1. Résumé / Abstract
L’Échelle d’auto-efficacité sexuelle pour le fonctionnement féminin (Sexual Self-Efficacy Scale for Female Functioning, SSES-F), conçue par Sally Bailes, Laura Creti, Catherine S. Fichten, Eva Libman, William Brender et Rhonda Amsel au sein du Département de psychiatrie de l’Hôpital général juif Sir Mortimer B. Davis et de l’Université McGill à Montréal, constitue un instrument psychométrique de référence destiné à évaluer les croyances d’une femme à l’égard de sa propre compétence dans la régulation et l’expression de sa réponse sexuelle. Développée comme le pendant multidimensionnel féminin de la Sexual Self-Efficacy Scale – Erectile Functioning (SSES-E), la SSES-F opérationnalise les postulats de la théorie sociocognitive d’Albert Bandura en les transposant aux dimensions comportementales, cognitives et affectives de la sexualité humaine.
Le questionnaire est composé de 37 items explorant les quatre étapes canoniques de la réponse sexuelle (intérêt/désir, excitation, plateau/lubrification et orgasme) ainsi que des aspects relationnels critiques tels que l’intimité corporelle, le refus sans culpabilité et l’affirmation des préférences érotiques. L’analyse factorielle initiale a permis d’isoler huit sous-échelles distinctes : l’Orgasme interpersonnel, l’Intérêt/Désir interpersonnel, la Sensualité, l’Excitation individuelle, l’Affection, la Communication, l’Acceptation corporelle et le Refus. Le mode de passation repose sur un double système d’évaluation : pour chaque comportement ou situation, la répondante (ou son partenaire évaluant sa perception des compétences de celle-ci) indique si elle se sent capable d’accomplir l’activité (« Can Do »), puis quantifie sa force d’auto-efficacité sur une échelle de confiance continue allant de 10 (très incertaine) à 100 (très certaine), les activités jugées impossibles recevant une note de zéro. L’instrument nécessite entre 10 et 15 minutes de passation.
Sur le plan métrologique, l’échelle démontre une excellente cohérence interne avec un coefficient alpha de Cronbach global de 0,93 et des coefficients sous-dimensionnels variant de 0,70 à 0,87. La structure en huit facteurs orthogonaux (rotation Varimax) explique 68 % de la variance totale. La stabilité temporelle test-retest à 4 semaines s’avère robuste (r = 0,83 pour le score total). La validité discriminante et convergente a été démontrée par des corrélations significatives avec des mesures reconnues d’ajustement sexuel et conjugal (GRISS, Sexual History Form, Locke-Wallace), ainsi que par sa capacité à discriminer nettement les femmes issues de la population générale de celles présentant des dysfonctions sexuelles cliniques ou des douleurs génito-pelviennes telles que la vestibulodynie provoquée.
2. Mots-clés / Keywords
Auto-efficacité sexuelle, fonctionnement sexuel féminin, psychométrie, évaluation clinique, sexologie cognitive et comportementale, dysfonctions sexuelles féminines, vestibulodynie provoquée, désir sexuel hypoactif, orgasme, Bandura.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par une équipe multidisciplinaire de cliniciens-chercheurs et de biostatisticiens rattachés aux institutions hospitalières et universitaires montréalaises :
- Sally Bailes, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse, Département de psychiatrie, Hôpital général juif Sir Mortimer B. Davis (SMBD-JGH), Montréal, Québec, Canada. Adresse de correspondance académique : Department of Psychiatry, SMBD-Jewish General Hospital, 4333 Côte-Sainte-Catherine, Montréal, Québec, H3T 1E4, Canada. Courriel : [email protected].
- Laura Creti, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse, Service de thérapie sexuelle et cognitive, Hôpital général juif SMBD, Montréal, Québec, Canada.
- Catherine S. Fichten, Ph.D. : Professeure au Département de psychologie du Collège Dawson, professeure associée au Département de psychiatrie de l’Université McGill et codirectrice de recherche à l’Hôpital général juif SMBD, Montréal, Québec, Canada.
