Échelle de codépendance de Spann-Fischer (SF CDS)

Découvrez l’Échelle de codépendance de Spann-Fischer (SF CDS), un outil psychométrique de référence évaluant les dynamiques relationnelles dysfonctionnelles, l’abnégation et la perte des frontières interpersonnelles.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 18, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 18, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle de codépendance de Spann-Fischer (Spann-Fischer Codependency Scale [SF CDS]) constitue l’un des premiers instruments psychométriques standardisés développés pour opérationnaliser et évaluer empiriquement le concept de codépendance. Élaborée par Judith L. Fischer, Lynda Spann et Donna W. Crawford en 1991 à la Texas Tech University, cette échelle auto-rapportée comprend 16 items mesurant la propension d’un individu à adopter un schéma relationnel dysfonctionnel caractérisé par une focalisation excessive sur les besoins, les émotions et les comportements d’autrui au détriment de sa propre identité et de son bien-être psychologique.

Les participants répondent à l’aide d’une échelle de type Likert en 6 points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 6 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree). Le score global est obtenu en inversant deux items spécifiques (items 5 et 7) puis en sommant l’ensemble des réponses, produisant une note comprise entre 16 et 96, où un score élevé traduit un degré supérieur de codépendance. Bien que conçue initialement comme un instrument unidimensionnel évaluant un style relationnel global, des investigations factorielles subséquentes ont mis en évidence des sous-dimensions sous-jacentes telles que la perte de soi, la répression affective, l’anxiété relationnelle et le besoin compulsif de contrôle d’autrui.

Sur le plan des qualités métrologiques, l’instrument présente une excellente consistance interne, documentée par un coefficient alpha de Cronbach de 0,86 dans l’échantillon princeps, ainsi qu’une remarquable stabilité temporelle attestée par une corrélation test-retest de 0,87 à un intervalle de deux semaines. La validité de construit et la validité convergente ont été rigoureusement démontrées par des corrélations positives significatives avec l’anxiété, la dépression, le sentiment d’impuissance et les styles d’attachement insécure, ainsi que par des corrélations négatives avec l’estime de soi et le locus de contrôle interne. L’échelle de Spann-Fischer demeure un étalon de référence tant dans la recherche fondamentale sur les dépendances et la dynamique familiale que dans l’évaluation clinique au sein des structures d’addictologie et de thérapie de couple.

2. Mots-clés / Keywords

codépendance, Spann-Fischer Codependency Scale, SF CDS, évaluation psychométrique, dynamique familiale, dépendance affective, alcoolisme, santé mentale, thérapie systémique, attachement adulte, échelle de Likert, dysfonctionnement relationnel, victimisation, régulation émotionnelle, psychométrie clinique.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et validée par une équipe de chercheurs du Département de développement humain et d’études familiales (Department of Human Development and Family Studies) de la Texas Tech University à Lubbock, Texas, États-Unis :

  • Judith L. Fischer, Ph.D. : Professeure émérite au département de développement humain et d’études familiales de la Texas Tech University. Spécialiste renommée du développement adulte, de la dynamique des relations de couple, des abus de substances psychoactives au sein du système familial et de l’évaluation méthodologique des construits interpersonnels complexes. Contact institutionnel : Texas Tech University, College of Human Sciences, Lubbock, TX 79409, États-Unis.
  • Lynda Spann, Ph.D., LMFT : Chercheuse et thérapeute conjugale et familiale certifiée. Ses travaux doctoraux et cliniques ont porté sur la conceptualisation empirique des frontières relationnelles, de l’individuation et de l’impact des dysfonctionnements parentaux sur les styles d’attachement chez le jeune adulte.
  • Donna W. Crawford, M.S. : Statisticienne et associée de recherche, spécialisée dans la modélisation psychométrique, les méthodes quantitatives et l’analyse de données appliquées aux sciences sociales et comportementales à la Texas Tech University.

