1. Résumé
L’Échelle d’auto-efficacité de l’adhésion au traitement (connue dans la littérature internationale sous l’acronyme ASES ou HIV-ASES pour HIV Treatment Adherence Self-Efficacy Scale) constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et largement validés pour évaluer la confiance perçue par les patients dans leur capacité à exécuter des comportements complexes d’adhésion médicale en présence d’obstacles spécifiques. Développée initialement par Mallory O. Johnson et ses collaborateurs au sein du Centre for AIDS Prevention Studies (CAPS) de l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), cette échelle auto-rapportée comprend 12 items opérationnalisant le concept d’auto-efficacité formulé originellement par Albert Bandura dans le cadre de sa théorie sociocognitive.
L’instrument cible spécifiquement la gestion globale des plans thérapeutiques, englobant non seulement la prise stricte des médicaments antirétroviraux (ART), mais également l’adoption d’ajustements comportementaux indispensables tels que l’alimentation adaptée, la gestion de l’activité physique, la fréquentation régulière des consultations médicales et la négociation des contraintes sociales liées à la maladie chronique. Les répondants expriment leur degré de confiance sur une échelle visuelle ou numérique de type Likert élargie allant de 1 (« impossible à faire » / cannot do it at all) à 10 (« tout à fait certain de pouvoir le faire » / certain can do it).
Sur le plan psychométrique, les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires identifient deux dimensions sous-jacentes robustes : l’Intégration de l’adhésion (Adherence Integration, valeur propre de 6,12) et la Persévérance de l’adhésion (Adherence Perseverance, valeur propre de 1,16), expliquant conjointement plus de 61 % de la variance totale. Les propriétés de fidélité sont exceptionnelles, avec une consistance interne globale excédant le seuil de $rho > 0,90$ (et $\alpha > 0,90$), une fidélité test-retest à 3 mois supérieure à $r = 0,70$ et une stabilité longitudinale remarquable à 15 mois ($r > 0,40$). La validité de construit, concurrente et prédictive est attestée par des corrélations significatives avec les charges virales plasmatiques indétectables, la hausse des lymphocytes CD4, la suppression virologique objective mesurée par des dispositifs électroniques (comme le système MEMS), et diverses variables psychosociales incluant le soutien social perçu, les stratégies de coping adaptatif et la détresse psychologique atténuée.
2. Mots-clés
Auto-efficacité, adhésion thérapeutique, observance médicamenteuse, VIH/SIDA, thérapie antirétrovirale, psychométrie, théorie sociocognitive, évaluation comportementale, persévérance thérapeutique, intégration de la routine.
3. Auteurs
L’instrument a été conçu, développé et validé par une équipe multidisciplinaire de chercheurs en psychologie clinique de la santé, en épidémiologie comportementale et en médecine préventive affiliés à de prestigieuses institutions académiques américaines :
- Mallory O. Johnson, Ph.D. : Professeur titulaire au Département de Médecine de l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), codirecteur du Center for AIDS Prevention Studies (CAPS) et directeur du Center for Health and Risk Behaviors. Spécialiste reconnu internationalement des interventions motivationnelles et comportementales dans les maladies chroniques.
- Torsten B. Neilands, Ph.D. : Méthodologue et statisticien principal au CAPS, Département de Médecine, Université de Californie à San Francisco (UCSF). Expert de la modélisation par équations structurelles, de l’analyse factorielle confirmatoire et de la psychométrie appliquée à la santé publique.
- Samantha E. Dilworth, M.S. : Analyste de données biostatistiques de recherche au Center for AIDS Prevention Studies (CAPS), Université de Californie à San Francisco (UCSF).
- Stephen F. Morin, Ph.D. : Émérite, Département de Médecine, CAPS, Université de Californie à San Francisco (UCSF). Pionnier de la recherche sur les politiques publiques, la santé comportementale et l’éthique de la recherche translationnelle sur le VIH.
- Robert H. Remien, Ph.D. : Professeur de psychologie clinique au Département de Psychiatrie de l’Université Columbia et directeur associé du HIV Center for Clinical and Behavioral Studies au New York State Psychiatric Institute.
