1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’autoritarisme de droite (en anglais, Right-Wing Authoritarianism Scale ou RWA), développée initialement par le professeur canadien Bob Altemeyer en 1981 et révisée à maintes reprises jusqu’à sa version canonique de 1994, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents et rigoureusement validés dans le champ de la psychologie politique et de la psychologie sociale contemporaine. Conçue pour surmonter les faiblesses méthodologiques, conceptuelles et statistiques historiques de l’échelle F (Fascism Scale) formulée par Theodor W. Adorno et ses collaborateurs en 1950 au sein de l’ouvrage classique The Authoritarian Personality, l’échelle RWA mesure la propension individuelle à se soumettre aux autorités perçues comme légitimes, à adhérer rigidement aux normes sociales conventionnelles et à diriger des pulsions agressives envers les déviants ou les minorités ciblées par les figures de pouvoir.
L’instrument opérationnalise l’autoritarisme à travers une constellation tripartite d’attitudes covariantes et interdépendantes : la soumission autoritaire (authoritarian submission), l’agression autoritaire (authoritarian aggression) et le conventionnalisme (conventionalism). L’échelle version 1994 se compose formellement de 34 énoncés d’attitude sociale, parmi lesquels seuls les items 5 à 34 sont retenus pour le calcul du score global (les quatre premiers items servant d’échauffement cognitif ou de familiarisation). Les participants évaluent leur degré d’accord à l’aide d’une échelle de type Likert à 9 points, s’étendant de -4 (« très fortement en désaccord ») à +4 (« très fortement d’accord »), avec un point d’indifférence neutre situé à 0. Afin de neutraliser les biais d’acquiescement (acquiescence response set), les items sont rigoureusement équilibrés entre formulations orientées vers le trait (protrait) et formulations contraitaires inversées (contrait).
Sur le plan des qualités psychométriques, l’échelle RWA présente une cohérence interne exceptionnelle, les coefficients alpha de Cronbach oscillant de manière constante entre 0,81 et 0,95 à travers des dizaines d’échantillons universitaires et communautaires, atteignant fréquemment des valeurs égales ou supérieures à 0,90. La fidélité test-retest demeure remarquable, s’élevant à 0,95 sur un intervalle d’une semaine et se maintenant à 0,85 sur une période de 28 semaines. L’outil démontre une solide validité de construit, corrélant fortement avec le fondamentalisme religieux, le dogmatisme, l’orthodoxie religieuse, le préjugé généralisé, l’intolérance à l’égard de l’homosexualité, le punitivisme judiciaire et l’orientation vers la dominance sociale.
2. Mots-clés / Keywords
Autoritarisme de droite, Bob Altemeyer, soumission autoritaire, agression autoritaire, conventionnalisme, psychométrie, échelle RWA, psychologie politique, préjugé, conservatisme social, attitude sociopolitique, cohérence interne, validité de construit, personnalité autoritaire.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle d’autoritarisme de droite a été théorisée, construite et affinée empiriquement par :
- Robert (Bob) Altemeyer, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie au Département de psychologie de l’Université du Manitoba (Winnipeg, Manitoba, Canada). Chercheur pionnier mondialement reconnu pour ses investigations empiriques sur la structure de l’autoritarisme, les préjugés intergroupes et le comportement sociopolitique. Courriel institutionnel : [email protected].
