1. Résumé
L’Échelle de craving momentané pour le cannabis (Momentary Cannabis Craving Scale ou MCCS), élaborée et validée par Davis et ses collaborateurs (2025), constitue un instrument psychométrique novateur expressément conçu pour évaluer l’intensité et la nature multidimensionnelle de l’envie irrépressible de consommer du cannabis en temps réel. S’inscrivant dans le paradigme méthodologique de l’évaluation écologique momentanée (Ecological Momentary Assessment, ou EMA), cette échelle capture les fluctuations intra-individuelles dynamiques du craving au sein de l’environnement naturel des usagers, réduisant ainsi les biais rétrospectifs inhérents aux questionnaires rétrospectifs conventionnels administrés en laboratoire ou en clinique.
Initialement développée à partir d’un ensemble de huit items dérivés du questionnaire de référence Marijuana Craving Questionnaire-Short Form (MCQ-SF ; Heishman et al., 2009) et d’autres travaux ciblant le besoin impérieux à haute intensité (Buckner et al., 2011 ; Gray et al., 2008 ; Cox et al., 2001), l’échelle finale a été raffinée à 6 items à la suite d’analyses factorielles confirmatoires et exploratoires multiniveaux. Les analyses psychométriques mettent en évidence une structure bifactorielle cohérente opérant à la fois au niveau intra-individuel (within-person) et au niveau interindividuel (between-person). Les deux dimensions sous-jacentes isolées correspondent respectivement : (1) à l’intentionnalité ou au désir général d’usage (Purposefulness/General Desire to Use), reflétant l’attente hédonique et la motivation orientée vers la recherche du produit ; et (2) à l’affect négatif ou l’émotivité (Negative Affect/Emotionality), caractérisant le craving motivé par la régulation émotionnelle négative et la recherche de soulagement face à l’anxiété et la tension.
Les items sont évalués au moyen d’une échelle de type Likert en 7 points allant de « Strongly disagree » (Fortement en désaccord) à « Strongly agree » (Fortement d’accord). Administrée auprès d’un échantillon d’adultes émergents (âgés de 18 à 21 ans) rapportant un usage fréquent du cannabis (au moins trois fois par semaine), l’échelle a démontré d’excellents indices d’ajustement multiniveaux (χ²(8) = 23,862, RMSEA = 0,032, SRMR intra/inter = 0,007/0,007, CFI = 0,998, TLI = 0,993) ainsi qu’une remarquable validité convergente avec la réactivité aux indices contextuels, la symptomatologie du trouble de l’usage de substances, l’affectivité négative et l’impulsivité.
2. Mots-clés
Cannabis, craving momentané, évaluation écologique momentanée (EMA), adultes émergents, affect négatif, intentionnalité psychologique, psychométrie multiniveau, validité convergente, régulation émotionnelle, assuétude.
3. Auteurs
L’échelle a été développée et validée par une équipe pluridisciplinaire d’experts en psychologie clinique, en addictologie et en méthodologie statistique :
- Christal N. Davis, Ph.D. (Auteure correspondante) — Ralph H. Johnson VA Medical Center, Charleston, Caroline du Sud, États-Unis. ORCID : 0000-0003-3974-5598. Courriel : [email protected].
- Kathryn S. Gex — Medical University of South Carolina (MUSC), Charleston, Caroline du Sud, États-Unis.
- Lindsay M. Squeglia, Ph.D. — Medical University of South Carolina (MUSC), Charleston, Caroline du Sud, États-Unis.
- Timothy J. Trull, Ph.D. — Department of Psychological Sciences, University of Missouri, Columbia, Missouri, États-Unis. ORCID : 0000-0001-9935-7939.
- Denis M. McCarthy, Ph.D. — Department of Psychological Sciences, University of Missouri, Columbia, Missouri, États-Unis.
- Nathaniel L. Baker, M.S. — Ralph H. Johnson VA Medical Center, Charleston, Caroline du Sud, États-Unis.
- Kevin M. Gray, M.D. — Medical University of South Carolina (MUSC), Charleston, Caroline du Sud, États-Unis.
- Aimee L. McRae-Clark, Pharm.D. — Ralph H. Johnson VA Medical Center et Medical University of South Carolina, Charleston, Caroline du Sud, États-Unis.
- Rachel L. Tomko, Ph.D. — Medical University of South Carolina (MUSC), Charleston, Caroline du Sud, États-Unis.