- Margaret A. Chesney, Ph.D. : Professeure de médecine à l’UCSF, ancienne directrice adjointe du National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH) aux NIH, sommité mondiale de l’observance thérapeutique, du stress et du coping.
Affiliation institutionnelle principale : Center for AIDS Prevention Studies (CAPS), Division of Prevention Science, Department of Medicine, University of California San Francisco, San Francisco, CA, États-Unis d’Amérique.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Échelle d’auto-efficacité de l’adhésion au traitement (ASES) est de fournir une mesure quantitative sensible, valide et standardisée du degré d’assurance qu’un patient éprouve quant à sa capacité à maintenir des régimes thérapeutiques astreignants lorsqu’il est confronté à des contraintes physiques, émotionnelles, sociales et organisationnelles sévères. Dans le contexte des pathologies chroniques engageant le pronostic vital telles que l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), le maintien d’une adhésion quasi parfaite aux combinaisons d’antirétroviraux (ART) est impératif afin de prévenir l’émergence de mutations pharmacorésistantes, de garantir la suppression durable de la réplication virale, d’éviter la progression vers le stade syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA) et de rompre la chaîne de transmission communautaire (concept Indétectable = Intransmissible ou U=U).
Justification clinique et limites des mesures conventionnelles
Historiquement, les équipes médicales et les chercheurs utilisaient principalement des mesures directes ou indirectes de l’adhésion rétrospective : le comptage de comprimés résiduels, les rapports électroniques d’ouverture de piluliers (MEMS caps), les taux sériques de médicaments ou les questionnaires rétrospectifs de fréquence d’oubli (comme le rappel sur 3 ou 7 jours). Si ces indicateurs permettent de quantifier les comportements passés, ils présentent de lourdes lacunes prédictives et explicatives. Ils ne capturent pas les processus psychologiques sous-jacents qui précipitent la rupture thérapeutique et s’avèrent incapables d’identifier les patients à haut risque d’échec avant que le décrochage n’ait effectivement eu lieu.
L’ASES a été conçue pour combler ce vide structural en évaluant non pas le comportement moteur d’ingestion en lui-même, mais la résilience cognitive et motivationnelle du sujet. La prise de médicaments antirétroviraux n’est pas un acte purement mécanique ; elle s’inscrit au sein d’un plan thérapeutique global exigeant la gestion d’effets indésirables chroniques (nausées, fatigue, neuropathies, lipodystrophies), des modifications drastiques des horaires de repas, la dissimulation ou l’exposition de son statut sérologique face à autrui, et la persistance de l’effort malgré la dépression, le découragement ou l’apparente absence de gain clinique tangible.
Applications en recherche comportementale et en pratique clinique
Dans le domaine de la recherche translationnelle et des essais cliniques randomisés, l’ASES s’est imposée comme un instrument de référence pour :
- Mesurer les mécanismes de médiation : Déterminer si les interventions psychosociales (gestion du stress, thérapies cognitivo-comportementales, interventions de coping) améliorent l’adhésion effective par le truchement d’une augmentation de l’auto-efficacité du patient.
- Catégoriser les trajectoires d’adhésion : Prédire les ruptures d’observance à court (3 mois) et long terme (15 mois) grâce au pouvoir pronostique robuste des scores de l’échelle.
- Évaluer les interventions de soutien par les pairs : Quantifier l’impact du renforcement vicariant et de la persuasion verbale dispensés par des éducateurs thérapeutiques ou des mentors séropositifs.