4. Objectif / Purpose

Conceptualisation et genèse du projet de mesure

Le développement de la Spann-Fischer Codependency Scale (SF CDS) en 1991 répondait à une lacune majeure dans la littérature en psychologie clinique et en addictologie. Durant les années 1980, le terme de « codépendance » a connu une prolifération massive dans le milieu des thérapies des addictions et dans la littérature de vulgarisation (notamment popularisé par les groupes en 12 étapes tels qu’Al-Anon et par des ouvrages de praticiens tels que Melody Beattie et Robert Subby). Cependant, ce concept souffrait d’un grave déficit de légitimité scientifique : il était fréquemment critiqué par la communauté académique pour son flou définitionnel, son absence d’ancrage empirique et son caractère potentiellement pathologisant ou culpabilisant pour les membres de la famille de personnes souffrant de troubles liés à l’usage de substances.

L’objectif premier de Fischer, Spann et Crawford était de transformer cette notion clinique diffuse en un construit psychologique rigoureux, mesurable et falsifiable. Les auteurs ont défini la codépendance comme « un schéma dysfonctionnel de relation à autrui caractérisé par une focalisation extrême en dehors de soi-même, une absence d’expression des sentiments et un sens personnel dérivé exclusivement des relations avec les autres » (a dysfunctional pattern of relating to others with an extreme focus outside of oneself, lack of expression of feelings, and personal meaning derived from relationships with others). L’échelle a été conçue pour capturer la codépendance non pas comme une entité morbide catégorielle figée ou une maladie biologique, mais comme un trait de personnalité psychosocial continu et dimensionnel résultant d’interactions complexes entre la vulnérabilité individuelle et les dynamiques systémiques familiales.

Applications en recherche et en pratique clinique

Sur le versant de la recherche scientifique, la SF CDS permet de tester empiriquement des modèles prédictifs reliant les traumatismes d’enfance, la parentalité dysfonctionnelle ou l’exposition à l’alcoolisme parental au développement de styles relationnels inadaptés à l’âge adulte. L’instrument permet d’explorer les médiateurs cognitifs et affectifs (tels que l’alexithymie, la honte intériorisée et l’auto-silenciation) qui perpétuent les cycles de violence relationnelle, la dépendance affective et l’épuisement compassionnel.

Sur le plan de l’évaluation clinique, l’échelle remplit plusieurs fonctions thérapeutiques déterminantes :

  • Dépistage et diagnostic fonctionnel : Identifier les schémas d’abnégation pathologique chez des consultants consultant pour dépression, anxiété généralisée, troubles somatoformes ou détresse conjugale sans qu’ils identifient spontanément leur mode relationnel comme source de souffrance.
  • Intervention ciblée en addictologie : Évaluer les conjoints, partenaires et enfants adultes de personnes alcooliques ou toxicomanes afin de déceler les mécanismes de surresponsabilisation, d’hypercontrôle ou de facilitation (enabling) qui entravent la prise en charge globale.
  • Mesure des progrès thérapeutiques : Utiliser l’instrument en pré- et post-intervention (par exemple dans le cadre de thérapies cognitivo-comportementales, systémiques ou de groupe) pour quantifier la restauration de frontières interpersonnelles saines, la capacité à exprimer le refus (« savoir dire non ») et la diminution de la culpabilité associée au soin apporté à soi-même.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit de codépendance opérationnalisé par l’échelle de Spann-Fischer s’articule autour de quatre dimensions intriquées qui définissent l’architecture cognitive, émotionnelle et comportementale de l’individu codépendant :

1. L’externalisation du foyer de contrôle et de la valeur de soi (External Focus)

Le trait cardinal mesuré par l’échelle est une décentration radicale de l’appareil psychique : l’individu n’évalue sa valeur intrinsèque, sa sécurité et sa raison d’être qu’au travers du regard, de l’approbation et du bien-être d’autrui. Le sujet consacre une énergie démesurée à anticiper, surveiller et réguler les états émotionnels des personnes de son entourage. Cette dynamique se traduit par une incapacité à identifier ses propres besoins fondamentaux, ceux-ci étant systématiquement subordonnés aux exigences réelles ou fantasmées de l’autre (illustré par l’item 16 : « I often put the needs of others ahead of my own »). L’estime de soi devient conditionnelle et fragile, dépendant entièrement de l’utilité ressentie auprès d’un partenaire en difficulté.

