Échelle des croyances compensatoires en santé

L’Échelle des croyances compensatoires en santé (Compensatory Health Beliefs Scale – CHBS), conçue par Bärbel Knäuper et ses collaborateurs (2004), est un instrument psychométrique de 17 items évaluant les croyances selon lesquelles un comportement nocif peut être neutralisé par un comportement bénéfique. Découvrez ses propriétés de validité et de fidélité ainsi que ses applications en psychologie de la santé.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle des croyances compensatoires en santé (en anglais, Compensatory Health Beliefs Scale – CHBS), conçue initialement par Bärbel Knäuper, Marjorie Rabiau, Orit Cohen et Nicole Patriciu en 2004, constitue un outil psychométrique de premier plan pour l’évaluation des mécanismes d’autorégulation cognitive et de justification comportementale dans le champ de la psychologie de la santé. L’instrument quantifie précisément la propension des individus à souscrire à des croyances compensatoires en santé (CCS), c’est-à-dire la conviction que les conséquences délétères d’un comportement nocif mais gratifiant (par exemple, consommer des aliments hypercaloriques, fumer, abuser de l’alcool ou subir un déficit chronique de sommeil) peuvent être neutralisées ou annulées par l’adoption subséquente ou concomitante d’un comportement salutogène (comme faire de l’exercice physique, consommer des édulcorants ou dormir davantage le week-end).

Composée de 17 items auto-rapportés, l’échelle opérationnalise le modèle théorique des croyances compensatoires élaboré pour expliquer l’échec du maintien des intentions de santé et la persistance des conduites à risque. Les participants évaluent leur niveau d’adhésion sur une échelle de réponse de type Likert en 5 points, allant de « Totally disagree » (Totalement en désaccord) à « Totally agree » (Totalement d’accord). D’un point de vue structural, les analyses factorielles révèlent une organisation multidimensionnelle articulée autour de quatre domaines comportementaux prépondérants : la régulation nutritionnelle et les régimes alimentaires, la consommation de substances psychoactives (tabac, alcool, caféine), la gestion du stress et du sommeil, et l’exercice physique compensatoire. L’instrument permet tant le calcul d’un score composite global que l’extraction de profils factoriels spécifiques.

Sur le plan psychométrique, la CHBS présente des qualités de fidélité et de validité particulièrement robustes, documentées dans de multiples cohortes internationales. La cohérence interne globale se situe généralement entre des coefficients alpha de Cronbach de 0,74 et 0,83 selon les populations étudiées, avec une stabilité temporelle satisfaisante lors des évaluations test-retest. La validité de construit, démontrée par analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, est appuyée par une validité convergente significative avec des construits tels que la dissonance cognitive, la tentation hédonique et la procrastination de santé, ainsi que par une validité prédictive établie quant aux rechutes dans les programmes d’abandon du tabac, les difficultés de gestion pondérale et la non-observance thérapeutique.

2. Mots-clés / Keywords

Croyances compensatoires en santé, autorégulation, dissonance cognitive, psychologie de la santé, comportements de santé, conflit motivationnel, gestion du stress, habitudes alimentaires, tabagisme, psychométrie, fidélité test-retest, validité factorielle.

3. Auteurs / Authors

L’Échelle des croyances compensatoires en santé a été développée et formalisée par une équipe de chercheurs rattachée au Département de psychologie de l’Université McGill à Montréal (Québec, Canada) :