Des collaborations substantielles et des programmes de validation interculturelle et religieuse ont également été conduits en synergie avec des chercheurs renommés, notamment le regretté Bruce Hunsberger, Ph.D. (1946–2003), professeur de psychologie à l’Université Wilfrid Laurier (Waterloo, Ontario, Canada), spécialisé dans la psychologie de la religion et le fondamentalisme religieux.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle d’autoritarisme de droite est de quantifier avec précision un trait d’attitude psychosocial caractérisé par la mise de l’autoritarisme au service exclusif de l’autorité sociétale établie. Dans les décennies suivant la Seconde Guerre mondiale, la communauté scientifique a cherché à élucider les ressorts psychologiques incitant des populations entières à soutenir des régimes dictatoriaux, à accepter l’érosion des libertés publiques et à approuver la persécution systématique de groupes marginalisés ou dissidents. Si les travaux initiaux de l’École de Francfort et d’Adorno et al. (1950) ont représenté une avancée historique en suggérant l’existence d’une racine caractérielle à l’idéologie fasciste, l’outil de mesure associé (l’échelle F) présentait des faiblesses statistiques si prononcées qu’il a progressivement conduit la recherche empirique dans une impasse méthodologique.
Bob Altemeyer a entrepris de redéfinir conceptuellement et psychométriquement ce champ d’investigation en expurgeant le construit de ses postulats psychanalytiques non vérifiables et de ses biais de mesure systématiques. L’échelle RWA ne cherche pas à sonder les conflits pulsionnels inconscients ou les dynamiques parentales œdipiennes de la petite enfance, mais plutôt un ensemble cohérent d’attitudes sociales acquises par apprentissage social au cours de la socialisation, de l’adolescence et du début de l’âge adulte. L’objectif pragmatique est de disposer d’un instrument unifactoriel ou intégratif robuste, capable de prédire les comportements politiques, les jugements moraux, les décisions judiciaires punitives, l’adhésion religieuse dogmatique et les réactions face aux crises sociopolitiques.
Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, l’échelle RWA sert à :
- Prédire l’intolérance et les préjugés intergroupes : Les individus obtenant des scores élevés à la RWA manifestent des niveaux accrus d’hostilité, d’antisémitisme, de racisme, d’homophobie, de xénophobie et de sexisme hostile, percevant les groupes minoritaires comme des menaces directes pour l’ordre moral collectif.
- Analyser la dynamique des systèmes politiques : L’échelle permet de comprendre le soutien citoyen aux politiques sécuritaires liberticides, à la censure gouvernementale de la presse ou des arts, à la criminalisation accrue de la déviance et à l’élection de leaders charismatiques affirmant vouloir restaurer l’ordre par la force.
- Explorer la psychologie de la religion : Elle sert d’étalon pour examiner le phénomène du fondamentalisme religieux, le dogmatisme et l’orthodoxie doctrinale, en distinguant la foi réflexive de la croyance mythique-littérale rigide.
- Évaluer les biais décisionnels en contexte légal et judiciaire : En psychologie légale, les chercheurs utilisent la RWA pour modéliser le comportement des jurés, démontrant que les individus hautement autoritaires préconisent systématiquement des sanctions pénales plus sévères à l’encontre des accusés défiant l’autorité ou les normes sociétales conventionnelles, tout en se montrant indulgents envers les représentants des forces de l’ordre coupables de dérapages.
5. Construit psychologique / Construct
L’autoritarisme de droite, selon la conceptualisation d’Altemeyer (1981, 1988, 1996), n’est pas réductible à une simple préférence politique partisane (comme le vote pour un parti conservateur traditionnel), mais représente une constellation attitudinale composite. Cette constellation résulte de l’imbrication étroite et synergique de trois grappes attitudinales (attitudinal clusters) distinctes mais fortement corrélées :
1. La soumission autoritaire (Authoritarian Submission)
La soumission autoritaire désigne un degré élevé d’obéissance, de déférence et de respect acritique envers les autorités perçues comme établies, légitimes et coutumières au sein de la société dans laquelle l’individu évolue. Les personnes caractérisées par une forte soumission autoritaire considèrent que les détenteurs officiels du pouvoir (chefs d’État, magistrats, officiers de police, autorités ecclésiastiques traditionnelles) possèdent une compétence morale et décisionnelle intrinsèquement supérieure à celle des citoyens ordinaires. Par conséquent, ces individus estiment que les directives gouvernementales doivent être suivies scrupuleusement, même lorsqu’elles violent les droits fondamentaux ou la morale universelle. La dissidence, la critique démocratique et la contestation intellectuelle sont interprétées comme des manifestations d’insubordination préjudiciables à la cohésion sociale.
