1. Résumé
L’Échelle chinoise de binégativité intériorisée (Chinese Internalized Binegativity Scale [CIBS] ; Wei & Israel, 2023) constitue un instrument psychométrique novateur et culturellement adapté, spécifiquement conçu pour évaluer la binégativité intériorisée auprès des personnes bisexuelles résidant en Chine continentale, à Hong Kong et à Taïwan. Le construit de binégativité intériorisée désigne l’incorporation inconsciente ou consciente de stéréotypes, de préjugés et d’attitudes discriminatoires envers la bisexualité au sein du concept de soi de l’individu bisexuel. Développé pour pallier les lacunes des instruments occidentaux préexistants, souvent axés uniquement sur l’homophobie intériorisée ou calibrés sur des populations nord-américaines individualistes, le CIBS intègre des dimensions culturelles propres aux contextes chinois, notamment les concepts de piété filiale, d’harmonie collective et de préservation de l’honneur familial (face ou 面子, miànzi).
L’instrument comprend 25 items répartis selon une structure multidimensionnelle validée comprenant six facteurs distincts : l’illégitimité (illegitimacy), le monosexisme (monosexism), l’aversion (aversion), l’irresponsabilité (irresponsibility), la honte familiale (family shame) et l’affirmation identitaire (identity affirmation). Les participants répondent à l’aide d’une échelle de réponse en 7 points administrée par voie électronique. Les études d’évaluation psychométrique indiquent une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach (α) s’échelonnant de .76 à .91 pour les sous-échelles et des coefficients oméga de McDonald (ω) compris entre .85 et .91. La modélisation par équations structurelles et l’analyse factorielle confirmatoire ont corroboré un ajustement exceptionnel tant pour le modèle à six facteurs (χ² = 397,458, ddl = 260, CFI = .95, TLI = .95, RMSEA = .039, SRMR = .06) que pour un modèle bifactoriel (χ² = 362,180, ddl = 250, CFI = .96, TLI = .96, RMSEA = .036, SRMR = .06). La validité convergente et la validité prédictive ont été démontrées par des corrélations statistiquement significatives avec l’homophobie intériorisée, l’estime de soi collective privée, le degré de dévoilement de l’orientation sexuelle (outness) et la symptomatologie dépressive. Le CIBS représente un levier méthodologique fondamental pour la recherche clinique, la psychologie interculturelle et la prise en charge thérapeutique des minorités sexuelles sinophones.
2. Mots-clés
Binégativité intériorisée, bisexualité, minorités sexuelles, psychométrie, Chine, honte familiale, monosexisme, stress des minorités, dépression, santé mentale LGB+, validation d’échelle, psychologie interculturelle.
3. Auteurs
L’échelle a été conçue et validée par les chercheurs suivants :
- Chongzheng Wei, Ph.D. — ORCID : 0000-0001-5992-1689. Département de psychologie du conseil, clinique et scolaire (Department of Counseling, Clinical and School Psychology), Gevirtz Graduate School of Education, Université de Californie à Santa Barbara (UCSB), Santa Barbara, Californie, États-Unis. Courriel institutionnel / correspondance :
[email protected]. Adresse postale : University of California, Department of Counseling, Clinical and School Psychology, 18 Ocean Road, Santa Barbara, CA 93117, États-Unis. - Tania Israel, Ph.D. — Professeure titulaire et chercheuse senior, Département de psychologie du conseil, clinique et scolaire, Université de Californie à Santa Barbara (UCSB), Santa Barbara, Californie, États-Unis. Experte reconnue des interventions auprès des populations de minorités sexuelles et de genre.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la Chinese Internalized Binegativity Scale (CIBS) est d’opérationnaliser et de quantifier avec rigueur le niveau de binégativité intériorisée chez les adultes s’auto-identifiant comme bisexuels ou éprouvant des attirances sexuelles et romantiques pour plusieurs genres au sein des sociétés de culture chinoise (Chine continentale, Région administrative spéciale de Hong Kong et Taïwan). Historiquement, la recherche psychologique et épidémiologique sur les minorités sexuelles a regroupé les individus bisexuels sous l’acronyme global « LGB », en postulant implicitement que les mécanismes du stress minoritaire vécus par les personnes bisexuelles étaient identiques à ceux vécus par les personnes exclusivement lesbiennes ou gays.
