1. Résumé
L’Échelle Brève de Peur de l’Évaluation Négative-II (Brief Fear of Negative Evaluation Scale-II, ou BFNE-II) est un instrument psychométrique auto-rapporté de référence internationale conçu pour évaluer l’appréhension cognitive liée au jugement défavorable d’autrui, considérée comme la caractéristique centrale du trouble d’anxiété sociale (TAS / phobie sociale). Développée par R. Nicholas Carleton et ses collaborateurs (Carleton, McCreary, Norton, & Asmundson, 2006 ; Carleton, Collimore, & Asmundson, 2007), la BFNE-II constitue la révision méthodique de l’échelle brève originale créée par Mark R. Leary en 1983 (BFNE), elle-même issue de l’instrument princeps de 30 items élaboré par David Watson et Ronald Friend en 1969 (FNE).
La révision ayant mené à la BFNE-II a été rendue indispensable par la mise en évidence répétée d’un artéfact de méthode au sein de la BFNE originale de Leary : la présence de quatre items formulés de manière inversée entraînait artificiellement une structure à deux facteurs orthogonaux ou corrélés (items directs versus items inversés), plutôt qu’une dimension unitaire pure. Afin de remédier à cette faille psychométrique tout en préservant l’intégralité du contenu sémantique, Carleton et al. (2006, 2007) ont reformulé ces quatre énoncés inversés en formulations directes. La BFNE-II se compose ainsi de 12 items univoques, mesurés sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 0 (« Pas du tout caractéristique de moi ») à 4 (« Extrêmement caractéristique de moi ») ou de 1 à 5 selon les protocoles de cotation standardisés.
Sur le plan psychométrique, la BFNE-II démontre des qualités remarquables : une consistance interne exceptionnelle (coefficients alpha de Cronbach et oméga de McDonald oscillant régulièrement entre .92 et .97 tant en population générale qu’en milieu clinique), une stabilité temporelle robuste au test-retest (r > .75 à .90), et une structure factorielle rigoureusement unidimensionnelle confirmée par de nombreuses analyses factorielles confirmatoires (AFC). L’échelle démontre une validité convergente substantielle avec d’autres mesures de l’anxiété sociale telles que la Social Interaction Anxiety Scale (SIAS) et la Social Phobia Scale (SPS), tout en maintenant une excellente validité discriminante vis-à-vis de la dépression et de l’anxiété généralisée. Dans son utilisation clinique, un score seuil indicatif de 25 (sur une cotation de 0 à 48) a été proposé pour identifier une anxiété d’évaluation cliniquement significative (Carleton et al., 2011).
2. Mots-clés
Peur de l’évaluation négative, BFNE-II, anxiété sociale, phobie sociale, psychométrie, évaluation cognitive, validité de construit, analyse factorielle confirmatoire, artéfact de méthode, thérapie cognitive et comportementale.
3. Auteurs
L’Échelle Brève de Peur de l’Évaluation Négative-II (BFNE-II) a été développée et validée par une équipe de chercheurs spécialisés en psychologie clinique, en psychométrie et dans les troubles anxieux :
- R. Nicholas Carleton, Ph.D. : Professeur titulaire de psychologie clinique au département de psychologie de l’Université de Regina (Saskatchewan, Canada), chercheur de renommée mondiale sur l’intolérance à l’incertitude, l’anxiété sociale et le stress opérationnel chez le personnel de la sécurité publique. (Courriel institutionnel : [email protected]).
- Kelly C. Collimore, Ph.D. : Chercheuse et clinicienne en psychologie, affiliée lors des travaux princeps à l’Anxiety and Illness Behaviours Laboratory de l’Université de Regina (Canada).
- Donald R. McCreary, Ph.D. : Chercheur spécialisé en psychométrie, psychologie de la santé et méthodologie quantitative, affilié à Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC) et professeur auxiliaire à l’Université Brock (Ontario, Canada).
- Peter J. Norton, Ph.D. : Professeur de psychologie clinique, reconnu pour ses travaux pionniers sur la thérapie de groupe transdiagnostique des troubles anxieux, alors rattaché à l’Université de Houston (Texas, États-Unis) puis à l’Université Monash (Melbourne, Australie).