2. L’agression autoritaire (Authoritarian Aggression)
L’agression autoritaire représente une prédisposition générale à ressentir et exprimer de l’hostilité, du mépris, du rejet et une volonté de punition sévère dirigée contre diverses catégories de personnes, dès lors que cette agressivité est perçue comme étant sanctionnée, approuvée ou légitimée par les autorités établies. Les cibles privilégiées de cette agression ne sont jamais les représentants de l’ordre régnant, mais plutôt les minorités marginalisées, les contestataires politiques, les groupes sexuellement non conventionnels, les toxicomanes, les criminels et toute entité qualifiée d’« immorale » ou de « déviante ». L’agresseur autoritaire légitime sa violence verbale, psychologique ou punitive au nom de la défense de la moralité publique, estimant que la coercition la plus brutale est indispensable pour neutraliser les fauteurs de troubles.
3. Le conventionnalisme (Conventionalism)
Le conventionnalisme correspond à un attachement rigide et inconditionnel aux conventions, normes et traditions sociales perçues comme soutenues et prescrites par la société et ses autorités régulières. L’individu conventionnel considère que les règles morales, vestimentaires, religieuses et familiales traditionnelles sont intangibles et sacrées. Il éprouve une répulsion marquée pour les modes de vie alternatifs, l’expérimentation culturelle, le relativisme moral et les expressions d’individualisme émancipé (comme le naturisme, la sexualité prémarique libre ou le rejet des rôles genrés historiques). Pour l’autoritaire, adhérer aux coutumes ancestrales constitue le seul garant de l’équilibre personnel et sociétal.
L’exigence d’intégration triadique
Altemeyer insiste vigoureusement sur le fait que le construit de la RWA réside exclusivement dans l’union intime de ces trois dimensions, et non dans l’une d’entre elles considérée isolément. Par exemple, un citoyen peut témoigner d’un attachement profond aux mœurs traditionnelles (conventionnalisme) sans pour autant désirer l’écrasement policier des contestataires ni vouer une confiance aveugle aux dirigeants politiques. Pareillement, un militant contestataire d’extrême gauche peut faire preuve d’une agressivité verbale notoire sans manifester de soumission aux autorités établies. L’autoritaire de droite se distingue par la fusion symbiotique de ces trois composantes : il est conventionnel parce qu’il révère l’autorité traditionnelle, et il est agressif dans la mesure exacte où l’autorité lui désigne des cibles désignées à la vindicte populaire.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique structurant l’échelle RWA plonge ses racines historiques dans les bouleversements intellectuels consécutifs aux totalitarismes du XXe siècle, tout en s’inscrivant dans la psychologie cognitive et la théorie de l’apprentissage social moderne.
De l’approche psychanalytique d’Adorno à l’apprentissage social d’Altemeyer
En 1950, The Authoritarian Personality d’Adorno, Frenkel-Brunswik, Levinson et Sanford a établi la première liaison conceptuelle systématique entre la dynamique de la personnalité et les idéologies fascistes. Fondée sur la métapsychologie freudienne, leur théorie postulait que l’autoritarisme émergeait d’une éducation parentale punitive, rigide et castratrice. L’enfant, terrifié par l’autorité paternelle, refoulait son agressivité naturelle contre ses géniteurs ; cette hostilité inconsciente, canalisée par le mécanisme de projection et de déplacement, était ultérieurement déversée sur les minorités vulnérables (antisémitisme, ethnocentrisme), tandis que le Moi idéalisait servilement toute autorité puissante.