Cette hypothèse universaliste s’est avérée inexacte. Les personnes bisexuelles sont confrontées à une forme unique d’oppression et d’invisibilisation qualifiée de biphobie ou de binégativité, émanant non seulement de la majorité hétérosexuelle, mais également des communautés gaies et lesbiennes monosexuelles. Cette marginalisation double (ou « double discrimination ») engendre des représentations délétères spécifiques : la bisexualité est fréquemment dépeinte comme une phase transitoire, une forme d’indécision, une incapacité à la fidélité relationnelle ou une trahison politique des luttes homosexuelles. Lorsque ces croyances socioculturelles sont assimilées par les individus eux-mêmes, elles se muent en binégativité intériorisée, un facteur de risque majeur et documenté de détresse psychologique, d’anxiété, d’idéation suicidaire et d’abus de substances psychoactives.
En outre, l’évaluation de ce construit dans les contextes sinophones exigeait une déconstruction des échelles euro-américaines préexistantes, telles que l’Internalized Binegativity Scale ou le Bisexual Identity Inventory (BII ; Paul et al., 2014). Dans la sphère culturelle confucéenne, la construction de l’identité individuelle est intrinsèquement relationnelle et interdépendante. La sexualité n’est pas perçue comme un simple attribut de liberté privée ou d’authenticité personnelle, mais s’inscrit au cœur des obligations de piété filiale (孝, xiào), de perpétuation de la lignée ancestrale et du maintien du prestige familial. Ne pas se conformer à l’hétéronormativité ou refuser le mariage hétérosexuel traditionnel n’induit pas uniquement un sentiment de culpabilité individuel, mais engendre une profonde angoisse liée à la honte familiale (丢脸, diūliǎn ; 丢家人的脸). Par conséquent, le CIBS a été forgé pour répondre à trois finalités impérieuses :
- Recherche fondamentale et épidémiologique : Fournir une mesure psychométrique standardisée, structurellement invariante à travers les sous-régions sinophones (Chine continentale, Hong Kong, Taïwan), capable de dissocier les facettes générales de la binégativité de ses manifestations ancrées dans le collectivisme familial.
- Évaluation clinique et psychothérapeutique : Permettre aux professionnels de la santé mentale d’identifier les croyances dysfonctionnelles intériorisées par les consultants bisexuels, d’évaluer le degré de rejet de soi et de guider les interventions affirmatives ciblant l’acceptation de soi et la gestion des tensions filiales.
- Évaluation des politiques publiques et communautaires : Mesurer l’impact des programmes de sensibilisation, des groupes de soutien par les pairs et des initiatives de réduction des disparités de santé mentale au sein des populations de minorités sexuelles en Asie de l’Est.
5. Construit psychologique
Le construit théorique évalué par le CIBS est la binégativité intériorisée dans un cadre culturel sinophone. Contrairement à l’homophobie intériorisée classique qui se concentre sur l’aversion envers les attractions homosexuelles, la binégativité intériorisée englobe l’invalidation cognitive, affective et sociale de la bisexualité en tant qu’orientation sexuelle stable, légitime et morale. À l’issue des entretiens qualitatifs initiaux avec des experts et des usagers bisexuels et des analyses factorielles subséquentes, Wei et Israel (2023) ont conceptualisé ce construit autour de six dimensions interconnectées :
1. L’illégitimité (Illegitimacy / 不合理)
Cette dimension capture l’invalidation épistémique et cognitive de la bisexualité, c’est-à-dire la croyance intériorisée selon laquelle la bisexualité ne constituerait pas une orientation sexuelle réelle, authentique ou durable. L’individu adhère à l’idée que sa propre bisexualité n’est qu’une phase transitoire, un état de déni de son homosexualité sous-jacente ou une stratégie d’évitement adoptée par lâcheté face au dévoilement (par exemple, « Bisexuality is just a phase »). Cette sous-échelle reflète l’effacement bissexuel et l’incapacité perçue à légitimer son vécu intime.
2. Le monosexisme (Monosexism / 单性恋主义)
Le monosexisme désigne l’idéologie normative postulant que l’attirance sexuelle et romantique humaine ne peut et ne doit s’adresser qu’à un seul genre (soit exclusivement hétérosexuelle, soit exclusivement homosexuelle). Au niveau intériorisé, cette sous-échelle mesure le désir ardent et la tentative d’écraser la pluralité de ses attirances pour se conformer à un modèle monosexuel. L’individu perçoit sa capacité à aimer ou désirer plus d’un genre comme un lourd fardeau existentiel et formule le souhait récurrent de n’être attiré que par un seul sexe (par exemple, « I wish I could focus my sexual and romantic attractions on only one gender »).