4. Objectif
Le craving, défini comme le désir obsédant, intense ou compulsif de s’administrer une substance psychoactive, est reconnu par le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) comme l’un des critères cardinaux des troubles liés à l’usage de substances. Bien que les instruments psychométriques rétrospectifs traditionnels, tels que le Marijuana Craving Questionnaire (MCQ), capturent de manière adéquate les tendances globales ou les niveaux moyens de craving sur des périodes prolongées (ex. au cours des sept derniers jours ou au cours du mois écoulé), ils sont intrinsèquement limités par des biais cognitifs majeurs : le biais de rappel rétrospectif, les effets de récence et la propension des individus à surestimer ou sous-estimer leurs états affectifs passés en fonction de leur humeur actuelle.
L’objectif fondamental de la Momentary Cannabis Craving Scale (MCCS) est de remédier à ces limites méthodologiques en proposant un outil ultracourt, psychométriquement rigoureux et adapté aux protocoles d’évaluation écologique momentanée (EMA) administrés via des téléphones intelligents ou des dispositifs numériques portables. Cette approche permet de recueillir des données répétées en temps réel dans les contextes de vie naturelle des usagers, capturant ainsi les oscillations transitoires et situationnelles du désir de cannabis.
La période développementale de l’adulte émergent (18 à 25 ans) se caractérise par des transitions psychosociales substantielles, une neurobiologie fronto-striatale encore en maturation et les taux de prévalence d’usage problématique de cannabis les plus élevés. Dans cette population cible, le craving ne représente pas un trait psychologique statique, mais plutôt un état fluctuant influencé par des inducteurs environnementaux (ex. présence de pairs, exposition à des indices sensoriels du produit), des événements stresseurs interpersonnels et des vagues aiguës d’affects négatifs. L’objectif clinique et empirique de la MCCS est double :
- Sur le plan de la recherche empirique : Dissocier empiriquement la variabilité intra-individuelle (les déterminants immédiats qui précipitent une hausse du craving à un moment précis chez un participant donné) de la variabilité interindividuelle (les caractéristiques stables qui différencient les usagers chroniques sévères des usagers occasionnels). Elle permet de modéliser avec précision les chaînes causales précédant immédiatement les épisodes de consommation ou les rechutes.
- Sur le plan clinique et interventionnel : Faciliter le déploiement d’interventions adaptatives just-in-time (Just-In-Time Adaptive Interventions, JITAI). En détectant l’émergence d’un pic de craving momentané, les algorithmes thérapeutiques mobiles peuvent déclencher en temps réel des stratégies de régulation émotionnelle, des exercices de restructuration cognitive ou des modules de prévention de la rechute adaptés au type spécifique de craving éprouvé (besoin de soulagement versus désir d’amplification du plaisir).
5. Construit psychologique
Le craving pour le cannabis est un construit psychologique multidimensionnel englobant des composantes cognitives, affectives, physiologiques et comportementales. Historiquement conceptualisé comme un état unitaire, la recherche moderne a démontré que l’envie impérieuse procède de circuits motivationnels distincts. La MCCS opérationnalise ce construit à travers une structure à deux facteurs interdépendants mais conceptuellement distincts, validés au niveau intra- et interindividuel :
Facteur 1 : Intentionnalité et désir général d’usage (Purposefulness/General Desire to Use)
Cette dimension reflète la motivation orientée vers l’approche hédonique, la planification intentionnelle et l’anticipation positive des propriétés gratifiantes et renforçatrices du cannabis. Elle correspond aux processus d’appétence pure guidés par le renforcement positif, théorisés dans les modèles neurobiologiques de la sensibilisation motivationnelle (Berridge & Robinson, 2016). Les usagers anticipent le plaisir, la détente agréable ou la facilitation sociale associés à la consommation.
- Item 1 : « It would be great to smoke cannabis right now. » Cet énoncé mesure l’attente hédonique immédiate et l’évaluation positive saillante de l’action de consommer dans l’instant présent.
- Item 3 : « Smoking cannabis would be pleasant right now. » Cet item évalue explicitement l’anticipation de la valence affective agréable issue de l’administration du produit.
- Item 4 : « I have a desire to use cannabis right now. » Il quantifie la sensation consciente du désir appétitif et l’intentionnalité d’agir orientée vers le comportement de consommation.