En pratique clinique quotidienne, l’ASES fonctionne comme un outil d’audit et de dépistage rapide. En administrant les 12 items en routine de pré-consultation, le médecin, l’infirmier clinicien ou le psychologue de la santé identifie immédiatement la nature exacte des vulnérabilités individuelles. Si un patient présente un score d’auto-efficacité très bas concernant la prise de comprimés en présence de tiers non informés de sa séropositivité (item 3), le clinicien orientera la consultation vers la gestion du stigmate social et l’élaboration de stratégies logistiques personnalisées (alarmes discrètes, compartiments de piluliers non étiquetés), plutôt que de réitérer inutilement des conseils génériques sur la pharmacocinétique.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par l’ASES est l’auto-efficacité spécifique à l’adhésion thérapeutique. Conformément aux postulats banduriens, l’auto-efficacité ne doit pas être confondue avec un trait de personnalité global ou un sentiment vague d’optimisme (comme l’externalité/internalité du lieu de contrôle ou l’estime de soi générale), mais doit être opérationnalisée comme un ensemble de croyances ciblées relatives à des domaines d’action spécifiques et face à des obstacles contextuels identifiés.
L’ASES mesure deux sous-dimensions fondamentales, hautement corrélées mais conceptuellement et empiriquement distinctes : l’Intégration de l’adhésion (8 items) et la Persévérance de l’adhésion (4 items).
Dimension 1 : Intégration de l’adhésion (Adherence Integration)
Cette première dimension reflète la confiance qu’a l’individu dans son aptitude organisationnelle et adaptative à incorporer harmonieusement les impératifs du traitement au tissu de sa vie quotidienne, en particulier lorsque son environnement ou son état physiologique subit des perturbations courantes. Elle explore l’interface complexe entre l’organisation temporelle du patient, son identité sociale et son environnement immédiat.
Les aspects centraux de cette dimension incluent :
- La flexibilité face aux ruptures de routine : L’aptitude perçue à respecter scrupuleusement les horaires médicamenteux lors d’événements imprévus, de déplacements professionnels ou de journées atypiques (items 4 et 7).
- La gestion du secret et du stigmate social : La capacité critique à prendre ses médicaments ou à accomplir les gestes du traitement en public ou devant des personnes qui ignorent le statut sérologique de l’individu (item 3). La peur du rejet ou du dévoilement forcé représente un motif majeur d’omission chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Un score élevé sur cette composante témoigne d’un découplage efficace entre l’angoisse du stigmate et l’acte de soin.
- La tolérance aux symptômes aigus et aux effets secondaires : La certitude de pouvoir continuer le traitement lorsque des effets indésirables débutent ou lorsque l’état général est altéré par un épisode infectieux intercurrent (items 1 et 5).
- La réorganisation des habitudes de vie : L’ajustement comportemental des rythmes nutritionnels lorsque les prises médicamenteuses exigent d’être associées à des repas copieux ou à un jeûne strict (item 6).
Dimension 2 : Persévérance de l’adhésion (Adherence Perseverance)
La seconde dimension évalue la détermination psychologique, la constance volitive et la résilience cognitive du sujet face à des barrières existentielles, systémiques, relationnelles ou émotionnelles profondes. Alors que l’intégration relève davantage de la gestion logistique et sociale, la persévérance renvoie à l’engagement éthique et au maintien de l’espoir face à l’incertitude médicale et au désespoir potentiel.
Cette dimension regroupe des situations hautement déstabilisantes :
- La résistance au découragement subjectif : Poursuivre le traitement lorsque le patient traverse des états de détresse émotionnelle, de fatigue d’usure ou d’abattement vis-à-vis de son pronostic vital (item 9).
- Le dépassement des barrières systémiques d’accès aux soins : La résolution inébranlable de se rendre aux rendez-vous hospitaliers ou en dispensaire même lorsque les démarches de transport, les files d’attente ou les coûts financiers constituent des obstacles logistiques majeurs (item 10).
- L’immunité cognitive face aux influences négatives de l’entourage : La capacité à adhérer à la prescription médicale lorsque des proches, des membres de la famille ou des pairs tentent de dissuader le patient ou affirment que le traitement est inefficace voire toxique (item 11).
- Le maintien de l’alliance thérapeutique malgré la détérioration biologique : Continuer rigoureusement le schéma thérapeutique même si les indicateurs biologiques objectifs s’effondrent de manière paradoxale (par exemple, une chute brutale des lymphocytes T CD4 au cours du suivi trimestriel, item 8) ou si les thérapies ne produisent aucun bénéfice clinique immédiatement perceptible (item 12).
