Échelle des croyances sur la dissociation (DBS)

L’Échelle des croyances sur la dissociation (DBS ; Vancappel et al., 2023) est un questionnaire psychométrique en 16 items mesurant les croyances métacognitives positives et négatives associées aux phénomènes dissociatifs dans le trouble de stress post-traumatique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Échelle des croyances sur la dissociation (Dissociation Beliefs Scale [DBS] ; Vancappel et al., 2023) est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour évaluer de manière standardisée la nature et l’intensité des croyances métacognitives relatives aux phénomènes dissociatifs. Développée au sein d’une population clinique francophone souffrant d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT), l’échelle se compose de 16 items dérivés d’une étude qualitative préalable analysant le verbatim de patients traumatisés confrontés à des manifestations dissociatives (Vancappel et al., 2022b). L’outil a été initialement conceptualisé par A. Vancappel et révisé de manière critique par W. El Hage avant sa validation psychométrique formelle.

L’architecture de la DBS repose sur une évaluation bidimensionnelle spécifique des métacognitions, mesurant conjointement les croyances positives (la perception de la dissociation comme un mécanisme de protection, de refuge psychologique ou d’anesthésie face à une détresse intolérable) et les croyances négatives (l’interprétation de la dissociation comme un signe de folie imminente, de perte de contrôle irréversible ou de danger cérébral). Les participants évaluent chaque énoncé au moyen d’une échelle de Likert en 5 points, allant de 1 (« fortement en désaccord ») à 5 (« fortement d’accord »).

Sur le plan des propriétés psychométriques, les analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales ont mis en évidence un modèle à deux facteurs distincts. Cependant, l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) a démontré qu’un modèle bifactoriel à trois facteurs — intégrant un facteur général de croyances dissociatives et deux facteurs spécifiques orthogonaux représentant les croyances positives et négatives — offrait un ajustement statistique supérieur aux données empiriques (Chi² = 241, ddl = 87, p < 0,01 ; TLI = 0,91 ; CFI = 0,93 ; RMSEA = 0,06). La fidélité de l’instrument s’avère robuste, attestée par une consistance interne satisfaisante pour les sous-échelles de croyances positives (alpha de Cronbach α = 0,84 ; oméga de McDonald ω = 0,84) et de croyances négatives (α = 0,80 ; ω = 0,80). La validité concourante a été établie par des corrélations significatives avec les mesures de dissociation clinique, les croyances relatives aux émotions (ERBS), les difficultés de régulation émotionnelle (DERS) ainsi que les niveaux de dépression, d’anxiété et de sévérité du TSPT.

2. Mots-clés / Keywords

Croyances sur la dissociation, métacognition, trouble de stress post-traumatique, croyances positives, croyances négatives, régulation émotionnelle, psychométrie, analyse factorielle confirmatoire, dépersonnalisation, déréalisation, traumatologie psychologique, évaluation clinique.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle des croyances sur la dissociation a été conçue et validée par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs et cliniciens français spécialisés en psychopathologie cognitive, psychiatrie et psychotraumatologie :

  • A. Vancappel — Pôle de Psychiatrie-Addictologie, Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Tours, France ; ORCID : 0000-0002-3206-2009 ; Courriel de correspondance : [email protected].
  • H. Kerbage — Département de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, Hôpital Universitaire Saint-Éloi, Montpellier, France.
  • C. Réveillère — Département de Psychologie, EA 1901 QualiPsy (« Qualité de vie et santé psychologique »), Université de Tours, France.
  • W. El Hage — Pôle de Psychiatrie-Addictologie, CHRU de Tours ; UMR 1253, iBrain, Université de Tours, Inserm, Tours, France.