  • Bärbel Knäuper, Ph.D. : Professeure titulaire en psychologie de la santé et directrice du laboratoire Health Psychology Laboratory au Département de psychologie de l’Université McGill. Spécialiste de renommée internationale en autorégulation des comportements de santé, formation des habitudes et interventions motivationnelles. Courriel académique : [email protected].
  • Marjorie Rabiau, Ph.D. : Psychologue clinicienne, professeure agrégée à l’École de travail social de l’Université McGill et co-développeuse du modèle conceptuel des croyances compensatoires (CHB Model).
  • Orit Cohen, M.A. / Ph.D. : Chercheuse et collaboratrice clinique ayant participé aux protocoles initiaux de validation psychométrique et au recueil de données expérimentales à l’Université McGill.
  • Nicole Patriciu, B.A. / M.Sc. : Co-auteure et assistante de recherche associée aux analyses psychométriques fondamentales publiées dans l’étude princeps de 2004.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la Compensatory Health Beliefs Scale (CHBS) est de mesurer de manière standardisée, fiable et valide l’adhésion d’un individu à des croyances cognitives selon lesquelles les effets néfastes d’un comportement préjudiciable à la santé peuvent être contrebalancés, compensés ou neutralisés par l’exécution d’un autre comportement bénéfique. Dans les modèles traditionnels de changement de comportement en santé, tels que le Health Belief Model (Rosenstock, 1974) ou la théorie du comportement planifié (Ajzen, 1991), l’écart persistant entre l’intention d’adopter une conduite saine et sa mise en œuvre effective — communément théorisé sous le concept d’intention-behavior gap (fossé intention-comportement) — demeurait partiellement inexpliqué. La CHBS a été conçue pour capturer empiriquement le mécanisme cognitif régulateur qui comble ce vide en offrant une justification rationnelle apparente à la transgression comportementale.

Sur le plan conceptuel et théorique, la CHBS vise à opérationnaliser le principe hédonique et le conflit motivationnel qui surgit lorsque les désirs immédiats de gratification entrent en collision directe avec des objectifs de santé à long terme. L’individu utilise fréquemment les croyances compensatoires comme un mécanisme d’ajustement préventif ou réactif pour neutraliser la tension psychologique et le sentiment de culpabilité consécutifs au relâchement de l’autodiscipline. La mesure de ces croyances fournit ainsi une explication mécaniste fine quant aux raisons pour lesquelles des individus hautement informés des risques sanitaires persistent dans des conduites dysfonctionnelles sans éprouver une rupture subjective de leur sentiment de compétence ou de cohérence morale.

Dans le domaine de la recherche scientifique, la CHBS sert d’instrument pivot pour tester des modèles de médiation et de modération dans des études épidémiologiques et d’intervention comportementale. Elle permet d’étudier comment l’activation automatique ou délibérée de ces croyances compromet la persistance dans des programmes de perte de poids, diminue l’assiduité dans les protocoles d’activité physique prescrite, favorise les rechutes chez les fumeurs en cours de sevrage, ou justifie les épisodes de consommation excessive d’alcool (binge drinking) chez les jeunes adultes. L’échelle est également employée pour analyser l’efficacité de messages préventifs, en montrant par exemple que des campagnes axées unilatéralement sur la compensation peuvent involontairement renforcer les comportements à risque.

Au niveau des applications cliniques et de la psychothérapie, la CHBS offre un levier diagnostique et thérapeutique majeur. Dans le cadre des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), de l’entretien motivationnel et de la prise en charge des maladies chroniques (diabète de type 2, hypertension artérielle, obésité métabolique), l’identification des croyances compensatoires spécifiques du patient permet au praticien de restructurer les distorsions cognitives sous-jacentes. En pointant du doigt les croyances physiologiquement erronées (par exemple, croire que consommer une salade efface l’effet mutagène et cardiovasculaire de la cigarette), le clinicien aide le patient à désamorcer les stratégies de complaisance auto-justificatrice, favorisant une prise de responsabilité réaliste et durable.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la CHBS s’ancre dans la structure des schémas cognitifs de santé et des processus de régulation du soi. Une croyance compensatoire en santé se définit précisément comme une attente conditionnelle selon laquelle une action préjudiciable pour l’organisme peut être moralement ou biologiquement « neutralisée » par une action bénéfique ultérieure ou passée. Ce construit n’est pas réductible à une simple ignorance des risques médicaux : au contraire, les individus adhérant à ces croyances reconnaissent généralement la nocivité intrinsèque du comportement indésirable, mais mobilisent une logique de compensation bilancielle où la santé est traitée comme un compte bancaire imaginaire fonctionnant par crédits et débits métaboliques.