3. L’aversion (Aversion / 厌恶)
L’aversion traduit la charge émotionnelle négative directe, d’ordre viscéral et affectif, éprouvée envers son orientation sexuelle. Elle englobe des sentiments aigus de honte, de culpabilité, de gêne sociale et d’impureté morale ou physique. L’individu en vient à se considérer comme indigne ou corrompu en raison de ses désirs bissexuels (par exemple, « I think I am filthy because I am attracted to people of different genders »). Cette dimension est la plus étroitement liée à l’effondrement de l’estime de soi globale.
4. L’irresponsabilité (Irresponsibility / 不负责)
Cette sous-échelle évalue l’intériorisation des stéréotypes moraux négatifs particulièrement prégnants dans l’imaginaire social chinois et occidental concernant les individus bisexuels. Ces stéréotypes dépeignent les personnes bisexuelles comme fondamentalement instables, cupides, incapables de monogamie ou de loyauté relationnelle, indignes de confiance et enclines à manipuler leurs partenaires (exprimé métaphoriquement en chinois par « avoir les pieds dans deux bateaux à la fois » ; 脚踏两条船). De plus, elle intègre la crainte de trahir la communauté des minorités sexuelles (par exemple, « Bisexuals cannot be loyal to only one partner »).
5. La honte familiale (Family Shame / 家庭耻辱)
Dimension spécifiquement élaborée et contextualisée pour le monde chinois, la honte familiale reflète le fardeau moral imposé par les normes de la piété filiale confucéenne. Dans ces cultures, l’individu n’existe pas isolément : son comportement honore ou déshonore l’ensemble de sa lignée. Cette sous-échelle mesure la conviction poignante que le fait d’être bisexuel ou de s’engager avec un partenaire de même genre décevra irrémédiablement les parents, détruira l’harmonie familiale et infligera une humiliation publique irrémédiable aux proches (par exemple, « Being bisexual brings shame to my family »).
6. L’affirmation identitaire (Identity Affirmation / 身份认同)
Contrairement aux cinq autres dimensions qui évaluent des facettes négatives, l’affirmation identitaire constitue une polarité positive résiliente. Elle mesure la fierté d’appartenir à la communauté bisexuelle, la gratitude pour cette orientation, l’auto-acceptation globale et la valorisation de son identité (par exemple, « I am proud to be bisexual »). Dans le calcul d’un score composite de binégativité intériorisée globale, les items de cette sous-échelle sont inversés.
6. Cadre théorique
Le développement et l’architecture psychométrique du CIBS s’enracinent au confluent de deux corpus théoriques fondamentaux de la psychologie contemporaine : la théorie du stress des minorités (Minority Stress Theory) et les modèles de la psychologie culturelle confucéenne.
La théorie du stress des minorités et le modèle spécifique de la bisexualité
Formulée initialement par Ilan H. Meyer (2003), la théorie du stress des minorités postule que les personnes appartenant à des groupes sociaux marginalisés subissent un excès chronique de stresseurs psychosociaux uniques en sus des stress quotidiens partagés par tous. Ce modèle dichotomise les stresseurs en deux catégories dynamiques :
- Les stresseurs distaux : Événements objectifs externes, incluant les violences physiques ou verbales, les discriminations institutionnelles, le rejet explicite et les micro-agressions interpersonnelles.
- Les stresseurs proximaux : Processus internes subjectifs résultant de l’anticipation du rejet, de la dissimulation de l’identité (concealment) et, au premier plan, de la négativité intériorisée (l’adoption subjective des préjugés sociaux par l’individu ciblé).
Cependant, des théoriciens de l’identité bisexuelle (tels que Paul et al., 2014) ont démontré que le stress minoritaire subi par les personnes bisexuelles possède une structure singulière qui déborde le cadre strictement homophobe. Les personnes bisexuelles souffrent de « double discrimination » : elles font l’expérience du rejet par la société hétéronormative et sont simultanément stigmatisées par les communautés homosexuelles, qui perçoivent parfois la bisexualité comme une position de privilège non méritée (« privilège hétérosexuel » supposé) ou comme un manque de solidarité politique. Le CIBS opérationnalise ce cadre en capturant l’effet direct de cette double marginalisation sur les cognitions intrapsychiques.