4. Objectif / Purpose

Conceptualisation et pertinence clinique

L’objectif fondamental de la Dissociation Beliefs Scale (DBS) est de fournir aux chercheurs et aux praticiens de la santé mentale un instrument standardisé, psychométriquement robuste et cliniquement opérant pour quantifier les attitudes métacognitives et les croyances subjectives entretenues par les individus à l’égard de leurs propres états dissociatifs. Si la dissociation psychologique — incluant la dépersonnalisation, la déréalisation, l’amnésie dissociative et l’absorption altérée — est classiquement appréhendée comme un symptôme direct ou une réaction péritraumatique involontaire, les modèles métacognitifs récents soulignent que la manière dont un individu interprète, juge et évalue ces états joue un rôle causal déterminant dans leur chronicisation et dans le maintien de la détresse psychologique.

Dans le cadre du trouble de stress post-traumatique et des troubles dissociatifs complexes, les patients développent fréquemment des structures de sens polarisées autour de leurs expériences dissociatives. D’une part, certains patients considèrent la dissociation comme une modalité indispensable de survie psychique, une stratégie d’échappement cognitive bienvenue ou un blindage émotionnel permettant de neutraliser des affects intolérables (croyances positives). D’autre part, ces mêmes expériences peuvent être perçues avec terreur, interprétées comme la preuve irréfutable d’un effondrement psychiatrique, d’une perte définitive de contrôle sur soi ou d’une lésion cérébrale sous-jacente (croyances négatives). La DBS a été créée précisément pour capturer cette dynamique métacognitive complexe, comblant ainsi un vide méthodologique majeur dans la littérature francophone et internationale.

Applications en recherche et en pratique thérapeutique

L’utilité de la DBS s’étend sur plusieurs axes cliniques et scientifiques interdépendants :

  • Évaluation diagnostique fine et formulation de cas : La DBS permet d’identifier les facteurs cognitifs de maintien du TSPT avec composante dissociative (sous-type dissociatif du TSPT selon le DSM-5). Elle met en lumière les cercles vicieux métacognitifs où les croyances négatives aggravent l’anxiété, précipitant en retour de nouveaux épisodes dissociatifs.
  • Orientation et ciblage des interventions psychothérapeutiques : Dans les thérapies comportementales et cognitives (TCC), la thérapie métacognitive (MCT selon Adrian Wells) ou la thérapie de désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires (EMDR), identifier les croyances positives permet d’adresser la fonction protectrice perçue de la dissociation (qui fait souvent obstacle au traitement de la mémoire traumatique), tandis que cibler les croyances négatives réduit la panique secondaire induite par les intrusions dissociatives.
  • Recherche translationnelle et expérimentale : L’échelle constitue un instrument de mesure précieux pour examiner comment les croyances sur la dissociation interagissent avec les fonctions exécutives, la régulation des émotions et les réponses neurophysiologiques au cours des paradigmes d’exposition ou de réactivité au stress.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la DBS se situe à l’intersection de la théorie métacognitive et de la traumatologie clinique. La métacognition désigne l’ensemble des connaissances, des croyances et des processus de contrôle qu’un individu applique à son propre fonctionnement cognitif et émotionnel. Appliquée à la dissociation, la métacognition ne s’intéresse pas uniquement à la fréquence brute des épisodes d’altération de la conscience, mais examine la théorie implicite que le sujet élabore sur ces phénomènes.

Dimension des croyances positives relatives à la dissociation

Les croyances positives reflètent la conviction explicite ou implicite que la dissociation remplit une fonction adaptative vitale, protectrice ou régulatrice. Dans l’économie psychique de l’individu traumatisé, la déconnexion de la réalité ou de son propre corps est souvent vécue comme le seul rempart efficace contre l’inondation affective causée par des souvenirs traumatiques intolérables. Les items saturant sur ce facteur capturent des dimensions telles que :

  • La valorisation de l’engourdissement émotionnel : percevoir la dissociation comme un anesthésique nécessaire pour supporter des événements de vie douloureux.
  • L’évitement expérientiel automatisé : la croyance selon laquelle « disparaître mentalement » ou « quitter son corps » évite l’explosion émotionnelle ou la douleur physique.
  • La perception de la dissociation comme un mécanisme de sécurité préventif : la conviction que sans la dissociation, l’esprit ne pourrait pas survivre aux tensions internes.