- Eva Libman, Ph.D. : Psychologue émérite, chercheuse principale spécialisée en médecine comportementale du sommeil et dysfonctions sexuelles, Département de psychiatrie, Hôpital général juif SMBD, Montréal, Québec, Canada.
- William Brender, Ph.D. : Psychologue clinicien, pionnier de la recherche comportementale en sexologie à l’Hôpital général juif SMBD et à l’Université Concordia, Montréal, Québec, Canada.
- Rhonda Amsel, M.Sc. : Statisticienne et professeure agrégée au Département de psychologie, Université McGill, Montréal, Québec, Canada.
4. Objectif / Purpose
Nature et raison d’être de l’évaluation
L’Échelle d’auto-efficacité sexuelle pour le fonctionnement féminin (SSES-F) a été conçue pour combler un vide méthodologique et clinique majeur au sein de la sexologie moderne. Tandis que le fonctionnement érectile masculin disposait déjà d’outils standardisés axés sur les attentes d’efficacité personnelle (notamment la SSES-E développée par Libman et al. en 1985), les manifestations de la sexualité féminine demeuraient souvent appréhendées sous un angle purement physiologique, normatif ou symptomatique (comptage de la fréquence des rapports, présence ou absence de lubrification ou d’orgasme). Une telle approche omettait la variable psychologique déterminante régissant l’engagement érotique : le sentiment subjectif de compétence personnelle, c’est-à-dire la certitude intime qu’a une femme de pouvoir mobiliser les ressources affectives, cognitives, motrices et relationnelles requises pour vivre une expérience sexuelle satisfaisante.
L’objectif fondamental de la SSES-F est d’opérationnaliser le concept d’auto-efficacité tel que formalisé par Albert Bandura, en mesurant à quel degré une femme se sent capable de naviguer à travers les différentes étapes de son intimité sexuelle, solitaire ou partagée. L’outil ne cherche pas à enregistrer des performances mécaniques, mais à cartographier le degré de confiance prédictive face à 37 scénarios comportementaux et émotionnels concrets.
Applications cliniques
Dans le domaine de la sexothérapie cognitive et comportementale (TCC), la SSES-F sert d’outil d’évaluation initiale, de formulation de cas et de mesure des progrès thérapeutiques :
- Diagnostic fonctionnel ciblé : L’outil permet d’identifier précisément les zones de rupture dans la chaîne comportementale érotique (anxiété anticipatoire, évitement des caresses génitales, incapacité à refuser un rapport ou à formuler une demande de stimulation clitoridienne).
- Désactivation de l’anxiété de performance : En décomposant la réponse sexuelle en composantes autonomes, la SSES-F aide le thérapeute à déconstruire les pensées automatiques catastrophistes (« Je suis incapable d’avoir un orgasme », « Mon corps ne répond pas ») en renforçant l’auto-efficacité sur des étapes intermédiaires (sensualité non coïtale, acceptation corporelle).
- Évaluation du couple : Grâce à sa version miroir destinée au partenaire, le clinicien peut confronter la perception de la patiente à celle de son conjoint, révélant des décalages d’attribution, des exigences irréalistes ou des sous-estimations de la détresse de la partenaire.
- Prise en charge des douleurs pelviennes chroniques : La SSES-F est devenue une mesure élective dans le traitement de la vestibulodynie provoquée, du vaginisme et de la dyspareunie, documentant l’impact de la rééducation périnéale et de la TCC sur la reconquête de la confiance corporelle sans appréhension de la douleur.