- Gordon J. G. Asmundson, Ph.D., FRSC : Professeur émérite et titulaire d’une chaire de recherche du Canada au département de psychologie de l’Université de Regina, rédacteur en chef émérite de revues majeures du champ (notamment le Journal of Anxiety Disorders), autorité internationale sur la comorbidité entre douleur chronique, syndrome de stress post-traumatique et troubles anxieux.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la BFNE-II est de fournir une mesure psychométriquement rigoureuse, rapide d’administration et théoriquement épurée de la peur de l’évaluation négative (Fear of Negative Evaluation, FNE). La peur du jugement défavorable d’autrui représente le moteur cognitif cardinal du trouble d’anxiété sociale (American Psychiatric Association, DSM-5-TR). Depuis les premiers travaux de Watson et Friend (1969), la FNE est définie comme l’appréhension des évaluations négatives de la part de ses pairs, la détresse face à ces jugements potentiels ou réels, et l’anticipation récurrente que les autres porteront un regard critique, dévalorisant ou disqualifiant sur sa propre personne.
Sur le plan clinique, la BFNE-II remplit plusieurs missions diagnostiques, thérapeutiques et de suivi :
- Dépistage et évaluation diagnostique : Elle permet aux cliniciens de mesurer précisément l’intensité des distorsions cognitives évaluatives chez les patients consultant pour des plaintes anxieuses diffuses, permettant de différencier une anxiété sociale d’un trouble panique, d’une agoraphobie ou d’un trouble d’anxiété généralisée (TAG).
- Conceptualisation de cas en Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC) : L’instrument aide à cibler les croyances intermédiaires et schémas inconditionnels liés au statut social, à l’approbation d’autrui et aux conséquences perçues du rejet ou de l’embarras.
- Sensibilité au changement thérapeutique : Utilisée au fil des séances, la BFNE-II quantifie l’efficacité des interventions cognitives (restructuration cognitive, décentration) et comportementales (expositions sociales, expériences comportementales) en observant la réduction progressive de l’hypervigilance évaluative.
Sur le plan de la recherche, la BFNE-II a été conçue pour surmonter les limites substantielles de ses versions antérieures. L’échelle originale FNE de Watson et Friend (1969), comprenant 30 items en format vrai/faux, s’avérait chronophage et présentait une sensibilité réduite aux variations fines de l’état clinique. Pour y remédier, Mark R. Leary (1983) avait extrait les 12 items les plus discriminants et introduit une échelle de Likert en 5 points, créant la Brief Fear of Negative Evaluation Scale (BFNE). Bien que largement adoptée, la version de Leary comportait 8 items directs et 4 items inversés (items 2, 4, 7 et 10). Or, les études méthodologiques modernes (Rodebaugh et al., 2004 ; Weeks et al., 2005) ont révélé que ces items inversés ne mesuraient pas l’absence de peur d’évaluation mais généraient un artéfact méthodologique majeur, détériorant la validité interne du test.
La justification théorique et psychométrique du développement de la BFNE-II par Carleton et al. (2006, 2007) réside donc dans la nécessité de réparer cet instrument sans sacrifier les propriétés de l’échelle d’origine. En convertissant les énoncés inversés en énoncés directs, la BFNE-II capture l’intégralité du continuum de sévérité de la peur de l’évaluation négative à l’aide d’un vecteur dimensionnel unique, évitant ainsi le recours à des versions tronquées à 8 items (BFNE-S) qui perdaient une partie de l’échantillonnage de contenu initial.
5. Construit psychologique
Le construit de peur de l’évaluation négative constitue une variable latente cognitive centrale en psychopathologie cognitive et sociale. Il renvoie à une constellation de croyances, d’attentes et d’inférences centrées sur la certitude subjective que les performances interpersonnelles de l’individu seront jugées inadéquates, incompétentes, ridicules ou moralement répréhensibles par les observateurs externes. La BFNE-II mesure ce construit sous un angle strictement unidimensionnel, bien qu’il englobe phénoménologiquement plusieurs facettes cognitives interconnectées :
L’appréhension anticipatoire du regard d’autrui
Cette composante traduit une préoccupation cognitive constante et intrusive quant à l’impression que l’on produit sur les autres, y compris dans des situations où l’évaluation sociale n’a aucun enjeu objectif. L’individu anticipe systématiquement un rejet ou une dévalorisation. Par exemple, l’item 1 (« I worry about what other people will think of me even when I know it doesn’t make any difference ») illustre l’aspect dysfonctionnel et irrationnel de cette rumination anticipatoire, reconnue comme disproportionnée mais ressentie comme incoercible.
