogénéité du construit de stigmatisation globale envers le trouble de la personnalité borderline.
  • Sous-échelle « Difficultés de traitement perçues » : Présente une cohérence interne remarquable avec un $\alpha = 0{,}90$, confirmant que les items traduisant le pessimisme thérapeutique et la lourdeur perçue convergent fidèlement vers un facteur latent commun.
  • Sous-échelle « Émotions négatives du soignant » : Obtient un alpha de Cronbach très satisfaisant de 0,84, illustrant la cohésion des descripteurs affectifs (colère, anxiété, frustration, épuisement).
  • Sous-échelle « Évaluation du risque suicidaire » : Affiche un coefficient solide de $\alpha = 0{,}82$, attestant de la stabilité de la mesure entourant la réactivité soignante face aux crises suicidaires.
  • Sous-échelle « Présomption d’intentions manipulatrices » : Démontre un alpha de 0,72. Bien que légèrement inférieur aux autres dimensions en raison d’un nombre restreint d’items après filtrage factoriel, ce score demeure tout à fait acceptable pour la recherche et l’évaluation clinique selon les critères de Nunnally.

L’erreur standard de mesure (SEM) associée à l’échelle totale s’avère minimale, ce qui confère à l’instrument une sensibilité adéquate pour détecter de faibles variations individuelles ou longitudinales des attitudes professionnelles lors d’interventions de dé-stigmatisation.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Méthodologie de réduction dimensionnelle

Afin d’épurer l’instrument et d’en identifier la structure sous-jacente, les données recueillies auprès des professionnels de santé ont été soumises à une analyse en composantes principales (ACP) exploratoire. Les indices d’adéquation de l’échantillonnage de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO) et le test de sphéricité de Bartlett ont validé au préalable la factorisabilité optimale de la matrice de corrélation.

Le nombre de composantes à extraire a été déterminé en conjuguant le critère des valeurs propres supérieures à 1 (critère de Kaiser), l’inspection du graphique d’éboulis de Cattell (scree plot), et des critères d’interprétabilité clinique théorique. Les items présentant des saturations primaires faibles (< 0,40) ou des saturations croisées substantielles sur plusieurs axes ont été systématiquement éliminés.

Structure à quatre composantes et variance expliquée

L’analyse finale a mis en évidence une solution parcimonieuse et théoriquement cohérente s’articulant autour de quatre composantes principales :

  1. Composante 1 (Difficultés de traitement) : Regroupe les énoncés décrivant l’inefficacité perçue des prises en charge, le manque de gratitude du patient, et la conviction que ces personnes perturbent excessivement le fonctionnement des services.
  2. Composante 2 (Évaluation du risque suicidaire) : Rassemble les énoncés évaluant la légitimité perçue des crises létales, la tendance à l’exagération dramatique et la responsabilité imputée au patient dans ses actes d’auto-lésion.
  3. Composante 3 (Présomption d’intentions manipulatrices) : Capture les items relatifs au clivage d’équipe intentionnel, à la transgression délibérée des règles et au franchissement provocateur des limites thérapeutiques.
  4. Composante 4 (Émotions négatives du soignant) : Isole l’ensemble des réponses affectives déplaisantes (irritation, colère, impuissance, épuisement émotionnel).

Cette modélisation en quatre facteurs rend compte d’un pourcentage remarquable de 63,60 % de la variance totale expliquée. Les corrélations inter-composantes se situent dans des amplitudes modérées à élevées, démontrant que si chaque sous-échelle isole un aspect distinct de l’attitude soignante, elles participent toutes d’une dynamique stigmatisante globale unifiée.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (Self-report inventory).
  • Format : Formulaire papier-crayon ou version informatisée auto-administrée en ligne.
  • Nombre d’items : L’architecture psychométrique de référence comprend 22 items pour le modèle factoriel strict en ACP, et 27 items dans sa version déployée intégrale couvrant l’ensemble du spectre attitudinal cognitif et émotionnel.
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert en 5 points rigoureusement étiquetée : 1 = decline (refus / pas d’accord) à 5 = agree (accord / tout à fait d’accord).
  • Population cible : Professionnels et intervenants du secteur de la santé mentale : psychiatres, internes en psychiatrie, psychologues cliniciens, psychothérapeutes, infirmiers psychiatriques, éducateurs spécialisés, aides-soignants.
  • Tranches d’âge investiguées : Adultes en activité professionnelle (18 à 65 ans), validé empiriquement auprès de soignants âgés de 21 à 62 ans.
  • Langue d’origine et adaptations : Conçu initialement en allemand (BPS-Einstellungsskala) d’après les instruments anglo-saxons BPD-CAT et BPD-EA.
  • Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
  • Procédure de cotation et inversion :
    • Pour calculer le score d’attitudes négatives/stigmatisantes globales, les items formulés positivement (reflétant l’empathie, l’optimisme thérapeutique ou le sentiment de compétence, tels que les items 4, 7, 9, 13, 18, 22, 24, 26) doivent faire l’objet d’une cotation inversée (1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, 5 devient 1).
    • Alternativement, les praticiens et chercheurs peuvent calculer séparément un composite d’attitudes positives (optimisme/empathie) et un composite d’attitudes négatives (rejet/difficultés/manipulation).
    • Un score moyen ou total élevé sur les dimensions négatives traduit un degré marqué de stigmatisation professionnelle et de préjugés cliniques.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2023.
  • Publication de référence : Psychiatrische Praxis (Éditions Georg Thieme Verlag KG), volume 50, numéro 8, pages 424–430.
  • Statut commercial : Non commercial. L’échelle a été conçue pour le progrès de la recherche académique, de l’enseignement universitaire et de l’évaluation des pratiques de soins en santé mentale.
  • Frais d’utilisation (Fee) : Gratuit pour toute utilisation académique, clinique hospitalière et scientifique non lucrative.
  • Permissions et autorisations : Pour toute administration dans le cadre de protocoles d’essais cliniques, de projets doctoraux ou pour solliciter les versions originales complètes, les chercheurs doivent prendre contact avec l’auteur correspondant : Marvin Schäfer (Forschungsgruppe COPE, SRH Hochschule für Gesundheit Gera ; courriel : [email protected]).