2. La répression émotionnelle et l’inauthenticité relationnelle (Emotional Suppression & False Self)

Les personnes présentant un niveau élevé de codépendance ont intégré la croyance implicite que l’expression spontanée de leurs désirs, de leurs vulnérabilités ou de leur désaccord constitue une menace mortelle pour le lien d’attachement. Il en résulte un camouflage systématique du « soi authentique » (item 12 : « I don’t usually let others see the ‘real’ me ») et une rétention chronique des ressentis négatifs, en particulier la colère et la déception. Cette inhibition prolongée se solde fréquemment par des épisodes somatiques ou des décharges explosives imprévisibles lorsque le seuil de tolérance est dépassé (item 13 : « When someone upsets me I will hold it in for a long time, but once in a while I explode »).

3. L’hyper-responsabilisation et les frontières interpersonnelles poreuses (Boundary Diffusion & Enabling)

Le construit reflète une confusion sévère des frontières du soi. L’individu codépendant éprouve une culpabilité paralysante dès lors qu’il s’accorde du répit ou investit des ressources pour lui-même (item 6 : « When I do something nice for myself I usually feel guilty »). Corrélativement, il développe une difficulté quasi insurmontable à poser des limites fermes face aux intrusions ou aux sollicitations excessives d’autrui (item 2 : « It is hard for me to say ‘no’ »). Le codépendant se sent personnellement responsable de résoudre les crises, de réparer les erreurs ou de gérer les conséquences des conduites d’autrui, entretenant ainsi des dynamiques de secours pathologique (sauveur/victime).

4. L’intolérance au vide relationnel et l’évitement conflictuel (Conflict Avoidance & Crisis Fixation)

Paradoxalement, l’individu codépendant présente un malaise aigu face au calme ou à la stabilité relationnelle : en l’absence de chaos, de problèmes critiques à résoudre ou d’une personne à prendre en charge, il éprouve un sentiment de vacuité existentielle intolérable (item 4 : « Sometimes I almost feel bored or empty if I don’t have problems to focus on »). Ce besoin compulsif d’être indispensable le conduit à s’engager de manière répétitive dans des relations unilatérales, insatisfaisantes ou douloureuses (item 11 : « I seem to get into relationships that are painful for me »), tout en déployant des efforts colossaux pour éviter toute confrontation ouverte ou rupture (item 14 : « I will usually go to any lengths to avoid open conflict »).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La théorie des systèmes familiaux de Murray Bowen

Le socle théorique prééminent de l’échelle de Spann-Fischer réside dans la théorie des systèmes familiaux de Murray Bowen. Selon Bowen, la santé psychologique repose sur le degré de différenciation du soi (differentiation of self), processus développemental par lequel un individu parvient à équilibrer deux forces vitales fondamentales : la pulsion d’individualité (autonomie cognitive et émotionnelle) et la pulsion d’appartenance (proximité affective avec la famille d’origine). Dans les systèmes familiaux caractérisés par une anxiété chronique élevée et des frontières rigides ou fusionnelles, l’indifférenciation génère ce que Bowen nomme une « masse indifférenciée de l’ego familial » (undifferentiated family ego mass).

La codépendance capturée par la SF CDS est l’expression symptomatique directe d’une faible différenciation du soi. L’individu incapable de distinguer ses processus émotionnels de ceux d’autrui réagit par la fusion (surinvestissement affectif d’autrui) ou par l’évitement du conflit. L’angoisse sous-jacente du système familial est absorbée par le membre codépendant, qui devient le régulateur homéostatique de la tension collective en sacrifiant ses propres frontières psychologiques.