Applications en recherche scientifique
Sur le plan expérimental et épidémiologique, la SSES-F offre une métrique unifiée pour disséquer les mécanismes médiateurs et modérateurs de la santé sexuelle. Elle est notamment mobilisée dans les recherches longitudinales sur l’impact des chirurgies oncologiques pelviennes et mammaires, les variations périménopausiques, l’interaction entre les schémas sexuels de soi (sexual self-schemas) et la satisfaction conjugale, ainsi que les études transculturelles sur les rôles de genre et l’affirmation sexuelle féminine.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la SSES-F est l’auto-efficacité sexuelle féminine, défini comme le jugement porté par une femme sur ses capacités à organiser et exécuter les actions requises pour atteindre les niveaux souhaités de fonctionnement, de plaisir et d’intimité sexuelle dans des contextes variés. L’instrument postule que l’expérience sexuelle n’est pas un réflexe purement autonome, mais une conduite cognitivement médiée reposant sur des compétences individuelles, affectives et communicationnelles. Les 37 items sont distribués selon huit dimensions psychologiques majeures :
1. Orgasme interpersonnel (Interpersonal Orgasm)
Composée de neuf items (items 4, 28, 29, 30, 32, 33, 34, 36, 37), cette dimension est la plus volumineuse. Elle cible la capacité perçue à maintenir l’excitation, à lubrifier adéquatement, à vivre un rapport coïtal sans douleur ou inconfort, et à accéder à l’orgasme lors d’interactions avec un partenaire, que ce soit par stimulation clitoridienne simultanée, stimulation manuelle/orale ou pénétration. Elle évalue également la capacité à stimuler le partenaire jusqu’à l’orgasme et à atteindre l’acmé dans un intervalle de temps perçu comme raisonnable.
2. Intérêt et désir interpersonnels (Interpersonal Interest/Desire)
Regroupant six items (items 1, 5, 6, 7, 9, 22), cette sous-échelle capture l’anticipation positive de la sexualité (envisager un rapport sans peur ni anxiété), l’éprouvé spontané d’intérêt et de pulsion érotique pour le partenaire, le sentiment de se sentir désirable à ses yeux, l’initiative active des conduites sexuelles et le plaisir intrinsèque tiré de la pénétration.
3. Sensualité (Sensuality)
Composée de six items (items 17, 18, 19, 20, 21, 27), cette dimension mesure le sentiment d’efficacité et la capacité d’abandon hédonique lors des caresses corporelles et génitales, tant données que reçues. Elle explore le plaisir d’être caressée sur le corps, les seins et la vulve, mais aussi la confiance éprouvée à toucher le corps et les organes génitaux du partenaire et à s’exciter lors des préliminaires lorsque les deux partenaires sont nus.
4. Excitation individuelle (Individual Arousal)
Regroupant quatre items (items 24, 25, 26, 31), ce domaine s’intéresse à l’autonomie érotique et à la réactivité neurophysiologique indépendante du couple. Il évalue la compétence perçue à s’exciter devant des stimuli érotiques visuels ou littéraires, à ressentir du désir et à atteindre l’orgasme en solitaire par la masturbation, ainsi qu’à entrer en état d’excitation préliminaire habillée.
5. Affection (Affection)
Articulée autour de trois items (items 8, 15, 16), cette dimension explore la capacité à instaurer et savourer des manifestations de tendresse, d’intimité physique et de contacts érotisés sans que ceux-ci ne soient subordonnés à une injonction de performance coïtale ou vécus comme une dette sexuelle obligatoire.
6. Communication (Communication)
Composée de cinq items (items 12, 13, 14, 23, 35), cette sous-échelle examine l’affirmation de soi verbale et non verbale au sein du couple : expliciter ses besoins de stimulation, répondre aux sollicitations techniques du conjoint, gérer de manière constructive les divergences de préférences érotiques, et préserver le plaisir d’une rencontre intime même lorsqu’elle n’aboutit pas à l’orgasme personnel.
7. Acceptation corporelle (Body Acceptance)
Représentée par deux items stratégiques (items 2 et 3), cette dimension mesure la désinhibition et l’aisance psychocorporelle : se sentir à l’aise avec sa propre anatomie et assumer sereinement la nudité partagée sous le regard de l’autre, des facteurs souvent corrélés à l’anxiété liée à l’image corporelle (spectatoring).