12. Références / References

  • Angermeyer, M. C., & Matschinger, H. (1997). Social distance towards the mentally ill: Results of representative surveys in the Federal Republic of Germany. Psychological Medicine, 27(1), 131–141. https://doi.org/10.1017/s0033291796004242
  • Bodner, E., Cohen-Fridel, E., & Iancu, I. (2011). Staff attitudes toward patients with borderline personality disorder: Development and validation of two self-report inventories. Journal of Nervous and Mental Disease, 199(8), 585–593. https://doi.org/10.1097/NMD.0b013e318225f053
  • Corrigan, P. W. (2000). Mental health stigma as social attribution: Implications for research methods and attitude change. Clinical Psychology: Science and Practice, 7(1), 48–67. https://doi.org/10.1093/clipsy.7.1.48
  • Corrigan, P. W. (2004). How stigma interferes with mental health care. American Psychologist, 59(7), 614–625. https://doi.org/10.1037/0003-066X.59.7.614
  • European Social Survey. (2018). European Social Survey translation guidelines. ESS ERIC. https://www.europeansocialsurvey.org/methodology/ess-methodology/translation
  • Goffman, E. (1963). Stigma: Notes on the management of spoiled identity. Prentice-Hall.
  • Kernberg, O. F. (1984). Severe personality disorders: Psychotherapeutic strategies. Yale University Press.
  • Linehan, M. M. (1993). Cognitive-behavioral treatment of borderline personality disorder. Guilford Press.
  • Schäfer, M., Luck-Sikorski, C., Hochrein, R., Schomerus, G., & Gollek, S. (2023). Entwicklung eines Selbstauskunftsfragebogens zur Erfassung stigmatisierender Einstellungen des psychiatrischen Personals gegenüber Patienten mit Borderline-Persönlichkeitsstörung [Development of a self-report questionnaire for the measurement of stigmatizing attitudes of the psychiatric staff towards patients with borderline personality disorder]. Psychiatrische Praxis, 50(8), 424–430. https://doi.org/10.1055/a-2088-3629
  • Weiner, B. (1985). An attributional theory of achievement motivation and emotion. Psychological Review, 92(4), 548–573. https://doi.org/10.1037/0033-295X.92.4.548

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Bitte beurteilen Sie anhand der folgenden Aussagen, inwieweit diese auf Ihre Einstellungen und Gefühle gegenüber Patientinnen und Patienten mit einer Borderline-Persönlichkeitsstörung (BPS) zutreffen.
Response Scale: The items on the BPS-Einstellungsskala are rated on a five-point Likert scale, ranging from “1 = decline” to “5 = agree.”
Scoring / Reverse Items: The refined/shortened version consists of 27 items across key cognitive and emotional attitude subscales towards patients with Borderline Personality Disorder (e.g., Treatment Optimism/Pessimism, Empathy, Manipulation/Difficulties, Helplessness/Frustration). Negative attitude items are reverse scored when computing an overall positive attitude score, or grouped into negative and positive attitude composites.
1

Patients with BPD are manipulative.
2

Patients with BPD tend to split the treatment team.
3

Working with patients with BPD is emotionally draining.
4

Patients with BPD can be helped with appropriate psychotherapy.
5

I feel helpless when treating patients with BPD.
6

Patients with BPD are difficult to treat.
7

I feel a lot of empathy toward patients with BPD.
8

Patients with BPD deliberately push the limits of therapists.
9

It is rewarding to work with patients with BPD.
10

Patients with BPD are responsible for their self-harming behavior.
11

I feel anxious when interacting with patients with BPD.
12

Patients with BPD demand too much attention from the staff.
13

Patients with BPD are capable of positive change.
14

Patients with BPD are among the most difficult patients in psychiatric wards.
15

I feel anger or irritation when dealing with patients with BPD.
16

Patients with BPD lack the will to get better.
17

Therapy with patients with BPD often leads to frustration.
18

I enjoy working with patients diagnosed with BPD.
19

Patients with BPD frequently exaggerate their symptoms to get attention.
20

Staff members need specialized training to handle patients with BPD effectively.
21

I feel overwhelmed by the demands of patients with BPD.
22

Treatment of patients with BPD is usually successful in the long run.
23

Patients with BPD create conflicts among staff members.
24

I feel compassion for the suffering of patients with BPD.
25

Patients with BPD should not be admitted to general psychiatric units.
26

I feel competent in managing crises in patients with BPD.
27

Patients with BPD do not appreciate the help offered to them.
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Looti, M. (2026, octobre 14). Échelle d’attitudes BPS. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-attitudes-bps
Looti, Mohammed. “Échelle d’attitudes BPS.” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-attitudes-bps.
Looti, Mohammed. “Échelle d’attitudes BPS.” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-d-attitudes-bps.