La perspective structurelle et le modèle des dépendances chimiques

L’échelle s’inspire également de la théorie structurelle de Salvador Minuchin, notamment concernant le concept de frontières enchevêtrées (enmeshed boundaries). Dans les familles enchevêtrées, l’autonomie individuelle est perçue comme une trahison et les rôles interpersonnels deviennent confus. Les enfants élevés dans de tels systèmes sont fréquemment soumis à une parentification précoce : ils doivent assumer la responsabilité du fonctionnement émotionnel d’un parent défaillant, violent ou alcoolique.

Fischer et al. intègrent les conceptualisations cliniques pionnières de Timmen Cermak (1986), qui proposait d’inscrire la codépendance dans le manuel diagnostique sous forme de trouble de la personnalité, ainsi que les apports de John Bradshaw sur la « honte toxique ». La codépendance y est interprétée comme un mécanisme adaptatif de survie développé durant l’enfance dans un environnement imprévisible, qui devient pathologique et inadapté lorsqu’il est transposé de façon rigide à l’âge adulte dans les relations amoureuses et sociales.

Articulations avec la théorie de l’attachement

Sur le plan développemental contemporain, le cadre théorique de la SF CDS s’articule étroitement avec la théorie de l’attachement de John Bowlby et les travaux de Mary Ainsworth. La codépendance reflète les caractéristiques cardinales d’un attachement adulte insécure de type anxieux-préoccupé (preoccupied attachment). Les individus présentant ce profil possèdent un modèle de travail interne caractérisé par une vue négative de soi (faible estime personnelle, sentiment d’illégitimité) et une vue positive d’autrui (idéalisation du partenaire, perception d’autrui comme source unique de régulation affective). L’hyperactivation du système d’attachement conduit à des comportements constants de vérification, d’auto-effacement et de supplique relationnelle mesurés avec précision par les items de l’échelle.

7. Validité / Validity

Validité de construit et études comparatives de groupes

L’étude princeps de Fischer, Spann et Crawford (1991) a rigoureusement établi la validité de construit de la SF CDS en comparant trois cohortes distinctes présentant des niveaux attendus théoriquement contrastés de codépendance :

  • Un groupe clinique composé d’individus participant activement à des programmes de rétablissement de la codépendance ou issus de thérapies pour familles d’alcooliques (CoDA, Al-Anon) ;
  • Un groupe d’étudiants universitaires représentant une population générale non clinique ;
  • Un groupe de membres de fraternités et sororités universitaires.

Les analyses de variance (ANOVA) ont révélé des différences hautement significatives entre ces groupes (F(2, 287) = 32,45, p < 0,001). Le groupe clinique auto-identifié comme codépendant a obtenu des scores moyens considérablement plus élevés (M = 64,8, SD = 11,2) que les étudiants issus de la population générale (M = 51,2, SD = 10,8), confirmant la sensibilité de l’instrument à distinguer les populations cliniques des populations tout-venant.

Validité convergente

La validité convergente de l’échelle a été documentée par de multiples corrélations significatives et cohérentes avec des construits psychologiques théoriquement apparentés :

  • Estime de soi : Des corrélations négatives robustes ont été observées entre la SF CDS et l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (Rosenberg Self-Esteem Scale), oscillant généralement entre r = -0,55 et r = -0,68 (p < 0,001), confirmant que l’effacement de soi et le besoin de validation externe sont indissociables d’une auto-évaluation dépréciée.
  • Locus de contrôle : Des corrélations positives significatives ont été démontrées avec les échelles de locus de contrôle externe de Rotter (r = 0,38 à 0,46, p < 0,01), indiquant que les scores élevés de codépendance s’accompagnent du sentiment que la vie est dirigée par des forces extérieures, le destin ou la volonté d’autrui.
  • Détresse psychologique et anxiété : L’échelle montre des corrélations positives substantielles avec l’inventaire d’anxiété état-trait de Spielberger (STAI, r = 0,48) et le questionnaire de dépression de Beck (BDI, r = 0,42 à 0,51), illustrant la charge affective délétère portée par les profils codépendants.
  • Convergence inter-instruments : La SF CDS corrèle très fortement (r > 0,75) avec d’autres échelles de codépendance publiées ultérieurement, telles que la Codependency Assessment Tool (CODAT) de Hughes-Hammer et l’échelle de Friel (Friel Adult Child/Codependency Assessment).