8. Refus (Refusal)
Constituée de deux items (items 10 et 11), cette sous-échelle évalue la compétence d’autodétermination et de gestion des frontières personnelles : la capacité à refuser une avance sexuelle indésirable sans angoisse de rupture, et la flexibilité émotionnelle nécessaire pour faire face au refus sexuel émanant du partenaire sans effondrement narcissique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La théorie sociocognitive d’Albert Bandura
La SSES-F est fermement ancrée dans la théorie sociocognitive (Bandura, 1977, 1986, 1997). Selon ce modèle, les croyances d’auto-efficacité personnelle (self-efficacy expectations) constituent le déterminant proximal le plus puissant des choix de comportement, de l’intensité de l’effort consenti et de la persévérance déployée face aux obstacles. Bandura distingue rigoureusement deux construits :
- L’attente d’efficacité (Self-Efficacy Expectation) : la conviction qu’une personne a d’être capable de produire avec succès le comportement requis pour obtenir un résultat déterminé.
- L’attente de résultat (Outcome Expectation) : le jugement selon lequel un comportement donné conduira inéluctablement à un résultat particulier.
Dans la sphère de la sexualité, une femme peut reconnaître qu’une stimulation clitoridienne prolongée conduit théoriquement à l’orgasme (attente de résultat), tout en doutant profondément de sa propre aptitude à guider son partenaire ou à abandonner ses défenses cognitives pour y parvenir (faible auto-efficacité). La SSES-F évalue précisément l’attente d’efficacité personnelle appliquée à des actes spécifiques.
Le modèle de la réponse sexuelle et la restructuration cognitive
Historiquement, les modèles physiologiques linéaires de Masters et Johnson (1966) (excitation, plateau, orgasme, résolution) et triphasiques de Helen Singer Kaplan (1979) (désir, excitation, orgasme) postulaient une chaîne somatique quasi réflexe. Or, les travaux de thérapie cognitive et comportementale menés dès les années 1980 (notamment par Beck, Barlow et l’équipe de l’Hôpital général juif à Montréal) ont démontré que les dysfonctions sexuelles résultent principalement d’interférences cognitives.
Le modèle cognitivo-affectif sous-jacent à la SSES-F postule un cercle vicieux pathologique :
- Une attente initiale d’échec ou de douleur engendre une faible auto-efficacité sexuelle.
- Cette anticipation anxieuse déclenche une activation sympathique inadéquate et un phénomène d’auto-observation critique (le spectatoring décrit par Masters et Johnson), où la femme devient spectatrice évaluatrice de sa propre réponse physiologique au lieu d’en être l’actrice hédonique.
- L’attention étant détournée des stimuli érotiques érogènes vers des stimuli de menace (peur de la douleur, crainte de la perte de lubrification, angoisse du temps qui passe), la lubrification et le réflexe orgasmique sont inhibés.
- L’échec fonctionnel qui en résulte renforce les croyances d’incompétence de base, consolidant l’inhibition sexuelle et les stratégies d’évitement comportemental du lit conjugal.
En mesurant l’auto-efficacité, la SSES-F opérationnalise ce point de bascule cognitif. Une auto-efficacité élevée protège contre l’impact des micro-défaillances occasionnelles, favorise l’affirmation des désirs et la négociation relationnelle, transformant l’expérience érotique en un espace d’exploration partagée affranchi de l’injonction de performance.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la SSES-F a été minutieusement établie à travers plusieurs vagues d’enquêtes cliniques et fondamentales conduites principalement par Laura Creti, Sally Bailes et leurs collaborateurs.
Validité de construit et validité convergente
Dans l’étude princeps de validation (Creti et al., 1989), la SSES-F a été administrée conjointement à une batterie de tests standardisés mesurant l’adaptation psychologique, la satisfaction maritale et le fonctionnement sexuel global. Les analyses corrélationnelles ont confirmé des convergences théoriquement prédites :
- Fonctionnement sexuel : Le score global de force d’auto-efficacité sexuelle corrèle positivement et significativement avec les indices du Sexual History Form (SHF; Nowinski & LoPiccolo, 1979) et du Sexual Interaction Inventory (SII; LoPiccolo & Steger, 1974).