Sur le plan psychopathologique, ces croyances positives renforcent le recours passif ou actif aux stratégies de détachement mental, empêchant la mise en œuvre de compétences actives de régulation émotionnelle et inhibant l’extinction naturelle de la détresse traumatique.

Dimension des croyances négatives relatives à la dissociation

À l’inverse, les croyances négatives renvoient aux significations catastrophiques et menaçantes attribuées à l’expérience dissociative. Ces croyances reflètent l’appréhension métacognitive du dysfonctionnement interne et concernent principalement :

  • L’incontrôlabilité perçue : l’idée selon laquelle une fois enclenché, l’état dissociatif ne peut plus être interrompu volontairement.
  • La peur de la folie et de la décompensation : l’interprétation de la dépersonnalisation (sentiment d’étrangeté par rapport à soi-même) ou de la déréalisation (sentiment que le monde extérieur est irréel ou onirique) comme le prélude à une psychose ou à une perte définitive de la raison.
  • La peur du dommage organique ou cérébral : l’angoisse que les absences, les pertes d’attention ou les micro-amnésies détruisent les capacités cognitives fondamentales de l’individu.

Ces interprétations catastrophiques génèrent une anxiété intéroceptive majeure, provoquant un emballement neurovégétatif qui réactive le système d’alarme de l’organisme, ce qui, paradoxalement, déclenche de nouveaux mécanismes dissociatifs de sauvegarde, enfermant le patient dans un cercle vicieux pathologique.

Le facteur général de métacognition dissociative

Au-delà de cette valence positive/négative, le modèle validé par Vancappel et al. (2023) met en évidence l’existence d’un facteur général sous-jacent. Ce facteur unifié témoigne de l’hyperfocalisation attentionnelle et de la saillance métacognitive globale que le sujet attribue à ses états intéroceptifs modifiés. Il traduit l’intensité avec laquelle la dissociation est devenue un objet central de préoccupation cognitive au sein de la vie psychique du patient.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le modèle métacognitif du syndrome cognitivo-attentionnel (S-REF)

La DBS prend racine théorique directe dans le modèle de la fonction exécutive auto-régulatrice (Self-Regulatory Executive Function [S-REF]) développé par Adrian Wells et Gerald Matthews. Selon la théorie métacognitive de Wells, les troubles émotionnels et traumatiques ne résultent pas principalement du contenu des pensées automatiques, mais plutôt de l’activation d’un mode de traitement dysfonctionnel appelé le Syndrome Cognitivo-Attentionnel (CAS – Cognitive Attentional Syndrome). Le CAS se caractérise par des ruminations, des inquiétudes persistantes, un monitoring attentionnel tourné vers les menaces internes ou externes, et des stratégies d’adaptation contre-productives.

Le CAS est lui-même déclenché et maintenu par deux grandes catégories de croyances métacognitives : les croyances métacognitives positives (qui encouragent l’utilisation de certaines stratégies de pensée pour faire face) et les croyances métacognitives négatives (qui portent sur l’incontrôlabilité et la dangerosité de ces mêmes états mentaux). Appliquée au champ de la dissociation, cette modélisation postule que :

  1. Face à une détresse traumatique, des croyances métacognitives positives (« Me dissocier me met à l’abri de la douleur ») activent le recours au détachement psychologique et à la mise à distance émotionnelle.
  2. Dès que la dissociation s’installe, des croyances négatives (« Cet état signifie que je deviens fou » ou « Je ne pourrai jamais revenir à la réalité ») s’activent, induisant une détresse secondaire sévère.
  3. Cette détresse secondaire surcharge à nouveau les capacités de traitement cognitif, renforçant l’impression d’impuissance et perpétuant le cycle traumatique.