Le modèle socioculturel confucéen et l’interdépendance du soi
L’apport décisif de Wei et Israel (2023) réside dans l’intégration du cadre de la psychologie culturelle de l’Asie de l’Est, notamment les conceptualisations du soi interdépendant développées par Markus et Kitayama (1991). Dans les sociétés de culture chinoise (Chine, Hong Kong, Taïwan), l’éthique confucéenne impose que la plus grande vertu morale soit la piété filiale (孝, xiào). Cette vertu implique l’obéissance aux aînés, la sollicitude envers les parents et l’obligation sacrée de prolonger la lignée familiale par le mariage hétérosexuel et la procréation.
L’échec à accomplir cette mission est perçu dans la doctrine traditionnelle comme la faute filiale suprême (不孝有三,无后为大 : « De trois fautes contre la piété filiale, n’avoir aucun descendant est la pire »). Dans ce contexte, l’identité sexuelle n’est pas une simple quête d’auto-actualisation individuelle, mais une affaire de responsabilité collective. La notion de « face » (面子 / 脸) reflète l’estime morale et le prestige dont jouit la famille au sein de la communauté. L’attirance pour le même sexe ou la déviance par rapport à la norme matrimoniale menace de détruire la « face » de toute la famille, précipitant les proches dans l’opprobre social. Le cadre théorique du CIBS postule que la binégativité intériorisée dans les contextes chinois ne peut être appréhendée sans quantifier cette peur de la dégradation familiale (family shame) et la culpabilité filiale, lesquelles constituent des mécanismes médiateurs puissants de la détresse psychologique.
7. Validité
La validité psychométrique du CIBS a été rigoureusement démontrée à travers un protocole méthodologique exhaustif impliquant des analyses de validité de construit, de validité convergente et de validité prédictive auprès d’un échantillon diversifié d’adultes bisexuels de Chine continentale, de Hong Kong et de Taïwan (Wei & Israel, 2023).
Validité convergente
Pour attester la validité convergente, les scores du CIBS (scores globaux et scores des six sous-échelles) ont été corrélés avec des instruments théoriquement proches évaluant des dimensions connexes du concept de soi sexuel et de l’appartenance collective :
- Homophobie intériorisée : Les sous-échelles négatives du CIBS ainsi que le score global ont présenté des corrélations positives statistiquement très significatives avec les échelles d’homophobie intériorisée, les coefficients de Pearson oscillant entre r = .29 et r = .50 (p < .001). Ces corrélations de magnitude modérée à élevée confirment que la binégativité partage un noyau commun de détresse avec la stigmatisation de l’attirance pour le même genre, tout en s’en différenciant substantiellement (la variance non partagée demeurant prépondérante).
- Estime de soi collective privée (Private Collective Self-Esteem) : Cette échelle évalue le jugement de valeur positif qu’un individu porte sur le groupe social auquel il appartient. Les corrélations entre les sous-échelles de binégativité du CIBS et l’estime de soi collective privée se sont avérées significativement négatives (r = −.26 à −.64, p < .001). À l’inverse, la sous-échelle d’affirmation identitaire du CIBS s’est corrélée positivement et fortement avec cette mesure de valorisation collective. Ces résultats soutiennent l’hypothèse théorique selon laquelle l’intériorisation de la stigmatisation détériore l’appréciation du groupe d’appartenance sexuelle.
Validité prédictive et de critère
La validité prédictive de l’instrument a été vérifiée par l’analyse des associations entre le CIBS et deux indicateurs cruciaux de l’adaptation psychosociale et de la santé mentale :
- Le dévoilement de l’orientation sexuelle (Outness) : Toutes les sous-échelles du CIBS ont manifesté des corrélations statistiquement significatives avec le degré de visibilité et de dévoilement de la bisexualité auprès de l’entourage, présentant des tailles d’effet petites à moyennes (r = −.12 à .32). Des niveaux élevés de binégativité intériorisée (notamment la honte familiale et l’aversion) prédisent une dissimulation accrue de l’identité sexuelle.
- La symptomatologie dépressive : Conformément aux prédictions de la théorie du stress des minorités, quatre des sous-échelles du CIBS (l’aversion, le monosexisme, l’irresponsabilité et la honte familiale) ont démontré des corrélations positives significatives avec les symptômes dépressifs évalués chez les participants, avec des tailles d’effet petites à modérées (r = .12 à .24, p < .05). Les individus intériorisant le plus sévèrement ces stéréotypes biphobes et la culpabilité familiale présentaient des scores de dépression clinique accrus. Seules les sous-échelles de légitimité et d’affirmation ne montraient pas de relation linéaire directe statistiquement significative avec la dépression dans ce modèle spécifique, indiquant des voies d’influence différentielles sur la détresse.