- Satisfaction sexuelle : Une corrélation inverse highly significative a été observée avec les scores de détresse du Golombok Rust Inventory of Sexual Satisfaction (GRISS; Rust & Golombok, 1985), indiquant qu’une confiance accrue en ses compétences sexuelles est associée à une diminution drastique de l’insatisfaction et des dysfonctions érotiques.
- Ajustement conjugal : Des corrélations positives modérées à fortes ont été mises en évidence avec l’échelle d’ajustement marital de Locke-Wallace (Kimmel & Van der Veen, 1974), démontrant que la perception d’efficacité sexuelle contribue directement à la cohésion globale du couple.
Validité discriminante et différentielle
La capacité de la SSES-F à différencier des populations cliniques de populations saines représente l’une de ses forces métrologiques les plus nettes :
- Dysfonctions sexuelles cliniques : Creti et al. (1989) ont démontré que les femmes admises en consultation spécialisée de sexothérapie pour divers troubles (trouble de l’intérêt/de l’excitation, anorgasmie) présentaient des scores d’auto-efficacité sexuelle globale significativement plus faibles que les femmes issues d’échantillons communautaires ne signalant aucun trouble sexuel. Des déficits prononcés ont été isolés spécifiquement sur les sous-échelles Orgasme interpersonnel, Intérêt/Désir interpersonnel, Sensualité et Communication.
- Douleurs génito-pelviennes (Vestibulodynie) : Sutton, Pukall et Chamberlain (2009) ont utilisé la SSES-F auprès de femmes souffrant de vestibulodynie provoquée (PVD). Les patientes atteintes affichaient des scores totaux de SSES-F considérablement effondrés comparativement aux témoins sains appariés, avec des altérations massives sur les dimensions de Sensualité, d’Affection et de Communication, illustrant la constriction relationnelle induite par la pathologie douloureuse.
- Effet de l’âge : Les analyses différentielles ont révélé que les femmes de plus de 50 ans rapportaient des scores de force totale significativement inférieurs à ceux des femmes de moins de 50 ans, reflétant les modifications hormonales de la ménopause, les transitions psychosociales et l’impact potentiel de stéréotypes sociétaux intériorisés.
Validité de médiation
Dans une recherche fondamentale sur l’ajustement sexuel des jeunes femmes, Reissing, Laliberté et Davis (2005) ont validé le rôle médiateur central de l’auto-efficacité sexuelle mesurée par la SSES-F. Leurs modèles d’équations structurelles ont démontré que l’auto-efficacité agit comme un pont cognitif indispensable entre les schémas sexuels de soi (la vision conceptuelle qu’une femme a de sa propre érotique) et son niveau effectif d’ajustement sexuel, neutralisant l’aversion sexuelle et modulant l’influence de l’image corporelle.
8. Fidélité / Reliability
Cohérence interne
L’homogénéité psychométrique de la SSES-F a été évaluée lors de son développement initial auprès d’une cohorte non clinique de 131 femmes âgées de 25 à 68 ans (dont 51 mariées ou en union libre et 80 femmes célibataires) :
- Score total : L’analyse d’items sur l’ensemble des 37 items a révélé une consistance interne globale exceptionnelle, matérialisée par un coefficient alpha de Cronbach de 0,93.
- Sous-échelles : Les coefficients de cohérence interne pour chacune des huit dimensions factorielles se sont échelonnés entre 0,70 et 0,87, confirmant que chaque sous-domaine constitue un agrégat homogène tout en mesurant une facette spécifique du fonctionnement sexuel.