Le modèle cognitif du trouble de stress post-traumatique d’Ehlers et Clark

Le cadre théorique de la DBS s’articule également avec le modèle cognitif de référence du TSPT développé par Anke Ehlers et David M. Clark (2000). Ce modèle soutient que le TSPT chronique se développe lorsque les individus traitent les mémoires traumatiques et leurs séquelles comme une source continue de menace actuelle. Ehlers et Clark ont spécifiquement identifié que les interprétations négatives des réactions péritraumatiques et post-traumatiques (dont les symptômes de dépersonnalisation et d’engourdissement émotionnel) alimentent directement le sentiment de menace permanente. La DBS opérationnalise empiriquement ces interprétations appliquées au sous-système dissociatif.

Théories de la dissociation structurelle et continuum dissociatif

Sur le plan de la nosologie de la dissociation, la DBS s’inscrit en résonance avec les approches contemporaines de la dissociation traumatique, qu’il s’agisse de la théorie de la dissociation structurelle de la personnalité (Van der Hart, Nijenhuis & Steele) ou de la distinction classique établie par Holmes et al. (2005) entre détachement (altération de l’expérience subjective de la réalité et de soi, comme la dépersonnalisation) et compartimentation (déficit de contrôle délibéré sur des processus psychologiques normalement accessibles, comme les amnésies dissociatives ou les conversions). Les croyances évaluées par la DBS ciblent principalement les états de détachement et leur charge cognitive au quotidien.

7. Validité / Validity

La validation psychométrique initiale de l’Échelle des croyances sur la dissociation a été réalisée par Vancappel, Kerbage, Réveillère et El Hage (2023) auprès d’une cohorte de patients adultes francophones présentant un diagnostic formel de trouble de stress post-traumatique établi selon les critères du DSM-5. Les investigations psychométriques ont exploré la validité de construit, la validité concourante et les liens dimensionnels avec des construits connexes de psychopathologie générale et de régulation affective.

Validité concourante et corrélations dimensionnelles

Les analyses corrélationnelles rapportées dans l’étude princeps démontrent un faisceau de relations statistiquement robustes et théoriquement cohérentes avec diverses mesures standardisées :

  • Association entre la dissociation et les croyances sur la dissociation : Des corrélations positives significatives ont été établies entre la sévérité des symptômes dissociatifs mesurés cliniquement et les scores aux croyances sur la dissociation, avec des coefficients r variant de 0,25 à 0,29 (p < 0,01). Bien que modérées, ces associations confirment que les croyances métacognitives constituent une dimension distincte mais étroitement articulée à l’intensité phénoménologique de la dissociation.
  • Lien entre dissociation et croyances relatives aux émotions : L’étude a révélé des corrélations fortes et significatives entre les manifestations dissociatives et les croyances métacognitives sur les émotions mesurées via l’Emotion and Regulation Beliefs Scale (ERBS), avec des valeurs de r s’échelonnant de 0,26 à 0,75. Ce résultat souligne l’intrication étroite entre l’évitement émotionnel et la propension à la déconnexion dissociative.
  • Relations avec la dérégulation émotionnelle (DERS) : Une association statistiquement robuste a été observée entre les difficultés globales de régulation émotionnelle (évaluées par l’échelle DERS de Gratz et Roemer) et les croyances négatives sur la dissociation, avec des coefficients de corrélation r compris entre 0,24 et 0,45. Les individus percevant la dissociation comme menaçante ou incontrôlable sont également ceux qui disposent des répertoires de régulation affective les plus altérés.
  • Associations avec la détresse psychologique globale : Des corrélations positives significatives ont été identifiées entre les croyances métacognitives et les scores de symptomatologie dépressive, anxieuse et post-traumatique (coefficients r variant de 0,07 à 0,28), ainsi qu’entre les croyances sur les émotions et les difficultés de régulation émotionnelle (r variant de 0,22 à 0,27).

Validité convergente et discriminante

La validité convergente est étayée par le fait que les croyances négatives sont spécifiquement corrélées avec les composantes d’hyperéveil et d’évitement du TSPT, corroborant l’hypothèse selon laquelle l’interprétation catastrophique de la dissociation majore l’état d’alerte physiologique. La validité discriminante est appuyée par la divergence relative entre les croyances positives et négatives, qui capturent des processus motivationnels et régulateurs distincts, ainsi que par la non-redondance statistique entre la mesure des croyances (DBS) et la mesure de fréquence des symptômes dissociatifs purs.