Bien que la CHBS soit fréquemment exploitée comme un score unidimensionnel d’inclination générale à la compensation, elle englobe quatre dimensions comportementales distinctes et interconnectées qui reflètent les sphères majeures de la vie quotidienne :

1. Régulation nutritionnelle, alimentation et gestion des régimes

Cette dimension capture les croyances relatives à la neutralisation des excès caloriques ou des déséquilibres diététiques par des privations compensatoires ou l’usage de substituts artificiels. Elle regroupe des items qui postulent qu’omettre un plat principal permet de consommer un dessert copieux (item 6), que l’usage d’édulcorants artificiels annule l’impact d’un surplus calorique (item 2), que l’on peut manger sans modération le soir si l’on a jeûné durant la journée (item 8), que sauter le petit-déjeuner est acceptable si l’apport est reporté au déjeuner ou au dîner (item 14), ou encore que l’abandon momentané d’un régime restrictif sera intégralement compensé par la reprise stricte d’une nouvelle diète le lendemain (item 12). Cette dernière croyance illustre parfaitement le piège cognitif du phénomène de « rupture de barrage » (effet what-the-hell), où la promesse d’une compensation future désinhibe la compulsion alimentaire présente.

2. Consommation de substances psychoactives et toxiques

Cette sous-dimension évalue les justifications entourant l’usage du tabac, de l’alcool et des boissons stimulantes comme le café. Les individus adhérant à ces croyances postulent qu’un comportement préventif ou détoxifiant peut immuniser le système biologique contre les toxines exogènes. Les croyances ciblées comprennent l’idée que l’exercice physique annule les dommages vasculaires et pulmonaires causés par le tabagisme (item 3), que fumer occasionnellement ne pose aucun problème si l’on maintient par ailleurs une alimentation saine (item 17), que s’abstenir de boire de l’alcool en semaine efface les dommages hépatiques et neurotoxiques d’une consommation massive le week-end (item 5), qu’une alimentation saine neutralise la toxicité d’une consommation régulière d’alcool (item 9), que boire abondamment de l’eau permet d’évacuer et d’épurer l’alcool ingéré sans séquelles (item 16), ou encore que les effets stimulants de la caféine peuvent être exactement contrebalancés par des volumes équivalents d’eau (item 13).

3. Sommeil et récupération chronobiologique

Cette dimension sonde la croyance en une plasticité illimitée de la dette de sommeil et de l’architecture circadienne. Elle quantifie l’idée selon laquelle les heures de repos nocturne manquantes au cours des jours ouvrés peuvent être indéfiniment « remboursées » par des sessions de sommeil prolongées en fin de semaine (item 10), ou qu’il est anodin de se coucher tardivement du moment que l’on prolonge son réveil le lendemain matin, en se basant sur le postulat purement quantitatif que « seul le nombre brut d’heures compte » (item 4). Ces croyances négligent l’importance de la régularité du rythme veille-sommeil et favorisent le phénomène de décalage horaire social (social jetlag).

4. Gestion du stress et relaxation

Cette composante explore les mécanismes cognitifs destinés à neutraliser l’impact délétère de l’épuisement nerveux, de la surcharge mentale et du stress professionnel aigu ou chronique. Les items mesurent l’acceptation de l’idée selon laquelle la détente durant les jours de repos du week-end est capable de compenser intégralement les agressions allostatiques endurées tout au long de la semaine (item 1), que s’installer passivement devant la télévision compense les dommages physiologiques d’une journée éprouvante (item 7), que l’exercice physique actif élimine à lui seul les conséquences nocives du stress (item 11), ou plus largement que le sommeil réparateur compense mécaniquement l’état de stress (item 15).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement de la CHBS prend racine au confluent de deux théories majeures des sciences psychologiques : la théorie de la dissonance cognitive formulée par Leon Festinger (1957) et le modèle des croyances compensatoires en santé formalisé par Rabiau, Knäuper et Miquelon (2006).