6. Cadre théorique
L’architecture conceptuelle de l’ASES repose directement sur la théorie sociocognitive (TSC) d’Albert Bandura et s’articule aux modèles de régulation du stress et du coping développés par Richard Lazarus et Susan Folkman, ainsi qu’au modèle information-motivation-compétences comportementales (IMB) de Fisher et Fisher.
Le concept d’auto-efficacité selon Albert Bandura
Selon Bandura (1977, 1997), l’auto-efficacité perçue (self-efficacy) ne constitue ni une estimation des aptitudes réelles intrinsèques du sujet, ni un simple trait de personnalité stable. Elle correspond au jugement porté par l’individu sur sa capacité à organiser et exécuter les actions requises pour atteindre des performances désignées. Bandura distingue rigoureusement deux types d’attentes cognitives :
- Les attentes d’efficacité (efficacy expectations) : La conviction qu’a une personne de pouvoir exécuter avec succès le comportement nécessaire à l’obtention d’un résultat spécifique (« Suis-je capable d’avaler mes pilules discrètement lors d’une réunion de famille sans trahir mon statut ? »).
- Les attentes de résultat (outcome expectations) : Le jugement porté sur le fait qu’un comportement donné produira des conséquences positives ou évitera des conséquences négatives (« Si je prends mon traitement, ma charge virale restera indétectable et je resterai en vie »).
L’ASES mesure précisément les attentes d’efficacité. Dans les maladies chroniques stigmatisées comme le VIH, la plupart des patients possèdent d’excellentes attentes de résultat (ils savent que l’ART permet de survivre) ; pour autant, des ruptures d’adhésion massives surviennent parce que leurs attentes d’efficacité s’effondrent dès que des barrières contextuelles surgissent. Bandura a établi que le sentiment d’auto-efficacité est régulé par quatre sources d’information fondamentales :
- Les expériences actives de maîtrise (mastery experiences) : Les succès passés renforcent le sentiment d’efficacité, tandis que les échecs récurrents le minent.
- L’apprentissage vicariant (vicarious experiences) : Voir des pairs séropositifs réussir à intégrer le traitement renforce la croyance en ses propres compétences.
- La persuasion verbale et sociale : Les encouragements crédibles dispensés par les professionnels de santé et les proches.
- Les états physiologiques et émotionnels : L’anxiété, la fatigue ou la douleur physique sont fréquemment interprétées à tort par le patient comme le signe d’une incompétence personnelle à supporter le traitement.
Complémentarité avec le modèle transactionnel du stress et du coping
L’équipe fondatrice de l’instrument à l’UCSF (Johnson, Chesney, Neilands et al.) a enrichi le cadre bandurien en intégrant le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkman. Dans ce paradigme, l’adhésion au traitement est modélisée comme une réponse d’adaptation (coping) face à un stresseur chronique majeur (la maladie et ses traitements). L’évaluation cognitive primaire (évaluation de la menace posée par la maladie) et l’évaluation secondaire (évaluation des ressources personnelles et sociales disponibles) déterminent l’effort comportemental. L’auto-efficacité agit ici comme une ressource psychologique de premier ordre : un individu doté d’une forte auto-efficacité évalue les effets secondaires comme des défis surmontables (challenge appraisals) plutôt que comme des menaces catastrophiques insolubles (threat appraisals), favorisant ainsi le recours au coping centré sur le problème plutôt qu’au déni ou à l’évitement comportemental.
7. Validité
La validation psychométrique initiale et les études de réplication de l’ASES ont démontré des qualités méthodologiques rigoureuses à travers une batterie complète d’épreuves de validité de construit, concurrente, prédictive et discriminante.
Validité de construit et validité convergente
Dans l’étude princeps de Johnson et al. (2007), la validité de construit a été documentée en examinant les corrélations théoriquement attendues avec des dimensions psychosociales établies :
- Corrélation positive avec le coping adaptatif : Les scores de l’ASES corrèlent de façon hautement significative avec les stratégies de coping centré sur le problème (planification, recherche active d’informations, acceptation) mesurées par l’échelle COPE ($r = 0,35$ à $0,48$, $p < 0,001$).