8. Fidélité / Reliability

Consistance interne

L’évaluation de la fidélité de l’Échelle des croyances sur la dissociation a été documentée par le calcul classique du coefficient alpha de Cronbach (α) ainsi que par le coefficient composite oméga de McDonald (ω), ce dernier étant particulièrement recommandé dans les contextes de modélisation factorielle multidimensionnelle et bifactorielle car il ne suppose pas l’équivalence tau des items.

Dimension / Facteur Nombre d’items Alpha de Cronbach (α) Oméga de McDonald (ω)
Croyances positives (Positive beliefs) 8 0,84 0,84
Croyances négatives (Negative beliefs) 8 0,80 0,80

Ces coefficients démontrent une consistance interne satisfaisante et homogène pour les deux sous-échelles dans l’échantillon clinique de référence, dépassant largement les seuils conventionnels d’acceptabilité psychométrique (fixés à 0,70 ou 0,80 pour les instruments utilisés en recherche et en pratique clinique diagnostique). L’égalité observée entre les coefficients alpha et oméga (0,84/0,84 et 0,80/0,80) témoigne d’une contribution équilibrée des items respectifs au sein de chaque sous-échelle.

Stabilité temporelle et fidélité test-retest

Bien que les données initiales de Vancappel et al. (2023) se soient focalisées sur la consistance interne transversale et la structure latente, les caractéristiques structurales stables des croyances métacognitives suggèrent une bonne stabilité à court terme en l’absence d’intervention psychothérapeutique ciblée. Les protocoles ultérieurs prévoient l’évaluation systématique de la fidélité test-retest par coefficient de corrélation intraclasse (CCI) sur des intervalles standardisés de deux à quatre semaines.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

La démarche psychométrique initiale a consisté à soumettre l’ensemble des items issus de l’analyse qualitative verbatim (Vancappel et al., 2022b) à une analyse factorielle exploratoire. Cette étape visait à réduire le nombre de propositions tout en isolant les items dotés de la plus forte saturation factorielle et de la meilleure clarté conceptuelle.

L’AFE finale a dégagé une solution bidimensionnelle claire, distinguant nettement le versant positif et le versant négatif des métacognitions dissociatives. Dans ce processus, les 8 items présentant les saturations les plus élevées pour chaque dimension respective ont été retenus, constituant ainsi la version finale à 16 items de la DBS :

  • Facteur 1 (Croyances positives) : Valeur propre (eigenvalue) = 4,32, expliquant 27,00 % de la variance totale.
  • Facteur 2 (Croyances négatives) : Valeur propre (eigenvalue) = 3,40, expliquant 21,24 % de la variance totale.
  • Variance cumulée expliquée : Les deux facteurs combinés expliquent 48,24 % de la variance globale observée dans les réponses des participants.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et modélisation bifactorielle

Dans un second temps, les auteurs ont soumis la structure obtenue à une validation confirmatoire rigoureuse par modélisation d’équations structurelles afin de tester l’adéquation de la structure aux données observées chez des patients souffrant de TSPT. Deux modèles concurrents ont été formellement comparés :