Selon la théorie de Festinger, lorsque survient une incompatibilité manifeste entre deux cognitions (par exemple, « je sais que fumer provoque des maladies incurables » et « je suis en train d’allumer une cigarette »), ou entre une cognition et une action, l’individu fait l’expérience d’un état d’inconfort affectif et motivationnel aversif nommé dissonance cognitive. Cet état de tension psychique pousse l’organisme à mettre en œuvre des stratégies d’adaptation pour restaurer la consonance. L’individu dispose classiquement de trois voies :

  1. Modifier son comportement effectif (cesser immédiatement de fumer).
  2. Modifier sa cognition relative au risque (nier la nocivité du tabac en adoptant un biais d’optimisme irréaliste).
  3. Ajouter de nouvelles cognitions dites consonantes pour justifier et réconcilier l’écart.

Le modèle CHB postule que les croyances compensatoires constituent précisément cette troisième modalité de réduction de la dissonance. Lorsqu’un individu est confronté à un conflit motivationnel entre un désir hédonique immédiat (le plaisir de manger une pâtisserie) et un but de santé distak (maintenir un profil lipidique adéquat), la simple intention ou promesse mentale d’adopter ultérieurement une conduite salutogène (« je ferai 45 minutes de course à pied demain matin ») permet de désactiver immédiatement la dissonance aversive sans avoir à renoncer à la gratification présente.

Ce processus d’autorégulation déficiente repose également sur les concepts de licence morale (moral licensing, Khan & Dhar, 2006) et d’équilibrage des buts (goal balancing, Fishbach & Dhar, 2005). Dans ces paradigmes, la progression perçue vers un objectif moral ou sanitaire octroie à l’individu une autorisation implicite de céder à une tentation inductive de culpabilité. Toutefois, la spécificité clinique des croyances compensatoires réside dans leur caractère hautement asymétrique et souvent illusoire : dans la réalité physiologique, la plupart des conduites saines ne possèdent pas le pouvoir d’effacer les dommages causés par les toxiques ou les surcharges caloriques. Par exemple, faire du jogging ne répare pas l’endothélium lésé par les goudrons du tabac. De surcroît, les recherches longitudinales démontrent avec constance que la conduite compensatoire promise pour l’avenir est très rarement exécutée une fois la tentation consommée, aboutissant à une dégradation progressive des paramètres de santé objective.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Échelle des croyances compensatoires en santé a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques couvrant la validité de contenu, la validité de construit, la validité convergente, la validité discriminante et la validité prédictive.

Validité de contenu et d’apparence

Lors de la création initiale de l’instrument par Knäuper et ses collaborateurs (2004), un corpus initial étendu d’items a été généré à partir d’entretiens qualitatifs et de focus groups conduits auprès d’adultes confrontés à des choix diététiques, sportifs et sanitaires. Des experts en médecine comportementale et en psychométrie ont ensuite évalué la clarté sémantique, la représentativité et la pertinence de chaque énoncé pour éliminer les formulations ambiguës ou redondantes, aboutissant à la sélection finale des 17 énoncés optimaux qui couvrent exhaustivement les domaines cibles.