- Corrélation positive avec le soutien social : L’auto-efficacité est positivement associée à la perception d’un réseau de soutien social bienveillant ($r = 0,28$ à $0,38$, $p < 0,01$).
- Corrélation négative avec la détresse psychologique : Les sous-échelles d’intégration et de persévérance présentent des associations inverses marquées avec les scores de dépression évalués par le Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D) ($r = -0,36$ à $-0,44$, $p < 0,001$) et avec l'anxiété générale.
Validité de critère et prédictive par rapport aux biomarqueurs et à l’adhésion objective
La force cardinale de l’instrument réside dans sa relation documentée avec des paramètres cliniques et biologiques objectifs :
- Adhésion médicamenteuse objective : Dans les cohortes suivies à l’aide de piluliers électroniques (MEMS caps), les scores élevés à l’ASES prédisent de manière statistiquement significative un pourcentage d’adhésion supérieur à 95 % ($p < 0,001$). Les modèles de régression logistique multivariée indiquent que chaque augmentation d'un point sur l'échelle globale de l'ASES majore considérablement la probabilité d'une adhésion optimale.
- Suppression virologique (charge virale indétectable) : Les patients démontrant de forts scores d’intégration et de persévérance sont significativement plus susceptibles de présenter une charge virale plasmatique inférieure au seuil de détection clinique ($< 50text{ copies/mL}$) au cours du suivi longitudinal.
- Restauration immunologique : Les analyses transversales et longitudinales ont mis en évidence des corrélations positives significatives entre l’auto-efficacité d’adhésion et le taux absolu de lymphocytes CD4.
- Utilisation des services de santé : Des scores élevés à l’ASES sont corrélés à une assiduité rigoureuse aux consultations programmées et à une baisse significative des admissions non programmées aux services des urgences médicales.
Validité discriminante
Les analyses de variance ont prouvé que l’ASES se distingue nettement des mesures d’auto-efficacité générale (comme l’échelle de Schwarzer et Jerusalem), démontrant que la maîtrise de l’adhésion aux antirétroviraux capture des barrières écologiques propres aux soins de santé chroniques que les concepts généraux d’optimisme ne parviennent pas à appréhender.
8. Fidélité
Les études psychométriques conduites sur l’ASES rapportent des indices de fiabilité exceptionnels, satisfaisant aux standards les plus stricts de l’American Psychological Association.
Consistance interne
La cohérence interne des items a été calculée à l’aide du coefficient alpha de Cronbach ainsi que du coefficient rho de Nunnally/Jöreskog dans le cadre de la modélisation en variables latentes :
- Échelle globale (12 items) : Présente une cohérence interne remarquable, avec des coefficients $rho$ et $\alpha$ systématiquement supérieurs à 0,90 (atteignant fréquemment $0,92$ à $0,94$ dans diverses cohortes diversifiées).
- Sous-échelle Intégration de l’adhésion (8 items) : Affiche une consistance interne robuste, oscillant entre $\alpha = 0,87$ et $\alpha = 0,91$.
- Sous-échelle Persévérance de l’adhésion (4 items) : Malgré un nombre réduit d’items, elle démontre une excellente homogénéité, comprise entre $\alpha = 0,82$ et $\alpha = 0,86$.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité temporelle de l’ASES a été évaluée longitudinalement dans le cadre de protocoles d’essais cliniques multicentriques financés par les NIH :
- À 3 mois d’intervalle : Le coefficient de corrélation de Pearson test-retest s’élève au-delà de $r = 0,70$ ($p < 0,001$) chez des patients stables sur le plan médical, traduisant une excellente stabilité du construit tout en conservant la sensibilité nécessaire pour détecter d'éventuels changements thérapeutiques induits par des interventions comportementales.