Bien que cette construction théorique fût intellectuellement fascinante, l’instrument empirique qui en résultait (l’échelle F) souffrait de failles rédhibitoires : tous les énoncés étaient formulés dans le même sens (créant un biais d’acquiescement massif qui gonflait artificiellement les corrélations), les concepts étaient redondants et les postulats psychanalytiques échappaient aux critères de réfutabilité poppérienne. Durant les années 1960 et 1970, la crise méthodologique de l’échelle F conduisit à l’abandon progressif de l’autoritarisme dans la littérature scientifique internationale.
Bob Altemeyer réalisa un sauvetage épistémologique en opérant une rupture théorique radicale. Il écarta l’arsenal freudien des pulsions refoulées pour réancrer l’autoritarisme dans le cadre de la théorie de l’apprentissage social initiée par Albert Bandura. Selon Altemeyer :
- Les attitudes autoritaires ne sont pas les symptômes névrotiques d’un traumatisme infantile inconscient, mais des orientations sociocognitives intériorisées par renforcement direct, modélisation et socialisation vicariante.
- L’individu développe une vision du monde perçu comme fondamentalement hostile, dangereux, instable et décadent (dangerous world belief). Dans cet univers perçu comme menaçant, la soumission à des chefs protecteurs et l’homogénéité normative apparaissent comme les seuls remparts contre l’anarchie et la destruction.
- Les traits se cristallisent principalement lors de l’adolescence et du passage à l’âge adulte, au contact du milieu familial, des pairs, des institutions scolaires et religieuses. L’expérience de la diversité culturelle et intellectuelle (par exemple lors des études universitaires) exerce une influence modératrice mesurable, réduisant généralement les scores de RWA au fil des années d’études.
Autoritarisme de droite et autoritarisme de gauche
Altemeyer a également exploré la question récurrente de l’existence symétrique d’un « autoritarisme de gauche » (Left-Wing Authoritarianism ou LWA). Si Altemeyer (1996) a développé des ébauches théoriques pour capturer un autoritarisme visant le renversement révolutionnaire violent des autorités en place au profit d’une nouvelle hiérarchie dogmatique, ses investigations empiriques ont révélé que les individus hautement autoritaires de gauche étaient extrêmement rares dans les démocraties occidentales contemporaines, et que leurs attitudes ne présentaient aucune corrélation avec les variables religieuses traditionnelles, à l’inverse de la RWA dont les connexions historiques, sociologiques et religieuses sont remarquablement riches et omniprésentes.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Échelle d’autoritarisme de droite a été documentée à travers des centaines de publications internationales indépendantes, confirmant que l’outil appréhende rigoureusement son construit théorique cible.
Validité convergente et liens avec la religiosité
La validité convergente de la RWA est particulièrement éclatante dans son articulation avec les variables socioreligieuses. Le conventionnalisme inhérent à l’échelle se traduit par une adhésion scrupuleuse aux dogmes religieux traditionnels :
- Orthodoxie et fondamentalisme religieux : De multiples études menées par Altemeyer et Hunsberger (1992, 1996) ont établi des corrélations massives, s’échelonnant systématiquement entre r = 0,66 et r = 0,75, entre les scores de RWA et les échelles de fondamentalisme religieux (Religious Fundamentalism Scale). Altemeyer conclut que le fondamentalisme constitue pour l’essentiel la réponse autoritaire de droite à l’impulsion religieuse humaine.
- Universalité interreligieuse : Cette sensibilité au conventionnalisme n’est pas un artefact propre au protestantisme évangélique nord-américain ; des patrons corrélationnels analogues ont été reproduits chez des chrétiens de diverses dénominations, des musulmans palestiniens et des juifs orthodoxes. Les données rapportées par Hunsberger (1996) auprès d’échantillons non chrétiens à Toronto illustrent cette variation socioculturelle : les répondants musulmans (M = 171,5 ; SD = 28,7) et hindous (M = 157,2 ; SD = 22,0) présentent des moyennes nettement plus élevées que les répondants juifs (M = 110,8 ; SD = 41,0).