La détresse face à l’impression défavorable perçue
Cette facette reflète l’impact affectif aversif déclenché lorsque l’individu prend conscience — ou imagine — qu’une autre personne a forgé une opinion négative à son égard. L’individu éprouve un sentiment de menace psychologique majeure, d’infériorité ou de déchéance de son statut social. L’item 2 révisé (« It bothers me when people form an unfavorable impression of me ») et l’item 10 révisé (« If I know someone is judging me, it tends to bother me ») capturent directement cette intolérance affective au jugement négatif, remplaçant les anciennes formulations négatives ambiguës (« Cela ne me dérange pas… »).
L’hypervigilance vis-à-vis de ses propres imperfections
Le construit englobe la peur aiguë que les faiblesses perçues de l’individu (tremblements, bafouillements, rougissement, hésitations intellectuelles, maladresses comportementales) soient détectées par autrui. Les personnes souffrant d’anxiété sociale surévaluent continuellement la visibilité de leurs symptômes internes (illusion de transparence). L’item 3 (« I am frequently afraid of other people noticing my shortcomings ») et l’item 6 (« I am afraid that other people will find fault with me ») traduisent cette vigilance constante accordée au risque de voir ses « défauts » démasqués publiquement.
Le besoin absolu d’approbation sociale
Au cœur de la FNE se trouve la croyance dysfonctionnelle selon laquelle l’approbation inconditionnelle de chaque observateur est indispensable à la sécurité émotionnelle et à l’estime de soi de l’individu. Tout indice de désapprobation, même mineur, est interprété comme un rejet global et catastrophique. L’item 5 (« I am afraid that others will not approve of me ») et l’item 7 (« I am concerned about other people’s opinions of me ») illustrent ce besoin compulsif de validation externe et l’extrême vulnérabilité qui en résulte.
Dans la BFNE-II, l’ensemble de ces manifestations ne constitue pas des sous-échelles autonomes sur le plan factoriel, mais plutôt un réseau d’indicateurs empiriques convergeant vers un unique facteur général : le degré de vulnérabilité à la menace évaluative sociale.
6. Cadre théorique
La validation et l’utilisation de la BFNE-II s’enracinent dans les modèles cognitivo-comportementaux de l’anxiété sociale, développés principalement par David M. Clark et Adrian Wells (1995), ainsi que par Richard G. Heimberg et Ronald M. Rapee (Rapee & Heimberg, 1997), puis affinés par Stefan G. Hofmann (2007).
Le modèle cognitif de Clark et Wells (1995)
Selon Clark et Wells, les individus présentant une anxiété sociale abordent les situations interpersonnelles avec des croyances sous-jacentes rigides, classées en trois catégories :
- Des standards de performance excessivement élevés : « Je dois toujours être spirituel, captivant et impeccable en public ».
- Des croyances conditionnelles sur les conséquences : « Si je montre un signe de nervosité, les gens penseront que je suis incompétent ou bizarre ».
- Des croyances inconditionnelles sur soi : « Je suis inférieur, inadéquat et socialement indésirable ».
Dès lors qu’une situation sociale est anticipée, ces croyances activent une évaluation automatique du danger social. Le sujet bascule alors son attention vers un traitement de soi en tant qu’objet social (« self-focused attention »). Il construit une représentation interne déformée de son comportement visible et suppose que les spectateurs perçoivent cette image catastrophique. La peur de l’évaluation négative mesurée par la BFNE-II est l’expression directe de ce système de traitement de la menace sociale.
Le modèle de Rapee et Heimberg (1997)
Rapee et Heimberg postulent que les personnes socialement anxieuses réalisent en permanence une comparaison implicite entre la performance qu’elles estiment être exigée par l’audience (« les standards perçus du public ») et la performance qu’elles pensent être capables de fournir. Elles estiment systématiquement que les attentes d’autrui sont très élevées et que leurs propres capacités sont déficientes. De cet écart anticipé découle la certitude qu’une évaluation négative est inévitable et conduira à des sanctions sociales (moqueries, exclusion, mépris). La BFNE-II quantifie précisément cette sensibilité exacerbée aux conséquences négatives anticipées de l’évaluation.
