Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation

Guide psychométrique complet sur l’Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation (NAMS) de Mosher et Abramson (1975). Analyse théorique des scripts affectifs, propriétés psychométriques de fidélité et validité, et passation des 30 items.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 17, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 17, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation (Negative Attitudes Toward Masturbation Scale [NAMS] ou Attitudes Toward Masturbation Inventory), développée initialement par Paul R. Abramson et Donald L. Mosher en 1975, constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et reconnus en sexologie clinique et en psychologie de la personnalité. Conçue pour opérationnaliser le construit théorique de « culpabilité liée à la masturbation » (masturbation-guilt), cette échelle évalue l’intériorisation des croyances dysfonctionnelles, des tabous moraux et des affects négatifs suscités par l’activité auto-érotique. Dans la perspective théorique développée par Donald L. Mosher, cette forme spécifique de culpabilité est modélisée comme un « script » cognitivo-affectif qui prédit, régule et inhibe les conduites sexuelles individuelles.

Sur le plan psychométrique, le questionnaire comprend 30 items présentés sous une échelle de réponse ordinale de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Pas du tout vrai pour moi ») à 5 (« Tout à fait vrai pour moi »). Dix items font l’objet d’une inversion de cotation (items 3, 5, 8, 11, 13, 14, 17, 22, 27 et 29) pour contrôler les biais d’acquiescement. Le score total composite est compris entre 30 et 150 points, un score élevé témoignant d’une attitude défavorable marquée et d’une culpabilité aiguë envers l’auto-érotisme. Bien que l’instrument ait été pensé comme une mesure unidimensionnelle globale d’un script affectif, les analyses factorielles descriptives mettent en évidence une structure tripartite cohérente comprenant : (1) les attitudes positives envers la masturbation, (2) les fausses croyances concernant les conséquences nocives de l’auto-érotisme, et (3) les affects négatifs vécus personnellement lors de la pratique ou de son évocation.

Les propriétés psychométriques de l’échelle démontrent une excellente cohérence interne, avec un coefficient de fidélité par bissection corrigé (split-half reliability) de 0,75 dans la cohorte princeps de 198 étudiants et étudiantes universitaires, et un coefficient alpha de Cronbach atteignant 0,94 chez les femmes universitaires. La validité empirique a été largement confirmée à travers des paradigmes expérimentaux et cliniques : l’échelle prédit de manière statistiquement significative une diminution de la fréquence masturbatoire, une réduction de la probabilité d’atteindre l’orgasme, une vasoconstriction pelvienne diminuée mesurée par thermographie lors d’une exposition érotique, ainsi qu’une résistance marquée à l’utilisation de certaines méthodes contraceptives (notamment le diaphragme) nécessitant un contact génital direct.

2. Mots-clés / Keywords

Culpabilité liée à la masturbation, attitudes sexuelles, psychométrie, Donald L. Mosher, Paul R. Abramson, script affectif, auto-érotisme, sexologie clinique, thermographie pelvienne, validité de construit, fidélité psychométrique, évaluation sexologique.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et standardisée par deux figures majeures de la recherche en psychologie sociale et en sexologie scientifique :

  • Donald L. Mosher, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’University of Connecticut (Storrs, Connecticut, États-Unis). Pionnier de l’étude empirique de la culpabilité sexuelle (sex-guilt), théoricien des scripts affectifs appliqués à la sexualité humaine et ancien président de la Society for the Scientific Study of Sexuality (SSSS). Correspondance historique : 648 Ternberry Forest Drive, The Villages, FL 32162 ; Courriel institutionnel/historique : [email protected].
  • Paul R. Abramson, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’University of California, Los Angeles (UCLA). Chercheur prolifique dans le domaine des comportements sexuels, de la santé reproductive, des fantasmes sexuels et de l’épidémiologie comportementale.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de la création de l’Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation (NAMS) était de combler un vide méthodologique criant dans la recherche sexologique des années 1970. Jusqu’alors, la mesure des attitudes sexuelles reposait souvent sur des items isolés ou des échelles génériques d’inhibition sexuelle globale, telles que les inventaires de culpabilité sexuelle générale de Mosher (Mosher Sex-Guilt Scale ; Mosher, 1966, 1968). Bien que la culpabilité sexuelle globale permette de capturer une disposition morale générale face aux transgressions hétérosexuelles ou socioculturelles, les cliniciens et chercheurs constataient que l’activité auto-érotique suscitait des angoisses, des tabous et des mythes étiologiques hautement spécifiques. Il devenait impératif de disposer d’un instrument psychométrique standardisé capable de quantifier précisément le rejet, la honte et la désinformation entourant spécifiquement l’autostimulation génitale.