Corrélations sous-échelles et inter-échelles
Les analyses de corrélations menées sur les scores moyens de confiance ont révélé que les corrélations sous-échelle/total s’échelonnaient de 0,31 à 0,85, attestant d’une excellente intégration des différentes facettes au construit d’ensemble. Les corrélations inter-sous-échelles sont demeurées modérées (variant de 0,08 à 0,63), confirmant l’absence de redondance colinéaire excessive entre les composantes et justifiant le calcul de profils sous-dimensionnels individualisés.
Stabilité temporelle (Test-retest)
La fidélité temporelle a été documentée sur un sous-échantillon de 36 femmes réévaluées après un intervalle d’attente strict de 4 semaines sans intervention clinique :
- Le coefficient de corrélation test-retest pour le score total s’élève à r = 0,83 (p < 0,001), ce qui témoigne d’une remarquable stabilité temporelle du construit chez des individus dont l’environnement et l’état clinique ne subissent pas de modification active.
- Pour les huit sous-échelles individuelles, les coefficients de stabilité test-retest se situent entre 0,50 et 0,93.
Accord inter-juges / Perception du partenaire
Pour les 51 couples mariés ou cohabitants évalués dans l’étude princeps, les conjoints masculins ont complété la version partenaire de la SSES-F afin d’estimer les capacités et la confiance de leur compagne. La corrélation dyadique entre le score total autodéclaré par la femme et le score estimé par son partenaire s’élève à r = 0,46 (p < 0,001). Cette concordance modérée mais highly significative illustre à la fois l’existence d’une lecture partagée de la sexualité au sein du couple et l’existence d’une part substantielle d’expérience interne subjective non perçue par le conjoint.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Méthodologie d’extraction factorielle
La structure dimensionnelle de la SSES-F a été établie par une analyse factorielle exploratoire (AFE) portant sur les évaluations de confiance des 131 participantes de l’échantillon normatif initial. Afin d’obtenir une structure claire et interprétable sur le plan clinique sans imposer d’a priori arbitraire, une extraction en facteurs principaux suivie d’une rotation orthogonale Varimax a été appliquée aux données.
Variance expliquée et architecture factorielle
L’analyse a identifié huit facteurs indépendants possédant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures au critère conventionnel de Kaiser. Ensemble, ces huit facteurs expliquent 68 % de la variance totale des scores, un pourcentage particulièrement élevé pour un domaine comportemental complexe et multiforme.
Distribution factorielle des 37 items
Les saturations factorielles (factor loadings) ont guidé l’attribution des items au sein de chaque pôle fonctionnel comme suit :
- Facteur 1 : Orgasme interpersonnel (9 items) — Regroupe les items 4, 28, 29, 30, 32, 33, 34, 36 et 37. Ce facteur capture le noyau physiologique et relationnel coïtal (lubrification, absence de douleur, maintien de l’excitation, orgasme avec ou sans stimulation clitoridienne, déclenchement de l’orgasme du partenaire).
- Facteur 2 : Intérêt et désir interpersonnels (6 items) — Regroupe les items 1, 5, 6, 7, 9 et 22. Il regroupe l’anticipation positive sans anxiété, l’attirance érotique envers le partenaire, le sentiment de séduction et l’initiation de l’acte.
- Facteur 3 : Sensualité (6 items) — Regroupe les items 17, 18, 19, 20, 21 et 27. Ce facteur isole l’expression hédonique tactile, tant génitale qu’extragénitale (seins, caresses corporelles réciproques), ainsi que la nudité partagée lors des préliminaires.
- Facteur 4 : Excitation individuelle (4 items) — Regroupe les items 24, 25, 26 et 31. Il circonscrit la masturbation solitaire, l’érotophilie face à des supports érotiques et l’excitation habillée.
- Facteur 5 : Affection (3 items) — Regroupe les items 8, 15 et 16. Ce facteur s’individualise autour de la tendresse physique dissociée de l’obligation coïtale et du plaisir des rencontres érotiques non pénétratives.