L’approche évolutionniste du rang social (Gilbert, Trower)
D’un point de vue éthologique et évolutionniste (Gilbert, 2001 ; Trower & Gilbert, 1989), la peur de l’évaluation négative dérive des mécanismes adaptatifs de soumission et de préservation du rang hiérarchique au sein du groupe. Dans les sociétés ancestrales, encourir la réprobation du groupe dominant pouvait conduire au bannissement, synonyme de mort biologique. Chez le patient socialement anxieux, ce signal d’alarme de menace hiérarchique est hypersensibilisé. Tout examen par un pair est traité comme un défi de dominance potentiellement destructeur, justifiant la peur intense captée par les items de la BFNE-II.
7. Validité
L’accumulation d’études empiriques démontre que la BFNE-II possède une validité psychométrique exceptionnelle à travers divers contextes culturels, cliniques et non cliniques.
Validité de construit
La validité de construit de la BFNE-II a été démontrée de façon déterminante par Carleton, Collimore et Asmundson (2007). En comparant directement la version originale de Leary (BFNE), la version restreinte à 8 items directs (BFNE-S) et la version entièrement directe révisée à 12 items (BFNE-II), les auteurs ont prouvé que la BFNE-II élimine les distorsions introduites par le mode de formulation des items tout en expliquant une variance accrue du construit cible.
Validité convergente
La BFNE-II présente des corrélations positives élevées et théoriquement cohérentes avec les échelles établies mesurant des aspects connexes de l’anxiété sociale :
- Social Interaction Anxiety Scale (SIAS) : corrélations oscillant entre r = .65 et r = .78, confirmant que l’appréhension du jugement d’autrui alimente directement la peur des interactions interpersonnelles.
- Social Phobia Scale (SPS) : corrélations comprises entre r = .60 et r = .74, reflétant le lien étroit avec la peur d’être observé lors d’activités quotidiennes (manger, écrire, parler en public).
- Échelle originale BFNE (Leary, 1983) : corrélation quasi-parfaite (r > .90), attestant que l’instrument capture fidèlement le même domaine sémantique sans en altérer l’essence.
- Social Avoidance and Distress Scale (SADS) : associations significatives (r ≈ .60 à .70). Comme l’a noté Miller (1995), la BFNE capture la composante cognitive de la détresse évaluative de manière encore plus pure que la SADS ne capture l’évitement comportemental.
Validité discriminante
La BFNE-II démontre une capacité éprouvée à se distinguer de construits psychopathologiques proches mais distincts :
- Dépression : Les corrélations avec le Beck Depression Inventory-II (BDI-II) et l’échelle de dépression du DASS-21 se situent généralement dans une plage modérée (r = .35 à .48). Bien que la dépression s’accompagne d’autocritique, la BFNE-II cible spécifiquement la menace évaluative externe, maintenant une séparation nette.
- Sensibilité à l’anxiété et anxiété intéroceptive : Les corrélations avec l’Anxiety Sensitivity Index (ASI-3) demeurent modérées (r ≈ .30 à .45), montrant que la peur du jugement d’autrui ne se confond pas avec la peur des sensations corporelles de l’anxiété observée dans le trouble panique.
Validité clinique et discriminative
Dans l’étude clinique menée par Carleton, Collimore, McCabe et Antony (2011), la BFNE-II a été administrée à des patients souffrant de divers troubles anxieux et de l’humeur. Les résultats indiquent que les scores des patients atteints de trouble d’anxiété sociale (moyenne ≈ 38-42 sur l’échelle 0-48) étaient significativement plus élevés que ceux des patients présentant un trouble panique, un trouble obsessionnel-compulsif ou une dépression majeure (moyennes ≈ 20-28), et bien supérieurs à ceux des témoins sains (moyenne ≈ 15-18). Une valeur seuil de 25 sur la version cotée de 0 à 48 s’avère hautement sensible pour identifier les manifestations cliniquement invalidantes de la phobie sociale.