- Développement de la foi : Dans le cadre du modèle des stades de développement de la foi formulé par James Fowler, les individus affichant un score élevé de RWA adhèrent préférentiellement aux énoncés correspondant au Stade 2 (foi mythique-littérale) et au Stade 3 (foi synthétique-conventionnelle), caractérisés par une lecture littérale des textes sacrés et une dépendance envers l’autorité extérieure.
Validité prédictive et comportementale
L’échelle RWA possède une capacité de prédiction comportementale remarquable dans des contextes expérimentaux et réels :
- Préjugés et hostilité intergroupe : L’échelle prédit vigoureusement les attitudes de rejet envers les minorités ethniques, les demandeurs d’asile et la communauté homosexuelle (Hunsberger, 1996).
- Punitivisme et soutien à la coercition étatique : Les scores élevés sont positivement associés à la volonté d’imposer des peines de prison maximales, au rétablissement de la peine de mort et à la propension à dénoncer activement auprès de la police des citoyens accusés d’infractions morales mineures.
- Agression sanctionnée par l’autorité : Dans des paradigmes d’obéissance simulée inspirés des expériences de Milgram, les participants à forte RWA administrent sans hésitation des sanctions plus intenses lorsqu’ils reçoivent la garantie formelle que leur geste est avalisé par une autorité officielle.
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée en distinguant la RWA de la théorie de la dominance sociale (Social Dominance Orientation ou SDO) développée par Sidanius et Pratto. Alors que la SDO capte une motivation à dominer personnellement et à maintenir les hiérarchies entre groupes (fondée sur une vision du monde perçu comme une « jungle compétitive »), la RWA mesure une motivation à rechercher la sécurité collective, la cohésion et l’ordre moral (fondée sur la perception d’un « monde dangereux »). Ces deux échelles ne présentent que des corrélations faibles à modérées (souvent comprises entre 0,20 et 0,40), tout en interagissant pour prédire de façon quasi exhaustive les préjugés généralisés dans le modèle du double processus idéologique (Dual-Process Ideological Model de John Duckitt).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de l’Échelle d’autoritarisme de droite est l’une des plus robustes répertoriées dans la littérature sociologique et psychologique, attestant d’un niveau d’erreur de mesure remarquablement bas.
Cohérence interne (Internal Consistency)
Bob Altemeyer (1996) rapporte une synthèse portant sur plus de 30 études empiriques indépendantes dans lesquelles les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) s’échelonnent entre 0,81 et 0,95. Grâce aux révisions annuelles rigoureuses apportées aux items (élimination des items ambigus, clarification de la syntaxe et équilibrage des polarités), l’échelle de 1994 atteint de manière stable un coefficient de fidélité avoisinant ou dépassant 0,90 au sein des échantillons de langue anglaise.
La seule anomalie majeure documentée dans les synthèses d’Altemeyer concerne une administration de l’échelle en langue anglaise auprès d’un échantillon de 400 étudiants sud-africains dont la langue maternelle était le xhosa, où l’alpha a chuté à 0,43. Cette chute drastique a mis en évidence le fait que la complexité linguistique et syntaxique de certains items formulés en anglais (notamment les doubles négations ou les expressions idiomatiques nord-américaines) exige une adaptation culturelle et linguistique préalable pour préserver les qualités de l’instrument hors de son bassin socioculturel d’origine.
Stabilité temporelle (Test-Retest Reliability)
Les investigations longitudinales témoignent d’une excellente stabilité temporelle du trait :
- Sur un intervalle d’une semaine, le coefficient de corrélation test-retest chez les étudiants universitaires atteint r = 0,95.
- Sur un intervalle prolongé de 28 semaines (soit près de sept mois au cours d’une année universitaire complète), la corrélation test-retest demeure remarquablement élevée à r = 0,85.