  1. Modèle à deux facteurs corrélés : Ce modèle classique séparant strictement la dimension négative et la dimension positive s’est avéré insuffisant au regard des standards psychométriques modernes d’ajustement :
    Chi² = 452 ; ddl = 104 ; p < 0,01 ; TLI = 0,83 ; CFI = 0,85 ; RMSEA = 0,08.
    Les indices comparatifs TLI et CFI se situant en deçà du seuil critique standard de 0,90, ce modèle à deux dimensions strictes a été rejeté.
  2. Modèle bifactoriel à trois facteurs (bifactor model) : Pour tenir compte du fait que les items partagent simultanément une variance commune globale relative à la tendance métacognitive dissociative et une variance spécifique liée à la valence (positive ou négative), une structure comprenant un facteur général et deux facteurs spécifiques orthogonaux a été testée. Ce modèle a révélé un ajustement statistiquement satisfaisant :
    Chi² = 241 ; ddl = 87 ; p < 0,01 ; TLI = 0,91 ; CFI = 0,93 ; RMSEA = 0,06.
Modèle testé Chi² (ddl) TLI CFI RMSEA Ajustement
Modèle 1 : 2 facteurs corrélés 452 (104)* 0,83 0,85 0,08 Insuffisant
Modèle 2 : Bifactoriel (1 général + 2 spécifiques) 241 (87)* 0,91 0,93 0,06 Bon ajustement

* Toutes les valeurs de Chi² sont significatives à p < 0,01. ddl = degrés de liberté ; TLI = Tucker-Lewis Index ; CFI = Comparative Fit Index ; RMSEA = Root Mean Square Error of Approximation.

Ce résultat épistémologique et statistique démontre que l’utilisation de la DBS autorise à la fois le calcul d’un score composite global (reflétant le degré général d’activité métacognitive liée à la dissociation) et l’utilisation indépendante des deux sous-scores spécifiques (croyances positives et négatives) pour le profilage clinique individuel.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle des croyances sur la dissociation (DBS) présente les spécifications techniques et d’administration suivantes :

  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté).
  • Format d’administration : Version papier-crayon originale ou administration informatisée sécurisée.
  • Nombre total d’items : 16 items concis et univoques.
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points graduée comme suit :
    • 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
    • 2 = En désaccord (Disagree)
    • 3 = Neutre / Ni en accord ni en désaccord (Neutral)
    • 4 = D’accord (Agree)
    • 5 = Fortement d’accord (Strongly agree)
  • Population cible : Adultes (hommes et femmes âgés de 18 ans et plus), incluant les jeunes adultes (18-29 ans), les adultes d’âge mûr (30-64 ans) et les personnes âgées (65 ans et plus), présentant des antécédents d’exposition traumatique, un TSPT ou des symptômes dissociatifs cliniques.
  • Langue d’origine et de validation : Français.
  • Structure des sous-échelles :
    • Sous-échelle Croyances positives : 8 items mesurant la fonction de protection, d’évitement ou de soulagement attribuée à la dissociation.
    • Sous-échelle Croyances négatives : 8 items mesurant la dangerosité perçue, la peur de perdre la raison et le caractère incontrôlable de la dissociation.
    • Score global : Somme cumulative des 16 items représentant la saillance métacognitive totale.
  • Modalités de cotation : Le calcul s’effectue en sommant les scores des items rattachés à chaque sous-échelle (scores compris entre 8 et 40 pour chaque dimension) et pour l’échelle globale (score total compris entre 16 et 80). Des scores élevés traduisent une adhésion plus forte aux croyances évaluées.
  • Durée moyenne de passation : Environ 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2023.
  • Statut des droits d’auteur : Droits détenus par les auteurs (Vancappel et al., 2023) et l’éditeur scientifique Cambridge University Press (au titre de la revue Behavioural and Cognitive Psychotherapy).
  • Utilisation commerciale : Non autorisée sans accord écrit explicite préalable des ayants droit.
  • Frais et redevances : L’accès et l’utilisation de l’échelle sont gratuits à des fins exclusives de recherche scientifique non commerciale et de pratique clinique non lucrative.
  • Modalités d’obtention et autorisations : Les chercheurs et praticiens souhaitant employer la version intégrale de l’échelle doivent s’adresser directement à l’auteur correspondant : Dr A. Vancappel, CHRU de Tours, Pôle de Psychiatrie-Addictologie, Courriel : [email protected].