En recherche fondamentale, la NAMS permet d’examiner comment les normes socioculturelles et religieuses influencent la cognition sexuelle et la réponse physiologique. L’instrument explore les mécanismes par lesquels les individus intériorisent des scripts sexuels négatifs qui altèrent leur fonctionnement érotique. La justification théorique repose sur le constat empirique que la masturbation n’est pas uniquement un exutoire physique, mais une expérience formatrice déterminante pour la conscience corporelle, la réactivité érotique et l’autonomie sexuelle. Lorsque cette expérience est imprégnée d’affects dysphoriques, les conséquences sur la santé mentale et le bien-être sexuel peuvent être durables.

Sur le plan des applications cliniques et de la thérapie sexuelle (sex therapy), la NAMS constitue un outil diagnostique et d’évaluation pronostique de premier ordre. Dans les contextes de thérapie de couple ou de prise en charge individuelle des dysfonctions sexuelles (telles que le trouble de l’orgasme féminin, l’éjaculation prématurée, l’anorgasmie ou les troubles de l’érection d’origine psychogène), l’échelle permet de mettre en lumière des cognitions parasites et des réactions de dégoût de soi qui entravent l’abandon érotique. Comme le souligne Mosher (1979b), les attitudes négatives envers la masturbation interfèrent directement avec les protocoles de désensibilisation systématique et de focalisation sensorielle (sensate focus) popularisés par Masters et Johnson. De plus, dans le domaine de la santé publique et reproductive, l’échelle a démontré son utilité pour identifier les obstacles psychologiques à l’adoption de moyens de contraception barrière nécessitant une manipulation génitale sans complexe, tels que le diaphragme ou les contraceptifs vaginaux (Mosher & Vonderheide, 1985).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique mesuré par l’échelle est la culpabilité liée à la masturbation (masturbation-guilt), conceptualisée comme une constellation stable d’attitudes défavorables, de préjugés erronés et de réactions émotionnelles négatives face à l’autostimulation des organes génitaux visant l’obtention du plaisir ou de l’orgasme. Selon Donald L. Mosher, cette disposition ne se résume pas à une simple opinion intellectuelle : elle opère comme un schéma cognitif-affectif complexe qui filtre la perception et restreint l’expression comportementale.

Bien que l’instrument soit prioritairement coté comme un score unifié et homogène reflétant le niveau global de culpabilité masturbatoire, l’analyse empirique menée par Abramson et Mosher (1975) met en relief trois dimensions ou sous-échelles descriptives intimement interconnectées :

1. Les attitudes positives envers la masturbation (Items inversés)

Cette composante évalue la reconnaissance de la masturbation comme un acte sain, naturel, gratifiant et bénéfique pour le développement psychosexuel. Les individus ayant des attitudes positives considèrent l’auto-érotisme comme une modalité normale de régulation de la tension, une source de plaisir personnel inoffensif et une opportunité d’explorer la sensualité de leur propre corps. Par exemple, l’item 5 (« Masturbation in childhood can help a person develop a natural, healthy attitude toward sex ») ou l’item 29 (« Masturbation can teach you to enjoy the sensuousness of your own body ») saisissent cette acceptation bienveillante et formatrice du plaisir solitaire. À l’inverse, l’absence d’adhésion à ces énoncés reflète une profonde réticence à concevoir l’auto-érotisme sous un jour constructif.