8. Fidélité
Les propriétés de fidélité de la BFNE-II ont été largement documentées et attestent d’une précision de mesure de premier plan.
Consistance interne
Tant dans les cohortes universitaires que dans les échantillons cliniques psychiatriques, la BFNE-II démontre une consistance interne remarquable :
- Le coefficient alpha de Cronbach (α) est uniformément rapporté entre .92 et .96 (Carleton et al., 2006 ; Carleton et al., 2007 ; Carleton et al., 2011).
- Le coefficient oméga de McDonald (ω), indicateur plus robuste qui ne repose pas sur l’hypothèse de tau-équivalence des items, confirme cette excellente précision avec des valeurs supérieures à .93.
- Les corrélations item-total corrigées dépassent toutes le seuil de .55, oscillant pour la plupart entre .65 et .82, ce qui confirme que chaque énoncé contribue substantiellement et de manière homogène à l’estimation du score total.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Dans l’étude princeps de Carleton et al. (2006), la fidélité test-retest a été évaluée sur des intervalles de deux à quatre semaines. Les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et de Pearson se situaient entre r = .75 et r = .88, démontrant que la peur de l’évaluation négative, lorsqu’elle n’est pas ciblée par une intervention thérapeutique, constitue un trait cognitif stable dans le temps.
Erreur standard de mesure (SEM) et sensibilité au changement
L’erreur standard de mesure (SEM) de la BFNE-II est exceptionnellement basse en raison de son alpha élevé. Cela confère à l’instrument une très grande sensibilité pour détecter les réductions réelles de symptômes au cours des protocoles de TCC, permettant aux cliniciens de distinguer le véritable progrès clinique des simples fluctuations d’erreur de mesure aléatoire (Minimal Detectable Change, MDC).
9. Analyse factorielle
L’analyse factorielle est précisément la pierre angulaire qui justifie l’existence même de la BFNE-II par rapport aux versions antérieures.
L’énigme des deux facteurs de la BFNE originale
Lorsque Leary (1983) a publié la première version abrégée à 12 items, l’échelle comprenait 8 items directs et 4 items inversés (items 2, 4, 7 et 10). Plusieurs chercheurs (notamment Taylor, 1993 ; Rodebaugh et al., 2004 ; Weeks et al., 2005) ont examiné la structure interne de cette version originale par analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC). Ces études ont systématiquement révélé deux facteurs fortement discriminés :
- Un facteur regroupant exclusivement les 8 items directs.
- Un second facteur regroupant les 4 items inversés.
Pendant un temps, certains auteurs ont émis l’hypothèse substantive selon laquelle ce second facteur pouvait représenter une dimension psychologique distincte, telle que « l’indifférence à l’évaluation » ou la « recherche d’approbation ». Cependant, les travaux méthodologiques approfondis de Rodebaugh et al. (2004) et Weeks et al. (2005) ont formellement démontré qu’il s’agissait d’un pur effet de méthode (method artifact), provoqué par la difficulté cognitive induite par la formulation négative, créant une variance d’erreur systématique sans pertinence clinique.
La solution empirique de la BFNE-II
Pour résoudre ce dilemme, deux voies ont émergé : l’abandon pur et simple des 4 items inversés pour ne conserver que 8 items (BFNE-S, Weeks et al., 2005), ou la reformulation des 4 items inversés en énoncés directs (BFNE-II, Carleton et al., 2006, 2007). Carleton, McCreary, Norton et Asmundson (2006) ont réécrit ces quatre items :
- Item 2 original : « It is rare for me to worry about people getting a bad impression of me » → BFNE-II : « It bothers me when people form an unfavorable impression of me ».
- Item 4 original : « I am unconcerned even if I know people are forming an unfavorable impression of me » → BFNE-II : « I worry about what kind of impression I make on people ».
- Item 7 original : « Other people’s opinions of me do not bother me » → BFNE-II : « I am concerned about other people’s opinions of me ».
- Item 10 original : « If I know someone is judging me, it has little effect on me » → BFNE-II : « If I know someone is judging me, it tends to bother me ».