8. Fidélité
L’évaluation de la fidélité du CIBS témoigne d’une précision de mesure particulièrement robuste et stable. La cohérence interne a été documentée non seulement par le coefficient classique alpha de Cronbach (α), mais également par le coefficient oméga de McDonald (ω), largement préconisé par la psychométrie moderne pour pallier les biais de sous-estimation liés au non-respect de l’équitau-équivalence.
Cohérence interne
Les indices de consistance interne calculés lors de l’étude princeps de Wei et Israel (2023) se situent à des niveaux méthodologiquement remarquables :
- Coefficients Alpha de Cronbach (α) : Pour l’ensemble des six sous-échelles, les valeurs d’alpha s’échelonnent entre .76 et .91. L’échelle globale de binégativité intériorisée présente un coefficient alpha avoisinant .90, démontrant une excellente homogénéité des items.
- Coefficients Oméga de McDonald (ω) : Les estimations oméga calculées pour les dimensions de l’instrument s’étendent de .85 à .91, apportant une confirmation supplémentaire sans équivoque de la cohésion interne et de la variance commune capturée par les facteurs latents.
Déterminisme factoriel
Dans le cadre des modélisations factorielles, les coefficients de déterminisme factoriel (factor determinacy) ont été examinés pour les six composantes latentes. Leurs valeurs se situent toutes dans une fourchette exceptionnellement haute, variant de .92 à .97. Ces valeurs largement supérieures au seuil conventionnel de .80 ou .90 garantissent que les scores factoriels estimés représentent avec une précision extrême les positions réelles des individus sur le continuum latent mesuré.
9. Analyse factorielle
La validation structurale du CIBS a reposé sur une démarche analytique en deux temps, combinant l’analyse factorielle exploratoire (AFE) sur un premier sous-échantillon et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) sur un sous-échantillon indépendant, complétée par une modélisation bifactorielle.
Modèle confirmatoire à six facteurs corrélés
L’analyse factorielle confirmatoire menée sur les 25 items a validé l’existence d’une structure à six facteurs obliques (illégitimité, monosexisme, aversion, irresponsabilité, honte familiale et affirmation identitaire). Les indices d’adéquation empirique se sont révélés pleinement conformes aux standards méthodologiques les plus stricts de la psychométrie (Hu & Bentler, 1999) :
- Chi-carré : χ² = 397,458 (ddl = 260, p < .001) ; le ratio χ²/ddl = 1,53 traduit un ajustement optimal.
- Indice de fit comparatif (CFI) : .95 (seuil ≥ .95 respecté).
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : .95 (seuil ≥ .95 respecté).
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : .039 avec un intervalle de confiance à 90 % de [.031, .047] (largement inférieur au seuil d’adéquation rigoureux de .06).
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : .06 (largement inférieur au critère critique de .08).
Modélisation bifactorielle (Bifactor Model)
Afin de déterminer si le CIBS pouvait être légitimement interprété à la fois sous la forme de sous-échelles multidimensionnelles distinctes et sous la forme d’un score général unique de binégativité intériorisée, Wei et Israel (2023) ont testé un modèle bifactoriel dans le cadre de la modélisation par équations structurelles (SEM). Dans ce modèle, chaque item sature simultanément sur un facteur général (G) représentant la binégativité intériorisée globale et sur un facteur spécifique (S) représentant sa facette résiduelle unique :
- Statistiques d’ajustement du modèle bifactoriel : χ² = 362,180 (ddl = 250, p < .001), CFI = .96, TLI = .96, RMSEA = .036 [IC à 90 % : .028, .044], SRMR = .06.
- Ce modèle bifactoriel a présenté un ajustement statistique supérieur au modèle à facteurs corrélés, corroborant l’utilité clinique et empirique d’un score total global tout en justifiant le calcul des profils factoriels individualisés pour identifier les foyers spécifiques de vulnérabilité (par exemple, un profil dominé par la honte familiale versus l’aversion affective).
10. Instrument de mesure
Le CIBS est un inventaire psychométrique standardisé auto-administré conçu selon les paramètres techniques suivants :
- Type de test : Questionnaire / Inventaire psychologique auto-rapporté (Original Inventory / Questionnaire).