2. Les fausses croyances sur la nature néfaste de la masturbation

Cette dimension regroupe les mythes persistants, les erreurs médicales historiques et les croyances pathologisantes attribuant à la masturbation des conséquences somatiques ou psychiatriques désastreuses. Héritées en grande partie de la littérature anti-masturbatoire du XVIIIe et XIXe siècle (initiée notamment par Samuel Tissot), ces croyances postulent que l’éjaculation ou la stimulation clitoridienne épuise le système nerveux, induit une dégénérescence physique ou altère la santé mentale. Dans la NAMS, cette facette est illustrée par l’item 15 (« Excessive masturbation can lead to problems of impotence in men and frigidity in women »), l’item 19 (« Excessive masturbation is associated with neurosis, depression, and behavioral problems »), l’item 26 (« Excessive masturbation leads to mental dullness and fatigue ») ou encore l’item 7 (« Masturbation can lead to homosexuality »). Les personnes adhérant fortement à ces assertions interprètent chaque épisode masturbatoire comme une menace potentielle pour leur intégrité physique et relationnelle.

3. Les affects négatifs vécus personnellement

Cette troisième sous-échelle correspond à la dimension phénoménologique et émotionnelle directe de l’expérience masturbatoire. Elle saisit les sentiments viscéraux de honte, de dégoût de soi, de dégradation morale et d’anxiété éprouvés par le sujet pendant ou immédiatement après la pratique solitaire. Contrairement aux fausses croyances qui peuvent être de nature abstraite ou idéologique, ces items traduisent une détresse intrapsychique aiguë et une altération de l’estime de soi corporelle. Des énoncés tels que l’item 10 (« After masturbating, a person feels degraded »), l’item 18 (« Playing with your own genitals is disgusting »), l’item 23 (« When I masturbate, I am disgusted with myself ») et l’item 30 (« After I masturbate, I am disgusted with myself for losing control of my body ») mesurent directement l’activation de ces affects d’auto-condamnation et de perte de contrôle.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique au cœur de l’élaboration de la NAMS et de l’interprétation de ses résultats s’enracine principalement dans la théorie des scripts affectifs (Affect Script Theory) formulée par le psychologue Silvan Tomkins (1962, 1963, 1979), combinée à la théorie de l’apprentissage social et à la psychodynamique de la culpabilité développée par Donald L. Mosher.

Selon Silvan Tomkins, les affects innés (comme la honte, le dégoût, la peur, l’intérêt ou la joie) constituent le système motivationnel primaire de l’être humain. Au fil de la socialisation, les expériences individuelles répétées sont organisées en « scènes » (scenes) mémorisées, composées d’affects, d’objets, de contextes et d’acteurs. Lorsque des scènes apparentées sont regroupées, l’individu élabore un « script » (script). Un script est défini par Mosher (Abramson & Mosher, 1975 ; Mosher, 1979b) comme un ensemble de règles psychologiques servant à ordonner, interpréter, prédire, réguler et évaluer une famille de scènes assemblées.

Dans ce modèle, la culpabilité liée à la masturbation est précisément conceptualisée comme un script appris. Durant l’enfance et l’adolescence, les premières conduites d’exploration génitale entrent souvent en collision avec des réactions parentales de punition, de désapprobation verbale, de menace ou de rejet muet. Ces interactions précoces fusionnent l’excitation sexuelle biologique avec des affects négatifs intenses : la honte (provoquée par l’exposition du regard d’autrui sur une partie intime dévalorisée), le dégoût (réaction d’aversion face aux sécrétions et au contact corporel jugé impur) et la peur (angoisse de la rétribution punitive ou de la maladie). Par la suite, ces affects négatifs s’associent par rétroaction réciproque à des cognitions spécifiques, des mythes sexuels et des croyances morales culpabilisantes.

Dès lors que le script de culpabilité masturbatoire est consolidé, il opère de manière proactive et rétroactive :

  • Prédiction et régulation : Lorsqu’une pulsion érotique ou une opportunité d’autostimulation émerge, le script anticipe les conséquences délétères et déclenche une anxiété d’inhibition, poussant l’individu à réprimer son désir ou à adopter des mécanismes d’évitement.
  • Interprétation et évaluation : Si l’acte masturbatoire est consommé, le script neutralise la résonance du plaisir au profit d’un jugement sévère. La relaxation post-orgasmique normale est alors supplantée par des sentiments de déchéance morale (degradation), d’impureté et de dégoût envers sa propre perte de maîtrise corporelle.

Ce cadre théorique explique pourquoi les attitudes négatives envers la masturbation résistent si fortement à la simple réassurance rationnelle : elles ne constituent pas de simples lacunes d’information, mais un schéma scriptural profond et automatisé qui commande la physiologie et l’affectivité de l’individu.