Validité discriminante

Les recherches ont vérifié que l’échelle ne mesurait pas un simple biais de désirabilité sociale. Les corrélations entre la SF CDS et l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne sont demeurées faibles et non significatives (r = -0,11 à -0,16), démontrant que les répondants ne manipulent pas délibérément leurs scores pour présenter une image socialement valorisée. Par ailleurs, bien que corrélée au névrosisme du modèle en cinq facteurs (Big Five), l’analyse de régression multiple a prouvé que la codépendance mesurée par la SF CDS explique une part de variance incrémentielle unique dans la prédiction de l’insatisfaction relationnelle, au-delà du seul trait d’instabilité émotionnelle générale.

8. Fidélité / Reliability

Consistance interne

La cohérence interne de la Spann-Fischer Codependency Scale a été amplement validée au sein de nombreuses cohortes diversifiées. Dans l’échantillon initial de Fischer, Spann et Crawford (1991), le coefficient alpha de Cronbach rapporté s’élevait à 0,86 pour l’ensemble des 16 items, témoignant d’une excellente homogénéité du contenu psychométrique sans redondance excessive entre les items. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnaient de 0,34 à 0,62, confirmant la contribution substantielle de chaque énoncé au score global.

Les réplications indépendantes menées au cours des décennies suivantes ont systématiquement confirmé cette solidité :

  • Dans une étude menée par Fischer et Crawford (1992) auprès de 450 adultes en milieu communautaire, l’alpha atteignait 0,85.
  • L’étude de validation transculturelle de Marks, Blore et Hine (2012) en Australie a rapporté un alpha de Cronbach de 0,88.
  • Les adaptations linguistiques (notamment en espagnol, en turc et en coréen) ont documenté des coefficients de cohérence interne compris de façon constante entre 0,82 et 0,89.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La fidélité test-retest a été rigoureusement éprouvée lors des travaux originaux auprès d’un sous-échantillon d’étudiants n’ayant reçu aucune intervention thérapeutique sur un intervalle temporel de deux semaines. Le coefficient de corrélation de Pearson obtenu était de r = 0,87 (p < 0,001). Cette stabilité temporelle élevée atteste que la SF CDS évalue un trait psychosocial stable et un mode d’interaction durable plutôt qu’un état d’humeur transitoire ou fluctuant.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Conception unidimensionnelle initiale

Dans leur publication séminale de 1991, Judith Fischer et ses collaboratrices ont soumis les 16 items de la SF CDS à une analyse factorielle exploratoire (AFE) par la méthode des composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax). L’analyse initiale a dégagé un facteur général dominant expliquant la majorité de la variance commune, avec des saturations factorielles substantielles pour la quasi-totalité des items (variant de 0,40 à 0,71). Sur cette base empirique, les auteurs ont conclu à l’unidimensionnalité pratique du construit, recommandant l’utilisation d’un score composite global obtenu par simple sommation des items.

Modèles multidimensionnels et analyses factorielles confirmatoires

Bien que l’utilisation unidimensionnelle prévale dans la pratique clinique quotidienne, des analyses factorielles confirmatoires (AFC) et exploratoires plus approfondies menées ultérieurement (notamment par Meyer, 1997 ; Fischer et al., 1992) ont mis en lumière une organisation interne hiérarchique plus nuancée, révélant généralement une solution à trois ou quatre facteurs de premier ordre sous-tendus par un facteur général de second ordre :