Facteur 2 : Affect négatif et émotivité (Negative Affect/Emotionality)
Ce second facteur opérationnalise le craving découlant du renforcement négatif, où le cannabis est envisagé comme un moyen d’adaptation pharmacologique (coping) destiné à neutraliser, échapper ou soulager des états aversifs internes tels que la détresse, la tension somatique, l’anxiété ou le sentiment de perte de contrôle. Ce construit est particulièrement prédictif de l’escalade vers un trouble de l’usage sévère, reflétant la transition d’un usage récréatif orienté vers le plaisir à une consommation compulsive orientée vers la régulation homéostatique.
- Item 2 : « I would feel more in control of things right now if I could smoke cannabis. » Cet item évalue le recours cognitif perçu au produit pour restaurer un sentiment d’auto-efficacité et de contrôle personnel face à un environnement perçu comme déstabilisant.
- Item 5 : « If I smoked cannabis right now, I would feel less tense. » Il cible spécifiquement la dimension somato-émotionnelle de la tension interne et l’anticipation d’une détente myorelaxante ou d’un apaisement du système nerveux autonome.
- Item 6 : « I would feel less anxious if I smoked cannabis right now. » Cet énoncé mesure l’attente spécifique d’un soulagement de l’anxiété subjective et de l’hyperactivation émotionnelle désagréable.
En dissociant ces deux voies, la MCCS permet aux psychologues et cliniciens de cartographier la phénoménologie précise du craving momentané, fournissant un profil dynamique des forces motivationnelles sous-jacentes à chaque moment d’évaluation.
6. Cadre théorique
L’élaboration de la MCCS s’articule autour de plusieurs théories fondamentales de la psychologie de l’addiction et des neurosciences cognitives :
1. Le modèle motivationnel de la consommation de substances (Cox & Klinger)
Selon le modèle décisionnel et motivationnel de Cox et Klinger (1988), la décision de consommer une substance repose sur l’équilibre perçu entre les conséquences affectives positives anticipées (renforcement positif) et l’élimination des conséquences affectives négatives (renforcement négatif). La MCCS formalise précisément cette dichotomie fondamentale à travers ses deux sous-échelles d’intentionnalité/plaisir et d’émotivité/affect négatif, reliant directement la mesure momentanée aux systèmes motivationnels d’approche et d’évitement.
2. La théorie de la sensibilisation motivationnelle (Robinson & Berridge)
La théorie de la sensibilisation motivationnelle (Incentive-Sensitization Theory) stipule que l’exposition répétée aux drogues sensibilise de manière durable les circuits dopaminergiques mésolimbiques, découplant l’attrait motivationnel ou le « vouloir » (wanting / craving) du plaisir réel ressenti lors de la consommation ou du « plaisir » (liking). Dans ce cadre, la MCCS capture la manifestation subjective de ce système motivationnel sensibilisé en réponse à des déclencheurs momentanés de l’environnement, se traduisant par une impulsion saillante à consommer (Items 1, 3 et 4).
3. Le modèle allostatique et de renforcement négatif de l’addiction (Koob & Le Moal)
Le modèle neurobiologique de George Koob et Michel Le Moal met en lumière le cycle de l’addiction caractérisé par trois étapes : l’hyperconsommation hédonique (binge/intoxication), le retrait/affect négatif (withdrawal/negative affect), et la préoccupation/anticipation (preoccupation/anticipation). Au fil de la chronicisation, un état émotionnel aversif persistant (la « sombre face » de l’addiction, régie par l’hyperactivation de l’axe corticotrope et du système de l’amygdale étendue) motive la reprise de la substance pour atténuer la dysrégulation interne. Le second facteur de la MCCS (« Negative Affect/Emotionality ») constitue l’opérationnalisation directe au niveau momentané de ce mécanisme allostatique.
4. Le modèle cognitif du craving (Tiffany)
Le modèle de traitement de l’information de Stephen Tiffany (1990) propose que la consommation récurrente de drogue devient une séquence comportementale hautement automatisée. Le craving subjectif conscient émerge principalement lorsque ce schéma automatisé est bloqué ou contrarié, ou lorsqu’un effort conscient est requis pour réguler un état émotionnel perturbateur. La MCCS mesure l’accessibilité cognitive de ces attentes de soulagement et d’action au moment exact où les demandes de la situation sollicitent des ressources de contrôle cognitif.