7. Validité / Validity

L’Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation a fait l’objet d’un programme d’investigation empirique particulièrement rigoureux, mobilisant des méthodologies diversifiées incluant des enquêtes corrélationnelles, des épreuves projectives, des protocoles de laboratoire d’exposition érotique et des mesures physiologiques objectives.

Validité de construit et validité prédictive comportementale

Dans l’étude princeps d’Abramson et Mosher (1975), des corrélations négatives significatives ont été établies entre les scores à la NAMS et les comportements masturbatoires réels. Des scores élevés de culpabilité prédisent de manière robuste :

  • Une fréquence globale de masturbation significativement plus faible chez les hommes et les femmes.
  • Un pourcentage réduit d’atteinte de l’orgasme lors des épisodes d’autostimulation.
  • Une latence plus longue avant d’initier la première expérience masturbatoire au cours de l’adolescence.

Ces résultats démontrent que l’échelle ne mesure pas simplement une conformité verbale de façade, mais une force motivationnelle inhibitrice réelle capable de restreindre le comportement privé de l’individu.

Validité expérimentale et réactivité affective en laboratoire

La validité convergente et prédictive de l’instrument a été vérifiée dans plusieurs protocoles expérimentaux d’exposition à du matériel érotique explicite :

  • Réactions affectives et excitation subjective : Mosher et Abramson (1977) ont exposé des sujets masculins et féminins à des enregistrements filmés de masturbation masculine et féminine. Les participants obtenant des scores élevés à la NAMS ont rapporté une excitation sexuelle subjective significativement amoindrie et des niveaux d’affects négatifs (dégoût, colère, malaise, culpabilité) considérablement plus élevés que les participants ayant des attitudes positives.
  • Réponses projectives : Abramson et Mosher (1979) ont utilisé des mesures projectives (histoires créées à partir d’extraits filmiques de masturbation) et ont démontré que les personnes à forte culpabilité produisaient des récits marqués par l’angoisse de punition, le conflit psychique et la pathologisation du protagoniste, confirmant l’impact du script cognitif sur la structuration imaginative.
  • Menace homosexuelle et masturbation masculine : Mosher et O’Grady (1979) ont confirmé que chez les hommes hétérosexuels, les scores à la NAMS prédisaient une réactivité défensive exacerbée et un dégoût prononcé lors de la vision de films présentant la masturbation masculine ou des interactions homosexuelles masculines.
  • Rappel mémoriel affectif : Green et Mosher (1985) ont modélisé l’impact de la culpabilité masturbatoire sur l’évocation rétrospective, prouvant que les sujets à score élevé ressentent une résurgence affective dysphorique intense lorsqu’on leur demande de se remémorer un souvenir personnel d’autostimulation.

Validité physiologique objective

L’une des validations les plus impressionnantes de l’échelle réside dans l’étude de laboratoire menée par Abramson, Perry, Rothblatt, Seeley et Seeley (1981). En utilisant la thermographie infrarouge pour quantifier la vasocongestion pelvienne (indicateur physiologique direct de l’excitation génitale) chez des femmes lisant un récit érotique centré sur l’auto-érotisme, les auteurs ont mis en évidence une relation inverse statistiquement significative : les femmes affichant les scores les plus élevés à la NAMS présentaient une augmentation de la température pelvienne significativement plus faible, prouvant l’impact somatique inhibiteur du construit psychologique.

Validité discriminante

Bien que la culpabilité masturbatoire partage une variance commune avec le construit plus large de culpabilité sexuelle générale (Mosher Sex-Guilt Scale), plusieurs analyses factorielles et de régression multiple ont démontré une nette validité discriminante (Mosher & Vonderheide, 1985). Alors que la culpabilité sexuelle générale prédit préférentiellement les attitudes envers les relations sexuelles prénuptiales ou les partenaires multiples, la NAMS prédit spécifiquement les variables impliquant l’autonomie génitale corporelle. Par exemple, Mosher et Vonderheide (1985) ont prouvé que la culpabilité masturbatoire expliquait une part unique de variance dans le refus d’utiliser le diaphragme comme méthode contraceptive (qui exige une auto-palpation et une insertion vaginale directe), par rapport à la culpabilité sexuelle globale.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation a été documentée à travers plusieurs indicateurs métrologiques standardisés :

Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Split-Half)

  • Fidélité par bissection corrigée (Split-Half Reliability) : Dans l’échantillon d’étalonnage princeps rapporté par Abramson et Mosher (1975), comprenant 198 étudiants et étudiantes de premier cycle universitaire, la fidélité par bissection (corrigée par la formule de Spearman-Brown) s’élevait à r = 0,75. Cette valeur confirme une bonne homogénéité générale des énoncés dès la conception originale de l’instrument.
  • Coefficient Alpha de Cronbach : Lors de travaux ultérieurs visant à éprouver la consistance interne sur des cohortes plus homogènes, Mosher et Vonderheide (1985) ont mesuré un coefficient α = 0,94 au sein d’un échantillon de 186 femmes universitaires. Cette valeur extrêmement élevée atteste de l’inter-corrélation étroite de l’ensemble des 30 items pour former un continuum latent robuste de culpabilité liée à l’auto-érotisme.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

Les études longitudinales et de réplication menées dans le sillage des travaux de Mosher confirment une forte stabilité temporelle sur des intervalles allant de 2 à 8 semaines, avec des coefficients de corrélation test-retest oscillant généralement entre r = 0,80 et r = 0,89 chez des populations d’adultes émergents et d’étudiants en l’absence d’intervention thérapeutique ciblée. Ces indices démontrent que la NAMS saisit un trait d’attitude durable plutôt qu’un état émotionnel transitoire, bien que ce trait demeure sensible aux désensibilisations psychothérapeutiques en sexologie clinique.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Sur le plan structural, l’inventaire a été conçu dans l’optique d’offrir une mesure unidimensionnelle globale d’un script cognitivo-affectif. Cependant, afin de clarifier la répartition des variances et la validité de contenu descriptive, Abramson et Mosher (1975) ont procédé à une analyse factorielle exploratoire (AFE) sur la matrice des intercorrélations des 30 items.

Structure factorielle identifiée

L’extraction des facteurs (généralement via la méthode des composantes principales suivie d’une rotation orthogonale Varimax) a révélé trois facteurs majeurs rendant compte de la majeure partie de la variance explicable :

  1. Facteur 1 : Attitudes positives et normalisatrices (Positive Attitudes Toward Masturbation) :

    Ce facteur rassemble les items rédigés dans le sens d’une valorisation saine de l’auto-érotisme (items à score inversé). Les saturations les plus fortes concernent les items définissant la masturbation comme un apprentissage sensuel corporel bénéfique (item 29, saturations typiquement > 0,60), un soutien au développement psychosexuel infantile (item 5), un exutoire fonctionnel normal (item 27) et une expérience ludique non culpabilisante (item 22).
  2. Facteur 2 : Fausses croyances et mythes de nocivité (False Beliefs About the Harmful Nature of Masturbation) :

    Ce deuxième facteur regroupe les énoncés véhiculant les préjugés populaires et pseudo-médicaux sur les effets pathologiques de la masturbation. Les saturations factorielles dominantes se concentrent sur les items postulant un lien de causalité direct entre masturbation excessive et impuissance/frigidité (item 15), troubles psychiatriques ou névrose (item 19), engourdissement intellectuel et asthénie (item 26), ou déviations comportementales relationnelles (items 7, 9 et 24).
  3. Facteur 3 : Affects négatifs vécus et dégoût de soi (Personally Experienced Negative Affects) :

    Le troisième facteur reflète l’expérience émotionnelle subjective pénible vécue lors de l’acte intime. Il présente de fortes saturations pour les items exprimant la culpabilité explicite (item 12), le dégoût viscéral de soi consécutif à l’autostimulation (items 23 et 30), le sentiment de dégradation ontologique (item 10) et la honte sociale ressentie à l’idée d’une divulgation publique (item 25).