Validité convergente et corrélative

La validité convergente de la CHBS a été attestée par ses corrélations statistiquement significatives avec des construits psychologiques théoriquement proches. Les études démontrent que les scores élevés à la CHBS sont positivement corrélés avec :

  • Les mesures de procrastination générale et de procrastination en matière de santé (r variant de 0,31 à 0,46, p < 0,001).
  • Les traits d’impulsivité et la sensibilité à la récompense immédiate mesurés par les échelles de type BIS/BAS (Behavioral Inhibition / Behavioral Activation Scales).
  • L’externalité du lieu de contrôle de la santé (Health Locus of Control), les individus croyant à la compensation reportant souvent la responsabilité de leur état sur des contingences mécaniques ou externes.
  • Le sentiment d’auto-efficacité réduit lorsqu’il s’agit de résister aux tentations hédoniques.

Validité discriminante

La CHBS démontre une excellente validité discriminante vis-à-vis des connaissances réelles en matière de santé et de nutrition. Les recherches indiquent que les scores à la CHBS ne sont que faiblement corrélés, voire indépendants, du niveau de littératie en santé factuelle (r < -0,12, non significatif), ce qui prouve que l’adhésion aux croyances compensatoires ne résulte pas simplement d’un manque d’information médicale, mais bien d’un biais cognitivo-motivationnel actif. De même, les corrélations avec la désirabilité sociale (évaluée notamment via l’échelle de Marlowe-Crowne) sont quasi nulles (r compris entre -0,05 et 0,08), confirmant que les répondants n’adaptent pas leurs réponses pour projeter une image favorable.

Validité prédictive et écologique

La validité prédictive de l’instrument est particulièrement bien étayée :

  • Dans le domaine nutritionnel, les scores élevés à la CHBS prédisent significativement une consommation accrue d’en-cas riches en lipides et en sucres lors d’épreuves de laboratoire, indépendamment du niveau de faim perçu (Rabiau et al., 2006 ; Kronick & Knäuper, 2010).
  • Dans des protocoles longitudinaux de suivi de perte de poids, les individus ayant une adhésion initiale marquée aux croyances compensatoires présentent un taux d’abandon du programme supérieur et une reprise pondérale plus rapide à 6 et 12 mois.
  • Dans les études sur l’abandon du tabac (Radtke et al., 2011), un score élevé à la sous-échelle substances prédit une probabilité significativement réduite de succès du sevrage à 6 mois (odds ratio ajusté = 0,64, p < 0,01), le tabagisme étant maintenu sous prétexte de la pratique sportive ou d’une bonne alimentation.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle des croyances compensatoires en santé a été examinée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle (test-retest).

Cohérence interne

Dans l’échantillon initial de validation publié par Knäuper, Rabiau, Cohen et Patriciu (2004), regroupant des cohortes d’étudiants universitaires et d’adultes issus de la communauté générale (N = 384), l’échelle globale de 17 items a affiché un coefficient alpha de Cronbach de 0,80, témoignant d’une très bonne homogénéité des items sans redondance excessive. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnaient de 0,28 à 0,56, chaque item contribuant positivement à la variance du construit total.

Les versions et adaptations internationales ont rapporté des indices de cohérence similaires :

  • Dans l’adaptation allemande de Radtke et al. (2010), l’alpha global était de 0,82, avec des coefficients pour les sous-domaines oscillant entre 0,68 et 0,78.
  • Dans les études longitudinales auprès de patients diabétiques ou en réadaptation cardiaque, le coefficient oméga de McDonald (ω) a confirmé cette robustesse avec des valeurs moyennes comprises entre 0,81 et 0,84.
  • Certaines sous-échelles très courtes (comportant 2 à 3 items, comme celle du sommeil ou de la caféine) présentent des alphas de Cronbach plus modestes (entre 0,61 et 0,69), ce qui reflète mathématiquement le faible nombre d’items constituant ces micro-dimensions plutôt qu’un défaut structurel intrinsèque.