7. Validité
La validité psychométrique de la MCCS a été documentée de manière approfondie par Davis et al. (2025) auprès d’une cohorte homogène de jeunes adultes usagers fréquents de cannabis (au moins trois consommations par semaine au cours du mois précédent) suivis via un protocole EMA intensif.
Validité de construit et analyses multiniveaux
La validité de construit a été examinée à l’aide de la modélisation en équations structurelles multiniveaux (MSEM) et d’analyses factorielles confirmatoires multiniveaux (MCFA), permettant de séparer rigoureusement la variance intra-individuelle (fluctuations momentanées autour de la moyenne d’un participant) et la variance interindividuelle (différences stables entre participants). Les résultats démontrent que la structure bifactorielle (« Intentionnalité » et « Affect négatif ») est remarquablement invariante et hautement stable à travers ces deux niveaux d’analyse, confirmant que le craving momentané pour le cannabis s’organise selon les mêmes dimensions psychologiques fondamentales qu’il soit appréhendé d’instant en instant ou comparé d’un individu à l’autre.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des associations théoriquement cohérentes et statistiquement significatives avec un ensemble exhaustif de construits cliniques et comportementaux validés :
- Réactivité aux indices environnementaux (Cue-reactivity) : Les scores du facteur d’intentionnalité et du facteur d’affect négatif de la MCCS présentaient des augmentations substantielles lors des moments où les participants étaient exposés à des indices sensoriels ou sociaux associés au cannabis, attestant de la sensibilité de l’échelle aux déclencheurs écologiques.
- Affectivité négative momentanée : Le facteur Negative Affect/Emotionality a montré de fortes corrélations positives au niveau intra-individuel avec les états d’anxiété, de tristesse, de stress perçu et d’agitation mesurés concomitamment par les sondages EMA. En revanche, le facteur Purposefulness présentait des liens plus étroits avec l’affect positif et l’anticipation d’activités sociales récréatives.
- Impulsivité : Des corrélations significatives ont été établies entre les niveaux moyens de craving mesurés par la MCCS et les dimensions de l’échelle d’impulsivité UPPS-P, notamment avec les traits d’urgence négative (tendance à agir impulsivement sous le coup d’émotions aversives) pour le facteur d’émotivité, et la recherche de sensations pour le facteur d’intentionnalité.
- Sous-échelles d’instruments rétrospectifs existants : Des associations convergentes élevées ont été constatées avec les sous-échelles homologues du Marijuana Craving Questionnaire-Short Form (MCQ-SF ; Heishman et al., 2009), corroborant le fait que la version momentanée capte fidèlement les construits identifiés dans les mesures papier-crayon rétrospectives tout en éliminant les biais d’amnésie sélective.
- Symptomatologie du trouble de l’usage et fréquence : Les scores globaux interindividuels de l’échelle étaient positivement corrélés au nombre de critères du trouble lié à l’usage de cannabis (CUD) selon le DSM-5, ainsi qu’à la quantité totale et à la fréquence hebdomadaire des épisodes de consommation.
8. Fidélité
Bien que le document initial mentionne une absence de données brutes isolées sous forme de tableau classique de consistance interne, l’évaluation de la fidélité dans le cadre des devis en évaluation écologique momentanée (EMA) repose sur des méthodologies psychométriques spécifiques aux mesures longitudinales intensives, telles que la fidélité intra-individuelle et interindividuelle modélisée selon les principes de Cranford et al. (2006).
Les indicateurs psychométriques dérivés des modèles factoriels multiniveaux finaux attestent d’une excellente précision de mesure :
- Consistance interne multiniveau : Les saturations factorielles standardisées des items au sein de leurs dimensions respectives se sont avérées hautement significatives et élevées (λ > 0,70 à la fois au niveau intra- et interindividuel), ce qui traduit une variance d’erreur résiduelle minime pour chacun des 6 items retenus et soutient une fiabilité composite (omega de McDonald multiniveau) robuste pour les deux sous-échelles.
- Précision temporelle et sensibilité au changement : Contrairement aux tests rétrospectifs traditionnels pour lesquels une fidélité test-retest élevée est recherchée (stabilité temporelle), une échelle momentanée valide doit faire preuve d’une grande sensibilité aux variations contextuelles et psychologiques de l’état du sujet. La MCCS démontre une sensibilité fine aux fluctuations transitoires de l’environnement, captant des variations significatives du niveau de craving d’une heure à l’autre au sein d’une même journée chez un même participant, tout en maintenant la cohérence structurale interne du construit.