Résultats de l’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Les modélisations par équations structurelles conduites par Carleton et al. (2006, 2007) ont comparé un modèle unifactoriel à un modèle bifactoriel. Pour la BFNE-II, le modèle à un seul facteur présente un ajustement remarquable aux données empiriques :
- Chi-deux normalisé (χ²/df) : < 2.50.
- Comparative Fit Index (CFI) : > .96 (atteignant souvent .98 à .99).
- Tucker-Lewis Index (TLI) : > .95.
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : < .05 à .06 (intervalle de confiance à 90 % étroit).
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : < .035.
L’ensemble des 12 items présentent des saturations factorielles standardisées (factor loadings) très élevées sur ce facteur unitaire, comprises entre .68 et .88. L’artéfact de méthode ayant été complètement résorbé, la BFNE-II restitue la dimension unitaire de la peur de l’évaluation négative telle qu’elle avait été initialement conceptualisée par Watson et Friend en 1969, tout en préservant la richesse des 12 items.
10. Instrument de mesure
L’instrument se présente sous une forme standardisée facile et rapide à administrer en passation papier-crayon ou informatisée :
- Type de test : Auto-questionnaire psychométrique standardisé.
- Population cible : Adolescents et adultes (dès 14 ans dans la plupart des validations). Utilisable en population générale, étudiante et clinique.
- Durée d’administration : Environ 3 à 5 minutes.
- Nombre d’items : 12 items, tous formulés de manière directe (aucun item inversé).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert ordinale en 5 points. Deux protocoles de cotation sont couramment utilisés dans la littérature :
- Protocole standard de Carleton et al. (0 à 4) : 0 = Not at all characteristic of me (Pas du tout caractéristique de moi), 1 = A little characteristic of me (Un peu caractéristique de moi), 2 = Somewhat characteristic of me (Moyennement caractéristique de moi), 3 = Very characteristic of me (Très caractéristique de moi), 4 = Entirely characteristic of me (Entièrement caractéristique de moi).
- Protocole alternatif de Leary (1 à 5) : 1 = Not at all characteristic of me à 5 = Entirely characteristic of me.
- Procédure de cotation :
- Le score total s’obtient simplement en additionnant les réponses aux 12 items : Score total = ∑(Item 1 à Item 12).
- Sur l’échelle cotée de 0 à 4, le score total oscille entre 0 et 48.
- Sur l’échelle cotée de 1 à 5, le score total oscille entre 12 et 60.
- Interprétation clinique et seuils :
- Cotation 0 à 48 (Carleton et al., 2011) : Un score seuil indicatif de ≥ 25 suggère la présence d’une anxiété sociale cliniquement significative requérant une évaluation diagnostique approfondie. Les scores moyens en population saine se situent généralement autour de 15 (± 8), tandis que les patients souffrant de trouble d’anxiété sociale avéré obtiennent fréquemment des scores ≥ 35.
- Cotation 12 à 60 : Le seuil équivalent se situe autour de ≥ 37.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
Les aspects juridiques et administratifs de l’utilisation de la BFNE-II sont définis comme suit :
- Année de parution : 2006 (première description dans Depression and Anxiety) et 2007 (validation définitive du construit dans le Journal of Anxiety Disorders).
- Statut du droit d’auteur : Les articles scientifiques fondateurs sont sous le copyright des éditeurs académiques respectifs (Elsevier, Wiley-Blackwell). Cependant, conformément aux pratiques des auteurs originaux (R. N. Carleton, G. J. G. Asmundson), l’instrument lui-même est mis à disposition de la communauté académique, scientifique et médicale à des fins non commerciales.
- Tarifs d’utilisation : Gratuit. Il n’y a aucune redevance (royalty-free) ni frais de licence pour l’administration dans le cadre de la recherche clinique ou de la pratique psychothérapeutique courante.
- Conditions d’autorisation : Les cliniciens et chercheurs sont libres d’utiliser et de reproduire la BFNE-II à condition de citer formellement les publications de référence de Carleton et al. (2006, 2007, 2011). Toute utilisation dans un cadre commercial ou dans le cadre de logiciels propriétaires à but lucratif nécessite l’accord explicite préalable des détenteurs des droits.