- Facteur 6 : Communication (5 items) — Regroupe les items 12, 13, 14, 23 et 35. Ce facteur traduit la régulation dialogique : solliciter le type de stimulation requis, ajuster les disparités de préférences sexuelles et valoriser l’acte indépendamment de l’atteinte de l’orgasme.
- Facteur 7 : Acceptation corporelle (2 items) — Regroupe les items 2 et 3. Ce pôle évalue la neutralisation de l’anxiété corporelle (être à l’aise avec sa morphologie et en état de nudité devant l’autre).
- Facteur 8 : Refus (2 items) — Regroupe les items 10 et 11. Ce facteur mesure l’affirmation de soi protectrice (poser un refus sans culpabilité et tolérer le refus exprimé par le partenaire).
10. Instrument de mesure / Instrument
Caractéristiques structurelles de l’outil
- Nom complet de l’instrument : Sexual Self-Efficacy Scale for Female Functioning (SSES-F).
- Nom francophone : Échelle d’auto-efficacité sexuelle pour le fonctionnement féminin.
- Type de mesure : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (auto-rapporté) et hétéro-évaluation pour le partenaire.
- Population cible : Femmes adultes (de 18 à 70 ans et plus), célibataires ou engagées dans une relation de couple, issues de la population générale ou de cohortes cliniques.
- Temps de passation requis : Entre 10 et 15 minutes.
- Nombre d’items : 37 énoncés décrivant des activités, réactions affectives et conduites sexuelles.
Format de réponse et cotation des scores
- Double procédure d’évaluation par item :
- Colonne I (« Can Do » / Capacité perçue) : La participante coche la case si elle estime qu’elle serait en mesure d’accomplir l’activité ou d’éprouver l’état décrit si la situation se présentait le jour même. Si elle estime ne pas en être capable, la colonne I et la colonne II restent vierges.
- Colonne II (« Confidence » / Degré de certitude) : Pour les seules activités cochées en colonne I, la participante évalue son degré de confiance personnelle en choisissant un score numérique gradué de 10 en 10, allant de 10 (Quite Uncertain / Très incertaine) à 100 (Quite Certain / Très certaine). Les ancrages psychométriques formels sont : 10 = Tout à fait incertaine, 50 = Modérément certaine, 100 = Tout à fait certaine.
- Règle de conversion pour les items non cochés : Tout item non coché en Colonne I (activité jugée infaisable) reçoit impérativement une note de confiance de zéro (0).
- Calcul du score total de force d’auto-efficacité (Total Strength Score) : Le score total est obtenu en calculant la moyenne arithmétique des notes de confiance attribuées aux 37 items (en incluant la note de 0 pour chaque item non coché). Le score résultant s’étend sur une échelle continue de 0 à 100. Un score plus élevé reflète une auto-efficacité sexuelle plus robuste et généralisée.
- Calcul des scores des sous-échelles : Le score d’efficacité pour chacune des huit dimensions est obtenu en calculant la moyenne arithmétique des notes de confiance des items spécifiques constituant la sous-échelle considérée (avec imputation de la valeur 0 pour les items non cochés du sous-groupe).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Historique et année de parution
L’échelle a été officiellement présentée lors du congrès annuel de l’American Psychological Association (APA) à La Nouvelle-Orléans en août 1989 par Creti, Bailes, Fichten, Libman, Amsel et Liederman. Elle a ensuite été diffusée dans des anthologies métrologiques de référence, notamment dans les éditions successives du Handbook of Sexuality-Related Measures (Routledge).
Statut des droits et conditions d’utilisation
L’instrument relève de la propriété intellectuelle de ses auteurs et du Département de psychiatrie de l’Hôpital général juif Sir Mortimer B. Davis (Montréal). Il a été mis à la disposition de la communauté scientifique internationale pour une utilisation à des fins de recherche fondamentale, clinique et académique non commerciale sans frais d’acquisition de licence, sous réserve de la citation systématique et conforme des publications princeps.