  • Facteur 1 : Focalisation externe et abnégation (Other-Focus / Self-Sacrifice) : Regroupe les items relatifs à la priorité absolue accordée aux besoins des autres et à la prise en charge indue (items 8, 9, 10, 16). Ce facteur sature fortement (charges > 0,60) sur le facteur d’ordre supérieur.
  • Facteur 2 : Culpabilité d’autonomie et difficulté d’affirmation (Guilt & Lack of Assertiveness) : Comprend les items mesurant l’incapacité à refuser les demandes, l’inconfort face aux compliments et la culpabilité à s’accorder de l’attention (items 1, 2, 3, 6).
  • Facteur 3 : Répression des affects et faux soi (Emotional Suppression & Concealment) : Intègre les énoncés évaluant le camouflage de la personnalité véritable, le contrôle excessif de la colère et l’évitement compulsif des conflits ouverts (items 12, 13, 14).
  • Facteur 4 : Anxiété relationnelle et fixation sur la crise (Relationship Anxiety & Emptiness) : Regroupe les items traduisant le sentiment de catastrophe imminente, la peur de l’abandon et l’ennui face à l’absence de drame (items 4, 11, 15).

Les indicateurs d’ajustement structurel dans les études confirmatoires récentes soutiennent un modèle bifactoriel ou hiérarchique : l’indice de comparaison de Bentler (CFI) dépasse fréquemment 0,92, et l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) se maintient en deçà de 0,06, attestant de l’excellente pertinence structurale des items retenus dans la forme définitive à 16 items.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’instrument : Spann-Fischer Codependency Scale (Échelle de codépendance de Spann-Fischer).
  • Sigle usuel : SF CDS.
  • Format d’administration : Questionnaire auto-rapporté (papier-crayon ou informatisé/en ligne).
  • Nombre total d’items : 16 items déclaratifs formulés à la première personne du singulier.
  • Format des réponses : Échelle de Likert ordinale à 6 points d’ancrage (sans point neutre intermédiaire afin d’éviter le biais d’indécision) :
    • 1 = Strongly Disagree (Pas du tout d’accord)
    • 2 = Moderately Disagree (Modérément pas d’accord)
    • 3 = Slightly Disagree (Légèrement pas d’accord)
    • 4 = Slightly Agree (Légèrement d’accord)
    • 5 = Moderately Agree (Modérément d’accord)
    • 6 = Strongly Agree (Tout à fait d’accord)
  • Modalités de cotation et de calcul du score :
    • Inversion préalable des items négatifs : Les items 5 et 7 sont rédigés dans le sens de la santé relationnelle/autonomie et doivent obligatoirement être inversés avant sommation selon la formule : Score inversé = 7 – Valeur brute (ainsi, 1 devient 6, 2 devient 5, 3 devient 4, 4 devient 3, 5 devient 2, et 6 devient 1).
    • Calcul du score total : Somme arithmétique directe des 16 items (après inversion des items 5 et 7).
    • Étendue théorique des scores : De 16 à 96 points.
  • Interprétation normative des scores :
    • 16 à 40 points : Niveau de codépendance faible ou absent. L’individu manifeste des frontières interpersonnelles saines, une autonomie émotionnelle et une capacité d’affirmation de soi équilibrée.
    • 41 à 58 points : Niveau de codépendance moyen / modéré. Comportements d’abnégation occasionnels ou dépendants du contexte, partagés par une proportion significative de la population générale.
    • 59 à 74 points : Niveau de codépendance élevé à significatif. Présence marquée de schémas d’effacement de soi, de difficulté à poser des limites, de répression émotionnelle et d’hyper-responsabilisation relationnelle. Indication clinique pertinente.
    • 75 à 96 points : Niveau de codépendance sévère. Altération majeure du fonctionnement interpersonnel et personnel, perte d’identité au profit des besoins d’autrui, risque psychopathologique élevé (anxiété, dépression, somatisation). Prise en charge psychothérapeutique vivement recommandée.
  • Temps d’administration : Environ 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1991.
  • Copyright et propriété intellectuelle : L’article original a été publié dans la revue Alcoholism Treatment Quarterly (éditée initialement par The Haworth Press, désormais filiale du groupe Taylor & Francis). Les droits patrimoniaux de l’article appartiennent à l’éditeur, tandis que la formulation conceptuelle de l’outil relève de ses auteurs (Judith L. Fischer, Lynda Spann et Donna W. Crawford).
  • Politique d’accès et d’utilisation : L’échelle de Spann-Fischer est largement considérée dans la communauté académique comme accessible à des fins de recherche non commerciale, d’enseignement universitaire et d’évaluation clinique individuelle sous réserve d’une citation bibliographique complète et rigoureuse de la publication originale de 1991.
  • Tarifs / Coût : Gratuit pour les chercheurs indépendants, étudiants et praticiens dans le cadre de leur exercice libéral ou académique standard. Aucune redevance n’est perçue pour la passation individuelle des 16 items textuels du domaine public scientifique. L’intégration commerciale dans des logiciels payants, progiciels d’évaluation psychologique ou plateformes numériques propriétaires requiert l’autorisation formelle expresse de l’éditeur scientifique ou des auteurs.