12. Références
Les publications de référence soutenant les propriétés psychométriques et le cadre théorique de la BFNE-II sont répertoriées ci-dessous en norme APA 7e édition :
- Carleton, R. N., Collimore, K. C., & Asmundson, G. J. G. (2007). Social anxiety and fear of negative evaluation: Construct validity of the BFNE-II. Journal of Anxiety Disorders, 21(1), 131–141. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2006.03.010
- Carleton, R. N., Collimore, K. C., McCabe, R. E., & Antony, M. M. (2011). Addressing revisions to the brief fear of negative evaluation scale: Measuring fear of negative evaluation across anxiety and mood disorders. Journal of Anxiety Disorders, 25(6), 822–828. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2011.04.002
- Carleton, R. N., McCreary, D. R., Norton, P. J., & Asmundson, G. J. G. (2006). Brief Fear of Negative Evaluation scale—Revised. Depression and Anxiety, 23(5), 297–303. https://doi.org/10.1002/da.20142
- Clark, D. M., & Wells, A. (1995). A cognitive model of social phobia. In R. G. Heimberg, M. R. Liebowitz, D. A. Hope, & F. R. Schneier (Eds.), Social phobia: Diagnosis, assessment, and treatment (pp. 69–93). Guilford Press.
- Gilbert, P. (2001). Evolution and social anxiety: The role of attraction, social competition, and social hierarchies. Psychiatric Clinics of North America, 24(4), 723–751. https://doi.org/10.1016/S0193-953X(05)70260-4
- Hofmann, S. G. (2007). Cognitive factors that maintain social anxiety disorder: a comprehensive model and its treatment implications. Cognitive Behaviour Therapy, 36(4), 193–209. https://doi.org/10.1080/16506070701421313
- Leary, M. R. (1983). A brief version of the Fear of Negative Evaluation Scale. Personality and Social Psychology Bulletin, 9(3), 371–375. https://doi.org/10.1177/0146167283093007
- Miller, M. B. (1995). Coefficient alpha: A basic introduction from the perspectives of classical test theory and structural equation modeling. Structural Equation Modeling, 2(3), 255–273. https://doi.org/10.1080/10705519509540013
- Rapee, R. M., & Heimberg, R. G. (1997). A cognitive-behavioral model of anxiety in social phobia. Behaviour Research and Therapy, 35(8), 741–756. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(97)00022-3
- Rodebaugh, T. L., Woods, C. M., Thissen, D. M., Heimberg, R. G., Chambless, D. L., & Rapee, R. M. (2004). More is less: Investigating the factor structure of the Brief Fear of Negative Evaluation Scale. Psychological Assessment, 16(2), 169–181. https://doi.org/10.1037/1040-3590.16.2.169
- Taylor, S. (1993). The structure of fundamental fears. Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 24(4), 289–299. https://doi.org/10.1016/0005-7916(93)90053-Y
- Watson, D., & Friend, R. (1969). Measurement of social-evaluative anxiety. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 33(4), 448–457. https://doi.org/10.1037/h0027806
- Weeks, J. W., Heimberg, R. G., Fresco, D. M., Hart, T. A., Turk, C. L., Schneier, F. R., & Liebowitz, M. R. (2005). Empirical validation and psychometric evaluation of the Brief Fear of Negative Evaluation Scale in patients with social anxiety disorder. Psychological Assessment, 17(2), 179–190. https://doi.org/10.1037/1040-3590.17.2.179
13. Questions et items du questionnaire
Please circle the number that best corresponds to how much you agree with each item.
Response scale:
1 = Not at all characteristic of me
2 = A little characteristic of me
3 = Somewhat characteristic of me
4 = Very characteristic of me
5 = Entirely characteristic of me
(Note: Scoring can also be coded 0 to 4 in accordance with Carleton et al., 2007, 2011).
- I worry about what other people will think of me even when I know it doesn’t make any difference.
- It bothers me when people form an unfavorable impression of me.
- I am frequently afraid of other people noticing my shortcomings.
- I worry about what kind of impression I make on people.
- I am afraid that others will not approve of me.
- I am afraid that other people will find fault with me.
- I am concerned about other people’s opinions of me.
- When I am talking to someone, I worry about what they may be thinking about me.
- I am usually worried about what kind of impression I make.
- If I know someone is judging me, it tends to bother me.
- Sometimes I think I am too concerned with what other people think of me.
- I often worry that I will say or do wrong things.