Disponibilité linguistique et contact
La SSES-F a été initialement rédigée en langue anglaise et dispose d’une version validée en langue française, administrée dans les cliniques universitaires montréalaises. Pour toute demande de protocole complet, d’autorisation pour des essais thérapeutiques financés ou d’obtention de la version française officielle, les chercheurs et praticiens sont invités à s’adresser directement à :
Dr Sally Bailes
Department of Psychiatry, SMBD-Jewish General Hospital
4333 Côte-Sainte-Catherine, Montréal, Québec, H3T 1E4, Canada
Courriel académique : [email protected]
12. Références / References
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- Reissing, E. D., Laliberté, G. M., & Davis, H. J. (2005). Young women’s sexual adjustment: The role of sexual self-schema, sexual self-efficacy, sexual aversion and body attitudes. The Canadian Journal of Human Sexuality, 14(3–4), 77–85.
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- Sutton, K. S., Pukall, C. F., & Chamberlain, S. (2009). Pain ratings, sensory thresholds, and psychosocial functioning in women with provoked vestibulodynia. Journal of Sex & Marital Therapy, 35(4), 262–281. https://doi.org/10.1080/00926230902851256
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions to Respondents:
The attached form lists sexual activities that women engage in.
For women respondents only:
Under column I (Can Do), check (✓) the activities you think you could do if you were asked to do them today. For only those activities you checked in column I, rate your degree of confidence that you could do them by selecting a number from 10 to 100 using the scale given below. Write this number in column II (Confidence).
For partners only:
Under column I (Can Do), check (✓) the activities you think your female partner could do if she were asked to do them today. For only those activities you checked in column I, rate your degree of confidence that your female partner could do them by selecting a number from 10 to 100 using the scale given below. Write this number in column II (Confidence).
If you think your partner is not able to do a particular activity, leave columns I and II blank for that activity.
10 (Quite Uncertain) — 20 — 30 — 40 — 50 (Moderately Certain) — 60 — 70 — 80 — 90 — 100 (Quite Certain)
-
Anticipate (think about) having intercourse without fear or anxiety.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Feel comfortable being nude with the partner.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Feel comfortable with your body.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
In general, feel good about your ability to respond sexually.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Be interested in sex.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Feel sexual desire for the partner.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Feel sexually desirable to the partner.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Initiate an exchange of affection without feeling obliged to have sexual relations.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Initiate sexual activities.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Refuse a sexual advance by the partner.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Cope with the partner’s refusal of your sexual advance.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Ask the partner to provide the type and amount of sexual stimulation needed.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Provide the partner with the type and amount of sexual stimulation requested.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Deal with discrepancies in sexual preference between you and your partner.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy an exchange of affection without having sexual relations.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy a sexual encounter with a partner without having intercourse.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy having your body caressed by the partner (excluding genitals and breasts).
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy having your genitals caressed by the partner.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy having your breasts caressed by the partner.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy caressing the partner’s body (excluding genitals).
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy caressing the partner’s genitals.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy intercourse.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Enjoy a lovemaking encounter in which you do not reach orgasm.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Feel sexually aroused in response to erotica (pictures, books, films, etc.).
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Become sexually aroused by masturbating when alone.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Become sexually aroused during foreplay when both partners are clothed.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Become sexually aroused during foreplay when both partners are nude.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Maintain sexual arousal throughout a sexual encounter.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Become sufficiently lubricated to engage in intercourse.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Engage in intercourse without pain or discomfort.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Have an orgasm while masturbating when alone.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Have an orgasm while the partner stimulates you by means other than intercourse.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Have an orgasm during intercourse with concurrent stimulation of the clitoris.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Have an orgasm during intercourse without concurrent stimulation of the clitoris.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Stimulate a partner to orgasm by means other than intercourse.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Stimulate a partner to orgasm by means of intercourse.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]
-
Reach orgasm within a reasonable period of time.
[ Column I: Check if Can Do | Column II: Rate Confidence 10–100 ]