- À 15 mois d’intervalle : Même sur une période prolongée de plus d’un an, la fidélité test-retest demeure substantielle avec des corrélations supérieures à $r = 0,40$ ($p < 0,001$), ce qui reflète la dimension dispositionnelle relative de la confiance tout en confirmant la dynamique d'ajustement face aux fluctuations de l'évolution de la maladie.
9. Analyse factorielle
La structure dimensionnelle de l’ASES a été investiguée au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) rigoureuses, suivies d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) sur des échantillons indépendants de patients séropositifs pour le VIH sous thérapie antirétrovirale.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la phase princeps d’étalonnage psychométrique, une extraction en composantes principales assortie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin, autorisant la corrélation naturelle entre dimensions psychologiques) a été appliquée aux 12 items. Les résultats ont révélé une structure bipolaire nette :
- Facteur 1 — Intégration de l’adhésion : Cette composante extrait une valeur propre majeure de 6,12, expliquant à elle seule la majeure partie de la variance commune. Elle regroupe les 8 premiers items, caractérisés par des saturations factorielles très élevées (variant globalement entre $0,65$ et $0,86$). Ces items évaluent l’incorporation logistique du traitement face aux interférences de la vie quotidienne.
- Facteur 2 — Persévérance de l’adhésion : Cette dimension dégage une valeur propre de 1,16, bien supérieure au seuil d’utilité de Kaiser (valeur propre $> 1,0$). Elle rassemble les items 9 à 12 (avec des saturations factorielles comprises entre $0,60$ et $0,82$), capturant le maintien de la volonté d’adhésion lors de crises affectives, existentielles ou de barrières systémiques.
- Variance totale expliquée : Les deux facteurs combinés expliquent 61 % de la variance totale des items de l’échelle, un seuil particulièrement élevé pour un instrument bref de 12 items en sciences comportementales.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
La modélisation par équations structurelles a confirmé la supériorité statistique du modèle bifactoriel corrélé par rapport à un modèle unidimensionnel strict. Les indices d’ajustement structurel issus de l’AFC répondent aux critères d’adéquation les plus rigoureux :
- CFI (Comparative Fit Index) : $ge 0,95$
- TLI (Tucker-Lewis Index) : $ge 0,95$
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : $< 0,06$ (intervalle de confiance à 90 % étroit)
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : $< 0,05$
La corrélation inter-factorielle entre l’Intégration et la Persévérance est modérément élevée (généralement $r \approx 0,65$ à $0,75$), attestant qu’elles constituent deux facettes distinctes mais synergiques du même mégaconstruit d’auto-efficacité thérapeutique.
10. Instrument de mesure
L’Échelle d’auto-efficacité de l’adhésion au traitement (ASES) est un instrument standardisé présentant les caractéristiques structurelles suivantes :
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (patient-reported outcome measure – PROM). Peut également être administré par un enquêteur formé en lecture assistée ou sur support informatique interactif (tablette, web, smartphone).
- Population cible : Adolescents et adultes atteints d’une affection médicale chronique requérant un régime thérapeutique complexe (validé originellement et prioritairement chez les personnes vivant avec le VIH recevant une thérapie antirétrovirale).
- Nombre total d’items : 12 énoncés comportementaux concis.
- Période de référence : Le dernier mois écoulé (« In the past month, how confident have you been that you can… »).
- Format et échelle de réponse : Échelle de type Likert élargie à 10 points continus, allant de 1 (« cannot do it at all » / impossible à faire) à 10 (« certain can do it » / tout à fait certain de pouvoir le faire). L’ancrage sur 10 échelons offre une granularité et une sensibilité aux variations comportementales nettement supérieures aux échelles conventionnelles en 4 ou 5 points.
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Score total global : Obtenu en faisant la moyenne arithmétique de l’ensemble des 12 items (variant de 1 à 10) ou en effectuant la somme totale brute (variant de 12 à 120). Un score plus élevé reflète une auto-efficacité d’adhésion globale plus robuste.
- Sous-score Intégration de l’adhésion (Items 1 à 8) : Moyenne arithmétique des 8 premiers items (amplitude : 1 à 10).
- Sous-score Persévérance de l’adhésion (Items 9 à 12) : Moyenne arithmétique des 4 derniers items (amplitude : 1 à 10).