Stabilité test-retest

La stabilité temporelle a été testée auprès d’un sous-échantillon de participants réévalués après un intervalle de quatre semaines (Knäuper et al., 2004). Le coefficient de corrélation intra-classe (CCI) pour le score global a atteint r = 0,75 (p < 0,001), attestant que les croyances compensatoires fonctionnent comme des traits cognitifs relativement stables et durables, tout en conservant une sensibilité aux interventions éducatives ou thérapeutiques ciblées.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La configuration factorielle de la CHBS a été initialement explorée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) avec rotation oblique (Promax ou Oblimin), partant du postulat clinique que les différentes sphères de croyances compensatoires sont modérément corrélées entre elles au sein d’une propension autorégulatrice globale.

Structure exploratoire initiale

L’extraction factorielle basée sur le critère de Kaiser (valeurs propres > 1,0) et l’examen du diagramme d’éboulis de Cattell ont mis en évidence quatre facteurs principaux expliquant ensemble plus de 48 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Régulation nutritionnelle et diètes (items 2, 6, 8, 12, 14), expliquant la plus forte proportion de variance (environ 18 %). Les saturations factorielles des items sur ce facteur sont particulièrement nettes, variant de 0,48 à 0,72.
  • Facteur 2 : Consommation de substances (items 3, 5, 9, 13, 16, 17), avec des saturations factorielles s’échelonnant de 0,42 à 0,69.
  • Facteur 3 : Sommeil et récupération (items 4, 10), centré sur la compensation des dettes chronobiologiques, avec de fortes saturations (> 0,65).
  • Facteur 4 : Stress et relaxation (items 1, 7, 11, 15), regroupant la neutralisation du stress par le repos, la télévision ou l’exercice (saturations comprises entre 0,41 et 0,64).

Modélisation confirmatoire (AFC)

Des analyses factorielles confirmatoires ultérieures (notamment celles de Radtke, Scholz, Keller, Knäuper, & Hornung, 2010) ont comparé plusieurs modèles concurrents :

  1. Un modèle strictement unidimensionnel (où les 17 items chargent sur un unique facteur général de croyances compensatoires).
  2. Un modèle à 4 facteurs corrélés de premier ordre.
  3. Un modèle hiérarchique de second ordre, postulant un facteur général de croyances compensatoires qui sous-tend les 4 sous-domaines comportementaux spécifiques.

Les indices d’ajustement structurel démontrent la supériorité statistique du modèle hiérarchique de second ordre et du modèle à 4 facteurs corrélés par rapport au modèle strictement unidimensionnel :

  • Le ratio χ²/df est généralement inférieur au seuil recommandé de 2,5.
  • Le Comparative Fit Index (CFI) et le Tucker-Lewis Index (TLI) atteignent des valeurs satisfaisantes supérieures à 0,92 (souvent > 0,94).
  • Le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) se situe entre 0,042 et 0,056 (avec un intervalle de confiance à 90 % excluant 0,08), confirmant un ajustement optimal aux données empiriques.
  • Le Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) demeure inférieur à 0,05.