- Format d’administration : Plateforme électronique / Passation numérique informatisée sur ordinateur ou smartphone.
- Nombre d’items : 25 items structurés en 6 sous-échelles réparties comme suit :
- Sous-échelle I : Illégitimité (Illegitimacy) — 4 items
- Sous-échelle II : Monosexisme (Monosexism) — 4 items
- Sous-échelle III : Aversion (Aversion) — 4 items
- Sous-échelle IV : Irresponsabilité (Irresponsibility) — 5 items
- Sous-échelle V : Honte familiale (Family shame) — 3 items
- Sous-échelle VI : Affirmation identitaire (Identity affirmation) — 5 items
- Échelle de réponse : Each item is measured on a 7-point response scale. The administration method is electronic. (Échelle en 7 points dont seules les extrémités sont étiquetées : 1 = Fortement en désaccord / Strongly disagree à 7 = Fortement d’accord / Strongly agree).
- Population cible et éligibilité : Individus adultes (≥ 18 ans), couvrant les jeunes adultes (18–29 ans), les trentenaires (30–39 ans) et l’âge mûr (40–64 ans), s’identifiant comme bisexuels ou éprouvant des attirances plurisexuelles, résidant en Chine continentale, à Hong Kong, à Taïwan ou issus de la diaspora sinophone. Le test a été validé auprès de participants de tous genres (femmes, hommes, personnes non binaires, personnes transgenres).
- Variantes linguistiques : Présentation en langue chinoise sous deux typographies officielles : sinogrammes simplifiés (简体中文) pour les répondants de Chine continentale, et sinogrammes traditionnels (繁體中文) pour les répondants de Hong Kong et de Taïwan.
- Cotation et calcul des scores :
- Les scores des sous-échelles s’obtiennent en calculant la moyenne ou la somme des items constitutifs de chaque facteur.
- Pour obtenir le score composite global de binégativité intériorisée, les 5 items de la sous-échelle « Affirmation identitaire » (items 21 à 25) doivent faire l’objet d’un codage inversé (valeur inversée = 8 − valeur cochée sur l’échelle de 1 à 7) avant d’agréger l’ensemble des 25 items. Des scores globaux élevés traduisent une binégativité intériorisée plus sévère.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication du test : 2023.
- Droits d’utilisation et permissions : L’utilisation du CIBS est autorisée gratuitement pour des travaux de recherche académique, d’enseignement universitaire et de pratique clinique à but non lucratif (May be used for Research/Teaching).
- Tarif / Coût d’accès : Gratuit (Fee: No). Aucun droit de licence commercial n’est exigé pour l’application dans des contextes de recherche publique ou d’évaluation clinique standard.
- Utilisation commerciale : Non autorisée sans accord écrit explicite préalable des auteurs et de l’éditeur (Commercial: No).
- Propriété intellectuelle : Déposée auprès de l’American Psychological Association (APA). Pour toute adaptation, modification, traduction dans une tierce langue ou intégration dans des protocoles commerciaux propriétaires, une demande formelle doit être adressée au Dr Chongzheng Wei ou au bureau des droits de l’APA.
12. Références
- Hu, L. T., & Bentler, P. M. (1999). Cutoff criteria for fit indexes in covariance structure analysis: Conventional criteria versus new alternatives. Structural Equation Modeling: A Multidisciplinary Journal, 6(1), 1–55. https://doi.org/10.1080/10705519909540118
- Markus, H. R., & Kitayama, S. (1991). Culture and the self: Implications for cognition, emotion, and motivation. Psychological Review, 98(2), 224–253. https://doi.org/10.1037/0033-295X.98.2.224
- Meyer, I. H. (2003). Prejudice, social stress, and mental health in lesbian, gay, and bisexual populations: Conceptual issues and research evidence. Psychological Bulletin, 129(5), 674–697. https://doi.org/10.1037/0033-2909.129.5.674
- Paul, R., Smith, N. G., Mohr, J. J., & Ross, L. E. (2014). Measuring bisexual identity: Development and evaluation of the Bisexual Identity Inventory. Journal of Bisexuality, 14(3–4), 435–458. https://doi.org/10.1080/15299716.2014.962047
- Wei, C., & Israel, T. (2023). The Chinese Internalized Binegativity Scale: Measure development and cultural adaptation. Journal of Counseling Psychology, 70(6), 657–670. https://doi.org/10.1037/cou0000707