- Gestion des données manquantes : Selon les recommandations de Johnson et al., si un participant répond à au moins 80 % des items d’une sous-échelle, le score moyen peut être calculé sur les items complétés.
- Temps de passation : Approximativement 2 à 4 minutes, ce qui lui confère une charge minimale pour le répondant et une faisabilité clinique exceptionnelle en consultation médicale de routine.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication : 2007 (publication de référence par Johnson et coll. dans le Journal of Behavioral Medicine). Les travaux de conception préliminaire et d’étalonnage au CAPS remontent aux années 2000-2004.
- Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : Le test est la propriété intellectuelle conjointe des auteurs et du Center for AIDS Prevention Studies (CAPS) de l’Université de Californie à San Francisco (UCSF).
- Tarification et accessibilité : L’instrument est disponible en libre accès (gratuit) pour un usage exclusif de recherche scientifique, académique et d’évaluation clinique non commerciale. Toute exploitation commerciale, distribution payante ou intégration logicielle propriétaire à but lucratif nécessite une autorisation formelle écrite des titulaires des droits.
- Conditions d’utilisation et mentions obligatoires : Les chercheurs et cliniciens utilisant l’ASES s’engagent à citer la publication originale de Johnson et al. (2007). Lors de la présentation ou de la dissémination de résultats issus de bases de données obtenues via les plateformes SABI, il est formellement requis de mentionner le soutien institutionnel du University of North Carolina at Chapel Hill Center for AIDS Research (CFAR), programme financé par les NIH sous la subvention P30 AI50410.
12. Références
Les sources bibliographiques et études scientifiques princeps validant l’instrument sont répertoriées ci-dessous selon les normes méthodologiques de l’APA (7e édition) :
- Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
- Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman and Company.
- Chesney, M. A., Ickovics, J. R., Chambers, D. B., Gifford, A. L., Neidig, J., Zwickl, B., & Wu, A. W. (2000). Self-reported adherence to antiretroviral medications among participants in HIV clinical trials: The AACTG adherence instruments. AIDS Care, 12(3), 255–266. https://doi.org/10.1080/09540120050042917
- Fisher, J. D., Fisher, W. A., Amico, K. R., & Harman, J. J. (2006). An information-motivation-behavioral skills model of adherence to antiretroviral therapy. Health Psychology, 25(4), 462–473. https://doi.org/10.1037/0278-6133.25.4.462
- Johnson, M. O., Neilands, T. B., Dilworth, S. E., Morin, S. F., Remien, R. H., & Chesney, M. A. (2007). The role of self-efficacy in HIV treatment adherence: Validation of the HIV Treatment Adherence Self-Efficacy Scale (HIV-ASES). Journal of Behavioral Medicine, 30(5), 359–370. https://doi.org/10.1007/s10865-007-9118-3
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Nunnally, J. C., & Bernstein, I. H. (1994). Psychometric theory (3rd ed.). McGraw-Hill.
13. Questions et items du questionnaire
Response scale:
Reponses range from 1 (cannot do it at all) to 10 (certain can do it).
Instructions: In the past month, how confident have you been that you can:
- Stick to your treatment plan even when side effects begin to interfere with daily activities?
- Integrate your treatment into your daily routine?
- Integrate your treatment into your daily routine even if it means taking medication or doing other things in front of people who don’t know you are HIV-infected?
- Stick to your treatment schedule even when your daily routine is disrupted?
- Stick to your treatment schedule when you aren’t feeling well?
- Stick to your treatment schedule when it means changing your eating habits?
- Continue with your treatment even if doing so interferes with your daily activities?
- Continue with the treatment plan your physician prescribed even if your T-cells drop significantly in the next three months?
- Continue with your treatment even when you are feeling discouraged about your health?
- Continue with your treatment even when getting to your clinic appointments is a major hassle?
- Continue with your treatment even when people close to you tell you that they don’t think that it is doing any good?
- Get something positive out of your participation in treatment, even if the medication you are taking does not improve your health?