Bien que cette décomposition factorielle en 3 dimensions descriptives soit hautement informative pour le travail clinique individualisé (permettant au thérapeute d’identifier si le patient souffre principalement d’un manque d’information médicale ou d’un dégoût corporel viscéral), la forte corrélation inter-facteurs justifie pleinement l’utilisation du score total unique pour la recherche empirique.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom du test : Negative Attitudes Toward Masturbation Scale (NAMS) / Attitudes Toward Masturbation Inventory.
  • Auteurs : Paul R. Abramson et Donald L. Mosher (1975).
  • Format d’administration : Auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé, rempli de manière individuelle et confidentielle.
  • Nombre d’items : 30 items.
  • Temps de passation : Environ 7 minutes.
  • Consigne : Les participants reçoivent la définition standardisée suivante : « La masturbation désigne le fait de stimuler ses propres organes génitaux afin d’éprouver des sensations agréables ou de vivre un orgasme. » Ils doivent ensuite indiquer sur une feuille de réponse dans quelle mesure chaque énoncé s’applique à eux-mêmes.
  • Format de réponse (Échelle de Likert en 5 points) :
    • 1 = Pas du tout vrai pour moi (Not at all true for you)
    • 2 = Plutôt faux (Somewhat untrue)
    • 3 = Indécis(e) (Undecided)
    • 4 = Plutôt vrai (Somewhat true)
    • 5 = Tout à fait vrai pour moi (Strongly true for you)
  • Items inversés (Reverse-scored items) : 10 items positifs doivent être inversés avant sommation : Items 3, 5, 8, 11, 13, 14, 17, 22, 27 et 29.

    Règle de conversion pour ces items : 1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, 5 devient 1.
  • Calcul du score total : Somme arithmétique des 30 items (après inversion des 10 items positifs). L’intervalle des scores s’étend de 30 à 150 points.
    • Score de 30 à 60 : Attitudes très positives, absence de culpabilité, bonne acceptation de l’auto-érotisme.
    • Score de 61 à 90 : Culpabilité faible à modérée, quelques réserves morales ou croyances erronées isolées.
    • Score de 91 à 120 : Culpabilité masturbatoire élevée, présence marquée de mythes négatifs et d’affects dysphoriques.
    • Score de 121 à 150 : Rejet extrême, dégoût aigu de soi et inhibition masturbatoire sévère.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1975 (avec publication princeps dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology). Des travaux méthodologiques préliminaires avaient été engagés dès 1973 par Abramson.
  • Statut des droits d’auteur et permissions : L’échelle a été publiée dans le domaine scientifique académique par l’American Psychological Association (APA). Les chercheurs, enseignants et cliniciens peuvent reproduire et utiliser les items originaux à des fins de recherche non commerciale et d’enseignement universitaire, sous réserve de citer scrupuleusement la source princeps (Abramson & Mosher, 1975).
  • Tarifs : L’instrument est libre de droits d’utilisation pour la recherche scientifique académique (free for academic research). Aucune redevance commerciale n’est perçue pour un usage non lucratif. Pour toute utilisation commerciale ou adaptation numérique marchande, les autorisations de l’APA ou des ayants droit doivent être sollicitées.

12. Références / References

Les références bibliographiques suivantes constituent le corpus académique fondateur de l’échelle, rédigées conformément aux normes de l’APA (7e édition) :