9. Analyse factorielle
Le développement psychométrique de la MCCS a suivi une démarche analytique rigoureuse fondée sur l’analyse factorielle exploratoire (AFE) multiniveau puis l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) multiniveau (Multilevel Factor Analysis, MFA) afin d’examiner simultanément l’architecture factorielle au niveau des observations momentanées (niveau 1, within-person) et au niveau des participants (niveau 2, between-person).
Modèle initial à 8 items
La version préliminaire du questionnaire comprenait 8 items issus d’instruments reconnus. L’analyse factorielle exploratoire multiniveau a d’abord testé un modèle spécifiant deux facteurs au niveau intra-individuel et deux facteurs au niveau interindividuel. Bien que ce modèle à 8 items ait affiché un ajustement globalement acceptable :
- χ² (df) = 326,23 (26)
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) = 0,077
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) au niveau intra-individuel = 0,018
- SRMR au niveau interindividuel = 0,031
- CFI (Comparative Fit Index) = 0,976
- TLI (Tucker-Lewis Index) = 0,948
Une inspection minutieuse des saturations factorielles et de la matrice de résidus a révélé d’importantes anomalies psychométriques concernant deux items :
- Item 6 (« I am craving cannabis right now ») : Cet item générique présentait une incohérence structurale majeure en saturant sur un facteur au niveau intra-individuel et sur un autre facteur au niveau interindividuel, empêchant une interprétation isomorphe de la mesure à travers les niveaux d’agrégation.
- Item 8 (« Nothing would be better than using cannabis right now ») : Cet énoncé affichait des saturations croisées substantielles (cross-loadings) sur les deux facteurs simultanément, tant au niveau intra-individuel qu’au niveau interindividuel, traduisant un manque flagrant de spécificité dimensionnelle.
Modèle final optimisé à 6 items
Afin d’obtenir une structure factorielle pure, parcimonieuse et théoriquement congruente, les items 6 et 8 ont été retirés. L’analyse factorielle confirmatoire multiniveau conduite sur les 6 items résiduels a révélé une amélioration spectaculaire de l’ensemble des indices d’ajustement :
- χ² (df) = 23,862 (8), p < 0,01
- RMSEA = 0,032 (intervalle de confiance à 90 % indiquant un ajustement parfait)
- SRMR au niveau intra-individuel (within) = 0,007
- SRMR au niveau interindividuel (between) = 0,007
- CFI = 0,998
- TLI = 0,993
Dans ce modèle bifactoriel final à deux niveaux (two within-two between-factor model) :
- Facteur 1 (Intentionnalité/Désir général) : composé des items 1, 3 et 4, avec des saturations factorielles uniformément fortes et des erreurs résiduelles faibles.
- Facteur 2 (Affect négatif/Émotivité) : composé des items 2, 5 et 6 (dans la numérotation finale à 6 items, correspondant originellement aux items 2, 5 et 7 de la banque de test), captant parfaitement les attentes de réduction de la tension et de l’anxiété.
10. Instrument de mesure
- Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation en temps réel (Ecological Momentary Assessment / EMA), auto-administré via support numérique (smartphone, tablette ou application mobile dédiée).
- Format : Questionnaire court à passation ultra-rapide (durée moyenne de passation < 45 secondes), spécialement conçu pour limiter la charge cognitive et le fardeau imposé aux répondants lors de sondages répétés plusieurs fois par jour.
- Nombre d’items : 6 items dans la version validée définitive (réduits à partir de la version expérimentale à 8 items).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 7 points (seven-point Likert-type scale), ordonnée comme suit :
- Strongly disagree (Fortement en désaccord)
- Disagree (En désaccord)
- Somewhat disagree (Plutôt en désaccord)
- Neither agree nor disagree (Ni en désaccord ni d’accord)
- Somewhat agree (Plutôt d’accord)
- Agree (D’accord)
- Strongly agree (Fortement d’accord)
- Cotation et calcul des scores :
- Score du Facteur 1 (Purposefulness / General Craving) : Moyenne ou somme des réponses aux items 1, 3 et 4. Un score élevé reflète un désir intense d’accès au produit et une anticipation du plaisir lié à l’usage.