Ces résultats valident l’usage pratique de l’instrument : les chercheurs et cliniciens peuvent légitimement calculer un score total unique représentatif de l’inclination générale du sujet à mobiliser des justifications compensatoires, tout en analysant séparément les scores des 4 sous-échelles pour cibler des profils comportementaux spécifiques.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (self-report inventory).
  • Format d’administration : Papier-crayon, plateforme en ligne ou évaluation intégrée sur support numérique/tablette.
  • Nombre d’items : 17 énoncés fermés rédigés à la troisième personne (« on », « il ») ou de manière impersonnelle pour minimiser la résistance défensive et la désirabilité sociale.
  • Format de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points, comprenant les ancrages verbaux originaux suivants :
    • 1 = Totally disagree (Totalement en désaccord)
    • 2 = Somewhat disagree (Plutôt en désaccord)
    • 3 = Neither agree nor disagree (Ni en désaccord ni d’accord / Neutre)
    • 4 = Somewhat agree (Plutôt d’accord)
    • 5 = Totally agree (Totalement d’accord)
  • Directives de cotation (Scoring) :
    • Tous les 17 items sont formulés dans le sens direct du construit (aucun item inversé).
    • Le score global de la CHBS est obtenu soit en sommant l’ensemble des réponses (score brut variant de 17 à 85 points), soit en calculant la moyenne arithmétique de l’ensemble des items (score moyen variant de 1,00 à 5,00).
    • Des scores de sous-domaines peuvent être calculés par moyenne arithmétique des items affiliés :
      • Régulation nutritionnelle : Moyenne des items 2, 6, 8, 12, 14.
      • Consommation de substances : Moyenne des items 3, 5, 9, 13, 16, 17.
      • Sommeil et repos : Moyenne des items 4, 10.
      • Stress et relaxation : Moyenne des items 1, 7, 11, 15.
    • Interprétation clinique : Plus le score obtenu est élevé, plus l’individu adhère à des croyances compensatoires en santé, signalant un risque accru d’autorégulation inefficace, de transgression des règles sanitaires et de vulnérabilité aux rechutes comportementales.
  • Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2004 (article princeps publié dans la revue internationale Psychology & Health).
  • Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les droits scientifiques appartiennent aux auteurs (Bärbel Knäuper, Marjorie Rabiau, Orit Cohen et Nicole Patriciu) ainsi qu’à la maison d’édition savante Taylor & Francis / Routledge.
  • Tarifs d’utilisation : L’échelle est mise à la disposition gratuite des chercheurs, cliniciens et universitaires à des fins d’enseignement, d’évaluation diagnostique individuelle ou de recherche non commerciale (accès ouvert à des fins académiques).
  • Conditions d’utilisation : Aucune redevance financière n’est requise pour un usage clinique direct ou académique, sous réserve de citer scrupuleusement l’article princeps de référence (Knäuper et al., 2004). Pour toute reproduction éditoriale intégrale dans un ouvrage commercial ou une intégration logicielle propriétaire à but lucratif, une autorisation préalable doit être sollicitée auprès de l’éditeur ou de l’auteure principale.

12. Références / References

Voici les références bibliographiques académiques structurées selon les normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Different people believe different things about their health. Below is a list of beliefs that someone might have about staying healthy. Please read each sentence carefully and tell us how much you agree or disagree with it by putting an “X” on one of the following responses: Totally disagree; Somewhat disagree; Neither agree nor disagree; Somewhat agree; or Totally agree. Remember that there are no right or wrong answers, because everybody believes different things.
1

Relaxing on the weekend can make up for stress during the week.
2

Using artificial sweeteners compensates for extra calories.
3

Exercising can compensate for smoking.
4

It is OK to go to bed late if one can sleep longer the next morning (only the number of hours count).
5

Not drinking alcohol during the week can make up for the effects of drinking too much alcohol during the weekend.
6

Skipping the main dish can make up for eating dessert.
7

Relaxing in front of the TV can compensate for a stressful day.
8

Eating whatever one wants in the evening is OK if one did not eat much during the day.
9

Eating healthy can make up for the effects of regularly drinking alcohol.
10

Sleeping in on the weekends can compensate for too little sleep during the week.
11

Exercising can make up for the bad effects of stress.
12

Starting a new diet tomorrow compensates for breaking a diet today.
13

The effects of drinking coffee can be balanced by drinking equal amounts of water.
14

It is OK to skip breakfast if one eats more during lunch or dinner.
15

Sleep compensates for stress.
16

It is alright to drink a lot of alcohol as long as one drinks lots of water to flush it.
17

Smoking from time to time is OK if one eats healthy.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Échelle des croyances compensatoires en santé. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-croyances-compensatoires-sante-chbs
Looti, Mohammed. “Échelle des croyances compensatoires en santé.” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-croyances-compensatoires-sante-chbs.
Looti, Mohammed. “Échelle des croyances compensatoires en santé.” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-croyances-compensatoires-sante-chbs.