Ces données confirment que l’échelle RWA mesure bien un trait d’attitude stable et ancré dans la structure sociocognitive de la personne, plutôt qu’une fluctuation d’humeur passagère ou une réponse circonstancielle dictée par l’actualité immédiate.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de l’échelle d’autoritarisme de droite a suscité d’abondants débats académiques, enrichissant la compréhension théorique de la dimensionalité du construit.
La thèse de l’unidimensionnalité fonctionnelle
Lors des analyses factorielles exploratoires (AFE) conduites par Bob Altemeyer, un premier facteur dominant émerge invariablement, expliquant une part massive de la variance commune totale. Les trois grappes théoriques — soumission, agression et conventionnalisme — s’avèrent si intimement enchevêtrées dans les réponses empiriques qu’Altemeyer a continuellement défendu l’existence d’une dimension unique sous-jacente. Selon cette approche, l’autoritarisme de droite forme un syndrome psychologique intégré où les trois composantes ne fonctionnent jamais de manière autonome chez l’individu autoritaire. Les saturations factorielles des 30 items cotés sur ce facteur général oscillent typiquement entre 0,40 et 0,75.
Débats sur la multidimensionnalité
Néanmoins, l’application d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) modernes par des psychométriciens indépendants (tels que Mavor, Louis et Laythe, 2006, ou Funke, 2005) a fréquemment suggéré qu’un modèle à trois facteurs corrélés (reflétant fidèlement la triade théorique conceptuelle : soumission, agression, conventionnalisme) offre un ajustement statistique aux données (ex. indices CFI, TLI, RMSEA) supérieur à celui d’un modèle strictement unidimensionnel :
- Facteur Soumission : Saturé par des items mettant en avant l’obéissance aux chefs et la confiance aveugle dans les gouvernants (ex. item 3, item 12).
- Facteur Agression : Saturé par des items préconisant l’écrasement physique ou judiciaire des fauteurs de troubles et des pervers (ex. item 11, item 17, item 23, item 34).
- Facteur Conventionnalisme : Saturé par des items traitant de la morale sexuelle, de la décence vestimentaire, de la modestie et du respect des coutumes familiales et religieuses (ex. item 10, item 13, item 14, item 25).
Malgré cette structure tridimensionnelle latente, les corrélations inter-facteurs demeurent très élevées (souvent supérieures à r = 0,60 ou 0,70), ce qui justifie pleinement dans la pratique de recherche l’agrégation de l’ensemble des réponses en un score global composite unique représentant le niveau général d’autoritarisme de droite.
Contrôle des artefacts méthodologiques
Un des accomplissements majeurs de l’analyse factorielle de l’échelle RWA réside dans la neutralisation des facteurs méthodologiques parasites. Alors que les échelles antérieures voyaient leurs factorisations polluées par des facteurs d’acquiescement (regroupant les items formulés positivement), l’équilibrage minutieux de l’échelle 1994 (contenant une proportion équivalente d’items orientés pour et contre le trait) contraint les saturations factorielles à refléter la variance substantielle du contenu psychologique plutôt que le style de réponse du répondant.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique par auto-rapport (self-report inventory).
- Objectif de mesure : Évaluation quantitative du niveau individuel d’autoritarisme de droite (grappes de soumission autoritaire, agression autoritaire et conventionnalisme).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée / numérique en ligne.
- Nombre total d’items : 34 énoncés au total (seuls les items 5 à 34 sont cotés pour le score final ; les items 1 à 4 sont des questions d’introduction et d’échauffement non comptabilisées).