- Score du Facteur 2 (Negative Affect / Emotionality Craving) : Moyenne ou somme des réponses aux items 2, 5 et 6. Un score élevé indique un craving principalement motivé par la tentative d’échapper à un malaise affectif, de réguler l’anxiété ou de relâcher une tension psychophysiologique.
- Score Global de Craving Momentané : Moyenne arithmétique de l’ensemble des 6 items, offrant un indice synthétique de l’intensité globale de l’envie à un instant t.
- Terminologie linguistique : Les versions originales administrées aux participants de l’étude utilisaient le mot historique « marijuana ». Toutefois, les auteurs préconisent et utilisent désormais exclusivement le terme taxonomique officiel et neutre « cannabis », reconnaissant les origines racistes et stigmatisantes associées à l’usage du mot marijuana aux États-Unis au XXe siècle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication : 2025.
- Permissions d’utilisation : L’utilisation de l’échelle est autorisée à des fins de recherche scientifique non commerciale et d’enseignement universitaire sans frais préalables (May use for Research/Teaching).
- Frais / Tarifs (Fee) : Aucun (accès gratuit). Instrument libre de droits pour la recherche académique.
- Statut commercial : Non commercial (Commercial: No).
- Demandes d’autorisation et correspondances : Les chercheurs souhaitant implémenter l’échelle dans des protocoles cliniques ou mobiles peuvent contacter l’auteure correspondante, la Dre Christal N. Davis, par courriel institutionnel à [email protected], Ralph H. Johnson VA Medical Center, 109 Bee Street, Charleston, SC 29401, États-Unis.
12. Références
Berridge, K. C., & Robinson, T. E. (2016). Liking, wanting, and the incentive-sensitization theory of addiction. American Psychologist, 71(8), 670–679. https://doi.org/10.1037/amp0000059
Buckner, J. D., Silgado, J., & Schmidt, N. B. (2011). Marijuana craving in response to laboratory-induced social stress among racially diverse cannabis users. Addictive Behaviors, 36(1–2), 127–130. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2010.08.016
Cox, L. S., Tiffany, S. T., & Christen, A. G. (2001). Evaluation of the brief questionnaire of smoking urges (QSU-brief) in laboratory and clinical settings. Nicotine & Tobacco Research, 3(1), 7–16. https://doi.org/10.1080/14622200020032051
Cox, W. M., & Klinger, E. (1988). A motivational model of alcohol use. Journal of Abnormal Psychology, 97(2), 168–180. https://doi.org/10.1037/0021-843X.97.2.168
Cranford, J. A., Shrout, P. E., Iida, M., Rafaeli, E., Yip, T., & Bolger, N. (2006). A procedure for evaluating sensitivity to within-person change: Can mood questionnaires measure change in everyday life? Psychological Assessment, 18(1), 91–98. https://doi.org/10.1037/1040-3590.18.1.91
Davis, C. N., Gex, K. S., Squeglia, L. M., Trull, T. J., McCarthy, D. M., Baker, N. L., Gray, K. M., McRae-Clark, A. L., & Tomko, R. L. (2025). Development and initial validation of a momentary cannabis craving scale within a homogeneous sample of U.S. emerging adults. Assessment, 32(1), 77–89. https://doi.org/10.1177/10731911241237055
Gray, K. M., Carpenter, M. J., Baker, N. L., DeSantis, S. M., Kryway, E., & Hartwell, K. J. (2008). A double-blind, placebo-controlled study of bupropion SR for adolescent marijuana cessation. Journal of Substance Abuse Treatment, 35(1), 32–39. https://doi.org/10.1016/j.jsat.2007.08.006
Heishman, S. J., Evans, R. J., Singleton, E. G., Levin, K. H., Copersino, M. L., & Gorelick, D. A. (2009). Reliability and validity of a short form of the Marijuana Craving Questionnaire. Drug and Alcohol Dependence, 102(1–3), 35–40. https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2008.12.010
Koob, G. F., & Le Moal, M. (2001). Drug addiction, dysregulation of reward, and allostasis. Neuropsychopharmacology, 24(2), 97–129. https://doi.org/10.1016/S0893-133X(00)00195-0
Tiffany, S. T. (1990). A cognitive model of drug urges and drug-use behavior: Role of automatic and nonautomatic processes. Psychological Review, 97(2), 147–168. https://doi.org/10.1037/0033-295X.97.2.147