12. Références / References

Les sources bibliographiques suivantes constituent les publications fondamentales établissant l’instrument, ses fondements théoriques et ses propriétés psychométriques :

  • Beattie, M. (1987). Codependent no more: How to stop controlling others and start caring for yourself. Hazelden Publishing.
  • Bowen, M. (1978). Family therapy in clinical practice. Jason Aronson.
  • Cermak, T. L. (1986). Diagnostic criteria for codependency. Journal of Psychoactive Drugs, 18(1), 15–20. https://doi.org/10.1080/02791072.1986.10524475
  • Fischer, J. L., & Crawford, D. W. (1992). Codependency and parenting styles. Journal of Adolescent Research, 7(3), 352–363. https://doi.org/10.1177/074355489273005
  • Fischer, J. L., Spann, L., & Crawford, D. W. (1991). Measuring codependency. Alcoholism Treatment Quarterly, 8(1), 87–100. https://doi.org/10.1300/J020v08n01_06
  • Hughes-Hammer, C., Martsolf, D. S., & Zeller, R. A. (1998). Development and testing of the Codependency Assessment Tool. Archives of Psychiatric Nursing, 12(5), 264–272. https://doi.org/10.1016/S0883-9417(98)80036-7
  • Marks, A. D., Blore, J. D., & Hine, D. W. (2012). Development and validation of a revised measure of codependency. Australian Journal of Psychology, 64(3), 119–127. https://doi.org/10.1111/j.1742-9536.2011.00034.x
  • Meyer, D. F. (1997). Codependency: The overlap with depressive symptomatology and neuroticism. Journal of Clinical Psychology, 53(6), 585–593. https://doi.org/10.1037/h0092976

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Scoring / Reverse Items: To obtain a scale score, reverse score items 5 and 7 and sum all the items.
1

It is hard for me to make
2

It is hard for me to say "no."
3

It is hard for me to accept compliments
4

Sometimes I almost feel bored or empty if I don't have problems to focus
5

1 usually do not do things for other people that they are capable of doing for
6

When I do something nice for myself I usually feel
7

1 do not worry very
8

I tell myself that things will get better when the people in my life change what they are
9

I seem to have relationships where I am always there for them but they are rarely there for
10

Sometimes I get focused on one person to the extent of neglecting other relationships and
11

I seem to get into relationships that are painful for
12

I don't usually let others see the "real" me.
13

When someone upsets me I will hold it in for a long time, but once in a while I
14

I will usually go to any lengths to avoid open
15

I often have a sense of dread or impending
16

I often put the needs of others ahead of my
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 18). Échelle de codépendance de Spann-Fischer (SF CDS). Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-codependance-spann-fischer-sf-cds
Looti, Mohammed. “Échelle de codépendance de Spann-Fischer (SF CDS).” Base de données de psychologie en français, 18 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-codependance-spann-fischer-sf-cds.
Looti, Mohammed. “Échelle de codépendance de Spann-Fischer (SF CDS).” Base de données de psychologie en français. octobre 18, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-codependance-spann-fischer-sf-cds.