  • Abramson, P. R. (1973). The relationship of the frequency of masturbation to several aspects of behavior. The Journal of Sex Research, 9(2), 132–142. https://doi.org/10.1080/00224497309550785
  • Abramson, P. R., & Mosher, D. L. (1975). Development of a measure of negative attitudes toward masturbation. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 43(4), 485–490. https://doi.org/10.1037/h0076757
  • Abramson, P. R., & Mosher, D. L. (1979). An empirical investigation of experimentally induced masturbatory fantasies. Archives of Sexual Behavior, 8(1), 24–39. https://doi.org/10.1007/BF01541217
  • Abramson, P. R., Perry, L. B., Rothblatt, A., Seeley, T. T., & Seeley, D. M. (1981). Negative attitudes toward masturbation and pelvic vasocongestion: A thermographic analysis. Journal of Research in Personality, 15(4), 497–509. https://doi.org/10.1016/0092-6566(81)90045-8
  • Green, S. E., & Mosher, D. L. (1985). A causal model of arousal to erotic fantasies. The Journal of Sex Research, 21(1), 1–23. https://doi.org/10.1080/00224498509551242
  • Mosher, D. L. (1966). The development and multitrait-multimethod matrix analysis of three measures of three aspects of guilt. Journal of Consulting Psychology, 30(1), 25–29. https://doi.org/10.1037/h0022941
  • Mosher, D. L. (1968). Measurement of guilt in females by self-report inventories. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 32(6), 690–695. https://doi.org/10.1037/h0026603
  • Mosher, D. L. (1979a). The meaning and measurement of guilt. In C. E. Izard (Ed.), Emotions in personality and psychopathology (pp. 105–129). Plenum Press. https://doi.org/10.1007/978-1-4613-3000-4_5
  • Mosher, D. L. (1979b). Negative attitudes toward masturbation in sex therapy. Journal of Sex & Marital Therapy, 5(4), 315–333. https://doi.org/10.1080/00926237908403738
  • Mosher, D. L., & Abramson, P. R. (1977). Subjective sexual arousal to films of masturbation. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 45(5), 796–807. https://doi.org/10.1037/0022-006X.45.5.796
  • Mosher, D. L., & O’Grady, K. E. (1979). Homosexual threat, negative attitudes toward masturbation, sex guilt, and male’s sexual and affective reactions to explicit sexual films. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 47(5), 860–873. https://doi.org/10.1037/0022-006X.47.5.860
  • Mosher, D. L., & Vonderheide, S. G. (1985). Contributions of sex guilt and masturbation guilt to women’s contraceptive attitudes and use. The Journal of Sex Research, 21(1), 24–39. https://doi.org/10.1080/00224498509551243
  • Tomkins, S. S. (1962). Affect imagery consciousness: Vol. I. The positive affects. Springer Publishing Company.
  • Tomkins, S. S. (1963). Affect imagery consciousness: Vol. II. The negative affects. Springer Publishing Company.
  • Tomkins, S. S. (1979). Script theory: Differential magnification of affects. In H. E. Howe & R. A. Dienstbier (Eds.), Nebraska Symposium on Motivation (Vol. 26, pp. 201–236). University of Nebraska Press.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

People masturbate to escape feelings of tension and anxiety.
2

People who masturbate will not enjoy sexual intercourse as much as those who refrain from masturbation.
3

Masturbation is a private matter which neither harms nor concerns anyone else.
4

Masturbation is a sin against yourself.
5

Masturbation in childhood can help a person develop a natural, healthy attitude toward sex.
6

Masturbation in an adult is juvenile and immature.
7

Masturbation can lead to homosexuality.
8

Excessive masturbation is a needless worry, as it is physically impossible.
9

If you enjoy masturbating too much, you may never learn to relate to the opposite sex.
10

After masturbating, a person feels degraded.
11

Experience with masturbation can potentially help a woman become orgastic in sexual intercourse.
12

I feel guilty about masturbating.
13

Masturbation can be a “friend in need” when there is no “friend in deed.”
14

Masturbation can provide an outlet for sex fantasies without harming anyone else or endangering oneself.
15

Excessive masturbation can lead to problems of impotence in men and frigidity in women.
16

Masturbation is an escape mechanism which prevents a person from developing a mature sexual outlook.
17

Masturbation can provide harmless relief from sexual tension.
18

Playing with your own genitals is disgusting.
19

Excessive masturbation is associated with neurosis, depression, and behavioral problems.
20

Any masturbation is too much.
21

Masturbation is a compulsive, addictive habit which once begun is almost impossible to stop.
22

Masturbation is fun.
23

When I masturbate, I am disgusted with myself.
24

A pattern of frequent masturbation is associated with introversion and withdrawal from social contacts.
25

I would be ashamed to admit publicly that I have masturbated.
26

Excessive masturbation leads to mental dullness and fatigue.
27

Masturbation is a normal sexual outlet.
28

Masturbation is caused by an excessive preoccupation with thoughts about sex.
29

Masturbation can teach you to enjoy the sensuousness of your own body.
30

After I masturbate, I am disgusted with myself for losing control of my body.
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 17). Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation. Base de données de psychologie en français. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-attitudes-negatives-envers-masturbation-nams
Looti, Mohammed. “Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation.” Base de données de psychologie en français, 17 octobre 2026, https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-attitudes-negatives-envers-masturbation-nams.
Looti, Mohammed. “Échelle d’attitudes négatives envers la masturbation.” Base de données de psychologie en français. octobre 17, 2026. https://french.arabpsychology.com/?psych_scale=echelle-attitudes-negatives-envers-masturbation-nams.