12. Références / References

Les références ci-dessous constituent le corpus scientifique fondant le développement, la validation et les assises conceptuelles de la DBS :

  • Ehlers, A., & Clark, D. M. (2000). A cognitive model of posttraumatic stress disorder. Behaviour Research and Therapy, 38(4), 319–345. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(99)00123-0
  • Gratz, K. L., & Roemer, L. (2004). Multidimensional assessment of emotion regulation and dysregulation: Development, factor structure, and initial validation of the Difficulties in Emotion Regulation Scale. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 26(1), 41–54. https://doi.org/10.1023/B:JOBA.0000007455.08539.94
  • Holmes, E. A., Brown, R. J., Mansell, W., Fearon, R. P., Hunter, E. C., Frasquilho, F., & Oakley, D. A. (2005). Are there two qualitatively distinct forms of dissociation? A review and some clinical implications. Clinical Psychology Review, 25(1), 1–23. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2004.08.006
  • Van der Hart, O., Nijenhuis, E. R., & Steele, K. (2006). The Haunted Self: Structural Dissociation and the Treatment of Chronic Traumatization. W. W. Norton & Company.
  • Vancappel, A., Kerbage, H., Réveillère, C., & El Hage, W. (2022b). Exploration qualitative des croyances relatives à la dissociation chez les patients souffrant de trouble de stress post-traumatique. Journal Européen de Psychotraumatologie (Travaux préliminaires).
  • Vancappel, A., Kerbage, H., Réveillère, C., & El Hage, W. (2023). Validation of the French version of the Emotion and Regulation Beliefs Scale (ERBS) and Dissociation Belief Scale (DBS). Behavioural and Cognitive Psychotherapy, 51(4), 335–348. https://doi.org/10.1017/S1352465823000097
  • Wells, A. (2009). Metacognitive Therapy for Anxiety and Depression. Guilford Press.
  • Wells, A., & Matthews, G. (1996). Modelling cognition in emotional disorder: The S-REF model. Behaviour Research and Therapy, 34(11-12), 881–888. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(96)00050-2

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Veuillez lire attentivement chacune des affirmations ci-dessous et indiquer à quel point vous êtes d'accord ou en désaccord avec chacune d'elles concernant la dissociation (le fait de se sentir déconnecté de soi-même, de son corps ou de la réalité), en utilisant l'échelle de 1 (Pas du tout d'accord) à 5 (Totalement d'accord).
Response Scale: 5-point Likert scale (1 = Pas du tout d'accord / Strongly disagree to 5 = Totalement d'accord / Strongly agree)
1

Quand je me dissocie, j'ai peur de perdre complètement le contrôle de mes pensées.
2

La dissociation m'aide à supporter une détresse émotionnelle intolérable.
3

Si je me dissocie, j'ai peur de ne plus jamais redevenir moi-même.
4

Me couper de la réalité est le seul moyen que j'ai trouvé pour me protéger.
5

J'ai peur de devenir fou/folle lorsque je me dissocie.
6

La dissociation me permet d'éviter de ressentir des émotions douloureuses.
7

Quand je me détache de mon corps, j'ai peur de ne plus réussir à y revenir.
8

Se dissocier est une réaction réflexe sans laquelle je m'effondrerais psychologiquement.
9

Les épisodes dissociatifs risquent d'endommager irrémédiablement mon cerveau.
10

Quand les choses deviennent insupportables, la déconnexion me met en sécurité.
11

J'ai l'impression que la dissociation montre que mon esprit est défaillant ou détruit.
12

L'engourdissement émotionnel me protège des souvenirs traumatisants.
13

J'ai peur que mes pertes de contact avec la réalité soient définitives.
14

La dissociation est un bouclier indispensable pour amortir les chocs de la vie.
15

Le fait de me dissocier prouve que je suis psychologiquement vulnérable et anormal.
16

Me détacher de mes émotions me permet de continuer à fonctionner.
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Looti, M. (2026, octobre 14). Échelle des croyances sur la dissociation (DBS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-croyances-dissociation-dbs
Looti, Mohammed. “Échelle des croyances sur la dissociation (DBS).” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-croyances-dissociation-dbs.
Looti, Mohammed. “Échelle des croyances sur la dissociation (DBS).” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-croyances-dissociation-dbs.