- Format de réponse : Échelle de type Likert en 9 points s’étendant de -4 à +4, avec les ancrages suivants :
- -4 : en très fort désaccord (very strongly disagree)
- -3 : en fort désaccord (strongly disagree)
- -2 : en modéré désaccord (moderately disagree)
- -1 : en léger désaccord (slightly disagree)
- 0 : exactement et précisément neutre (neutral)
- +1 : en léger accord (slightly agree)
- +2 : en modéré accord (moderately agree)
- +3 : en fort accord (strongly agree)
- +4 : en très fort accord (very strongly agree)
- Modalités de cotation et calcul du score :
- Pour chaque réponse, ajouter une constante de 5 afin de convertir l’échelle de [-4 à +4] vers une échelle positive de [1 à 9]. Le point neutre (0) correspond donc à une valeur numérique de 5.
- Items orientés vers le trait (protraits) : La note brute va de 1 (-4) à 9 (+4). Les items protraits cotés sont les numéros : 5, 7, 9, 11, 12, 15, 17, 18, 21, 23, 26, 28, 30, 32, 34.
- Items contraitaires inversés (contraits) : Indiqués par un astérisque (*). La cotation doit être rigoureusement inversée (la réponse brute -4 devient 9, -3 devient 8, -2 devient 7, -1 devient 6, 0 demeure 5, +1 devient 4, +2 devient 3, +3 devient 2, et +4 devient 1 ; formule : Score inversé = 10 – score converti). Les items contraitaires cotés sont les numéros : 6, 8, 10, 13, 14, 16, 19, 20, 22, 24, 25, 27, 29, 31, 33.
- Score total : Somme des 30 items cotés (items 5 à 34). L’étendue théorique du score s’établit entre un minimum de 30 et un maximum de 270, avec un point médian théorique neutre fixé à 150.
- Durée approximative de passation : Environ 15 à 20 minutes. Aucune formation spécialisée préalable n’est exigée pour l’administration.
- Normes et repères interprétatifs :
- Dans la version 1994, les moyennes observées auprès des populations étudiantes nord-américaines oscillent typiquement dans les 120, se situant en dessous du point médian neutre.
- Les parents d’étudiants présentent généralement des scores moyens supérieurs d’environ 25 points, se situant aux alentours de 145 à 150.
- Aucune différence globale majeure n’est constatée selon le sexe du participant, bien que les femmes tendent à obtenir des scores légèrement plus élevés sur les items de conventionnalisme et les hommes sur les items d’agression autoritaire.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
La version examinée ici est l’Échelle RWA de 1994, publiée formellement dans l’ouvrage de référence de Bob Altemeyer, The Authoritarian Specter (Harvard University Press, 1996), faisant suite aux versions séminales publiées en 1981 (Right-Wing Authoritarianism) et 1988 (Enemies of Freedom).
Fidèle à une éthique de diffusion ouverte des outils scientifiques pour la recherche académique désintéressée, l’auteur Bob Altemeyer a explicitement accordé la permission aux chercheurs, enseignants et étudiants d’utiliser, reproduire et adapter l’Échelle d’autoritarisme de droite dans le cadre de leurs travaux de recherche non commerciale, sans exiger de redevance financière ni de paiement de licence préalable. Les chercheurs souhaitant administrer l’instrument doivent s’assurer de citer adéquatement les monographies sources d’Altemeyer (1981, 1988, 1996) dans leurs publications scientifiques.
Pour toute exploitation commerciale, adaptation éditoriale lucrative ou inclusion au sein d’une batterie de tests distribuée par un éditeur payant, l’autorisation expresse de l’auteur ou de l’éditeur universitaire (Harvard University Press) demeure formellement requise.
12. Références / References
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Altemeyer, B. (1981). Right-wing authoritarianism. University of Manitoba Press.
Altemeyer, B. (1988). Enemies of freedom: Understanding right-wing authoritarianism. Jossey-Bass.
Altemeyer, B. (1996). The authoritarian specter. Harvard University Press.
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Funke, F. (2005). The dimensionality of right-wing authoritarianism: Lessons from the dilemma between theoretical elegance and empirical reality. Political Psychology, 26(2), 195–218. https://doi.org/10.1111/j.1467-9221.2005.00418.x
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